Un grand merci à tous et toutes our vos reviews. Je n'ai répondu à personne. J'aurais pu mais j'étais tellement naze qu'écrire quelque chose de cohérent relevait du miracle. Mes épreuves ne sont pas tout à fait finies, plus que lundi et ce sera fini! Mais là, je n'aurais pas d'excuse pour ne pas répondre à vos adorables reviews.
Pour beaucoup, la fin du chapitre précédent ne conduira pas à un couple ici. La réponse (pas si surprenante au final) dans ce chapitre.
En tout cas, je suis très touchée par toutes vos reviews. Ça me fait très plaisir et encore désolée de n'avoir répondu à personne (si vous saviez ce que ça me fait culpabiliser)
Bonne lecture
11
Harry ne s'était jamais rendu compte que la sonnette de la porte faisait un bruit épouvantable. Surtout quand il était encore en train de dormir et qu'à l'intérieur de son crâne, les plus grosses bêtes que la terre pouvait abriter avaient décidé de se retrouver pour jouer du tam-tam avec leurs pattes.
Le jeune homme râla contre ces cinglés qui osaient débarquer si tôt.
Il se redressa tant bien que mal dans le lit, combattant une nausée qui le prit. La lumière trop vive lui agressa les yeux.
Trois mots pour définir son état : gueule de bois.
C'était clair, net et sans appel. Harry avait abusé du whisky la veille avec Charlie. À tel point qu'il n'avait plus aucun souvenir de leur soirée. Il savait pourtant que picoler ici était une mauvaise idée, ce qui ne l'avait pas empêché de le faire visiblement. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'aucun des deux n'avait fait n'importe quoi.
Lorsque la sonnette de la porte retentit une seconde fois – ou était-ce la troisième ? – Harry s'assit précautionneusement dans le lit afin que son estomac ne soit pas trop dérangé. Manque de chance, rien que ce mouvement le remua un peu trop.
– Plus jamais je bois, murmura-t-il.
Juste à cet instant, il entendit, non pas la sonnette, mais un froissement de draps juste à ses côtés. Ce qui le figea un instant. Il récupéra ses lunettes abandonnées sur la table de chevet – étrangement à sa gauche alors que normalement, elle se trouvait à droite de son lit – les mit sur son nez et regarda la pièce.
Ce n'était pas sa chambre mais celle de Charlie. Il n'était donc pas dans son lit. C'était une évidence. D'ailleurs, au vu de la forme sous le draps à ses côtés, Charlie était toujours là.
Harry se força à se rassurer. Ils s'étaient simplement couchés l'un à côté de l'autre sans que rien ne se passe. D'ailleurs, il n'avait mal nulle part et encore moins aux fesses. C'était un signe.
Sauf que le jeune Potter, en soulevant le drap, crut que son cœur allait s'arrêter de battre. Il n'était pas habillé, ni même en sous-vêtement. Non ! Il était nu ! Totalement et irrémédiablement nu.
Un coup d'œil à son voisin encore emmitouflé dans la couette ne le rassura pas. Si Charlie était plus vêtu, c'était parfait. Si au contraire, il était en tenue d'Adam, alors c'était la fin du monde. Parce que cela voulait dire qu'ils avaient couché ensemble. Et c'était une chose que Harry se refusait. Il ne pouvait pas avoir fait cela ! Pas avec Charlie ! C'était son ami, son grand frère ! Et ce dernier était toujours amoureux de Jake.
Et cette maudite sonnette qui ne voulait pas cesser !
Harry se leva rapidement – aussi rapidement que lui permettait son crâne douloureux – récupéra au passage les vêtements qu'il avait apparemment semés dans la chambre et s'habilla, priant pour que Charlie ne se réveille pas et ne lui demande pas ce qu'il faisait ici, les fesses à l'air.
Tout doucement, il ouvrit la porte et la referma pour filer dans le séjour. Là, la lumière l'agressa plus vivement et il découvrit le carnage. Des bouteilles gisaient là, heureusement encore debout. À moitié vides pour la plupart.
– Nom de... Merde !
Le son de sa propre voix si forte le fit grimacer. Quelle idée il avait de parler si fort.
Préférant oublier le dépotoir qu'était devenu le salon, Harry se dirigea vers la porte en espérant ne pas tomber sur Jake.
En ouvrant, il se dit que Jake aurait été préférable à la personne qui se tenait sur le palier.
– Je suis mort, c'est ça ?
Cela ne pouvait être que cela sinon il n'aurait pas cette vision. En fait tout n'était qu'un simple cauchemar depuis son réveil. Il n'y avait plus qu'à se réveiller et tout irait bien.
– Monsieur Potter, fit la voix trop grinçante et traînante de Lucius Malefoy. Je vous dérange ?
