Disclamer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Chapitre 11: Je vous hais...

Les ténèbres lui dissimulaient tout ce qui l'entourait. Elles semblaient tout dévorer. Il ne distinguait rien. Seul un noir absolu s'offrait à sa vue. Des tremblements secouaient son corps tout entier. Le froid était si intense qu'il brûlait sa peau. Les pierres contre lesquelles il s'était lové étaient elles aussi gelées. Même son contact ne pouvait les réchauffer. Il se leva difficilement. Ses muscles étaient ankylosés et ses articulations craquaient à chacun de ses mouvements pour protester. Il était tellement désorienté qu'il ne se souvenait même plus de son identité. En fait, il ne se souvenait de rien. Comme si le froid et les ténèbres avaient englouti la moindre chose de son passé.

Une fois debout, il se mit à marcher pour quitter cette obscurité oppressante. Son cœur battait si fort qu'il n'entendait rien d'autre – pas même le bruit de ses propres pas. Il avança en longeant le mur contre lequel il s'était réveillé. Il fut arrêté à peine six pas plus loin. Une peur incontrôlable s'empara de lui quand il se rendit compte qu'il était enfermé. Cette peur lui tordit le ventre et coupa sa respiration. Il eut besoin de longues secondes pour recouvrer son calme. Lorsqu'il eut repris le contrôle de ses émotions, il se remit en marche, espérant trouver une porte. Croyant entendre une voix, il se figea et tendit l'oreille. Une respiration sifflante coupait le silence à intervalles irréguliers.

-C'est pas juste...

Il voulut s'approcher de la personne qui parlait mais il était pétrifié. Il ne pouvait même pas émettre le moindre son.

-J'ai pas mérité ça...

La voix était d'une faiblesse alarmante. Malgré son envie d'aider cette personne désespérée, il ne pouvait rien faire.

-Comment avez-vous pu...

Des dizaines de paroles de réconfort franchirent son esprit mais aucune ne franchit ses lèvres gercées par le froid.

-Je vous hais...

Les trois mots tordirent son cœur. Il avait l'impression de partager les émotion de son compagnon de cellule. Il était tellement concentré sur la voix qu'il ne remarqua pas que ses tremblements avaient cessé et que son corps s'affaiblissaient davantage.

-Je vous hais.

La voix répéta ces mots comme si c'était la seule chose qui lui restait. Ils lui donnaient une assurance nouvelle qui contrastait avec sa faiblesse précédente.

-Je me vengerai! cria-t-elle avec le peu de forces qui lui restait. Vous me le payerez, vous entendez?! Quand j'aurais fini avec vous, il ne restera plus rien! Je vous hais!

Puis, dans un murmure, presque un dernier souffle:

-Je me vengerai...

XXX

-Hé! Ça va Ginga? demanda une voix inquiète.

Le rouquin ouvrit péniblement les yeux. La lumière les brûlait, comme s'il était trop longtemps resté dans l'obscurité. Il était gelé jusqu'aux os. Il peina à reconnaître les personnes qui l'entouraient. Sa joue était posée contre les pages rêches d'un livre. Il était tenté de se rendormir mais, soudainement, tout lui revint. Il se redressa brusquement, les yeux écarquillés, provoquant des hoquets de surprise de la part de ses observateurs.

-Ginga?

L'interpellé se tourna vers Masamune qui avait posé une main sur son épaule. Il arborait le même air inquiet que les autres. Ginga remarqua alors que la foule qui s'était réunie autour de lui n'était pas seulement composée de ses amis mais aussi de vagues connaissances et de parfaits inconnus que la curiosité avait poussé à observer la scène.

-Ça va, murmura-t-il pour éloigner les curieux. Ce n'était rien... juste la fatigue.

Les autres se dispersèrent, peu intéressés par cette explication.

-Tu es sûr? demanda Yû. Tu ne veux pas aller à l'infirmerie?

Ginga secoua doucement la tête. Il se sentait un peu étourdi. Il passa ses mains sur son visage pour essayer de se réveiller.

-Je... ça va.

Ses paroles ne convainquirent pas un seul de ses amis qui le dévisagèrent tous avec une certaine inquiétude. Yû jeta un regard autour d'eux avant de reporter son attention sur lui.

