Chapitre 11

A cette heure de la soirée, Laurence n'avait qu'une crainte : que Dimitrov hèle un taxi et monte à l'intérieur. Les voitures se faisaient rares et il ne pourrait pas suivre le criminel qui, pour l'instant, marchait sans se douter qu'il était suivi.

Le policier prit cependant toutes les précautions nécessaires, gardant suffisamment de distance entre eux pour ne pas se faire repérer, sans toutefois le perdre de vue. Ils traversèrent une partie du vieux Lille, jusqu'à un hôtel particulier dans lequel le chef des Quatre s'engouffra.

Laurence vit les lumières s'allumer au second étage dans l'une des pièces qui donnaient sur la rue. Sans surprise, les moulures au plafond et le lustre imposant, révélèrent un appartement bourgeois du siècle dernier. Attentif à ne pas être remarqué, le policier pénétra sous le porche. La loge de la concierge était plongée dans l'obscurité et il passa devant sans faire de bruits, prit l'escalier et se rendit au second.

Le nom qui figurait sous la sonnette attira immédiatement son attention : Vélasquez. Laurence touchait au but. Il avait toujours remarqué que les Quatre empruntaient les noms de peintres célèbres pour se cacher, sans doute un héritage du hongrois Szentelek, à moins que cette manie ne trahisse les penchants artistiques du troisième membre du quatuor, le faussaire Maxim Honkov ? Etait-ce l'appartement dans lequel il vivait ?

Il était fort possible qu'il passe la nuit dans la cage d'escalier, alors il s'installa du mieux qu'il put au troisième étage en regrettant de ne pouvoir planquer dans la rue.

Dans le noir, il attendit. Un piano ne tarda pas à se faire entendre à l'étage du dessous. Dimitrov connaissait la musique, pour ainsi dire. Si des micros étaient dissimulés dans l'appartement, il était impossible pour quelqu'un d'entendre la conversation que les deux criminels étaient sans doute en train d'avoir au même moment.

Il était tard, mais personne ne protesta. L'immeuble ne devait être guère occupé. Il avait bien remarqué le tas de sable et les matériaux entassés dans la cour. Des travaux avaient dû faire fuir les habitants, voilà pourquoi les Quatre avaient choisi cet immeuble.

Une clé tourna pourtant sur le palier et un homme aux cheveux gris et hirsute passa la tête par la porte. Laurence s'était dissimulé derrière les montants de l'escalier et pria pour que le voisin n'allume pas la lumière qui l'aurait irrémédiablement révélé. L'individu en pyjama sembla écouter en faisant la grimace. La musique s'arrêta. Il resta là quelques secondes à attendre la reprise du concert improvisé, mais comme rien ne vint, il referma doucement la porte derrière lui. Laurence souffla de soulagement.

L'attente reprit. Il se passa un quart d'heure quand la lumière de la cage d'escalier s'alluma brutalement. Laurence étouffa un juron. Quelqu'un montait.

L'individu s'arrêta au second et sonna chez Vélasquez. Laurence essaya de distinguer son visage mais l'inconnu portait un chapeau et un imperméable au col relevé qui dissimulait ses traits. La porte s'ouvrit et Dimitrov sortit sans prononcer un mot. A peine un hochement de tête et les deux hommes repartirent ensemble. Inutile de les suivre, l'homme de main était venu chercher son patron pour l'emmener quelque part en voiture.

Laurence ne tergiversa pas. Une idée avait germé dans son esprit et il se décida à passer à l'action. Il ôta son pardessus, sa veste et sa cravate, ébouriffa sa perruque, puis descendit sonner chez Vélasquez en reprenant son rôle de maladroit un brin bohème.

Sans surprise, l'ancien agent des services secrets reconnut Maxim Honkov dans le petit homme suspicieux et rond qui lui ouvrit la porte. Laurence prit une voix douce et lui fit un aimable sourire.