– Heu... Je dois avouer que votre présence n'est pas la bienvenue, répliqua Harry un peu vaseux.
Après tout, qui disait Lucius disait Drago et Harry ne se sentait pas prêt du tout à revoir son ex. Surtout avec ce qu'il savait.
– Je ne m'imposerai pas. Je suis de passage à Sydney pour les affaires et je me suis dit que j'allais vous rendre une petite visite.
– Comment vous saviez que j'habitais ici ? exigea Harry, le cœur battant la chamade.
Il regarda derrière l'homme, inquiet de la présence ou non de Drago.
– Mon fils n'est pas là et il ignore tout de votre lieu de vie. Quant à savoir où vous résidez, disons que je suis un peu celui qui a payé pour votre voyage ici. Je sais beaucoup de choses.
– Q-quoi ?
Malefoy et aide dans la même phrase semblait surréaliste, surtout pour le pauvre cerveau de Harry qui fonctionnait au ralenti.
– Lorsque j'ai appris votre départ de chez Drago, votre tentative de suicide et le reste, j'ai ressenti le besoin de faire quelque chose pour me faire pardonner de ne rien avoir vu. J'ai pris la liberté de me charger des frais des billets d'avion en en parlant avec vos parents qui, au début, ne voulaient rien à voir avec moi ou ma famille. Je ne leur en tiens pas rigueur. J'aurais sans doute fait la même chose. Cependant, ils ont finalement accepté l'aide modeste que j'ai pu leur apporter sans vouloir davantage.
– Mes parents ont... Non !
Ses parents ne pouvaient pas l'avoir trahi !
– Je n'ai jamais cautionné tout ce que Drago vous a fait. Loin de là ! J'ignorais tout de ses actes avant que vos parents ne m'en parlent lorsque je suis allé les voir afin de vous faire entendre raison. Croyez-moi, Harry.
Potter ferma les yeux, peu désireux de continuer cette conversation et encore moins ici, dans le couloir, au su et au vu de tous un dimanche matin. Toutefois, migraine ou pas, désir ou pas, il refusait de laisser Lord Malefoy partir alors qu'il était légèrement redevable à cet homme. D'autant que le père de Drago n'avait jamais montré de signe de méchanceté à son encontre.
– Entrez. Ne prenez pas garde au foutoir s'il vous plaît. Pas eu le temps de ranger, ajouta-t-il en aparté.
Lucius opta pour rester debout. Plus sûr pour son costume taillé sur mesure. Qui sait ce qu'il s'était passé la veille dans cette pièce avec les cadavres de bouteilles qui traînaient ? Même Potter ne pouvait pas le dire.
Harry le regarda tout en se préparant un remède pour sa gueule de bois.
– Vous êtes vraiment là pour affaires ?
– En effet.
– Un dimanche matin ?
– Disons que j'ai profité de cette journée de libre pour venir vous voir. J'espère que cela ne vous dérange pas. Je tenais à parler avec vous de cette histoire avec mon fils. Comme je vous l'ai dit, je ne cautionne pas son comportement et si j'avais eu vent de ce qu'il avait fait, je suis certain que j'aurais tout fait pour le faire cesser. Ce sont vos parents qui m'ont averti. Lorsque Drago m'a dit que vous aviez quitté son appartement, il avait l'air effondré et en colère, ne comprenant pas vraiment. Il a tout tenté pour vous joindre.
– Oui, j'en ai eu vent et tout le monde a tout fait pour qu'il ne m'atteigne pas.
Ce dont il remerciait mentalement chacun d'eux.
– Il m'a supplié de tenter quelque chose à mon tour. Je suis donc allé voir vos parents pour les prévenir qu'il était au bord de la dépression, qu'il n'allait pas bien, que le fait de ne plus vous voir le rendait malade. Votre mère a été la plus directe en m'avouant sans ambages que mon fils n'était qu'un abruti et que s'il comprenait le mal qu'il vous avait fait en souffrant ainsi, alors c'était la moitié de ce que vous avez dû endurer. Après cette entrevue, j'ai décidé d'apporter ma modeste contribution à votre départ. Il est bien évident que Drago n'est pas au courant, comme je vous l'ai dit. Et qu'il ne le sera pas. Je lui ai signifié qu'il méritait ce qui lui arrivait. Il n'a pas compris. Nous en revanche, avec sa mère, nous avons pris la liberté de lui faire rencontrer un spécialité. Sauf qu'il a refusé.
Harry ne demanda pas davantage de renseignements. Lucius Malefoy semblait avoir compris à quel point son fils pouvait être une ordure mais cela n'avait pas été aussi rapide qu'il le disait. Le père de Drago avait dû mettre du temps avant de l'accepter pleinement.
