C'était trop facile et il le savait. Depuis le temps qu'il attendait de pouvoir enfin le capturer, il aurait dû être content de le tenir enfin, seulement Sosuke n'était pas dupe. Il n'avait pas réussi à attraper Gauron. Son ennemi s'était laissé faire et tout le problème était de trouver pourquoi avant qu'il ne puisse mettre son plan macabre à exécution. L'autre problème était qu'il était seul, perdu au cœur des territoires Apaches avec un plus la responsabilité d'une innocente civile.

Certes, sans Kaname, il n'aurait pas réussi à retrouver si vite la trace du bandit et sans son aide, il n'aurait même pas pu l'appréhender, seulement elle représentait aussi une contrainte majeure puisqu'elle était incapable de se défendre et pouvait attirer les convoitises si jamais des renégats la voyaient. Une jeune fille comme elle, jolie et bien soignée, c'était la garantie d'obtenir une belle compensation si on faisait chanter sa famille. En théorie au moins, parce que de ce qu'il en avait compris, ceux qui auraient l'idée idiote de la capturée dans le but de rançonner son père allaient aux devants de sacrées désillusions. Seulement si lui savait que jamais ses proches ne tenteraient quoi que ce soit pour la sauver, les éventuels agresseurs, obnubilés par leur soif de vengeance, n'en avaient aucune idée.

Par conséquent, Sosuke se devait d'être très vigilent et de ne rien laisser au hasard. Sa seule chance, en cas d'attaque, était que Kaname s'enfuit avec Al et pour cela, il lui avait ordonné de rester sur le dos de l'animal pendant qu'il avançait à pied. Son excuse avait été qu'ainsi, il contrôlait mieux les gestes de son prisonnier mais elle n'avait semblé dupe bien longtemps. Par chance, elle n'avait pas non plus protester et jusque là, elle avait suivi ses consignes à la lettre sans jamais remettre en question ses ordres et il fut très agréablement surpris quand elle accepta de partir devant pour chercher des renforts une fois qu'ils eurent quitté la zone la plus dangereuse.

Gauron tenta bien de l'en dissuader mais elle était bien décidé à tout faire pour se rendre utile et après avoir arraché une promesse de prudence à Sosuke, elle se pencha sur le coup de l'Arbalest et lui murmura quelques mots à l'oreille. Puis avec un regard lourd de menaces en direction du shérif adjoint, elle mit son cheval en route vers Dana Town.

« Elle est vraiment adorable, hein, Kashim? railla Gauron. Une jolie fille, intelligente, débrouillarde... »

Il sourit en jetant un œil en direction du shérif adjoint puis il continua un moment à lister les qualités de Kaname comme si Sosuke ne les connaissait pas déjà, dans l'espoir d'entamer une certaine forme de conversation. Mais le jeune homme restait invariablement silencieux, s'efforçant de ne pas voir les sous-entendus douteux dans les remarques de son prisonnier. Il tentait de jouer avec ses nerfs, de le provoquer et il fut assez surpris de constater qu'effectivement, il était de plus en plus contrarié de l'entendre insulter l'aubergiste. Mais ce qui l'irritait le plus, c'était ses allusions à peine voilées sur les rapports existants entre la jeune femme et Leonard Testarossa, comme si leurs liens allaient bien au-delà de la simple camaraderie.

Cette idée éveillait un surplus d'agacement pour Sosuke qu'il ne comprenait pas mais ce qui mit vraiment le feu aux poudres fut une remarque presque anodine sur son avenir.

« Quel dommage que tu ne puisses pas être là pour la soustraire à cet éleveur sans scrupule. Parce que je suis sûr que tu aurais tes chances,après tout, vous êtes déjà très proches... mais bon, je te connais, Kashim, et tu n'es pas du genre à t'attacher. »

Il ricana tout seul, comme après une plaisanterie particulièrement bien trouvée et Sosuke resserra les doigts sur son arme.

« Toi et moi, on est pareil, pas vrai ? »

Ce fut la provocation de trop.

« Je ne vois vraiment pas ce qu'on a en commun. Tu es un malade qui prend plaisir à tuer.

