L'elfe maudite d'Eryn Vorn

Bonjour tout le monde ! *Évite tous les jets de couteaux tomates et objets volants non identifiés* Je suis affreusement désolé pour mon retard... J'espère néanmoins que le chapitre vaut la peine d'avoir attendu... Bonne lecture à tous !


Chapitre 11 :

La jeune elfe se concentrait sur ses exercices, voulant prouver à son maître d'arme qu'elle n'avait pas pris cette décision à la légère. Mais au bout de quelques minutes, elle entendit quelqu'un entrer dans la caserne. Le premier réflexe qu'elle eut fut de tourner la tête, ses yeux rencontrant ceux de son arrivant. Mais elle ne comprit son erreur que bien trop tard. La vision qui s'offrit alors à Eäreda la rassura : ce n'était que Celebrian qui approchait, et elle en fut soulagée. Elle se réprimanda mentalement, se disant qu'il n'y aurait plus de prochaine fois et qu'elle devrait faire attention ! Quand la dame d'Imladris fut à côté d'elle, cette dernière prit la parole.

« Bien le bonjour, jeune Eäreda.

- Bien le bonjour Celebrian d'Imladris, salua-t-elle respectueusement.

- J'ai rencontré Glorfindel un peu plus tôt dans l'après-midi, et il m'a dit qu'il vous avait donné votre première leçon de maniement. Je suis donc venue vous demander comment cela s'est passé ?

- Eh bien… »

Eäreda cherchait les bons mots pour décrire ses propres impressions.

« Glorfindel est un bon professeur, quoiqu'un peu rude parfois, mais je pense que c'est pour mon bien, et puis cela me force à me surpasser. Il m'a donné quelques exercices à faire en attendant ma prochaine leçon.

- Les exercices que vous faites ne sont-ils pas trop durs pour vous ?

- Je dois admettre que ce n'est pas évident car je n'ai pas beaucoup de force musculaire, et je manque cruellement d'endurance, comme me l'a fait justement remarquer le seigneur Glorfindel. Pour remédier à cela, il m'a donné des exercices pour augmenter ma masse musculaire. Je dois notamment bander cet arc en essayant de tirer la corde le plus loin possible. Il m'a dit que demain nous allons essayer d'augmenter mes réflexes et mon endurance avec une course d'obstacles. »

Elle fit une grimace à cette pensée.

« Cela ne vous enchante-t-il pas ? N'est-ce pas ce que vous vouliez ?

- Si, absolument ! dit-elle avec conviction. C'est juste que je n'ai jamais beaucoup aimé courir.

- Oh, je vois, fit Celebrian, songeuse. Je pense que je réagirais ainsi si j'étais à votre place. Mais ne perdez pas courage ! Vous allez être une des premières femmes elfes à recevoir des cours sur le maniement des armes. Tirez votre force et votre courage de cela, et gardez confiance en vous, encouragea la dame d'Imladris. Je suis persuadée que vous ferez la fierté de votre maître d'arme. » Elle accompagna sa dernière phrase d'un petit clin d'œil et d'un sourire malicieux.

Après le départ de Celebrian, Eäreda jugea qu'il était préférable d'arrêter ses exercices, car ses muscles lui criaient de cesser cette torture. Elle rangea l'épée et l'arc puis se dirigea vers ses appartements. Arrivée devant la porte de sa chambre, elle fut étonnée car la luminosité dans la Cité diminuait à vue d'œil. Elle n'avait pas vu le temps passer, trop occupée à ressasser son entraînement d'aujourd'hui. Eäreda entra dans son logement et se dirigea vers la salle de bain où elle fit couler un bon bain chaud afin de détendre ses muscles endoloris. Une fois sortie de la salle de bain, elle remarqua un plateau de fruit posé sur sa table. Elle se restaura puis alla se coucher, fatiguée de ces heures passées à augmenter sa force.


Trois ans s'étaient écoulés, et toujours aucune nouvelle du Seigneur Elrond. Celebrian faisait son possible pour garder la tête froide devant les habitants de la cité elfique, mais Eäreda voyait bien que derrière ce visage souriant et doux se cachaient la peur et l'angoisse.

