Chapitre 11

Love will thaw


La journée du vendredi, avant-dernière du Festival des Lanternes, passa beaucoup trop vite au goût d'Anna. Et avant même qu'Elsa eut cette impression à son tour, c'est la peine dans le regard de sa cadette lorsque la nuit fut tombée qui l'attrista.

Le lendemain, elles seraient déjà conviées au château pour retrouver le couple princier de Corona, Raiponce et Flynn, qu'elles avaient bien entendu déjà rencontrés parmi une centaine d'autres invités au couronnement d'Elsa. Entre deux souvenirs traumatisants, la soirée et la fête du couronnement lui ayant amené plusieurs problèmes psychologiques, la blonde platine se rappelait avoir beaucoup aimé leur manière d'être, et avait vraiment apprécié de discuter avec les deux Coroniens.

Malheureusement, comme chacun dans le royaume et les royaumes voisins le sait, la fête s'acheva plus tôt que prévu et ils n'eurent pas suffisamment le temps de faire pleinement connaissance.

Anna avait alors souligné, lorsqu'Elsa évoquait son avis à voix haute sur le sujet, que c'était donc l'occasion rêvée pour échanger davantage avec les deux époux. D'autant plus qu'ils auraient toute la soirée, le repas, et toute la nuit, puisqu'ils iraient voir le lâcher de lanternes ensemble. Ce serait aussi la première fois qu'Elsa et Anna rencontreraient le roi et la reine du royaume, qui étaient après tout à l'origine de leur venue ici.

Cette avant-dernière journée fut emplie d'une liste d'animations toutes plus excitantes les unes que les autres, dont les deux sœurs profitèrent au maximum afin d'imprégner leurs mémoires de bons moments passés ensemble sous le temps éternellement ensoleillé d'un été à Corona. Dès les premières heures du matin, elles furent impressionnées du talent et de la prestation d'une troupe de cracheurs de feu, qui déambulait dans les rues en jonglant avec une facilité déconcertante.

Anna demanda à son aînée si elle était capable de faire la même chose à sa version, mais se rendit compte rien qu'en imaginant la scène que le spectacle serait moins impressionnant. Elsa avait éclaté de rire en lui disant que de manière générale, elle préférait démontrer ses capacités via des architectures, ou des patinoires. La rouquine avait largement approuvé ce choix.

Le midi, après avoir dégusté des plats typiques du pays dans un restaurant, elles découvrirent plusieurs animations folkloriques dans les rues qui leur restaient à voir, comme un concours de déguisements aussi hilarant qu'impressionnant. Elles prirent aussi plaisir à repasser dans les ruelles qu'elles avaient parcourues dans la semaine et qui les immergeaient de nouveau dans les traditions de Corona. Quand, enfin, le soleil se coucha derrière la mer et qu'elles eurent fini de le contempler, puis que les premières étoiles de la nuit apparurent, ce fut la mine dépitée qu'elles rentrèrent à contrecœur à l'auberge.

En revanche, les jambes d'Anna étaient si douloureuses qu'à peine entrée dans la chambre, elle fut bien heureuse de s'avachir sur son lit, et à entendre Elsa se laisser tomber de tout son poids sur le sien, elle sourit en devinant qu'il devait en être de même. Cette semaine de festivités n'était pas finie, mais elles avaient passé de très bons moments ensemble.


Allongée sur son lit, Anna était surexcitée d'avance aux rencontres qui les attendaient le lendemain soir, et faisait part de chaque chose à laquelle elle avait hâte à son aînée, allongée elle aussi sur le sien. La rouquine en venait à la partie des présentations impériales inévitables entre le roi, la reine, Elsa et elle, qu'elle jugeait pompeuses par avance.

- Au fait… Se demanda soudainement Anna. Comment est-ce qu'on est censées appeler le prince, au juste ? Je veux dire, le mari de Raiponce ?

- Tu veux parler de Flynn ? Enfin, Eugène ?

- Voilà, c'est ça le problème. Dans la lettre, il est écrit "Prince Eugène". Mais lors de la fête de ton Couronnement, il s'est lui-même présenté comme "Prince Flynn".

