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Note: Je sais, je suis encore en retard... mais il m'est arrivé tant d'aventure, ces dernière semaines ! Je reprends ma fic épistollaire avec deux nouveaux personnages, en compagnie bien sûr de mon binôme suprême, ma Mimie adorée, qui incarnera mon correspondant, je flippe parce que vendredi j'aurais encore prit une année dans la gueule... QUOIIIII !

VENDREDI ? DEJAAAAAA ? °0°

Ah oui, et je suis tombée par la fenêtre du deuxième étage... -'

Dédicace: A Mimie, joyeux anniversaire mon binôme...

Et à Toi...

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Chapitre Neuf : « Lumière… »

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« Tu sais, partout dans le monde, les gens semblent si pressés.

Ils courent sans cesse, comme poursuivis par le monstre qu'est le Temps, comme si la Lumière les attendait, droit devant.

J'ai apprit une chose, avec toi.

Si l'on a connu la Lumière, et qu'elle n'est plus là, c'est qu'elle est restée en arrière, et que jamais nous ne pourrons la rattraper… »

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Lumière.

Il fait jour, je crois.

J'entends des bruits de pas dans le couloir, mais je ne réagis guère. Mon corps ne m'obéis plus depuis un moment. Il n'a plus envie d'entendre, ou alors c'est mon esprit qui n'a plus envie de bouger.

Je reste là, sans bouger, mourant à petit feu devant ton corps impassible.

Ma main serrée dans la tienne semble brûler à vif, comme si là se trouvait toute la vie qu'il me reste.

Ils disent que tu n'es plus en danger, grâce à moi, mais si tu ne te réveilles pas…

Si tu ne te réveilles pas…

Je vais crever, tu sais.

Ils vont tous vouloir me crever, mais ils ne m'auront pas. Je démissionnerais tout seul. Personne ne peut me tuer, à part moi.

Mais si tu ne te réveilles pas…

Tu sais, c'était si important, pour moi, mon frère, ma vengeance, toutes ces conneries… mais je m'en fous, en fin de compte.

Cela ne compte plus, depuis que tu es là. C'est tellement ridicule, moi qui courais après tant de chimères sanglantes, moi qui étais si égoïste, moi qui me voulais seul au monde… je dépends totalement de toi.

Je deviens fou, sans toi.

Et je vais te tuer, si je ne reviens pas à toi.

A chaque fois.

Cela fait quatre jours que tu as les yeux fermés.

Quatre jours.

Une éternité que je sombre inlassablement, plus bas, toujours plus bas.

Si tu n'ouvres plus les yeux, je ne reverrais jamais le ciel. Je n'en connais plus d'autre que celui de tes iris.

Quatre jours que je ne suis pas sorti chasser, moi qui faisais de véritables orgies depuis deux semaines.

Le parfum de sang qui te couvrais ce soir-là, et qui affolait mes sens, est couvert par les odeurs affreuses d'aseptisé. Je ne sens plus ton arôme, je ne sens plus rien, tout est blanc, aussi blanc que mes yeux ne voient que du noir.

Mon corps paralysé ne sent plus que toi, ta main dans la mienne, ton souffle ténu dans l'air, le froncement léger de tes sourcils. Que signifie t-il ?

Interrogation ? Angoisse ?

Souffrance ?

Je me sens comprimé, épuisé, ma tête tourne, je ne parviens pas à trouver d'air, comme si la Terre ne produisait plus assez d'oxygène pour m'alimenter.

J'ai peur.

Peur de crever là, juste à côté de toi.

Peur du vide. Du néant.

Car c'est tout ce que tu laisserais derrière toi.

Soudain, je sens une chose fraîche et humide fourrager dans ma nuque, entre mes cheveux emmêlés, suivie par des mains tièdes, rudes, tentant, sans grand succès, de desserrer doucement mon étreinte.

Qui voudrait me dépouiller de mon ange ?

-Hawk, il faut que tu le lâches… fait une voix rauque.

