Lorsqu'il les vit arriver Rolland sortit en courant de sa cachette. Regina fût soulagée de le retrouver au même endroit où elle avait pris le risque de le laisser quelques minutes plus tôt. Sur le chemin elle avait senti l'état de Robin se dégrader à toute vitesse. Un liquide chaud et visqueux était venu tâcher sa chemise malgré le bandage de fortune qu'elle avait fait au voleur. Le torse de l'homme reposait lourdement contre son dos et il ne se maintenait plus sur le cheval que grâce à la main de la reine fermement agrippé à son bras autour de sa taille. Regina se demandait d'ailleurs s'il était encore conscient, sa respiration dans son cou se faisait de plus en plus faible. Cette fois c'était à elle de se montrer forte, elle ne pouvait pas se payer le luxe de faiblir malgré la peur qui faisait tambouriner son cœur dans sa poitrine.
En voyant son père, le petit garçon se remit à pleurer. Malgré son jeune âge il devait avoir conscience que la situation était critique. Regina descendit de la monture en prenant soin de ne pas faire basculer Robin qui laissa échapper un gémissement avant de s'avachir complètement sur l'encolure du cheval.
« Ecoutes bonhomme, il va falloir qu'on soit fort tous les deux. Je vais soigner ton papa mais pour cela il va falloir que tu me montres où est son campement. Tu sais où il est ? », demanda t'elle après s'être agenouillé devant lui, en lui tenant doucement la tête entre ses mains pour qu'il se concentre sur son visage et non pas sur son père agonisant.
Rolland hoqueta plusieurs fois. Il semblait avoir du mal à réfléchir mais au bout de quelques secondes il hocha doucement la tête.
« C'est derrière de l'eau qui coule… », souffla t'il en venant essuyer ses larmes d'un révère de main.
Regina lui déposa un baiser bienveillant sur le front puis se releva pour observer les alentours. Robin lui avait dit que la planque se trouvait en amont de la rivière, et vu la description de Rolland il devait s'agir d'une cascade. La reine n'avait jamais vraiment eu le sens de l'orientation, jamais elle n'avait eu à retrouver son chemin seule en pleine forêt. Elle ferma les yeux et tenta de réfléchir au plus vite. En partant du château, la rivière se trouvait à un kilomètre au sud, ils se trouvaient à présent sur le chemin royal en direction de l'est. Il fallait donc qu'ils continuent dans cette direction après avoir coupé par la forêt. La jeune femme se retourna vers le blessé et l'observa un instant, le désespoir commençait à la submerger de nouveau. Robin n'était pas en état de marcher et le cheval ne serait sans doute pas capable de traverser la forêt si la descente vers le point d'eau était trop raide. Regina sentit les larmes lui piquer les yeux. Elle n'y arriverait pas ! Elle se sentait complètement impuissante.
Soudain la main froide du petit garçon emprisonna la sienne.
« On va être fort tous les deux… », souffla t'il en levant ses grands yeux noisettes vers elle.
Regina sentit son cœur se serrer et un sanglot s'échappa d'entre ses lèvres, contrastant avec le sourire que Roland venait de lui provoquer. Elle acquiesça vigoureusement. Elle devait tenter le tout pour le tout. Elle ne devait pas baisser les bras maintenant. En le regardant elle ne put s'empêcher de penser à Henry, tous deux avait cette foi inébranlable dans le regard. Un sentiment de courage et de volonté s'éveilla en elle. Cette fois elle était du côté des héros, et comme le disait si bien son fils, les héros gagnaient toujours. Oui, cette fois elle allait gagner et sauver Robin.
La jeune femme se précipita vers un vieux chêne qui bordait le chemin. Elle arracha une espèce de liane qui s'était enroulé autour du tronc puis retourna auprès du voleur. Tant bien que mal elle réussit à attacher l'homme au cheval et garda une longueur pour servir de longe. Après avoir vérifié que Robin ne pouvait pas tomber et surtout qu'il respirait toujours, elle fit avancer la monture en direction de la forêt, Roland ouvrant la marche.
La première heure de marche fût particulièrement éprouvante. Il fallut rebrousser chemin plusieurs fois, la pente étant trop raide pour que le cheval ne descende en sécurité. Regina évitait de regarder trop souvent Robin, elle le voyait dépérir à chaque seconde et c'était une vision insupportable. Roland, lui, semblait prendre son rôle très à cœur, il arrachait les branches d'arbres et les ronces sans rechigner même après s'être salement égratigner le bras. Le temps lui-même ne semblait pas être de leur côté, rapidement une averse déferla sur eux, rendant la marche encore plus périlleuse.
