Merci à Cosmos Asma, Cihanethyste et StrangeEye pour leurs reviews.
Bonne lecture !
Disclaimer : L'univers de FF7 ne m'appartient pas, tout est à Square Enix. Mais Amy et les autres terriens sont issus de mon imagination.
Haven
Après avoir fini de pleurer, Sarah avait quitté la maison. Sephiroth avait insisté pour qu'elle rejoigne les autres habitants de la ville au-dehors, afin qu'ils ne se posent pas de questions. Elle avait promis de ne rien dire à mon sujet.
Ensuite… je m'étais endormie, encore fatiguée après toutes ces épreuves et ces émotions.
Quand je m'éveillai, je trouvai sur la table une assiette avec de la nourriture et une bouteille d'eau. Ce n'était pas grand-chose : des légumes, un bout de pain, des petits bouts de viande et du fromage, mais j'étais si affamée que je ne fis pas la fine bouche.
Une fois nourrie et hydratée, je me laissai aller contre ma chaise en soupirant d'aise. Apparemment, me laisser mourir de faim n'était pas au programme.
Je tournai la tête et réalisai que Sephiroth se tenait adossé au mur sur ma droite près de la porte d'entrée, immobile et impassible.
Sous la surprise, je poussai un cri. Tifa aussi, dans ma tête. Je restai immobile, à le regarder en silence sans savoir quoi faire.
Il n'avait pas son sabre à la main, mais j'avais assez vu de combats dans la mémoire de mon hôte pour savoir qu'il pouvait utiliser la magie ou la seule force de ses mains pour venir à bout d'un ennemi. Alors quelles chances avais-je, moi, pauvre fille encore fatiguée et sans véritables notions de combat ?
Si tu me laissais faire… soupira Tifa.
Mais je ne savais pas comment m'y prendre. Elle avait réussi un bref instant sous le coup de la colère, quand Debbie avait affirmé que Daniel et les enfants seraient bientôt prisonniers. Pour Max, près de la bouche d'aération du mur de Hiddenville, j'avais un peu improvisé et le niveau d'entraînement de mon corps avait fait le reste. Elle avait aussi plus ou moins dirigé notre itinéraire dans la forêt, quand j'étais en deuil. Mais là… j'étais trop consciente pour qu'elle puisse prendre les commandes. Et trop tendue !
« Sarah affirme que l'on peut te faire confiance », dit Sephiroth.
Je répondis par un bref hochement de tête.
« Vous êtes vraiment deux… là-dedans ? »
J'interrogeai Tifa mentalement, mais elle ne répondit rien. Je sentais qu'elle ne savait pas quoi dire non plus.
« Oui », répondis-je finalement.
Le visage du Soldat afficha alors une expression désapprobatrice.
« Pourquoi avoir fait ça ? Pourquoi lui avoir volé son corps ? »
« Je ne savais pas ! Je devais… je… »
Que répondre, en fait ? Oui, j'étais coupable, en un sens. J'avais accepté de jouer le cobaye pour pirater la mémoire de Tifa, mais j'avais fait pire : j'avais volé son corps. Pourtant, Debbie avait menacé mon amie Sarah et ma mère, elle avait joué avec ma faiblesse pour les rares personnes que j'aimais et… en fait, non, j'étais bien coupable. Coupable d'avoir été faible mentalement, de ne pas avoir su tenir tête plus efficacement à la conseillère. Coupable d'avoir cédé au contrôle tyrannique des gens qui régissaient Hiddenville.
« Je ne pensais pas que ça irait aussi loin », avouai-je, à défaut d'une meilleure réponse.
Sephiroth prit l'air plus calme.
« Pourquoi être venue ici, dans ce cas ? »
« Pour Tifa », avouai-je. « Elle cherche des gens. »
« Deux enfants ainsi qu'un certain Daniel Stones, je présume ? »
Ces mots firent bondir mon cœur dans ma poitrine, tandis que l'esprit de Tifa parut s'éveiller en entendant ces mots.
« Vous les avez vus ? Ils vont bien ? »
Sephiroth pencha la tête sur le côté, comme s'il examinait un phénomène scientifique intéressant.
« Est-ce que je pourrais parler à Tifa ? »
Je secouai tristement la tête.