Je grogne, seule réponse dont je sois capable.

Pourquoi Diable les infirmières laissent-elles ce clébard miteux entrer dans cet hôpital ? Et je ne parle pas seulement de l'animal…

-Hawk, tu tiens vraiment à ce que la première chose qu'il voie en se réveillant soit ton cadavre en décomposition cramponné à son chevet ? Viens manger un morceau, et puis prends une douche, bordel ! Est-ce qu'au mois tu t'es donné la peine de te lever pour aller pisser, de temps en temps ?

Je consens, ou parviens, comme vous voudrez, à lever un œil morne sur mon interlocuteur.

Dans son regard sombre, je lis que mes iris doivent toujours être rouges. Mon sourcil levé délicatement le fait ricaner, puis il me traîne de force hors de la chambre et m'attable, trois étages et une rue plus tard, devant une gargantuesque et sanglante entrecôte préparée selon les bons soins de Karin.

-Allez, avale ça, dit-elle en s'asseyant face à moi, portant une cigarette à ses lèvres. C'est ainsi que Kiba l'aime, tu m'en diras des nouvelles. Ensuite, tu iras prendre une bonne douche pendant que je laverais tes vêtements, et tu pourras retourner voir Naruto. Pas avant.

Lentement, je découpe un premier morceau de cette viande juteuse, au fumet ma foi fort alléchant, et le porte à ma bouche pour le mâchonner lentement.

Puis, une fois ce premier morceau avalé posément, je me jette avec un grognement affamé sur la nourriture, tel une bête sauvage.

Diantre ! Jamais je n'avais goûté si délicieux morceau de viande, me semble t-il…

Un quart d'heure plus tard à peine, l'entrecôte de quatre cent grammes, pas moins, dûment ingérée, je finis de vider mon cinquième verre de rouge, puis allume une cigarette en m'en servant un sixième.

Karin m'observe, un petit sourire espiègle effleurant la commissure de ses lèvres. Kiba est dans la salle de bains, il prend une douche en chantant du Pavarotti avec la radio, affreusement bien, soit dit en passant.

-Pourquoi prendre soin de moi de la sorte ? demandais-je finalement.

Elle ne répond pas, se contentant d'écraser sa cigarette dans un cendrier de métal, puis de prendre une pomme d'un vert éclatant dans la corbeille de fruits. Léchant la lame de mon couteau du bout de la langue, elle tranche, d'un geste vif, le fruit en deux, puis m'en tends une part.

-Naruto t'as choisi. Cela a beau ne pas être très rassurant, nous n'y pouvons rien. Alors autant te dire que tu fais maintenant partie de notre famille de dégénérés et qu'on ne te laisse pas le choix.

-Mais… c'est de ma faute, s'il est dans ce lit…

-Naruto a beau avoir l'air incroyablement gamin, c'est un grand garçon. Il a prit sa décision en dépit du danger, et il est du genre plutôt borné. On n'a jamais réussi à le changer, je ne vois pas pourquoi toi, tu y serais parvenu en gardant tout bêtement ta porte fermée. Et puis l'Impératrice tient à toi, quoi qu'on en dise. Les vieilles habitudes ont la vie dure, dirait-on…

-Sakura… c'est Valentina Darcy, n'est-ce pas ?

Elle s'étouffe de rire dans une bouchée de pomme.

-Bordel, pour un rapace, tu es long à la détente, s'esclaffe t-elle, hilare. Ce devrait pourtant être évident, lorsqu'on connait les deux, non ?

-Pas du tout, elles sont très différentes, protestais-je en grimaçant. Sans compter le fait que je ne l'avais pas vue depuis dix ans et qu'à part le fait qu'elle ait un gosse, je ne savais absolument pas ce qu'elle devenait… Valentina était comme l'une de ces roses bleues que ma mère entretenait dans le jardin : elle était belle, frêle et précieuse, elle avait un sourire d'ange et de longs cheveux bouclés, comme une jolie poupée de porcelaine que l'on met sous verre dans un jardin d'Eden. Sakura ressemble plus à une rose rouge, pulpeuse et pleine d'épines empoisonnées, dont on laisse se répandre les ramures sauvagement, et qui siège sur une jungle de plantes carnivores…

Mon ton tragique la fait rire aux éclats.

