Le vrai du faux

9 juin 1982

James et Remus étaient assis dans la cuisine de leur appartement, on pouvait l'appeler comme ça maintenant, à éplucher les documents que Sam leur avait emmenés il y a deux jours, attendant impatiemment sa venue afin qu'elle leur parle de sa visite à Azkaban. Ils étaient loin d'être passé à travers tout, étonnement, bien qu'il n'ait pas eu de procès, le rapport d'arrestation de Sirius contenait plusieurs documents, les deux jeunes hommes s'étaient donc séparé la tâche, lisant chacun attentivement chaque mot et prenant des notes. La dernière fois que Remus avait vu James aussi concentré sur un morceau de parchemin est lorsqu'ils travaillaient sur la carte du maraudeur...

Remus retourna au travail, prenant un nouveau document dans sa pile de parchemin. Il fronça les sourcils en voyant de quoi il s'agissait Interrogatoire de Mary Macdonald - 2 novembre 1981. Elle ne leur avait jamais dit qu'elle avait été interrogée… Remus jeta un autre regard à James, il semblait toujours parfaitement concentré sur sa lecture. Heureusement. Il était préférable qu'il jette d'abord un coup d'œil à son contenu avant de le montrer à James.

Il allait commencer sa lecture lorsque des coups frappés à la porte le firent sursauter. Sam venait d'arriver. James se leva d'un bond et se précipita à la porte. Remus quant à lui enfoui le rapport d'interrogatoire sous sa pile de parchemin pour le soustraire à la vue de James et alla ensuite rejoindre ce dernier. Lorsqu'il arriva, dans l'entrée, James avait déjà fait entrer Sam. Elle semblait épuisée.

-Salut Remus, dit la jeune femme en le voyant arriver.

-Salut Sam. On peut t'offrir quelque chose? Une tasse de thé?

-Bien volontiers, s'exclama la jeune femme alors qu'ils prenaient la direction de la cuisine. Tu vois James, Remus lui sait recevoir.

-Une vraie fée du logis, dit James d'un ton moqueur.

-Comparé à toi, tout le monde à l'air d'une fée du logis, sale rustre.

-Bon, trêve de plaisanteries, s'exclama James alors qu'ils entraient dans la cuisine et que Remus commençait à préparer le thé. Comment ça s'est passé.

-Vous voulez tout savoir, demanda Sam en grimaçant.

-Oui, assura James d'un ton résolu. Comment va-t-il?

-Aussi mal qu'on peut s'y attendre, dit Sam en secouant la tête. Les gars, cet endroit est horrible… si je pouvais, je n'y retournerais jamais… Sirius est… sale, maigre, il a une barbe… on dirait qu'il a vieilli de 10 ans. Et il te croyait mort, ajouta Sam en posant les yeux sur James.

Remus tourna les yeux sur son ami, il n'avait pas répondu. Il s'était laissé tomber sur une chaise et avait pris sa tête entre les mains, cachant son visage à Sam et lui. Remus retourna à la préparation du thé, sachant très bien qu'il devait retenir ses larmes.

-Il a dit quelque chose, demanda James d'une voix rauque.

-Oui. Je l'ai noté, dit Sam en sortant un calepin de sa poche. Mais si ça peut vous rassurer, il semblait vraiment sain d'esprit. Je veux dire, on aurait presque dit que les détraqueurs ne l'atteignaient pas. La ministre était vraiment surprise.

-Ça ne me surprend pas de Sirius, dit Remus en distribuant les tasses de thé. C'est un dur à cuire.

-Oui mais à ce point? Il était quand même très ému de me voir, ajouta Sam. Il m'a dit que j'étais la première personne à être vraiment gentille avec lui depuis des mois… Je n'en doute pas, Pierce est un vrai salop avec lui.

-Pierce, demanda James en relevant la tête. William Pierce? Le William de Mary?

-Ouais… en général c'est lui qui s'occupe d'Azkaban, les transferts et tout ça.

James frappa du poing sur la table, l'air visiblement contrarié et tourna la tête vers Remus.

-Tu étais au courant?

-Quoi? Que William allait à Azkaban régulièrement? Non.

-Et Mary, elle sait tu crois, demanda James en se tournant vers Sam.

-J'en sais rien, dit la jeune femme en haussant les épaules. Peut-être.

-Et elle n'a pas jugé bon de nous en informer, gronda James en se levant.

-Si on lui posait la question avant de sauter aux conclusions, dit Remus d'une voix douce.

James se tourna vers lui, l'observa un moment, puis hocha la tête avant de revenir s'asseoir. Maintenant, il était persuadé que, quoi qu'il contienne, il serait sans doute préférable de ne pas lui parler de l'interrogatoire de Mary, songea Remus. Du moins pas avant qu'il ait eu l'occasion de le lire et de préparer James.

-Alors, qu'est-ce que Sirius t'a dit, demanda Remus pressé de changer de sujet.

-Oui, alors voilà, dit Sam en posant les yeux sur son calepin. Il a dit : Queudver est encore en vie, il…

-Quoi! S'exclamèrent James et Remus d'une même voix.

-Ok… je vois que vous vous comprenez ce que ça veut dire.

-Il a dit autre chose, s'empressant de demander James.

-Oui. Queudver est encore en vie, il est en vie et il faut le retrouver, c'est lui qui a tout fait.

-Il a tout fait, dit James en fronçant les sourcils. Il a tout fait… Je le savais, dit le jeune homme un léger sourire sur les lèvres. Ça n'est pas Sirius qui a tué les moldus! Il n'a même pas tué Peter!

-Peter? C'est lui Queudver, demanda Sam.

-Mais c'est absurde, s'exclama Remus en se levant, commençant à faire les cent pas. Je veux dire, comment il peut être encore en vie! On a retrouvé son doigt, personne ne l'a vu ni entendu transplaner! Il ne peut pas s'être évaporé…

-Queudver, murmura James. Pourquoi Sirius a dit Queudver?

-J'en sais rien, il a peut-être dit ça à cause de l'habitude, dit Remus en se passant une main dans les cheveux.

-Non, dit James en secouant la tête. Je suis sûr que ça n'est pas un hasard s'il a dit Queudver…

Le silence s'installa, Remus réfléchissant. Queudver… il ne l'avait pas appelé Peter, il l'avait appelé…

-Le rat! S'exclama Remus.

-Exactement. Le rat, répondit James des éclairs dans les yeux.

C'était logique. Peter avait tué les moldus, s'était tranché un doigt et s'était transformé en rat pour disparaître… Ça expliquait même le rire étrange de Sirius quand on l'avait arrêté.

-Mais ça change tout, dit Remus en se passant une main devant les yeux.

-Oui, ça change tout, dit James un sourire sur les lèvres. Maintenant on a un moyen de prouver sans aucun doute l'innocence de Sirius.

-Il faut d'abord le retrouver, répliqua Remus. Il peut être n'importe où! Et puis qu'est-ce qu'on va dire? On ne peut quand même pas dire à tout le monde que Sirius, Peter et toi êtes…

Remus s'arrêta soudainement de parler, se rappelant la présence de Sam. Il tourna vers elle un regard paniqué. La jeune femme les regardait les sourcils froncés et les bras croisés.

