HOLÀ !
Waaaaaah, quel plaisir de republier sur Aurore ; ça faisait tellement longtemps (trop longtemps) ! J'vous avoue que j'ai eu une longue période de désintérêt pour cette histoire ; plus d'inspiration, plus d'entrain, plus la volonté… J'ai même eu l'envie de la mettre en hiatus pour me consacrer à un autre projet MAIS ça, c'était avant (ou y a quelques semaines) ! Aujourd'hui j'suis remontée à bloc et farouchement déterminée à TERMINER cette foutue fic ! Et ça fait vraiment du bien d'à nouveau être motivée comme ça, j'espère que ça durera jusqu'à la toute fin !
Avant de vous laisser lire, un peu de blabla merdique. Le style de ce chapitre 10 sera différent de tous les autres ; plus léger, plus simple, c'est la même écriture que dans ma fic La danse du feu. Aussi, je voudrais remercier deux nanas, cette chère Achrome et cette chère Lucifer car sans elles, Aurore aurait sûrement encore plus traîné — autant donc dire qu'elle n'aurait peut-être pas eu la chance d'avoir une fin… MERCI beaucoup à vous deux d'être constamment là, depuis le début, à lire et à commenter chaque chapitre ! C'est un peu grâce à vous si le chapitre 10 est là aujourd'hui et que les trois derniers qui suivront verront eux aussi le jour.
Voilà voilà, j'ai piaillé comme d'hab' ; il est temps de vous laisser tranquille.
Passez une bonne lecture !
10
Un soupir, las, s'échappait.
Depuis plus d'une heure à présent la marche s'ornait d'un silence presque religieux. Heureusement que Mère Nature était là pour faire le bruit de fond, avec son vent voltigeur et ses quelques piafs chanteurs. Le bruit des semelles froissant l'herbe s'invitait également dans ce ballet sonore. Des touches par-ci par-là de notes mais la composition restait la même, vide de mots.
Ce manque flagrant de vivacité aurait pu être compensé par une vue distraite, captivée par l'alentour. Manque de pot, c'était pire de ce côté-là : que des arbustes, à regarder. Touche divergente de vert, avec des branches vêtues pour la saison du printemps. Oh bien sûr aucun ou si peu se ressemblait, toujours un petit quelque chose de différent pouvait se distinguer (si on y mettait de la volonté) mais au final, quel foutu intérêt y avait-il à perdre sa lucarne dans cette mare forestière ? Tellement ennuyant, un décor aussi banal.
Pour se consoler un peu, la boule frétillante d'en haut déversait son jet chaleureux ; une lumière somme toute éclairante pour une fin d'après-midi. C'était plutôt agréable cette rondeur du soleil car ces derniers-jours la pluie fut au beau fixe ; ils auraient pu se coltiner la même giboulée que ce matin au vu de la malchance qui, dès l'aurore, ne cessa de le poursuivre tel un traqueur (genre à la Jubia Loxar quoi). Oui, depuis que son pied avait été retiré de la couchette les tuiles s'étaient succédées les unes après les autres tel un enchaînement de dominos.
Il y avait eu la nuit, si peu bienfaitrice puisque les heures furent bien plus propice à la bougeotte incessante qu'au sommeil douillet. Une fois levé, la bouche eut ce délectable plaisir de goûter à une brique de lait périmée qui, en une gorgée, intoxiqua tout le palé. Une horreur gustative et matinale, de quoi mettre de sacrée bonne humeur… L'habillage en revanche se passa sans encombre, laissant ainsi le thermomètre de l'humeur baisser ses degrés Celsius. Quant à la traversée jusqu'à sa deuxième chaumière, il eut en effet quelques désagréments ; des cheveux blanchis à la fiente de volaille, une bousculade qui faillit le faire tomber cul-parterre et sans oublier la classique douche expresse de l'averse (mais sur ce coup-ci il y gagna plus qu'il n'y perdit puisque la tignasse fut rincée). Inutile donc de dire que lorsqu'il arriva enfin à la guilde, mieux valait ne pas trop le titiller.
Par chance (enfin !), peu de monde fut présent à cette heure dont notamment son fidèle compagnon poilu, chose qui le contraria un chouïa. Cela n'aurait pas été de refus d'être en compagnie de l'un des rares membres avec qui discutailler avait quelque chose de plaisant (et non de barbant). En revanche l'absence notable de la tête-brûlée vint compenser une bonne partie de cette matinée pourrie, quoique… Échauffer son crochet du gauche et du droit n'aurait pas été malvenu ou désagréable, au contraire ça aurait libéré toute cette tension contenue. Heureusement un moka très fort détendit ses nerfs alors que ses tympans furent dorlotés par la tranquillité ambiante.
Assis au bar sans quiconque dans les alentours pour l'asticoter, le café se but sans empressement ; lampée après lampée les lèvres furent imbibées, le larynx réchauffé et le palé imprégné par l'arôme corsé des graines. Rien que humer le parfum réveillait l'antre olfactif ; les narines se mirent de suite à leur besogne : décortiquer l'effluve pour en extraire tout le goût — chose rien de plus facile pour celui doté d'un flair hors pair. D'ordinaire sa boisson il la buvait et basta. Ce « cinéma » ne s'opérait qu'à de rares occasions (trop chiant, trop de manières, trop inutile) mais cette fois, l'envie et les circonstances mirent sous silence sa ritournelle comportementale ; pour une fois le mage se donna le temps et les moyens de déguster sa liqueur du matin.