– J'ai entendu dire qu'il était en couple avec une fille, grommela Harry.
– En effet. Malheureusement, Narcissa et moi-même ne pouvons rien faire.
– Vous attendez quelque chose de moi ? s'écria Potter avant de grimacer.
Pourquoi avait-il eu la bonne idée de hausser le ton ? Le médicament ne faisait pas encore effet.
Si Lucius Malefoy espérait qu'il puisse faire quelque chose, c'était une erreur monumentale. Harry ne pouvait rien faire. Même s'il le voulait. La nouvelle victime de son ex ne verrait en lui qu'un obstacle à son bonheur et Drago s'empresserait de la conforter dans cette idée. Elle ne se rendrait compte de la vérité que bien trop tard.
– Loin de moi cette idée, Harry. Je ne suis pas là pour cela mais pour avoir de vos nouvelles. Cependant je vois que vous allez bien. Je n'en dirais pas autant de votre salon, constata Lucius, amusé en avisant la pièce avec les cadavres des bouteilles et les vêtements de Charlie oubliés par terre.
– Petite soirée entre colocataires, marmonna Harry.
Qui avait fini en soirée plus chaude que prévue à en juger par les habits qui traînaient.
Harry n'allait plus vouloir poser ses fesses dans le canapé s'ils avaient bien fait ce qu'il pensait. C'était d'ailleurs étonnant qu'il n'ait mal nulle part.
Le fait qu'ils aient pu faire autre chose que picoler lui donnait la nausée et l'envie de vomir son remède déjà affreusement infect.
– Bien, je pense que je ne vais pas vous déranger plus que prévu. Je suis content de vous avoir revu et encore navré pour Drago.
– Ce n'est pas de votre faute.
– Oh si. Nous n'avons rien pu voir ni rien su voir. Je m'en veux un peu de n'avoir appris sa véritable nature que trop tard. Avant, j'aurais sans doute pu l'aider. Aujourd'hui, je pense que c'est impossible. À moins qu'il ne le veuille, ce dont je doute. Bien, je ne vais pas abuser de votre hospitalité. Je ne l'ai que trop fait en imposant ma présence sans vous avoir au préalable prévenu.
Lucius commença à se diriger vers la porte d'entrée que Harry lui ouvrit précipitamment.
– Je vous souhaite une bonne journée, Harry et j'espère vous revoir bientôt en Angleterre.
– De même, monsieur. Navré pour l'accueil.
– Nul besoin de vous excuser. J'aurais dû vous prévenir.
Lorsque son invité surprise fut parti, Harry resta un long moment dos à la porte close, se demandant s'il venait de rêver ou si tout avait été réel. Lord Malefoy était venu ici, s'était excusé à la place de Drago, avait refusé de cautionner les actes de son fils, s'était montré cordial... Pour le jeune homme, c'était à se poser des questions. Devait-il faire attention à Lucius Malefoy ou pouvait-il lui faire confiance ?
– Harry ? l'appela Charlie, l'air aussi vaseux que lui.
Son ami – amant ? – s'était vaguement habillé de son horreur orange, les yeux qui se croisaient, les cheveux décoiffés. S'il s'était couché ainsi, alors c'était bon, il ne s'était rien passé.
– Oui ?
– C'était qui ? s'enquit le rouquin en se laissant tomber avec une grimace visible sur la première chaise qu'il trouva.
– Personne. Tu veux une aspirine ?
– Oh oui. J'ai l'impression d'avoir une nuée de piverts dans le crâne, c'est horrible. Et parler... quelle horreur. Pourquoi on a bu autant ?
– Aucune idée.
– Et on a fait quoi d'ailleurs ? J'ai mal aux fesses.
Harry faillit laisser tomber le verre qu'il venait de récupérer mais se reprit assez vite pour le déposer devant Charlie avec un comprimé d'aspirine.
– 'Ci.
– Dis-moi, commença le brun, assez gêné mine de rien par la tournure de la future conversation. Tu te souviens de quoi exactement ?
– À part qu'on s'est soûlé ? Pas grand chose. Quand je me suis réveillé, j'étais nu et j'avais mal aux fesses, comme si j'avais couché avec quelqu'un.
Le jeune Potter se retint de venir cogner sa tête sur le plan de travail. Uniquement à cause de la douleur que cela occasionnerait, douleur qui commençait tout juste à s'apaiser. Donc ils avaient bel et bien couché ensemble. Personne d'autre n'était venu durant leur petite soirée, à moins qu'il ne soit reparti assez rapidement après.
– Et toi ?
– Un peu comme toi, sauf que je n'avais mal nulle part.