-Hey oui, je suis toujours là.

James sursauta et se tourna vers elle. Sur son visage naquit une expression aussi horrifiée que celle de Remus. Ils en avaient définitivement trop dit devant elle et Sam était loin d'être une idiote.

-Détendez-vous les garçons. Je n'ai pas compris la moitié des choses que vous avez dites et franchement, vos petits secrets ne m'intéressent pas. Non, c'est faux vous savez que je suis excessivement curieuse et que je meure d'envie d'avoir plus d'explications, mais je vais me contenter de vous poser deux questions. Queudver c'est Peter?

-Oui, répondit Remus.

-Et Sirius dit qu'il est encore en vie et que c'est lui qui a tué les moldus?

-Oui.

-Alors il ne nous reste qu'une chose à faire, retrouver se salopard et le foutre derrière les barreaux.

Remus sourit. Sam était tout simplement géniale.

-Vous avez une idée de l'endroit où il pourrait être allé?

-Pas la moindre, dit Remus en secouant la tête.

-Il peut être n'importe où, dit James en se passant une main dans les cheveux. Et… il pourrait très bien avoir changé son apparence.

-C'est logique, s'il veut faire croire à sa mort, dit Sam. Je vais essayer de me renseigner, si quelqu'un n'a pas signalé avoir vu le sosie de Peter Pettigrow ou un truc du genre… en attendant, vous en êtes où dans la lecture du rapport? Vous avez trouvé un truc utile, demanda la jeune femme en désignant les parchemins étalés sur la table.

-Pas vraiment pour le moment, dit James en posant son regard sur la pile de parchemins. Je ne crois pas vraiment qu'on apprenne quoi que ce soit de nouveau… Il faudrait vraiment que je puisse parler à Sirius… Tu sais ce qu'il en est de ce côté-là?

-Je crois que la ministre y songe. Officiellement elle allait simplement faire une visite de routine à Azkaban, mais elle a parlé avec Sirius beaucoup plus qu'avec les autres détenus… bon, il est vrai que les autres avaient l'air d'avoir complètement perdu la boule et que plusieurs d'entre eux étaient juste terrifiants… mais j'ai l'impression qu'elle voulait le sonder.

-Espérons que tu aies raison.

-Oui… mais au point où on en est, c'est une question de politique, dit Sam. Il est préférable d'attendre d'avoir une réponse avant de tenter quoi que ce soit d'autre.

-Hum… pourvu qu'ils ne prennent pas trop de temps, soupira James. Parce que ma patience est épuisée.


11 juin 1982

Mary poussa un soupir de soulagement en entrant dans la salle de repos des infirmières. Elle venait de passer une journée effroyablement longue et c'est avec bonheur qu'elle songeait au bain moussant qu'elle se ferait couler en rentrant chez elle.

-Mary, quelqu'un te demande à l'accueil.

La jeune femme se retourna vers Georgina, l'une de ses collègues qui avait passé la tête dans le cadre de porte.

-Qui?

-Je sais pas, répondit Georgina en haussant les épaules. Il a dit qu'il était un ami.

-Un ami? À quoi est-ce qu'il ressemblait? Il a dit pourquoi il venait?

-Est-ce que j'ai l'air d'un putain d'hibou postal? Va voir toi-même, s'exclama Georgina en sortant de la pièce.

-On essaie d'éviter quelqu'un, demanda Alicia, une stagiaire fraîchement sortie de Poudlard qui prenait sa pose dans la salle de repos.

-Si on veut, dit Mary en grimaçant. Tu peux me rendre un service et aller voir à quoi il ressemble?

-On est à la petite école, demanda Alicia en s'esclaffant.

-S'il-te-plaît!

-Ok, ok… mais tu m'en vaudras une…

-Tout ce que tu veux.

Alicia lui fit un clin d'œil et sortit de la pièce. Elle revint une ou deux minutes plus tard un léger sourire sur les lèvres.

-Je suis déçue, j'espérais que ça soit le fameux James Potter, s'exclama Alicia en retournant s'asseoir.

-Georgina l'aurait reconnu. Alors, il a l'air de quoi?

-Taille moyenne, assez maigre, cheveux châtain, l'air malade…

-Remus. Et merde!

-Désolée ma chérie… C'est indiscret de te demander pourquoi tu le fuis?

-Je ne le… c'est compliqué.

-Ok… Qu'est-ce que tu vas faire? On ne peut pas transplaner dans l'hôpital et tu es obligée de passer devant l'accueil pour sortir… tu es faite ma vieille…

-Merci pour les encouragements Alicia, dit Mary d'un air sombre.

-Fait plaisir, s'exclama la jeune femme.

Mary lui jeta un regard agacé puis, consciente qu'elle était ridicule à se cacher ainsi, attrapa son sac et sortit de la pièce. Il lui faudrait de toute manière parler aux garçons un jour ou l'autre, songea-t-elle alors qu'Alicia lui lançait un « bonne chance » enjoué.

Un peu nerveuse, Maryse rendit à l'accueil où Remus l'attendait patiemment, assis sur une chaise, un document posé sur ses genoux. En la voyant, il se leva et se dirigea vers elle, l'air neutre. Mary déglutit, elle avait un étrange pressentiment.

-Bonjour Mary, dit Remus en arrivant à sa hauteur.

-Bonjour Rem…

-Il faut qu'on parle, dit abruptement le loup-garou.

-On peut faire ça une autre fois? J'ai eu une journée vraiment horrible et…

Les mots de Mary moururent dans sa gorge. Remus venait de lui présenter un dossier sur lequel était inscrit Interrogatoire de Mary Macdonald - 2 novembre 1981. Son cœur manqua un battement. Comment est-ce qu'ils étaient entrés en possession de ce document.

-Alors, tu as du temps à m'accorder, demanda Remus le visage fermé.

-Allons chez moi.

Suivie par Remus, Mary prit la direction de la sortie et transplana devant sa maison. Elle y entra, laissant tomber son sac dans l'entrée, ses pensées se bousculant à toute vitesse dans sa tête. Qu'est-ce qu'elle pourrait bien dire à Remus?

-Tu me laisses aller me changer, demanda Mary en se tournant vers Remus.

-Je t'attends au salon.

Mary hocha la tête, puis se dirigea vers sa chambre pour troquer son uniforme contre un jeans et un t-shirt. Elle jeta ensuite un coup d'œil à son reflet dans le miroir et avisa ses traits tirés et son air vaguement désespéré. Si elle espérait se donner du courage, c'était raté.

Consciente qu'elle n'avait pas d'autres choix, elle prit une profonde inspiration, puis alla rejoindre Remus, qui l'attendait dans le salon. Il avait posé le dossier sur la table à café et était debout près de la fenêtre, son regard perdu dans le paysage.

-Tu as de la chance tu sais, dit Remus en se tournant vers elle. C'est moi qui suis tombé dessus.

-James ne l'a pas vu, s'enquit Mary sentant un poids s'envoler de sa poitrine.