- Mas toi aussi, Kashim. Je t'ai vu, tu sais, quand tu rassemblais les corps de tous ces soldats. Tu avais quoi, huit, neuf ans. Et déjà, tu pouvais assassiner sans ciller et faire disparaître les cadavres... C'était tellement magnifique. Tu étais magnifique ! »

Un instant, l'idée de lui coller une balle dans la peau, là, comme ça, juste pour le faire taire parut tentante. Puis Sosuke se reprit. S'il lui tirait dessus à bout portant, dans le dos en plus, sans provocation réelle, ou du moins, sans menace, alors il ne vaudrait pas mieux que lui. Il était déjà bien conscient de ne pas être quelqu'un de bien et certainement pas digne d'une femme comme elle, mais il avait l'espoir de ne pas sombrer aussi bas que cet individu.

Après tout, même si comme Gauron s'amusait à le lui rappeler, il avait tué assez de soldats et d'Indiens pour être considéré comme un meurtrier sans scrupule, il n'avait jamais pris plaisir à ôter la vie de ses ennemis. Il n'avait juste pas eu le choix. C'était pour se défendre ou pour protéger les siens. Ou plutôt, c 'était ce qu'il avait cru à l'époque. Il avait été naïf, mais maintenant, il savait. Un peu. Il avait appris. Et surtout, il était parfaitement conscient que s'il se débarrassait de Gauron à cet instant, il deviendrait ni plus ni moins que l'assassin qu'il était supposé être. Même si abattre cet individu était une bonne chose pour toute la société, ce n'était pas à lui de le faire et d'ailleurs, le malfrat parut déçu par son contrôle de lui puisqu'il repartit dans ses provocations grotesques.

« Eh ben, alors, Kashim, tu t'es attendri ? C'est de fréquenter ces filles, crois-moi, c'est pas une bonne idée. Surtout notre petite Kana-chan. Elle est adorable, et j'aurai vraiment adoré pouvoir jouer un peu plus avec elle, mais c'était vraiment pas quelqu'un pour toi ! »

Il parti dans un grand éclat de rire et Sosuke s'en voulut de ne pas avoir été capable de garder son visage impassible. L'entendre mentionner ce qu'il avait osé faire la veille à cette jeune femme ravivait ses envies de meurtre et le shérif fit un gros effort pour ne pas céder à ses pulsions les plus sombres.

« Je suis content de savoir que tu as aimé ce que tu as eu. Ça te fera des bons souvenirs en attendant l'échafaud ! »

A nouveau, Gauron se contenta de rire. Il n'était visiblement pas impressionné une seconde par la menace, au point même qu'il semblait trouver l'idée d'être exécuté parfaitement grotesque.

« Ne t'inquiète pas pour moi, mon petit chéri. Il est peu probablement que je finisse pendu. »

Il avait l'air tellement sûr de lui que Sosuke se prit à douter. Se pouvait-il qu'il ait des alliés si hauts placés ? Dans ce cas, l'abattre serait plus prudent. Seulement il n'avait aucun moyen de vérifier et il refusait de se laisser manipuler encore une fois.

« Vraiment ? Pourtant, c'est le sort le plus courant pour les voleurs de chevaux. Et je ne parle même pas de l'enlèvement ou de l'agression de miss Chidori…

- Normal. Je ne l'ai pas enlevée, elle est venue à moi de son plein gré. Et pour l'agression, comme tu dis, c'est un peu poussé. C'est elle qui réclamait. Elle aimait ça. Elle aime ça, d'ailleurs. Tu aurais dû entendre ce que m'a raconté ce cher petit Leonard. Il est intarissable à son sujet… C'était donc normal que je vérifie. »

La mention de Leonard eut l'effet d'un coup de point dans l'estomac pour Sosuke qui sentit son cœur s'enfoncer dans ses entrailles. L'idée de Kaname proche de cet individu le révoltait et l'écœurait bien au-delà de ce qu'il connaissait et à nouveau, il fut pris de pulsion violente contre l'éleveur. Depuis leur première rencontre, il avait eu une mauvaise impression de cet individu, et sa familiarité avec un malade comme Gauron était bien une confirmation de ses soupçons.