« Je ne sais pas comment lui rendre les commandes. Mais elle voit ce que je vois et elle entend ce que j'entends. »
« Mmmm… »
Il s'agenouilla pour se mettre à mon niveau. Le corps de Tifa eut d'instinct envie de reculer, ce que je fis sans rechigner.
« Je suppose que tu ressens également ce qu'elle ressent ? »
Bizarre, la façon dont il en parlait. Comme s'il avait une certaine expérience de la chose.
« J'ai moi-même été sous le contrôle d'une entité extraterrestre, autrefois », dit-il comme s'il avait deviné ma pensée.
« Jenova. »
« Oui. Elle t'en a parlé… ? »
Je préférai ne pas lui rappeler que j'avais accès à sa mémoire. Je me sentais déjà si mal…
« Pour en revenir au sujet précédent, Daniel et les enfants sont sains et saufs. Ils font partie des réfugiés qui peuplent cette ville. Ils vont bien, mais… Daniel n'a pas arrêté de me relancer sur le fait de partir à ta… à la recherche de Tifa. J'ai refusé, car c'était trop dangereux et nous avons déjà pas mal d'autres problèmes à régler. Néanmoins… » Il fit un geste de la main vers moi. « Je ne peux pas te laisser les voir. Pas pour l'instant, en tous cas. Je ne sais même pas comment leur expliquer cette situation. »
Mais je veux les voir ! gémit Tifa.
Je sais, calme-toi, lui répondis-je, aussi triste qu'elle.
« Pour l'instant, tu dois reprendre des forces. » Il pointa une porte sur la gauche. « Cette porte est celle de la salle de bains. Tu pourras t'y rafraîchir. Sarah t'amènera des vêtements propres. Repose-toi pour ce soir. D'ici là, j'aurai trouvé une solution. »
« Alors… vous n'allez pas nous tuer ? »
Sans dire un mot, Sephiroth marcha vers la sortie. Alors qu'il allait disparaître, il s'arrêta et, sans se retourner, il reprit la parole.
« Après mon dernier combat contre Cloud, Jenova était si affaiblie qu'elle a relâché mon esprit. Du coup, Zack et Aéris ont enfin pu me révéler la vérité sur elle, et j'ai eu du temps pour me faire à la réalité. Je sais maintenant… »
Il leva ses mains devant son visage.
« Je sais que je suis juste un humain ayant subi des expériences pour le plaisir d'un scientifique psychopathe. Je ne suis que le fils d'une mère qui a été trop faible pour l'empêcher de m'utiliser comme cobaye. »
Lucrécia Crescent, me souffla Tifa dans ma tête.
Une image me vint, celle d'une femme enfermée dans un cristal, dans une grotte. La voix de Sephiroth me tira de cette vision.
« Je suis revenu à la vie parce qu'ils jugent que je peux aider face à la menace qui se profile à l'horizon. »
« Une menace… ? »
« Les terriens. Du moins, ceux qui obéissent à cet homme que vous appelez Noé. »
Il se tourna vers moi. Tifa eut un hoquet de surprise en voyant l'expression triste et fatiguée qu'il affichait.
Il a l'air si… humain ! dit-elle, soufflée.
« Je suis désolé, Tifa. Sincèrement. Je ne dis pas que je ne voulais pas faire tout ce que j'ai fait, mais… maintenant que je vois enfin les choses pour ce qu'elles sont, je réalise à quel point j'ai eu tort. »
Il n'attendit pas ma réponse, ou plutôt celle de Tifa, et sortit de la pièce.
Je restai sans bouger, attendant une réponse de la jeune femme dans ma tête, mais elle était trop choquée pour parler. Je jugeai préférable de la laisser gérer ça de son côté.
Je me levai et me dirigeai vers la pièce que l'ex-Soldat m'avait indiquée avant de partir. J'ôtai mes chaussures et mes vêtements sales, puis je me glissai dans la cabine pour prendre une bonne douche. Que c'était bon de se laver ! J'avais l'impression que mon corps buvait l'eau. C'était si agréable, après avoir souffert de la canicule pendant plusieurs jours.
Je trouvai un pain de savon posé sur le rebord, ainsi qu'une serviette. Je me frottai jusqu'à me sentir propre, sans oublier mes cheveux. Je restai encore une petite minute sous l'eau, avant de finalement en sortir.
Il y avait bien des vêtements propres, qui m'attendaient sur le rebord du lavabo. Il y avait un grand t-shirt rouge et un jean. J'enfilai ces nouveaux vêtements, puis mon pendentif-montre qui ne m'avait jamais quitté depuis mon départ de Hiddenville.
