Le carrosse s'immobilisa et le bruit claquant des pas des chevaux sur les pavés cessa. Catherine réalisa alors qu'ils étaient devant la villa Médicis, qui, imposante et majestueuse se dressaient juste face à eux.

Henri prit sa main pour l'aider à descendre les deux petites marches du carrosse :

-Prête ?

-Absolument, et vous ?

-Autant que je peux l'être.

Chaque pas qui les rapprochait de la porte d'entrée de la villa Médicis renforçait leur sensation qu'être venus ici n'était peut-être pas la meilleure idée qu'ils avaient eu.

Les deux gardes devant la porte baissèrent la tête en signe de respect, ils savaient donc qui Catherine et Henri étaient. Les lourdes portes en bois s'ouvrirent dans un grincement et les souverains pénétrèrent dans l'immense maison.

Catherine était émerveillée, c'était exactement comme dans son souvenir mais encore plus riche en tapisseries et en tableaux. Henri la suivit à travers le long couloir qui menait à la salle à manger, et, le roi devait avouer que si les Médicis n'étaient que des rapaces avides et vicieux, ils avaient un sens du goût indéniable. Les murs étaient ornés des plus belles peintures des artistes du siècle...Botticelli, De Vinci, Raphael et Michel-Ange se mélangeaient dans un esprit coloré et lumineux.

Au bout du couloir, ils entrèrent dans une salle immense au milieu de laquelle des domestiques étaient en train de soigneusement dresser la table.

Toutes se plièrent dans une révérence, le regard chargé d'admiration et d'intimidation.

-Il semblerait que tout le personnel de maison soit informé de notre venue.

Henri leva les yeux vers le plafond où était peinte une immense œuvre en couleur qui semblait représenter une scène de la bible...quelle ironie pour des gens aussi peu pieux- pensa-il.

-Caterina !

Un homme surgit de l'un des escaliers. Il était grand avec des cheveux bruns et bouclés et courut pratiquement vers Catherine, grand sourire, puis la pris chaleureusement dans ses bras. Un peu trop chaleureusement au goût d'Henri d'ailleurs...

Henri ne l'avait jamais vu...il supposa que c'était un des cousins de Catherine...cela ne pouvait pas être Roman, Henri savait à quoi il ressemblait donc c'était sûrement Lorenzo...ou bien son oncle Francesco ? Non, il était trop jeune...

Catherine passa sa main sur la joue de l'homme et s'exclama :

-Tu avais à peine un duvet sur le visage quand je suis partie et te voilà tout barbu !

Il rit en regardant Catherine de haut en bas et parla dans un très bon français, même s'il avait un accent un peu prononcé :

-Et toi ma chère, la jeune fille que je connaissais a laissé place à une femme magnifique !

Henri commençais à s'impatienter. Le sentant Catherine le présenta :

-Lorenzo je te présente mon mari Henri, Henri voici Lorenzo, mon plus jeune cousin.

Les deux hommes échangèrent une poignée de main ferme, peu chaleureuse mais respectueuse.

-Suivez moi, asseyez-vous, je vais appeler les autres pour qu'ils nous rejoignent. Nous ne pensions pas que vous arriveriez si tôt !

Tandis que Lorenzo demandait à une domestique d'avertir toute la famille que Catherine était là, Henri se pencha vers sa femme et chuchota «C'est une impression ou votre cousin a un faible pour vous ? » Là, Catherine pouffa de rire silencieusement «cher Henri vous êtes plus son style que je ne le suis »

Henri, incompréhensif, regarda Lorenzo qui parlait encore avec la domestique « Oh ! Vous voulez dire que...oh..je » Là Lorenzo revint alors Henri se tut.

Une minute après, toute la famille débarquait dans la pièce.

Roman salua amicalement Catherine «Chère cousine, ravi de vous voir, vous êtes radieuse » et se contenta de regarder le roi en hochant la tête :

-Henri.

-Roman.

Henri détestait Roman et Roman détestait Henri, depuis toujours, inutile de faire semblant.

Ce fut ensuite la tante de Catherine, Lucrezia, qui salua Henri tandis que sa fille, Maria prenait Catherine dans ses bras.

Hortenza, elle, se tordit dans une révérence qui n'était clairement destinée qu'à dévoiler grossièrement son décolleté. Henri était clairement mal à l'aise, il se demandait si la famille de Catherine savait qu'il avait eu une liaison avec Hortenza. En tout cas, si ce n'était pas le cas, ils devaient désormais s'en douter...