Karin a un joli rire, un peu cassé, un peu comme celui de Kiba. Ses dents bien blanches étincellent dans le noir, lorsqu'elle s'esclaffe au comptoir, ou lorsqu'elle racole sur le pavé avec son sourire le plus séducteur. Ses yeux du bleu le plus vif brillent d'intelligence et de malice, elle a du caractère.

Je l'aime bien.

-Toi aussi, tu ressembles à une rose rouge… je souffle pensivement. Mais là où Sakura règne à l'ombre de la jungle, toi, tu étends tes pétales veloutés saignant le poison pour protéger les fleurs tropicales des clairières…

Elle rit de plus belle.

-J'imagine que je dois le prendre comme un compliment, sourit-elle. Ta mère cultivait des roses bleues, dans son jardin ? Je croyais que cela n'existait pas…

-Tu sais, il y a des tas de choses qui ne devraient pas exister, et qui pourtant vivent à Lúa, à commencer par nous… mais les roses bleues n'étaient plus dans le jardin, quand je suis revenu d'Europe. Les rouges non plus, d'ailleurs. Elles ont dû s'entretuer. Ça ne fera que deux espèces disparues de plus dans le monde…

-Les rouges aussi étaient particulières ?

-Oh oui, une espèce unique au bois aussi noir que celui des rosiers bleus était blanc. Et lorsqu'une branche était coupée, elle devenait aussi dure que le métal, et gardait sa couleur et son parfum. Ce bois rare était très prisé dans la bijouterie de luxe, je crois même qu'il y en a sur les joyaux de la couronne…

Si je possédais encore ces rosiers, je les utiliserais pour parer Naruto comme on parait les rois de Konoha, jadis.

Avant que ma famille ne renverse le pouvoir monarchique pour le remplacer par ce simulacre de parlement dans lequel seuls les plus puissants clans du pays ont leur mot à dire…

-J'aimerais bien qu'un homme m'offre des roses, un jour… même si elles sont communes, n'ont aucun parfum, et sont un peu fanées, je pense que cela me ferait plaisir, pour une fois, de me sentir comme une fille qui se fait courtiser sans demander à payer en retour…

Derrière elle, à la porte, Kiba s'est arrêté en plein mouvement. Son sourire semble triste, et son regard perdu au lointain.

J'imagine que lui aussi, un jour, aimerait bien offrir des roses à quelqu'un. Peut-être qu'on aimerait tous avoir quelqu'un à qui offrir de belles roses rouges, en fin de compte…

-J'aimerais bien qu'on m'aime, rien qu'une fois… souffle la voix de la jeune femme, lointaine.

J'imagine qu'au fond, on voudrait tous aimer quelqu'un.

Même lorsqu'on est un monstre.

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Lumière.

J'étais dans le noir, à présent, mes yeux ne voient que du blanc.

Je suis seul.

Seul au monde.

Je crois que je suis à l'hôpital. Ça n'a pas le même parfum que le Paradis, je pense…

Je suis seul. Pourtant, je croyais…

Je croyais mal, comme d'habitude.

Ce devait être un rêve.

Ma main reste froide, pourtant j'avais cru que sa peau brûlait la mienne… tout le temps.

Mais il n'est pas là, finalement.

Peut-être n'était-ce pas lui. Peut-être était-ce l'autre.

Celui à la voix suave qui me consolait à chaque fois, dans le noir. Comme dans une autre vie. Celui qui m'a sauvé, avec ses yeux couleur de grenat…

Existait-il vraiment ?

Et moi… qui étais-je, avant aujourd'hui ?

