Drago leva la tête, furieux, prêt à apostropher violemment la personne qui venait le déranger en pleine joute verbale avec Granger, mais se figea en voyant son père sur le pas de la porte, un sourire torve aux lèvres. Et merde. La présence de Lucius ici ne pouvait avoir que deux raisons : soit il voudrait punir son fils d'avoir songé à toucher une Sang-de-Bourbe, soit il désirait ladite Sang-de-Bourbe lui-même.

-Ah, Drago, tu es bien mon fils, se pavana le maître des lieux. Toujours à apprécier les belles choses, à ce que je vois.

Il souriait, l'air presque content, mais Drago perçut toutefois la lueur glaciale dans les yeux de son géniteur et préféra esquiver une remarque grivoise pour affecter un ton ennuyé :

-Belles choses ? C'est une sale petite Sang-de-Bourbe, père, elle ne peut pas être belle. Granger et moi-même nous souvenions seulement de quelques petites anecdotes de Poudlard, en bons camarades de promotion.

Il espérait vraiment que Lucius comprenne qu'il torturait la brune et donc, qu'elle n'éveillait aucune envie sous la ceinture. Cependant, il se sut perdant de ce petit jeu dès que son aîné afficha un rictus moqueur :

-Je n'en doute pas, Drago. Tu ne verras donc aucun inconvénient à ce que je t'enlève un moment Mademoiselle Granger pour que nous...discutions un peu, aussi ?

La mâchoire de Drago se serra violemment et il sut que Lucius se retenait de rire de son infortune. Son père venait clairement de dicter les règles du jeu, le vieux sournois. Sa répliqua était une menace claironnante pour quelqu'un qui avait été élevé dans le dangereux bain des Sang-pur de l'aristocratie sorcière. Et Lucius savait très bien le tort qu'il causait à son fils.

L'aîné était certainement déçu que le cadet soit parvenu à mettre la main sur sa proie avant lui et voulait simplement se venger en la lui enlevant, frappant ainsi un grand coup dans l'ego et la possessivité de Drago. C'est la pensée du coup retord de son père qui poussa Drago à répondre d'un ton tranchant.

-Hélas, Granger et moi-même n'en avons pas encore terminé. N'est-ce pas Granger ?

Hermione, toujours assise sur le lit, semblait pétrifiée et suivait l'échange entre ses deux ennemis avec une attention apeurée. Elle était assez intelligente pour comprendre la teneur de leurs paroles, même si elle songeait seulement qu'ils voulaient la torturer puis la tuer. Son esprit innocent était bien loin de l'infamie que Lucius voulait lui faire subir.

Toutefois, à choisir entre les deux, elle prendrait Drago, sans hésiter. Il lui faisait moins peur. Aussi hocha-t-elle vivement la tête en assentiment à la déclaration de son rival scolaire.

-Assez joué.

La voix de Lucius claqua comme un fouet de givre et son visage pâle, encore assez beau pour que ces dames y prêtent attention, était un masque de fureur glacée. Drago ne pouvait désobéir directement à un ordre de son père et se contenta de serrer les poings à s'en faire mal quand Lucius ordonna :

-Donne-moi la fille, Drago, qu'on en finisse.

Lucius pénétrait son âme de ses prunelles acier, tentant de percer les pensées de son fils, mais sans effort Drago le repoussa. Lucius n'avait jamais été un bon Legilimens, et Drago excellait en Occlumencie. Il avait appris de l'une des meilleures après tout. Bellatrix Lestrange, sa tante, favorite du Maître.

Drago soigna son apparence, paraissant impassible alors qu'il bouillonnait de rage, et saisit Hermione par le bras sans la regarder pour la jeter vers son père qui la réceptionna contre son torse et lui immobilisa aussitôt et sans peine les mains. Lucius offrit un rictus moqueur à Drago, fit demi-tour avec son butin et sortit, s'arrêtant sur le pas de la porte pour lancer par-dessus son épaule, yeux brillants d'une joie nauséabonde :

-Si tu es gentil, je t'en laisserai peut-être un bout, Drago. Peut-être.

Avec cela, il sortit, laissant Drago en proie à un sentiment de haine atroce. Il serra et desserra les poings. Ah, son père voulait lui prendre Granger ? Pour faire ces choses-là en outre ? Il lui arrachait des bras et se fichait de lui ? Parfait. Drago savait exactement quoi faire pour faire d'une pierre deux coups, à savoir : écarter Lucius de son chemin et récupérer Granger.