Il observa la femme dans les bras de Catherine, elles se ressemblaient beaucoup...Certes Maria était plus grande que Catherine, et plus mince, elle avait aussi les cheveux légèrement plus foncés mais c'était fou comme la ressemblance était frappante au niveau du visage.

-Caterina tu m'as tant manqué! Dios mio, il faut que tu me dises ce que tu mets sur tes cheveux, je vois que les produits français font des miracles !

Lucrezia dit simplement «C'est bon de vous revoir Caterina»

-Lucrezia, Maria, je vous présente mon mari

-Sommes-nous censés vous appeler «votre majesté» ?

Henri répondit froidement :

-Tout à fait, ou bien «votre altesse royale»

Si Catherine avait pu égorger son mari sur place, elle l'aurait fait.

-Il plaisante évidemment, «Henri» conviendra parfaitement !

Henri grogna intérieurement. Il aurait préféré que ces gens lui montrent un peu de respect...après tout, dans cette maison, il était la seule personne avec un véritable sang noble !

-Et bien, Henri, Caterina, si vous le voulez bien, passons à table.

Le dîner se déroula sans heurt. Les Médicis ne s'étaient clairement pas moqués du couple Valois...ils leur avaient fait servir un dîner à 12 plats, avec un vin différent pour chaque met...si Henri avalait une miette de plus il exploserait comme un ballon.

Catherine avait un sourire gravé sur ses lèvres, elle était réellement heureuse de renouer avec sa famille. Elle avait bien remarqué qu'Henri était resté silencieux durant tout le dîner mais, au moins, la salle à manger ne s'était pas transformé en arène de combat, c'était déjà ça. Une chose la surprenait pourtant...durant tout le dîner, toute la famille avait discuté en français. Elle savait que les Médicis étaient des gens cultivés et que chacun d'entre eux parlaient couramment plusieurs langues, certains avaient même vécus en France mais...autour de cette table, à Florence, elle n'avait pas souvenir d'avoir déjà parlé français. Il était pourtant évident que la raison pour laquelle sa famille discutait en français n'était pas de mettre Henri à l'aise...alors pourquoi? La considérait-ils comme une française désormais? Un étrangère?

Les serviteurs arrivèrent avec une montagne de fruits secs, pâtes d'amande et pâtisseries.

-Caterina, il faut absolument que je t'apporte des robes pour ton séjour! Tu vas avoir beaucoup trop chaud, ici, avec ces robes si épaisses.

Maria avait toujours été quelqu'un d'adorable, certainement la préféré de Catherine.

-Merci, cela me sera utile, oui.

Catherine allait mettre une pâte d'amande dans sa bouche lorsque Hortenza parla «Henri ? », alors Catherine reposa sa pâtisserie.

-Oui ?

-Comment va Diane ? J'ai entendu dire qu'elle était malade...

Catherine regarda sa pâte d'amande qu'elle n'avait définitivement plus envie de manger. Elle avait plutot envie d'etouffer Hortenza avec...

-Elle va très bien. Il ne faut pas écouter les ragots...

C'est Roman qui intervint alors :

-Il ne faut pas écouter les ragots sur Diane ? Ou les ragots sur vous ?

Le roi se redressa sur sa chaise et posa ses deux mains sur la table.

-Les deux. Les gens adorent transformer des spéculations en vérités.

-Je suis d'accord, les gens inventent des choses, c'est exactement parce que nous n'avons pas la certitude que ce que l'on entend sur vous est vrai que l'on a accepté que vous mettiez un pied dans cette maison.

Catherine déglutit. Elle ne savait pas si Roman parlait des infidélités, des meurtres, des bâtards ou de sa condamnation à mort sous de fausses accusations il y a quelques années mais, dans tout les cas, Henri ferait mieux de se taire pour que la situation ne tourne pas en pugilat.

Il y eut un silence glacial qui fut brisé par la voix aiguë de tante Lucrezia :

-Servez vous, les pâtisseries vont refroidir.