-Pas pour le moment, non.

-Qu'est-ce que…

-Il va le découvrir d'une manière ou d'une autre Mary et je crois qu'il est mieux qu'il l'entende de ta bouche.

Mary hocha la tête, une boule se formant dans sa gorge. Qu'il l'entende d'elle ou de quelqu'un d'autre, elle doutait que sa réaction soit positive. Et elle ne supporterait pas que James lui en veuille.

-Je ne peux pas complètement te blâmer, repris Remus. Si j'avais été interrogé à ta place, j'aurais peut-être fait la même chose que toi, mais on sait tous les deux que James ne le verra pas de cette manière.

-Je n'ai pas…

-Laisse-moi te lire un extrait, dit Remus en ouvrant le dossier. C'est une citation de toi : «Sirius a été élevé dans une famille de sang-pur qui prenait son statut très au sérieux. Ses parents insistaient pour qu'il se dissocie des moldus et né-moldus. Ils détestaient les Potter qu'ils considéraient comme des traitres à leur sang et désapprouvaient son amitié avec James. À 16 ans, quand il a fugué pour aller vivre chez James, ses parents étaient si furieux qu'ils l'ont déshérité et rayé de l'arbre généalogique. Sirius m'a déjà dit que son seul regret était d'avoir dû laisser son petit frère Regulus derrière lui. Durant toute leur enfance, il a fait ce qu'il pouvait pour le protéger de leurs parents. Quand il a appris qu'il était devenu un mangemort, il a tenté de le retrouver pour pouvoir lui parler et essayer de le convaincre de renoncer et de rejoindre l'autre camp. Il ne l'a pas trouvé à temps, il est mort. Quand il l'a appris, Sirius était complètement dévasté. Il s'en voulait de l'avoir laissé tomber et se considérait responsable de sa mort.»

Remus cessa sa lecture, levant les yeux vers Mary. La jeune femme croisa les bras, évitant le regard de Remus. Elle n'avait rien dit de mal… seulement la vérité.

-Laisse-moi maintenant te lire les conclusions qu'Hemingway à tirées de tes révélations. «Élevé dans un environnement favorable à la magie noire et à l'idéalisation de la pureté du sang, Sirius Black a sans le moindre doute été influencé par cet environnement. Il semble logique et vraisemblable que suite à la mort de son frère, il ait voulu se racheter et se rapprocher de sa famille, en complétant ce que Regulus Black avait commencé. En rejoignant le camp de V., il avait une chance de prouver aux Black qu'il était « digne » de son nom de famille.»

Mary se laissa tomber sur un fauteuil. Elle ne savait pas. Hemingway ne lui avait jamais fait part de ses conclusions. Elle lui avait balancé tout ce qu'elle savait sur Sirius, il l'avait remercié et était parti. Elle n'avait plus jamais entendu parler de lui. Elle ne se doutait pas que ce qu'elle avait dit puisse être si incriminant… Elle pensait simplement qu'elle n'avait pas réussi à soulever un doute suffisamment grand sur le fait qu'il puisse être un mangemort, pas qu'elle avait aidé à confirmer le fait qu'il l'était…

-J'ai juste dit la vérité, murmura Mary. Je voulais juste…

Les mots moururent dans sa gorge, étouffés par un sanglot. Elle était complètement désorientée, confuse. Au début, ça avait été plus simple, plus facile de se dire que Sirius avait tout fait. Elle avait passé un mois, seule à veiller James, à l'entendre appeler les noms de Lily et Harry dans son sommeil troublé et si chaque fois ça lui brisait le cœur, elle avait une personne à blâmer : Sirius. Il était responsable. C'était à cause de lui qu'elle avait tout perdu. Il l'avait dupée, il les avait tous dupés et comme à chaque fois, elle était tombée amoureuse d'un salop. Tout était plus simple.

Puis quand James lui avait dit qu'il était innocent, tout s'était compliqué. Elle avait commencé à douter, avait pensé à ce qu'elle avait déclaré à Hemingway, au fait qu'il avait ri quand on l'avait arrêté, à l'état de détresse de James qui semblait s'accrocher à l'innocence présumée de Sirius comme à une bouée de sauvetage… Tout était flou, incertain. Les faits l'accusaient, mais ne concordaient pas avec le reste. La possibilité que Sirius soit coupable était complètement absurde. Le Sirius qu'elle connaissait depuis des années n'aurait jamais fait ça… Mais elle s'accrochait à cette idée. Il était coupable, il ne pouvait pas en être autrement…

-Tu voulais quoi Mary, demanda Remus en refermant le dossier. Soulever tout doute possible sur sa culpabilité.

-Non. Je voulais comprendre, hoqueta la jeune femme. J'ai juste dit la vérité…

-Je sais, soupira Remus en allant s'asseoir. C'est juste que… Quand James va voir ça…

-Il va être furieux contre moi. Je sais.

-Je ne comprends pas Mary. Pourquoi?

-Pourquoi quoi?

-Pourquoi tu persistes à le croire coupable. Qu'est-ce que tu sais qu'on ne sait pas?

Mary ferma les yeux un moment. La réponse est qu'elle l'ignorait. Elle ignorait pourquoi elle refusait de croire James, de suivre son instinct qui lui hurlait que Sirius ne pouvait pas être coupable…

-Parce que … je ne sais pas, murmura Mary. Je ne sais pas Remus.

-Hey bien trouve. Parce qu'il n'y a plus de place pour les zones grises. Soit tu trouves une bonne raison pour croire Sirius coupable, soit tu crois James et tu nous aides à le sortir de là. Mais peu importe ton choix, je te donne une semaine pour aller voir James et lui parler de cet interrogatoire. Je refuse de lui cacher plus longtemps.

-Remus, s'il-te-plaît…

-Tu sais que c'est la chose à faire, dit Remus en se levant. Je te laisse l'interrogatoire, j'en ai une copie.

Sur ces mots, le jeune homme se dirigea vers la sortie, puis sembla se raviser et se tourna vers elle.

-En passant, James et moi ne sommes pas des idiots. Nous savons que tu as couché avec Sirius. C'était vraiment stupide.

Sur ces mots, Remus prit définitivement la direction de la sortie. Mary resta assise dans son fauteuil, immobile, les yeux fixés sur le mur face à elle, avec l'impression d'avoir un éléphant assis sur sa poitrine, des larmes coulant silencieusement sur ses joues.


12 juin 1982

Ça y était. James tenait entre ses mains une lettre du ministère de la magie. Une lettre qui lui dirait peut-être si oui ou non il pourrait aller visiter Sirius. Juste à côté de lui, Remus attendait avec impatience qu'il se décide à l'ouvrir. James prit une profonde inspiration, puis entreprit de la décacheter. Les mains tremblantes, il en lu rapidement le contenu.

-J'ai un rendez-vous avec Victor Tyssere demain à 9h30, dit James en relevant les yeux vers Remus. C'est bon signe tu penses?

-J'en sais rien, répondit Remus en haussant les épaules. Tu le sauras demain.

