Tara se promenait dans le parc du manoir avec Anna dans les bras. Elle paraissait très éveillée pour son jeune âge et regardait tout ce qui l'entourait. Elle ne cessait de fixer avec de grands yeux les paons et les cygnes. Tara aimait beaucoup ces moments qu'elle partageait seule avec Anna. Elle regarda arriver Drago vers elles avec l'envie irrésistible de le fuir comme s'il était un intrus entre elle et sa fille. Mais dès qu'il arriva à leur hauteur, cette pensée s'envola. Il prit la petite fille dans ses bras et embrassa Tara :

- Viens, il commence à faire frais. Rentrons.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans le manoir et se dirigèrent vers l'aile qui était leur domaine, ils passèrent devant le bureau de Lucius et une étrange impression de déjà-vu les frappa. Des voix s'élevaient du bureau et ils firent ce qu'ils avaient déjà fait : ils espionnèrent. Ils entendirent la voix de Lucius s'élever :

- Maître, c'est impossible. Vous avez déjà anéanti la prédiction.

- Non, Lucius. Je ne crois pas. C'était bien trop facile. Et même si je ne m'en suis pas aperçu sur le moment, le fait est là : c'est elle !

- C'est impossible !

- En es-tu sur ou essayes-tu de protéger l'enfant ?

- Bien sur que non, maître. Je vous suis tout dévoué.

- Alors tu dois reconnaître que la coïncidence serait un peu troublante : le 7ème mois, ses parents qui m'ont défié par trois fois ...

Un silence se fit, lourd de sens.

- Et que comptez-vous faire, maître ? Demanda Lucius d'une voix faible.

- Ce que j'aurais déjà du faire depuis longtemps !

Tara allait se tourner vers Drago pour lui demander de démentir ses doutes lorsqu'elle le vit partir rapidement en silence en direction de leur chambre. Elle le suivit, terrifiée. Quand elle fut dans leur chambre, elle le vit préparer des bagages.

- Mais enfin, qu'est ce que tu fais ? Demanda la jeune femme incrédule.

- Ce n'est pas évident ? Je pars !

- Pourquoi ?

Drago parut abasourdi par l'attitude de Tara.

- Tu crois que je vais attendre qu'il vienne tuer Anna ?

- Tu dis n'importe quoi ! Il ne ferait jamais ça !

- Es-tu aussi naïve ? Tu ne l'as pas entendu ?

- Il y a forcément une explication. J'ai confiance en notre maître.

- Et bien pas moi ! Rugit le jeune homme. Et je ne vais pas attendre de savoir si j'ai raison ou pas.

- Et tu vas nous laisser là ?

- « Nous » ? N'as-tu pas compris que j'emmène Anna avec moi. Et toi si tu es assez raisonnable pour nous suivre.

- Je ne trahirais jamais !

- Tant pis pour toi. Je ne laisserais pas ma fille mourir.

Tara dégaina sa baguette et la pointa sur Drago.

- Tu ne voleras pas MA fille !

- Tara, dit Drago visiblement effrayé par la détermination de son épouse, si tu aimes un tant soit peu notre fille, laisse moi l'emmener loin.

- Bien sur que je l'aime mais je ne crois pas ce que tu dis !

- Alors tu es prête à risquer la vie de Anna ?

- Je ... dit Tara saisie d'un doute.

- Tu viens avec nous ou pas ?

- Je ne peux pas ...

Drago parut atterré par sa réponse mais pas vraiment surpris. Tara avait toujours été dévouée à son maître.

- Dans ce cas, laisse nous partir.

- Pour aller où ?

- Si tu ne viens pas, il vaut mieux que tu ne le saches pas.

Drago ramassa encore deux ou trois choses et prit Anna dans ses bras sous les yeux vides de Tara qui ne paraissait pas réaliser ce qui se passait.

- Tu dois nous aider à sortit de la propriété pour que je puisse transplaner avec Anna.

- Je ne sais pas ...

- TOUT DE SUITE !

Tara obéit machinalement et partit en éclaireur pour vérifier que la voie était libre. Elle revint une minute plus tard dans sa chambre.

- Il n'y a personne.

- Alors allons-y !

