DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les personnages et l'univers de Downton Abbey appartiennent à Julian Fellowes et Carnival Film.
Rating : M+
Genre : romance / slash / Yaoi
Merci à tous de continuer à suivre cette histoire avec autant d'intérêt !
Bonne lecture !
Chapitre 9
22 août 1912 – Résidence Black, Grosvenor Square, Londres
Harry, Ginny et Madame Weasley prenaient le petit-déjeuner dans une atmosphère paisible et silencieuse, chacun plongé dans la lecture du courrier du matin.
- Ah, une lettre de Ron, dit Harry en dépliant le courrier qu'il venait de décacheter.
- Que raconte-t-il ? demanda Ginny en déposant une cuillère de confiture d'abricots sur un toast.
- Voyons voir… Sir Arthur souffre à nouveau de l'estomac, mais ce n'est rien de grave. Le docteur Granger l'a examiné et lui a interdit l'alcool et la cuisine trop épicée.
- Voilà qui ne va pas arranger son humeur, maugréa Madame Weasley.
- Seamus Finnigan est parti en Irlande il y a trois semaines pour soutenir la cause indépendantiste…
- Oh, j'espère qu'il ne va pas se mettre en danger inutilement, s'inquiéta Ginny. J'ai lu que des choses terribles se passaient là-bas.
- Je l'espère aussi, soupira Harry.
Il poursuivit sa lecture, apprenant ainsi avec satisfaction que la récolte de blé serait moins mauvaise qu'annoncé.
- Les métayers sont optimistes, dit-il. Malgré la sécheresse du printemps, il n'y aura pas de…
- Oh mon Dieu ! s'écria soudainement Madame Weasley. Oh mon Dieu !
- Maman ? questionna Ginny.
- C'est… c'est…
Madame Weasley s'éventait fébrilement avec le bristol qu'elle tenait dans une main, l'autre étant posée sur sa poitrine.
- Madame Weasley, que se passe-t-il ? Vous êtes toute rouge, s'inquiéta Harry.
- Oh Seigneur ! répéta-t-elle.
Elle tendit à Harry ce qui semblait être la raison de son état. Il s'empara du bristol et le lut à voix haute.
- Le Comte et la Comtesse de Northbrook seraient honorés que votre fille, Ginevra, assiste au Bal qui sera donné à Kenwood House, ce 27 août à 20 heures…
- Je… je suis vraiment invitée à Kenwood House ? murmura Ginny.
- Il semblerait, dit Harry en souriant.
- Oh mon Dieu ! s'écria-t-elle à son tour.
- Il faut que j'écrive à Arthur ! dit Madame Weasley en se levant. Et ensuite nous nous rendrons chez la couturière ! Il te faut une nouvelle tenue !
L'instant d'après, elle avait quitté la pièce.
- Je n'ai pas besoin d'une nouvelle robe, dit sombrement Ginny. Je peux remettre une de celles que j'ai portées pendant l'été.
- Ginny, je ne prétends pas être au fait des subtilités de la gent féminine, dit Harry, mais s'il y a bien une chose que je sais, c'est que les femmes peuvent être perfides et cruelles entre elles. A ce bal, il y aura certainement plusieurs femmes qui t'auront croisée aux autres réceptions auxquelles tu as assisté. Si elles remarquent que tu portes la même tenue, elles n'hésiteront pas à faire des commentaires…
- Je me moque bien de ce qu'elles diront.
- C'est faux et tu le sais.
Ginny soupira avec agacement.
- Est-ce… une question d'argent ? demanda Harry avec douceur.
- Harry !
- Ron ne t'a-t-il pas remis la somme que Stuart Ackerley a payée en échange de ton silence ?
- Non, admit-elle. Il… il l'a conservée. Pour la placer.
Harry haussa un sourcil. Il ne savait pas que Ron s'y connaissait en placements financiers.
-Eh bien, je suppose que ce n'est pas une mauvaise idée, dit-il prudemment.
Ginny ne semblait pas de cet avis et Harry se demanda si elle ne lui cachait pas quelque chose.
- Ecoute, dit-il finalement, laisse-moi te l'offrir. Pour que ta Saison soit une réussite jusqu'au bout.
- Harry, tu n'es pas obligé de toujours…
- Je ne suis pas obligé, coupa-t-il. Cela me fait plaisir. Vraiment.
La jeune femme soupira.
- J'ai parfois l'impression que tu essayes de te racheter envers moi.
- Disons que je souhaite seulement que tu trouves le bonheur. A défaut de pouvoir te l'apporter moi-même.
- Nous ne te méritons pas, murmura-t-elle. Aucun de nous.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Pour rien, répondit Ginny en souriant tristement. Je vais aller me préparer. Maman doit déjà être sur le pied de guerre.
- Promets-moi d'acheter ce qu'il y a de plus beau.
- Je te le promets.
Ginny lui planta un petit baiser sur la joue et partit rejoindre sa mère.
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Restaurant The Rules, Covent Garden
Hermione traversa la salle du restaurant, faisant à peine attention à son décor somptueux, fait de boiseries, de velours et de brocards. L'homme qu'elle cherchait était assis à une table, un peu en retrait. Il se leva immédiatement quand il l'aperçut.
- Mademoiselle Granger, dit-il en s'inclinant légèrement.
- Merci de vous être libéré, Monsieur Goyle, dit Hermione.
- Votre requête semblait urgente.
Hermione soupira en s'installant en face de lui. Elle ouvrit son sac duquel elle sortit un morceau de papier.
-J'ai reçu ceci avant-hier, dit-elle en tendant la lettre à l'avocat.
Goyle la déplia. Elle portait l'entête de la London School of Medecine for Women.
« Mademoiselle Granger,
Nous sommes au regret de vous annoncer que nous ne pourrons pas vous compter parmi nos nouvelles élèves pour cette rentrée académique.
Nous avons été informés que vous faites partie d'un groupe militant pour l'octroi du droit de vote aux femmes, et que vous avez été arrêtée.
Vous comprendrez qu'une institution comme la nôtre est extrêmement soucieuse de sa réputation. Nous ne pouvons pas courir le risque d'être associés, d'une manière ou d'une autre, à un groupe connu pour commettre des exactions et des dégradations.
Nous espérons que vous trouverez votre plein épanouissement dans une carrière qui sera davantage en adéquation avec vos convictions.
Nous vous prions d'agréer, Mademoiselle Granger, l'expression de nos sentiments distingués.
Frank Leighton
Directeur
Ruth Archcroft
Directrice adjointe »
- Peut-on y faire quelque chose ? demanda Hermione quand Goyle eut terminé sa lecture.
- Je crains que non, dit-il. Il s'agit d'un établissement privé. Ils sont libres d'admettre ou de refuser qui ils veulent.
- Mais comment ont-ils su ? Vous m'aviez dit que je n'aurais aucun casier judiciaire !
- Vous avez dit à la police que vous comptiez vous inscrire à l'Ecole de Médecine ?
- Heu… oui… ils m'ont posé des questions sur ma présence à Londres…
- Ne cherchez pas plus loin. Les policiers auront certainement demandé à parler au directeur pour confirmer votre déclaration.
Hermione s'affaissa sur sa chaise.
- Ils… ils ont le droit de faire ça ?
- Rien ne les en empêche.
- Oh Seigneur… c'est tellement injuste.
- Je vous l'accorde.
- Et eux ? s'emporta-t-elle en posant un doigt rageur sur la lettre. Comment peuvent-ils m'exclure pour cette raison ? Il s'agit d'une école de médecine pour femmes ! La seule de toute l'Angleterre ! Ils devraient être les premiers à soutenir la cause des femmes !