« Pardonnez-moi de venir vous déranger à cette heure tardive, monsieur… euh… Vélasquez… Je suis Monsieur Berg, le professeur de piano qui vit au dessus de chez vous… »

« Oui ? Qu'est-ce que vous voulez ? » Demanda l'homme avec un fort accent slave.

Honkov fronçait les sourcils mais ne l'avait manifestement pas reconnu. Soulagé, Laurence poursuivit :

« Bien que vous ayez joué de façon remarquable - votre interprétation était irréprochable, notez-le bien - votre piano est mal accordé et je suis désolé de vous le dire, c'est une véritable torture pour les oreilles ! Si je pouvais entrer, je résoudrai ce désagrément en quelques minutes en vous installant une sourdine en feutre, un moindre mal en attendant un véritable accordement. »

Honkov sembla surpris.

« On ne pourrait pas faire ça à un autre moment ? Je suis fatigué et sur le point d'aller me coucher… »

« Je travaille moi-même en journée et rentre tard. Je vous le dis, ça ne prendra que quelques minutes et après, vous pourrez faire de la musique comme bon vous semble à l'heure que vous le souhaitez, ce n'est pas moi qui vous jettera la première pierre...

« Vous savez, je joue peu... »

« Alors c'est pour ça que vous n'avez pas encore eu affaire à la concierge qui est bien prompte à appeler la police dès qu'il y a trop de bruits dans l'immeuble… Elle a dû prendre des somnifères, mais si elle vous entend jouer du piano aussi tard, elle n'hésitera pas. »

Au mot "police", Honkov sembla tiquer.

« Quelques minutes, vous dites ? »

« Oui. Je ne serai pas long. Il me faut juste la dimension de votre clavier. »

Honkov s'effaça et laissa entrer le barbu grisonnant et voûté. Qu'avait-il à craindre de ce vieil homme ? Dans la poche de sa robe de chambre, il tenait une arme et n'hésiterait pas à s'en servir. Le slave conduisit Laurence au salon. Dans un coin trônait un magnifique piano à queue laqué noir.

« C'est un bel instrument que vous avez là, un piano de concert, comme je rêve de m'en offrir un… »

« Il appartient au propriétaire. Je ne fais que louer cet appartement. »

Laurence n'insista pas en interrogeant Honkov. Il ne voulait pas trop faire son curieux et mettre la puce à l'oreille du slave. Il s'assit donc et commença à jouer quelques accords comme s'il avait fait ça toute sa vie.

« Oh, oui…. Là… et là… Oh, c'est atroce, cette note... »

Tout à son rôle, il la rejoua en faisant la grimace. Honkov n'avait pas l'oreille musicale et ne décela rien de particulier. Il se contentait de suivre des yeux le curieux bonhomme à lunettes qui claudiquait un peu et était raide. Comme lui, le vieux devait souffrir d'arthrose...

Laurence continuait sa comédie. Parfois, il se levait et regardait la table d'harmonie, en repérant les cordes concernées.

« Je devrais pouvoir faire rapidement un petit quelque chose… Si vous permettez ? »

« Faites... »

Il sortit la clé d'accord de son petit réduit sous le piano, puis se pencha ensuite au dessus de la caisse du grand piano et invita Honkov à venir voir. Pressé de se débarrasser de l'importun, le slave obtempéra.

« Vous voyez le marteau, là ? Il ne vient pas frapper les cordes comme il le faudrait. Je vais devoir le recentrer… »

Laurence enleva vivement la patte qui retenait le couvercle du piano, et avant que le russe ne se relève, lui abattit violemment le battant sur la tête avec fracas.

« … comme ça ! »

Pour faire bonne mesure, il recommença une autre fois, assommant Honkov dans une dissonance pianistique sinistre… Laurence devait s'avouer que cette conclusion dramatique avait un de ces petits côtés jouissifs qu'il appréciait pleinement...