Drago partit devant, Anna dans les bras. Il courut au dehors du manoir et ne s'arrêta qu'une fois qu'il eut passé le portail du manoir. Tara arriva à sa hauteur.

- Tu es sure que tu ne viens pas.

- Je n'y arrive pas.

- Alors je dois t'abandonner même si j'avais juré de ne jamais le faire. Adieu

Tara se rapprocha, reçut un dernier baiser de son mari et après qu'elle eut embrassé Anna pour la dernière fois, regarda Drago disparaître. Devant le vide qu'il avait laissé, elle réalisa qu'ils étaient partis. Elle tomba à genoux et se mit à pleurer puis à hurler de douleur. Il avait emporté sa fille, loin, très loin. Elle ne savait même pas si elle la reverrait un jour.

Les hurlements de la jeune femme alertèrent les occupants du manoir. Narcissa arriva en courant vers Tara et la trouva allongée devant le portail, en larmes.

- Tara ! Qu'est-ce qui se passe ? Dit-elle d'une voix terrifiée.

- Il est parti ... avec Anna.

- Mais qui ?

- Drago ... il l'a prise ... et il est parti.

- Quoi ? Mais pourquoi ? Et pour aller où ?

- Je ne sais pas ...

Narcissa prit la jeune femme dans ses bras et la serra contre elle. Elle essaya de poser d'autres questions mais comprit que Tara était encore sous le choc et qu'elle ne pourrait plus rien tirer d'elle dans l'immédiat.

Narcissa ramena Tara à l'intérieur du manoir et l'allongea sur le canapé du salon. Lucius arriva, alerté lui aussi par les gémissements de Tara. Narcissa lui expliqua brièvement le peu qu'elle avait compris et vit son mari pâlir.

- Tara ! Est-ce que Drago a entendu la conversation que j'ai eu avec le maître tout à l'heure ?

Tara hocha la tête, incapable de parler.

Le Seigneur apparut à cet instant sur le pas de la porte, furieux.

- Et tu l'as laissé partir ?

Les pleurs de Tara redoublèrent mais ils cessèrent immédiatement car le maître abattit sa baguette sur elle en hurlant :

- ENDOLORIS !

Tara tomba du canapé et se tordit de douleur en hurlant de plus belle. De longues minutes plus tard, le maître interrompit le sortilège et prononça :

- LEGILIMENS !

Tara eut un sursaut de prudence et modifia sa version en lui montrant un départ de Drago qui se serait passé dans la force. Il aurait repoussé violemment Tara et elle n'aurait rien pu faire pour l'en empêcher. Lorsque le Seigneur mit fin à la Légilimancie, Tara eut honte. Comment avait-elle pu être aussi égoïste ? Se protéger en un pareil moment ? Elle méritait de souffrir pour avoir laissé Drago partir et trahir le maître. Mais un doute se fit en elle : et si son mari avait eu raison ? Et si le maître était autant en colère car il voulait Anna ? Drago n'avait-il pas fait le bon choix ? Mais pourquoi n'était-elle pas partie avec lui ? Elle n'avait pas pu trahir son maître alors que celui-ci avait apparemment l'intention d'assassiner son enfant. Elle était vraiment une mauvaise mère ...

XXXXXXX

Les mois qui suivirent, la colère du maître ne retomba pas et Tara faisait son possible pour l'éviter car à chaque fois qu'il voyait la jeune femme, il soulageait son courroux sur elle à travers diverses tortures. La jeune femme ne se plaignait pas. Elle savait qu'elle méritait ce châtiment car elle l'avait trahi. Elle souffrait néanmoins d'un mal bien plus intense : la perte de sa fille et de son mari. Elle était seule et passait ses nuits à pleurer. Ils lui manquaient tellement tous les deux. Où étaient-ils ? Étaient-ils en sécurité ? Pensaient-ils à elle ? Ils ne quittaient jamais les pensées de la jeune femme et elle dépérissait.

Lucius et Narcissa aussi subissaient la colère du maître et refusaient désormais d'adresser la parole à leur belle-fille. Quant à Severus et Lily, le maître faisait son possible pour les tenir éloignés de leur fille. Tara n'avait donc pas pu leur parler. Elle n'était même pas sure qu'elle leur aurait avoué la vérité. Elle ne pouvait révéler son secret à personne ce qui la rendait encore plus vulnérable.