-Plus personne ne fait attention à nous, tu peux nous dire ce qui t'est arrivé.

Ginga mordilla sa lèvre inférieure, nerveux et hésitant. Il baissa les yeux, n'ayant pas le courage d'affronter les regards de ses amis. Sa réaction ne fit qu'accroître l'inquiétude de Yû, de King et de Masamune qui le connaissaient depuis plusieurs années: il ne leur avait jamais rien caché.

-Gingi...?

L'enfant posa sa main sur celle de l'adolescent pour lui offrir du réconfort mais, à peine eut-il effleuré sa peau, qu'il ramena vivement sa main vers lui.

-Mais t'es gelé! s'indigna-t-il.

-Il fait froid, se défendit Ginga en ramenant ses bras contre lui.

Yû plissa les yeux pour le dévisager.

-Pas plus que tout à l'heure, déclara-t-il d'un ton sûr qui n'admettait aucune réplique. Dis-nous ce qui s'est passé pour que tu t'évanouisses et que tu sois aussi froid.

Le rouquin jeta un regard autour d'eux pour s'assurer que personne ne les écoutait. Il décida de leur avouer pour les rêves – de toute façon, Kyoya comptait certainement le faire et la seule chose qui l'avait fait hésiter jusqu'à présent était l'idée de le trahir. Mais, quand il voulut parler, son souffle se coupa et son courage l'abandonna. Il baissa de nouveau la tête. Il savait que son attitude alarmait ses amis mais il ne parvenait pas à mettre suffisamment d'ordre dans ses idées pour leur donner une explication. La vision qu'il avait eu était trop présente dans ses pensées pour qu'il pût s'en détacher. Le froid et le peur qu'il avait ressenti étaient toujours accrochés à lui bien qu'il n'avait plus aucune raison de les ressentir à présent. D'ailleurs, plus il y pensait, plus il les ressentait. Les dernières paroles de la voix résonnaient d'une clarté terrifiante dans sa tête, comme si la personne à qui les avait prononcé était juste à côté de lui. La voix devint de plus en plus clair, accaparant bientôt toutes ses pensées. Quelque chose de brûlant agrippa soudainement son poignet, le ramenant brutalement dans la réalité où ses amis le fixaient, le visage déformé par l'inquiétude.

-...ngi! Reste avec nous!

Il se força à s'immerger de nouveau dans la réalité. Il nota avec une certaine surprise qu'il s'était appuyé contre King et que Yû lui tenait la main.

-Il s'est passé quoi là? ne put-il s'empêcher de demander.

Masamune fronça les sourcils tandis que Melody restait totalement immobile, ne sachant pas comment réagir.

-C'est plutôt à toi de nous dire ça, dit-il. Tu nous as dit que tu allais mieux et t'as failli refaire un malaise!

Ginga opina lentement, sachant que le brun avait raison. Il jeta un coup d'œil affolé aux murs, oppressé par l'angoisse.

-On pourrait sortir pour en discuter? proposa-t-il.

Quelque chose dans son regard dut les alerter car aucun de ses amis ne protesta. Après avoir salué la documentaliste et l'avoir rassuré sur l'état du rouquin, ils quittèrent le CDI. Ginga eut l'impression de revivre quand il fut dehors.

-Tu es sûr que tu ne veux pas aller à l'infirmerie? insista Melody.

-Non... ça va mieux.

-C'est aussi ce que tu as dit tout à l'heure, critiqua Masamune.

Ginga baissa la tête, honteux.

-Cette fois, j'en suis sûr.

-Tu vas nous dire ce que tu as ou pas? s'agaça King.

Ginga hocha la tête. Alors qu'il s'apprêtait à prendre la parole, Yû intervint.

-On devrait aller ailleurs pour discuter. Si on reste là, les surveillants vont finir par se poser des questions.

Les adolescents acquiescèrent. Le groupe se dirigea d'un pas rapide vers le parc, pressé d'arriver à destination pour pouvoir enfin entendre l'explication du rouquin. Quelques élèves erraient dehors mais ils ne leur prêtèrent pas attention. Le groupe s'installa autour d'une table. Ils fixèrent tous Ginga qui se sentait mal à l'aise d'être le centre de l'attention.