L'homme avait son compte, comme il put le constater quand il le dégagea. Laurence profita de son inconscience pour lui attacher les mains et les pieds avec de la corde à rideaux, récupéra l'arme du russe et passa à la fouille de l'appartement en le laissant allongé sur le tapis.

Dans la pièce adjacente, il découvrit un petit atelier d'artiste. Il y avait là un tableau en cours de réalisation. Il savait que c'était à la fois du travail et une passion pour Honkov. La police allait être ravie de mettre la main sur l'un des faussaires les plus en vue de l'après-guerre. Il ne s'attarda pas, ne toucha à rien et fouilla ailleurs.

Dans le bureau de la chambre d'Honkov, il trouva une liste qu'il parcourut rapidement, ainsi que des carnets qu'il empocha. Il chercha encore longuement lorsqu'il entendit très nettement un bruit étrange. Il retourna au salon mais Honkov était toujours dans les vap'. Sur ses gardes, il repartit prudemment explorer l'appartement.

Dans les autres pièces, des draps blancs recouvraient les meubles pour les protéger de la poussière. Il n'y avait rien de spécial dans la cuisine, mis à part deux assiettes, des couverts et quatre verres qui traînaient dans l'évier, confirmant les soupçons de Laurence : Honkov n'était probablement pas seul.

Le policier avisa la dernière porte au bout du couloir. Cette dernière était la seule fermée, un fait troublant. Honkov gardait-il quelqu'un ici contre son gré ? Il tourna lentement la clé dans la serrure, ouvrit brutalement et alluma la lumière. Il n'eut que le temps de voir une petite fille apeurée courir se réfugier derrière un fauteuil. De longs cheveux noirs sur une chemise de nuit blanche, voilà qui était surprenant ! Et si c'était ?...

« Sophie ?... »

Seul le silence lui répondit.

« … Sophie, c'est toi ? Je ne te veux aucun mal, tu peux sortir… Je suis policier… »

Il vit la tête de la petite fille lentement émerger de derrière le fauteuil et deux yeux noirs le jauger avec crainte. Laurence s'approcha d'elle en douceur, comme il l'aurait fait avec un petit animal craintif.

« Je m'appelle Swan… Ta maman te cherche, tu sais ? Tu lui manques terriblement, comme j'imagine qu'elle te manque aussi… Je vais te ramener à la maison... »

Il tendit la main vers elle et lui sourit. Cela devait paraître étrange avec sa barbe grise et ses grosses lunettes mais il essaya d'être persuasif.

« Viens, Sophie, tu es en sécurité avec moi... Tu peux me faire confiance… »

La petite fille sortit de sa cachette en hésitant, puis regarda vers la porte ouverte. Elle se décida d'un coup et s'approcha de Laurence.

« On va vraiment retrouver maman ? »

« Oui. »

Le commissaire eut un sourire rassurant et repoussa l'image d'une Hélène Spencer derrière les verrous. Les retrouvailles entre la mère et l'enfant ne seraient pas pour tout de suite, mais au moins, Sophie serait en sécurité, loin de l'emprise des Quatre.

« Je vais d'abord te mettre à l'abri, d'accord ? »

« D'accord… »

Soudain, Sophie se précipita vers lui et passa ses bras autour de la taille de Laurence. Surpris par la spontanéité de la gosse qui le serrait contre elle avec reconnaissance, le policier resta un instant indécis, ne sachant pas quoi faire. Il posa finalement ses larges mains sur les épaules de la gamine tandis que Sophie relevait la tête en affichant un sourire soulagé.

« Ça va aller maintenant, Sophie… on va sortir d'ici tous les deux. »

Laurence chercha des yeux les vêtements de la petite et les lui montra en se dégageant.

« Habilles-toi, tu veux bien ? Je reviens dans deux minutes... »

Laurence retourna dans le salon et s'assura qu'Honkov était toujours au pays des rêves. Il passa ensuite un rapide appel téléphonique en masquant sa voix. Quand il raccrocha, il s'avisa que la petite fille l'avait suivi jusqu'à la porte et l'observait avec curiosité, toujours en chemise de nuit. Il s'exaspéra.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? Tu n'es pas encore habillée ? »

« J'y arrive pas… » Répondit-elle d'une petite voix incertaine.