Pourquoi ne me souviens-je que du noir ? Pourquoi à présent, même dans la lumière, je ne vois toujours rien ?

Pourquoi tous ces visages qui défilent devant moi depuis mon réveil, ces mains fraîches sur ma joue, mon front, ces sourires hantés qui s'efforcent de m'offrir les étoiles en vain… pourquoi, même si je connais leurs noms, même si je sais que je les aime…

Pourquoi n'ont-ils pas la chaleur de cette peau qui m'a consumé dans le froid moite de mon noir intérieur, pourquoi ne m'évoquent-ils rien de ce que cette main, ce regard m'évoquait ?

Mon monde semble avoir changé de sens.

Avant j'aimais.

Oui j'aimais. Sa présence me manquait lorsqu'il me quittait, la tristesse me gagnait lorsqu'il ne regardait pas vers moi…

A présent j'existe.

Oui, j'existe.

A travers lui.

Je ne sens rien, depuis que je suis sorti du noir… rien d'autre que son absence, et cette douleur poignante qu'elle me cause, et qui me lancine sans cesse.

A-t-il choisi de disparaître, cette fois encore ?

Aurais-je la force de le poursuivre, cette fois encore ?

Aurais-je seulement la force de me lever, s'il ne me revient pas ?

Je suis désolé, tu sais.

Désolé que l'on se soit fait tant de mal.

Pourquoi ne pas tout recommencer, sans douleur, cette fois, sans démence, sans larmes… sans baisers s'il le faut.

Laisses-moi essayer.

Pourquoi tes iris sont-elles si sombres, pourquoi la rose que tu laisses a t-elle la couleur de l'acier… pourquoi restes-tu toujours caché derrière le battant de la porte de ma chambre, depuis une semaine, pourquoi n'oses-tu pas entrer ?

Rends-moi mes sens, rends-moi ma chaleur, je t'en prie…

Redeviens la Lumière dans le noir de ma pensée…

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Lumière.

Celle des lampadaires, je crois.

Lorsque je me réveille, une douce chaleur émane d'à côté de moi. Je reste ainsi un moment, les yeux fermés, respirant un doux parfum à la fois frais et incandescent, le parfum du désir incarné qui embrase chacun de mes sens, dissimulé derrière une forte odeur de whisky.

Je ricane inconsciemment, me retourne pour enlacer ce corps qui ne m'appartiendra jamais. Il a le torse large, accueillant, une peau dorée, presque brune dans la pénombre, à la fois dure comme le cuir et douce comme la soie.

Son bras, long et musclé, et sa main calleuse, me serre étroitement contre lui.

S'il pouvait m'aimer, j'en serais heureuse…

Mais ce n'est pas le cas. Pas de la façon dont je voudrais aimer un homme, un jour. Même si hier il m'a offert des roses, même si demain je me réveillerais encore tout contre lui, sans me soucier des clients qui me demandent à corps et à cris depuis quelques temps… il n'y aura jamais ce genre de chose entre lui et moi.

Son corps, son cœur, et même son âme ne nous appartiennent pas. Il les a déjà offerts à un autre, depuis bien longtemps.

Un autre, qu'il ne se permet même pas de regarder.

Peut-on salir les anges d'un simple regard ?

Sans doute. Sinon, ils ne tomberaient pas aussi bas.

Lorsque je fais mine de me lever, il me retient, m'enjoignant à écouter.

D'abord, je ne distingue que les sons de la rue, en contrebas. Puis je distingue autre chose.

Un son qui, je le sais, fait lever les regards de tous vers mon étage.

J'ai toujours aimé la musique. Sans jamais y connaître grand-chose, certes, mais je l'aime.

Sans doute ne suis-je pas du genre à avoir des affinités particulières avec la musique classique, mais dans ce cas-là…

Blottie contre ce torse de dieu Hyperboréen, je me laisse aller à cette mélodie inconnue, emplie des saveurs de la vie, la souffrance, la joie, la solitude et la fraternité, l'accomplissement et l'abysse…

Tout.