- Hmm, acquiesça Elsa, qui se soutenait le menton en réfléchissant, sa silhouette méditative projetée contre le mur de bois par les bougies du lustre. Oui, tu as raison. Peut-être qu'il a deux noms et qu'il passe de l'un à l'autre lorsqu'il visite un royaume étranger. Tu crois qu'on devrait l'appeler différemment ici ?

- Je n'en sais rien, pouffa la rouquine. C'est à toi de me le dire.

Elsa grimaça en haussant un sourcil en tournant la tête vers elle.

- Tu es la plus grande, s'expliqua Anna. C'est toujours toi qui m'as dit comment faire !

- Je n'ai que deux ans et demi de plus que toi, gloussa Elsa face à l'absurdité de sa phrase. Et je ne suis reine que depuis très peu de temps, je ne sais pas encore m'y prendre parfaitement avec les appellations.

- Tu rigoles ? Écarquilla des yeux sa sœur, repensant aux innombrables fois où elle l'avait épatée par son talent naturel de souveraine lors des visites de diplomates.

- Bref, sourit la blonde, je ne sais pas. Qu'on soit chez nous ou ici, je pense qu'on peut l'appeler autant Eugène que Flynn. Non, vraiment, je n'en sais rien.

Anna redressa la tête, étonnée, et scruta son visage. Pourtant toujours certaine d'elle, Elsa arborait un air complètement perdu, ce qui stupéfia la cadette. Elles échangèrent un haussement de sourcils.

- Ça me stresse, cette histoire, avoua Anna. Je suis toujours maladroite avec les formalités royales et tout le bazar.

- Ne t'inquiète pas, tu vas y arriver. Il ne nous en voudra pas pour si peu, quand même, supposa Elsa en haussant des épaules. Tu n'as qu'à faire comme moi. Improviser.

- Improviser ? Répéta la princesse, déconcertée.

Elle appuya ses coudes sur les draps et sourit, amusée.

- Depuis quand tu improvises, toi ? Railla Anna.

La reine fit d'abord mine d'être vexée, mais admit vite qu'elle avait raison et se mit à rougir. L'improvisation n'avait jamais été un point fort chez Elsa. Naturellement méticuleuse, elle ne pouvait s'empêcher de toujours tout organiser à l'avance. Les réunions, les tenues de conseils, les rendez-vous avec les diplomates… Tout.

Et à dire vrai, quand elle était contrainte d'improviser, cela tournait souvent au fiasco. Elsa repensa notamment aux conséquences de sa fuite spontanée vers la montagne, un mois plus tôt, et déglutit au souvenir.

- Oui, bon, d'accord, je n'improvise jamais ou très mal, mais là c'est juste une histoire de nom. Ce n'est pas gravissime.

Anna sourit et se laissa retomber sur son lit.

- Tu as raison. On verra bien demain.


Hans abaissa son épée sur le corps chagriné d'Elsa, son visage de meurtrier tordu par l'excitation de son crime et son accession imminente au trône. Si elle avait ouvert les yeux, Elsa aurait pu voir son reflet dans la glace du fjord, mais même dans ce cas, la jeune femme n'aurait pas cherché à l'éviter, toute raison de vivre s'étant écroulée avec elle.

Le prince venait de lui annoncer la mort d'Anna, et non seulement cela avait effondré son cœur dans sa poitrine, mais il avait aussi spécifié qu'elle était morte par sa faute, à cause de ses pouvoirs qu'elle n'était pas parvenue à contrôler. L'âme de la reine se brisa, et elle ne put relever la tête, presque entièrement affalée sur la glace, une main repliée sur ses yeux ruisselants de larmes et l'autre crispant la matière froide et dure comme de l'acier.

Soudainement, elle entendit derrière elle, mais comme provenant de kilomètres au loin, un cri offensif dont elle reconnut le timbre : Anna venait de se jeter de tout son corps entre Hans et elle, prête à sacrifier sa vie pour celle de son aînée.

Perdant l'équilibre de surprise, le prince recula brusquement et glissa sur la glace puis tomba à la renverse. Son crâne frappa si fort et si vite le fjord gelé qu'il s'évanouit sur le coup, son corps inanimé retombant sur le sol bleuté, son épée rebondissant loin de lui. Elsa écarquilla les yeux, cherchant à comprendre ce brusque silence, se retourna, puis ce fut le visage couvert de larmes de joie à présent qu'elle découvrit Anna, belle et bien vivante, se tenir derrière elle.

