Chapitre 11 – Coupé

J'avais décidé de suivre Booth chez les Raynolds. D'un côté, je voulais tout faire pour éviter de me retrouver seule avec lui, mais de l'autre, j'avais envie, ou plutôt besoin de sa présence, et j'avais laissé mes émotions prendre le dessus.

Nous étions dans le SUV, je regardais par la fenêtre, mais sentais très clairement le regard de mon partenaire se poser sur moi régulièrement. Pourquoi m'observait-il ainsi ? Que cherchait-il ? Il m'avait semblé à plusieurs reprises qu'il allait dire quelque chose mais s'était arrêté au dernier moment. Je n'avais pas envie de commencer la discussion, alors je laissais le silence planer dans l'habitacle.

La voiture s'arrêta, je tournais la tête et vit mon co-équipier inspirer profondément. J'allais lui demander pourquoi il s'arrêtait alors que nous n'étions pas encore arrivés quand il prit la parole.
- Ecoutez Bones, je suis vraiment désolé. J'ai merdé, je dois l'admettre.
Il avait les yeux fermés mais continua de parler
- Cette nuit, avant mon départ, a vraiment compté pour moi, et j'ai cru que ce n'était pas le cas pour vous. Je n'ai pas su décrypter ce que vous m'écriviez… Là-bas ce n'était pas facile, je formais des gamins à tuer, et plusieurs d'entre eux n'en sont jamais revenus. C'est comme si je les envoyais moi-même à la mort. Je m'en voulais, pensant que je n'avais pas assez fait, que j'avais dû omettre quelques choses et que c'était cela qui leur avait ôté la vie... Les seuls moments où je me sentais vivant c'était en lisant vos lettres, j'espérais, à chacune d'entre elle, que vous me disiez que je vous manquais ou que vous m'aimiez, et je ne lisais rien de tout cela, et ça m'affectait encore plus.
- Booth, je n'ai pas en…
- S'il vous plait Bones, Tempérance, laissez moi m'expliquer.

Il avait relevé les yeux vers moi et me suppliait du regard, je ne pus que lui dire de poursuivre
- J'étais mal, mal dans ma peau, je me sentais responsable de ces gamins, et les personnes que j'aimais le plus au monde étaient à des milliers de kilomètres de moi. Vous étiez en Indonésie et Parker ici, je me sentais si seul, et vos lettres me semblaient si dépourvues de sentiments …. Et …Et Ashley est arrivée. elle devait faire un reportage sur notre boulot, sur les jeunes, sur leurs formations. On a beaucoup discuté et de fil en aiguille… enfin bref, j'avais besoin de réconfort et elle était là.
- Booth, je vous connais, ce n'était pas que cela
- Je tentais de vous oublier Bones, je pensais que c'était ce que vous aviez fait.

Il ferma à nouveau les yeux et je pus voir une larme perlée au coin de son œil.
- On a passé beaucoup de temps ensemble, on discutait beaucoup et on se soutenait. Lorsque mon retour a été officiellement annoncé, elle m'a dit qu'elle rentrait aussi à Washington et m'a dit vouloir rentrer avec moi. En aucun cas, je pensais que vous m'a…
- Stop là. Stop…. Ma voix était suppliante. – Je n'ai pas envie d'en entendre plus Booth. Je sais que ce que vous avez vécu là-bas n'a pas été facile, mais vous ne savez rien de ce par quoi je suis passée. Oui j'ai espéré que nos retrouvailles soient différentes, et oui j'ai admis que vous représentiez bien plus pour moi qu'un simple partenaire ou ami. Mais aujourd'hui, j'ai aussi admis que vous êtes en couple, et que vous êtes heureux. Alors soit, je fais avec, mais ne me demandez pas de redevenir votre amie, nous travaillons ensemble, et c'est la seule chose que je peux vous donner.
- Bones, je …

Je le coupais
- Avant… avant je savais compartimenter, mais j'ai suivi vos conseils, m'ouvrant aux autres, et maintenant je n'y arrive plus. Alors, si vous avez une once de sympathie pour moi, laissez-moi tranquille, et ne cherchez pas à me voir plus que nécessaire, restons uniquement professionnels.
Plus je parlais et plus mon cœur se brisait, mais il le fallait, il fallait que je coupe les ponts. Je devais uniquement me focaliser sur Tomy, seul mon fils comptait à présent.
- Tempérance, vous ne pouvez pas me dem…
- Allons chez les Raynolds.