Depuis longtemps déjà, les relations filiales entre les deux hommes étaient tendues, et seule Narcissa parvenait à opérer comme un bouclier entre eux afin de les calmer. Lucius était jaloux de son fils, de ses succès et de la nette attention que le Maître plaçait en lui. Drago considérait son père comme un serviteur décrépit, qui avait depuis longtemps tâtée puis perdue toute faveur, et tout juste bon à s'asseoir de côté en laissant la jeunesse s'occuper des affaires nouvelles.

Drago ne le détestait pas vraiment, malgré son éducation stricte, propre aux grandes familles, et le peu d'amour que l'homme s'était abaissé à lui montrer au cours de sa vie : non, il le méprisait. Pour les souffrances que sa mère endurait et pour l'incapacité du personnage à réussir sa vie affectueuse ou professionnelle, si on peut comparer le fait d'être Mangemort à un emploi.

Hors de question que Drago le laisse faire ce soir. Granger était sienne. Il allait devoir recourir aux grands moyens.

Du moins c'est ce qu'il pensait avant que Daphné Greengrass s'élance dans la pièce en un tourbillon de volants de sa robe de bal, ayant l'air d'avoir couru un marathon. Elle haleta en dévisageant Drago, toujours debout au milieu de la pièce et qui haussa un sourcil dans sa direction, puis regarda autour de la chambre en plissant les yeux.

-Tu cherches quelqu'un, peut-être ? siffla Drago, mécontent de cette intrusion intempestive.

-Tu...tu n'es pas avec la Sang-de-Bourbe Granger ?

Drago la regarda avec attention. Qu'est-ce que cela aurait pu lui foutre ? Néanmoins, il rétorqua d'une voix narquoise et suintant le sarcasme.

-Visiblement non. Et cesse de violer ma chambre des yeux. Granger ne se cache pas sous le lit, ni dans les placards.

Elle expira, comme rassurée, et la prochaine chose que Drago sut, c'était que Daphné était pressée contre lui, lui dévorant les lèvres avec fougue. Ah, il avait oublié quelle tigresse elle était au lit.

Il hésita sur la marche à adopter. Répondre aux avances de Daphné qui étaient bien tentantes, ou alors partir chercher Granger ? Granger pouvait bien attendre cinq minutes non ? Non, réalisa-t-il en se rendant compte que son sexe ne s'éveillait toujours pas alors que la blonde le lui caressait par-dessus son pantalon en miaulant presque contre sa bouche.

Si même Daphné ne le faisait pas bander, le monde ne tournait plus rond...elle avait un corps de déesse pourtant et un visage ravissant. Et puis, songea-t-il, pendant qu'il profitait du baiser de la blonde, une certaine brune était sans doute en train de tenter d'échapper aux avances d'un pervers comme son père...

Cette pensée domina sur le reste et il s'arracha brutalement au baiser, avant d'attraper les mains de Daphné. Il la plaqua avec tant de violence contre le mur qu'elle se mordit la lèvre et se mit à saigner abondamment. Ignorant son instinct de mâle qui lui sifflait de recueillir ce sang de sa langue avant de tomber à genoux et de la lécher ailleurs, Drago la tint fermement, lui broyant les poignets par-dessus la tête alors qu'elle se mouvait pour s'échapper.

Alors qu'elle le frôla, il sentit enfin son membre se raidir. Voilà comment il aimait les choses : en position de dominant. Cependant, il se brida et siffla entre ses dents en jetant à la jeune fille un regard à faire pâlir Voldemort en personne :

-Que crois-tu faire, petite conne ?

-Je...je...

Elle était visiblement apeurée, terrifiée même, et il sentit l'excitation monter, tout en le dégoûtant. Était-il à ce point un monstre pour ne pouvoir jouir que dans la douleur et la souffrance des autres ? Non, il savait bien que non. Granger, elle, il la prendrait doucement, presque tendrement. Au début.

Il revint à l'instant présent où Daphné ravala un sanglot et la dévisagea avec dédain.

-Tu me dégoûtes, Greengrass. Dois-je te rappeler qui commande ici ?

-T...toi je...sais, pleura-t-elle bruyamment.

-C'est bien, dit-il en levant la main pour lui gifler doucement la joue droite, dans un geste purement destiné à l'humilier. Répète. Répète, ou je te ferai regretter d'être née.

-C'est toi, sanglota-t-elle en baissant les yeux. C'est toi qui commandes.

-Regarde-moi quand tu t'abaisses comme la pauvre catin que tu es, siffla-t-il en la giflant de nouveau un peu plus fort.

Elle leva ses beaux yeux noyés de larmes et répéta, comme il le lui commandait.