D'une manière ou d'une autre, Leonard Testarossa était mêlé à toute cette histoire et il était certainement à l'origine des ennuis de Kaname. Après tout, même si elle n'avait pas donné de détails, elle avait admis qu'il souhaitait l'utiliser pour assurer ses intérêts avec les Indiens. C'était flou, mais Sosuke était convaincu que l'éleveur avait des projets douteux dans lesquels il avait cherché à entraîner l'aubergiste contre son gré, ou sous de fausses raisons nobles. Si seulement il pouvait obtenir des preuves et…

« Mais ne t'inquiète pas, Kashim. A l'heure qu'il est, ta petite Kaname ne te posera plus de soucis. »

Le shérif adjoint se figea, perdant le fil de ses pensées et il dévisagea son prisonnier. Celui-ci souriait, comme à son habitude, avec une lueur particulièrement joyeuse dans le regard en découvrant l'air horrifié de interlocuteur.

« Ben quoi ? Ne me regarde pas comme ça ! Tu te doutais bien que je n'allais pas la laisser m'échapper après ce qu'elle m'a fait, non ? Et normalement elle n'a pas dû souffrir. Ou pas trop…

- Ce qu'elle t'a fait ? »

Sosuke ne reconnut pas sa propre voix tant elle était glaciale.

« Et je peux savoir ce que tu lui reproches au juste ? Tu l'as enlevée, agressée, presque violée et tu te poses en victime ? »

Il aurait pu continuer sa tirade, seulement il sentit quelque chose bouger derrière lui et il se maudit d'avoir baissé sa garde. Avec un sourire triomphant, Gauron s'approcha de lui, sans se soucier de sa position de captif et il murmura :

« Elle t'a adouci. Et ça, c'est impardonnable. »

Sa remarque interloqua le shérif adjoint, mais il n'eut pas le temps de demander des précisions. Une jeune Indienne apparut au beau milieu du chemin, sortant de nulle part, avec un fusil braqué droit sur le front de Sosuke.

-oOo-

Kaname eut un mauvais pressentiment. Un frisson glacé lui parcourut le dos et sans ralentir la cadence de son cheval, elle chercha autour d'elle un signe d'une présence, animal ou humaine qui ait pu lui donner cette impression macabre. Il y eut un bruissement sur sa gauche et Kaname sentit Al se raidir juste avant qu'il ne se cabre violemment.

Si elle n'avait pas eu une longue expérience de cavalière, elle aurait probablement été désarçonnée par le mouvement brusque de sa monture et alors qu'elle lui murmurait des paroles apaisantes, elle réalisa que c'était précisément ce que son assaillant avait espéré. Celui ou ceux qui avaient effrayé son cheval avaient eu pour but de l'isoler et surtout, de lui faire mettre pied à terre. Ainsi, elle devenait une cible plus facile à atteindre.

« Al, sur ce coup, il va falloir jouer serrer, annonça-t-elle en caressant distraitement le cou de l'animal. On nous en veut et c'est pas le moment de se faire avoir. »

D'un coup de talons, elle poussa le cheval à reprendre de la vitesse, seulement le cœur n'y était plus. Cavalier et monture étaient maintenant à l'affût, se sachant traqués et même si la meilleure stratégie eût été de prendre la fuite et de semer ses agresseurs, Kaname refusa de fuir une fois de plus. Elle devait avancer, c'était une évidence, mais elle ne pouvait pas non plus prendre le risque de provoquer ceux qui en avaient après elle. Optant pour un trot modéré, elle continua à filer à travers la plaine en s'efforçant de calmer ses nerfs. Ce n'était pas le moment de céder à la panique. Si elle voulait s'en sortir, il lui fallait garder les idées claires et l'esprit serein.

Elle avait quitté les terres indiennes et même si elle était encore loin de la ville, elle connaissait bien la route et les environs. Par conséquent, elle pouvait utiliser le terrain à son avantage. Elle quitta donc la piste et s'enfonça vers les zones arborées à fleur de montagne. La végétation n'était pas épaisse mais elle offrait tout de même une protection supplémentaire. Un instant, elle crut même avoir réussi à semer son agresseur, seulement elle fut bien vite détrompée quand un coup de feu résonna juste derrière elle.