Un matin, alors qu'elle errait dans le parc, elle fut interrompue dans ses ruminations par un poc à côté d'elle. Elle se retourna brusquement mais ce n'était que Dobby, l'elfe de maison.

- Je suppose que c'est ton maître qui t'envoie. Il faut que j'aille à l'intérieur ?

- Non, dame Tara, le maître m'a appelé et m'a confié un message pour vous. Je dois attendre votre réponse.

Tara se demanda ce que voulait Lucius mais à peine eut-elle déroulé le bout de parchemin qu'elle reconnut l'écriture fine de ... Drago. Elle se redressa d'un bon et saisit Dobby par les épaules :

- Mais enfin, comment est-ce possible ? Tu as dit ...

- Oui, dame Tara. J'ai dit que c'était le maître qui m'avait appelé. Le jeune maître.

- Comment vont-ils ? Où sont-ils ?

- Le maître m'a fait juré de ne pas vous le dire. Il voulait que vous lisiez son message et que vous me donniez votre réponse.

Tara lut le message de Drago, avide de savoir :

Ma chérie,

Je ne peux pas te dire où nous sommes mais saches que nous allons bien. Nous avons trouvé un refuge quelque part où nous ne craignons rien et Anna est en sécurité.

Je te contacte en espérant que tu as retrouvé la raison. Tu nous manques et même si elle ne parle pas, je vois que Anna a besoin de sa mère.

Je te supplie d'entendre raison et d'accepter de nous retrouver. Nous devons au moins nous voir car j'ai beaucoup de choses à te dire que je ne peux exprimer dans ce message. Ce serait trop dangereux pour toi et même pour nous.

Si tu nous aimes, viens me retrouver demain à 23 heures. Si tu acceptes, Dobby te conduira dans un endroit à l'écart où nous pourrons nous retrouver. Mais je dois te dire que si tu préviens ton Seigneur ou qui que ce soit d'autre, je ne pourrais pas te le pardonner. Et ce sera la dernière fois que tu entendras parler de nous.

Tout ce que je t'ai juré le jour de notre mariage est encore plus vrai aujourd'hui et j'espère que tu ouvriras les yeux sur celui que tu vénères. Je t'aime infiniment.

Ton mari qui ne t'a jamais tant aimé

PS : Donne ta réponse dès maintenant à Dobby, il viendra me l'apporter immédiatement. J'espère que tu accepteras. Tu me manques.

Tara regarda l'elfe de maison les yeux pleins de larmes. Elle n'arrivait pas à y croire. Drago voulait la voir et lui parler. Il voulait qu'elle trahisse son maître. Mais la décision s'imposa d'elle même : après ce que le Seigneur lui infligeait depuis ses derniers mois, son choix était fait. Elle allait retrouver sa famille. L'elfe de maison attendait patiemment et Tara lui dit :

- Bien sur que j'accepte. Dis lui que je ne préviendrais personne. Je le jure ! Et dis lui que je l'aime, que je les aime et qu'ils me manquent ...

- Bien, dame Tara, répondit l'elfe.

Celui-ci tendit la main vers le parchemin et il brula sous les yeux atterrés de la jeune femme.

- Mes excuses, dame Tara, dit l'elfe gêné, mais ce sont les consignes du maître.

Et il disparut dans un nouveau poc !

Tara resta assise à regarder l'endroit où était l'elfe avant de disparaître pendant plusieurs minutes. Elle n'arrivait pas à prendre la mesure de ce que signifiait ce message. Est-ce que son mari l'aimait toujours ? Réellement ? N'était-il pas trop en colère contre elle ? Où était-il ? En sécurité, mais où ? Et surtout, comment allait Anna ? Est ce qu'elle avait beaucoup grandi ? L'avait-elle oubliée ?

Lorsque Tara regagna le manoir, elle se fit violence pour ne pas sourire. Elle était tellement heureuse d'avoir une nouvelle chance auprès d'eux qu'elle se sentait prête à endurer toutes les malveillances de ses congénères sans sourciller. Elle alla s'enfermer dans sa chambre et fit ce qu'elle avait l'habitude de faire pour s'endormir : se serrer contre des vêtements qui portaient encore vaguement les parfums de Drago et Anna ...