-Alors?

-Je... j'ai des visions...

Il regretta immédiatement ses paroles tant elles lui parurent ridicules formulées ainsi mais Yû l'encouragea à continuer.

-Ça a commencé avant-hier. J'ai vu un souvenir de Kyoya en rêve et hier j'en ai vu un autre pendant la journée.

-Pourquoi tu nous l'as pas dit? lui reprocha l'enfant sans mettre une seule seconde sa parole en doute.

-Ben... je voulais d'abord en parler à Kyoya parce que ça le concernait plus et il est parti pour essayer de comprendre ce qui se passe. J'aurais préféré tout vous raconter quand j'en aurais su plus.

-Attends, l'interrompit Melody, l'air confuse. Je croyais qu'il cherchait une solution pour Ash.

-Il croit que ça peut nous aider, répondit Ginga avec hésitation. Mais ce n'est pas sûr.

Les yeux de King brillaient de curiosité.

-Donc, tout à l'heure, t'as eu une vision?

Le rouquin opina lentement, essayant de ne pas laisser son esprit dériver vers cette vision qui l'appelait.

-Je t'ai jamais vu dans un état pareil, commenta Yû, les sourcils froncés.

-C'était différent des autres fois, murmura Ginga. Ça ne concernait même pas Kyoya et... les sensations étaient plus fortes.

Yû attrapa son bras, attirant son attention.

-Tu devrais arrêter d'y penser, conseilla-t-il. À chaque fois, on dirait que tu vas tomber dans les pommes.

Ginga acquiesça silencieusement, n'ayant pas la force de parler, et essaya de faire abstraction du souvenir. Agacé, Yû fit claquer sa langue contre son palais.

-Ce serait bien que Kyoya revienne vite qu'on puisse comprendre ce que tu as, déclara-t-il.

Melody, qui n'avait pas cessé de dévisager Ginga depuis le début, vit nettement l'éclair de lucidité qui traversa son regard quand l'enfant cita le nom du fantôme. Elle se pencha en avant, essayant de capter son attention.

-Tu n'as jamais eu d'effets secondaires pareils quand tu voyais les souvenirs de Kyoya, n'est-ce pas? demanda-t-elle bien qu'elle connût déjà la réponse.

L'adolescent secoua doucement la tête, ne voyant pas où elle voulait en venir.

-Et si tu pensais à ses souvenirs plutôt? Peut-être que ça te permettra de te détacher de ta dernière vision.

-C'est pas une mauvaise idée, commenta Yû. Tu devrais essayer Gingi.

Toujours privé de parole, le rouquin hocha la tête avant de s'immobiliser et de fermer les yeux. Sous ses paupières, il tenta de reconstituer les images de la dispute qui étaient gravées dans son esprit mais elles lui glissaient entre les mains comme si elles étaient dotées d'une vie propre et qu'elles avaient décidé de le fuir. Contrarié, Ginga rouvrit les yeux. Il ne put retenir une exclamation de surprise quand il constata qu'il ne se trouvait plus dans le parc avec ses amis mais dans une vaste salle aux murs de pierre et remplie de poussière. Malgré la pénombre et le froid qui y régnaient, il sut immédiatement que c'était différent de la vision qu'il avait eu plus tôt. Un faisceau de lumière balaya la pièce, confirmant son hypothèse. Un soulagement intense l'envahit lorsqu'il vit Kyoya et ses amis entrer dans la salle même s'ils restaient près de la porte de sortie. Il sursauta en entendant une porte s'ouvrir. Un adolescent apparut en face du groupe. Ses cheveux noirs, légèrement ondulés, encadraient son visage délicat et accentuait la blancheur de sa peau. Ses yeux noirs détaillèrent vivement chacun des quatre adolescents qui lui faisaient face. Il n'avait pas l'air d'être en mauvaise santé mais il se dégageait de lui une impression de fragilité. Bien qu'un sourire chaleureux s'inscrit sur ses lèvres, Ginga recula d'un pas, effrayé. Il savait de qui il s'agissait car Kyoya le lui avait décrit quand il lui avait raconté comment ses amis et lui l'avaient libéré.

