Chapitre dédié à Loa qui sait me faire rire avec ses reviews zazimutées ! Loa, c'est la photographe de ce chapitre... ;-)
CH 11. Superbowl
Février 1998.
- Bon, tu as bien compris, Jack ?
Elle lui passa sa veste en jean. Il la regarda goguenard. Il avait le même sourire craquant que son père.
- C'est moi qui ai 10 ans ! A ton âge, tu devrais arrêter ces « enfantillages » !
Il singea l'air faussement excédé que prenait Maggie quand elle sermonnait ses enfants. Elle rit.
- A mon âge, c'est moi la chef ! Jeune insolent !
- Trop facile de te faire partir au quart de tour, Danette !
- Chut !
- Mais t'inquiète, il est pas encore arrivé ! Promis, je t'appellerai pas comme ça devant lui.
- J'y compte bien !
- T'as un truc dans les dents.
Elle pesta et chercha la glace du regard en grommelant.
- Flûte ! Toujours au bon moment…
Jack eut pitié d'elle. Il la prit par le bras.
- Mais non, t'es canon ! J'te faisais juste marcher !
Elle le dévisagea un instant. Il lui claqua une bise sur une impulsion. Elle soupira, bluffée une fois de plus par la ressemblance entre Jack et Charlie. Ils possédaient tous deux ce mélange de chaleur familière et de charme juvénile qui lui plaisaient infiniment.
Elle prit à son tour son pardessus et se laissa entraîner par le jeune garçon excité comme une puce.
- J'suis trooop content d'y aller au Superbowl.
Elle sourit.
- J'suis trooop contente que tu sois content ! rétorqua-t-elle en roulant des yeux.
Il éclata de rire.
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- Pourquoi on prend sa voiture ?
- C'est plus simple. Il nous ramènera à la fin du match.
- Et pourquoi il vient lui ? renchérit innocemment Jack avec un coup d'œil très intéressé vers sa tante.
- Disons que quand il a su que nous y allions, il a exercé… certaines pressions pour venir aussi, et que j'ai cédé lâchement pour avoir la paix, ajouta-t-elle en soupirant plus pour elle-même.
- Ça veut dire quoi « certaines pressions » ?
Scully rougit un peu.
- C'est rien. Des trucs de grands.
- Ah ouais, gloussa Jack. Je vois…
- Tu ne vois rien du tout. D'ailleurs, en fait, tout bien réfléchi, c'était plutôt des trucs de gamins… Mais tu vas vite comprendre. Je suis sûre que tu vas a-do-rer Mulder !
- Et toi, tu l'adores ? relança le garçon l'air de rien.
Ils étaient en haut des marches du perron. Elle s'interrompit et dévisagea son neveu avec une légère hésitation.
- Je… je l'aime beaucoup, oui. C'est un ami.
- Genre !
Le cri partait du cœur !
- Que… ?
- Hey ! Scully !
Mulder leur faisait de grands gestes, debout à côté de sa voiture garée sur le trottoir d'en face. Dana chuchota à l'oreille du jeune garçon.
- Avoue ! Ton père t'a chargé de me tirer les vers du nez !
- Nan. Rien du tout. Pourquoi tu dis ça ? demanda Jack en lui souriant avec sa petite gueule d'ange.
- Salut Jack ! apostropha Mulder en traversant la rue pour les rejoindre. Tape m'en une, ajouta-t-il en levant la paume. Oui, je sais. Après tu auras le droit de parler de moi en disant « le vieux ringard » !
Jack sourit et tapa la main.
- Salut !
Fox se tourna vers Scully avec un grand sourire.
- C'est pas une chouette idée de sortir tous ensemble, alors ? ! Bon sang ! Les Broncos de Denver ! Je vais voir jouer les Broncos, Scully ! Reconnais que toi aussi tu en rêvais !
Elle eut un petit rire.
- En fait, là, je suis déjà en train de regretter de t'avoir dit oui…
- Meuh non ! Je vais bien me tenir… surtout si tu nous achètes des casquettes clignotantes aux couleurs de l'équipe, pas vrai Jack ?
Le garçon se marra et se tourna vers sa tante.
- Maintenant, je crois que je comprends ce que tu voulais dire avec tes « pressions »…, chuchota-t-il.
- Tu m'en vois ravie !
- C'est quoi ces messes basses ? interrogea Mulder toujours d'excellente humeur. Allez montez, fit-il en ouvrant la portière à Jack puis à Scully. En route pour le Qualcomm Stadium et la finale du siècle !
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Jack ne savait plus où donner de la tête. Il s'émerveillait devant l'immensité du stade, devant la verdeur immaculée de la pelouse, devant les flots de spectateurs que déversaient d'immenses escaliers pour nourrir des gradins par milliers. De sa vie, il n'avait jamais eu la sensation d'être au cœur d'une telle masse humaine, enthousiaste et fiévreuse. Il était au cœur de l'événement et ça le comblait de joie.
Il en oubliait presque des détails autrement plus prosaïques.
- Jack ? Tout va comme tu veux ?