Seulement, ce petit moment de détente solitaire se figea dès lors que la nonchalance rétinienne rencontra celle ferme de Makarov. Une fois son regard accroché à celui de l'aîné, ce dernier lui fit signe d'entrer dans son bureau. Bien sûr, qui disait convocation par le Maître disait indubitablement emmerdes car jamais, ou si rarement, il en fut autrement. Dans quatre-vingt-dix pourcents des cas une couille ou une chierie s'ensuivait après un entretien avec le patriarche…
La poisse ne le quitterait guère de sitôt, aujourd'hui.
Une fois le nectar ingurgité cul-sec, le convié s'éloigna du bar avec son entrain légendaire puis pénétra dans l'office sous les yeux incurieux de ses quelques confrères. Dès qu'il entra il sut aussitôt que l'infortune demeurait en effet sa compagne de jour : assis sur l'un des deux fauteuils aristos, Grey leva sur lui un regard aussi ravi que le sien.
« C'est quoi c'tte merde le vieux ? »
Bien que grossière, la question n'empestait pas l'agressivité ; plus une sorte de blâme qu'autre chose avec, certes, une touche de crudité mais quoi de plus normal pour un antipathique avéré ? Du reste, cette rusticité des vocables ne fit pas courber d'un iota l'expression impassible du susnommé ancêtre. Celui-ci à l'inverse l'invita (de sa voix tout aussi décontractée) à s'asseoir, une proposition rejetée sans délai et avec la même délicatesse cela s'entend.
« Pourquoi tu nous as convoqués ? exigea le maître des flocons, ses orbes à nouveaux posés sur l'octogénaire.
— J'ai besoin de deux mages pour une mission qui doit absolument se terminer aujourd'hui, expliqua-t-il simplement.
— Ouais ben compte pas sur moi le vioque. Pas question de se coltiner le frigo ambulant en guise de partenaire, affirma, irrévocable, le bourru resté debout.
— J'peux en dire autant tu sais car y a rien de plus emmerdant que de se farcir un antisocial comme toi, même pendant cinq minutes, contre-attaqua l'homme-caleçon en vrillant ses pupilles sur lui.
— Si, 'y a bien une chose qui est aussi voire plus emmerdante que ça : se retrouver dans la même pièce qu'un pisse-froid, certifia-t-il en toute bonne foi.
— J'vais t'en foutre des… bondit Grey de son siège, colère et son invective inachevée.
— ÇA SUFFIT ! »
Au tour du Master de hausser le ton, de décoller recta de son fauteuil et de fusiller du regard. Les cordes vocales certes se turent mais pour autant les deux magiciens continuèrent à se toiser, l'œil noir. Cette atmosphère quelque peu électrique perdurera plusieurs minutes et ce même après que le chef de guilde ait repris la parole. Makarov leur donna du reste la justification qu'ils attendaient et bien que celle-ci tenait la route, cette dernière ne leur parut pas vraiment satisfaisante.
En effet, cela leur sembla un poil « léger » l'argument du « vous étiez les seuls que j'avais sous la main » ; une plaidoirie légitimée par le fait que la plupart des mages assez puissants pour achever cette quête en un tournemain était indisponible : le trio Natsu-Happy-Lucy sûrement parti pour régler (en vain) le loyer de la demoiselle, une Erza déjà sur le front, une Jubia absente, un Elfman pas encore arrivé, une Cana beurrée (donc inopérante), un Luxus et sa bande de Raijin introuvables, une Lévy en pleine traduction (donc à ne déranger « sous aucun prétexte »), une Lisanna envoyée au marché pour faire le plein de commissions ainsi qu'une Wendy assujettie à son entraînement routinier. En clair, ils l'avaient dans le fion.
Bien entendu chacun tenta de déroger à l'ordre du barbon, l'un usant de la persuasion tandis que l'autre se butait dans son refus catégorique et revêche. À l'image de leur personnalité respective, ces tactiques bien que divergentes aboutirent quoi qu'il en soit au même résultat : tous deux furent appelés, tous deux partirent remplir la tâche qui leur avait été attribuée.
Ainsi, Grey Fullbuster et Gajeel Redfox se retrouvèrent en duo pour la première fois.
Ces deux atomes crochus passèrent donc la moitié de la journée « ensemble », un grand mot pour traduire quelques paroles et quelques rixes partagées. La collaboration s'en était tenue au strict minimum ; les infos échangées se voulurent pragmatiques, non distrayantes ou personnelles. Un rapport froid, tissé seulement dans l'utile et la contrainte. À vrai dire, cette association fut maigre voire laborieuse au vu des efforts que cela avait demandé à chacun pour réaliser un travail d'équipe.