Goyle soupira et croisa les mains devant lui.
- Vous vous trompez si vous pensez qu'ils sont progressistes, dit-il d'un ton calme. Certes, ils permettent aux femmes de suivre des études de médecine. Mais que font-ils pour leur permettre d'exercer vraiment ? Combien de ces femmes ont fini par ouvrir un cabinet médical ou pratiquer au sein d'un prestigieux hôpital ? Ces écoles se contentent de délivrer aux femmes un diplôme qu'elles ne pourraient avoir autrement… mais dont elles ne peuvent pratiquement jamais se servir.
- Mais ce n'est pas leur responsabilité…
- Non, en effet. C'est la responsabilité du pouvoir politique ! Et c'est là que votre combat pour promouvoir le changement est bien plus important que d'obtenir un diplôme de médecine !
- Mais…
- Je vous l'ai dit, insista Goyle. Vous avez un niveau d'éducation déjà largement supérieur à celui de beaucoup de femmes. Vous n'avez pas besoin d'être médecin pour changer les choses ! Vous pouvez le faire dès maintenant !
- Comment ? En continuant à militer avec les suffragettes ? En me faisant encore arrêter ?
- L'obtention du droit de vote n'est qu'un combat parmi d'autres. Il y en a beaucoup d'autres. Avez-vous entendu parler de Mary Stopes ?
- Non. Qui est-ce ?
- Une paléontologue et botaniste de l'Université de Manchester. Elle est convaincue que l'on pourrait diminuer la paupérisation par le contrôle des naissances, particulièrement dans les classes les plus pauvres.
- Vous voulez dire qu'elle plaide en faveur de… l'avortement ? demanda Hermione à voix basse.
- Non. Pas l'avortement. Mais la contraception.
- Oh. C'est intéressant.
- Il y a aussi la lutte contre la prostitution. Pas en voulant l'interdire au nom de la morale comme le revendiquent les conservateurs, mais en essayant de donner une alternative aux femmes qui y voient leur dernier recours, en leur…
- En leur apprenant un métier, acheva Hermione à sa place. En leur donnant une éducation ! Oui, c'est formidable !
- Exactement !
Goyle sourit largement, heureux d'être parvenu à sensibiliser la jeune femme à ses arguments. Hermione lui rendit son sourire. L'enthousiasme de Goyle était communicatif.
- Je vous remercie, Monsieur Goyle, dit-elle avec sincérité. J'étais terriblement abattue après avoir reçu ce courrier mais vous m'avez rendu ma combativité. Peut-être ne serai-je jamais médecin, mais j'ai bien l'intention d'œuvrer à quelque chose de tout aussi utile.
- Si vous le permettez, je vais parler de vous à l'une de mes clientes. Elle est très discrète sur ses activités militantes, mais je suis sûr qu'elle acceptera de vous rencontrer. Elle pourra vous aider dans votre réflexion.
- J'en serais enchantée.
- Alors, c'est entendu.
Il sourit à nouveau et leva la main pour attirer l'attention d'un serveur à qui il commanda du thé et des scones. Ils bavardèrent ensuite de choses et d'autres, sur un ton léger et naturel, sans que la conversation ne stagne ou ne s'appesantisse.
- Au risque d'être indiscret, dit Goyle après un certain temps, puis-je vous demander comment les choses se sont passées avec votre fiancé ? Il n'a pas eu l'air de très bien prendre la nouvelle quand je les ai rencontrés, lui et Harry Black.
- Ron et moi n'étions pas fiancés. Et cela ne risque plus d'arriver à l'avenir.
- Oh. Je suis désolé.
- Ne le soyez pas. Nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. Il était préférable de s'en rendre compte avant qu'il ne soit trop tard.
- Je suppose que vous avez raison. Il n'empêche, soupira Goyle, quel gâchis. Il n'y a vraiment qu'un aristocrate pour être aussi aveugle et borné ! Pas étonnant que leur monde soit en train de s'écrouler. Ils s'enlisent dans leurs principes rigides et démodés, refusant obstinément d'ouvrir les yeux sur la réalité de la société !
Hermione étouffa un petit rire en reposant sa tasse thé.
- On dirait que vous ne les aimez guère…
- Non, en effet. Même si j'admets qu'il y a des exceptions.
- Certains pourraient penser que vous êtes jaloux de leurs privilèges…
- Et ils se tromperaient. Je suis le fils d'un vicomte.
- Un vicomte ? Mais comment…
- Comment en suis-je réduit à avoir un cabinet dans le quartier le plus malfamé de Londres ? coupa l'avocat avec un rire désabusé.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire…
- Je sais, rigola-t-il. Je vous taquine.
- Que s'est-il passé ?
Gregory Goyle posa sa large main sur la table et caressa la nappe blanche et empesée.
- Je suis le deuxième d'une famille de quatre enfants. Mon frère aîné héritera du titre, des terres et de la fortune familiale. Moi, j'étais celui qui devait embrasser la carrière diplomatique ou faire de la politique… On me promettait un petit domaine, une rente confortable et une épouse aussi charmante que docile. Mais je ne voulais rien de tout cela. Après avoir terminé mes études de droit, j'ai dit à mon père que je souhaitais devenir avocat. Il m'a ri au nez.
Il haussa les épaules.
- Personne ne m'a pris au sérieux. Depuis toujours, j'étais un suiveur. J'obéissais. Pour tout le monde, il était évident que j'allais rentrer dans le rang. Je ne l'ai pas fait. Et quand mon père m'a menacé de me déshériter si je poursuivais mes délires, c'est moi qui lui ai ri au nez et je suis parti.
- Vous avez renoncé à tous vos droits, vos privilèges… pour être avocat ?
- Oui. J'ai quitté la maison familiale avec deux valises et une petite somme d'argent que ma mère m'avait donnée. Cela m'a permis de trouver le logement que j'occupe actuellement et de financer mon inscription à la liste des sollicitors. Heureusement, mes affaires ont démarré assez vite car je n'étais pas regardant. J'ai accepté de défendre les prostituées, les femmes adultères, les étrangers… tous ceux dont les autres avocats ne voulaient pas.
Hermione ne put masquer sa surprise.
- Et là, vous vous demandez certainement comment le très respectable Harry Black a fait pour engager quelqu'un comme moi pour vous défendre, vous, rigola Goyle.
- Eh bien… Harry vient de rentrer en Angleterre… Il ne connaît pas grand monde…
- C'est Draco Malfoy qui m'a recommandé à lui.
- Draco Malfoy ? Le futur comte de Slytherin ?
- Lui-même. Draco et moi sommes amis d'enfance. J'ai souvent travaillé pour lui et pour plusieurs de ses connaissances. C'est à lui que je dois ma première cliente suffragette.
- Ça par exemple, souffla Hermione. Je n'imaginais pas que Malfoy connaissait le milieu des suffragettes.
- Draco est vraiment un type bien. Pour un aristocrate, ajouta-t-il avec un sourire en coin. Il est un des rares à comprendre pourquoi je ne veux pas quitter Whitechapel alors que je pourrais parfaitement m'établir sur Lincoln's Inn Field.
- Et quelle est la raison ?
- Parce qu'à Whitechapel, je peux être moi-même. Les gens m'apprécient pour ce que je suis vraiment et pas parce que je suis le fils du Vicomte Brennan Goyle.
Ces mots touchèrent profondément Hermione.
- Vous êtes quelqu'un de fascinant, Monsieur Goyle, dit-elle avec douceur.
- Pas autant que vous. Votre Monsieur Weasley est vraiment le dernier des idiots pour vous avoir laissé partir.
Hermione baissa la tête en souriant avec réserve.