- C'est trop génial !
- On peut savoir pourquoi tu te tortilles ainsi ? insista Dana.
Il s'interrompit dans sa contemplation et parut enfin réaliser ce que son corps lui commandait.
Il fit une grimace. Devoir s'arracher à cet univers aussi fascinant alors même qu'il en découvrait toutes les saveurs, toutes les odeurs et accessoirement tous les langages exotiques voire endémiques était un crève-cœur.
Mulder et Scully se jetèrent un coup d'œil entendu avec un sourire complice.
- Jack, tu as déjà été dans les toilettes d'un stade d'envergure nationale ? interrogea Fox avec une mine de conspirateur.
- Euh… non, répondit Jack à nouveau happé par l'ambiance et écarquillant les yeux devant un groupe de supporters qui arrivaient habillés et peinturlurés uniquement aux couleurs de leur équipe.
- Je t'accompagne avant que l'irréparable ne se produise peut-être ? proposa Dana en ébouriffant les cheveux bruns de son neveu.
Il repoussa la main gentiment et lui cria pour couvrir les braillements de la troupe bariolée.
- Ça va ! Je ne suis plus un bébé !
- Ce stade est immense. Je ne veux pas te perdre…
- Ouais, mais bon… Pas toi, quoi !
- Comme tu voudras. Mulder ? Tu pourrais faire le guide ?
- Mais avec plaisir ! C'est un grand moment d'initiation dans la vie d'un homme. La première fois aux chiottes -…
- Mulder !
- … pardon, aux pissotières du stade ! Je suis très honoré.
Jack s'était enfin connecté à la conversation et eut un petit rire ravi.
Il n'y avait pas encore trop de monde aux toilettes mais elles étaient déjà à la hauteur de leur réputation. Sales, le sol maculé de liquides qu'on se gardait bien d'oser identifier, et dispensant des effluves « virils » sinon des senteurs « animales »…
- Voilà le plus haut lieu de la camaraderie masculine ! annonça Mulder à Jack en lui offrant d'un large geste un panorama du site.
Le garçon sourit distraitement. Devant lui, un homme bedonnant se mouvait tant bien que mal pour défaire sa braguette. Il puait la bière et semblait passablement éméché.
Jack se renfrogna et murmura.
- Ouais. Le plus haut lieu après les comptoirs de bar…
Mulder se tourna vers lui, un peu surpris de sa remarque et suivit son regard sur le pitoyable alcoolique.
Il comprit. Scully lui avait déjà confié le problème de Charlie. Et de toute évidence, ce n'était pas que le problème de Charlie…
Il tapa gentiment l'épaule de Jack.
- Il y a des gens fantastiques qui se perdent parfois derrière un bar. Ce n'est pas immuable.
- Immuable ?
- Ton père peut changer.
Le visage du garçon se ferma soudain.
- Qui a dit que je parlais de mon père d'abord ?
- Ton père et moi, on s'est croisé sans avoir vraiment eu l'occasion de se parler. Il te l'a dit ?
- Non.
Mulder le prit par le bras et s'écarta un peu dans un coin.
- C'est un chouette type, tu sais. Ce qu'il a fait pour Scully, aucun de nous n'a su le faire.
- De quoi tu parles ?
- Il a témoigné pour elle devant tout un tas de juges. Pour qu'elle puisse adopter Emily.
- Pourquoi « pour qu'elle puisse l'adopter », c'était sa mère non ? Je veux dire : c'est sa mère, se corrigea-t-il en se pinçant les lèvres.
- Ce sont des histoires compliquées, même si ça aurait du être aussi simple que tu le dis. Ton père a assuré, crois-moi…
- …
- ...
- C'est pas que je l'aime pas, tu sais.
- Je sais.
Jack se détourna pour observer autour de lui et Fox comprit qu'il ne fallait pas insister davantage. Le garçon reprit de lui-même, comme si de rien n'était.
- Bon, on y va là parce que moi, sinon…
Mulder hocha la tête et ils reprirent leur place dans la file.
- Tu l'aimes bien Dana, non ?
Manifestement, Jack cherchait à changer de sujet de conversation. Fox saisit la perche.
- Forcément. C'est la meilleure ! Tous les autres gars du FBI sont raides de jalousie qu'elle soit ma coéquipière et pas la leur.
Ils arrivèrent devant les pissotières.
- Ouais, convint Jack en se plaçant face à l'urinoir et en baissant sa braguette, mais ça, c'était pas ma question.
Mulder retint un sourire. Le neveu n'était pas un Scully pour rien : il avait oublié d'être bête. Fox s'installa à côté en tournant légèrement le dos à son jeune co-pissier.
- C'est un interrogatoire ? plaisanta-t-il.
- Ben c'est pas compliqué pourtant : t'es amoureux d'elle ? reprit Jack en attaquant de plus belle sans se laisser démonter.
- C'est très personnel ça jeune homme…, temporisa Mulder.
- Ça, ça veut dire oui ! trancha le gamin avec aplomb.