Harry devait-il dire qu'ils avaient probablement couché ensemble ou devait-il se taire ? Le silence était peut-être mieux que la vérité.
Mais c'était sans compter sur l'intelligence de Charlie, qui, même amoindrie par la gueule de bois, restait vive.
– Dis-moi qu'on n'a pas fait ce que je pense !
– Heu... je ne l'espère pas ?
Sauf que les preuves étaient accablantes. Harry ne se sentait pas prêt à assumer le fait d'avoir rompu cette amitié pour une simple histoire de fesses. Parce que cela voulait dire que Charlie avait perdu toutes ses chances de renouer avec Jake.
– Ouais, donc tu le penses aussi. Pourquoi je t'ai écouté ?
– Je me pose aussi la question.
– C'était une question rhétorique, Potter, cracha Charlie, la mâchoire serrée.
Il se prit la tête entre les mains et gémit alors que le son était encore trop fort pour son crâne.
– Ce n'est pas la peine de me parler sur ce ton, répliqua Harry froidement.
– J'ai couché avec toi !
– On dirait que c'est la pire des nouvelles pour toi !
– Ne hurle pas, supplia Charlie. Et oui, c'est la pire des nouvelles ! Parce que... Bordel ! Je ne voulais pas que ça se passe comme ça ! Je vais prendre l'air, annonça-t-il. Ne m'attends pas pour le déjeuner. De toute manière, je n'ai pas faim. Ne m'attends pas non plus pour le dîner.
Le vétérinaire se dirigea vers la porte quand Harry le rappela, légèrement choqué de sa tenue. Après tout, le rouquin avait l'air de vouloir quitter l'appartement en pyjama orange, torse et pieds nus.
– Écoute, je n'ai pas envie de parler de ça maintenant, se méprit Charlie.
– Moi non plus, seulement tu comptes vraiment sortir comme ça ? Dans ce truc ?
– Hein ?
Charlie se regarda, fit de même avec Harry, leva un doigt et prit le parti de ne rien dire pour aller dans sa chambre, laissant un Potter plus que perplexe qui se refusa à penser à ce qu'ils avaient fait ici. Finalement, le déni était aussi bien.
Son mal de tête ayant diminué et se sentant relativement bien – si on exceptait le fait qu'il avait eu une aventure avec Charlie ici même – il commença à ranger le séjour. Outre les cadavres de bouteilles, il n'y avait pas trop de dégâts, mis à part peut-être le canapé qui arborait des taches non présentes la veille. Taches que Harry se refusait à identifier.
– J'espère que c'est de l'alcool.
Il réunit les bouteilles vides, referma les pleines avec les bouchons qu'il avait retrouvés. Cinq minutes furent nécessaires pour rassembler le tout, ranger ce qu'il y avait à ranger et mettre dans le bac ce qu'il y avait à jeter. Ensuite Harry se décida à aller dans sa chambre et s'allonger, histoire de ne pas rencontrer Charlie lorsque celui-ci sortirait de la douche.
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Ni Harry ni Charlie n'avaient décidé de reparler de cette aventure, résultat d'une beuverie. Ils s'étaient mis d'accord sur le fait d'oublier, qu'il ne s'était rien passé entre eux. Moyen efficace s'il en était. Du moins, jusqu'à ce que l'un des deux craque.
– Harry, fit soudain Charlie alors qu'ils venaient de finir de manger.
Le jeune homme reposa son assiette et se tourna vers son ami. Il fut surpris de le voir presque perdu.
Charlie venait donc de craquer et ce n'était pas pour le rassurer.
– Oui ?
– Assieds-toi s'il te plaît.
Le brun s'exécuta en tremblant un peu, redoutant la suite de la discussion. Surtout que son ami et amant d'un soir avait l'air si sérieux.
– Tu as repensé à ce qu'on avait fait cette nuit-là ?
Nuit qui remontait à quinze jours. Harry secoua la tête. Il avait refusé d'y repenser. Par peur, par lâcheté peut-être, il ne savait pas très bien. De toute manière, il ne se souvenait de rien, c'était donc plus facile de se dire que rien ne s'était passé.
– Moi si. Je ne sais pas pour toi, mais j'ai des flashs de ce qu'on a fait. Ils reviennent de temps en temps sans que je ne le veuille vraiment. Il suffit d'un rien et j'ai beau tenter de les refouler, je n'y arrive pas. Au début, ils me perturbaient parce que... parce que ça signifiait que je n'avais plus ma chance avec Jake. Aujourd'hui, je suis certain que durant tout ce temps, je me voilais la face. Tu sais ce que Jake m'a dit avant de rompre ?
– Non.
Il avait voulu le savoir mais n'avait pas osé poser la question, estimant que remuer le couteau dans la plaie n'était pas l'idée la meilleure.