Déjà, la communication flirta un bon moment, pour ne pas dire en majorité avec le mutisme — de quoi égayer l'atmosphère. Fallait dire, aussi, que tous deux n'étaient pas des chanteurs de la conversation ; plus que leur tempérament de glaçon, c'était surtout le caractère impérieux de leur coopération qui les rendait aussi austères. De surcroît, cet esquimau des neiges parut atteint d'une mutité plus importante qu'à l'accoutumé. Certes l'ancien partisan d'une guilde noire savait peu de choses sur le mage créateur, connaissant encore moins les recoins de sa personnalité mais le peu qu'il avait pu observer lui donna cette impression ; Grey avait fait preuve d'une loquacité bien trop absente pour que cela ne se fasse remarquer. Pour autant, cela ne suscita que l'interpellation : le fils de Metalicanna ne perdit guère son temps à dénicher une quelconque explication. Il s'en foutait, royalement, que Mister Freeze demeura plus congelé qu'à l'ordinaire, au contraire cela l'arrangea car aucune envie d'ouïr sa verve ne fermentait dans le noyau de l'âme. En outre, ce genre d'ambiance convenait tout à fait au gobeur d'acier car la rudesse relationnelle, c'était son pain quotidien.
Ensuite il y avait cette absence totale d'accroche, entre eux. Un désintérêt habillé dans l'indifférence or en réalité c'était plus que cela ; l'extérieur trompait, ou du moins préservait avec habilité ses couches profondes — elles qui demeuraient à l'inverse tellement plus complexes… Derrière le masque de leur désaffection existait une certaine animosité, celle tapie et mise en sourdine. Difficile c'était de la percevoir tant le jeu du cache-cache opérait avec succès. Cet affect s'ouvrait toutefois à l'au-dehors à qui savait y voir. Non pas dans l'agressivité toute crue, crachée, explosive que se montrait pareil sentiment mais dans le non-dit, dans le ressenti enfermé et tout à la fois expulsé par le regard.
Dès qu'il l'avait aperçu, Gajeel ne l'avait pas senti, ce roi du strip. Quelque chose en lui, de lui le dérangeait. Rien de rationnelle là-dedans, que de l'émotif qui ne se justifiait pas. Ses iris ruisselaient d'une froideur aussi cinglante qu'un coup de fouet. Il y avait vu non pas un être de sang et de chair mais une âme glacée. Quelle ardeur percevait sa partenaire, chez lui ? Qu'y avait-il dans cette coque frigide qui prêtait à s'enflammer ?
À ses heures perdues cette tête de clou les avait observés, tous deux : lui toujours en mode blasé, elle toujours à s'accrocher ; désespérante persévérance que ça rendait. Plus de mal que de bien, plus de labeur que de satisfaction, plus de sécheresse qu'autre chose. Parfois, une envie fulgurante le prenait de vouloir se lever pour aller la gifler. Ne rien dire, ne rien ajouter, juste frapper une fois et faire sortir la douleur (elle qui restait vicieusement à l'intérieur) ; le lui rappeler, le poison d'un amour trop intense. Elle n'avait pas oublié ce que c'était, le dragon slayer en était persuadé mais certaines fois Gajeel se demandait ce que la mère des eaux recherchait véritablement.
Oui, les rares moments où il s'attardait sur eux, l'ex-Phantom essayait de déchiffrer la conduite souvent impénétrable de sa coéquipière. À plusieurs reprises quand cette dernière était seule au bar ou transparente pour congelman, sa prune cobalt rencontrait par hasard la sienne. Ils se scrutaient alors plusieurs secondes, leurs orbes percés par la rutilance inqualifiable de l'autre. Des mètres les séparaient or chacun entrait dans la cave secrète de l'autre ; tant de choses transpiraient à travers le ruban de leurs yeux. Cela en avait toujours été ainsi, entre eux ; dire en dehors des lettres, se comprendre par la seule force du ressenti. Et ce que le cloué de la peau percevait dans ces moments où la guilde et sa cohue disparaissaient était cette lueur, brève, chétive mais toujours là, présente à chaque fois. Chacun savait ce que c'était ; même éclat d'autrefois…
Peut-être était-ce aussi à cause de ça qu'il avait du mal à encadrer ce frigo sur patte, lui qui la replongeait dans cet état, lui qui réveillait en elle la faiblesse de son cœur.
Mais l'heure n'était plus à l'introspection.
Une senteur jusque-là inexistante s'infiltra tout à coup dans les narines du Kurogane.
Sa marche se stoppa, net ; envolées, les pensées bien trop réflexives.
L'attention se porta derechef et in extenso sur cette émanation étrangère. Concentré, celui doté d'un nez d'œnologue se fixa sur les particules odorantes, les respirant d'abord subtilement pour ensuite les aspirer à pleins poumons. Les molécules inconnues firent travailler à plein régime les synapses, les neurones fusant jusqu'au point culminant pour délivrer leur message empressé. Quelques secondes suffirent pour retirer le voile ; un effluve, fort, mêlé à du sang et à de la sueur, envahissant de plus en plus l'air.
Les yeux se fermèrent ; l'ouïe ouvrit grande ses portes.
L'hémoglobine abreuva la soif grandissante et pressante du cerveau.
Ses sens écoutèrent avec soin les palpations de l'environ ; distinguer ces bruits maîtres du lieu et ceux à contrario s'invitant en parfait discourtois. Des intrus qui en douce pénétrèrent la zone, la question étant : étaient-ils des ennemis ou seulement de passage ?
« Pourquoi tu t'arrêtes ? »
L'interrogation, provenant de derrière, n'eut de réponse ; l'homme aux nombreux piercings n'entendit pas. Sa concentration évinça quelconque stimulation l'empêchant d'écouter les bruissements autour. Conjuguée aux sons, la fragrance rendait visible les mouvements, signalait la position et mettait à nue les intentions. L'alentour devenait ainsi un allié à qui savait déployer ses sens. Pour cela néanmoins il fallait suspendre sa propre existence tout autant que celle des autres : ralentir son pouls, réguler son fleuve veineux, abolir toute pensée, taire le soi pour laisser la parole à cet au-dehors criard d'indices.