-Oui… Je vais demander à Ernest de venir… et Dumbledore sera sûrement là aussi… J'ai hâte que tout ça soit terminé, soupira James en laissant tomber la lettre sur la table.

-Je sais, dit Remus en lui souriant légèrement. Je sais…

-Et puis, plus j'y pense… à quoi ça servira cette visite? Je ne sais pas ce que Sirius pourrait m'apprendre de plus… et sans Peter… tu veux bien me dire comment on va faire pour le retrouver? Et si on le retrouve, comment est-ce qu'on va expliquer aux autorités le fait qu'il se transforme en rat? Il va falloir tout leur dire… Ils ne prendront certainement pas le risque de mettre le père du survivant derrière les barreaux, ça serait un suicide politique, mais ils vont sauter sur l'occasion pour justifier l'emprisonnement de Sirius et sauver les apparences… On ne peut pas leur dire. En aucun cas. Mais si on ne leur dit pas, Peter va pouvoir s'échapper sans le moindre problème… il faut trouver une autre solution. Il faut parvenir à les convaincre de l'innocence de Sirius sans Peter… mais c'est pratiquement impossible…

James se tourna vers Remus, qui l'observait les sourcils froncés.

-Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de leur emmener Peter…, commença Remus.

-Ils ne nous croiront pas autrement.

-Ils peuvent soumettre Sirius au Verita Serum.

-Non. Il leur dirait que Peter s'est transformé en rat et on se retrouverait au même point. Notre meilleure chance, comme toujours, c'est l'opinion publique. Si la réponse qu'ils me donnent demain est négative, ils vont y goûter…

James venait juste de prononcer ces mots, que les pleurs d'un bébé retentirent.

-Harry a terminé sa sieste, constata Remus en souriant légèrement.

-Et il nous le fait s'avoir, répliqua James en se dirigea vers la chambre du bambin.

Il trouva Harry debout dans son berceau, les joues inondées de larmes. James fronça les sourcils. D'habitude, quand il se réveillait, il pleurait pour la forme, juste pour lui signifier qu'il voulait sortir du berceau. Là, il semblait presque en détresse.

-Qu'est-ce qui ne va pas bonhomme, demanda donc James en le prenant dans ses bras.

Pour toute réponse, Harry continua de pleurer. James alla donc l'étendre sur la table à langer, présumant qu'il avait besoin d'un changement de couche, mais tout semblait bien aller… Il avait peut-être faim?

-Tu veux manger, demanda James.

Trop occupé qu'il était à pleurer, James n'obtint aucune réponse de la part d'Harry. De toute manière, il n'aurait pas pleuré de cette manière simplement pour un estomac vide.

-Tu as mal quelque part?

Toujours rien. James se contenta donc de le serrer dans ses bras, lui murmurant des paroles réconfortantes, lui frottant doucement le dos. Au bout de ce qui lui parut être une éternité, le petit cessa finalement de pleurer. Le gardant dans ses bras, James l'éloigna un peu pour pouvoir l'observer. Il avait les joues barbouillées de larmes et l'air morose, mais mis à part ça, tout semblait bien aller.

-Pourquoi tu pleurais Harry, demanda James.

-Le mosieur.

-Le Monsieur?

-Oui. Le méhant mosieur.

Puis, comme s'il était terrifié, Harry se rapprocha de lui et enroula ses bras autour de son cou. Déconcerté, James lui frotta doucement le dos. Il devait avoir fait un cauchemar…

-Chut, ça va Harry, tout va bien, papa est là. Tout va bien. Je ne laisserai jamais rien de mal t'arriver.

James regretta ces mots aussitôt qu'il les eut prononcés. Il avait déjà fait une promesse de ce genre à son fils, le jour de sa naissance… et il n'avait pas su la tenir, il avait même échoué lamentablement.


31 juillet 1980

James faisait les cent pas devant une chambre de l'Hôpital pour sorcier Ste-Mangouste. Derrière la porte, il entendait les médicomages et les infirmières s'activer. Ça allait mal, très mal… Pourtant… tout se déroulait à merveille, le travail avait commencé il y a près de huit heures et la médicomage disait que tout se passait bien… C'est quand il avait été temps de pousser que tout s'était gâché… sa main serrant avec force celle de James, Lily avait écouté les instructions du médecin, elle poussait et tout semblait toujours bien aller… puis elle s'était évanouie, tout le monde était devenu hystérique et on l'avait mis dehors. Ça devait bien faire deux heures…

-James, calme-toi, dit Sirius la voix nonchalante.

James posa les yeux sur son meilleur ami qui était assis face à lui, sur une chaise, les jambes étendues devant lui et les bras croisés. À cet instant, James eut presque envie de frapper Sirius.

-Comment veux-tu que je me calme, s'énerva James. Je ne sais même pas ce qui se passe là-dedans! Lily pourrait tout aussi bien être morte!

-Tu ne crois pas que tu dramatises un peu, demanda Sirius en haussant un sourcil.

James ne répondit que par un grognement et recommença à faire les cent pas. Non, il ne dramatisait pas! Ça arrivait des accouchements qui se passent mal! Et on n'était pas supposé perdre connaissance pendant son accouchement… Pourquoi Lily avait perdu connaissance? Est-ce qu'elle allait bien? Et si c'était le bébé qui n'allait pas? Ou les deux?

-Tout ira bien James, renchérit Remus qui était assis à côté de Sirius. Elle est entre de bonnes mains. Mary est là, elle ne laissera rien arriver à Lily.

James ne prit pas la peine de répondre. Ce que Remus disait était ridicule. Il savait que Mary ferait tout son possible, tout comme la médicomage et les autres infirmières, mais ils n'avaient pas des pouvoirs illimités par Merlin!

-Tu veux peut-être boire ou manger quelque chose, proposa Peter. Tu n'as rien avalé depuis ce matin.

-Non, gronda James en s'arrêtant pour faire face à ses trois amis. Je veux savoir ce qui se passe là-dedans, c'est tout!

-Je crois qu'on l'a compris, marmonna Sirius.

-Oh, taisez-vous! Je ne sais même pas pourquoi je vous ai demandé de venir, s'énerva James en recommençant de nouveau à faire les cent pas.

-Probablement pour pouvoir te défouler sur nous, soupira Sirius.

James ouvrait la bouche pour répliquer lorsque les pleurs d'un nouveau-né se mirent à filtrer à travers la porte. James stoppa net et posa un regard stupéfait sur la porte de la chambre qu'il fixa durant de longues minutes sans réellement réagir.

Vous entendez, demanda finalement James en se tournant vers ses amis. Vous entendez? C'est… c'est...

Les pleurs de ton fils James, dit Remus en souriant.

Il est né… le bébé est… mais… il ne pleure plus! Qu'est-ce que… pourquoi il ne pleure plus! Et Lily elle… Pourquoi ils n'ouvrent pas la porte par Merlin!

James se retourna vers la porte et tendit la main vers la poignée pour l'ouvrir, mais elle s'ouvrit aussitôt sur une infirmière, en l'occurrence Mary, qui souriait de toutes ses dents.

-Tout va bien James. Lily et le bébé vont bien. Tu es le papa d'un magnifique petit garçon.