– Il m'a dit que je ne l'aimais pas autant que lui. Au début, j'étais sûr qu'il se trompait, qu'il ne pouvait pas savoir mieux que moi qui j'aimais ou non. Il a affirmé que je tenais plus à toi qu'à lui. La preuve en était que... que j'avais tendance à m'énerver dès qu'on parlait de ton copain de couette, que dès que tu sortais, j'étais inquiet. Je pensais que c'était parce que tu étais comme mon frère. Sauf que mes frères, quand je les voyais fricoter à gauche ou à droite, je ne réagissais pas de la sorte.
Harry ouvrit la bouche pour se récrier. Si jamais ce que Charlie sous-entendait était vrai, il n'était pas certain de se le pardonner. Il ne voulait pas être responsable de leur rupture.
– Laisse-moi finir, s'il te plaît, le supplia le rouquin. Jake avait raison. J'ai été aveugle de ne pas le voir tout de suite et stupide de ne pas le croire. Pourtant... tout est là. Quand je t'ai dit qu'à l'écouter j'étais amoureux de toi... c'est la stricte vérité. Il y a encore quinze jours, je ne voulais pas l'admettre. Sauf qu'on a couché ensemble tous les deux. On l'a voulu tous les deux. Alors oui, on était bourré, mais on l'a fait et ça, ça change tout. Je ne peux plus te considérer comme mon petit frère. Parce que je ne couche pas avec les membres de ma famille. Je ne peux pas et je ne veux plus le faire. Tu es Harry et... ce qu'on a fait... pour toi, c'est peut-être une monumentale erreur Pour moi, c'est... je pense que c'est ce que je voulais. Le fait d'avoir bu a fait disparaître cette barrière que je m'étais mise. Je sais que c'est moi qui ai initié le geste. Je me rappelle t'avoir demandé si je pouvais t'embrasser. C'est moi qui ai voulu que tu me fasses l'amour. Alors... je ne te demande pas de faire en sorte de changer ta vision de moi, qu'on soit amants ou autre. Non. Je voudrais juste que...
Il leva les yeux au plafond, expira profondément pendant que Harry resta là, à le regarder sans savoir que penser de tout cela.
Charlie avait des sentiments pour lui. Charlie qui, jusqu'à il y avait quelques jours à peine pensait encore à Jake, avouait qu'il avait des sentiments pour Harry.
– Aujourd'hui, je voulais te parler de cela pour que tu saches ce que je ressens. Je ne peux plus faire semblant qu'il ne s'est rien passé alors que je sais la vérité. Du moins une partie. Je me doute que pour toi, l'amour c'est quelque chose que tu t'interdis. Je ne te demande pas de me retourner mon amour. Parce que je sais que ce ne sera pas le cas.
– Alors tu veux quoi ? coassa Harry d'une voix blanche.
Il ne parvenait pas à croire ce qu'il venait d'entendre. C'était énorme, à tel point que c'en était incroyable. Charlie ne pouvait pas l'aimer. Pas lui qui n'était rien d'autre qu'un gringalet, banal, insipide et stupide.
Certes, le rouquin était à tomber, surtout quand il avait l'idée saugrenue de se promener en débardeur qui moulait agréablement son torse ou en jean qui galbait parfaitement ses fesses. Son sourire pouvait faire fondre un iceberg, ses yeux étaient renversants. Plus d'une fois, Harry s'était dit qu'il aurait pu se noyer dans leur bleu.
Mais de là à ce que cet homme parfait puisse l'aimer était... Harry se le refusait. Lui était un gamin de vingt-trois ans, un peu maigrichon, pas très grand, qui n'avait jamais eu le courage de reprendre des études. Il avait donné son corps à deux hommes, de même que son cœur. Ces deux expériences lui avaient prouvé que personne ne pouvait l'aimer. L'amour, ce n'était pas pour lui.
– Je voulais juste que tu saches ce que j'éprouve. Ne me dis rien tout de suite. Réfléchis à ce que je t'ai dit.
– Pourquoi ?
– Pourquoi quoi ?
– Moi ? Je veux dire... pourquoi moi alors que Jake était... est mille fois mieux que moi.
– Parce que... tu es... toi. T-tu... Je ne sais pas comment l'expliquer. C'est toi dans ton ensemble ! J'aime te voir sourire, t'entendre rire. J'adore te voir froncer le nez quand quelque chose te tracasse. J'aime aussi tes yeux, quand ils pétillent de joie ou alors deviennent sombres à cause de la colère. Ta bouche... Si tu savais le nombre de fois que j'ai voulu embrasser tes lèvres. Il faut que je continue ou ça te va ?