Sans se retourner, elle comprit qu'elle était piégée et plutôt que de continuer à fuir, elle décida d'affronter son agresseur au plus vite. Dénouant ses cheveux, elle enroulant son ruban autour du pommeau de sa selle et après avoir murmuré ses instructions à Al, comme elle l'aurait fait avec un partenaire de combat, elle sauta à terre et roula au milieu des buissons. Le cheval poursuivit sa course vers l'Est, en direction du ranch, où, elle l'espérait, il suffirait à faire passer le message.

-oOo-

Dès que le médecin lui assura que Kurz s'en sortirait, Melissa avait pu se calmer. Elle avait même réussi à dormir quelques heures avant de se réveiller en sursaut, un mauvais goût au fond de la gorge. Elle ne connaissait pas bien Sosuke, elle n'avait pas vraiment eu le temps ni l'opportunité de le voir à l'œuvre, seulement elle faisait confiance au shérif. Son adjoint était forcément compétent. Sauf qu'il n'était pas seul et Kaname n'avait aucune expérience de traque ou de combat. Elle savait se défendre, certes, mais face à des hommes armés, elle n'avait aucune chance.

Du coup, après avoir vérifié que Kurz se reposait tranquillement, elle prit Tessa à part et lui demanda son aide. Il y avait assez de personnel au sein du ranch pour former une équipe de recherche et aider, si besoin, à la capture des plus, certains cowboys, comme Yan ou Clouzot, avaient une bonne expérience de ce genre de chose. L'un comme l'autre étaient d'anciens soldats, alors ils savaient tenir une arme et appréhender leurs ennemis. Le problème était que Tessa n'était pas très rassurée et son intendant, le rigide Mardukas, était très peu emballé par l'idée de se lancer dans une telle aventure.

Ses employés étaient là pour s'occuper des chevaux, les soigner ou les dresser mais pas jouer aux apprentis justiciers. D'ailleurs, son meilleur argument était que le shérif lui-même avait été blessé et donc, que le problème était bien trop sérieux pour être confié à des amateurs. Il tenait à ses équipes et Tessa, bien qu'elle eût elle aussi envie d'aider Sosuke et Kaname, se devait de veiller sur ses hommes. La sécurité de son personnel passait avant tout le reste.

Sauf que quand Leonard annonça qu'il partait, elle commença à avoir un doute sur le bienfondé de sa décision et alors que Melissa se décidait à aller seule à la recherche des deux jeunes gens, l'éleveuse fut appelée par le responsable d'écurie Sacks. L'homme à l'accent irlandais lui sourit de toutes ses dents en tirant sur les rennes de l'Arbalest, qui pour la première fois depuis la mort de son dresseur, se montrait coopératif.

Pour autant, au lieu d'être ravie, Tessa paniqua et ordonna à tous les hommes valides d'accompagner miss Mao sur les traces du shérif adjoint.

-oOo-

Sans dire qu'il regrettait son choix, il commençait à avoir des doutes. Peut-être qu'il aurait dû tirer finalement et se débarrasser de cette abominable ordure quand il en avait eu l'occasion. Ce n'était pas bien, ce n'était pas ce pourquoi il avait prêté serment, mais au moins, il se serait épargné ce genre de situation et toutes les conséquences que cela impliquait.

Regardant autour de lui, Sosuke ne mit pas longtemps à comprendre qu'il n'avait pas vraiment d'échappatoire. L'Indienne, Yu-Fan, s'il avait bien compris, était entièrement dévoué à son maître, et elle n'hésiterait pas à tuer, même si ça n'avait plus aucun sens. Son regard était vide et inexpressif, comme si elle-même était déjà morte depuis des années. Elle n'avait plus d'autre but que d'obéir et elle était clairement déterminée à tout faire pour satisfaire les ordres de Gauron, aussi absurdes qu'ils puissent être.

Ainsi, Sosuke ne savait pas trop comment s'en sortir. Même s'il se décidait maintenant à abattre son ennemi, il finirait avec une balle dans la tête dès qu'il aurait pressé la détente. Et s'il choisissait de le laisser filer, il se retrouverait également avec une balle dans le corps, seulement elle ne serait sans doute pas aussi bien située. Apparemment, Gauron n'aimait pas l'idée d'être épargné et il jugeait indispensable de le punir de sa faiblesse.