Je regardai mes vêtements sales sans savoir quoi en faire. Devais-je les laver ? Les jeter ? Si c'était le cas, où ? J'optai pour les glisser dans la corbeille de linge sale que je trouvai près de la porte, puis je retournai dans ma chambre et m'allongeai sur le lit. Se reposer, c'était bien, mais c'était encore mieux quand on était propre !
Sarah revint dans la soirée pour m'apporter mon dîner sur un plateau. Elle m'expliqua que j'habitais une des rares maisons encore inhabitées de la ville. Elle était située en banlieue, donc peu de gens risquaient de me voir.
« T'as meilleure mine ! Même si c'est trop bizarre de t'associer à… à ça ! » dit-elle en désignant mon corps.
Je lui répondis par un sourire compréhensif.
« Je sais, j'ai moi-même encore du mal à associer mon reflet à moi-même quand je me regarde dans un miroir. »
Mon amie me regarda un instant avant de reprendre la parole.
« Je suis désolée, tu sais. Pour ce qui t'est arrivé. »
« Tu n'y es pour rien, Sarah ! C'est moi qui ai accepté de me soumettre à cette expérience. »
« Oui, mais si je ne t'avais pas poussée à défier les autres au Bal de l'Automne, peut-être que tu n'aurais pas fini à l'hôpital. Tu aurais pu t'enfuir avec nous et on serait tous ensemble ici, en sécurité. »
Peut-être… Ou peut-être pas ? Après tout, même si je m'étais pliée au code vestimentaire de la soirée, je n'aurais pas supporté que Max tente de m'approcher. J'aurais sûrement dansé avec un autre que lui, Max serait intervenu, une dispute aurait éclaté… et on en serait arrivé au même point. Ou pas.
Trop tard pour revenir en arrière, me dit Tifa.
Sarah se pencha vers mon visage.
« C'est comment, dis-moi ? De vivre à deux dans un seul corps ? »
« C'est… inconfortable. On est à l'étroit. Comme deux personnes dos contre dos, qui portent le même pull, et chacune veut partir dans une direction opposée. »
Mon amie hocha la tête, puis plissa les yeux.
« Elle me voit ? Elle peut m'entendre ? »
« Oui. »
Sarah eut un geste de recul, avant de lever timidement la main pour saluer.
« Euh… Bonjour ! »
J'écoutai dans ma tête avant de répondre :
« Tifa te dit bonjour. »
Mon amie eut un soupir triste.
« Daniel et les enfants ne vont pas être contents quand ils vont apprendre ce qui s'est passé. Il paraît qu'il était proche de la femme dont tu occupes le corps. Et les enfants… je n'ose même pas imaginer leur réaction. »
« Tu sais où ils sont ? Dis-m'en plus sur eux, je t'en prie ! » dis-je avec emphase.
Sarah me regarda avec l'air de ne pas comprendre mon attitude, comme si mon regain d'espoir et d'intérêt semblait décalé.
« Ils vont bien. Ils habitent une maison, comme chacun d'entre nous. Je ne connais pas toute l'histoire en détail, mais Daniel est… en fait, il a le don de téléportation. C'est pour ça qu'il était Observateur. Son pouvoir est très utile pour voyager sur de longues distances. Bref, il a téléporté beaucoup de gens de Hiddenville jusqu'à une forêt où les enfants nous attendaient. On a voyagé tous ensemble à travers le désert, avant de tomber sur Sephiroth. Il nous a aidés à nous réfugier ici, et… depuis, nous vivons dans cette ville. La vie y est plutôt cool, tu sais ! On a à manger, on est à l'abri de la chaleur et des monstres. On ne doit pas suivre de règles absurdes, la vie est presque comme sur Terre. C'est… aussi normal que ça peut l'être pour des gens comme nous. »
J'essayai d'imaginer la vie ici, dans cette ville en plein désert. Oh, si seulement j'avais pu m'enfuir avec eux, avant qu'on me fasse subir cette fichue expérience !
« Amy, écoute… C'est vrai, ce qu'on raconte ? Genre… Daniel et Tifa… ? Ils étaient… Ils sont ensemble ? Enfin, en couple, quoi ? »
De quoi elle se mêle, là ? dit Tifa.