- Mais pas du tout ! se défendit son aîné. J'adore ta tante mais c'est une amie…
- C'est pas qu'une amie.
- OK. C'est ma collègue aussi.
- Papa dit que tu lui as sauvé la vie.
- Il dit ça ton père ? Décidément, un jour, il faudra vraiment que je le rencontre.
- Donc, c'est vrai.
Mulder se tut quelques secondes et referma à son tour son pantalon. Il avait la vague impression d'être un peu dépassé.
Le garçon se dirigeait déjà vers la sortie.
- Hep ! Hep toi ! T'as rien oublié… ?
- Quoi ? demanda l'autre d'un air faussement innocent.
- Tes mains ! ordonna Mulder en désignant les lavabos.
- Oh, c'est bon ! On dirait ma mère.
- Une femme très bien ! Tu veux un bon conseil, mon gaillard ? Le lavage des mains quand on va pisser, c'est comme le pain chaud dans un hot dog. Il en faut un au début, un à la fin !
Jack éclata de rire.
- Ça, Maman, elle le dit pas ! Je te demande pas ce qui fait la saucisse, hein !
- Ni la moutarde, merci !
- T'es trop bizarre comme mec…
- Désolé !
- C'est bon. C'est marrant.
- Je sais que c'est de la pédagogie bas de gamme mais j'espère qu'au moins tu retiendras.
- J'crois que oui, c'est plutôt clair !
- Bien ! Alors maintenant que tu as les mains propres, tape m'en une !
- Euh, tu sais… j'ai été poli tout à l'heure, mais franchement, je préfère te mettre au parfum. « Tape m'en une ! », c'est vraiment out !
- OK, tu fais quoi alors pour montrer que t'es cool ?
- Ben, tu check ! déclara Jack en haussant les épaules d'évidence.
Quelques minutes plus tard, les deux hommes étaient de retour. Jack se réinstalla à côté de sa tante, tandis que Mulder gesticulait, manifestement accaparé par une préoccupation d'importance. Il ne mit pas longtemps à craquer.
- Je crève de faim. Allez ! Soyons fou ! Je vous offre les hot-dog ?
- C'est trop, Mulder…, taquina Scully dans un sourire.
- Un hot-dog ? Encore ! s'exclama Jack presque simultanément.
Les deux hommes pouffèrent de concert sous le regard interdit de Scully.
- Eh ben, je vois que vous n'avez pas mis longtemps à devenir de supers « potes » !
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- Il est cool, ton copain…
Elle se tortilla sur son siège un peu gênée.
- Oui enfin, ce n'est pas vraiment « mon copain » tu sais.
- Bah quoi ? Vous sortez pas ensemble ?
- Non. Et je trouve que tu es décidément bien indiscret !
- ...
Il la fixait avec une telle insistance qu'elle finit par lâcher.
- On ne s'est jamais embrassés.
Elle passa sa main sur son cou. Elle avait assez chaud tout d'un coup et aurait juré que ses joues rougissaient violemment. Il la considéra avec une bienveillance légèrement condescendante.
- Ça va, Danette…
- Jack !
- Oups, pardon ! Dana !… Sortir, c'est pas s'embrasser, hein… J'suis pas un gamin.
Elle dissimula un sourire et arqua le sourcil.
- Ah bon ? Et c'est quoi, à dix ans, « sortir ensemble » ?
- Tu sais !
- Mmm ?
- Ben, c'est le faire, quoi !
Elle ne put retenir un rire.
- « le » ? Tu es moins précis tout d'un coup.
- Faire l'amour ! protesta Jack en rosissant et piqué au vif.
- Trop bon ! La finale de l'année et un cours « Vie affective et sexualité » niveau débutant : j'ai pas perdu ma journée !
Scully et Jack se retournèrent tous les deux vivement. Juste derrière eux une jeune femme avec d'immenses yeux verts les saluait en riant à gorge déployée. Elle souleva une casquette d'officier de marine posée de travers sur des cheveux très noirs – aussi noirs que sa peau était blanche – et leur adressa un petit geste d'excuse pour désamorcer tout embryon de conflit.
- Pardon, c'est très impoli d'écouter les conversations des autres. Continuez ! Je vous jure que je ne recommencerai pas.
Elle fit un clin d'œil à Jack et reprit un bel appareil photo, un réflexe de professionnel, pour coller son œil à l'objectif et viser quelques scènes de vie de stade sur les gradins.
Les deux Scully se dévisagèrent un instant interdits puis, haussant les épaules, ils reprirent leur position initiale face à l'immense pelouse.
- Dis-moi, Jack…
- Oui ?
- Tu ne m'avais pas dit qu'il y avait une certaine Jennifer avec qui tu sortais ?
- Ben si.
- Mais alors… vous… ?
- Ah non, mais pas nous ! s'exclama-t-il avec une mine dégoutée. Moi, c'est juste une copine, hein. On fait pas des trucs ensemble !
- Très bien ! approuva vigoureusement Scully. Vous êtes un peu jeunes pour « sortir » comme ça…
- Ben oui, y'a pas le feu au lac comme dit maman.