Il y a le monde, emprisonné entre les six cordes de son violon, libéré par son archet au travers de notes dont je ne connais pas le nom.

Finalement, la mélodie se termine alors que je me lève doucement d'entre mes draps chauds, me libérant de l'étreinte d'un homme que j'aurais pu aimer. M'accoudant au balconnet de ma chambre, une cigarette au bec et un briquet à la main, je l'entends recommencer, quelques mètres à côté de moi, à jouer je ne sais quoi.

Je n'y connais certes rien, mais bordel, qu'est-ce que c'est beau…

Je l'observe, debout face à la rue, qui joue sans se soucier du regard émerveillé ou avide des autres, en contrebas, qui cherchent à reconnaître une portion de visage, une mèche de cheveux, un profil pâle dans la lueur des lampadaires orangés.

Il est torse nu, comme s'il s'agissait d'une tradition lorsqu'un homme se retrouve sur mon balcon, et sa peau de porcelaine ne reflète nulle couleur, comme si elle produisait sa propre lumière…

Si un jour on nous avait dit que cet homme ressemblerait tant à un ange paisible, je pense sincèrement que nous aurions bien ri, à nous en rouler par terre. Mais les faits sont là.

Ce soir, dans la pénombre d'un lampadaire et d'une mélodie inconnue, il resplendit de vie comme un ciel d'été agressif, et transpire une lumineuse sérénité par tous les pores de sa peau…

Ressemble t-il toujours à cela, lorsqu'il joue ?

En face, je remarque Kakashi, lui aussi accoudé à son balcon, une clope à la main. Il enlace une femme, sans doute un mannequin ramassé ici ou là, au gré de ses divagations.

Elle semble s'ennuyer, malgré la beauté suintant dans l'atmosphère, elle ne doit pas avoir grand-chose entre les deux oreilles mais c'est ainsi qu'il les aime, ses innombrables relations.

Stupides et sans lendemain.

Son protégé, les yeux fermés, concentré, emporté par son art, ne semble même pas l'avoir remarqué. Pourtant, je suis certaine que ce sourire, si rarement sincère, sur les lèvres de l'homme qui l'a élevé lui est destiné.

Doucement, les bras de Kiba reviennent m'enlacer, à l'image du voisin d'en face. Lorsqu'il fourre son nez dans le creux de mon cou, je sens la brûlure humide de ses yeux contre ma peau nue, et je me rends compte que sur mon visage aussi, les larmes se déversent inconsciemment.

Elle est si triste, cette musique…

Je ne sais combien de temps cela dure, trois minutes, peut-être, ou trois heures… mais qu'importe.

J'aimerais rester ainsi éternellement.

Même si je suis dans les bras d'un homme qui jamais ne m'aimera, même si lui, moi, le voisin d'en face, la pétasse qu'il a dans les bras… même si nous sommes tous si seuls, les larmes plein les yeux, dans ce voyage à travers un adieu hypothétique.

Lui qui a toujours cru qu'il était un monstre, et qu'il ne serait jamais rien d'autre, qu'il ne sèmerait jamais rien d'autre que la destruction et le chaos…

Il est si triste, cet ange…

Lui qui se croit si seul au monde, et qui ne voit même pas tous ceux qui n'ont d'yeux que pour sa silhouette à demi-nue, torturée et agonisante, traçant son chemin dans les ronces, et son regard si vide et si plein à la fois, couleur de passion…

Elle est si triste, cette lumière…

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Lumière.

Chose que l'on ne connait pas, ici-bas.

Ils restent tous prostrés sur leurs sièges, et leurs rires gras et tonitruants ne trahissent que trop bien à mon regard aveugle le silencieux néant de leur âme.

Ils sont tous si tristes, derrière leurs sourires, si fragiles, derrière leur violence, tous brisés, derrière leur invulnérabilité.