L'autre problème était qu'il n'avait pas tellement de temps pour réfléchir. Le criminel n'était pas patient et Sosuke n'avait pas de moyen de gagner du temps en tergiversant sur la méthode ou l'endroit. Il lui fallait prendre une décision et vite.

« Je ne comprends vraiment pas que tu hésites, tu sais. »

La remarque de Gauron aurait pu paraître curieuse. À croire qu'il cherchait réellement à se faire tuer. Mais ce qui étonna vraiment Sosuke c'était qu'effectivement, il hésitait. Il tenta bien de se justifier en se rattachant au règlement, mais tout ce qu'il obtint fut un éclat de rire bruyant et irritant de la part de son prisonnier.

« Tu n'étais pas comme ça, avant. Elle t'a vraiment changé. Heureusement que j'ai pu te sortir de ses griffes, sinon tu aurais probablement fini comme ce pauvre Kalinin, toujours à ressasser ses vieilles histoires sur sa chère Linia... »

Sosuke se crispa. Il avait vaguement connu Linia, l'épouse de Kalinin, et il ne voyait pas ce qu'on pouvait lui reprocher. Mais ce qui le contrariait vraiment c'était de ne pas savoir s'il bluffait ou non à propos de Kaname. Avait-il réellement envoyé quelqu'un après elle ? Et pourquoi ? Qu'avait-il à y gagner ? Mais la question la plus importante n'était pas à propos du sort de l'aubergiste, même si Sosuke s'en inquiétait sincèrement. Non, ce qui devait vraiment savoir, c'était pourquoi son prisonnier avait choisi de se sacrifier de la sorte.

« Je ne comprends pas, Gauron. Tu en es encore à plaisanter alors que tu es sur le point de mourir... Tu es à ce point malade que tu ne réalises pas que tu as perdu ? »

Après un bref coup d'œil en direction de Yu-Fan, le bandit fit face au shérif adjoint et lui adressa un sourire navré en haussant les épaules.

« Il est des mystères qui ne sont pas prêts d'être élucidé, mon petit chéri. Mais en attendant, décide-toi. Parce que si tu ne tires pas tout de suite, je m'en vais rejoindre la jolie Yu-Fan et retrouver les restes de ta précieuse Kaname. Et si possible, attraper cet saleté canasson. »

Puis sans attendre sa réponse, il se retourna, présentant son dos à son adversaire et avança tranquillement vers l'Indienne qui gardait Sosuke en joue.

Il n'avait droit qu'à une seule chance. S'il ratait son coup, il était fini. Inspirant profondément, il ferma les yeux et se concentra. Les railleries de Gauron ne devait plus avoir de prise sur lui, il devait rester calme. Visant juste au-dessus de l'épaule de son ennemi, droit sur la jeune femme devant lui, Sosuke redressa un peu son arme et pressa la détente avant de se jeter à terre en s'efforçant de le soulever le plus de poussière.

Le coup de fusil partit très vite et il entendit la balle siffler à quelques millimètres de son oreille puis Gauron s'emporta et malgré ses poings entravés, il gifla sa compagne violemment en plein visage. Il y eut un bruit sec mais pas de cri, puis un nouveau coup de feu.

Sosuke n'était vraiment pas en position de force avec deux opposants armés face à lui, mais s'il voulait s'en sortir et peut-être aller Kaname, il devait résister, et même gagner. Il n'était pas question qu'il laisse cet individu lui échapper à nouveau. Seulement toutes ses belles illusions furent détruites quand au troisième tir, il sentit une brûlure déchirante dans son épaule, indiquant clairement qu'il avait été touché.

« Laisse tomber, Kashim. Tu n'as plus aucune chance maintenant. »

Serrant les dents, le shérif adjoint passa en revue ses maigres possibilités et il dut se rendre à l'évidence. Seul, il ne pouvait pas le battre.

-oOo-

On la disait violente, agressive, peut-être même que certains la jugeaient dangereuse, mais en cet instant, Kaname se sentait surtout idiote. Quelle idée avait-elle eu de se lancer seule dans cette bataille ? Elle n'était pas armée, n'avait aucune expérience du combat, et même si elle connaît le terrain, elle n'était pas spécialement habile pour profiter du relief. Du moins, pas autant qu'une Indienne ayant grandi au cœur de ces montagnes.