-Est-ce que… est-ce que vous allez repartir à Godric's Hollow ? demanda Goyle en fixant la lettre de l'école de médecine.
Il y avait une sorte d'appréhension dans le ton de sa voix.
- C'est ce qu'il y a de mieux à faire, répondit Hermione. Dans un premier temps.
- Dans un premier temps ?
- Vous m'avez donné à réfléchir, Monsieur Goyle. Je ne crois pas que je pourrais désormais me contenter d'aider mon père à la clinique et monter à Londres quelques fois par an pour manifester. J'ai besoin de quelque chose de plus… concret.
- Vous comptez revenir alors ?
- Oh, oui, j'y compte bien.
Hermione se leva, imitée par Gregory.
-Il faut que je rentre, dit-elle. Merci de m'avoir consacré du temps, Monsieur Goyle. Je vous en suis très reconnaissante.
- Il n'y a pas de quoi. C'était un plaisir. Vous… vous me préviendrez quand vous partirez ? demanda-t-il presque timidement.
- Bien entendu, sourit Hermione.
Elle lui tendit la main. Goyle la saisit avec une surprenante délicatesse, puis se baissa et lui fit un baisemain.
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27 août 1912 – Kenwood House, Hampstead, Londres
Les véhicules se succédaient dans l'allée qui menait à Kenwood House. Des jeunes femmes en sortaient, plus rayonnantes les unes que les autres, accompagnées de leur frère, de leur mère ou d'un garant.
Harry escorta Ginny dans le hall d'entrée. Il la trouvait absolument magnifique dans sa robe en soie bleu persan, à manches courtes en mousseline. La taille était soulignée par des empiècements en satin brodés de fils dorés. Le jupon était en gaze opaline et s'évasait vers le bas et vers l'arrière en une petite traîne.
Ses cheveux roux étaient savamment rassemblés en un chignon haut dans lequel quelques ornements discrets avaient été fixés.
En pénétrant dans la salle de bal, Harry se dit que la demeure des Nott n'avait rien à envier à celle d'un duc ou d'un marquis. La pièce était vaste, décorée de stucs, de marbres, de bronze et de cristal mais sans surcharge et sans ostentation.
-Lord Black, dit une voix à côté de lui.
Harry se tourna pour faire face à un jeune homme aux cheveux châtains et aux yeux bruns dorés.
- Théodore Nott, se présenta le jeune homme en lui tendant la main. Nous nous sommes croisés il y a très longtemps de cela.
- Bien sûr, dit Harry en lui rendant son geste. Vous êtes un ami de Lord Draco.
- Et vous devez être Mademoiselle Ginevra Weasley, dit Nott en regardant Ginny.
- Bonsoir Lord Theodore, dit-elle obligeamment.
Elle lui tendit la main qu'il baisa avec déférence.
- On m'a beaucoup vanté vos qualités, Mademoiselle. Mais je constate que vous êtes encore plus belle qu'on me l'a décrit.
- Oh, Lord Theodore, rougit Ginny. Vous allez me gêner.
- Allons ma chère, il faut savoir accepter les compliments que l'on reçoit.
La jeune femme qui venait de parler vint se placer aux côtés de Théodore Nott. Elle était plutôt petite, avait une abondante chevelure noire de jais et un nez retroussé qui aurait pu lui donner un visage disgracieux s'il n'y avait eu ses yeux bleus hypnotisants pour en détourner l'attention.
- Pansy, dit Théodore, voici le Comte de Gryffindor et Ginevra Weasley. Lord Black, Mademoiselle Weasley, je vous présente Lady Pansy Parkinson. Ma fiancée.
- Lady Pansy, dit Harry. C'est un plaisir de vous rencontrer.
- Moi de même, Lord Black.
- Je suis enchantée de faire votre connaissance, Lady Pansy, dit Ginny à son tour.
Pansy Parkinson ne répondit pas, se contentant d'étudier Ginny de haut en bas comme si elle évaluait une marchandise.
Harry admira la manière dont Ginny restait droite, la tête relevée, subissant sans broncher l'inspection dont elle faisait l'objet. Au bout d'un moment, Pansy Parkinson hocha la tête.
-Venez avec moi, ordonna-t-elle. Je vais vous présenter aux bonnes personnes.
Ginny lança un regard un peu effrayé à Harry. Celui-ci lui fit un petit signe de tête, l'encourageant à suivre Pansy.
Lorsqu'elles se furent éloignées, Théodore reprit la parole.
-Soyez tranquille, dit-il. Mademoiselle Weasley est entre de bonnes mains. Si Pansy a décidé de la prendre en charge, c'est qu'elle estime qu'elle en vaut la peine. Vous verrez qu'avant la fin de la soirée, Mademoiselle Weasley aura été présentée à tous ceux qui comptent dans notre milieu.
Harry suivit Ginny et Pansy du regard, jusqu'à ce qu'elles s'arrêtent devant deux jeunes hommes. Le premier lui était inconnu mais le second était reconnaissable entre mille. De grande taille, les cheveux blonds foncés, il était porteur d'un cordon grand-croix en soie bleu roi, ornée de décorations qui ne trompaient pas.
- Bonté divine, murmura Harry. S'agirait-il de…
- C'est le Prince de Galles, en effet, confirma Théodore en souriant. David est un ami de la famille. Il est très proche de mon frère aîné, Reginald. Ils sont tout aussi coureurs de jupons l'un que l'autre…
Harry n'était guère étonné. Il avait entendu parler de la réputation plutôt sulfureuse du prince héritier.
-La jeune femme que vous voyez à ses côtés est la dernière maîtresse en date du Prince, continua Théodore. Madame Dudley-Ward. La femme d'un député libéral. Je pense qu'il la partage avec mon frère, mais je n'en suis pas sûr.
Le franc-parler du jeune lord était plutôt étonnant, surtout à l'égard de membres de la famille royale. Harry ne savait pas s'il devait s'en offusquer ou en rire.
- Et lui ? demanda Harry en voyant un autre homme approcher du groupe, vêtu des mêmes attributs que le Prince de Galles. Est-ce le Prince Albert ?
- En effet. Il est beaucoup moins déluré que son frère… plutôt dans le genre ennuyeux. Ennuyeux à mourir, précisa Théodore avec emphase. De plus, ce pauvre Bertie est affublé d'un défaut d'élocution absolument insupportable, si vous voulez mon avis. Il est bègue. Heureusement qu'il n'est pas destiné à devenir Roi… Vous imaginez un peu ?
Théodore partit d'un grand rire, laissant Harry stupéfait.
- Votre… liberté de parole par rapport à la famille royale est assez… inhabituelle, dit-il.
- Ah oui ? Je vous l'ai dit. Ce sont des amis de la famille. Reggie, David, Bertie et moi, nous nous connaissons depuis l'enfance. Nous avons fréquenté les mêmes cercles et nous avons même passé des vacances ensemble à Balmoral.
- Hm.
Harry ne savait pas trop quoi dire d'autre. Lui, ne se sentait pas autorisé à faire des commentaires sur les Princes – qu'il ne connaissait pas au demeurant – ni à poser des questions indiscrètes.
- Mais parlons d'autre chose, si vous voulez bien, dit alors Théodore. J'ai cru comprendre que Mademoiselle Weasley avait fait la connaissance de Matthew Greengrass.
- En effet, confirma Harry. Nous l'avons rencontré lors du match de polo à Hurlingham Park. Nous partagions la loge du Comte de Slytherin.
- Il nous parle très souvent de Mademoiselle Weasley.
- Oh… dois-je en déduire qu'il lui porte un intérêt ?
