Chapitre 10

Comme dans un rêve

Dans mon rêve, il faisait très sombre, et la lumière chiche semblait sourdre de la silhouette de Carlisle. Je percevais son visage éblouissant, et il affichait un sourire énigmatique, s'éloignant au fur et à mesure de moi, m'abandonnant dans l'obscurité. J'avais beau courir, je ne le rattrapais pas ; j'avais beau l'appeler, il ne se retournait pas. Troublée, je m'éveillai et ne retrouvai pas le sommeil car la nuit, j'avais tendance à trop penser. Par la suite, il hanta mes songes presque chaque nuit, mais en restant toujours hors d'atteinte.

Le résultat en fût frappant sur moi : des cernes finirent par apparaître sur mon visage, et je pâlis à vue d'œil. Ce qui inquiéta Kaori… une vraie mère poule à son dépend, celle-ci. Elle me demanda à plusieurs reprises si tout allait bien, ou si je n'avais pas un problème qui me contrariait. Quant à Alice, elle pensait juste que j'avais un gros coup de fatigue avec la fin de l'année scolaire qui approchait. Elle n'avait pas totalement faux sur ce point là. Mais si seulement, elle en savait la véritable cause... elle ne cesserait de me poser des questions plus ou moins embarrassantes. Cependant, je continuai à aller chez elle après les cours durant la semaine, étant donné que je passais mes weekends à répéter avec mon groupe.

Nous étions déjà fin mai. Mon anniversaire approchait déjà... j'allais avoir dix-huit ans. Et je serai plus vieille qu'Alice, qui était figée dans ses dix-sept ans depuis plus d'une centaine d'années. A cette pensée, j'étais dégoûtée de vieillir, de savoir que ma vie continuait à s'écouler lentement, contrairement à la sienne et à toute sa famille. Je me voyais déjà vieille et ridée, toujours amie avec Alice et Jasper mais que l'on prendrait plus pour mes petits enfants... beurk.

- Anna ? dit doucement Alice, me sortant de mon imagination.

- Oui, quoi ? croassai-je.

- Je sais qu'il ne reste plus qu'un mois de cours, à peine, mais tu devrais éviter de t'endormir pendant le cours... en fait, tu devrais plutôt te rattraper chez toi, tu as une mine effroyable.

- Oui, je sais, Alice, merci. Mais je n'y peux rien, c'est plus fort que moi.

- J'ai vu ça ! dit-elle en riant. Mais sans vouloir être indiscrète, de quoi rêvais-tu ? Tu as mentionné mon nom...

- Ah... ben en fait... ça va te paraître con mais... je me voyais vieille à côté de toi qui était toujours jeune.

- C'est donc cela ? Hum... est-ce que tu as peur de vieillir ?

- Oui, assez, je dois dire. C'est en y pensant que je t'envie d'être un... enfin, cela me plairait bien de l'être aussi.

- Tu ne crois pas si bien dire.

- Pourquoi ?

- Il y a des avantages et des inconvénients à l'être. Mais nous en reparlerons plus tard... parce que, tu sais, j'ai vu que nous aurions de la visite dans les jours à venir.

- D'autres vampires ? dis-je à voix basse, d'un air surexcité malgré moi.

- C'est fort possible. Mais ne t'excite pas pour cela... s'ils s'avèrent être des nomades, tu risques de courir un grand danger.

J'allais dire quelque chose mais m'interrompis. Soudain, je vis un lien avec l'avertissement de Carlisle, quelques jours auparavant. Alice avait-elle déjà été au courant de cet événement bien avant pour pouvoir prévenir Carlisle ? Il y avait des chances. Et si mon sang était si attirant comme me l'avait avoué Jasper, les étrangers viendraient vite à moi pour me tuer s'ils étaient de passage à Forks. Surtout si je m'aventurais à me promener seule dans la forêt à côté de chez moi, comme j'en avais l'habitude lorsque j'étais de mauvaise humeur ou que j'avais besoin d'être seule. Mesurant l'ampleur du réel danger qui s'annonçait, je pris peur. Mais Jasper me calma aussitôt avec son don.

- Que se passe-t-il ? murmura-t-il à l'oreille de sa compagne en me dévisageant d'un air soucieux.

- Tu le sais autant que moi, soupira-t-elle.

- Je comprends mieux son état. Ne t'inquiète pas, Anna, me dit-il ensuite d'un air rassurant. Si jamais d'autres vampires débarquent à Forks, je serai là pour te protéger. Ainsi qu'Alice.

- Ça fait plaisir de t'entendre dire cela, commenta cette dernière.

- Merci, Jasper... dis-je timidement.