Dana sourit en reconnaissant le goût des expressions imagées de Laureen.
- Et bien tu vois, en fait Mulder et moi, c'est comme si on avait dix ans aussi…
Elle avait dit ça, l'air faussement ingénu. En réalité, ses yeux pétillaient en regardant les joueurs qui venaient juste de pénétrer sur le terrain. Tout autour, les spectateurs se relevaient et applaudissaient avec forces cris d'encouragement leurs équipes respectives.
Jack se tourna vers sa tante, la contempla avec affection quelques secondes et se pencha vers son oreille pour lui chuchoter.
- Ouais mais nous, on s'est embrassés !
Dana singea la surprise et lui répondit sur le même ton.
- Un bisou ?
- Un baiser ! (cette fois, c'était la précision de langage de Charlie qui venait déteindre sur son grand fils. Cela la fit sourire.)
- Pas avec la langue quand même ! murmura-t-elle affectant un haut le cœur.
- Nan, c'est trop crado ! gloussa Jack aux anges.
- Trop beurk ! conclut-elle avec une mine définitive alors que son jeune neveu se tordait de rire.
- Qu'est-ce qui est beurk ? s'enquit Mulder revenant les bras chargés de hot-dog et se penchant dangereusement vers les deux dissipés spectateurs pour les leur tendre.
Ils le fixèrent une seconde, puis se regardèrent à nouveau… et repartirent de plus belle dans leur fou-rire sous l'œil décontenancé de Mulder.
Reprenant son souffle après quelques instants, Jack saisit un pain avec un air gourmand.
- Merci… euh… comment je t'appelle au fait ?
- Mulder ! répondirent dans un bel ensemble les deux adultes ce qui leur arracha un sourire amusé.
- Super Mulder, si tu préfères, précisa l'agent du FBI.
- Non, mais c'est quoi ton prénom ? insista Jack en louchant devant la saucisse fumante et en s'apprêtant à croquer dedans à pleines dents.
- C'est secret.
- Fox ! lâcha Dana en couvrant la voix de son partenaire.
- Hey ! Traître !
- Foch' ! répéta le jeune la bouche pleine. Ch'es ch'pécial…
- Ouais… Ouais, je sais. Regardez ! Ça va commencer ! s'écria Mulder tentant une grossière diversion.
- Ch'es ch'pécial mais cha te va bien ! conclut le garçon en administrant un coup d'épaule amical à son voisin.
Celui-ci baissa les yeux sur le gamin, le détailla quelques secondes avec incrédulité et sous le regard bienveillant de Scully, il consentit à étirer ses zygomatiques.
- N'empêche, ajouta-t-il en revenant au spectacle sur le terrain, appelle-moi Mulder ou prépare-toi à une vengeance au goût de ketchup !
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- Alors, c'est pas génial le football américain ? demanda Mulder en adressant un gigantesque clin d'œil à sa partenaire.
Jack, entièrement hypnotisé le match, se leva brusquement. On le sentait prêt à imploser et totalement surexcité.
- Ouais ! Davis vers la ligne de but !
Autour de lui, les corps se tendaient vers l'avant, concentrés comme un seul et unique bloc humain sur les dix yards qui restaient à parcourir au running back des Broncos de Denver.
Scully regarda Mulder avec malice.
- Personnellement, je préfère… le base-ball !
Terrell Davies franchit triomphalement la ligne de but des Packers de Greenbay et une gigantesque vague souleva le Qualcomm Stadium. Sautant comme un cabri sur son siège, Jack hurlait les mains levées avec la foule.
Mulder n'avait pas bougé. Scully non plus. Ils se fixaient, indifférents aux cris autour d'eux. La puissance électrique qui passait entre eux à ce moment était telle que, comme au seuil d'un orage, on frôlait le court-circuit. Elle sentit un frisson la parcourir sous l'intensité de l'examen de son ami. Un frisson comme une flamme qui ferait sauter tous les verrous et tous les circuits. Un frisson capable d'exploser tous les fusibles. Un frisson qui pouvait soudain la faire fondre, la mettre à nu sans la plus petite protection. A nu. A vif.
Le base-ball… Ce souvenir lui revenait en plein cœur. Il l'investissait en propriétaire, palpitant comme la caresse légère d'un souffle chaud sur sa nuque.
Comme la brûlure d'une main posée sur sa hanche.
Comme l'étreinte d'un corps plaqué contre son dos.
Comme ces bras larges qui se moulent jusqu'au moindre arrondi de ses bras à elles, et qui se meuvent en une danse d'une grâce parfaite…
Le stade entier était debout, hurlant sa joie pour les uns, son désespoir pour les autres… mais eux restaient là, assis, les yeux dans les yeux.
Les pieds se mirent à frapper le sol et une vibration profonde monta dans les gradins tandis qu'une autre remontait la colonne vertébrale de Scully. Elle sentit son cœur s'emballer et le sang affluer dans ses joues.