- Parfaitement. Un intérêt certain.
Harry hocha la tête. Théodore le fixa avec acuité.
- Cette inclinaison pourrait-elle être réciproque ? demanda-t-il.
- Eh bien, Ginny ne m'en a pas ouvertement parlé mais… je sais qu'elle a beaucoup apprécié la compagnie de Matthew Greengrass.
Théodore resta silencieux un instant, semblant réfléchir à ce qu'il allait dire.
- Vous vous doutez que les Greengrass sont au fait de la situation… disons… précaire de votre protégée, finit-il par dire.
- Je l'imagine, en effet.
- Pour autant, Mademoiselle Weasley a fait forte impression lors de la Saison. Son éducation, sa grâce et sa modestie ont été remarqués, de telle sorte que le Vicomte Greengrass ne serait pas opposé à une union entre son fils et Ginevra. Il a toutefois un sujet d'inquiétude.
- Laissez-moi deviner. L'aspect financier de cette union ?
- Précisément.
- Vous pourrez le rassurer. En tant que garant de Ginevra, c'est moi qui assurerai sa dot. Et j'entends bien qu'elle soit acceptable.
- C'est-à-dire ?
Harry le regarda en fronçant les sourcils.
-Où voulez-vous en venir ? demanda-t-il en retour. Etes-vous mandaté par le Vicomte Greengrass pour négocier un contrat de mariage ? En pleine soirée mondaine ?
- Eh bien, si vous voulez mon avis, il n'y a pas de meilleur endroit pour conclure ce genre d'affaire, plaisanta Théodore. Mais oui, vous avez raison. Je suis bel et bien mandaté par le Vicomte. Pas encore pour signer un contrat, mais à tout le moins pour être fixé sur vos intentions vis-à-vis de votre protégée.
- Vous êtes conscient que je ne m'occupe que de la protection financière de Ginny ? C'est à ses parents qu'il revient de donner leur accord sur une union éventuelle avec Lord Greengrass.
- Bien entendu. Mais dans la mesure où vous avez décliné tout projet de mariage avec Mademoiselle Weasley, je doute fort que Sir Arthur laisse passer la chance d'une union aussi profitable pour sa fille et pour sa famille.
Harry pinça les lèvres. Il se sentit soudainement pris en défaut et cela l'agaça. Il avait l'impression de devoir s'expliquer sur les raisons pour lesquelles il avait refusé d'épouser Ginny. Il n'en fit pourtant rien.
- Dix mille livres sterling. Un tableau de valeur. Et une propriété dans le nord du Cheshire.
- Un tableau de valeur, dites-vous ?
- Un dessin attribué au peintre Piero della Francesca. Une esquisse destinée à une autre de ses œuvres, La Nativité.
- Hm, fit Théodore. C'est appréciable, en effet.
Théodore gratifia Harry d'un sourire entendu.
-C'était un plaisir de discuter avec vous, Lord Black. Je suis certain que le Vicomte Greengrass sera plus que ravi des conditions que vous proposez.
Il lui fit un petit signe de tête, avant de s'éloigner.
Harry était un peu sonné. Venait-il de négocier le mariage de Ginny sans même lui en avoir parlé ? Il était quasiment certain que Sir Arthur et Madame Weasley approuveraient vivement cette union quasiment inespérée avec la famille Greengrass, mais qu'en serait-il de Ginny ? Elle avait eu un comportement tellement étrange, ces dernières semaines…
Il soupira et se promit de lui en parler dès qu'un moment se présenterait.
-Alors ? dit une voix trainante derrière lui. Affaire conclue ?
Draco Malfoy arriva à sa hauteur, une coupe de champagne à la main et un air blasé sur le visage.
- Ainsi donc, c'est toi qui est derrière tout cela, commenta Harry tout en regardant droit devant lui.
- Je n'ai pas eu à insister bien longtemps. Greengrass semble vraiment entiché d'elle.
- Pourquoi fais-tu cela ?
- C'est toi qui m'a dit qu'elle trouvait sa vie dérisoire et inutile. J'ai fait en sorte que cela change.
- En la mariant ?
- Pas seulement. J'ai convaincu Pansy de l'emmener avec elle pour faire un tour d'Europe. Daphné et Astoria Greengrass les accompagneront.
- Tu as fait quoi ? s'écria Harry en se tournant vers Draco.
- Toutes les jeunes filles de bonne famille visitent l'Europe, Potter. Je t'en avais fait la suggestion et tu as répondu que tu n'étais pas en mesure d'organiser un tel périple. Eh bien, c'est chose faite.
- Qui te dit que ses parents accepteront ?
- Cette vieille chouette de Molly Weasley est prête à tout pour que sa précieuse fille fréquente le beau monde. Jamais elle ne refusera. Quant à Arthur, il n'est pas encore venu le jour où il tiendra tête à sa femme.
Harry souffla avec exaspération. Il n'aimait pas la manière dont Malfoy parlait des Weasley mais il devait bien admettre que son initiative était brillante.
- Et qu'en est-il de Matthew Greengrass ? s'inquiéta-t-il. Je ne veux pas qu'il profite de ce voyage pour séduire Ginny et la laisser tomber ensuite !
- Greengrass retourne à Sandhurst en octobre, terminer son cursus militaire. Il n'est pas exclu qu'il rende visite à ses sœurs durant les vacances mais ses parents l'accompagneront. Et puis, Pansy se portera garante de l'intégrité de la petite Weasley.
- Arrête de l'appeler « la petite Weasley », grinça Harry.
- Ce que tu peux être grincheux, Potter.
- Je ne suis pas grincheux !
Draco leva les yeux au ciel.
- Si tu le dis.
- Draco ! Où étais-tu passé ? Je te cherche depuis des heures ! dit un homme avec un accent français à couper au couteau.
-Henri, répondit Draco en souriant. Permets-moi de te présenter Harry Black, né Potter, Comte de Gryffindor. Harry, je te présente Henri Giroux-de-Saint-Just. Un excellent ami.
- Oh ! Alors, c'est lui ton petit voisin ? dit le français.
Harry le détesta immédiatement. Il avait des manières de dandy et un sourire moqueur des plus déplaisant qu'il aurait aimé lui faire ravaler. A la place, il se contenta de lui renvoyer un sourire froid. Il n'était pas ici pour faire un scandale.
Henri murmura quelque chose à l'oreille de Draco qui fit rire ce dernier.
-Tu m'excuseras Potter, dit Draco. Mais j'ai des choses à faire avec Henri. A plus tard !
Il s'éloigna, Henri à sa suite, laissant Harry bouillonnant de colère. Pour se calmer, il s'empara d'un verre de champagne qui passait à sa portée et le but d'un seul coup.
-Passeriez-vous une mauvaise soirée ? demanda un homme à sa droite. Vous semblez vouloir fracasser ce verre sur la tête de quelqu'un.
Harry se tourna en direction de l'inconnu. Il fut immédiatement subjugué. L'homme avait le teint doré, d'épais cheveux noirs mais surtout des yeux marrons d'une rare intensité.
- Je... je… oui… j'admets que je suis un peu contrarié.
- Peut-être puis-je faire en sorte de vous dérider ? suggéra l'homme.
Il lui sourit, dévoilant une rangée de dents blanches et parfaites.
- Au fait, je ne me suis pas présenté. Nadir Bakan.
- Enchanté. Harry Black…
- Comte Gryffindor, acheva Nadir à sa place. J'ai entendu Lord Draco décliner votre titre. Serait-ce lui qui vous a contrarié ?
- Me contrarier est un des grands plaisirs de sa vie, maugréa Harry. Mais assez parlé de lui. Je devine à votre accent que vous n'êtes pas originaire d'Angleterre.