-Salut, dit l'adolescent d'une voix hypnotique. Je suis vraiment soulagé de voir quelqu'un ici. Je suis entré et je n'ai pas pu ressortir: je croyais que j'allais rester coincé. Au fait, je m'appelle Ash.

Ginga ne comprenait pas pourquoi il voyait cette scène alors que Kyoya la lui avait raconté. Il eut à peine le temps de voir Ash s'avancer vers les adolescents avant qu'elle ne fût remplacée par un autre souvenir. Il se trouvait de nouveau à l'extérieur de Saint-Georges, en fin d'après-midi. Une pluie fine tombait du ciel gris. Il faisait face au bâtiment principal du pensionnat, celui qui abritait les salles de classe. Il fut surpris de constater que la bâtisse n'avait pas changé en un demi-siècle. Les nuages amoncelés dans le ciel donnait une atmosphère plus sombre au pensionnat. Ginga chercha du regard Kyoya ou l'un de ses amis mais il ne vit aucun d'entre eux. Alors qu'il commençait à se demander la raison de sa présence, il aperçut Ash qui quittait la forêt et se dirigeait droit vers le bâtiment. Il comprit alors que le souvenir précédent avait pour utilité de lui montrer à quoi ressemblait exactement l'esprit. Il ne put s'empêcher de faire un pas en arrière quand il passa près de lui bien qu'il savait qu'il ne pouvait pas le voir. Prenant son courage à deux mains, il lui emboîta le pas. Soudainement, le brun changea de direction, longeant le mur externe du bâtiment. Ginga le suivit d'un pas hésitant, se demandant où il allait. Ils contournèrent le bâtiment jusqu'à se retrouver derrière lui. Ginga fut surpris de ne pas voir le mur d'enceinte si familier se dresser pour empêcher les élèves de s'aventurer trop loin. Ash sortit des limites du pensionnat telles qu'il les connaissait. Il semblait avoir une destination précise. Le rouquin continua de le suivre. Ils entrèrent dans la forêt. Ginga réussit à ne pas le perdre de vue malgré les arbres. Au bout de quelques secondes, il aperçut Kyoya. Ce dernier était assis sur un rocher, indifférent à la pluie qui tombait sur lui et imbibait ses vêtements. Son attitude solitaire attrista Ginga.

-Kyoya? murmura la voix doucereuse d'Ash.

L'interpellé poussa un profond soupir. Sa réaction soulagea le rouquin qui avait cru qu'Ash et lui avaient décidé de s'allier. Kyoya se retourna et darda un regard froid, dénué du moindre sentiment, sur le brun qui avançait lentement vers lui.

-Tu ne peux pas me laisser tranquille? C'est vraiment agaçant à la fin.

Ash s'arrêta. Ginga avança à son tour, se décalant légèrement pour pouvoir observer leurs réactions à tous les deux. L'esprit continuait d'arborer un doux sourire. Kyoya soupira une nouvelle fois, agacé.

-Qu'est-ce que tu veux encore?

-Parler.

-Tu ne peux pas faire ça avec Wales ou Nile plutôt? Ils aiment bien t'écouter.

Ash regardait le vert avec un air sincèrement compatissant. À le voir ainsi, Ginga peinait presque à croire que ce frêle adolescent était l'ombre dangereuse emprisonnée dans le miroir. Sauf qu'une voix, au fond de son esprit, lui murmurait que c'était la vérité. C'était à cause de cette impression qu'il ne pouvait s'empêcher de maintenir une certaine distance entre lui et Ash et qu'il ne pouvait croire une seconde à sa comédie.

-Je voudrais t'aider...

-À quoi? l'interrompit Kyoya. Je vais parfaitement bien et je n'ai besoin de rien.

-Je ne comprend pas pourquoi tu te montres aussi agressif...

Ginga dévisagea Kyoya. Ash avait raison. On aurait presque dit qu'il savait que quelque chose clochait avec cet adolescent.

-En plus, tu mens mal. Je ne vois pas pourquoi tu resterais ici si tu te portais aussi bien que ça.

Kyoya se leva, prêt à partir pour mettre fin à cette conversation.

-Je vous ai avoué ce que j'étais, continua Ash. Je vous ai fait confiance. Tu pourrais en faire de même pour moi.