« Gajeel, qu'est-ce qu…
— Tais-toi. »
Sommation directe, dépouillée de son habituelle acidité. Sérieux plutôt que réprobateur.
La bouche se devait d'être cousue ; aucun autre timbre que celui de l'environ n'avait à être et grâce à cette voix morte, le manieur du fer put discerner des fluctuations : ce vent fauché, cette stratosphère alourdie, ces branches écrabouillées, ce relent persistant, cette herbe ébranlée, cette sensation…
Ses pupilles d'un seul jet il ouvrit.
Debout sur une branche. Là, à quelques hauteurs. Juste en face. Droit comme i.
Le sang afflua.
L'atmosphère se chargea.
Une tension.
Un ébranlement.
Œil tranchant.
Sévère expression.
De son perchoir la silhouette descendit en un saut habile et atterrit sans fracas. Le sol ne trembla ni ne gémit au contact du poids de l'anatomie. Pas même sa longue queue de cheval ne virevolta. Non, tout sembla maîtrisé, inflexible. Même le visage n'offrit un rictus ou une grimace quelconque. Seuls les yeux disaient quelque chose, eux dont la brillance olive se fourvoyait avec la dureté de l'acier. Une rétine brûlante, l'unique à répandre cette lave fumante. Des prunelles plantées dans ses billes onyx, ne le lâchant pas, le transperçant ; s'infuser l'hostilité du moment et de l'avant…
Tranquille, le vent souffla sa légèreté ambiante, les feuilles et quelques mèches converties en danseuses débutantes au vu de leurs gigotements maladroits.
Juste le voir, juste ce regard pour qu'en un craquement d'allumette la mémoire s'embrase. Souvenirs lointains, dissipés dans une brume laissée à l'abandon (durant combien de temps n'y avait-il pas mis les pieds ?). Du passé que c'était, sans plus de traces, d'importance ou d'intérêt ; une croix, une page tournée, une rayure, un morceau de puzzle rangé de côté. Or les miettes éparpillées de part en part dans le refoulé s'assemblèrent de nouveau : l'histoire déroula son tapis, celui sur lequel il eut une marche en chœur puis une autre séparée.
Chaude lumière qui patinait sur les traits ; les cellules se détendirent, cocounées comme des nouveau-nés dans le drap astral.
Oui, le passé sortait de sa tombe de terre, rameutant avec lui beaucoup plus que ses fresques d'autrefois. L'émotion elle aussi fut attisée, presque brutalisée tant celle-ci détonna dans les atomes cellulaires. La surprise d'abord, la familiarité ensuite — celle-là entremêlée avec les représentations. Curieux comme l'apparence paraissait inchangée : mêmes habits tâchés de gouttes carmin, mêmes armes rangées dans leur fourreau, même coiffe brune, même carrure imposante, mêmes cicatrices faciales ; le même mercenaire. Trompeuse concordance car dans l'âme gisait une fracture, une casse qui devenait visible lorsque trop longtemps la lucarne s'enfonçait dans celle de l'autre ; et l'ex-Phantom la percevait, cette lueur noircie et dessaisie.
Seulement le son de Gaïa, avec la frondaison en remous, les pépiements intermittents, l'écho vagabond transporté par le zéphyr. Bruits du cosmos et non de l'Homme, ceux-là qui demeuraient terrés dans la trachée pour mieux laisser le trouble cajoler la psyché.
Oui, le passé s'entortillait dans l'actuel mais cela n'avait plus rien à voir ou presque avec cette toile tissée d'aujourd'hui. Une chose toutefois resta immuable : la défiance, continûment mordante. Qu'importait l'époque ; que ça soit dans ce corridor ou dans l'autre, toujours y avait siégé une certaine vigilance. Longtemps le soupçon emmitoufla les intentions, l'identité, l'anamnèse. Pas clair, dupeur, fallacieux. Dès leur première rencontre l'antipathique sut que sa confiance à aucun moment ne devrait être accordée ; il ne l'avait pas senti et ne le sentait toujours pas, d'ailleurs. Hier comme aujourd'hui la méfiance derechef se planta dans la carne. Dès l'instant où cette individualité fut captée, la mise en garde de suite s'adopta. Il n'y avait pas à réfléchir : d'instinct les sens se mettaient en alerte, chose jouée en l'exact instant.
La biosphère s'alourdissait, ses molécules infestées au qui-vive, entrant et sortant en trombe des corps immobiles.
« Tu n'as pas l'air si surpris de me voir or tu devrais, non ? Ce n'est pas tous les jours que l'homme qu'on a laissé pour mort ne le soit pas. »
L'aigreur n'était la peste gangrénant même si une certaine pointe acidulée semblait suinter dans cette diction aisée. Une attitude aussi étonnante que normale. Dans les propos s'affirmait un calme royal, une domestication de l'émoi dont cet homme s'était toujours parée. À plusieurs reprises cependant le manieur de fer avait vu ce contrôle dérapé, voire explosé tout de go et au vu dudit acte porté à son encontre, le dragon slayer s'attendait à une âme faisandée par le fruit délétère de la rancœur. Au lieu de ça s'exhibait une réelle interrogation quant à cette soi-disante placidité de le revoir sain et sauf.