Laurence se rappela soudain pourquoi il détestait les enfants : ça geignait tout le temps et ça n'écoutait pas !

« Bon, on n'a pas toute la soirée ! Vas t'habiller… Allez ! »

« Tu perds tes poils… » Lui fit remarquer Sophie, fascinée par le visage de Laurence.

Surpris par le commentaire, le policier tourna la tête vers le miroir et constata que sa barbe s'était décollée. Il ajusta l'ensemble, puis se retourna vers la petite fille.

« Pourquoi tu te déguises ? »

« Pour faire peur aux méchants… C'est bon maintenant ? »

Sophie hocha vigoureusement la tête.

« Maintenant, tu vas te dépêcher, jeune fille. Il faut qu'on parte. »

« Tu m'aides ? »

« A quoi faire ? »

« Ben… A m'habiller. »

« Euh… oui... »

Soudain en panique, il la suivit jusqu'à la chambre. C'était tout de même fou cette situation : il savait maîtriser la plus sombre des brutes, se battre à main nues contre un type armé, garder son calme dans les situations les plus critiques, mais quand il s'agissait d'une môme haute comme trois pommes, il perdait tous ses moyens !

Après tout, on ne lui avait jamais livré le mode d'emploi avec les gosses ! Heureusement, l'opération s'avéra plus simple qu'il n'y paraissait et à son issue, Sophie le gratifia d'un 'Tu sens bon pour un vieux' sincère qui lui réchauffa singulièrement le cœur.

« Tu as tout ce qu'il te faut ? » Demanda-t-il finalement à la fillette.

La petite prit sa poupée de chiffon sous son bras, puis lui donna l'autre main et ensemble, ils quittèrent l'appartement de Honkov.

oooOOOooo

« Vous devez être content de vous, Tricard ? »

Le commissaire divisionnaire se frotta les mains.

« Mettre la main sur un criminel de cette envergure, ce n'est pas tous les jours que ça se produit, Avril ! »

« Comment vous avez réussi à l'arrêter ? »

« Une source anonyme nous a mis sur la piste. Quand nous sommes arrivés, Honkov était là, saucissonné sur le tapis, livré sur un plateau… Il nous a servis une belle fable sur un homme qui l'aurait abusé et attaqué pour le voler. On l'aurait considéré comme la victime si Martin n'avait pas trouvé son atelier de faussaire et la preuve de ses activités illégales… C'est grâce à ses empreintes que nous avons réussi à l'identifier. Ça fait des années que ce type est recherché. C'est une sacrée prise ! »

« Il a vous a dit ce qu'il s'est passé en réalité ? »

« Vous pensez bien que non... Avril, je vous demanderai juste de ne rien publier dans votre journal pour l'instant. L'affaire est d'ampleur internationale. Le préfet veut faire une conférence de presse dans quelques heures. Il donnera tous les détails à cette occasion. »

Avril connaissait son Tricard sur le bout des doigts. Son instinct lui cria qu'il cachait indéniablement quelque chose.

« Vous ne me dites pas tout, monsieur le divisionnaire. »

« De toute façon, vous allez l'apprendre par Marlène... Il y avait une autre personne dans l'appartement… »

« Ah bon ? »

« C'était une petite fille apparemment, à voir les jouets et les vêtements qui se trouvaient dans l'une des chambres. »

« Et elle est passée où, cette petite fille ? »

« On n'en sait rien. Honkov ne veut rien dire, bien évidemment, mais il finira bien par parler, les preuves sont accablantes contre lui... Ah, Avril, encore autre chose… »

« Quoi ? »

« Si vous pouviez éviter d'en parler à Blanc-Gonnet tout de suite… »

« Pour qui vous me prenez, Commissaire ? une balance ? »

Tricard fit une moue dubitative. Au même moment, on frappa à la porte du Divisionnaire. Sans attendre une réponse, l'individu pénétra dans le bureau… C'était bien évidemment le Directeur du Contre-espionnage. Alice haussa les épaules quand le divisionnaire la fusilla du regard.