Il lui a dit qu'il était un esprit et après il s'étonne que Kyoya ne veuille pas lui faire confiance? s'étonna mentalement Ginga. C'est une réaction normale pourtant.

Ou alors, il essaye de le manipuler.

Cette pensée effleura son esprit sans vraiment se manifester, comme un bruit de fond auquel on ne prête pas attention parce qu'on est concentré sur autre chose.

Ginga secoua la tête. Il devait se concentrer sur la scène qui se déroulait devant lui.

-Je ne t'ai jamais rien demandé, répliqua froidement Kyoya.

L'adolescent aux cheveux corbeau poussa un soupir las.

-Je veux sincèrement t'aider...

-Ça, ça m'étonnerait.

-Et pourquoi?

Un rictus étira les lèvres de Kyoya.

-Parce que personne ne fait jamais rien gratuitement.

Il planta son regard dans celui d'Ash.

-Tu nous as dit que tu avais plusieurs milliers d'années, continua-t-il. Tu dois t'y connaître en manipulation depuis le temps.

Tout en douceur, Ash se pencha légèrement en avant et posa délicatement sa main sur la joue de Kyoya. Il le regardait avec attendrissement, comme un adulte regarde un enfant qui intervint avec sérieux dans une conversation dont il ne comprend pas le sens.

-Justement. Je suis extrêmement âgé et je possède des pouvoirs que vous ne pouvez même pas imaginer. Que pourriez-vous m'apporter? Comment notre relation pourrait-elle se baser sur un échange?

Ginga n'entendit pas la réponse de Kyoya: le décor s'effaça tout autour de lui avant d'être remplacé par une obscurité soudaine. Le rouquin cligna plusieurs fois des yeux pour s'habituer à la pénombre. Il se retrouvait de nouveau dans la forêt en pleine nuit. Une brise fraîche et légère soufflait, lui donnant la chair de poule. Il ramena ses bras contre lui pour se réchauffer et commença à avancer. Cette fraîcheur n'avait rien en commun avec le froid, brûlant et destructeur, qu'il avait ressenti dans le souvenir terrifiant qui l'avait conduit à se promener dans les souvenirs de Kyoya. D'ailleurs, il remarqua qu'il ne se sentait plus attiré par la vision. Il en soupira de soulagement.

Quelques pas plus loin, il atteignit une clairière où se trouvaient Kyoya, Ryûga, Nile et Wales. Il s'approcha pour voir plus de détails. Le premier, d'une pâleur extrême, peinait à tenir sur ses jambes. Il alla jusqu'au centre de la clairière, tenant la coupe dans une main et le miroir dans l'autre, avant de s'agenouiller sur l'herbe. Le blanc semblait surveiller les alentours, s'attendant à ce que quelqu'un surgît pour interrompre leur cérémonie. L'égyptien lisait inlassablement une feuille pour en apprendre les détail par cœur. Wales, lui, alla jusqu'à Kyoya qui posait le calice près de lui et le miroir sur ses genoux. Il posa sur lui un regard triste puis il ôta son sac et en sortit une étrange bouteille qui semblait faîte en métal. Il l'ouvrit et sembla former un cercle autour de Kyoya avec son contenu. Une fois qu'il eut fini sa tâche, il s'éloigna de plusieurs mètres. Le vert plongea sa main dans la coupe et traça des symboles sur le miroir. Totalement concentré sur sa tâche, il faisait abstraction de tout ce qui l'entourait.

-Que faîtes-vous?

Ginga sursauta. Il avait été tellement concentré sur le groupe d'adolescents qu'il n'avait pas remarqué qu'une cinquième personne venait de se joindre à eux. Ash se tenait à l'autre bout de la clairière, à une dizaine de mètres d'eux. Le rouquin se demanda comment sa voix leur était parvenue si distinctement malgré la distance et le vent sans qu'il eût crié.

Le nouveau venu s'approcha d'une démarche fluide, les yeux brûlant de colère.

-Comment osez-vous me trahir?

De légères secousses faisaient trembler la terre tandis qu'il continuait d'avancer. Kyoya leva brièvement les yeux vers lui avant de se concentrer à nouveau sur sa tâche.

-Alors que j'étais prêt à tout donner pour vous, que je voulais vous aider.

-Tu as tué des gens, se justifia Nile.