« Euh… D'après ce que… Enfin, si j'en crois tout ce que j'ai vu… Oui ! » avouai-je du bout des lèvres.
« Vu ? Attends, tu les as vus comme si… ? Oh, minute ! T'as vu tous leurs rencards ?! Genre, t'as vu ses souvenirs ? Tous les moments qu'ils ont passés ensemble ?! »
Okay, ça suffit ! Dis-lui de changer de sujet ou je vais intervenir.
« Oui, enfin non, je… je n'ai pas vu, enfin pas tout vu, mais je… »
« Roh, j'y crois pas ! » s'écria Sarah en tapant dans ses mains, l'air surexcité. « Alors, c'est vrai ? Un amour interdit entre un terrien et une gaïenne ?! Et t'as tout vu comme si tu y étais ? Waouh ! C'est… Oh, bon sang ! C'est encore plus dingue et romantique que Roméo et Juliette. Ou Tristan et Yseult. Ou Anakin et Padmé, comme dirait mon frangin. Rooooooooh, je voudrais avoir une connexion Internet pour en parler à mes copines ! »
Eh bien, heureusement qu'on n'est pas sur Terre ! Amicia, fais-la changer de sujet !
« Puisqu'on parle d'Internet et de Star Wars, où est Benny ? » demandai-je.
« Il est là, lui aussi. Nous habitons dans la même maison. D'ailleurs, je lui ai raconté, pour papa… » dit Sarah d'une voix brisée. « Il se remet de la nouvelle. »
Je lui pris la main. Nous restâmes silencieuses un moment, avant qu'enfin Sarah se lève.
« Faut que j'y retourne, ou les autres vont se poser des questions. Repose-toi en attendant demain, d'accord ? »
« Oui, merci. »
Sarah fit quelques pas vers la sortie, quand elle se tourna vers moi.
« Je suis contente que tu sois revenue, tu sais. Même si tu n'as plus la même… tête ! »
Puis, avec un sourire malicieux, elle se pencha vers moi.
« Bonne nuit et rêve bien du beau Daniel avec Tifa ! »
Dis-lui de s'en aller ou je reprends le contrôle et ça va barder pour elle !
Pour toute réponse, je jetai un coussin à la figure de Sarah, qui s'enfuit en riant.
Cette nuit-là, je dormis d'un sommeil normal, sans rêves ni cauchemar.
Au réveil, je mis une minute à me souvenir de l'endroit où je me trouvais et de ce qui m'était arrivé. Je filai prendre une douche et quand je revins dans la chambre, je vis entrer Sarah. Elle transportait un plateau avec un bon petit-déjeuner, et était accompagnée de Benny. Ce dernier avait changé. Au lieu de cette horrible combinaison marron de technicien de Hiddenville, il portait des vêtements classiques : des converse, un jean, une chemise et un sac en bandoulière servant à transporter un ordinateur portable.
Quand il me vit, il siffla d'admiration.
« Waouh ! T'avais oublié de préciser que son nouveau corps est hypercanon, Sarah ! »
Je sentis Tifa s'agiter, méfiante.
« Je tiens à te prévenir qu'on est deux à t'entendre, Benny ! » lui dis-je en guise de bonjour.
« Désolé, Amy ! Woh, quand même, j'ai du mal à t'associer à… à cette bombe. Daniel a trop de bol ! »
« BREF ! On t'apporte le petit-déjeuner », dit Sarah en posant le plateau sur le lit.
Nous nous assîmes tous les trois et nous mîmes à discuter en mangeant. Ainsi, j'appris que j'allais devoir sortir de la maison aujourd'hui et me préparer pour ma première journée à Haven. En entendant ça, je manquai de m'étrangler avec mon toast beurré.
« Mais… les gens vont se poser des questions en me voyant, non ? Et puis, il y a Daniel et les enfants… »
« Alors, il faut que tu saches qu'hier soir, Sephiroth a été leur parler. Il leur a résumé la situation. Enfin, à Daniel, surtout. Les enfants, je ne sais pas trop », dit Benny.
« Il a dit quoi, au juste ? »
« Que t'as subi une expérience avec Tifa qui fait que vous partagez le même corps, mais que c'est toi qui es aux commandes. »
« Et… comment Daniel a réagi ? »
Le frère et la sœur ne répondirent rien, mais leur mine sombre me suffit. Il devait être furieux.
Au moins, il sait… dit Tifa.