Sur ses paroles, il venait de me prouver qu'il tenait plus à moi qu'il ne le laissait paraître. Cela me rendit plus légère à l'intérieur, car je l'appréciais vraiment. Je ne pouvais qu'être bien en sa présence. Et ça, c'était contradictoire au fait qu'il pouvait être dangereux pour moi. Mais bon, pour le moment, tout allait bien. La nuit suivante, je refis ce rêve qui me hantait depuis déjà plusieurs jours concernant Carlisle. Sauf que cette fois-ci, je réussis à l'atteindre, une bonne fois pour toutes. Il se retournait pour me faire face, avec ce petit sourire énigmatique qui n'avait pas disparu, puis me saisissait doucement, comme pour m'enlacer. Je me laissais faire, sous son charme, comme hypnotisée. Et là, des canines se mettaient à pousser hors de sa mâchoire, et ses yeux dorés viraient au noir d'encre. Je tentais de me débattre, mais en vain, car il ne tardait pas à mordre dans mon cou, déchiquetant ma chair pour pouvoir s'abreuver de mon sang...

Je me réveillai en sueur. Réalisant que je n'avais fait que rêver - ou plutôt, cauchemarder -, je repris lentement mon souffle, passant une main sur mon front pour essuyer les gouttelettes qui s'étaient formées. L'image était encore bien encrée dans mon esprit, c'en était à me donner la chair de poule. Il faisait encore nuit noire, et je distinguais à peine les rayons de lune qui traversaient les carreaux de la fenêtre. Si je ne pensais pas trop, avec un peu de chance, je pourrais me rendormir en attendant que le jour se lève. A part qu'il y avait une silhouette qui se distinguait dans la pénombre, oh, rien de plus normal... QUOI ? C'était quoi cette connerie ?! Je mordis dans ma couette, manquant de crier d'effroi. La fenêtre s'ouvrit aussitôt, et Carlisle apparut, me faisant signe de me calmer. Non mais qu'est-ce qu'il foutait là, lui ? Et en pleine nuit ! Dîtes-moi que je rêve encore... oui, c'était sans doute ça. Un effet de mon imagination. Pour m'en assurer, j'allumai ma lampe de chevet, m'attendant à ce qu'il disparaisse de ma vue par la suite. Et bah non, il était encore là. Bon, inutile de bousiller de l'électricité alors. Je fus de nouveau dans la pénombre. J'avais la sensation de vivre un cauchemar complètement psychotique où j'avais pour rôle la victime et Carlisle... le tueur en série ? Sauf qu'il ne ressemblait ni au Joker, ni à Freddy Krueger. Encore heureux, d'ailleurs ! Il ne manquait plus que la musique super flippante comme dans les films d'horreur, ça aurait fait un massacre.

- Anna, je peux tout t'expliquer, dit-il à voix basse en s'approchant du lit.

- Non mais j'ai saisi le truc, lâchai-je à moitié paniquée. Vous êtes venu pour me tuer et me vider de mon sang, c'est ça...

- Mais non, pas du tout !

- Si ! Genre, vous allez faire l'incube* et ensuite... vous allez me tuer, pour la peine !

- Qu'est-ce que tu racontes ? Écoute, tu viens juste de te réveiller d'un mauvais rêve, tu es encore un peu endormie...

- Non, c'est la réalité !

- Enfin, regarde la couleur de mes yeux ! Ils sont normaux, j'ai déjà chassé et je n'ai pas plus envie de me nourrir de ton sang !

Il avait raison, je ne savais plus vraiment ce que je disais. Mon cauchemar était tellement présent dans mon imagination que je mélangeais désormais la réalité et l'irréel. J'étais grave. Vraiment grave. Je me laissai retomber dans mon lit, une main sur les yeux. J'étais en train de me payer la honte.

- Ok, envoyez-moi à l'hôpital psychiatrique, j'en ai besoin, marmonnai-je.

- Tu es juste très fatiguée, dit doucement Carlisle, dont je pouvais deviner aisément sa présence à mon côté, agenouillé au pied du lit. Alice m'a dit que tu avais tendance à t'endormir en cours.

- C'est pas faux. Pourquoi vous êtes là ?

- Si tu veux savoir, je te rends visite presque toutes les nuits.

- Pourquoi ? m'exclamai-je, oubliant de me cacher pour pouvoir lui faire face.

- Tu es très intéressante quand tu dors. Tu parles.

- Oh, merde...

- Tu es très en colère ? me demanda-t-il, aussitôt ennuyé.

- Ça dépend de ce que j'ai pu dire comme conneries durant mon sommeil...

- Tu as tendance à prononcer mon prénom ces derniers temps, admit-il, conscient de la réponse que je guettais.

- C'est pas vrai !

Je me sentis rougir jusqu'à la racine de mes cheveux et me recouvris d'un seul geste de ma couette, jusqu'au sommet du crâne. C'était la totale. Déjà, il se permettait de venir me voir quand je pionçais, il pouvait voir ma sale tronche sans maquillage, et en plus, il m'entendait l'appeler ! Il avait de quoi avoir des doutes. Je n'avais plus qu'à lui avouer qu'il hantait mes nuits, et si je ne lui disais rien, il finirait par le découvrir tôt ou tard par le biais d'Edward étant donné que celui-ci captait mes moindres pensées lorsque je venais chez eux. Je pus entendre Carlisle étouffer son rire, puis, sans prévenir, il retira la couette avant même que je ne proteste pour découvrir ma tête. Il me contempla avec ce petit sourire très semblable à celui de mon rêve puis soupira.