Maria goba un raisin puis commença a discuter avec ses cousins en italien. Le but était clairement d'exclure Henri de la conversation. Celui-ci haussa un sourcil, peut-être ignoraient-ils qu'il comprenait l'italien... Lucrezia, en français, demanda:

-Dites-nous, quelle est l'affaire qui vous amène? Est-ce simplement une visite de courtoisie ou bien vouliez-vous nous voir pour une raison précise?

Roman marmonnant en italien. Une phrase qu'Henri aurait traduite par : «ils veulent certainement une armée, de l'argent, ou notre appui...»

Catherine sourit à sa tante :

-J'avais très envie de vous voir, mais, je dois avouer qu'il y a aussi certaines affaires dont je voudrais parler avec notre oncle, lorsqu'il rentrera de son voyage. Où m'avez vous dit qu'il était? Venise?

-Rome, il rentrera dans trois jours, si la chaleur n'est pas trop étouffante pour les chevaux.

Le fin du dîner se déroula dans le calme malgré la haine manifeste qui semblait relier Henri et les cousins de Catherine.

Lorsque fut l'heure de se retirer de table, Maria annonça :

-Vos chambres sont prêtes, là-haut. Nous imaginions que vous n'auriez pas envie de partager la même chambre alors, nous vous avons préparé les chambres de tes parents Catherine.

Catherine se rappelait très bien des chambres de ses parents, bien qu'elle ne les ait jamais connus, eux. Tout le monde racontait que ses parents s'aimaient beaucoup. Ils ne vivaient pas dans la même chambre parce que son père faisait venir des maîtresses en secret et parce que sa mère n'aimait pas partager son intimité mais, il y avait une porte communiquant entre leurs chambres et un grand balcon qu'ils partageaient.

Il paraît qu'il se retrouvaient souvent sur ce balcon, le soir, pour se voir, discuter ou juste observer la vue sur la ville. Catherine avait toujours entendu dire que ses parents n'étaient pas emplis d'amour l'un pour l'autre mais qu'ils avaient toujours eu un grand respect et une grande amitié. Elle trouvait que c'était une vision agréable du mariage...

La voix de sa cousine Maria la sortit de ses pensées :

-Catherine, tu occuperas la chambre de ton père, et ton époux dormira dans la chambre de la duchesse, ta mère.

Henri lutta pour ne pas lancer un regard assassin. Cette manière qu'elle avait d'essayer de lui rappeler qu'il n'était ici que «le mari de la duchessina» l'énervait profondément.

Catherine et sa jeune cousine s'assirent sur le divan qui trônait sur le balcon de Catherine, avec vue sur Florence et sa baie.

-Parle moi de toi Maria, j'ai appris que ton mari était décédé seulement huit mois après vos noces, tu n'as jamais voulu te remarier ?

Elle regarda au loin et prit une inspiration.

-Je crois que le décès de mon cher époux fut la meilleure chose qu'il ne m'ait jamais donné, paix à son âme, et, non je ne me suis pas remarié mais cela ne saurait tarder...

Catherine sourit, elle était heureuse pour sa cousine: «Qui est l'heureux élu ? » mais sa cousine grimaça :

-Les choses sont un peu plus complexes que cela pour être honnête. Le duc de Vérone m'a demandé ma main lors d'un banquet...

La reine hocha la tête «C'est un excellent parti ! »

-Je sais, et c'est un homme agréable, amusant et particulièrement beau.

-Mais ?

-Thomas va répudier sa femme, d'un jour à l'autre, il me l'a promis...

Catherine observa sa cousine. Elle savait qu'elle parlait de Thomas De Corte Arrighi, un noble de la région qui avait préféré épouser une femme titrée plutot que Maria, il y a de cela des années. Sa cousine était devenue sa maîtresse, par amour et par faiblesse. C'était une chose que Catherine ne comprendrait jamais.

Elle prit la main de sa cousine :

-Maria...même si Thomas finit par répudier sa femme, vous êtes trop attachée à cet homme pour l'épouser, croyez moi. Un bon mariage se fonde sur les bases solides du respect et de la vision commune de l'avenir, pas sur les sables mouvants de la passion.

Elle rabattit ses jupes dans ses mains et se leva pour s'accouder à la rambarde du balcon.

-Je ne suis pas sure de vouloir écouter les conseils d'une femme dont toute l'Europe sait que son mari la fait cocue.