Oui, mais comment allait-il réagir en nous voyant ? J'avais peur à l'idée de le voir, mais en même temps j'en mourrais d'envie !
« T'inquiète, Daniel ne te fera aucun mal », dit Sarah, comme si elle avait deviné le fil de mes pensées. « On sera là pour t'épauler lors de ta première journée. Et puis, tu vas venir vivre chez nous, en attendant qu'on trouve un moyen pour vous restituer vos corps. »
Je me souvins des travaux de mon père et la clef USB qui les contenait ! J'ouvris mon pendentif-montre et l'en sortis. J'expliquai à Benny de quoi il s'agissait. Son visage s'illumina.
« Mille fois merci, Amy ! Avec ça, on n'aura pas besoin de voler un caisson, on va en fabriquer un. »
« Euh, mais il faudra quand même que je retrouve mon corps, moi, et… il est à Hiddenville, alors… »
« Oh, t'inquiète ! On va le récupérer. »
« On a des équipes spécialisées dans l'espionnage de la ville et des sbires du Noé », dit Sarah. « Mon petit-copain en fait partie. Alors, relax ! Benny va se consacrer à l'étude des données de la clef USB, des gens vont retrouver le caisson contenant ton corps et ensuite… » Elle claqua des doigts. « Tout rentrera dans l'ordre ! »
En attendant, il allait donc falloir que nous nous adaptions toutes les deux à notre nouvelle vie à Haven.
D'après ce que Sarah m'avait raconté, les rénovations de la ville n'étaient pas encore complètement finies, mais on avait mis un point d'honneur à restaurer les boutiques et les bâtiments publics tels que la Poste, la mairie et l'école. Elle servait de centre de formation pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes de la ville.
Les plus vieux, qui connaissaient leurs dons et leur métier respectif, avaient déjà un rôle à jouer dans cette ville. Mais moi, j'appartenais à la section « encore en formation », comme Sarah qui, même si elle connaissait son pouvoir, n'avait pas encore un rôle précis à jouer pour la communauté de la ville. Apparemment, on hésitait entre la faire travailler à l'hôpital pour des scanners ou le service de sécurité de la ville, pour aider à défendre la bordure. Son don servait aussi bien à repérer les monstres que les tuer, mais aucun de ces postes ne l'intéressait vraiment. À Hiddenville, on ne lui aurait pas laissé le choix, mais ici, à Haven, on lui laissait encore le temps de trouver et choisir sa voie, ce que j'appréciais énormément.
Après le petit-déjeuner, nous nous mîmes toutes les deux en route vers l'école, tandis que Benny prit le chemin d'un bâtiment réservé à l'ingénierie et à l'électronique pour toute la ville.
Tandis que nous marchions ensemble à travers la rue, je jetai des coups d'œil autour de moi. Cette ville était à la fois semblable et différente de Hiddenville.
Les gens vaquaient à leurs occupations : une mère emmenait ses enfants à l'école, un homme repeignait la façade de sa maison, un autre mettait la pancarte « Ouvert » sur la porte de sa boutique… Mais tous portaient des vêtements normaux, pas d'uniformes définissant leur classe sociale. Et aussi, tous se souriaient et discutaient paisiblement.
« C'est fou comme la vie semble plus cool, sans les règles absurdes du Noé, hein ? » sourit Sarah.
« Tu l'as dit ! »
Mais si j'observais avec tant d'attention les gens et les lieux autour de moi, c'était aussi parce que je ne pouvais m'empêcher de chercher trois personnes en particulier : Daniel, Marlène et Denzel. Tifa était pleine d'espoir, mais elle appréciait autant que moi de découvrir une ville où l'on respirait davantage la joie de vivre.
« Dis, Sarah… »
« Oui ? »
« Cette ville ne dispose pas de bouclier ni de mur… Tu as conscience qu'à un moment ou un autre, des gaïens vont découvrir cet endroit et… ? »
« Oh, aucun risque ! On reçoit une formation spéciale à l'école, pour avoir des bases de culture générale sur la vie des gens ici. Notre but, c'est de nous fondre dans la masse, pas de nous cacher. On doit apprendre à vivre dans ce monde, pas le coloniser. D'ailleurs, il se peut que tu sois sollicitée là-dessus. »
« Comment ça ? »
« Amy, tu as accès à la mémoire d'une gaïenne ! Tu pourrais nous aider, et pas qu'en culture générale. Il y a des choses plus particulières comme la cuisine ! C'est vrai, il y a des légumes et des fruits qui nous sont toujours inconnus, même après tout ce temps. »
Ça, c'est dans mes cordes ! Je tenais un bar et je cuisinais des plats pour les clients, en plus des boissons, dit Tifa.