En trois ans Eäreda avait bien progressé dans le maniement des armes, et même très bien au plus grand étonnement de son maître d'armes. Ses réflexes s'étaient accrus et sa force physique s'était considérablement développée. Glorfindel n'avait pas cru que la jeune femme se serait autant investie dans son entraînement. A présent, la jeune elfe rivalisait avec ses meilleurs jeunes recrues. Il fallait aussi avouer qu'elle s'entraînait tous les jours et plusieurs heures par jour. D'ailleurs, Glorfindel ne cessait de la réprimander, car s'entraîner autant n'était pas nécessaire et pouvait finir par l'épuiser. Mais grâce à son entêtement, la jeune elfe pouvait tenir pendant presque vingt minutes de combat contre lui, et ce dernier ne retenait plus toute sa force et sa vitesse. Elle avait aussi grandement amélioré son tir à l'arc, car la jeune elfe plantait à chaque fois ses flèches au centre de la cible, placée à plus de 500 mètres.

D'ailleurs, aujourd'hui, ils s'étaient retrouvés pour un petit combat entre eux. C'était plus un jeu qu'un entraînement, la jeune elfe s'était mis au défi de terrasser son maître d'arme, objectif qu'elle n'arrivait pas à tenir malgré son acharnement. A partir de maintenant elle était prête, selon Glorfindel, à partir en patrouille et à faire ainsi ses propres expériences afin de trouver ses propres techniques de combat.

« Vous êtes distrait aujourd'hui, Seigneur Glorfindel, dit-elle, moqueuse, en donnant un coup du plat de l'épée dans le bras de son maître d'armes. 'En combat réel vous n'auriez plus eu de bras'. »

Glorfindel sourit à la réplique de son élève. Il n'était pas offusqué par le ton de la voix de cette dernière, car elle avait fini par gagner son respect, et l'amitié avait remplacé la relation élève/professeur qu'ils avaient eue longtemps au début de leur rencontre. Il rigola légèrement, amusé par la réplique qu'il avait si souvent utilisée envers elle. Alors il décida de faire une attaque rapide pour montrer à son élève qu'il ne fallait pas parler pendant un combat. Il commença à exécuter son mouvement quand il vit un sourire malicieux sur le visage de la jeune femme il se demanda ce qu'elle préparait. Et sans qu'il s'y attende, il la vit se baisser et tendre une de ses jambes. Mais quand il comprit ce qu'elle voulu faire il était trop tard. Il eut néanmoins le réflexe de se contorsionner tel un félin retombant toujours sur ses pattes. Ainsi il se retrouva un genou à terre et l'autre fléchit. Il prit appui sur ses pieds et se propulsa vers son adversaire, lui mettant le tranchant de son épée contre sa gorge.

« Vous êtes morte, Eäreda d'Eryn Vorn. »

Il vit une moue d'agacement sur le visage de son amie et fut satisfait de lui, mais il n'eut pas le loisir d'approfondir ses pensées car un son de cor retentissait. Il savait ce que signifiait ce son, c'était le retour de l'armée d'Imladris. Il attrapa la main de son élève et partit précipitamment, la jeune femme avec lui. Cette dernière se laissa entrainer, car elle savait où son maître d'arme la conduisait. Le cor retentit une seconde fois alors qu'ils s'éloignaient ensemble, la porte de la salle d'entraînement restée grande ouverte derrière eux.


Aujourd'hui c'était le jour J ! Legrand jour ! Le jour où elle aurait l'avantage sur son maître d'arme avec l'effet de surprise qu'elle allait créer. En effet, elle n'avait jamais utilisé ce coup-ci, et elle avait longuement réfléchit à un moyen de le battre. La jeune femme avait finalement trouvé une parade et avait décidé de la mettre en pratique aujourd'hui même. Mais Glorfindel n'avait pas l'air présent, enfin il l'était physiquement mais son esprit vagabondait loin de leur petit duel. Alors elle utilisa une des techniques que lui avait enseigné ce dernier pour le rappeler à l'ordre.