N'hésitant pas une seule seconde, ne cherchant pas à se demander si elle pouvait la toucher sans lui faire de mal, Elsa se jeta dans ses bras en un sanglot de bonheur, ravie que la phrase de Hans n'ait été qu'un mensonge manipulateur et qu'elle soit bien vivante sous ses yeux.

- Oh, Elsa… Murmura sa sœur tout contre elle, et elle resserra davantage l'étreinte.

Le câlin fut si profond, si absent du moindre froid, et empli de la chaleur de l'amour, qu'il sembla durer une éternité. Et elles souhaitaient, autant l'une que l'autre, qu'il dure une éternité. Enfin, Elsa se détacha de sa cadette et essuya ses larmes, tandis qu'Anna effaçait les siennes. Elles se regardèrent longuement dans les yeux.

- On dirait bien que je suis arrivée juste à temps, sourit Anna, avec un léger humour.

- Oui, grimaça Elsa, encore trop émue pour esquisser un réel sourire. Tu m'as sauvé la vie.

- Parce que je t'aime, expliqua Anna.

La blonde sourit réellement cette fois, et resserra de nouveau sa sœur dans ses bras. Un câlin de plus ne serait jamais de trop pour les treize ans durant lesquels elle l'avait privée de contact. Anna passa une main rassurante sur son dos. Elsa rouvrit les yeux après l'avoir enlacée et l'observa.

Elle était vivante, face à elle, le visage radieux, et ses habits étaient intacts, colorés, non recouverts de glace. Anna débordait encore de chaleur, en chair et en os.

"Elle ne s'est pas transformée en glace", pensa Elsa. "Quel soulagement", soupira-t-elle intérieurement. Sa cadette était saine et sauve. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'elle remarqua en fait ce que portait Anna.

- Je ne t'ai même pas dit à quel point je trouve que cette tenue te va bien, sourit-elle, regardant sa robe bleue et sa cape d'hiver fuchsia.

- Oh, merci.

Anna rougit, bien que cela fût difficile avec la fraîcheur qui les entourait.

- J'adore ta robe aussi, encore une fois, complimenta à son tour Anna. C'est magnifique. Tu n'aimais plus ta tenue de couronnement ? Je trouvais ta traîne royale violette très belle.

Elsa pouffa, un peu honteuse.

- En fait… Je l'ai lancée dans la montagne.

Anna haussa les sourcils avec un rictus, mi surprise, mi hilare.

- Le vent a dû l'emmener quelque part loin du château, murmura Elsa, se triturant nerveusement les mains. Elle me donnait l'impression d'une pression sur mes épaules, alors je l'ai détachée.

La rouquine éclata de rire.

- Pour tout t'avouer, j'ai laissé mon pardessus tomber sans faire exprès à côté d'un ruisseau, avant-hier, haussa-t-elle des épaules. On est quittes.

Ce fut au tour d'Elsa d'éclater de rire.

- On devrait peut-être aller les chercher, ricana-t-elle.

Anna rit, et hocha de la tête.

- Oui, tu as rais—

Elle s'interrompit subitement pour tousser violemment dans un spasme. Soudain, Anna s'effondra, et Elsa écarquilla les yeux, alarmée.

- Anna ?!

La rouquine s'écroula, et l'aînée la rattrapa de justesse avant qu'elle ne tombe sur le sol. Elsa glissa à genoux, haletante, cherchant à comprendre. Au même moment, Anna toussa brutalement de nouveau, plusieurs fois, et cracha du sang sur le sol de glace. Avec effroi, l'aînée vit les gouttelettes rouge sombre disséminées sur les fibres glacées de sa robe, et baissa les yeux vers le ventre d'Anna.

Un rond de sang grandissait à une vitesse alarmante sur son abdomen. Une lame couverte de sang en sortait, et Elsa haleta de terreur.

Hans éclata d'un rire monstrueux au-dessus du corps de la cadette. De nouveau conscient et s'étant ré-emparé de son épée, il venait de tuer Anna, lui transperçant le foie.