- Constantinople, précisa Nadir. Mon père est l'ambassadeur de Turquie à Londres et un ami proche du Comte de Northbrook.
- J'aimerais visiter Constantinople. Ce doit être une ville fascinante…
- Elle l'est. Comme beaucoup d'autres endroits en Turquie. Connaissez-vous un peu la culture turque ?
- Hm… L'enlèvement au Sérail compte-t-il pour quelque chose ? plaisanta Harry.
- Par pitié, souffla Nadir. Il n'y a rien de turc là-dedans !
- C'était la vision que l'on se faisait de l'Empire Ottoman en 1782…
- Un ramassis de lieux communs, de turbans et de culottes bouffantes !
- Vous êtes dur. Cet opéra a pour seule vocation d'être amusant.
- Les Turcs sont un peuple fier, Lord Black. Nous n'apprécions pas la manière dont les occidentaux se moquent de nos traditions.
- Je vous comprends. Mais vous conviendrez avec moi que, si le livret n'est pas exceptionnel, la musique, elle, l'est.
- Sans doute, admit Nadir avec réticence.
- Sans doute ? répéta Harry, incrédule. Comment pouvez-vous considérer la musique de Mozart avec autant de… d'indifférence ? Cette musique est absolument incroyable pour l'époque ! Complexe et novatrice !
- Tellement novatrice et complexe qu'elle ne seyait pas aux oreilles de l'Empereur…
- Elle ne vous sied pas davantage, on dirait.
- Détrompez-vous. J'apprécie la musique de Mozart. Je conteste seulement le fait que L'enlèvement au Sérail soit de la musique turque. Employer des cymbales, des triangles et des grands tambours lui confère certes un caractère exotique mais croyez-moi, cela n'a rien à voir avec la musique des janissaires qui stimulait si bien les soldats ottomans !
Harry se mit à rire.
- Ah détendez-vous, Monsieur Bakan. Bien sûr que cela n'a rien à voir ! Je ne faisais que vous taquiner. Quoique j'ai craint un instant que vous soyez vraiment réfractaire à la musique de Mozart…
- Cela serait si terrible ?
- Eh bien, ma foi… oui ! s'écria Harry.
- Et là, c'est à mon tour de vous taquiner, sourit Nadir. En fait, je suis un inconditionnel de Mozart. J'ai découvert sa musique lors d'un voyage à Prague où j'ai assisté à un concert. J'avais onze ou douze ans… Ce fut une révélation.
- C'est également vers cet âge que je l'ai découverte, dit Harry. Mon parrain m'avait emmené à Covent Garden assister à une représentation de La Flûte Enchantée.
- Je suis heureux de constater que nous avons une passion commune.
Le sourire de Nadir était resplendissant et Harry se surprit à contempler l'autre homme avec un intérêt grandissant.
Il était magnifique. D'une beauté sauvage et mystérieuse comme l'on pouvait décrire les princes du Moyen-Orient dans les livres. En fixant ses lèvres pleines et roses, Harry se demanda ce qu'il ressentirait s'il les embrassait. Aussitôt que cette pensée lui fut venue, il ferma les yeux, résigné. Draco n'était visiblement pas une exception. Nadir faisait monter en lui un désir qu'il ne pouvait ignorer. Ce n'était certes pas un sentiment comparable à l'amour qu'il ressentait pour Draco… mais c'était néanmoins un sentiment qu'il n'aurait pas dû éprouver pour un homme, sauf à être définitivement attiré par eux.
-Vous allez bien, Lord Black ? s'inquiéta Nadir.
Harry sursauta légèrement.
- Oui, s'empressa-t-il de dire. Je vais bien.
- Ne voulez-vous pas sortir prendre un peu l'air ? glissa Nadir à son oreille. Il fait absolument étouffant ici.
- Je…
La chaleur monta aux joues de Harry. Il aurait dû refuser. Il savait que ce n'était pas une bonne idée. Et pourtant.
-Volontiers, s'entendit-il accepter.
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- Tu devrais revenir à Paris, Draco, minauda Henri Giroux-de-Saint-Just. Un nouveau tailleur s'est installé Faubourg Saint Honoré, il est absolument di-vin !
- Je n'en doute pas, murmura Draco sans vraiment prêter attention aux propos d'Henri.
Dans un coin opposé de la pièce, il ne pouvait détacher son regard de Harry, discutant avec le fils de l'ambassadeur de Turquie.
Nadir Bakan était un ami de Théodore, avec qui il faisait ses études à Oxford. Si Théodore l'appréciait, ce n'était pas le cas de Draco. L'homme avait un côté mystérieux et exotique qui faisait se pâmer les dames mais qui éveillait chez lui la plus grande méfiance. Nadir cachait quelque chose… et Draco pensait précisément savoir de quoi il s'agissait. Surtout maintenant, alors qu'il l'observait à la dérobée.
Ce maudit ottoman était en train de séduire Harry. Et à en juger par le sourire idiot de Potter, cela semblait fonctionner.
-… lui ai commandé un gilet en soie incarnat, c'est une pure merveille ! Draco ! Tu m'écoutes ?
Draco n'écoutait pas. Il était focalisé sur Nadir qui se penchait pour parler à l'oreille de Harry. Ce dernier hocha la tête. L'instant d'après, les deux hommes sortaient par la porte qui menait aux jardins.
- Désolé, Henri, coupa Draco. J'ai quelque chose d'urgent à faire.
- Mais…
Les protestations d'Henri moururent dans le brouhaha ambiant, tandis que Draco fendait la foule pour se précipiter dehors à son tour.
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L'air du soir, bien qu'encore tiède, fit du bien à Harry. Avec Nadir, ils marchèrent dans les jardins, saluant ici et là l'une ou l'autre connaissance, tout en devisant tranquillement.
Harry apprit ainsi que Nadir étudiait à Oxford et qu'il se destinait à la carrière diplomatique comme son père, qu'il avait trois sœurs plus jeunes que lui et qu'il avait déjà vécu dans cinq pays différents depuis sa naissance. Ils discutèrent notamment de Boston, où Nadir avait vécu un an et demi, échangeant leurs impressions et leurs expériences pour le plus grand plaisir de Harry.
Tout absorbé qu'il était par la conversation, Harry ne remarqua pas tout de suite qu'ils étaient à présent dans une partie très reculée du parc, à proximité d'un petit hangar qui abritait des skiffs destinés à la pratique de l'aviron. Il se demanda vaguement s'il s'agissait de l'équipement de Théodore. Après tout, l'Université d'Oxford était connue pour la course d'aviron qui l'opposait chaque année à sa rivale, Cambridge. Il n'était donc pas exclu que Théodore s'entraîne en vue de cette compétition.
Harry n'eut pas l'occasion de s'interroger davantage car il se retrouva soudainement poussé contre un arbre, le corps de Nadir pressé contre le sien.
- Nadir… je…
- Chut, dit doucement l'autre homme. Je sais que vous en avez envie autant que moi.
Le souffle chaud de Nadir contre sa joue lui occasionna un violent frisson.
- Je crois que… vous… vous méprenez… à mon sujet, bafouilla-t-il d'un ton peu convaincant.
- Oh, je ne crois pas, non. J'ai vu la manière dont vous regardiez Lord Draco. Tout comme j'ai vu la manière dont vous me regardiez, moi.
- Il suffit ! Je ne suis pas homosexuel ! s'emporta Harry en le repoussant brutalement.
Il tâcha par la même occasion de refouler la petite voix à l'intérieur de lui qui le traitait de menteur et de lâche.
Nadir, lui, le regarda, un air perplexe sur le visage.