« Vous êtes distrait aujourd'hui, Seigneur Glorfindel, dit-elle fièrement en lui donnant un coup avec le plat de son épée pour insister.'En combat réel vous n'auriez plus eu de bras'. »

La jeune elfe entendit son maître d'armes rire de sa réplique, c'était un rire qui ne dura pas longtemps mais pourtant assez pour qu'Eäreda y note de l'amusement et de la sincérité. La jeune femme perçut du bruit et sentit une légère brise familière qui lui indiqua qu'il allait attaquer. Elle savait exactement quelle attaque il allait faire, parce qu'à chaque fois qu'elle se permettait d'être narquoise il la replaçait dans le droit chemin par cette attaque-ci. Attaque qu'il faisait à tous ses hommes quand ceux-ci devenaient un peu trop sûrs d'eux-mêmes, d'ailleurs. Eäreda se prépara et attendit le bon moment avant de s'accroupir précipitamment et de le déséquilibrer à l'aide de sa jambe tendue, qui alla frapper celles de Glorfindel. Elle attendit d'entendre ce bruit mat signalant une chute sur le sol, mais il ne venait pas… Elle fut surprise, et la jeune elfe essaya de se concentrer davantage sur son ouïe pour savoir ce qui se passait, mais la seule chose dont elle se rendit compte fut la sensation de froid bien connue le long de sa gorge. Elle fit alors une grimace d'énervement, comprenant la situation. Décidément, elle n'arriverait jamais à gagner ! Elle entendit alors la voix chantante de son maitre :

« Vous êtes morte, Eäreda d'Eryn Vorn. »

Elle se releva, et à peine fut-elle redressée qu'ils entendirent le son d'un cor s'élever dans les airs. Le cœur d'Eäreda manqua un battement. Serait-ce… ? Non, ce n'était pas possible. Elle sentit une grande joie monter en elle, mais elle n'avait pas l'impression que c'était la sienne. Elle comprit alors que c'était celle de son maître d'arme il émanait de lui une telle allégresse… Elle n'eut pas le loisir d'approfondir sa réflexion car elle sentit que Glorfindel lui agrippait la main pour l'entraîner à sa suite. Mais la sensation qu'elle ressentit en touchant la main de l'elfe aux cheveux d'or fut toute autre. Il semblait soudain terriblement inquiet. Il y avait de quoi, la jeune elfe comprenait le pourquoi de cette angoisse latente. Combien de ses hommes étaient tombés au combat ? Lui qui les considérait comme ses protégés… Sûrement trop, pensa-t-elle, ils étaient sûrement trop nombreux à avoir péri dans cette guerre.

La jeune femme se doutait de l'endroit où il l'emmenait et elle le remercia intérieurement de l'y conduire. Ils arrivèrent sur la place centrale d'Imladris où déjà beaucoup de monde s'était rassemblé. La jeune elfe entendit le grondement des pas d'une longue procession, ainsi que le martèlement des chevaux au pas. L'armée revenait…


Celebrian vagabondait dans les jardins. Elle se demandait quand son époux reviendrait. Et reviendrait-il vivant ? Cela faisait maintenant trois ans. Trois longues années que l'armée était partie pour vaincre Sauron. Elles lui paraissaient interminables. Soudain le son d'un cor retentit. Non ! Ce n'était pas possible ! Elle devait rêver, elle qui avait si souvent voulu l'entendre, elle devait sûrement l'avoir imaginé. Mais un deuxième coup se fit entendre. Alors, n'écoutant que son cœur, elle partit en courant vers l'esplanade centrale.

Des millions de pensées s'insinuaient dans son esprit pendant le trajet, mais elle décida de n'y prêter aucune attention. Tout ce qui comptait à présent était de connaître le point final de ses interrogations. Elle s'arrêta au détour d'un bâtiment avant d'arriver sur cette place où des exclamations de joie s'élevaient. Elle eut peur. Peur de devoir peut-être affronter une réalité qui, elle en était persuadée, la tuerait. Puis elle entendit cette voix s'élever pour couvrir celle de la foule qui se tut immédiatement.