Et Mulder qui la fixait toujours…
Ses yeux verts auraient du se détourner depuis longtemps déjà… Parce que ce regard posé sur elle était si intime qu'il la bouleversait.
Fox n'y pouvait rien. Même si c'était une folie de la regarder ainsi, de livrer tels quels les remous de son esprit. Le sourire qu'elle avait eu en évoquant cette séance d'initiation, et ses yeux bleus, si bleus, si ouvertement troublés l'aspiraient vers elle comme l'œil d'un cyclone.
Il tendit sa main et, du bout de ses doigts, il caressa doucement le creux de sa paume. Mécaniquement, elle vint emmêler ses doigts à ceux de son partenaire…
C'était le dernier des lieux où se laisser ainsi glisser, le dernier des moments. Mais si l'abandon ne se commande pas, il ne se tient pas en cage non plus. L'animal est sauvage, imprévisible et se fout des regards obliques. Et là, Scully en faisait la déstabilisante expérience.
Elle était en train de perdre le contrôle, de s'abandonner à ces désirs profonds, à cet élan irrésistible hérissant le fin duvet sur sa peau.
Mulder l'ensorcelait. Voilà qu'elle s'absentait du monde pour ne plonger qu'en lui…
Leurs corps se tendirent l'un vers l'autre…
- On a gagné, Danette ! cria Jack en sautant au cou de Dana.
- Jack !
Mulder éclata de rire. Et toute la charge émotionnelle contenue dans ces dernières secondes se perdit dans le flot de son rire en cascade.
- Danette ? ! Il t'appelle Danette ? !
- Oups ! Mince ! J'ai ripé ! réalisa le garçon.
- Je crois que je vais mourir là tout de suite, râla Scully avec un air si pitoyable que les deux hommes s'esclaffèrent.
Il y eut un flash juste derrière eux et ils firent tous les trois volte-face dans un bel ensemble.
- Encore une, mais cette fois essayez de fermer vos bouches, vous allez gober les mouches !
La petite brune qui s'était immiscée dans la conversation deux heures plus tôt arma son appareil et déclencha un tir en rafale alors que Jack, jouant le jeu avec ravissement venait s'enrouler contre le dos de sa Danette… sans omettre toutefois de lui faire discrètement deux oreilles de lapin derrière la tête. Mulder souriait en regardant Scully… Elle dissimulait bien mal son bonheur de recevoir ainsi les démonstrations d'affection si spontanées de son neveu.
La jeune photographe suspendit son mouvement. Elle avait utilisé sa dernière prise et la pellicule se rembobinait. Elle eut un sourire entendu en s'approchant de Scully pendant que Jack et Mulder récupéraient leurs affaires en commentant avec animation la fin du match.
- J'aime le son du film qui se met en boite. Ça n'a rien à voir avec les appareils numériques. On dirait qu'il se prépare pour mieux nous surprendre.
Dana sourit. Elle voyait exactement ce que la jeune femme voulait dire. Elle aussi avait aimé ce bruit lorsqu'elle était un peu plus jeune et qu'elle avait le temps de s'émerveiller encore. Un temps qu'elle ne prenait plus assez à son goût…
Tout en parlant, l'autre venait d'ouvrir son appareil pour saisir délicatement la précieuse récolte.
- Tenez, dit-elle en la tendant à Scully. Vous m'avez inspiré. Je crois qu'elle vous revient.
- Mais c'est… enfin, je veux dire ce sont vos photos, vos souvenirs de cette finale ! Je ne veux pas vous priver de…
- C'est bon ! interrompit la jeune femme en riant gaiement. Ce qui compte ce n'est pas de marquer ce genre de moment, ce n'est pas l'image sur papier glacé. L'important, c'est ce qu'on y a fait, ce qu'on a vécu… et ce dont on se souviendra.
- Vous êtes sûre ?
- Moi, je me souviendrais de vous… Et de ce que j'ai vu de vous, ajouta-t-elle avec un sourire énigmatique en direction de Jack puis de Mulder à qui elle adressa un petit signe de la main.
- Merci, c'est…
- Ça va, ça va. Ce n'est qu'une pellicule, hein ! balaya-t-elle d'un air amusé. Oh, et au fait, les photos de boxe thaï du début, vous pouvez les jeter. J'en ai d'autres. Je dois y aller. Salut… et salut mec !
Elle checka dans la main de Jack et disparut parmi la foule.
- C'était qui ? interrogea Fox.
- Un courant d'air frais, répondit Scully pensive. Bon. On y va ?
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- Non ? ! C'est sérieux alors l'histoire du saut en parachute ? Christopher veut vraiment ça pour ses dix ans ? ! répéta Dana en frémissant.
- Bah oui ! Carrément.
- Génial, j'ai toujours rêvé de faire un saut en parachute, s'emballa Mulder.
Elle le regarda interloquée.
- Ah parce que tu t'invites en plus ? !
- Dana Scully qui s'envoie en l'air, je veux voir ça…
- Mulder !
Jack se tordit de rire sur la banquette arrière manquant de s'étouffer bruyamment.