- Qu'avez-vous dit ? Je… je ne comprends pas ce mot, dit-il en fronçant les sourcils.
Harry soupira. Le terme « homosexuel » était relativement récent dans la littérature médicale, et plus répandu en France et en Allemagne qu'ailleurs sur le vieux continent ou en Grande-Bretagne.
- Je ne suis pas un inverti, précisa-t-il. Un uraniste, un ganymède, un giton… un sodomite, ou je ne sais quel autre terme vous pourriez utiliser !
- Oh.
Nadir semblait toujours aussi perplexe.
- Et alors ? Pourquoi me dites-vous cela ?
- Pourquoi ? répéta Harry. Parce que vous semblez croire que je suis intéressé par… par l'idée de… de…
- Vous êtes étranges, vous, les occidentaux, coupa Nadir. Vous êtes tellement… ennuyeux.
- Je vous demande pardon ? s'offusqua Harry.
Nadir eut un petit rire musical.
- Dans ma culture, dit-il, rien n'interdit les relations charnelles entre les hommes.
- Vraiment ? s'étonna Harry.
- Il est évidemment recommandé que l'homme prenne une épouse pour assurer la pérennité de sa lignée, qu'il la traite avec respect et qu'il l'honore comme il se doit, mais… on admet qu'il recherche le plaisir, le vrai, avec ses semblables. Il s'agit alors d'une communion virile, source de la plus grande des satisfactions pour les deux partenaires.
Harry en était bouche bée.
- Vous voulez dire que les hommes… côtoient d'autres hommes en toute liberté ? Sans opprobre sociale ?
- Non. Cela ne va pas jusque-là. Il est exclu qu'un homme se montre au bras d'un autre homme en société, comme il le ferait avec une femme. De même, il ne doit pas indisposer son épouse en lui imposant la présence de son amant sous le toit conjugal.
- Mais… comment font-ils dans ce cas ?
- Les bains. Le hamman est un lieu de prédilection, à tous points de vue.
Nadir se rapprocha de Harry.
- Ai-je réussi à vaincre vos craintes ou votre réticence ? demanda-t-il d'une voix douce.
- Je…
- Laissez-vous aller.
Joignant le geste à la parole, Nadir se pencha sur Harry et l'embrassa.
Comme Harry s'y était attendu, les lèvres de Nadir étaient merveilleusement douces. Elles bougeaient contre les siennes avec expertise mais sans brusquerie aucune. Trop vite à son goût, Nadir s'écarta de lui.
-Je voudrais coucher avec vous, dit-il sans préambule.
Harry écarquilla les yeux, choqué par la brutalité du propos. Pour autant, il sentit qu'une partie de son anatomie trouvait l'idée plutôt plaisante, et il en fut mortifié.
-Je ne vous laisse pas indifférent, conclut Nadir avec un sourire en coin.
Harry déglutit avec difficulté, incapable de prononcer le moindre mot.
- Me laisserez-vous vous initier à l'infinité des plaisirs que les hommes peuvent se procurer ? murmura Nadir en déposant quelques baisers aériens le long de sa mâchoire.
- Est-ce… est-ce véritablement… du plaisir ? ânonna Harry. N'est-ce pas plutôt terriblement douloureux ?
- Pas quand on prend son temps… C'est tout un art de préparer le corps d'un homme à en recevoir un autre. Et quand cet art est maîtrisé, vous succombez à un abysse de sensualité, un torrent de sensations plus divines les unes que les autres, et pour finir à l'extase.
Le souffle court, Harry ferma les yeux. Ce discours était à l'opposé de ce que lui avait décrit Draco. Nadir lui parlait de plaisir et d'extase. Draco n'avait évoqué que la souffrance et la honte.
-Embrassez-moi encore, murmura Harry.
Nadir s'exécuta de bonne grâce.
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Draco courait le long des sentiers, s'arrêtant de temps à autre pour écouter les bruits alentours.
En vain. Il les avait perdus de vue.
Ils pouvaient être n'importe où. Le parc était immense, les bois touffus et la lumière crépusculaire rendait sa recherche hasardeuse.
Dépité, il s'apprêta à retourner vers la demeure des Nott quand il entendit des voix, puis ce qui ressemblait à un gémissement. Aussitôt, il fut aux aguets. Le bruit venait de l'enclos à bateaux. L'angoisse au ventre, il se précipita dans cette direction.
-Embrassez-moi encore, entendit-il murmurer avant de voir la silhouette de Nadir Bakan se pencher sur Harry.
Le cœur de Draco se brisa au moment où il vit Harry refermer ses bras autour des épaules de l'autre homme dans une étreinte langoureuse.
Il voulut rebrousser chemin. Il aurait dû le faire. Mais il en fut incapable. A la place, il avança vers eux, une rage indescriptible lui incendiant les veines. Il tira violemment sur l'épaule de Nadir pour l'écarter de Harry avant de lui asséner un coup de poing magistral. Nadir tomba au sol, le nez en sang et la lèvre fendue.
- DRACO ! s'écria Harry.
- Déguerpissez d'ici immédiatement, siffla Draco à Nadir, avant que je n'avertisse Lord Nott du genre d'individu obscène que vous êtes !
- Ah oui ? s'enquit le turc avec un sourire mauvais. Au risque que je vous dénonce vous aussi, ainsi que votre cher ami Black ?
- Pauvre idiot. Qui va-t-on croire à votre avis ? Le fils d'un simple ambassadeur sans aucun titre ou bien celui d'un pair du Royaume ? Je ne parierais pas à votre place !
- Je n'ai pas peur de vous, Malfoy !
- Eh bien, vous devriez. Votre père accepte peut-être que vous vous fourvoyiez avec des hommes, mais je doute qu'il apprécie le petit groupe dont vous faites partie à Oxford.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez !
- Je vous parle de ces étudiants qui s'intéressent d'un peu trop près aux idées de Mustafa Kemal Pacha. Celui-là même qui veut réformer la Turquie et renverser le Sultan Mehmet…
Le visage de Nadir perdit toute couleur. Il se releva tant bien que mal et essuya le sang qui coulait sur sa bouche et son menton.
- Vous… comment…
- Peu importe comment. Je le sais, c'est tout. Et je me tairai aussi longtemps que vous vous tiendrez loin de Harry.
Nadir comprit que Draco ne plaisantait pas. Sans demander son reste, et sans un regard pour Harry, il détala.
Draco expira brièvement. Il se tourna vers Harry qui le regardait, abasourdi.
-Pourquoi as-tu fait cela ? demanda-t-il d'une voix blanche.
Comme Draco ne répondait pas, il s'emporta.
- Tu n'avais pas à le frapper ou à le menacer ! Je n'étais pas là contre mon gré !
- Oh, ça je l'avais remarqué ! ironisa Draco.
Harry écarquilla les yeux.
- Serais-tu…jaloux ? souffla-t-il.
- Certainement pas !
- Alors où est le problème ?
- Le problème, c'est ton comportement, Potter ! Tu te sauves dans les bois avec le premier venu comme une catin !
Le coup de poing partit en un éclair et heurta Draco en plein dans le ventre, le faisant se courber en deux.
- De quel droit me parles-tu de mon comportement, Malfoy ? siffla Harry. Toi qui t'es vautré dans le stupre avec un domestique. Sans parler de tous les autres…
- Je t'interdis de me juger, Potter ! Tu ne sais rien de moi ! Absolument rien !
- Ah non ? Je n'ai pas oublié tes propos le soir où tu m'as éconduit comme un malpropre ! Tu m'as dit que tu te lasserais de moi comme tu t'es lassé des autres ! Combien y en a-t-il eu, Malfoy ? Combien ?