« Vous n'avez pas joué franc-jeu avec moi, Tricard. Vous avez voulu tirer la couverture à vous ? »

« Blanc-Gonnet, vous n'allez pas encore m'enlever un suspect ! »

« Je vais me gêner... » Félix sortit un document de sa poche. « … Si ça peut vous mettre du baume au coeur cette fois, j'ai d'ores et déjà fait toutes les démarches légales pour vous épargner la peine de protester auprès du Ministre… »

« Vous êtes vraiment le pire des salauds… »

« Je prends ça comme un compliment, Commissaire… Dit-il avec un sourire suave. « … Consolez-vous, je vous laisse tout le mérite de l'arrestation, même si un mystérieux intervenant vous a mâché le travail. »

« Vous avez une idée de qui est ce type ? »

« Pas la moindre, mais nous comptons bien le découvrir… Avril, pas un mot de tout ça dans votre canard, n'est-ce pas ? »

« Mais… »

« Pas de mais… Vous connaissez la procédure. »

« J'ai l'impression d'entendre Laurence... »

Blanc-Gonnet lui jeta un regard froid.

« Débarrassez le terrain, Avril. Je suis sûr que vous avez mieux à faire… »

« Ce Honkov, il est lié à toute cette histoire, n'est-ce pas ? »

« Et ça ne vous regarde pas, mademoiselle la fouineuse… »

« Je ne vais pas en rester là, vous savez ? »

« Je m'en doute. Je ne vous retiens pas… »

Avec un faux sourire, Avril prit la porte et sortit. Moins on la voyait en compagnie de Blanc-Gonnet, mieux c'était. Dans la cour, elle avisa sa voiture et attendit dans un coin qu'il sorte. Ce qui ne tarda à arriver. Quand il la vit, il émit clairement un soupir.

« Vous n'êtes pas censée être chez Magellan à cette heure ? »

« Ce type est l'un des Quatre. Je le sais parce que Laurence me l'a dit... Deux complices décédés violemment, un sous les verrous, il ne reste plus que Dimitrov. Je suppose que vous allez essayer de faire parler Honkov ? »

« Evidemment. »

« Ce mystérieux agresseur ? Une idée de qui ça peut être ? »

« Avec leurs activités, les Quatre font de l'ombre aux services secrets, y compris le nôtre. Ne vous y trompez pas, Alice, le monde de l'espionnage est émaillé de luttes intestines, même entre alliés, qui se règlent souvent de façon radicale, dans le plus grand secret. Nous ne sommes pas les seuls à vouloir abattre Dimitrov. Je soupçonne fortement nos amis anglais d'y être mêlés. »

« Spencer vous a dit quelque chose ? »

« Elle ne sait rien. Du moins, rien qui ne concerne cette affaire. C'est juste un pion. »

« Alors, vous en faites quoi ? Vous allez la relâcher ? »

« Je ne peux rien vous dire. »

« Vous ne l'avez pas faite disparaître au moins ? »

Félix lui lança un curieux regard.

« Vous avez une étrange conception de mon métier, Avril. Je suis tenu de rendre des comptes, je ne suis pas un exécuteur des basses oeuvres au service d'un gouvernement de scélérats. »

« Alors, où est-elle ? »

« En lieu sûr. »

« Elle sera jugée ? Elle aura un procès équitable ? »

Félix fronça les sourcils

« Pourquoi son sort vous préoccupe-t-il à ce point ? Elle a failli vous tuer ! »

« Parce que je veux justement que justice soit faite. Je veux la regarder dans les yeux quand elle expliquera son geste. »

« Avril, elle a agi sur ordre. C'est son métier. Elle fait ça pour l'argent. Quel repentir allez-vous entendre ? Aucun. Va t-elle exprimer des regrets ? Aucun. »

« Qu'est-ce que vous en savez ? Elle a peut-être agi sous la contrainte ? »

« A votre place, je ne compterai pas trop là-dessus. »

La journaliste baissa la tête. Félix soupira.