Ash s'arrêta à quelques pas de Kyoya, un sourire cruel étirant ses lèvres.

-Et alors? Vous ne les connaissiez pas.

-Ça ne rend pas ce que tu as fait moins grave.

Le brun posa sur Nile un regard froid. De l'affolement passa dans les yeux verts vif tandis que l'égyptien portait ses mains à sa gorge, luttant pour respirer. Suffocant, il tomba à genoux. Wales et Ryûga voulurent se précipiter vers lui pour l'aider mais il se retrouvèrent pétrifiés, incapables de faire le moindre mouvement. Ash les regarda d'un air réprobateur.

-Vous ne pouvez rien contre moi, murmura-t-il. Attendez gentiment votre tour.

Ash acheva la distance qui le séparait de Nile et posa une main sur son crâne. L'adolescent sembla se statufier avant de tomber en cendres sous les regards choqués de Ginga, Ryûga et Wales, spectateurs impuissants. Le poing de Kyoya se crispa sur le miroir mais il continua le sort.

-J'aurais préféré ne pas en arriver là, déclara Ash avec un sourire qui démentait ses paroles.

L'obscurité sembla l'engloutir. Il réapparut immédiatement auprès de Wales auquel il fit subir le même sort qu'à Nile. Puis, il s'approcha de Ryûga qui dardait sur lui un regard plein de haine et de mépris, sans montrer la moindre once de peur. Ash le détruisit sans hésiter. Il retourna ensuite en face de Kyoya qui terminait le sort. Il voulut avancer une main vers lui mais un mur invisible sembla l'en empêcher.

-Kyoya, Kyoya, Kyoya... Arrête ça immédiatement. Ça ne t'avancera à rien.

Le vert se leva difficilement, utilisant le miroir pour refléter Ash.

-Tu fais une erreur...

-Bien sûr! cracha l'adolescent aux cicatrices. Après tout, tu n'as fait que tuer mes amis!

-Cela ne fera que retarder l'inévitable. Abandonne.

-Tu vas être emprisonné pour l'éternité. J'y veillerai.

Le regard d'Ash se remplit de douceur.

-Tu ne sais pas de quoi tu parles. De toute façon, des gens viendront me libérer. Ça finit toujours comme ça. Arrête ce sortilège... Je ne te ferai même pas payer cette trahison.

-Mais bien sûr! Tu vas me dire que tu détestes la violence, c'est ça? Tu...

-Tes amis ne m'ont pas laissé le choix, l'interrompit le brun avec douceur. Avec toi, c'est différent. Je t'apprécie. Je ne te ferai jamais de mal si je n'y suis pas obligé. J'ai été seul pendant si longtemps... J'ai besoin de compagnie.

Kyoya émit un ricanement moqueur dénué de joie.

-Parce que tu imagines vraiment que je vais faire ami ami avec un monstre?

Ash se rembrunit et laissa son bras retomber contre lui. Kyoya ferma les yeux. Il récita une formule dans une langue qui était inconnue à Ginga. Ash releva la tête, posant un regard triste sur le vert qui se plia en deux et toussa du sang. Entre deux quintes de toux, il continua la formule. Il tomba à genoux par terre. Le miroir lui échappa des mains et glissa aux pieds d'Ash qui l'enjamba et traversa le mur invisible. Kyoya se tordit de douleur.

-Je ne voulais pas faire ça.

Cette fois, il semblait sincère. Kyoya leva son visage vers lui pour le regarder et murmura quelques mots. Le choc se peignit sur l'expression d'Ash. Il voulut avancer mais quelque chose le retenait. Des fils d'ombres se détachèrent de lui et filèrent vers le miroir. Hurlant de rage, il se fit aspirer par le réceptacle sans pouvoir l'en empêcher. Quand il eut disparu, un léger sourire étira les lèvres de Kyoya avant qu'il ne s'écroulât sur le côté, inerte. Ginga commença à courir vers lui, inquiet, même s'il savait que c'était un souvenir et qu'il ne pouvait rien faire pour y remédier. Mais, avant qu'il n'atteignît Kyoya, la scène s'effaça et il se retrouva assis sur un banc du parc entouré par ses amis qui le dévisageaient étrangement.

Fin du chapitre 11