La question n'eut malgré tout que le mutisme du questionné en guise de réaction (si tant est que cela en était bien une). À la place de la réponse attendue émergea une tout autre injonction.
« Qu'est-ce que tu veux ? »
Voix grave, allant de pair avec la nitescence tout aussi âpre des globes oculaires ; l'ex-Phantom était sur ses gardes et le faisait clairement sentir.
« Te livrer un message. »
Juste des mots.
L'intonation garda ses mesures frugales, de même qu'aucun mouvement ne se fit.
Juste une raideur musculaire.
Encore le vent, ce passant, s'entrelaçant avec sa bien-aimée la verdure.
Juste l'imprévisible.
Encore le soleil, ce flâneur, éclaboussant de son maigre jet la sphère terrestre.
Juste leur regard.
« Je t'attendrais à Seven, là où nous régleront nos comptes une bonne fois pour toute.
— Et tu crois p't'être que je vais gentiment me plier à ta volonté ? », s'enquit le manieur d'acier, son timbre caustique traduisant l'évidente intention à ne pas coopérer.
Implacable rétine, aussi rêche que la vibration du larynx.
Il y avait bien un Monde autour, avec ses mouvances perceptibles, tournant, vivant mais d'aucune sorte ça ne fracturait cette bulle dans laquelle les deux hommes s'étaient cloitrés. Même l'air y était différent ; le poids de leur animosité celui-ci transportait et ô combien cette dernière pesait sur les molécules.
Le messager durcit brièvement ses traits, la contrariété n'étant que de passage puisque le visage ne s'induit d'une colère flagrante ou d'une insatisfaction persistante ; l'affect se tenait en laisse.
« Tu le feras ; vous viendrez, tous les deux. », décréta-t-il tel un dictateur ne laissant d'autres choix à ses sujets que l'obéissance absolue.
Les yeux ruisselaient de conviction, comme si depuis toujours l'issue se savait. Qu'importait au final la conduite ou la résolution de chacun ; ils n'y échapperont pas — le voulaient-ils seulement ?
Un jour ou l'autre ça allait ressurgir, les obligeant à tracer un trait définitif. Le dragon slayer l'avait su dès le début même si pendant ces cinq années la pensée s'était soustraite à cet inéluctable fait. Sa prétendue révolte n'était qu'artifice, semblable à la vitrine polie qui montrait ce qu'on attendait d'elle. Derrière la nuance prédominait, dévoilant une autre facette du décor ; c'était pareil pour Gajeel. La dérobade s'achevait ; plus question de tourner le dos ou de faire comme si de rien n'était. Pas même le désir ne trempait dans cette couardise, au contraire, avoir (enfin) l'opportunité d'en finir comblait une attente refoulée. Oui, la fuite ne s'envisageait plus ni ne drapait l'être dans sa soie pernicieuse.
Durant plusieurs secondes ils restèrent ainsi, leur prune enfoncée l'une dans l'autre tandis que le silence s'ennuyait, tout seul. Le perturbateur déchira cependant cette inertie : il s'avança vers le fétichiste de l'acier, yeux clos, sa peau tout autant que ses pointes chevelues brossées par le vent, le pas tranquille puis s'immobilisa même pas un mètre après avoir dépassé la fée percée d'anneaux.
« Faut toujours terminer ce que l'on a commencé, Gajeel ; et ça se terminera, sois en sûr. »
En même temps que cascadaient ces paroles, leur orateur se tourna de biais et posa ses prunelles sur l'antipathique, celles-ci induites d'une signifiance aussi brillante qu'une pépite d'or. La tête de clous comprit, autant par le sens du discours que par le regard qui lui était adressé, la finalité de tout ceci ; comment le passé serait définitivement clôturé…
Avec la même allure du posé, le mercenaire repartit (pour de bon cette fois-ci) sans jeter une œillade à l'ignoré de tous, lui qui depuis le début resta dans son coin sans perdre une miette de l'échange.
Bien que l'étranger avait enfin décampé, l'atmosphère n'en demeura pas moins aphone — si on faisait fi des battements alentours, de cette herbe incessamment coiffée à la va-vite, de cette ritournelle du bruissement d'ailes, de ces piafs aux cordes vocales d'opérette. Même la respiration prenait le rythme du lent, pas un pète cadencée ou déréglée. Ça tambourinait sagement ici et là, dans l'air et dans le thorax. On ne pouvait cependant pas en dire autant pour la tête, elle dont les pensées martelaient à coup de burins la caboche. Pas juste des souvenirs liés à cet homme d'un autre temps, mais bien ceux de toute une époque qui revinrent : l'ère du sang, des cadavres, du noir profond.