« Je suis désolé. Ce n'est pas moi qui décide. »

« Mais vous pouvez infléchir la décision de vos supérieurs. »

« Pas quand il s'agit d'une question de sécurité nationale. Le Président de la République est seul juge en la matière. »

« Vous voulez dire… ? »

« … que seul De Gaulle scellera son sort, oui. » Félix Blanc-Gonnet consulta sa montre. « Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai un rendez-vous. Je vous conseille de retourner aux usines Magellan. L'arrestation d'un membre des Quatre va provoquer des remous dans l'organisation. La taupe va devoir prendre des précautions supplémentaires et vit sous la menace d'une dénonciation. Ouvrez l'oeil, d'accord ? Et soyez prudente. »

Félix s'engouffra dans la voiture pendant qu'Alice se dirigeait vers sa Lambretta. Elle s'arrêta net lorsqu'elle aperçut Marlène et Timothée Glissant en train de discuter tous les deux ensemble dans un coin isolé, (presque) à l'abri des regards. Leur proximité l'un de l'autre la frappa et elle resta à les observer à leur insu.

Le légiste parlait tranquillement à Marlène en la rassurant visiblement. La jolie secrétaire finit par sourire à ses propos. Glissant continua et dut faire un trait d'humour car la blonde éclata de rire et Tim en profita pour poser sa main contre sa joue, tout en l'attirant à lui.

Doucement, ils s'embrassèrent.

Amusée, Alice eut un petit sourire, puis mit son casque en se détournant d'eux. C'était prévisible. La disparition de Laurence avait bouleversé Marlène qui avait dû trouver une oreille compatissante en la personne du légiste. Cela faisait un moment que Glissant lui tournait autour, et de fil en aiguille, ils s'étaient rapprochés...

La vie autour d'elle continuait. Son sourire disparut. Comme toujours, elle demeurait seule, ne pouvant compter que sur elle-même pour obtenir ce qu'elle voulait. Elle n'allait certainement pas s'apitoyer sur son sort. Non, elle continuerait à se battre comme elle l'avait toujours fait. C'était juste plus dur, mais pas insurmontable.

Plus rien désormais ne la retenait à Lille, peut-être était-il temps de changer d'air, d'aller voir ailleurs ce que le destin lui réservait ? Peut-être pouvait-elle enfin embrasser cette carrière dans les services secrets qui lui assurerait indépendance financière et un statut à nulle autre pareil ? C'était tentant. C'était terrifiant aussi. En même temps, était-ce réellement ce qu'elle voulait ? Laurence l'avait mise en garde…

Elle s'agaça une fois de plus. Il était temps qu'elle arrête de penser en cherchant l'approbation d'un mort. C'était un réflexe totalement inconscient mais elle devait arrêter de s'imaginer comment il aurait réagi à sa place. Elle devait l'oublier car elle était la maîtresse de son propre destin. Ne préférant pas penser à son avenir, Alice enjamba son engin et partit enquêter.

A suivre…

Je continue à dérouler mon intrigue, indépendamment des « similitudes » circonstancielles du canon, puisque Sophie était un personnage mentionné au chapitre 7, il y a quelques mois. Laurence poursuit donc son enquête et il est bien proche de connaître la vérité…

Je sais que vous attendez tous les retrouvailles entre votre cher policier et la rousse têtue. Patience, encore un chapitre, et tada !

En attendant, vous pouvez laisser des commentaires, toujours hautement appréciés. Ça ne prend que quelques secondes et ça ne coûte rien. Merci d'avance.