Elsa hurla de tout son être, et son cri fit écho contre la glace du sol et les bateaux gelés bloqués dans le fjord. Larmoyante, elle reprit une inspiration haletante puis hurla de nouveau, le cœur déchiré, et sa rage fut si forte qu'un immense cercle de vent bleu vif jaillit d'elle et propulsa l'homme à plusieurs dizaines de mètres dans les airs dans une vague de glace.

À la manière du souffle d'une explosion, l'onde de choc explosa le bois des navires alentours, et craquela la glace autour d'elles. Puis il y eut un soudain silence, si immédiat et net que tout son semblait avoir quitté le monde.

Elsa sanglota, la mâchoire serrée, agenouillée au sol et tenant le corps inerte de sa cadette dans ses bras, gémissant faiblement. Le plus rapidement qu'elle le pouvait, elle retira l'épée de son ventre, qui tomba sur le sol de glace avec un bruit sinistre. Entre deux larmes, elle regarda le visage à jamais figé de surprise de sa sœur, dont les lèvres étaient couvertes de sang, qui coulait abondamment sur le fjord.

- NON… Geignit Elsa, l'âme brisée.

Anna restait toujours immobile.

- Reste avec moi, supplia l'aînée. RESTE AVEC MOI !

Mais les yeux bleu turquoise d'Anna ne montraient plus aucun signe de vie, et fixaient le vide.

Elsa eut un nouveau sanglot et resserra sa sœur contre elle, tremblante, puis hurla de plus belle.


Anna ne savait pas quoi faire. Alarmée, elle observait, impuissante, Elsa gémir dans son lit. Prise au piège dans un cauchemar, Anna ne parvenait pas à la réveiller, même en l'appelant de nombreuses fois. La rouquine aurait voulu la rassurer en la tenant par les épaules, la réveiller en la secouant, lui serrer les bras, mais voilà : impossible d'assembler assez de courage en voyant ce qui entourait Elsa.

Autour d'elle, et à vrai dire dans presque toute la pièce, il neigeait. Tombant bientôt à la vitesse d'une tempête glaciaire, les flocons se composaient en fonction de l'intensité du cauchemar, et c'était de pire en pire. Le visage pâle d'inquiétude, Anna regarda tout autour d'elle, cherchant comment faire.

Elle avait beau se dire que sa sœur ne lui ferait plus jamais mal par la magie, n'importe quelle personne sensée avait suffisamment de raison pour ne surtout pas approcher la Reine des Neiges dans cette situation. Si Anna la réveillait en sursaut, Elsa allait certainement, même involontairement, la geler sur place de surprise.

La cadette se mordit les lèvres en la voyant, pantelante, crisper ses mains sur ses draps. L'angoisse chronique de son aînée ne facilitait pas les choses, mais elle faisait partie de sa personnalité et Anna l'aimait telle qu'elle était. C'est sur cette pensée de son cœur qu'elle mobilisa suffisamment de courage pour la réveiller d'une pression sur l'épaule. Triste évidence, Elsa écarquilla brusquement les yeux en un sursaut et des vagues de glace surgirent de ses paumes.

Heureusement, Anna étant pile entre les deux, elle les évita juste à temps, et concentra immédiatement son regard sur celui de sa sœur.

- Elsa. ELSA !

La blonde reprit conscience, mais haletait encore de terreur, clignant des yeux.

- Tout va bien, je suis là, je suis là.

Tremblante, la reine se redressa d'un geste et regarda, apeurée, autour d'elle, puis se jeta dans ses bras. Anna accepta l'étreinte, mais elle fut la plus inconfortable qu'elle n'ait jamais ressentie.

La peau froide comme le métal, Elsa avait les mains tellement gelées qu'Anna eût l'impression d'être serrée par des étaux de fer. S'écartant doucement, elle observa sa sœur dans les yeux de nouveau, inquiète de son état. D'habitude, après un coup de stress, ses mains reprenaient une température normale assez vite. Mais là, son cœur tambourinait rien qu'à voir les veines de son cou, et Elsa haletait bruyamment.

- Elsa, regarde-moi. Tout va bien. Respire.

Elle prit une grande inspiration, pour que la blonde platine l'imite et se calque sur son rythme, mais impossible de la calmer. Pire encore, Elsa aperçut les pics de glace qui avaient été formés de chaque côté d'elle par ses mains, une partie sur le sol et l'autre étalée sur le lit et le mur de bois à sa droite. Ses yeux s'écarquillèrent davantage, et son effroi la fit trembler.