Pourtant, elle refusait de céder à la panique. Ce n'était plus la peine, maintenant. Elle avait fait un choix et devait s'y tenir. Avec un peu de chance, la jeune femme en face d'elle était celle qui avait pris la fuite un peu plus tôt et donc, Gauron avait perdu son dernier allié. En tout cas, elle l'espérait sincèrement. Fermant les yeux, elle se concentra sur les bruits autour d'elle, cherchant à deviner, malgré l'obscurité et la végétation, où se trouvait son adversaire. Malheureusement pour elle, les Apaches savaient se déplacer silencieusement et malgré tous ses efforts, l'aubergiste ne réussit pas à entendre plus que les bruits habituels de la vie nocturne du désert. Son cœur tambourinait dans sa poitrine à chaque fois qu'elle croyait sentir une vibration et finalement, puisque seul le calme l'entourait, elle s'accroupit, ramassa une grosse pierre plate et se faufila laborieusement vers l'Est, comme prévu.

Elle avançait lentement, toujours tassée sur elle-même pour éviter de se faire repérer et un instant, elle crut qu'elle avait semé son assaillante, seulement elle comprit bien vite son erreur quand brusquement, elle reçut un coup de pied en plein dans l'épaule. Heureusement pour elle qu'elle ne se tenait pas debout, sinon, elle aurait été touché à l'estomac et n'aurait certainement pas pu s'en remettre si vite. Là, elle trébucha mais pu assez vite rouler sur elle-même et se redresser pour attendre la prochaine attaque.

Les oreilles et les yeux à l'affût, son caillou bien campé dans sa main droite, Kaname attendit. L'Indienne arriva par sa gauche et se jeta sur elle, seulement la jeune fille s'allongea immédiatement, limitant l'impacte et dès que l'autre fut sur elle, elle enroula ses jambes autour de sa taille avant de basculer sur le côté pour la mettre en position d'infériorité.

L'Indienne chercha à lui attraper les cheveux mais Kaname lui planta son coude dans le plexus, lui coupant efficacement le souffle. L'Indienne toussa et Kaname se releva pour la laisser respirer.

« Je ne veux pas me battre, cria-t-elle en reculant. »

L'autre la fusilla du regard et tenta d'attraper son arme. Seulement avant qu'elle ne puisse tirer, Kaname se mit en position, et comme si elle lança la balle au base-ball, elle jeta sa pierre avec force et précision, atteignant à nouveau sa cible en pleine poitrine. Celle-ci eut un mouvement de recul mais elle ne se reconnut pas battue. Elle était toujours bien décidée à en finir malgré les appels répétés de Kaname qui n'avait aucune envie de poursuivre dans cette voie.

Puis soudain, l'aubergiste entendit le claquement caractéristiques des sabots et elle eut juste le temps de couvrir les oreilles que le coup de feu partit. L'Indienne tomba lourdement en gémissant juste quand Leonard faisait son apparition.

« Eh bien, Yu-Lan, tu devras savoir t'avouer vaincue quand tu as perdue. Je pensais que ton maître t'avait mieux éduquer. »

L'épaule en sang, la jeune femme s'efforça tout de même à se redresser pour faire face à son nouvel ennemi.

« Ne parle pas de lui comme si tu le connaissais, cracha-t-elle avec mépris.

- Oh, mais je le connais très bien. Gauron et moi sommes en affaires depuis très, très longtemps. »

Avec un sourire macabre, Leonard étudia l'Indienne puis il se tourna vers Kaname qui ne put réprimer un frisson.

« Alors, ma chérie, tu ne me remercies pas ? »

Descendant de son cheval, il s'approcha d'elle et elle eut un mouvement de recul qui lui sauva la vie. Yu-Lan tira vers elle, mais manqua son coup et avant que l'aubergiste ne puisse dire un seul mot, Leonard leva la main, indiquant à son secrétaire d'éliminer leur proie.

Dans le silence de la nuit, le craquement des vertèbres brisées de l'Indienne résonna douloureusement.