Harry sentit sa bouche s'assécher. Il ne savait pas quoi dire. Personne ne lui avait encore jamais déclaré une telle chose. De la bouche de Charlie, il paraissait beau. Même ses mimiques étaient adorables à l'écouter alors que Drago s'en moquait.
– J'ai découvert un Harry blessé il y a quatre mois. Je l'ai vu aller de mieux en mieux. Je me doute que tout n'est pas fini, que tu as encore du mal à t'accepter, à te voir tel que je te vois. J'ai envie que toi et moi puissions construire quelque chose ensemble. Pas à cause de cette nuit. Tu ne me dois rien. Mais parce que je ressens plus que de l'amitié pour toi. Si ce n'est pas ton cas, ne change pas de comportement. Si un jour, mes sentiments sont réciproques, n'hésite pas à me le faire savoir. J'attendrai le temps qu'il faut.
Charlie le laissa. Harry resta là, ahuri, se demandant comment son ami pouvait lui jeter cela à la figure et s'en aller. Il aurait bien voulu répliquer que ce n'était pas réciproque, qu'il ne pouvait pas aimer le frère de son meilleur ami, qu'il n'avait plus le droit d'aimer par peur de souffrir encore une fois.
D'une main lasse, le brun se frotta les yeux sous ses lunettes et jeta un regard en direction de là où Charlie avait disparu. Il le maudit jusqu'à la centième génération de lui imposer un tel choix. Si jamais il refusait les sentiments de son ami, il perdrait aussi son amitié, ce dont il ne voulait pas. S'il acceptait... il ignorait la suite.
Charlie avait dit qu'il se souvenait de leur nuit. Harry avait quelques bribes également, bribes qu'il avait mises sur le compte d'un rêve particulièrement bon. Il avouait dans le secret de son esprit que c'était se mentir, que ces quelques souvenirs étaient bel et bien réels, mais c'était plus facile ainsi. Au moins, il n'avait pas honte. Pas vraiment.
Il secoua la tête, perdu et oubliant de débarrasser le déjeuner, il se précipita vers sa chambre pour récupérer son téléphone qui gisait sur le matelas.
– C'est moi, fit-il quand il entendit la voix grave de Franck.
– « Tu veux quoi ? »
Son ancien amant avait l'air essoufflé de quelqu'un qui fait du sport en salle ou en chambre.
– Juste parler deux minutes.
– « Je t'écoute. Il t'arrive quoi ? »
Franck n'avait jamais été vraiment tendre, surtout quand il s'agissait de s'épancher. Il écoutait Harry mais n'hésitait pas à le rabrouer vertement lorsqu'il entendait une bêtise venant de la bouche de son amant.
– J'ai appris que mon colocataire avait des sentiments pour moi.
– « Et ? C'est bien, non ? Attends, ne me dis pas. Tu as refusé parce que tu ne veux pas aimer, c'est ça ? »
– Je... Je n'ai pas refusé. Je ne sais juste pas quoi faire.
– « Il t'a dit quoi ? »
– Qu'il m'aimait mais qu'il me laissait le temps de savoir si ça pouvait être réciproque ou non.
– « Parfait. Donc tu n'as pas dit non et il te laisse le temps. La vraie bonne question, c'est est-ce que tu éprouves quelque chose ou rien du tout ? »
Harry ne répondit rien, encore un peu sonné par ce que Charlie lui avait lâché. Il ne savait que répondre à Franck. Charlie était beau, intelligent, sûr de lui, doux et gentil... il avait toutes les qualités pour séduire Harry. Sauf que cela restait malgré tout son frère de cœur.
– On a couché ensemble.
– « C'est déjà un pas. Ça remonte à quand ? »
– Quinze jours. C'est un peu ce qui l'a poussé à se déclarer. Je ne peux pas l'aimer. Je vais le rendre malheureux.
– « On avance. Donc tu ne serais pas contre finalement. »
– Quoi ?
– « Réfléchis, Potter, si tu n'éprouvais rien pour ce type, tu aurais dit non d'emblée et tu ne te poserais pas toutes ces questions. Ce que tu vas faire, c'est peser le pour et le contre, réfléchir posément à ce que tu veux vraiment et si ça va dans le même sens que lui, tu fonces sans te poser de questions, tes excuses vaseuses dans ta poche. Clair ? »
– Je... je crois.
– « Bien. Alors maintenant que c'est ok, je peux te laisser ? J'ai un cul qui m'attend. Dommage, ce n'est pas le tien, mais on se contente de ce qu'on a. »
Harry émit un petit rire et raccrocha, laissant Franck se charger des fesses de son amant. Il reposa le téléphone et se prit la tête entre ses mains sans savoir quoi faire concernant ce que Charlie lui avait envoyé en pleine figure.