Ils ne me voient pas, moi qui les observe depuis le comptoir, se perdant chaque jour un peu plus dans l'ombre, eux qui voudraient tant trouver la Lumière, sans savoir se l'avouer.

Ils savent tous qu'ils finiront par crever seuls au monde, mais ils continuent de croire, au fond. Ils préfèrent croire qu'ils trouveront quelqu'un pour les accompagner, plutôt que de sombrer dans la fatale solitude.

Ils ne voient pas mon regard, caché derrière ces lunettes noires, qui sonde leurs âmes abîmées, et qui souffre en leur compagnie imbibée.

Lumière.

Un mot qui n'existe pas, ici-bas.

Enfermé dans ces sous-sols depuis des lustres, je ne me souviens plus de la dernière fois que j'ai vu le soleil, et sans doute ne suis-je pas le seul ici. Certains ne sortent qu'à la nuit tombée, et rentrent bien avant que le matin ne se lève. D'autres oublient de le regarder, omettent son existence, bien qu'ils vivent encore sous son œil attentif, avant de venir s'enfermer ici.

Lumière.

Chose que l'on ne peut qu'admirer, ici-bas.

L'admirer de loin, sans jamais l'approcher, sous peine de la voir faiblir et s'essouffler à la rencontre de notre pénombre. Parfois, elle nous rend visite, insouciante, et nous ne pouvons que la chérir comme le plus précieux enfant…

Mais les enfants finissent par grandir, hélas.

Il était notre fils à tous. Sa chair, son sang n'était pas des nôtres, mais il était notre âme, notre salut. Il était la petite étoile dans ce ciel de pierre, qui brillait, flamboyait… devrons-nous perdre notre étoile, une fois encore ?

Il est sorti ce matin de sa chambre trop blanche, et tout le monde sourit et rit devant lui, malgré les déchirures de leurs âmes. Pourtant, ils ne voient pas.

Ils ne veulent pas y croire.

Ce n'est pas si criant, certes, pas si évident. Son sourire est aussi vaste, ses dents aussi blanches que toujours… mais sa main serre toujours compulsivement cette rose de métal ciselé qui ne veut pas faner, et ses yeux bleus ne brillent plus.

Si beau, à l'extérieur, rien que pour les autres.

Si vide, à l'intérieur, rien que pour lui.

Il sort à peine de l'hôpital, mais personne ne l'empêche d'enquiller les verres de rhum-café, personne ne l'empêche d'avaler de pleines bouffées de fumée. Il sort de la mort, mais personne ne voit que le néant le dévore encore.

Personne, si ce n'est moi.

Je ne suis qu'un passif observateur du monde qui court après le temps, je n'ai pas mon mot à dire.

Alors pourquoi suis-je celui qui souffre avec toutes leurs âmes éreintées ?

Kiba n'est plus revenu depuis des lustres, lui qui seul sait soulager ma douleur intérieure d'un rire cassé, d'un râle de sa voix rauque, d'un éclat d'or dans son regard couleur Irish Coffee…

Kiba passe son temps dans le lit de Karin, où ils font semblant d'être heureux comme des gens normaux. Ils restent cloîtrés dans son appartement, dans lequel ils s'occupent de cette âme en peine aux prunelles couleur de sang qui n'ose encore approcher de sa Lumière agonisante.

Parfois, Kiba le traîne dehors, et ils se bâfrent du sang de quelque mécréant dont Karin vient chercher la rançon un peu plus tard.

Lorsqu'elle vient, des cernes sous les yeux et un vague sourire aux lèvres, elle me dit qu'ils vont bien, que Hawk reviendra, que Kiba reviendra, alors nous les attendons, buvant à outrance et riant bien faux, sous les lueurs tamisées de mon comptoir…

Sous la lueur mourante du sourire d'un ange agonisant, au beau milieu de la cour royale des démons…

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Lumière.