- Qu'est-ce que j'ai fait… Murmura-t-elle.

- Rien, assura Anna. Rien du tout.

- Je… T… T'ai blessée ? Pantela-t-elle, affolée.

- Quoi ?

- Est-ce que je t'ai blessée ?

Anna comprit son anxiété en observant les dégâts autour d'elle, notamment la couche de neige présente sur les draps et le sol bien que la tempête se soit arrêtée.

- Tout va bien.

- Est-ce que je t'ai blessée ?!

- Non, non, Elsa, tout va bien.

- JURE-LE-MOI !

La phrase de son aînée transperça l'air, menaçante. C'était l'ultime vérification dont Elsa avait besoin, et si la réponse était positive, il était évident que son angoisse s'amplifierait. Toutefois Anna n'était pas même égratignée.

- Tu ne m'as pas blessée, Elsa. Pas du tout. Je te le promets.

Le regard d'Elsa douta un instant de sa réponse, puis brusquement, les traits de son visage se détendirent, et elle laissa tomber sa tête contre le cadre du lit. Fermant les yeux dans un soupir, la neige présente dans la pièce s'évapora instantanément.

Mais Elsa était toujours tremblante, et Anna sentait, même à plusieurs centimètres d'elle, que sa peau était encore froide comme la glace. Sa crise d'angoisse ne s'atténuait pas.

- Attends, dit Anna.

Elle descendit du lit, enjamba les stalagmites diagonaux et se dirigea vers la salle de bain. Remplissant un verre d'eau au robinet, elle revint dans la chambre et s'assit à l'espace du lit où il n'y avait pas les jambes d'Elsa, puis lui tendit le verre.

- Tiens, bois un coup, ça va te faire du bien.

Désorientée, Elsa mit du temps pour le prendre. À peine saisit-elle le verre au creux de sa main que l'eau gela, et il émit un tintement en se fendant légèrement. Elles poussèrent toutes les deux une exclamation.

- Pardon, pardon, s'excusa aussitôt Elsa, attristée par son geste, et elle lâcha le verre sur ses draps en tremblant.

- Ce n'est pas grave, assura sa sœur, qui reprit le verre et le posa sur la table de nuit.

Elle se mit à genoux sur les draps et s'approcha de sa sœur. Elle glissa ses deux mains dans la sienne, puis passa l'autre dans ses cheveux pour la calmer. Plusieurs minutes passèrent, où peu à peu, la respiration d'Elsa redevint normale, et la température de sa peau remonta de quelques degrés.

Elsa se détendit, et ses épaules retombèrent en même temps que sa crise d'angoisse. Anna souffla aussi, heureuse que les choses ne se soient pas empirées. Elle sourit, contente que sa sœur aille mieux.

- Merci, Anna, déglutit son aînée après un moment.

- Je t'en prie, c'est normal. Je sais ce qu'est un cauchemar trop réaliste, grimaça-t-elle.

La rouquine faisait évidemment référence à l'autre nuit de la semaine où elle-même avait connu cette situation horrible.

- On est là pour veiller l'une sur l'autre, ajouta-t-elle avec un sourire attendri.

Elsa sourit enfin, ses tremblements cessèrent, et son visage reprit sa teinte habituelle. L'eau dans le verre sur la table changea d'état et cela attira l'attention d'Anna, qui tourna la tête. Elsa suivit son regard.

- Oh ! Attends, je vais enlever tout ça.

La reine retira gentiment ses mains et enchaîna plusieurs mouvements de bras. Aussitôt, les pics de glace se divisèrent en plusieurs milliards de flocons, qui s'évaporèrent dans l'air.

- Encore désolée si je t'ai fichu la trouille. Ce cauchemar était atroce.

- Ce n'est rien. J'imagine que j'étais dedans ? Devina Anna, car c'était assez évident.

- Oui, murmura Elsa. Et il t'arrivait quelque chose d'horrible. Parfois, je déteste mon imagination.

Elle baissa la tête, encore un peu traumatisée par son rêve. Des images lui revenaient, et elle ferma les yeux en crispant son visage pour essayer de les oublier. Une main douce se posa sur son épaule.