James se précipita dans la chambre, poussant légèrement Mary contre le cadre de la porte et fonça vers le lit où se trouvait Lily… Elle allait bien. Elle était assise sur le lit, couverte de sueur, les cheveux défaits et plaqués sur sa tête et avait les joues rouges, mais James ne l'avait jamais trouvé plus belle avec ses yeux brillants posés sur leur petit garçon qu'elle était en train d'allaiter.

-Lily, murmura James en s'approchant d'elle.

La jeune femme leva les yeux vers lui et lui offrit un sourire. L'infirmière qui était restée près d'elle pour l'aider à placer le bébé pour l'allaitement s'éclipsa et James posa une main sur la joue de Lily qui ferma les yeux, se pressant contre sa paume.

-J'ai tellement eu peur, murmura James d'une voix étranglée.

-Je vais bien, répondit Lily en ouvrant les yeux. Nous allons bien tous les deux, ajouta-t-elle en posant les yeux sur le poupon.

James suivit son regard et observa le nouveau-né qui était toujours accroché au sein de sa mère, l'une de ses mains posées sur la poitrine de Lily. Il était vraiment minuscule songea James…

-Alors voilà mon filleul.

James se tourna vers Sirius qui venait d'entrer dans la chambre en compagnie de Remus et Peter. La médicomage et les infirmières étaient presque toutes parties, à l'exception de Mary et une autre qui semblait remplir de la paperasse.

-Oui, dit Lily en souriant à Sirius. C'est Harry.

Entre temps, le petit semblait avoir terminé de boire et Lily put l'éloigner et replacer sa chemise d'hôpital. Les trois autres s'approchèrent d'elle pour voir le bébé de plus près.

-Il est magnifique, dit Remus. Félicitations Lily, ajouta-t-il avant de se pencher vers elle pour poser un baiser sur son front.

-Merci Rem. C'est vrai qu'il est beau, dit Lily en posant un regard tendre sur le nourrisson.

Sirius et Peter firent également les félicitations d'usage et Lily leva ensuite les yeux vers James.

-Tu le prends?

-Je… je ne sais pas, balbutia James.

-Qu'est-ce qu'il y a, demanda Lily les sourcils froncés.

-C'est que… je ne sais pas comment faire. Je ne veux pas le briser…

-Le briser, pouffa Sirius. Le briser? Ça n'est pas le vase de porcelaine de ta mère…

Sirius eut droit à une claque derrière la tête de la part de Mary et à un regard noir de Lily qui se retourna ensuite vers James.

-Tout ira bien James, dit Lily retrouvant le sourire Tu n'as qu'à passer une main derrière sa tête et l'autre sous ses fesses. Ça va aller mon amour.

James hocha la tête et, les mains tremblantes, se pencha sur le lit pour prendre son fils. Lily le lui tendit et James suivit ses instructions en passant une main sous sa tête et l'autre sous ses fesses. Il s'éloigna ensuite lentement de Lily, tenant le petit devant lui. Il songea qu'il avait une drôle de tête avec son visage tout rouge et fripé et la touffe de cheveux noirs qu'il avait sur la tête. Mais c'était son fils. C'était son petit garçon… leur petit garçon à Lily et lui... ils l'avaient créé… James se sentit aussitôt pris d'une bouffée d'amour pour ce petit être qu'il connaissait à peine et il refoula avec peine les larmes qui envahissaient ses yeux.

Plus rassuré, comme s'il savait maintenant instinctivement comment faire, James replaça le petit afin de le tenir tout contre lui avec un seul bras. Un sourire béat sur les lèvres, il approcha son bras libre du poupon et, avec son index, commença à parcourir son visage. Son tout petit nez, ses minuscules oreilles, sa petite bouche… il eut aussitôt envie de le dessiner… C'est alors que le bébé ouvrit les yeux une fraction de seconde. James leva la tête vers Lily, son sourire s'élargissant.

-Lily! Il a tes yeux!

-Et tes cheveux, fit remarquer Sirius. Le pauvre enfant…

-Il est parfait, dit Lily d'une voix comblée.

James ne pouvait qu'être d'accord avec elle. Il écoutait à peine les autres discuter, Mary expliquer à Peter quelles avaient été les complications, Sirius disant n'importe quoi juste pour énerver la jeune femme et Remus demandant à Lily comment elle se sentait… Les yeux fixés sur Harry, James s'émerveillait de voir ses petits poings s'ouvrir et se fermer près de son visage, de le voir bâiller, plisser le nez…

C'est alors que le bébé se mit à pleurer. Paniquant, James se tourna vers les autres qui avaient fixé leur regard sur lui. Il ne voyait pas qu'est-ce qu'il avait fait de mal et qu'est-ce qu'il fallait faire pour qu'il arrête de pleurer. Le comprenant, comme toujours, Lily tendit les bras vers lui et James s'approcha d'elle pour lui donner le poupon. Quelques secondes plus tard, alors que Lily berçait l'enfant, ses pleurs cessèrent et il sembla se rendormir.

-Qu'est-ce qu'il avait, demanda James.

-Quelle question! Si je t'avais comme père, moi aussi je pleurerais, s'exclama Sirius.

James bouscula un peu Sirius et se retourna vers Lily. Cette dernière avait les paupières lourdes et semblait épuisée.

-Bon les garçons, nous allons laisser Lily se reposer, s'exclama Mary qui avait également remarqué la fatigue de Lily.

-Je reste, s'insurgea James.

-Bien sûr que tu restes, dit Mary en souriant. Je parlais aux trois autres.

La jeune femme s'était approchée de Lily et du bébé. Elle les observa sommairement tous les deux, posa quelques questions à Lily pour savoir comment elle se sentait, puis sorti en entraînant Sirius, Remus et Peter avec elle, ces derniers se plaignant qu'ils n'avaient même pas eu le temps de prendre le petit dans leur bras.

Une fois la porte refermée sur eux, James s'approcha de Lily qui, le bébé toujours dans ses bras, se poussa légèrement pour le laisser s'asseoir près d'elle. Le jeune homme passa son bras autour des épaules de sa femme qui posa sa tête contre son torse. Tous deux avaient les yeux fixés sur le bébé.

-J'aurais aimé que mes parents soient là, murmura Lily. Ils me manquent…

-Je sais. Les miens aussi. Ils seraient sans doute très heureux… tous les quatre.

-J'espère qu'Harry n'aura pas à vivre ça avant longtemps, dit la jeune femme.

-Quoi?

-Être orphelin… ou juste mourir… avec tout ce qui se passe et ce qu'on fait… on dirait que je n'y songeais pas avant, mais maintenant qu'il est là… j'aurais aimé pouvoir le garder dans mon ventre plus longtemps, il y était en sécurité… C'est peut-être toi qui avais raison après tout, c'était complètement stupide d'avoir un enfant…

-Lil, dit James d'une voix rassurante. Tout ira bien. Je suis là pour vous protéger tous les deux.

-Je sais. Mais on ne sait jamais ce qui peut arriver. Ce qu'on fait est dangereux… et qui sera là pour veiller sur toi quand je m'occuperai d'Harry?