Ils étaient bons amis, tenter d'aller plus loin – même si cela avait été le cas quinze jours auparavant – serait peut-être comment signer la fin de leur amitié. Ou alors commencer quelque chose de plus important, une relation amoureuse.
Cependant, Harry ne savait pas ce qu'il désirait vraiment.
– Tu me donnes combien de temps ? demanda-t-il soudain au dîner.
– Hein ? s'étonna Charlie en levant le nez de son assiette.
C'était probablement les premiers mots qu'ils s'échangeaient depuis quelques heures. Ils s'étaient évités tout ce temps, Harry plus que Charlie qui était resté dans le séjour, espérant probablement que son ami sortirait de sa tanière. Ce qui n'était pas arrivé, bien entendu.
– Tu me donnes combien de temps pour une réponse ?
– Il te faut une date butoir ? Je doute que ce soit une bonne idée et j'attendrais le temps nécessaire.
– Charlie, tu sais comme moi que le jour où tu auras le choix entre moi qui cherche et un autre garçon qui peut t'aimer, tu prendras l'autre. Ce qui serait normal. Tu vas tourner la page un jour ou l'autre et si j'attends six mois, j'ai toutes les chances de te perdre. Tu comprends ce que je veux dire ?
Il vit les yeux bleus pétiller soudain et se mordit la lèvre. Pourquoi avait-il dit ça ? Pourquoi, de toutes les phrases qu'il aurait pu dire, celle-là était sortie ?
– Je vois très bien oui, susurra Charlie en battant des paupières.
– Arrête ! Sois sérieux deux minutes, Charlie.
– Mais je suis sérieux. Tu viens de dire que tu avais peur de me perdre et que tu cherchais encore.
Le pire, c'était qu'il avait entièrement raison. Harry aurait bien voulu se frapper la tête contre la table. Il l'aurait fait si ça ne faisait pas si mal.
– Harry, je me fiche de savoir qui a été ton amant, combien tu en as eu et ce qu'il s'est passé avec eux. Tu as eu une vie avant moi et pareil pour moi. Je me doute que tu as peur de te lancer. C'est normal après les deux crétins qui t'ont fait souffrir. Je ne dis pas que c'est de ta faute, tu n'as pas choisi de tomber amoureux. Sauf que la vie, c'est ça, c'est accepter de redonner une chance. Je ne suis pas parfait, j'ai parfois un sale caractère qui me poussera à t'envoyer bouler parce que je serais contrarié. Mais je sais une chose, que je t'aime pour qui tu es toi. Je n'ai pas envie de te faire souffrir comme les autres.
– Et si c'est moi qui te fais souffrir ? Qui te détruit peu à peu ? Tu dis que je n'ai pas choisi de tomber sur eux. Si justement c'était le cas ? Si j'avais choisi ? Parce que tomber sur deux personnes qui ne m'aiment pas, coup sur coup, c'est rare, non ? Alors... imagine que je sois moi aussi un de ces êtres ? Que je te détruise peu à peu ? Je ne sais pas si je peux tenter avec toi, parce que ça me fait peur, tu comprends.
Il n'arrivait pas vraiment à mettre des mots sur ce qu'il ressentait. D'ailleurs, il était persuadé qu'il n'avait pas tout dit.
– C'est normal. Moi aussi, j'ai peur. Peur que toi et moi, ça ne fonctionne pas parce qu'on est mieux en amis qu'en amants. Peur que cette relation détruise cette amitié. Mais c'est la vie ça. Avoir peur, c'est normal. Surtout après ce à quoi tu viens de passer. Je ne peux pas te demander de me faire confiance. Pas tout de suite. Juste que tu me donnes une chance de t'aimer. Laisse-moi le choix de voir si je me trompe complètement ou non. Laisse-moi une chance. Laisse-nous une chance, Harry.
Potter se pinça les lèvres, ne sachant toujours pas quoi dire. Franck avait un peu raison, il éprouvait quelque chose pour Charlie. Sinon il ne se poserait pas toutes ces questions.
– Laisse-toi quelques jours pour faire le point, ensuite... ensuite tu me diras si oui ou non tu acceptes qu'on tente.
Charlie reposa sa fourchette et se leva pour venir embrasser chastement les lèvres de Harry.
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La liste des pour et des contre paraissait danser devant ses yeux. Une semaine qu'elle était faite et qu'il la regardait, cherchant à savoir en la fixant la réponse à avoir, la décision à prendre. Ce n'était pas un bout de papier qui allait lui dire quoi faire. C'était lui lui. Sauf que Harry en était incapable. Il avait peur de se lancer encore une fois, de faire n'importe quoi.
