11.

Le spacewolf frappé de l'emblème de l'Arcadia s'était introduit par une bouche d'aération du QG du Spectre et avait fini par se poser à bonne distance de la plaine où avait eu lieu les inégaux combats.

- Je ne capte plus grand chose souffla Albator. Tout est vraiment terminé, et j'ignore comment !

- En partant en catastrophe, on n'a pas vu la fin du film retransmis par cette monstruosité de Spectre, remarqua Warius, pas plus rassuré que son ami Pirate ! Et Alie est coutumier des miracles !

- Il est le seul que tu connaisses qui accomplisse des exploits surnaturels, rectifia Albator. Mon fils est ici… Et j'ai tellement peur !

- On va le trouver !

- Ote-moi juste d'un doute : qui c'est qui doit flinguer l'autre d'une décharge paralysante, cette fois ?

- Je dirais que c'est ton tour, et que tu as droit à deux essais. Mais je ne pense qu'à mon commandant de Destroyer, ton fils. Et pendant qu'on discutaille, nos cuirassés en décousent avec les Torpilleurs à trois contre trente ! Je ne sais rien de ton Warriorshadow, je ne fais aucune confiance à ce que je ne connais pas… Mais qu'importent ces considérations, bien que fortes à propos, il faut trouver Alie !

- Il est mourant…

- Albator ?

- Je suis encore connecté à mon fils, d'infimes molécules de son sang circulant dans mon organisme… J'ai tellement ressenti toutes ses souffrances ! Ça m'a complètement fait perdre les pédales !

- Oui, j'ai constaté. Sinon, jamais je ne t'aurais paralysé… Toi, le meilleur stratège, affolé comme un débutant, même pour ton fils, c'est à moi que tu as fait très peur !

- La ferme… Je veux juste trouver mon enfant !

- Poursuivons, intima Warius.

Warius saisit soudain son ami par le bras.

- Là !

Tournant la tête, Albator aperçut de fait le corps inerte de son fils affaissé contre d'étranges rochers noirs.

Comme ils s'approchaient, les « rochers » bougèrent, la créature se déployant.

- Zunia ! Zunia ?

- C'est ça Zunia ! piailla presque Warius face à l'imposant Dragon.

Du bout de sa patte la Dragonne poussa très doucement Alérian vers eux.

- J'ai ma taille adulte mais mon cœur ne l'est pas. Je ne sais pas encore produire des larmes de guérison. Je l'ai protégé mais à présent c'est de vous dont il a besoin.

- Je vais t'aider, fit Warius alors qu'à son appel une navette médicale s'était posée.

- Non ! rugit Albator en soulevant entre ses bras le corps précieux de son rejeton pour le porter vers les urgentistes qui se précipitaient à sa rencontre.


Le bilan énoncé par le Doc Mécanoïde Elong n'avait rien eu de rassurant.

- J'ai réduit la fracture de sa jambe. Anaëlle l'avait touché aussi à la gorge dans ce corps à corps, j'ai tout suturé. Mais son côté gauche est aussi grièvement blessé que celui du second du Starlight… Mon commandant a perdu bien du sang avant que vous ne me le rameniez. Je multiplie les poches de sang, en plus des soins. Mais je réserve mon diagnostic. Je suis désolé, capitaine Albator.

- Et pourquoi tu m'ignores, Doc ? protesta Warius, vexé.

- Tu es son amiral, je suis son père. Ecrase-toi !

Et Albator tourna précipitamment les talons.

Dolent, débutant à peine sa convalescence, Oshryn vit des infirmiers glisser le lit de son commandant dans la chambre voisine de la sienne, seulement séparée par une paroi de verre.

- Quoi ? Elong ?

Le Médecin-Chef força le jeune homme blond à se rallonger.

- Compliqué. Tu es sérieusement blessé, lieutenant Ludjinchraft. Je me suis occupé du commandant Rheindenbach, il est hors de danger, mais son état demeure sérieux, il a cependant juste besoin de beaucoup de repos !

- Nos ennemis ? souffla Oshryn.

- Ne sont plus ton souci, gronda Elong.

- Mais, je…

- La ferme !

Avant de passer dans la salle d'hospitalisation voisine, le Mécanoïde tira le rideau.

Et sans surprise, il vit Albator s'assoir au chevet de son fils.