J'eus un léger sourire. Peut-être que ça se passerait bien, ici, dans cette ville…
Bientôt, nous arrivâmes devant l'école. Heureusement, ce ne fut pas un immense immeuble moderne aux murs rutilants comme celui de Hiddenville, mais une bâtisse de forme rectangulaire, aux murs beiges et au toit vert sapin. Les couleurs étaient plus chaudes et l'endroit plus accueillant.
Beaucoup d'enfants, d'adolescents et de jeunes adultes montaient les marches menant à l'entrée en discutant gaiement de sujets variés : leur nouvelle maison, le fait qu'on avait établi un réseau téléphonique et informatique spécialisé qui avait déjà permis de créer de nouveaux réseaux sociaux au sein de Haven, ou bien des histoires de rencards, de pyjama party, du shopping après les cours, tester le nouveau glacier de la ville qui avait enfin ouvert… une école normale, quoi !
Le plus dur avait été de choisir une mascotte pour l'établissement. D'après Sarah, il y avait eu des votes serrés, tant les habitants de la ville tenaient à ce qu'on reprenne la mascotte de leur ancien lycée respectif : un ours, un aigle, un tigre ou même une sardine (eh oui, cette mascotte existait, sur Terre !) Au final, on avait opté pour une créature de cette planète, afin de s'adapter au mieux à notre nouvel environnement. Des drapeaux et des bannières arboraient l'image de la mascotte qu'ils avaient choisie : un liongre. En voyant cette créature, je pensais à Red XIII, le liongre de l'équipe d'Avalanche.
Tifa ressentit une profonde mélancolie en pensant à ses amis, qu'elle n'avait pas vus depuis si longtemps. Je l'éprouvai aussi, même si je n'étais pas aussi pressée qu'elle de les rencontrer, du moins tant que j'étais dans ce corps.
Tandis que nous suivions le flot d'élèves à travers les couloirs, je vis des gens me lancer des regards à la dérobée. Je reconnus de nombreux résidents du camp. La nouvelle avait dû s'ébruiter à mon sujet, car beaucoup me regardaient avec l'air perdu, comme s'ils essayaient de retrouver en moi quelque chose de familier… Comme Sarah, qui avait essayé de voir au-delà de mon corps au début, pour me retrouver, moi, Amicia Williams… Mais au moins, personne ne me fit de remarque désobligeante ni ne me lança de regards mauvais.
Étant nouvelle, mon amie me guida jusqu'au secteur administratif, pour que la secrétaire du principal me remette mon emploi du temps. Elle voulut attendre avec moi, mais la secrétaire lui rappela qu'elle avait cours, aussi je lui assurai que ça irait, on se reverrait à la pause-déjeuner.
Assise sur une chaise près de la porte du principal, j'attendis en silence, quand des éclats de voix me parvinrent dans mon dos.
Je me tournai vers la vitre donnant sur le bureau et vis, à travers les stores relevés, qu'un élève se tenait assis face au principal. C'était une principale, en fait : grande, maigre et rousse, elle avait les yeux levés vers un professeur de physique hindou, qui parlait en agitant une main vers l'élève. Il me sembla le reconnaître… Mais il me tournait le dos, je ne voyais pas bien son visage, juste ses cheveux blonds et un bout de son profil gauche.
Par contre, j'entendais bien ce qui se disait à l'intérieur.
« Il a osé les publier sur le réseau scolaire de l'école, c'est inadmissible ! » dit le professeur.
« Mr Dicks, si vous vouliez garder les clichés, il suffisait de le demander dès le début », dit calmement l'élève.
Cette voix… Oui, je le connaissais !
« Il ne s'agit pas de garder les clichés. De toute façon, c'est trop tard, tout le monde a vu ça, maintenant ! »
Il agita une feuille sous le nez de l'élève. Je vis que l'image représentait le professeur, assis à son bureau tandis qu'un élève marquait quelque chose au tableau. Il tournait le dos à l'enseignant qui était en train de se curer le nez !