- Tu ne veux pas te mettre en mode off juste deux secondes ? soupira Scully. Jack, ça va ?
Elle se retourna l'air inquiet devant le visage rougi de son neveu.
- Ça… ça va ! toussa-t-il.
- Ton père me tuera si je ne te ramène pas en entier. Et plus encore, si tu lui raconte les divagations de cet… - elle grimaça en jetant un coup d'œil vers Fox qui conduisait tout en ne perdant pas une miette de la discussion – cet ado attardé !
- Ça m'étonnerait, nota Jack en croisant les bras d'un air serein.
- Et pourquoi donc ?
- Parce que dans le genre ado attardé, Papa se défend assez bien !
Cette fois, c'est Dana qui ne put retenir un rire.
- Alors Charlie est un ado attardé hors classe ! Catégorie « exceptionnel, à conserver précieusement » !
- Et Mulder, il est quelle catégorie ? demanda candidement le garçon en se penchant vers les passagers avant, le regard mutin.
Elle eut une petite hésitation. Arrêté au feu rouge, Fox la scrutait attentivement et haussa les sourcils avec un intérêt manifeste.
- Catégorie… « qui manque s'il n'est pas là » ? déclara-t-elle le sourire aux lèvres en soutenant le regard attentif de son partenaire.
Pour une fois, celui-ci parut à court de réplique. Alors il se contenta de venir serrer furtivement les doigts de sa voisine. Puis se reconcentra sur la route tandis que Jack se renfonçait dans son siège avec une mine satisfaite.
Quelques pâtés de maison plus loin, ils arrivèrent devant l'immeuble de Dana. Mulder se gara et descendit pour ouvrir à Jack et tenir la portière de Scully.
- Vous voilà à bon port !
- Tu restes, hein ? demanda le jeune sans arrière pensée.
Fox hésita une seconde en regardant Scully.
- Euh non.
- Tu peux monter prendre un dernier verre, si tu veux, lâcha Dana les joues un peu plus roses.
Il laissa passer deux longues secondes.
- Un café alors.
Et il lui sourit. Elle s'arrêta sur son visage avec bonheur quelques instants de trop. Au fond de lui, Jack ne put s'empêcher de noter le très joli teint de pêche et les yeux brillants de sa tante.
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Vingt minutes plus tard.
Elle vint s'agenouiller près du matelas. Il la regarda faire en souriant.
- Je sais que tu as dix ans maintenant… Mais est-ce que j'ai encore le droit… ?
Il l'interrompit en riant et passa ses bras autour du cou de sa tante.
- C'était super Danette, déclara-t-il simplement en l'embrassant. Merci !
- Ça m'a fait très plaisir à moi aussi tu sais, lui avoua-t-elle en égarant quelques secondes ses doigts dans les épis bruns.
Il s'écarta et plongea ses yeux en elle, soudain grave.
- Elle te manque ?
- Qui ? articula-t-elle d'une toute petite voix en sachant pertinemment de qui il parlait.
- Emily… Ma cousine, reprit-il d'une voix plus sourde.
Elle n'eut pas la force de répondre et caressa juste sa joue, le cœur soudain très lourd.
- Elle te manque, répéta Jack. Mais cette fois, c'était une affirmation.
- Oui. Mais elle est plus heureuse maintenant. C'est ça le plus important. C'est ton père qui t'a parlé d'elle, n'est-ce pas ? s'enquit-elle avec douceur.
- Papa et Mamie, précisa le garçon.
Dana tressaillit.
- Mamie aussi ?
- Ben oui. Pourquoi ?
- Je… je ne sais pas. Mamie et moi n'en avons pas beaucoup parlé.
- Ah… Pourtant, moi, elle m'en a parlé. Je crois qu'elle aurait voulu plus la connaître… Moi aussi, j'aurais voulu, ajouta-t-il un peu tristement.
- Et moi aussi, souffla Scully si bas qu'il ne l'entendit pas.
- L'autre jour, continua Jack sur sa lancée, elle en a discuté avec le père Mc Cue.
- Vraiment ?
- Il lui disait qu'elle avait de la chance d'être l'heureuse grand-mère de trois petits gars comme nous et Mamie a dit qu'elle avait aussi une petite fille et que c'était un ange… Après, on est allés poser des fleurs sur sa tombe.
- C'était vous…, murmura Scully les larmes aux yeux.
- Danette ? Ça va ?
- Ça va mon bonhomme. Ça va bien. Je suis heureuse.
- Tant mieux, se rasséréna-t-il en s'allongeant. Bonne nuit alors.
- Bonne nuit Jack.
Elle se leva lentement et se dirigea vers la porte du séjour. Elle posait la main sur la poignée lorsqu'il se redressa et l'apostropha d'un ton malicieux.
- Danette ? Si ça va pas, peut-être que Mulder y peut…
- Jack ! Bonne nuit ! insista-t-elle en détachant bien chaque syllabe.
Et elle referma la porte doucement derrière elle un large sourire aux lèvres.
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- Tu crois qu'il va se relever pour demander à boire, faire pipi ou te dire qu'il a peur du noir ?