« Peuple d'Imladris… Vos cœurs peuvent laisser éclater leur joie, car le Mal a été vaincu ! »

Celebrian était appuyée contre la bâtisse, sa respiration s'était accélérée et ses yeux étaient grands ouverts. Elle ne savait pas comment elle devait réagir. Deux entités en elle se bagarraient sans trouver d'accord. Devait-elle agir comme une dame, avec éloignement et distinction, ou devait-elle réagir comme une femme ? Finalement c'est son cœur qui prit la décision à la place de son esprit.

Empoussiérant sa robe et remettant en place quelques mèches qui s'étaient déplacées durant sa folle course, elle prit une grande inspiration et s'engagea sur le sentier menant à cette foule en liesse.


L'impatience avait fait sa place parmi les soldats. Tous étaient pressés d'arriver à Imladris, en d'autres termes le voyage du retour s'était déroulé dans la joie et l'allégresse. Après tout, le Mal avait été vaincu, alors pourquoi retenir sa joie ? C'est sur ces pensées que l'homme en tête de file aperçut la merveilleuse Cité de Fondcombe. Il fit arrêter sa monture, ce qui provoqua l'arrêt de la procession, puis s'exclama :

« Chers amis… Nous avons quitté l'enfer pour retrouver la lumière… Nous sommes enfin chez nous… »

Les autres soldats laissèrent éclater leur joie d'être enfin rentrés dans ce lieu qu'ils aiment par-dessus tout. Puis, avant de reprendre leur marche, un elfe prit le cor posé presque religieusement contre lui et sonna deux fois pour alerter les citoyens de leur arrivée, avant que la troupe recommence à marcher. Quand ils passèrent les portes de la Cité, leurs cœurs explosèrent de bonheur à l'unisson, car ils étaient rentrés chez eux. Ils virent les habitants se masser autour d'eux en les applaudissant, heureux de les voir sains et saufs. L'elfe à la tête de la marche observa le visage de chaque elfe présent et y lut inquiétude, appréhension et peur. Il cherchait en même temps le visage qu'il avait tant espéré revoir durant ces trois longs printemps, mais il ne le vit pas. Un pincement s'insinua dans son cœur, mais il le chassa vite car aujourd'hui était un jour de fête.

« Peuple d'Imladris… Vos cœurs peuvent laisser éclater la joie, car le Mal a été vaincu ! Vous pourrez pleurer vos morts, mais pas ce soir. Ce soir, rendons-leur grâce et vénérons-les pour leur courage et l'honorable don qu'ils nous ont fait, en nous offrant la victoire en cette bonne vieille Terre du Milieu. »

La foule accueillit ces sages paroles en applaudissant. Puis chacun vit le regard de leur interlocuteur se fixer en un point derrière eux. Alors, petit à petit, tous regardèrent dans la même direction. Le cavalier descendit de sa monture et avança doucement, la foule se scindant en deux pour le laisser place. Puis les deux personnes qui ne se quittaient plus du regard se retrouvèrent face à face. Une tension, que tous devinaient, était présente dans le regard qu'ils s'échangeaient. Le cavalier leva sa main pour caresser la joue de la femme face à lui. Cette joue qu'il avait tant voulut toucher, caresser, pour sentir cette douceur sous ses doigts. Il vit les larmes de sa compagne, larmes de joie, de bonheur pur. Il essuya ces perles salées qui à présent dévalaient ces joues si blanches. Il ne put résister davantage et la prit dans ses bras. La foule autour d'eux les applaudit, heureux de voir enfin le Seigneur et la Dame de leur Cité réunis à nouveau.


Eäreda se demanda ce qui se passait, car au départ la foule applaudissait, l'instant suivant c'était le silence complet, et à présent c'était l'ivresse. Elle chercha la manche de la tunique de Glorfindel et lui demanda discrètement de lui décrire la scène qui se déroulait. Elle apprit donc que le Seigneur d'Imladris était revenu sain et sauf, puis que le Seigneur et la Dame s'étaient enfin rejoint. Elle fut soulagée d'apprendre cette nouvelle, car elle savait que celle-ci soulagerait complètement Celebrian. La jeune elfe ne sentira plus de stress ni de peur chez la dame des lieux.