-Si ça te rassure, moi je reste à la maison m'occuper du bébé et toi tu vas te battre contre les mangemorts, dit James d'un ton moqueur.

-Et si on restait plutôt tous les trois à la maison…

-Lil, on en a déjà parlé, dit James d'une voix douce. Je ne peux pas rester sans rien faire pendant que les autres…

-Je sais… moi aussi ça me rendrait folle… ça me rend déjà folle depuis neuf mois… mais on est trois maintenant… il faut penser à lui.

-C'est pour ça qu'il faut continuer à se battre. Pour lui.

-Oui mais…

-Ne pense pas à ça aujourd'hui Lil, l'interrompit James d'une voix douce. Aujourd'hui, tout ce qui compte c'est que tu as donné naissance à notre petit garçon et que tu as été géniale.

-Oui tu as sans doute raison… Je t'aime.

-Je t'aime aussi Lil. Tellement…

James posa un baiser dans les cheveux de Lily qui se blottit un peu plus contre lui. Le jeune homme approcha son bras libre du bébé et effleura sa main du bout du doigt et Harry referma sa minuscule main sur le doigt de James qui ne put s'empêcher de sourire.

-Tu sais quoi, dit Lily d'une voix endormie.

-Quoi?

-Nous allons être des parents géniaux.

James sourit et, voyant qu'elle était en en train de s'endormir, se leva et lui retira le bébé des bras. Lily s'étendit aussitôt et, quelques minutes plus tard, sa respiration se faisait régulière, signe qu'elle s'était endormie.

Son fils dans les bras, James alla s'asseoir dans la chaise berçante qu'il y avait dans la chambre et posa les yeux sur le poupon qui était maintenant réveillé et le fixait de ses grands yeux verts en amande.

-Ne t'en fait pas, papa ne laissera jamais rien de mal t'arriver, murmura James songeant à ce que Lily avait dit plus tôt. Ni à toi, ni à ta maman.


13 juin 1982

Assis entre Dumbledore et Ernest, James attendait avec une impatience grandissante que s'ouvre la porte du bureau de Victor Tyssere, se demandant bien ce qu'il pouvait faire de plus important que de leur ouvrir la porte…

James venait juste de formuler cette pensée que la porte s'ouvrit sur Lizzie qui, apercevant le Professeur Dumbledore, rougit violemment. S'il n'avait pas été si impatient de rencontrer Tyssere, James aurait sans doute été amusé par l'embarras de la jeune femme. Il n'y avait pourtant pas de quoi, quand Dumbledore était arrivé, elle avait déjà remis son manteau…

-M. Tyssere vous attend, dit Lizzie en évitant de regarder Dumbledore.

-Merci Miss Mores, dit le Professeur Dumbledore en souriant.

-C'est un plaisir, balbutia Lizzie en s'effaçant pour les laisser entrer.

En passant devant elle, James chercha ses yeux. Il les trouva rapidement. Ils étaient emplis de colère et peut-être de tristesse.

-Tu assistes à la rencontre, demanda James à voix basse.

-Oui.

-Tu espères avoir un scoop?

-Non, je fais mon travail.

-Quoi qu'il en soit, tu ne pourras rien vendre à Skeeter, j'ai déjà un arrangement avec elle.

Le visage fermé, Lizzie l'observa un moment, avant d'afficher un sourire cordial.

-Je vous en prie M. Potter, allez vous asseoir.

James lui jeta un regard hostile, puis alla rejoindre Tyssere, Dumbledore et Ernest à la table. Lizzie pris place un peu en retrait, une plume et un parchemin en main.

-Bonjour M. Potter, dit Tyssere en souriant.

-Bonjour. On peut en venir tout de suite aux faits, demanda James cachant mal son impatience.

-Oui… oui. Nous avons pris une décision concernant votre possible visite à M. Black. Malheureusement, nous ne pourrons donner suite à votre demande.

-Et pour qu'elle raison, demanda James d'une voix qu'il tendait de garder calme.

-Après vérifications, il semblerait que M. Black soit incapable de tenir un discours cohérent. Nous ne tenons pas à vous offrir un tel spectacle…

Le silence s'installa dans la pièce. James observa Tyssere un moment, ce dernier semblant retenir son souffle. Puis, sous le regard étonné des autres personnes présentes dans la pièce, il éclata de rire. C'est la raison qu'ils avaient trouvée pour le dissuader de voir Sirius? Ils devraient trouver autre chose.

-Nous pouvons savoir ce qu'il y a de si drôle, demanda Tyssere les sourcils froncés.

-Ce qu'il y a de drôle, M. Tyssere, dit James reprenant son sérieux. C'est que vous soyez en train de raconter n'importe quoi. Je sais de source sure que Sirius est en pleine possession de ses facultés mentales, contrairement aux autres détenus.

-Comment vous…

-Je tiens également à vous informer que vous n'en avez pas terminé avec moi, le coupa James. Vous ne vous débarrasserez pas de moi en me racontant des conneries et je vais obtenir ce que je veux. J'obtiens toujours ce que je veux. La différence, c'est que jusqu'à présent, vous aviez la chance de me donner ce que je veux sans faire trop d'éclats. Mais maintenant… n'oubliez pas de lire les journaux demain matin.

Sur ces mots, James se leva et, ignorant les appels répétés d'Ernest, Dumbledore et Tyssere qui lui demandaient de rester, il quitta la pièce. Il comptait se rendre directement aux bureaux de la Gazette du sorcier pour remettre à Skeeter les déclarations qu'il avait déjà préparées à sa demande. Ils allaient y goûter.


14 juin 1982- 5h15

Assise à la table de sa cuisine, Mary avait les yeux posés sur son interrogatoire, se demandant une fois de plus si elle aurait le courage d'aller parler à James. Elle n'avait pas le choix, elle le savait, mais elle était terrifiée et presque tentée de laisser Remus le faire lorsque le délai qu'il lui avait accordé se serait écoulé.

-Bonjour ma chérie.

Mary tourna la tête vers l'entrée de la cuisine où venait de surgir William. Elle se leva aussitôt pour aller l'embrasser et éviter ainsi qu'il ne voie le document…

-Bonjour mon chéri, j'ai préparé du café, si tu en veux.

-Tu parles que j'en veux, s'exclama William en se dirigeant vers la cafetière.

Mary en profita pour sortir sa baguette de la poche de sa robe de chambre et ainsi faire disparaître le document.

-Tu es debout de bonne heure, commenta William en se tournant vers elle. Tu ne travailles pas aujourd'hui pourtant.

-Oui, je… je n'arrivais plus à dormir.

-Ça arrive souvent ces derniers temps, dit William d'une voix douce.

Mary ne dit rien, détournant le regard. Il lui semblait de plus en plus évident qu'elle ne pourrait pas cacher tellement plus longtemps à William ce qui la tracassait… mais il lui était impossible de lui en parler.

-Mary, pourquoi tu refuses de me dire ce qui se passe?

-Parce que c'est compliqué, dit Mary.

-Je peux quand même essayer de comprendre, non?