- Tais-toi !
- Moi, je n'en voulais qu'un et c'était toi ! Mais j'ai bien compris que ce n'était pas réciproque ! Alors maintenant laisse-moi tranquille ! Laisse-moi trouver un homme à qui j'inspirerai autre chose que de la répulsion et du dégoût ! Laisse-moi t'oublier une bonne fois pour toutes !
Harry voulut s'en aller mais il fut retenu par une poigne de fer qui encerclait son avant-bras. Avant qu'il n'ait pu réagir, il fut entrainé à l'intérieur du hangar à bateaux.
-Draco ! Qu'est-ce que…
Il ne put achever sa phrase car Draco l'embrassait. C'était un baiser impérieux, urgent mais sans aucune violence. Harry aurait pu le repousser sans aucune difficulté, mais il n'en eut pas l'envie. Il avait aimé le baiser de Nadir, pourtant ce n'était rien comparé à ce qu'il ressentait en cet instant. Pas parce que le baiser était meilleur ou parce que Draco était plus doué que Nadir.
Non.
Parce qu'il s'agissait de Draco, tout simplement, et que le baiser contenait ce petit supplément d'âme qui va de pair avec l'amour que l'on éprouve pour la personne qui le donne.
Sans y prêter attention, Harry entrouvrit les lèvres. Aussitôt, il sentit la langue de Draco s'insinuer à l'intérieur de sa bouche. Ce fut un choc supplémentaire.
Il n'avait jamais embrassé avec la langue. Les prostituées de Roxbury n'embrassaient pas et ne lui avaient donc pas appris à le faire. Ce n'était par ailleurs pas quelque chose qu'il pensait apprécier. Mais une fois encore, Draco était passé par là et avait tout bouleversé.
Vaincu, Harry s'abandonna complètement à l'étreinte de Draco, se disant qu'il était en train de toucher du doigt le bonheur absolu.
Le baiser aurait pu durer des heures ou des jours, Harry avait perdu toute notion du temps. Puis aussi brusquement que c'était venu, tout s'arrêta. Draco s'écarta de lui et le regarda comme s'il le voyait pour la première fois. Ses yeux gris, d'ordinaire si froids, brûlaient de quelque chose qu'Harry n'avait jamais vu.
Soudainement, Draco tomba à genoux devant lui et de ses doigts agiles, il commença à déboutonner le pantalon de Harry.
-Par tous les saints, Draco… qu'est-ce que tu fais ? s'alarma-t-il.
Avant qu'il n'ait pu protester davantage, Harry sentit une main se glisser dans son sous-vêtement.
-Oh mon Dieu ! dit-il, le souffle coupé lorsqu'il sentit les doigts de Draco caresser ses testicules avant de s'emparer de son sexe d'une prise ferme.
Harry ne parvenait pas à réaliser ce qu'il se passait. Il dut baisser les yeux pour comprendre qu'il ne rêvait pas. Son sexe, dur comme la pierre, était bel et bien dans la main de Draco. Draco qui le masturbait. Draco qui se penchait en avant tout le fixant droit dans les yeux. Draco qui ouvrait la bouche pour…
-OH MON DIEU ! rugit Harry au moment où les lèvres de Draco se refermèrent sur son membre.
Il perdit pied, se tortillant, s'arc-boutant à mesure que la bouche talentueuse s'activait, lui procurant un plaisir comme il n'en n'avait jamais connu jusque-là.
-Oh mon Dieu, mon Dieu ! répéta-t-il encore alors qu'il sentait au bord de la rupture.
Il aurait voulu ralentir, retenir l'orgasme qui était en train de se construire en lui. Mais c'était chose impossible. Retient-on l'orage quand il se déchaîne au loin ? Ralenti-t-on les tempêtes quand elles se forment sur les mers ?
Il lutta de toutes ses forces, invoquant sans cesse le nom du Seigneur, mais en vain. Il n'eut même pas la présence d'esprit de prévenir Draco afin qu'il s'écarte de lui. L'orgasme le renversa comme un cheval au galop.
Quand il reprit ses esprits, Harry vit Draco cracher par terre de manière fort peu élégante, et certainement indigne d'un gentleman, avant de considérer que lui-même ne s'était pas vraiment comporté comme un gentleman non plus.
-Je suis désolé, dit-il. Je… c'était…
Draco se releva sans un mot. Puis il se pencha et embrassa Harry avec fougue. Le goût dans sa bouche était incongru. Salé, amer, acide et doux à la fois.
Quand il s'écarta, ses yeux étaient remplis de colère.
-Je t'interdis de m'oublier, murmura-t-il, presque menaçant.
Et il partit, laissant Harry pantelant et totalement perdu.
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Harry ne sut pas vraiment comment il était parvenu à faire le chemin en sens inverse. Ses jambes tremblaient encore et étaient si faibles qu'elles peinaient à le porter.
Au moment où il pénétrait dans la salle de bal, Ginny arriva à sa rencontre.
-Harry ! Où étais-tu ? Je te cherche depuis… Doux Jésus, que t'est-il arrivé ? On dirait que… que…
La mine offusquée de Ginny fit prendre conscience à Harry qu'il devait avoir l'air d'un débauché. Tout juste s'était-il rajusté avant de quitter le hangar à bateaux mais il n'avait pas pris la peine de se regarder dans un miroir. Sans doute était-il dépeigné et sa bouche devait être rougie du baiser que Draco lui avait donné.
- Je… je suis seulement sorti faire un tour dans le parc, se justifia-t-il. J'avais besoin de prendre un peu l'air.
- Ne m'insulte pas en me prenant pour une idiote, murmura Ginny. Je ne m'attends certes pas à ce que tu éconduises toutes les femmes comme tu l'as fait avec moi, mais pour autant je ne t'imaginais pas du genre à trousser un jupon dans un bois !
- Je n'ai pas…
Il se tut, conscient que cette discussion finirait par attirer l'attention sur eux.
- Comment se passe ta soirée ? demanda-t-il plus calmement.
- Parfaitement bien. Je te cherchais pour te dire que Lady Pansy m'a demandé de l'accompagner en voyage à travers l'Europe. Lady Astoria et Lady Daphné seront des nôtres également.
- C'est là une fort bonne nouvelle. Et un honneur.
- Tu n'y vois pas d'inconvénient ? demanda Ginny avec étonnement.
- Absolument pas. J'espère seulement que tes parents seront d'accord.
- Je l'espère aussi. J'ai vraiment envie de faire ce voyage.
- Tu as tout mon soutien. Et je m'emploierai à convaincre ta mère.
- Merci, Harry.
Ginny inspira longuement et soutint le regard de Harry.
- Il y a autre chose dont je voudrais te parler, dit-elle.
- Je t'écoute.
- J'ai dansé avec Matthew Greengrass. Plusieurs fois.
- Combien ?
- Quatre fois.
Harry soupira en fermant les yeux. La bienséance voulait qu'une jeune fille ne danse pas plus de deux fois avec le même soupirant, sauf si des fiançailles étaient en discussion. Si ce n'était pas le cas, la jeune fille était considérée comme de peu de vertu.
- Tu as de la chance, dit Harry. Théodore Nott m'a fait part de l'intérêt que Matthew Greengrass te porte. Nous avons discuté des… conditions. Nott a laissé entendre qu'elles pourraient satisfaire le père de Matthew.
- Des conditions ? soupira Ginny avec agacement. Nott et toi avez discuté de conditions ? Sans m'en parler ? J'ai l'impression de n'être rien d'autre qu'une babiole qu'on se dispute chez Sotheby's !