Une crainte nichait malgré tout dans la coque ; peur de devoir faire face à ça, à cette fresque décolorée. Il y avait moyen de l'oublier, de l'enterrer, de la fuir mais l'annihiler ? Non et c'était précisément ce point-là qui taraudait plus qu'autre chose. Le présent ne pouvait naître sans son passé et l'aujourd'hui avait beau s'en départir, ça restait ancré quelque part, dans le recoin abscons de l'âme — mais pas de la mémoire, justement. Les traces mnésiques étaient beaucoup plus faciles à raviver (de vraies garces qu'elles étaient pour ça) ; il suffisait d'une étincelle pour que tout s'anime telles les guirlandes de foire dont la luminance se refilait aux suivantes. C'était comme refaire face à une ombre, le fantôme d'un soi qui n'existant plus à l'heure actuelle avait pendant de longues années mouler l'être dans son plâtre d'insanité. Et il n'y avait plus moyen d'ignorer ça, plus maintenant…
Cette rencontre impromptue remua les dessous de la terre, distillant au passage l'appréhension quant à se revoir et à se rappeler d'où il était parti — mais pas seulement : cela fit également prendre conscience au dragon slayer qu'il disposait malgré tout d'assez de ressources pour encaisser ce trouble, qu'il était pour l'heure capable de prendre le taureau par les cornes et de regarder ce dernier droit dans les yeux sans vaciller, sans détaler comme un lapin. Les choses avaient évolué ; il n'y avait plus lieu de s'évader ni de plonger encore et toujours dans l'obscur ce qui ne voulait être vu. Cette pièce reculée allait enfin être éclairée ; il y entrerait, l'allumerait et y ferait le ménage une fois pour toute, la première poussière à nettoyer étant leur mimésis à tous les trois.
La détermination remontée à bloc, le fils de Metalicanna fila droit devant mais ce durant un très infime instant ; l'émérite du froid se manifesta, enfin.
« C'était qui ce mec ? requit le taciturne, l'intérêt brodée-main à la voix.
— En quoi ça t'regarde ? », rétorqua-t-il du tac au tac en se retournant, son œil inamical planté dans celui stoïque du semi-nudiste.
La réplique ne suivit pas ; juste un mutisme attendu et leurs iris obstinément nouées entre elles.
Qu'y avait-il à répondre de toute façon ? Rien, tous les deux le savaient, en particulier le modeleur du givre. L'apparence pouvait feindre l'impassibilité, la mâchoire elle serrait ses molaires tandis que les traits affichaient sans mal une crispation de leurs tissus — ou était-ce une contorsion du sentiment ? Qu'importait au final car le dragon slayer s'en foutait comme de l'an quarante ; il le fit d'ailleurs très clairement comprendre lorsque ce dernier, ne prêtant guère plus d'attention au glaçon sur pattes reprit sa marche.
« Gajeel ! », perdit patience l'apprenti des glaces.
L'emportement des vocables stoppa une fois de plus l'apostrophé dans sa lancée.
Au vu de la farouche insistance du disciple d'Ul, l'interpelé avait de quoi s'en agacer et pourtant les nerfs ne craquèrent ni ne se fendirent — dans un autre contexte, sûrement oui que ça aurait érodé la présente placidité du faciès.
Dans un sens il comprenait cette indiscrétion car, au fond, n'était-ce pas troublant de voir débarquer de nulle part un type d'un autre âge arrimé pour réparer un litige vieux de cinq ans ? Surtout que ledit bipède s'amusait à ironiser sa mort ratée — elle qui justement était l'affaire à régler. Pour autant cela n'impliquait pas l'abreuvement de pareille soif, du tout.
« J'ai le droit d'savoir, affirma après deux-trois secondes muettes l'exhibitionniste attitré.
— Ah ouais et qu'est-ce qui te fait croire ça hein mon'sieur le congélo ? riposta celui-ci, se retournant. Ça n'concerne que Jubia et moi c'tte histoire.
— Jubia ? répéta le maître des flocons, la surprise manifestée par le froncement des sourcils. Qu'est-ce qu'elle vient faire là-d'dans ? »
Ah super… Maintenant il ne le lâchera plus. La curiosité du presque strip-teaseur venait d'être en un craquement d'allumette attisée tel le brasier d'un cœur passionné ; la lueur de ses pupilles tout autant que son timbre en attestaient.
Quel con aussi d'avoir laissé échapper une telle info… Franchement il y avait des jours où Gajeel se maudissait de ressembler à ce point à l'autre barbecue ambulant — ça ne donnait vraiment rien de bon, parfois. Heureusement, en tant que véritable pro du flegme l'adamantin ne laissait aucune possibilité de sortie au jugement âpre du soi, comme si au final c'était absolument voulu d'avoir catapulté un renseignement aussi porteur d'investigation.
Bien qu'assurément irrité par sa connerie comportementale, l'hommasse n'en laissa rien paraître. Au contraire ce dernier fit comme s'il n'avait pas saisi où voulait en venir le coursier de l'hiver, le privant ainsi de satisfaire sa gloutonne demande.
« Ouais et… ?
— Arrête de te foutre de moi Gajeel, avertit gravement l'esquimau.
— J'me fous pas de toi ; juste que j'vois toujours pas pourquoi j'devrais te dire quoi que ce soit. », objecta celui-ci d'une sincérité lassée.
Comme presque de coutume, l'argument cloua le bec au mage créateur. Celui-ci se contenta de le fixer, l'éclat du mauvais luisant dans la rétine. Ses poings, contractés, parlaient à sa place. L'antisocial disait vrai, absolument vrai et ô combien cela semblait emmerder l'expert polaire — chose qui a contrario ravissait l'annonciateur de pareille clairvoyance ; un sourire de coq se promena à la commissure de ses lèvres alors que sa fierté égalait celle d'un paon de basse-cour.
Pour la énième fois donc les jambes réenclenchèrent le mouvement, celui poussant vers la guilde.