Mary ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Qu'est-ce qu'elle pouvait lui dire? C'est alors qu'elle entendit des coups frappés à la fenêtre. Un hibou.

-Sauvée par le hibou postal, soupira William.

Mary se mordit la lèvre, alors que William allait ouvrir la fenêtre. Il s'agissait de la Gazette du sorcier. Le jeune homme prit une noise dans le pot posé sur le bord de la fenêtre à cet effet et paya le hibou qui s'envola aussitôt. Le jeune homme déroula le journal pour consulter les nouvelles.

-Milles gargouilles, s'exclama le jeune homme.

-Qu'est-ce qui se passe?

William tourna le journal pour lui montrer la première page. Le gros titre la fit grimacer. James était prêt à tout pour obtenir ce qu'il voulait. Potter demande la démission du ministre de la justice magique.

-Il faut que tu lui parles, dit William en secouant la tête. Il a beau être le père du survivant… il y a des limites à respecter.

-Tu n'exagères pas un peu, demanda Mary d'un ton qu'elle voulait léger.

-Ça n'est pas moi qui exagère, dit William en parcourant l'article des yeux. Écoute, c'est une citation de James. « Croupton est un tyran qui a trop longtemps fait la loi au ministère. En se montrant intransigeant, il a voulu faire oublier les erreurs commises par notre gouvernement durant la gestion de la crise. Mais est-ce une raison pour imposer aux détenus d'Azkaban des conditions inhumaines et d'enfermer des gens sans leur accorder de procès? Qu'on me comprenne bien, je ne cherche pas à défendre les mangemorts, les coupables méritent d'être enfermés, mais en procédant de la sorte, Croupton n'est pas mieux que Vous-savez-qui. Condamner quelqu'un à être enfermé pour le restant de ses jours avec des Détraqueurs, sans même lui accorder la possibilité de se défendre est inacceptable. » Et ça continue. Sur des lignes et des lignes…

Mary arracha le journal des mains de William et posa les yeux sur l'article, le parcourant en vitesse. James n'y allait pas de main morte…

-Qu'est-ce que tu veux que je lui dise, dit Mary en laissant tomber le journal sur la table de la cuisine. « James, je sais que tu veux faire libérer Sirius et que le gouvernement ne veut rien entendre parce qu'ils te croient cinglé, mais pourrais-tu être un peu plus gentil avec celui qui a enfermé Sirius sans procès? » Je suis sûre qu'il comprendra et s'empressera de se rétracter!

-Il faut que tu lui fasses comprendre la gravité de la situation. Croupton n'est pas n'importe qui et…

-Croupton est détesté! James n'est pas le premier à demander sa démission! Son fils est un foutu mangemort et il l'a enfermé sans le moindre remord! Si tu veux mon avis, s'attaquer comme ça à lui était un coup de génie! À l'heure qu'il est, son bureau doit être inondé de lettres d'insulte qui réclament sa démission et d'ici la fin de la journée, quelqu'un du ministère annoncera à James qu'il a droit à sa visite ou mieux encore que Sirius aura un procès équitable, chose qu'il aurait dû avoir dès le début si cet enfant de goule de Croupton ne l'avait pas enfermé sans même tenter de comprendre ce qui s'est réellement passé!

Le visage fermé, William resta un long moment à l'observer en silence.

-De quel côté es-tu, demanda-t-il finalement.

-De quel côté? On peut savoir de quoi tu parles?

-Je pensais que tu croyais Sirius coupable.

-Oui.

-Alors pourquoi est-ce que tu veux qu'il ait droit à un procès? Tu veux que celui qui est responsable de la mort de ta meilleure amie soit libéré?

-Je…

Mary fronça les sourcils, jetant un coup d'œil à l'exemplaire de la Gazette du sorcier, songeant à ce que Will venait de dire, à ce qu'elle-même venait de dire… à sa rencontre avec Remus, quand il lui avait demandé pourquoi elle croyait Sirius coupable et qu'elle lui avait répondu qu'elle n'en avait pas la moindre idée… puis tout devint clair.

-Non.

-Quoi?

-Je ne crois pas qu'il soit coupable.

-Pardon?

-Sirius n'est pas coupable. Je le connais très bien. Il n'aurait jamais fait ça. Il n'aurait jamais rejoint Voldemort.

-Ne dit pas son nom, dit William en frissonnant.

-Il n'est pas coupable, répéta Mary ignorant la remarque de William. Il n'est pas coupable. Il ne peut pas être coupable. Sirius est innocent.

Étrangement, elle ressentit soudainement un immense soulagement à cette pensée. Parce que d'admettre que Sirius n'était pas coupable compliquait les choses, mais les simplifiaient également énormément. Ça voulait dire qu'elle ne s'était pas trompée, qu'il était bien celui qu'elle connaissait depuis des années. Qu'il était toujours celui dont elle était tombée amoureuse et en cet instant, elle se fichait bien que ça soit réciproque ou non.

-Tu te trompes, dit William d'une voix dure. Il est coupable.

-Comment tu peux en être si sûr?

-Je sais reconnaître un criminel quand j'en vois un et Black en est un.

Mary observa William un instant. La haine semblait transpirer par chaque pore de sa peau. Il semblait vraiment en avoir contre Sirius et ça dépassait le fait qu'il croit qu'il soit un mangemort.

-Will, dit Mary d'une voix douce. Tu peux me dire ce qui se passe?

-De quoi tu parles?

-Pourquoi est-ce que tu détestes Sirius à ce point?

William ne répondit pas immédiatement. Le visage fermé et la mâchoire crispée, il l'observa durant un long moment sans rien dire. Puis la colère qui obscurcissait ses traits fit place à quelque chose ressemblant plus à de la lassitude ou de la tristesse.

-Tu sais que tu parles dans ton sommeil?

Mary fronça les sourcils, ne voyant vraiment pas où il voulait en venir.

-Oui, je sais que ça m'arrive, mais…

-Ça m'arrive souvent de m'endormir après toi, alors je t'ai entendu plus d'une fois marmonner des choses pendant que tu dormais. Et il y a un mot qui revient souvent. Sirius.

Mary ouvrit la bouche de surprise, puis la referma aussitôt, rougissant légèrement en songeant à toutes ces fois où elle avait rêvé de Sirius.

-Tu es amoureuse de lui.

-Non!

-Ça n'était pas une question. Tu es amoureuse de lui. Et moi je suis amoureux de toi. Et ça m'est insupportable de penser que ce n'est pas à moi que tu rêves la nuit, de me dire que c'est peut-être à lui que tu penses pendant qu'on fait l'amour et que si James réussit à le faire sortir de prison tu vas sans doute me laisser pour aller le retrouver, me confirmant le fait que je ne suis qu'une distraction depuis le début.

Interdite, Mary regardait William, les larmes aux yeux. Il était profondément blessé, elle le voyait clairement et ça lui brisait le cœur.

-Will, je…

-Il faut que j'aille travailler, l'interrompit William. Ne m'attend pas ce soir, je vais dormir chez moi.

-Attend, s'exclama Mary alors que le jeune homme se dirigeait vers la sortie.