- Est-ce que je peux savoir ce qui vous faisait sourire comme ça ? demandai-je, un peu irritée.

- Oh... je me disais juste que tu étais amusante avec tes sauts d'humeur, des fois. Enfin, passons. Pourrais-je savoir pourquoi tu m'appelles quand tu dors, sinon ?

- Si je vous le dis, vous me dîtes pourquoi vous m'épiez en pleine nuit.

- Promis.

- Bon, alors, voilà : sans trop savoir pourquoi, j'ai tendance à vous voir dans un rêve, depuis quelques jours. Vous y êtes toujours inacessible, mystérieux, dans la pénombre. Sauf que cette nuit...

- Oui ? m'encouragea-t-il, fronçant légèrement les sourcils en voyant que je me raidissais.

- ... j'ai réussi à vous rattraper, et là, vous m'avez mordue pour me tuer. Ca a provoqué mon réveil. C'était... si réel...

Je n'osai pas continuer à parler. J'étais comme tétanisée. Et sa présence n'arrangeait rien. Il s'empara de ma main, la caressa doucement, voulant sans doute me rassurer. Je ne m'apaisai pas pour autant, pensant que Jasper aurait pu être très utile en ce moment même. J'eus la sensation de manquer d'air. Ou plutôt, une envie de vomir. Je ne sus pas vraiment pourquoi, d'ailleurs.

- Respire, Anna, souffla Carlisle à mon oreille. Jamais je ne te tuerai. Ne t'en fais pas.

- Mais si ça vous échappe ? Si je me mets à saigner... murmurai-je.

- Ça ne devrait jamais arriver, normalement. Le sang humain n'a plus aucun effet sur moi.

- Normalement ?

- Si je t'avoue que le tien ne me rend pas si insensible que cela, est-ce que tu cesseras de continuer à me voir ?

- Non. Si Jasper parvient à se contrôler quand je suis avec lui, vous aussi. Je vous fais confiance.

- J'aimerais te croire. Ça ne m'est jamais arrivé... d'être autant... comment dire ? Attiré par l'odeur d'une simple humaine ? Intrigué serait plus juste...

- Je ne vois pas vraiment ce que vous voulez me dire, dis-je en bâillant.

- C'est normal. Vu l'heure qu'il est, tu dois dormir... dans quelques heures, tu as cours.

Il se leva, prêt à me laisser. Cependant, je refusai de lâcher sa main, si douce... si rassurante. Il se retourna, un peu surpris.

- Est-ce que vous reviendrez ? J'avais envie de plus discuter... si seulement je n'étais pas fatiguée...

- Je reviendrais dès que je le pourrais, promit-il.

Je relâchai alors sa main, sûre qu'il me dirait les raisons qui ont fait qu'il était là ce soir, ainsi que les précédents. Il me sourit, mais tendrement cette fois-ci. Puis, il se pencha vers moi et ses lèvres effleurèrent mon front. Un battement de paupières suffit à ce qu'il disparaisse dans la seconde qui suivit. J'eus du mal à me remettre de ce geste qu'il venait de faire. Cela avait été si inattendu... comme dans un rêve. Mon cœur en battait à folle allure. Au fur et à mesure que je sombrais dans les bras de Morphée, quelques vérités m'apparurent cependant. J'étais à peu près certaine de trois choses. Un, Carlisle était intrigué par moi au point de venir m'épier dans mon sommeil; deux, une part de lui n'était pas insensible à l'odeur que mon sang pouvait émettre; et trois, j'étais irrévocablement amoureuse de lui.


* incube : c'est un démon mâle qui est censé prendre l'apparence d'un homme pour séduire et abuser d'une femme durant son sommeil et ses rêves.

Ce chapitre était très riche en révélations, hein ? xD Alors, content ou déçu qu'Anna ne tombe pas amoureuse de Jasper ? ^^ Je dois avouer que c'était mon projet initial, puis finalement... à force de me creuser la tête pour écrire chaque chapitre de la fic', j'ai fini par changer d'avis. Au moins, elle évite de faire cocu à sa meilleure amie :O mais c'est Esmé que je plains par la suite... ou pas ! Non, je dec'. Maintenant que l'année scolaire s'est terminée, je vais pouvoir booster la poursuite de mon histoire ! Parce que là, trois jours pour publier un chapitre, c'est record battu, haha... Sinon, je pense que vous avez remarqué que les dernières phrases du chap' sont extraites de Fascination mais modifiées à ma sauce =D j'en ai extraite plusieurs en réalité, ainsi que dans d'autres chap' que j'ai écrit, seulement ça ne se voit pas... sauf si on a le livre sous le nez pour comparer MDR ! La suite risque d'être une expérience intéressante je pense ;)

Bisoux les gens ^^