Glorfindel pinça Eäreda pour la faire sortir de ses pensées et lui glissa à l'oreille l'avancée d'Elrond et de Celebrian vers eux. La jeune elfe se demanda bien pourquoi le Seigneur d'Imladris venait vers elle et elle ne tarda pas à recevoir la réponse.

« Glorfindel mon ami ! fit joyeusement Elrond. Je suis heureux de vous revoir.

- Tout le plaisir est pour moi, mon Seigneur. La joie de vous revoir sain et sauf étreint mon cœur.

- Moi aussi, mellon nîn ! Moi aussi. Chère Eäreda, comment allez-vous ?

- Très bien mon Seigneur, répondit-elle, attendant qu'il reprenne la parole.

- Jeune elfe, il faudra que l'on s'entretienne ensemble un peu plus tard.

- … Bien, Seigneur Elrond, je me tiens à votre disposition.

- Je vous ferai quérir quand le moment sera venu. »

Sur ce, lui et Celebrian quittèrent l'esplanade pour retrouver leurs appartements, mais aussi pour laisser chaque famille se retrouver.

L'incompréhension. Voilà le sentiment qui animait Eäreda. Elle passa en revue toutes les actions qu'elle avait menées pour voir ainsi si elle n'avait pas commis quelque faute ou impolitesse…Peut-être que la Dame Celebrian envoyait un rapport de ses moindres faits et gestes au Seigneur Elrond ? Non, ce n'était pas cohérent. Peut-être le Seigneur d'Imladris avait-il appris qu'elle s'entraînait au maniement des armes, et peut-être voulait-il la réprimander en disant que ce n'était pas le rôle d'une femme ? Allait-il réagir comme Glorfindel l'avait fait au départ ? Non, ça ne pouvait être ça non plus… Mais qu'est-ce que ça pouvait bien être alors ? Elle détestait être dans l'attente d'une nouvelle, ça la frustrait tellement !

Eäreda pensa alors soudainement qu'elle ferait peut-être bien de rentrer dans ses appartements prendre une douche car elle se sentait sale à cause de l'entraînement, et par conséquent elle n'était pas dans les meilleures dispositions pour rencontrer le Seigneur Elrond. Elle se tourna vers Glorfindel et lui dit :

« Je vous laisse ici, Seigneur Glorfindel. Je vais aller me préparer pour mon entretien avec le Seigneur Elrond.

- Hmm, je crois que vous pouvez patienter avant de faire cela, et venir plutôt m'aider à ranger nos armes.

- Mais, et si le Seigneur me fait quérir ?

- Croyez-moi, il a d'autres choses en tête pour l'instant que de s'entretenir avec vous dans les minutes qui viennent… »

Eäreda discerna un brin d'amusement dans la voix de son tuteur d'armes. Elle ne comprit pourtant pas ce qui était amusant sur le coup. Les dernières paroles de Glorfindel résonnèrent dans sa tête, et elle comprit enfin ce qu'il avait voulu dire.

« Oh… fit-elle doucement. En effet, je pense que je peux venir avec vous. »

Glorfindel fut amusé par son élève. Elle était très spontanée dans ses réactions, ce qui lui apportait une certaine fraîcheur. Il lui prit la main pour la poser sur son bras replié, et ensemble ils repartirent pour la caserne.


Finalement, Eäreda et Glorfindel reprirent leur combat, car la jeune elfe avait beaucoup insisté pour recommencer 'une dernière fois', prétextant vouloir mettre son maître à terre. Mais la véritable raison était qu'elle avait besoin de déstresser. Le fait qu'Elrond souhaite s'entretenir aussi vivement avec elle, si tôt après être revenu de cette guerre, l'inquiétait beaucoup, et elle avait besoin de vider son esprit.

Ce n'est qu'en fin de journée qu'elle regagna ses appartements. Elle ne vit aucun garde attendre devant sa porte, et elle en conclut qu'elle n'avait pas encore été demandée. D'un côté elle en fut heureuse, car elle n'était pas ce qu'on pouvait appeler 'présentable', mais d'un autre son inquiétude grandissait encore. Elle rentra donc dans ses appartements et se dirigea directement vers son armoire pour en sortir une robe, puis elle alla dans la salle de bain prendre une bonne douche.