La Lune brille fort, dehors, de sa chaleureuse couleur pourpre qui rend fous les hommes. Je le sais, bien que mes yeux soient fermés, comme si je sentais ses rayons caresser ma peau.

Une silhouette se découpe, dans le cadre de ma fenêtre. Accroupie sur mon balcon, elle m'observe, sans qu'un seul souffle ne trahisse sa présence.

Nous sommes seuls, lui et moi, avec la Lune pour seul témoin.

Lentement, il s'approche, et ses pas sur mon parquet ne sont guère plus qu'une brise aérienne. Ses doigts, plus tard, dans mes cheveux, ne sont qu'une illusion d'éclat de Lune, aussi légers, tout aussi doux.

Sa tendresse ne semble qu'un rêve, pourtant je sais que je reste éveillé.

Il est là, debout à côté de moi.

Il est là, enfin.

Et il m'aime.

De son souffle sur ma nuque dénudée, je revis, encore une fois. Le souffle des démons peut-il ressusciter les anges ? Sans doute, pour autant que j'en sois un, comme ils le prétendent.

Je ne me remémore que peu de ces derniers jours, seul reste le souvenir vivace de ce néant d'obscurité glaciale et moite, et les rêves qu'il m'a apporté.

Qui était donc cet homme aux prunelles rouge sang qui lui ressemblait tant ?

Qui étais-je donc, avant ?

Je suis arrivé à Lúa par une nuit sans lune dont je ne me souviens pas, il y a de cela cinq ans. La première chose dont je me souviens, c'est d'avoir ouvert les yeux sur un plafond d'un blanc lumineux qui me faisait mal aux yeux.

Ensuite, j'ai vu Kiba, qui m'avait trouvé sur les docks du port.

Puis Tsunade, qui m'avait soigné de mes blessures survenues on ne sait comment.

Puis il y a eu Sakura, chez qui j'ai habité pendant longtemps. Chaque soir, elle m'emmenait au Golden Eagle, dans les sous-sols, et quand elle m'y laissait, Shino et parfois Shikamaru s'occupaient de moi.

Chaque nuit, assis à ce comptoir, je les écoutais parler dans une langue dont je ne saisissais que quelques mots. Ils m'ont apprit à lire, à écrire, à parler, moi qui semblais être un enfant sauvage auquel on n'avait rien apprit.

Je ne me souviens pas de ma vie, avant mes onze ans.

Je fais parfois des cauchemars, avec des montagnes poussiéreuses, pleines de lumière qui me blesse les yeux, ou des murs qui m'entourent, dans le noir, et dont je ne peux m'échapper.

Et, à chaque fois, ce sont ces prunelles rouges qui me sortent de mon Enfer.

Cette fois-ci aussi… sauf que les prunelles rouges semblent être celles de Sasuke.

Il est là, près de moi, et il pense que je suis endormi.

Son regard semble effleurer la rose de métal, posée sur ma table de nuit.

Elle ne me quitte jamais, tu sais ? Personne ne m'avait jamais offert de rose, avant toi…

Lentement, tes yeux vermeils parcourent mon corps nu, mal caché par mes draps aux couleurs criardes. Je sens l'insatiable désir s'allumer en toi, et tu ne peux t'empêcher de tracer mes courbes du bout des doigts.

Le plaisir qui me parcourt par vagues brûlantes ranime le feu qui en moi semblait s'être laissé mourir. Je laisse échapper un frisson.

Tu te tournes vers moi, alerté.

Ton regard se pose sur mes yeux entrouverts.

Tu fuis, disparaissant tel une ombre furtive. Tu n'es pas encore prêt. Seul flotte dans ton sillage le souvenir de quelques mots, telle une promesse empoisonnée.

Je reviendrais.

Je suis tombé amoureux d'un éclat de sang.

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Lumière.

Il est revenu à la vie.

Pourtant, hier encore, il semblait plus mort que vif, tel un Soleil abîmé, un ciel éteint, sans ses étoiles… que s'est-il passé, entre temps ?