- Hé. Ce n'était qu'un cauchemar. Je vais bien, regarde.

Elsa ouvrit les yeux sur son sourire sincère, et soupira de soulagement. Elle but le verre qu'Anna lui avait amené.

- Tu veux que je veille sur toi le temps que tu te rendormes ? Proposa Anna.

- Non, je t'en prie, assura sincèrement Elsa. Je vais déjà mieux.

La blonde lui adressa un profond sourire.

- Quelle heure est-il ? Demanda-t-elle ensuite, principalement pour changer de sujet, car elle ne souhaitait surtout pas parler de ce dont elle avait rêvé.

Anna tourna la tête vers l'horloge de la chambre.

- Six heures quinze du matin, lut la cadette, et sa voix passa d'informative à dépitée.

- Je vais me lever pour de bon, alors, décida la reine.

- Non ! Surgit Anna, car c'était exactement pourquoi elle était frustrée.

- Quoi ?

Anna la fixa du regard.

- J'étais sûre que tu allais dire ça. Premièrement, je t'interdis de finir ta nuit sur ce cauchemar. Deuxièmement, il faut que tu dormes plus. Et, euh, troisièmement…

Elsa haussa un sourcil.

- …Hors de question de se lever si tôt. Je sais qu'on voit Raiponce, Flynn, le roi et la reine aujourd'hui, mais je suis crevée. On se lèvera à neuf heures.

Et sur ce, elle se leva du lit et alla tout bonnement se coucher sur le sien. Elsa resta immobile, interloquée. Non pas parce qu'elle venait d'être légèrement autoritaire, ce qui la surprit, mais parce que sa fatigue était curieuse.

- Comment ça, tu es fatiguée ?

Anna se glissa dans ses draps, et fit d'abord semblant de ne pas l'avoir entendue.

- Anna.

La rouquine grimaça, puis se tourna vers elle.

- Hmm ?

- Tu as très bien entendu ma question. Pourquoi es-tu fatiguée ?

- Parce qu'il est six heures du matin, justifia-t-elle, ce qui était un argument valide, mais ici la cadette mentait clairement vu son tic de ne pas la regarder dans les yeux.

Elsa pencha la tête d'un air moqueur.

- Mais encore ? Sourit-elle.

Anna hésita à lui dire la vérité. Puis finalement, elle céda.

- Parce que… Marmonna la princesse. Parce que je venais de commencer à dormir quand tu as cauchemardé.

La blonde fronça un sourcil et haussa l'autre.

- Quoi ? Mais… Qu'est-ce qui a bien pu t'empêcher de dormir jusqu'ici ?

Sa cadette se mit alors à rougir, ce qui était perceptible même dans la pénombre.

- Je te regardais.

Le cœur d'Elsa manqua une pulsation.

- Je te regardais dormir, avoua Anna. Je suis tellement contente qu'on passe de nouveau du temps ensemble, et chaque nuit est peut-être la dernière où on dort dans la même pièce, alors…

- Oh, Anna… Sourit avec tendresse son aînée, et elle faillit pleurer.

Anna bredouilla quelque chose d'imperceptible, se cachant presque le visage avec ses draps dans la pénombre.

- Bref, bonne nuit, bafouilla-t-elle, honteuse.

La reine n'ajouta rien, aussi la rouquine ferma les yeux. Soudain, elle entendit quelque chose au-dessus d'elle, et sentit Elsa déposer un baiser sur son front. Anna esquissa un sourire.

- Ma petite sœur, chuchota Elsa en se redressant.

Elle retourna s'allonger et, fermant les yeux, sourit à son tour. Sa cadette avait raison. Chaque instant était précieux.


NDLA : Sorry not sorry pour l'angst O:)
N'ayez pas les nerfs contre moi, il FALLAIT que j'écrive cette scène du cauchemar. Dans la continuité du film, je me devais de parler du traumatisme d'Elsa ! Et puis il y a eu du Fluff et de l'humour aussi ;) (toujours un juste équilibre, hohoho)

Merci à tous de votre soutien jusqu'ici ! La fic enchaîne les catégories "favoris" et vos commentaires sont géniaux, alors vraiment un grand merci. Partagez la page autour de vous ! :D