« Mr Dicks, nous allons effacer les photos du site et veiller à ce que ça n'arrive plus », dit la principale.
« Ce n'est pas suffisant ! J'exige que cet idiot soit exclu du cours optionnel de photographie. »
« Bon, nous en reparlerons. Filez en cours, en attendant. Je m'occupe de tout ! » dit la principale.
Lorsque le professeur sortit, je veillais à regarder droit devant moi, les yeux baissés vers le sol, comme une gentille élève n'ayant rien vu ni rien entendu. Mais quand il fut parti, je repris mon espionnage du bureau.
« James, que t'arrive-t-il ? Ça ne te ressemble pas, ce genre de comportement. D'habitude, c'est ton frère qui fait ça. Est-ce que quelque chose te tracasse ? »
« Non, tout va très bien. »
« James… »
« Je vous assure ! »
« Tu ne dois pas laisser la réputation de ta famille te mettre des bâtons dans les roues. Nous sommes beaucoup à avoir fait des erreurs à cause des ordres stupides du Noé. Mais ici, nous avons tous une chance de redémarrer une nouvelle vie. »
« Je sais ! Une nouvelle vie, un nouveau départ », dit l'élève sur un ton blasé.
« Bonne réponse, mais dépourvue de conviction. James, promets-moi que tu vas faire un effort et t'intégrer aux autres. »
La secrétaire m'appela, m'arrachant à mon espionnage. Je me dirigeai vers le bureau et pris la feuille contenant mon emploi du temps. La porte dans mon dos s'ouvrit et, quand l'élève en sortit, la secrétaire l'interpella.
« James ! Cette jeune femme est dans ton groupe. Peux-tu la conduire à son casier et à votre salle de cours ? »
Il se tourna vers moi. Je reconnus sans mal le jeune homme qui avait été mon cavalier au Bal de l'Automne, le soir où ma vie avait basculé.
Il était tel que dans mes souvenirs : blond avec des yeux bleus. Il ne portait pas de smoking ni d'uniforme scolaire, juste un jean, un T-shirt gris et une veste-sweater bleu clair. Un étudiant normal, tout comme moi et les autres.
Sans dire un mot, il me conduisit vers mon casier. Comme le silence était un peu trop pesant à mon goût, je décidai d'engager la conversation.
« Tu utilises quel genre d'appareil photo ? »
Il se tourna vers moi avec l'air surpris, puis sourit.
« Tu aimes écouter aux portes ? »
« Pour ma défense, le bureau de la principale n'est pas bien isolé acoustiquement. »
« C'est vrai ! En fait, sur Terre, j'adorais la photographie. En arrivant sur cette planète, j'étais un Observateur et je prenais beaucoup de photos. Ici, évidemment, je ne tiens plus ce poste. Je me suis inscrit au cours de photographie de l'école par nostalgie. Mais apparemment, j'ai trop observé mon professeur pendant ma séance de photographie perso. J'utilise un Reflex Canon EOS 5DS R. Ou plutôt, j'utilisais, car je ne suis plus dans le cours, maintenant. Mon professeur va donner l'appareil à un autre élève. »
Un peu plus détendu, il me conduisit vers le casier qui m'était attribué, puis nous nous dirigeâmes tous les deux jusqu'à la salle de cours. Nous étions tous de jeunes adultes entre la vingtaine et la trentaine, à ne pas connaître notre pouvoir. Du coup, nous allions venir ici chaque matin pour suivre des séances afin de le découvrir et apprendre à le maîtriser, après quoi on nous trouverait un métier ou une fonction utile pour la communauté de Haven.
Notre professeur, Mr Blink, était un vieil homme grisonnant. D'après James, il pouvait détecter les pouvoirs des terriens. Il était donc là pour aider ceux qui ignoraient encore quel était leur don et apprendre aux autres à les maîtriser.
James m'avoua qu'il connaissait déjà son pouvoir : il était un catalyseur. Ce qui signifiait qu'il pouvait augmenter les pouvoirs des autres. Du coup, je lui demandai pourquoi il assistait à ce cours, s'il connaissait ses capacités. Il me répondit qu'il aidait le professeur en boostant sa magie, pour bien détecter le pouvoir de chaque élève. Et puis, il ignorait encore quel serait son rôle dans cette ville, comme Sarah.
Moi, j'ignorais toujours quel était mon don. D'ailleurs, est-ce que j'en avais un dans ce corps-ci, sachant que ce n'était pas celui d'une terrienne ?