Avant même que surgisse l'autre revenant ils pointaient déjà dans cette direction, seulement cette fois-ci un but totalement différent aiguillait les pas ; non plus informer le vieux crouton de leur réussite mais récolter une information précieuse. Il devait l'avertir, la trouver avant lui — ainsi il lui couperait l'herbe sous le pied mais surtout empêcherait tous deux de se voir seul à seul. Tellement évident qu'il allait la chercher… pour quoi ? Là demeurait toute la question, l'unique à réellement importer. Au vu de ce qu'il s'était passé entre eux, il n'allait pas juste se contenter de la voir ou de taper la discute, non. Quelque chose se passera, quelque chose il fera. Rien à foutre s'il semblait un peu paranoïaque sur les bords ou qu'il se montait le bourrichon pour en fin de compte pas grande chose ; son inquiétude répondait après tout proportionnellement au possible danger que représentait ce face à face. Alors non, sa préoccupation n'était pas aussi immodérée que ça, pas lorsqu'il était question d'un tête-à-tête entre son ancienne partenaire et ce mercenaire. Pour sûr que cette rencontre n'augurait rien de bon donc autant faire en sorte qu'elle n'ait jamais lieu.
Tout en cogitant, le cloué de la peau perçut en arrière le froissement de la verdure ; Grey-la-statue finit par bouger — pas trop tôt. Fallait espérer qu'il ne ramènerait pas sa fraise dialectique et qu'il ne jouerait pas les Sherlock périmé. Le temps était précieux en cet instant ; d'ici une heure grand max ils arriveront chez les fées, c'était jouable s'il mettait rapidement la main sur la maîtresse des marées.
« Tu comptes la retrouver à la guilde ? demanda subito l'Ice Maker.
— Non, j'sais qu'elle y est pas, répondit Gajeel avec la même impavidité, le corps traçant toujours en ligne droite.
— Alors pourquoi on y va ? fit remarquer le roi du nu, son ton soulignant l'absurdité de la chose.
— Parc'que j'ai besoin d'savoir où elle est, clarifia-t-il comme si c'était l'évidence même.
— Moi je sais. », largua Mister Freeze après un court moment d'avancée feutrée.
Ça fit son effet sur-le-champ: cette petite bombée expédiée, le manieur du fer se figea, laissa quelques secondes s'égrainer dans le sablier. Sa réaction cependant tarda ; il ne se jeta pas en gros affamé sur cette perche tendue, loin de là.
À la pulsion béhavioriste fut privilégiée la réflexion. Le renseignement tenu par congelman faisait pencher la balance ; Gajeel n'était plus l'unique détenteur de nouvelles ayant de la valeur. En clair le curseur venait tout juste de se déplacer — et ce n'était pas vers lui qu'il pointait… Il y avait une nouvelle donne ; Grey avait du pouvoir : il savait. Et pour à son tour posséder cette connaissance, le dragon slayer devait en échanger une de même importance. Non pas une certitude mais la loi intrinsèque des choses. Pas de faveur, de la négociation, c'était tout et ce n'était que ça. Ainsi il ne fallait d'aucune manière se précipiter car, à ce jeu, très vite la perte l'emportait sur le gain. Certes le tailleur de glace avait une (sacrée) carte dans sa manche mais toujours est-il que Gajeel lui en avait plusieurs, un détail loin d'être négligeable — au contraire, ça pouvait faire toute la différence si le mage s'y prenait intelligemment.
À nouveau le bourru fit face au monarque du déshabillage (expression on ne peut plus juste au vu du torse tout de nu vêtu). Son regard d'homme d'affaire il posa sur ce dernier ; rigoriste éclat de l'orbe.
« Tu me dis ce que tu sais à c'propos et j'répondrai à une question. »
Le marchandage sonnait plus comme un ordre que comme un éventuel compromis ; ça ou rien et à vrai dire, le choix n'était guère laissé à Grey — son mot il n'avait à dire — car malgré tout, des deux, c'était Gajeel qui tenait les rênes.
D'ailleurs l'hommasse destitué de sa veste hawaïenne ne prit même pas la peine d'acquiescer, direct celui-ci remplit sa part du « contrat ».
« Y a d'ça un jour qu'elle est absente. J'ai demandé à certains de la guide s'ils savaient où elle était allée ; y a juste Mirajane qui m'a dit qu'elle partait pour une affaire de quelques jours, révéla le conteur sans distiller une miette émotive dans son récit.
— Quelle affaire ? », interrogea-t-il, la sévérité de son timbre démasquant une certaine alarme.
Le fétichiste du non-slip ne combla guère dans l'instant l'attente pressante de son coéquipier d'un jour, laissant Gajeel s'impatienter bien comme il faut — lui dont le poing était soudain prit d'une démangeaison quant à venir fracasser la joue de ce trou du cul. Totalement intentionnel, de le faire lambiner de la sorte — un vrai enfoiré… Du reste, l'apprenti guitariste commençait à perdre réellement patience ; de son œil glacé il lui intima de répondre séance-tenante.
« Une affaire personnelle qui apparemment ne durera pas longtemps ni n'impliquerait de combat ou des trucs de ce genre ; c'est c'que Jubia lui a dit.
— En clair t'es en train d'me dire dans ton charabia d'merde qu'tu sais pas où elle est… Tu t'aurais pas foutu d'moi Fullbuster !? claqua tel un fouet endiablé l'exaspération difficilement contenue du dragon slayer.