Personne ne le sait. Ou personne ne le dit, ce qui revient au même.

-Sakura, tu as la tête de quelqu'un qui se torture avec d'inutiles dialogues intérieurs, lâche mollement Shino.

-Et toi, putain de barman de mes deux, tu as la tête d'une plante verte de Papouasie en train de crever suite à l'éruption du Yellowstone, alors la ferme, veux-tu.

-Quelle délicatesse, s'offusque t-il. Tu vas aller au gala de noël du Palais ?

-Bien entendu, si Naruto y joue, je ne peux pas rater ça. D'ailleurs, il va falloir que tu bouges ton cul d'ici aussi, ce soir-là.

-N'importe quoi.

-Oh que non, tu vas y aller aussi, même si pour cela je dois te traîner par la peau du cul hors de ton antre. De toute façon, tu n'as jamais de clients, le soir de noël.

-Bien sûr que si, se défend t-il.

-Ah oui, d'ordinaire il y a moi, Kiba, Shikamaru, Karin plus deux ou trois glandus, hors cette année, nous nous y rendons tous. Conclusion : tu ne verras pas l'ombre d'un putain de client. Donc tu as une semaine pour te trouver un costume digne de ce nom, sans quoi je laisse Karin s'en charger, et elle s'en donnera à cœur-joie.

-Je garderais Akamaru.

-Non, le clébard aussi vient avec nous. Tu n'as aucune excuse valable, tu vas devoir sortir de ton trou, mon chéri.

-Depuis quand admettent-ils les loups de Sibérie aux concerts de musique classique, au juste ?

-Depuis que les vieilles mémés ne se gênent plus pour y exhiber leurs immondes caniches royaux. Allez, ne te fais pas prier, ce serait comme manquer le premier match de foot de ton fils unique…

-Hilarant, vraiment. J'imagine que tu as déjà trouvé la tenue idéale, c'est-à-dire la plus provocante qui soit, pour y aller ?

-Exactement. Et si tu ne veux pas m'être assorti, tu as tout intérêt à te trouver un costume d'ici la semaine prochaine, pigé ?

Il se contente de grommeler dans son coin, vaincu. Il est d'une humeur proprement massacrante, depuis que Kiba a disparu dans les draps de Karin pour ne plus en revenir. Et ça ne fait qu'empirer. Bien sûr. Sinon, ce ne serait pas drôle.

Non, je déconne. C'est vraiment pas marrant. Il est vraiment insupportable. Et Shino insupportable est un signe avant-coureur de fin du monde, comme les trois quarts des choses qui nous tombent sur le coin de la gueule, ces derniers temps.

Uchiha amoureux… on aura tout vu, décidément.

Et les nuées de sauterelles, les pluies de grenouilles, c'est pour quand ?

En plus, un petit garçon au sang bleu appartenant au clan le plus détestable de la ville s'est entiché de ma personne. Formidable.

Le pire, c'est qu'il est mignon, ce con.

Caché dans l'ombre d'un coin de la salle, seulement accompagné d'une bonne bouteille de rouge, je sens ses yeux bleus qui me transpercent de part en part, comme s'il voulait pénétrer les tréfonds de mon âme…

Son regard me flanque la frousse. Si bleu, profond comme l'océan, sombre comme le saphir… scintillant comme une nuit d'hiver. Un néant infini, rempli d'étoiles.

Ce garçon me fait peur.

Parce que malgré l'abysse sous lequel il ploie, il semble qu'il ait un avenir.

L'avenir n'existe pas, dans notre monde de ténèbres, il est une chose bien trop lumineuse pour nous. Trop lumineuse pour l'homme, en général.

Cet homme me fait peur, moi qui n'ai eu peur que de si peu de choses. Il n'est pas comme nous.

Et il ressemble trop à mon Roi.

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oO°OoTsuzuku...oO°Oo

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(Je sais, je sais, ce chapitre fut d'un minable consommé, hélas... -')

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