- Je crois qu'il va s'endormir profondément en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
- Et on dirait que tu vas vite le suivre, nota Mulder avec une petite caresse tendre sur sa joue.
Elle riva son regard dans le sien.
- Je t'ai promis un café chaud.
- Ce n'est pas une obligation ! rigola-t-il.
- Ça me fait plaisir.
- Dans ce cas…
Ils se dirigèrent tous les deux vers la table. Elle sortit deux tasses et prépara en silence le café. Le liquide brun se mit à s'écouler en prenant tout son temps dans le creux de la cafetière. Fox observait sa partenaire, appréciant ses gestes précis, la paix sur son visage et l'abandon que la fatigue avait laissé s'installer sur ses traits fins. Elle sentit les yeux posés sur elle et se tourna vers lui pour croiser son regard. Il était si doux ce regard vert, attentif et délicat.
Un slow. Elle eut soudain envie de danser dans ses bras et l'idée vint illuminer son visage. Il lui sourit à son tour.
- Dana Scully, vous avez une idée en tête.
Elle acquiesça lentement et s'éloigna quelques instants. Il l'entendit glisser un CD dans son lecteur, et se tourna à moitié vers elle, curieux de savoir ce qu'elle tramait.
Quelques violons s'élevèrent dans la pièce, suivie d'un cœur de voix d'hommes. Puis c'est la voix brûlante de Ray Charles qui vint emplir l'appartement.
- « Georgia on my mind» ? reconnut Mulder avec un sourire appréciateur.
Elle ne répondit pas et s'avança vers lui, toujours calé sur sa chaise. Elle lui tendit la main comme une invite.
- Moi ? protesta Mulder dans un petit rire.
- Non, l'entité invisible qui est assis précisément là où tu es, taquina-t-elle.
Il prit la main tendue et se redressa.
- C'est qu'on commence à prendre des habitudes tous les deux !
Il glissa ses doigts autour de la taille de Scully et la ramena contre lui. Puis de son autre main, il attrapa les doigts de son amie et les yeux dans les yeux, il l'attira encore un peu plus contre lui.
- Danse avec moi, Da-nette !
Elle tenta de le fusiller avec ses yeux mais elle peinait à se rendre crédible.
- Continue et je dégaine le Fox, menaça-t-elle d'une voix basse et terriblement capiteuse bien malgré elle.
Il la regarda bien en face.
- Même pas peur !
- Vraiment ? … Fox ? murmura-t-elle à son oreille en retenant un rire.
- Bon Ok, je rends les armes. Arrête, par pitié. Ça me fait des trucs dans le cou !
- Alors, tais-toi et fais moi danser. S'il te plaît.
- Avec plaisir, convint-il en resserrant imperceptiblement son étreinte.
Ils se laissèrent emporter par le rythme langoureux et ensorcelant.
Dans sa chambre, Jack eut un sourire réjoui.
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- Rentre bien. Et… merci.
Elle lui tenait la porte. Il se tourna vers elle.
- Tout le plaisir était pour moi. A lundi, Scully.
Il se pencha vers elle et déposa un petit baiser sur sa joue. Avec un clin d'œil, il ajouta.
- Tu apprécieras j'espère que je ne le fasse pas avec la langue !
Elle le dévisagea interloquée.
- Il paraît que c'est beurk, termina-t-il avec un large sourire.
Avant qu'elle ait pu reprendre ses esprits, il s'était éclipsé.
Elle referma derrière lui et se laissa aller contre la porte avec la sensation délicieuse de chatouillis dans le ventre.
Mulder…
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Maison de Charles et Laureen Scully. Le lendemain.
- Alors ? Raconte ?
- C'était mortel ! Faut que je raconte à Chris' ! s'écria Jack en jetant son blouson sur la patère au risque de la renverser dans l'élan.
Et il s'élança dans l'escalier.
- Bonjour Papa, bonjour Maman ! reprit Laureen d'une voix forte en levant les yeux au ciel.
- B'jour P'pa ! B'jour M'man !
La voix du garçon se perdit au fond de leur couloir. Laureen et Charlie se regardèrent en souriant.
- Il a pas l'air trop malheureux dans l'ensemble !
- Dans l'ensemble, non ! convint Charles en riant. Mais ce jeune homme a un rapport à me faire et j'entends bien y avoir droit !
- Tu n'as pas honte d'envoyer ton fils espionner ainsi Dana ?
- Je sais : ce n'est pas bien. Mais je suis curieux et je trouve ma sœur bien trop avare en informations croustillantes !
- Oh parce que toi, tu lui en donne des informations croustillantes ? !
- Ben… non !
- Egalité donc !
- Oui, mais moi, j'ai un atout dans ma manche, susurra Charles à l'oreille de sa femme. Jaaack ! cria-t-il en s'élançant à son tour dans l'escalier.
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- Alors ? Parle-moi un peu de lui !
- Il est super cool !
- Tant mieux !
- Il est grand, brun…
- Oui, ça je sais. Dana m'a montré une photo. Mais, enfin… comment il est avec elle ?