- Ce n'est pas le moment de faire des manières ! s'énerva Harry. Tu as dansé quatre fois avec Greengrass ! C'est heureux que le sujet des fiançailles ait été abordé sinon ta réputation serait finie !
Ginny encaissa la critique en baissant la tête.
- Est-ce que tu es disposée à l'épouser ? demanda Harry.
- Il semble que je n'ai plus le choix, dit-elle amèrement.
- Bien sûr que si, tu l'as ! Je refuse que tu contractes un mariage qui ne t'agrée pas !
- J'apprécie énormément Matthew et il…
- Tu l'apprécies ? Mais est-ce que tu l'aimes ?
- Il est un peu tôt pour le dire mais… je pense que oui, rougit-elle. Tout comme je pense qu'il m'aime aussi.
- Alors, tu m'en vois ravi, dit Harry avec soulagement. Nous allons…
- Lord Black !
Harry tourna la tête pour faire face à Theodore Nott. Son visage était grave.
- Lord Black, j'ai besoin de vous. Tout de suite.
- Que se passe-t-il ?
- Venez avec moi.
- Vas-y, lui dit Ginny. Je vais rejoindre Lady Pansy.
Harry acquiesça et suivit Theodore. Ils quittèrent la salle de bal pour s'engager dans l'escalier qui menait à l'étage.
- Allez-vous m'expliquer ce qui se passe ? demanda Harry alors qu'ils traversaient un couloir désert.
- C'est Draco. Il est rentré de je ne sais où, le pantalon crotté comme s'il avait rampé sur le sol. Il s'est écroulé dans l'antichambre en se tenant la tête entre les mains tant elle le faisait souffrir.
- Pourquoi m'amenez-vous à lui ? M'a-t-il demandé ?
- Non. Mais je sais par lui que vous êtes médecin.
- Je ne suis pas médecin ! J'ai étudié la médecine mais…
- Peu importe, coupa Theodore.
Il s'arrêta devant une porte et soupira lourdement.
- Ecoutez. Draco refuse de voir des médecins. Il… il souffre de violentes migraines depuis des années et il…
- Je sais cela.
- Alors, aidez-le, je vous en prie. Je ne l'ai jamais vu si mal en point !
Theodore ouvrit la porte et s'écarta pour laisser Harry entrer. Draco était allongé sur un lit. Sa veste queue-de-pie lui avait été enlevée, ainsi que son nœud papillon et son plastron, mais il portait encore sa chemise et son pantalon. La laine délicate de celui-ci était sale et abîmée au niveau des genoux.
Harry détourna les yeux, refusant de penser à ce qui venait de se passer entre eux. Il s'approcha davantage. Draco gémissait, tournant la tête dans tous les sens, les mains plaquées sur son front, les doigts plantés dans ses cheveux, comme s'il cherchait lui-même à s'arracher le crâne. Il murmurait des paroles incompréhensibles.
-Il n'arrête pas de psalmodier le nom d'Ariana, dit Theodore. Je ne suis pas parvenu à lui faire dire d'où il venait et ce qui l'a mis dans un pareil état.
Harry se pencha pour mieux entendre.
-Ari… Ari… Harry…
Il recula brusquement. Ce n'était pas le prénom d'Ariana que Draco murmurait, mais le sien. Il fut pris de panique. Le remède aux plantes serait sans effet, et il doutait même que le laudanum parvienne à le calmer. Or, il fallait qu'il se taise avant qu'il ne les compromette tous les deux.
- Avez-vous des somnifères ? demanda Harry.
- Heu… oui… ma mère prend du barbital… je crois…
- Cela fera l'affaire.
- Vous… vous êtes sûr ? Un somnifère ?
- Rien ne peut calmer une crise de cette ampleur, expliqua Harry avec agacement. Il faut l'endormir sans quoi, il continuera à souffrir le martyr !
- Je vais vous chercher ça !
Theodore sortit de la chambre. Harry s'assit sur le bord du lit et passa doucement sa main dans les cheveux de Draco.
- Chut, calme-toi, murmura-t-il.
- Harry…
- Je suis là.
Il prit sa main dans la sienne et la serra.
-Je suis là, répéta-t-il.
Quelques secondes plus tard, il entendit des pas dans le couloir. Il se releva et se plaça à quelques pas du lit.
-Voilà ! dit Theodore en brandissant un petit flacon en verre brun.
Harry s'en saisit. Il préleva exactement trois gouttes qu'il dilua dans un verre d'eau. Le barbital était un somnifère puissant et dangereux. La moindre surdose pouvait provoquer une inconscience prolongée ou pire, la mort.
Avec des gestes délicats, il souleva la tête de Draco et le força à boire. Il ne fallut que peu de temps avant que le médicament n'agisse et ne l'emporte dans un sommeil sans rêve.
- Voilà, dit-il à Theodore après avoir vérifié le pouls de Draco. Il devrait dormir toute la nuit. Avec un peu de chance, la crise aura cessé au matin.
- Merci Lord Black.
- Je vous en prie.
Harry soupira. Avant de quitter la chambre, il jeta un dernier regard à Draco, le cœur empli de tristesse et de culpabilité. Etait-ce la seule chose qu'ils pourraient jamais s'apporter ? De la souffrance ?
Il connaissait malheureusement la réponse.
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28 août 1912 – Gare de Paddington, Londres
Hermione avait une impression de déjà-vu. La dernière fois qu'elle s'était tenue sur ce quai, attendant que ses bagages soient chargés et qu'elle puisse embarquer dans le train qui la ramènerait chez elle, Ron l'avait demandée en mariage.
A ce moment-là, tout lui semblait encore possible.
Elle soupira. Aujourd'hui, elle n'avait plus ni fiancé, ni perspective de devenir médecin. Pourtant, elle ne s'était jamais sentie aussi déterminée.
-Mademoiselle Granger !
Hermione se retourna pour voir une silhouette haute et large se découper dans les vapeurs du train. Elle sourit.
- Monsieur Goyle, vous êtes venu.
- Je vous l'avais promis.
- Merci. Ça me fait plaisir de vous voir.
Ils marchèrent en silence jusqu'à la voiture de première classe dans laquelle Hermione avait réservé une place. Curieusement, ils semblaient aussi embarrassés l'un que l'autre de trouver un sujet quelconque à aborder.
- Croyez-vous que vous pourrez…
- Croyez-vous que je pourrais…
Ils avaient parlé tous les deux en même temps, ce qui les fit sourire.
- Je vous en prie, dit Hermione. Qu'alliez-vous dire ?
- Je… hm… je me demandais s'il serait possible pour moi de venir vous rendre visite. A Godric's Hollow. En attendant que vous reveniez à Londres.
- C'est ce que j'allais vous proposer, sourit Hermione.
- Vraiment ?
- J'en serais enchantée.
- Alors, c'est convenu. Je vous écrirai.
- LES VOYAGEURS POUR SWINDON SONT PRIES D'EMBARQUER !
La voix tonitruante du contrôleur les fit sursauter.
- Eh, il est temps pour moi d'y aller, dit Hermione.
- Oui. Faites bon voyage.
- Merci Monsieur Goyle. Portez-vous bien.
- Mademoiselle Granger… je… j'ai hâte de vous revoir.
Hermione fut touchée par la timidité qui se dégageait de cet homme, pourtant si grand et si fort.
-J'ai hâte, moi aussi, admit-elle.
Le son strident d'un sifflet retentit. Sans plus attendre, Hermione grimpa dans le train et s'installa à côté de la fenêtre. Alors que le train s'ébranlait, elle fit un signe de la main à Gregory.
Oui, elle avait vraiment hâte de le revoir.
A suivre...