— J'me fous pas de toi ; juste que j'sais que personne n'a une quelconque idée d'où Jubia a pu aller. », objecta celui-ci d'une sincérité terriblement malicieuse et rageante, pour Gajeel.
Là pour le coup, l'ex-Phantom se retint comme jamais d'aller fissa décrocher quelques molaires à ce réfrigéré du derche. Quel bien, bordel, de se voir en train de lui faire ravaler sa façade de connard orgueilleux.
Ses dents grinçaient, sans sang lui montait au cerveau façon Speedy Gonzales, ses muscles se gorgeaient d'une hémoglobine en ébullition, sa respiration expirait lourdement, son iris brillait furieusement. La panoplie complète de l'authentique courroucé, en somme. Pour autant, il n'explosa pas à la Natsu Dragneel. Certes plusieurs bouts émotifs remontaient à la surface et sortaient à l'air libre mais dans l'ensemble il garda un relatif self-control.
En réalité ce qui maintint les Celsius de l'humeur à une température « correcte » fut ce qu'impliquait le laïus : leur entrevu aura lieu. Gajeel avait beau ne pas savoir où était la régente des ondées, lui pour sûr le savait — comme il avait su où le gobeur d'acier s'était trouvé. Qu'importait comment, il l'atteindra ; et ça ne lui plaisait pas vraiment, à vrai dire.
« Qui c'est ce type, pour toi et Jubia ? »
La question, à la note sérieuse, extirpa de ses soucieuses pensées celui doté d'un flair hors pair. Gajeel le scruta à nouveau et lui rétorqua tout aussi sérieusement — avec une touche d'impassibilité en plus.
« C'est un ancien de Phantom et son ex-partenaire. »
Un vide sonore s'étendit pendant quelques secondes.
Depuis quand les volatiles avaient tu leur arioso ? Et cette ombre couvrant le périmètre alentour, était-elle seulement de passage ou s'était-elle installée dès le début ? Des nuages semblaient s'amonceler autour de la boule chauffante ; venaient-ils chercher le réconfort ? Et le vent qui galopait, embrassant les branches, soulevant les jupes de ces dames en feuilles, traînant vite-fait sur l'épiderme, préférant s'attarder avec l'herbe — elle avec qui sa valse amoureuse il menait. Le calme flânait ici. Dame Nature jouait les discrètes, pas les ninjas d'Asie mais plus les Hommes au cœur serein passant par-là sans rien dire.
Que maintenant qu'il remarquait la bougeotte du dehors, lui dont les fils et les filles s'éclipsaient tout autant que survenaient en un tournemain.
« J'ai une autre question. »
Les sens du dragon slayer se détachèrent aussitôt de l'environ pour se reconnecter à la situation et plus précisément à Grey ; il regarda ce dernier d'un air de dire « t'as vu la vierge ou quoi ? ». Cet atrophié du bulbe se sentait plus, tout d'un coup. Où il avait vu qu'il pouvait lui soutirer deux infos ? Le brun aux cheveux corbeau s'apprêtait d'ailleurs à lui sortir pareille verve doucereuse mais ce compter sans le pro de la gelée qui le supplanta.
« J'te rappelle que tu m'en as posé deux, donc j'ai l'droit à deux réponses. », allégua celui-ci d'un petit (mais vaniteusement visible) sourire aux lèvres.
Droit mon cul oui… Il le lui avait bien mise ouais. Cet enculé réfrigéré avait bien planifié son coup — ou bien était-ce lui qui avait mal joué ? Quelle différence de toute manière ; il l'avait dans l'fion, comme ce fut le cas avec le barbon.
Ouais, en fin de compte, c'était une journée bien pourrie comme Gajeel les aimait.
« Vas-y j't'écoute…, soupira-t-il résigné.
— Il vous attend pour quoi ? », demanda l'homme-caleçon, son soulèvement de lippes à présent complètement disparu.
La voix entrelaçait ses lettres dans l'austérité ; la plaisanterie et son acolyte l'arrogance avaient pris la tangente. Lui-même face à ces mots se radoucit.
Grey voulait réellement savoir de quoi il en retournait, ça n'avait rien avoir avec la curiosité coutumière ou celle rattachée au tempérament. Dans les orbes ruisselaient la même inquiétude que la sienne. Et peut-être était-ce à cause de ça, parce que tous deux en définitif se souciaient (à leur façon toujours) de la mage d'eau qu'il lui répondit en toute franchise.
« Pour un combat à mort. »
J'aime finir comme ça, avec une phrase qui claque... Ça va saigner (et mourir, soit-dit en passant) !
Il reste trois chapitres avant la fin et je vais essayer de les écrire au mieux avant la fin de l'été ou au pire avant 2016 :) La motivation est là, prions fort les ami(e)s pour qu'elle reste le plus longtemps possible !
Merci à tous ceux qui sont encore là à lire malgré cette attente intermiiiiiinable. J'espère que malgré ses coquilles, vous appréciez cette fic et passez dans l'ensemble un sympathique moment à la parcourir.
J'vais essayer de publier le prochain chapitre avec beaucoup moins de "retard" mais je promets rien, j'essaye juste :)
Merci encore à vous qui lisez et j'vous dis assurément rendez-vous au chapitre 11 !
Bonne lecture (et écriture peut-être) à vous cocos et cocottes du web !