- Il adore la faire tourner en bourrique. Il la touche pas mal.
- Comment ça il la touche ? releva Charlie surpris.
- Ben, il passe sa main dans son dos, il prend ses doigts un petit peu…
- Voyez-vous ça… murmura Charles avec un sourire.
- Il la fait rire !
- Il la fait rire ?
- A mort ! Et je suis sûr qu'elle adore !
- Ça, mon gars, tu verras vite qu'avec les filles, quand on les fait rire, c'est à moitié gagné !
- Et pour l'autre moitié ? demanda Jack soudain beaucoup plus sérieux.
Son père le dévisagea avec tendresse.
- La deuxième moitié, c'est… un peu plus compliqué. Il faut… savoir faire briller leurs yeux.
- Savoir faire briller leurs yeux, répéta le jeune d'un air pensif.
Puis il eut un sourire éclatant.
- Alors tu veux que je te dise Papa ?
- Oui ?
- Mulder…
- ...
- Il a gagné ! Et pas qu'un peu !
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Quelques jours plus tard…
Elle laissa tomber sa veste sur la chaise, mit un peu d'eau à chauffer et s'assit devant la pochette de photos développées. Elle ne l'avait pas encore ouvert.
Elle inspira un coup et défit l'attache de protection. Puis, elle prit avec précaution la pile de clichés dans ses mains.
Sur le dessus, il y avait une photo magnifique. Le vent balayait une cote escarpée. Une silhouette était tournée vers la mer, mais son visage en partie dissimulé par de longs cheveux noirs virevoltant devant ses yeux semblait sourire au photographe. Dana crut reconnaître la jeune femme du stade même si elle avait les cheveux un peu plus court. Si c'était elle, qui prenait la photo ?
Puis comme elle le lui avait annoncé, suivait une dizaine de tirages de combat de boxe thaï. Les photos avaient été prises en extérieur en plein soleil et la photographe avait parfaitement su capter les mouvements précis, tout en puissance, des combattants. Scully sourit. La qualité de ce travail faisait naître des espoirs nouveaux de souvenirs sur papier glacé de cette superbe après-midi du SuperBowl. Avec un peu plus de fébrilité, elle passa à l'image suivante.
C'était Jack. Rayonnant comme un prince !
Si jamais elle avait douté qu'il ait passé un merveilleux moment, cela levait toutes ses craintes.
Il y eut d'autres vues du stade, des portraits, des ambiances prises sur le vif et à jamais marquées.
Puis, elle arriva devant une série de trois photos.
Sur la première, on apercevait sur les côtés que tout le monde était debout, apparemment en proie à une liesse incroyable, et au milieu, elle était là… assise… face à Mulder… assis aussi.
Scully sentit soudain son cœur s'accélérer. Elle passa à la suivante. La scène était presque la même mais là, quelque chose avait changé. Les mains moites, elle fixa leurs visages et se posa, le souffle court, sur leurs yeux… Ces regards ! Ils étaient… si… intenses !
Tout lui revint. Ce moment où elle s'était sentie partir, tomber au plus profond de ces yeux clairs. Ce moment où leurs mains s'étaient…
Elle avança encore.
Sur la troisième et dernière photographie, il y avait leurs mains entremêlées et leurs deux corps se penchaient l'un vers l'autre…
La théière se mit à siffler. Elle sursauta. Avec une expression bouleversée, elle jeta les photos au milieu de la table de la cuisine et se releva prestement pour arrêter le gaz.
Elle resta ainsi de longues secondes, le cœur battant, à tourner le dos aux clichés.
La preuve…
Celle qu'elle ne voulait pas voir.
Celle qu'elle n'était pas prête à voir.
Elle finit par se rapprocher. Elle prit les photos – elles étaient encore une fois magnifiques - les contempla une dernière fois puis elle les emmena dans sa chambre. Elle les glissa délicatement dans une feuille pliée en deux, ouvrit le tiroir de sa table de chevet, souleva la bible et les quelques papiers qui s'y trouvaient et déposa tout au fond les témoignages éclatants de ce que Mulder et elle éprouvaient l'un pour l'autre. Elle les recouvrit de ses petites affaires et referma doucement le tiroir.
Elle revint dans la cuisine. Dans la pile de tirages, il y en avait un où ils étaient tous les trois.
Jack souriait de toutes ses dents face à l'objectif tout en enlaçant sa tante par derrière. Scully réalisa avec un hoquet amusé que le garnement en avait profité pour lui faire des oreilles de lapin mine de rien. Mulder assistait au spectacle en riant aux éclats.
Quant à elle, elle croisait le regard de son partenaire.
Radieuse. Heureuse.
Mais à son grand soulagement, ce petit quelque chose qui l'avait mise si mal à l'aise tout à l'heure n'apparaissait pas.
Elle prit le cliché et l'installa sur son réfrigérateur avec le magnet « You are the best » que Charlie lui avait offert à son dernier anniversaire.
Voilà.
Maintenant, chaque chose était à sa place.