Mon regard était sévère, et il dû comprendre qu'il ne me ferait pas changer d'avis. Pourtant en le regardant, je pus voir de la tristesse.

Tout le reste du trajet se passa en silence, je pouvais sentir que mon partenaire était tendu. Je voyais ses mains se crisper sur le volant, ses doigts devenant blancs de trop le serrer mais j'avais pris ma décision.

Nous étions installés dans un petit salon, très joli, un canapé trois places faisait face à deux fauteuils beiges, assortis au canapé. Une bibliothèque dans un coin était pleine de livres aussi divers et variés que possible. Des photos accrochées ça et là.

- Donc vous êtes du FBI. Nous dit l'homme
- Oui, Agent Booth, et voici ma partenaire le Docteur Tempérance Brennan.

Monsieur Raynolds se figea à mon nom
- Vous êtes anthropologue ? me demanda-t-il
- Effectivement.

Et je pu voir son visage se décomposer.
- Alors Maxime est …. Il est …
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'un pleur se fit entendre.
- Mon second fils, James... je vais …
Il pleurait et tremblait.
- Dites-moi où est sa chambre, je vais m'en occuper
- Deuxième porte à droite en haut… je … ma femme est morte en couche, il ne me restait plus que Maxime et James. Dit-il en pleurant de plus belle.

Je partie donc prendre le petit. Il devait avoir tout juste huit mois, il ressemblait à sa mère au vue des photos que j'avais pu voir en bas. Je calmais l'enfant en lui chantant une berceuse, puis rejoignit les deux hommes.

- Excusez-moi Monsieur Raynolds, mais pourriez-vous me dire où est son biberon, je pense que ce jeune homme à faim. Dis-je en caressant la joue de l'enfant.
Booth me fixa, il semblait étonné de me voir avec un enfant … il faut dire qu'il ne m'avait jamais vu ainsi.
Après les explications sur le biberon, je me dirigeais vers la cuisine, laissant ainsi mon co-équipier faire l'interrogatoire.
James était très calme, il me faisait penser à Tomy, souriant et paisible. Le micro-onde m'arrêta dans mes pensées. Je fixais la tétine, le bébé toujours dans mes bras et retournais au salon, où je m'installais dans le fauteuil.
Je pouvais sentir le regard de mon partenaire qui ne m'avait pas lâché dès que j'étais entrée dans la pièce. Toutefois, je n'y portais pas d'attention, préférant installer convenablement James et lui donner à manger.
- Merci, je ... je ne sais pas si j'aurais pu, je suis .. je suis tellement… commença à balbutier le père de l'enfant
- C'est un plaisir. Votre fils est un amour. Lui dis-je en souriant.
- Il a le caractère de sa mère. Me dit-il, et je pus voir la tristesse prendre d'avantage place sur son visage.
- Je suis navré Monsieur Raynolds. Dit Booth.
- Vous allez retrouver celui qui a fait ça, n'est ce pas ?

Mon partenaire acquiesça. Puis il reporta son attention sur moi. Il devait être surpris de me voir ainsi, moi qui disais toujours ne pas savoir m'y prendre avec les enfants.
- Monsieur Raynolds. Dis-je alors
- Oui ?
- Je sais que cela ne vas pas être évident, mais James a besoin de vous… j'imagine la douleur de perdre votre femme et votre fils ainé, mais il est encore jeune et il va avoir besoin de toute votre attention.
- Je ... vous avez raison... il semblait réfléchir.
- Si vous le souhaitez, nous pouvons vous conseiller quelqu'un pour vous aider… psychologiquement, j'entends.

Il sembla surprit
- A mon avis, cela vous ferait du bien. Et si vous avez de la famille, prévenez les, il vous faudra aussi du soutien.

Sur ce, nous sommes partis, laissant le numéro de Sweets à l'homme qui semblait déboussolé, euthanasié par la douleur. Booth n'avait cessé de me regarder depuis que j'avais eu James dans les bras, je savais qu'il se posait une multitude de questions, mais je ne voulais pas les entendre.


PS : Merci de vos coms, cela fait plaisir de savoir que ca vous plait ;)

Je vais donc continuer sur cette voix et vous mettre les suites au fur et à mesure :D