Catherine ne répondit rien. Maria était comme cela depuis l'enfance, dès qu'on la contrariait, elle faisait tout pour être blessante, Catherine avait appris à ne pas lui en vouloir. Cette fois-ci cependant, Maria avait tort de ne pas l'écouter, le grand désastre qu'était son mariage lui permettait de connaître toutes les erreurs à ne pas reproduire.

La porte à l'autre extrémité du balcon grinça et Henri apparut. Maria soupira.

-Excusez moi d'interrompre votre discussion mais, étant donné que ce balcon est aussi le mien, votre conversation est impossible à ne pas entendre depuis ma chambre. Je ne comptais pas m'en mêler évidemment mais, étant donné que mon nom est cité, je me permet de vous avertir que je vous entend.

Maria se rassit sur le divan à côté de Catherine en grognant :

-Je me fiche que vous m'entendiez. Les choses que je dis sur vous sont-elles vraiment un secret quelque part dans le monde ?

Catherine posa sa main sur l'épaule de sa cousine. Elle n'avait absolument aucune envie d'assister au procès d'Henri, par Maria, pour ses infidélités. Catherine trouvait cela plutôt humiliant pour elle, en réalité, mais, évidemment, Henri ne comptait pas en rester là :

-C'est assez culotté de votre part de me faire la leçon. Vous croyez que la femme de votre «ami» Thomas ne pense pas la même chose de vous ?

-Elle n'est pas au courant mais là n'est pas la question.

Henri rit fort, et pouffa «Alors, c'est ce qu'il vous a dit ? »

Catherine le fusilla du regard. Elle n'assisterait pas une minute de plus à ces disputes puériles entre son époux et sa cousine.

-Henri s'il vous plait, si vous n'avez rien de bon à apporter à cette conversation, retournez dans votre chambre...

Henri observa la femme qui était assise à côté de Catherine. Elle avait de la répartie, il aimait ça. Au fond, elle avait l'air d'être quelqu'un de bien, même si il n'avait pas vraiment aimé la façon dont elle lui avait parlé, elle lui rappelait un peu Catherine...Silencieusement, il fit signe aux deux femme de se pousser pour lui faire une place sur le divan. Elles s'exécutèrent, les yeux chargés d'interrogations.

«Maria, vous n'avez pas l'air d'être quelqu'un de mauvais, alors je vais vous dire ce que je pense, même si mon avis n'a pas été demandé. N'épousez aucun de ces deux hommes. N'épousez pas le duc, car, le simple fait que vous n'ayez pas accepté immédiatement sa demande montre à quel point il ne vous intéresse pas. Quant à votre amant, fuyez-le, c'est un conseil. »

Maria écoutait Henri silencieusement, se demandant au fond d'elle-même pourquoi elle était en train d'écouter les conseils matrimoniaux d'un homme comme lui. Certainement l'écoutait-elle car elle savait qu'il connaissait plus que bien cette situation.

-Il vous dit qu'il va répudier sa femme, et ce depuis des années j'imagine. Il ne le fera pas et même si elle décédait, il ne vous épouserait pas. Il ne prendra jamais pour épouse une femme qu'il ne respecte pas, et, s'il vous respectait, il n'aurait jamais fait de vous sa maîtresse. Il vous trouve belle, il vous désire, il vous apprécie certainement beaucoup mais il ne vous respecte pas. Aucun n'homme n'épouse sa maîtresse car aucun homme ne respecte sa maîtresse comme il respecte son épouse, la mère de ces enfants, telle est la cruelle vérité.

Quand Catherine regarda sa cousine, elle fut attristée par ses yeux dorés pleins de douleur, et, elle savait que si elle restait seulement une minute de plus, elle pourrait voir des larmes chaudes inonder les joues de sa cousine.

-Nous devrions laisser Maria prendre l'air Henri.

Catherine n'avait pas parlé méchamment mais son ton sec indiqua à Henri que ce n'était pas une proposition. Il se dirigea vers la porte du balcon qui menait à sa chambre, alors, il observa Catherine déposer un baiser réconfortant sur la joue de Maria puis le suivre.

Elle ferma la porte du balcon derrière-elle et dévisagea longuement son époux.


Pas de flashbacks cette fois-ci mais la rencontre entre Médicis et Valois... Pour l'instant, j'évoque surtout les impressions d'Henri mais, pas d'inquiétude, je n'oublie pas notre reine préférée :)

Le discours d'Henri à Maria vous surprend-il? Une chose est sure, il surprend Catherine...