Il resta toutefois sourd à sa demande et sorti en claquant la porte. Debout au milieu de la cuisine, Mary resta plantée là, des larmes coulant abondamment sur ses joues. Elle avait cru que Will ne la ferait jamais pleurer… mais après tout, elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même… Son regard tomba alors sur la Gazette du sorcier. Will avait raison, elle devait aller voir James.


13 juin 1982 – 6h30

James venait d'installer Harry dans sa chaise haute pour lui donner son petit déjeuner lorsqu'on cogna à la porte. Remus dormait toujours, James recommanda donc à Harry de rester là, comme s'il pouvait aller quelque part attaché dans sa chaise haute, puis se dirigea vers la porte. Il sourit en regardant au travers l'œil de bœuf. Mary se tenait sur le pas de sa porte. Il était temps qu'elle revienne…

-Tiens, une revenante, s'exclama James tout sourire en ouvrant la porte.

Il perdit aussitôt son sourire en voyant les larmes qui barbouillaient les joues de la jeune femme qui se précipita aussitôt dans ses bras. James resta un instant immobile, trop surpris pour réagir, puis la serra dans ses bras, lui frottant doucement le dos.

-Merde Mary, qu'est-ce qui se passe?

-J'ai fait une bêtise, dit Mary en sanglotant. Plusieurs bêtises en fait.

-Ok… si tu entrais on qu'on en parlait tranquillement.

Mary renifla et se détacha de lui, hochant la tête. James referma la porte derrière elle alors qu'elle entrait dans l'appartement se dirigeant aussitôt vers la cuisine. James lui emboîta le pas.

-Mahy! S'exclama Harry dès qu'il la vit.

-Mon petit hibou, s'exclama la jeune femme en allant l'extirper de sa chaise haute pour le prendre dans ses bras. Tu m'as manqué mon trésor.

Elle le serra dans ses bras, puis l'embrassa un peu partout sur le visage, ce qui fit rire le petit qui lui donna ensuite un baiser sur la joue.

-On dirait que tu as grandi depuis la dernière fois, s'exclama la jeune femme.

-'Ai Faim, répliqua l'enfant en pointant sa chaise haute.

-Oui, qu'est-ce que tu veux manger mon chéri?

-Céales, s'exclama l'enfant.

Entre temps, James était allé préparer le bol de céréales du petit et le lui donna une fois que Mary l'eut installé dans la chaise haute.

-On peut presque avoir des conversations avec lui maintenant, dit Mary en jetant un regard tendre à l'enfant.

-Oui… il grandit. Alors, qu'est-ce que Mary Macdonald a bien pu faire de si horrible, demanda James en s'asseyant. Tu as écrasé un insecte en marchant dessus?

-Je vais avoir besoin que tu sois sérieux James, dit Mary en s'asseyant également.

-Je peux faire ça, répondit le jeune homme les sourcils froncés. Qu'est-ce qui se passe?

-Je veux d'abord que tu saches quelque chose. Je… je te crois.

-À quel sujet?

-Sirius. Il est innocent. Je te crois.

Un immense sourire naquit aussitôt sur les lèvres de James. Il contourna la table, la força à se lever et la serra dans ses bras avec force.

-Tu ne peux pas savoir ce que ça veut dire Mary, murmura James. Tout va mieux quand je sais que je peux compter sur toi.

Sitôt qu'il eut prononcé ces mots, Mary éclata en sanglots. Désemparé, James essaya de la conforter pour la deuxième fois en quinze minutes, lorsque quelqu'un d'autre requit son attention. Sensible à la douleur de sa marraine, Harry avait également commencé à pleurer. James se détacha donc de Mary et alla prendre son fils dans ses bras pour calmer ses pleurs.

-Qu'est-ce que tu as encore fait à cet enfant?

James se retourna. Remus venait d'apparaître dans l'embrasure de la porte, vêtu d'un caleçon et d'un t-shirt, les cheveux presque aussi en bataille que lui. Il venait manifestement d'être réveillé par les pleurs du bébé.

-Ça n'est pas ma faute cette fois, c'est celle de Mary.

Remus qui semblait ne pas avoir remarqué la présence de la jeune femme se tourna vers elle l'air surpris. Puis son expression passa de la surprise à autre chose que James eut de la difficulté à déterminer, mais l'expression de Remus fut suffisante pour inciter Mary à détourner le regard, l'air troublé.

-Salut Remus, dit Mary une voix timide.

-Content de te voir Mary, dit Remus avec sérieux. Vraiment.

Mary leva les yeux vers Remus et lui sourit légèrement. En retour, Remus lui offrit quelque chose qui ressemblait à un sourire encourageant, puis Mary se tourna vers James.

-Bon, il faut qu'on parle.

-Si ça peut te faciliter les choses, dit James en s'asseyant. Je sais que tu as couché avec Sirius et à l'exception du fait que c'était vraiment stupide de ta part, je n'ai rien à dire sur le sujet. Après tout, tu couches avec qui tu veux et si c'est de cette bêtise là que tu voulais parler, pour moi le sujet est clos. Sincèrement, je n'ai pas vraiment envie d'en entendre parler.

-Non, ça n'est pas à ce sujet, dit Mary des larmes envahissant ses yeux. Enfin, pas uniquement… C'est de ça que je suis venue te parler, compléta-t-elle en allant vers son sac pour en sortir un document.

Elle tendit ledit document à James qui l'attrapa les sourcils froncés. Il était intitulé Interrogatoire de Mary Macdonald – 2 novembre 1981.

-Je veux que tu saches que je n'ai fait que ce que je croyais être le mieux à ce moment-là, dit Mary. J'ai dit la vérité.

Perplexe, James ouvrit le document avec appréhension, se doutant que son contenu serait loin de lui plaire.


Voilà, voilà!

Je sens que cette fin de chapitre ne vous plaît pas... Déjà que j'étais en retard pour la livraison! Je vous présente à ce sujet toutes mes excuses! Quelqu'un peut me dire qui a dit que le temps des fêtes servait à se reposer? Enfin, j'espère tout de même que vous avez aimé ce chapitre! Ça doit bien faire une semaine que je le peaufine et j'espère qu'il vous aura plu!

Bon, mes habituelles questions intrigantes pour vous torturer l'esprit! Quelles seront les conséquences à l'article de James? James pardonnera-t-il à Mary? Mary se réconciliera-t-elle avec William? Lizzie a-t-elle réellement parlé à Skeeter (Je sais, elle revient souvent celle-là...) Sam en a-t-elle compris plus qu'elle ne l'a laissé entendre de la conversation entre James et Sirius? Et qui est ce méchant Monsieur qui hante les rêves d'Harry? Tant de questions et si peu de réponses... Vous les aurez dans les prochains chapitres, promis!

Sur ce, je vous adore! Merci à tous ceux qui lisent, mettent l'histoire dans leur favori, la suive et laissent des reviews, vous êtes extraordinaires! Je vous souhaite également une bonne année 2015 et je fais tout mon possible pour vous envoyer le chapitre dans un mois environ!

Bizous!

Anna