A peine fut-elle sortie de la salle de bain qu'elle entendit quelqu'un frapper à sa porte. Elle alla ouvrir et attendit que la personne se présente, mais la seule chose que le garde lui dit fut :

« Le seigneur Elrond m'envoie vous chercher, car il souhaite s'entretenir avec vous.

- Très bien, je vous suis. » répondit-elle, la voix un peu tremblante.

Eäreda sortit puis referma la porte de ses appartements afin de suivre le garde. Durant tout le trajet la jeune elfe pensa à tous les motifs possibles et imaginables à cet entretien, les rejetant les uns après les autres. Ce n'est que quand elle entendit le garde frapper à une porte qu'elle se rendit compte qu'ils étaient déjà arrivés devant le bureau d'Elrond. Son cœur s'emballa car le moment de vérité était arrivé. Le Seigneur d'Imladris les autorisa à entrer. Le garde ouvrit la porte et se décala sur le côté pour laisser la place à la jeune elfe d'entrer. Une fois à l'intérieur, elle s'arrêta quand elle toucha le dossier d'un des fauteuils postés devant le bureau, puis elle mit sa main sur son cœur en saluant respectueusement Elrond. Un silence pesant s'ensuivit. La jeune elfe attendait que le Seigneur des lieux prenne la parole.

« J'ai appris beaucoup de choses sur vous. Notamment ce que vous avez fait durant mon absence, et je dois avouer que j'en fus surpris. La voix d'Elrond était grave, ce qui inquiéta Eäreda. Le Seigneur Glorfindel, avec qui je me suis entretenu un peu plus tôt, m'a fait part de votre entraînement au maniement des armes… »

Et voilà, il allait la réprimander et lui dire de cesser tout de suite ces inepties.

« Je dois dire que je ne m'y attendais pas… Mais Glorfindel m'a expliqué vos motivations, et elles me semblent louables. »

La jeune elfe fut soulagée d'entendre ces paroles.

« Mais là n'est pas le sujet de cet entretien. Comme vous devez le savoir, le Seigneur Noir a été défait. Il fit une pause. Or, il s'agit de la personne qui vous a lancé cette malédiction. Je pense donc qu'à présent vous pouvez ouvrir les yeux sans crainte d'apporter la mort… »

Eäreda fut choquée pas les paroles prononcées par le Seigneur d'Imladris. Tout se bouscula dans la tête de la jeune elfe. Etait-il sûre de ce qu'il avançait ? Pouvait-elle de nouveau voir les hommes, enfin ? Regarder le monde sans crainte de provoquer une catastrophe ? Recommencer à vivre normalement ? Non, le mal qu'elle avait fait à sa propre famille ne pouvait être défait. Mais du moins elle pourrait d'ors et déjà commencer à faire son deuil. Mais plus elle y réfléchissait, et plus le doute s'insinuait en elle.

« Ne prenez pas mes paroles comme un outrage, mais… en êtes-vous certain ? »

Elrond s'attendait à cette question. Le traumatisme qu'elle a subit suite au décès de son père et de son frère ne s'était jamais totalement guérit, même après toutes ces années passées. Il sourit et lui dit :

« N'ayez crainte et ouvrez les yeux. »

Il voyait bien le combat qui faisait rage sur le visage de la jeune elfe. Après tout, ce n'était pas une décision facile à prendre, car si sa théorie était fausse il risquait beaucoup. Il observa attentivement le visage de l'elfe en face de lui et vit que ses paupières tremblaient. Elle luttait contre son désir de voir les choses normalement. Il se doutait qu'elle n'allait pas ouvrir les yeux simplement une fois ces paroles prononcées, et se dit qu'il devait l'encourager.

« Allez-y, regardez-moi sans appréhension. »

A ces dernières paroles, le Seigneur d'Imladris nota un changement chez elle. Ses paupières ne tremblaient plus, comme si elle avait pris sa décision. Il continua d'observer les yeux clos d'Eäreda, et au bout de ce qui lui sembla être quelques secondes il vit deux prunelles d'or le fixer.


Voilà j'espère que ça vous a plu et je vous dis à bientôt pour le chapitre 12 !