Soudain, une alarme retentit. Les haut-parleurs de l'établissement se mirent en route.
« Bonjour à tous, élèves de Haven School ! Ici votre principale, Mme Hendricks. Nous faisons un exercice d'alerte incendie. Veuillez vous lever dans le calme et évacuer les salles de classe. »
Nous nous levâmes tous calmement comme elle l'avait dit, puis nous dirigeâmes vers la porte de la salle.
« Bon, plus vite que ça ! Vous devriez déjà être dans les couloirs… Laissez tomber la partie calme. Dépêchez-vous de sortir de l'école ! »
Cette fois, ce ne fut pas en marchant, mais presque en courant que tout le monde sortit pour se mettre en groupe devant l'entrée de l'établissement, face à la principale, armée d'un extincteur. Sephiroth se tenait à côté d'elle, les bras croisés.
« Cet exercice d'alerte incendie a été un échec… cuisant », dit la principale.
Et pour illustrer ses propos, elle actionna l'extincteur, crachant un nuage blanc qui nous fit tous sursauter.
« CUISANT ! » cria la principale.
« Vous ne devriez utiliser l'extincteur qu'en cas de véritable urgence », dit Sephiroth.
Apparemment, Mme Hendricks avait un pouvoir qui la rendait insensible au danger ou bien elle était stupide, car elle adressa à Sephiroth un regard furibond. Ce dernier répondit par un haussement d'épaules avant de reporter son regard sur la foule.
Elle n'a pas froid aux yeux, celle-là ! dit Tifa sur un ton admiratif.
Tu l'as dit, lui répondis-je en haussant les sourcils.
« Sur Terre, je vivais à Portland en tant que principale du collège Darmouth. Cet établissement détenait le record de l'exercice de l'alerte-incendie le plus rapide du quartier. Mais l'école de Haven a un nouveau shérif : Shérif Moi ! Et nous allons poursuivre ces exercices d'alerte incendie jusqu'à réussir à battre le record. »
Elle se lança dans un discours sur les mesures à prendre pour la journée, pour anticiper les prochaines alertes.
Un peu ennuyée, je regardai les autres autour de moi. James était à ma gauche. Je vis Sarah un peu plus loin sur ma droite.
Je remarquai que tous les enfants de l'école étaient regroupés plus loin devant moi. J'aperçus une petite fille brune dont la coiffure arborait un ruban rose. Me penchant, je la reconnus et sentis mon cœur s'emplir de joie. Marlène ! Denzel était juste à côté d'elle. Tous deux ne m'avaient pas vue, ils discutaient avec d'autres enfants et riaient sous cape face à la mascarade de la principale.
Ils sont là ! Ils ont l'air d'aller bien, dit Tifa.
Je sentis mon corps se tendre vers eux. Elle voulait que je m'approche, que je bouge à travers la masse d'élèves pour les regarder de plus près. Il me fallut faire un gros effort pour rester immobile et reporter mon regard sur la principale et Sephiroth.
On ne peut pas les approcher, Tifa. Pas maintenant. Qui sait ce que Daniel leur a dit sur ta… situation ?
Et alors ? Je veux juste qu'on s'approche ! Ça fait si longtemps que je ne les ai pas vus…
Je la comprenais. Ils étaient si près, et pourtant…
« Il faut arrêter de traîner, poursuivit la principale. Apprenez à marcher plus vite ! Ce n'est pas comme si on avait tous un super pouvoir qui nous permet de nous turbopropulser des salles de cours jusqu'à la sortie. »
Elle se mit de profil et cacha l'extincteur derrière elle, au niveau de ses jambes.
Soudain, un jet de mousse sortit de l'appareil, au niveau du… postérieur de la principale !
Tout le monde sursauta et beaucoup émirent des cris choqués. Tifa et moi en oubliâmes les enfants sur le coup.
« Vous ne devriez pas faire ça pour tout un tas de raisons différentes ! » dit Sephiroth.
Ignorant son commentaire, la principale émit un dernier… jet, avant de nous ordonner de retourner en cours, ce que tout le monde s'empressa de faire.
Tandis que nous avancions vers l'entrée, je cherchai les enfants du regard, mais ne les vis plus. En tous cas, j'espérais avoir une meilleure chance de les apercevoir pendant le reste de la journée.