La seule personne qui pourrait l'aider était en Angleterre et il était pile la bonne heure pour la joindre.
– « Harry, mon chéri ? Comment tu vas ? »
– Aussi bien que possible. Maman, j'ai besoin d'un conseil.
Il espérait que Lily aurait les mots et saurait choisir pour lui.
– « Oui mon bébé, qu'est-ce qu'il se passe ? »
– Eh bien... j'ai rencontré quelqu'un et... disons que... il voudrait entamer une relation avec moi.
– « Tu hésites ? »
– Un peu. Après Marcus et Drago, eh bien...
– « Avec Marcus et Drago, tu leur faisais confiance ? Au fond de toi. Tu te doutais de ce qu'ils étaient ? »
– Je pense que non, je ne leur faisais pas confiance, avoua Harry après un temps de réflexion.
C'était vrai. Ses ex avaient toujours été ceux qui dominaient, écrasant Harry peu à peu. Le jeune homme avait refusé de le voir. Parce qu'il voulait que leur couple fonctionne. Il s'était donc laissé faire.
– « Cette personne, tu penses qu'elle est comme eux ? »
– Non ! On se connaît un peu. Il m'a dit qu'il attendrait, qu'il avait des sentiments pour moi mais que c'était à moi de faire mes choix, si je voulais ou non qu'on tente quelque chose. Mais j'ai peur de le blesser, de pas être la personne qui lui faut.
– « Harry, ce n'est pas à toi de décider pour lui. Tu es toi, il est lui. Vous avez vos faiblesses, il faudra les accepter des deux côtés. Alors, oui, tu as été berné par deux crétins, mais ne t'interdis pas d'aimer. Parce que ce serait la plus grosse erreur de ta vie. »
– Tu penses ?
– « J'en suis certaine. Regarde-moi avec ton père. Si je ne lui avais pas donné sa chance, nous ne serions pas si heureux. »
– J'ai déjà donné leur chance à Marcus et Drago. Regarde ce qu'ils en ont fait.
– « Avec cette personne, ça sera peut-être différent. S'il est comme eux, tu auras tenté et tu pourras réagir en conséquences. S'il t'aime vraiment, alors tu seras heureux d'avoir essayé. Donne-lui sa chance. Tu risques quoi ? On ne te demande pas de l'aimer tout de suite. Simplement d'essayer une relation. Non ? Et tu l'as dit toi-même, tu as peur de ne pas être la personne qui lui faut. Laissez-vous le temps de vous connaître, de vous apprécier et de vous aimer. Et si tu ne veux vraiment pas, si tu as vraiment peur, dis-le-lui. Il pourra peut-être t'aider. Tout garder pour toi n'est pas bon. Tu as des doutes, confie-les-lui si tu lui fais confiance. »
Harry baissa les yeux sur ses genoux, tritura son jean de sa main libre. Il avait peur de l'avenir, d'être blessé de nouveau. Cependant, il avait une certaine confiance en Charlie. Son ami avait toujours été présent pour lui, l'avait soutenu quand il n'allait pas bien. Il avait été là.
– Tu crois vraiment ? fit-il d'une toute petite voix.
– « La décision te revient, mon cœur. Je ne peux pas la prendre à ta place. »
– C'est difficile.
C'était probablement le choix le plus important de sa vie, à ses yeux. Parce qu'il y avait trop d'enjeux.
– « Je m'en doute mon cœur. »
Ils devisèrent encore un peu avant que Lily, parfaitement consciente que son fils était plongé dans ses réflexions, ne mette fin à la conversation. Harry resta donc assis sur son lit, la tête basse, les bras ballants. Il ne savait toujours pas ce qu'il voulait.
D'un geste absent, il récupéra la liste des pour et des contre et la relut attentivement, de façon aussi objective que possible.
« Pour : sécurité connaissance de l'autre bien ensemble il m'aime déjà.
Contre : c'est un peu un membre de ma famille ami avant le reste peur de le perdre. »
Elle était courte. Il avait beau se poser la question sur ce qu'il fallait rajouter, il ne voyait pas.
Il y avait aussi les qualités et défauts de Charlie, mais c'était accessoire.
– Réfléchis Harry, se murmura-t-il. Réfléchis bien. Bonheur ou malheur ? Bonheur, bien sûr, mais comment être sûr ? Je ne peux pas avant d'avoir essayé.
Le jeune homme tenta de se remémorer tous les gestes de Charlie à son égard. Il n'avait jamais vu autre chose que de l'honnêteté dans son regard.
Il ferma les yeux. C'était le moment de prendre une décision. La bonne. De faire les bons choix. Pour une fois dans sa vie, il voulait faire le bon.
– C'est lequel le bon ?
À suivre