-Bien. J'espère que tu sauras retenir la leçon. Comment oses-tu entrer ici et inspecter la pièce du regard, puis te jeter sur moi comme une moldue débile, alors que je ne t'en ai pas donné l'ordre ?

-Je...je suis désolée ! Je jure, je ne recommencerai plus...

Il approcha ses lèvres de son oreille et lui souffla trois mois glaçants.

-Tu as intérêt.

Puis il la lâcha et elle s'écroula par terre, en proie à des spasmes nerveux, alors que Drago se délectait de la voir, elle, petite gamine noble et prétentieuse, se défaire comme une loque. Une merde.

Il sortit en claquant la porte, la laissant pleurer sur son sort un moment. C'est ainsi que sa sœur, Astoria, la cadette, la retrouva un moment plus tard, les joues rougies, les yeux bouffis et les lèvres bleuies et gonflées. Daphné cria sa peine, se confia à sa sœur. Astoria se contenta de plisser les lèvres avec hargne, la berçant dans ses bras.

Astoria détestait Drago. Il était une brute méchante à ses yeux, depuis leur enfance. D'autant qu'un contrat de mariage avait été rédigé entre leurs parents pour les marier, elle et lui. Depuis longtemps elle cherchait une raison d'exprimer clairement sa haine innée du jeune homme dans le but d'annuler le contrat, et il venait de lui fournir lui-même sa perte.

On ne touchait pas à la famille d'Astoria.

.

Ginny se lança dans une véritable crise de ruades dans le lit, toujours incapable de bouger. Oh, comme elle les haïssait ! Blaise était clairement nerveux du comportement de sa compagne, et l'autre...était stoïque.

Après tout, Severus Rogue était toujours stoïque.

Cependant, l'homme en noir finit par en avoir assez et lança d'une voix sèche :

-Il suffit, Mademoiselle Weasley. J'ai un mariage à célébrer et j'aimerais autant en finir au plus vite. Contrairement à vous, je n'ai pas des loisirs illimités.

Ginny hurla et tira plus fort sur ses liens. Ce ne fut que quand Severus menaça de la pétrifier pour pouvoir procéder à la cérémonie improvisée qu'elle se calma, le visage rouge de colère et les narines frémissantes. Si elle était debout et armée d'une baguette, ils passeraient tous les deux un sale quart d'heure.

-Traître, siffla-t-elle. Mangemort et traître ! Espèce de lâche !

-Monsieur Zabini, expliqua froidement Severus, a reçu le grand honneur de la part du Seigneur des Ténèbres de vous épouser et ce, dès ce soir. Vous devriez vous pâmer devant tant de grâce et de bonté de la part de notre noble Maître au lieu de pleurnicher et de lancer des sornettes. Tenez-vous tranquille.

-Tu avais dit que tu passerais de notre côté, Zabini, hurla-t-elle. Que tu te battrais avec l'Ordre !

-Un Veela doit toujours protéger sa compagne, expliqua Blaise l'air navré. Quoi que tu en penses, Ginny, la sécurité et l'avenir se situent du côté du Maître. C'est donc de ce côté-là que nous resterons.

-Tu m'as menti, espèce de...

-Monsieur Zabini voulait simplement vous faire tenir un peu plus tranquille, expliqua Severus avant de marmonner à mi-voix : charme de Veela, mes fesses.

-J'ai entendu, répliqua Blaise d'un ton égal.

Severus sortit sa baguette et dit pour conclure :

-Prends sa main. Nous allons commencer la cérémonie de votre mariage.

.

Bill arracha à grand-peine un Charlie tremblant du corps de sa mère. Les quatre Weasley- eux deux et les jumeaux- étaient parvenus à rassembler, dans un coin reculé du parc, les corps de Molly, Arthur et ce qu'il restait de Ron. D'un geste épuisé par la peine insurmontable et la rage, l'aîné des Weasley fit partir les corps dans le néant. Fred sanglotait dans les bras de George, également en larmes Charlie tremblait de tous ses membres, à genoux dans l'herbe Bill avait le cerveau trop engourdi pour réfléchir.

Au terme de longues et terribles minutes, d'un commun accord tacite, les jumeaux se séparèrent et Charlie se leva. Bill, silencieux toujours, se contenta de leur tendre à chacun une baguette. Merlin sait où il les avait dégoté et l'heure n'était pas aux questions. D'un même geste, les quatre frères se tournèrent vers le Manoir, sombre et froid malgré les sons de violon qui leur parvenaient de temps en temps sur la brise glaciale.

Ce soir, les Mangemorts tomberaient pour de bon.