Lorsque le son familier de l'eau qui tourbillonne se fit entendre, Regina ne put retenir un soupir de soulagement. Le plus dur devait être passé. Une fois aux abords de la rivière il leur suffirait de remonter le courant jusqu'à tomber sur cette fameuse cascade dont Roland avait parlé. La jeune femme lâcha la longe et fit signe à l'enfant de se taire. Elle avança prudemment vers le point d'eau et vérifia qu'ils étaient seuls. Une fois certaine que tout danger était écarté ils reprirent la marche.
Dans la précipitation ils n'avaient rien emporté. Le froid la faisait trembler et elle remarqua que les lèvres de Roland avaient bleuis cependant il ne se plaignait pas et continuait de marcher en tête. Regina se rendit compte que trop inquiète pour Robin, elle en avait oublié les autres. Tink, Snow, Hook…où pouvaient-ils bien être ? Avaient-ils réussit à fuir ? La jeune femme se sentit lâche pour la première fois de sa vie. Si Henry avait été là il lui aurait surement reproché d'avoir été si égoïste, de les avoir abandonnés. Ce genre de pensé tournaient en boucle dans sa tête jusqu'à ce qu'elle aperçoive finalement une chute d'eau à une vingtaine de mètre.
« C'est là, c'est là ! », s'exclama Roland en sautillant frénétiquement.
Un sourire éclaira le visage de la reine. Elle se retourna vers le blessé et constata qu'il ne semblait plus du tout réagir. Seule la corde de fortune semblait le maintenir en selle. Son sourire s'effaça immédiatement. Elle pria intérieurement pour qu'il ne soit pas trop tard. Elle détestait ce monde. Elle aurait voulu être à Storybrooke, ou elle aurait pu les conduire rapidement tous les deux en sécurité et faire soigner Robin par des médecins compétents.
En se rapprochant, Regina vit qu'il fallait escalader quelques rochers avant d'atteindre une petite plateforme qui permettait de passer sous la cascade.
« Rolland, montes vérifier qu'il n'y a personne s'il te plait. », demanda telle au petit garçon voulant lui éviter de voir son père trop amoindrit pour monter seul.
L'enfant s'exécuta et il disparut bientôt derrière la chute d'eau. Regina s'approcha du voleur et lui secoua doucement le genou.
« Je vais avoir besoin de votre aide. », souffla t'elle en détachant le lien.
La jeune femme vit Robin acquiescer très légèrement et ses paupières lutter pour s'ouvrir. L'homme se laissa glisser le long du flanc du cheval et Regina passa sous son épaule avant qu'il ne s'écroule complètement. Elle serra les dents. Il était presque inerte et le poids de ses muscles était impressionnant.
« Je ne vais pas y arriver… », souffla t'il en appuyant son dos contre la parois rocailleuse.
« Regardez-moi ! », lui ordonna t'elle en agrippant son menton.
Robin soupira et secoua négativement la tête.
« Votre fils vous attend ! Il a besoin de son père ! Vous n'avez pas le droit de l'abandonner ! Alors maintenant vous allez faire un dernier petit effort et hisser vos fesses là-haut. Même si cela doit me perdre toute la journée je ne vous laisserais pas ici ! », s'exclama telle avec colère.
Elle n'avait pas eu le choix de laisser Henry, elle avait dû le faire pour son bien, pour lui éviter de souffrir à nouveau des plans tordus de Pan. La situation était différente pour Robin, même si cela était extrêmement difficile il devait tout faire pour rester avec Rolland. Il le devait et elle allait veiller à ce qu'il le fasse.
Le voleur lui tendit finalement le bras, afin de lui faire comprendre qu'il allait essayer. Regina lui agrippa les hanches et le fit passer devant elle. Sa main glissait à cause du sang qui s'échappait encore de la blessure mais elle ne baissa pas les bras. Malgré la douleur elle le poussa à chaque fois qu'il fallait franchir un nouveau rocher. Tous ses membres tremblaient sous l'effort et elle laissa s'échapper plusieurs cris. Après de longues minutes ils arrivèrent enfin en haut. Robin se laissa tomber sur le sol. Regina se mit à genoux à ses côtés et un rire nerveux s'empara d'elle. Elle avait réussi ! Ils avaient réussi !
La main de Robin effleura la sienne et elle aperçut un léger sourire se dessiner sur ses lèvres.
« Vous êtes plutôt du genre tenace… », réussit-il à dire en grimaçant sous la douleur.
Regina se pencha vers lui et posa son front contre le siens. Il était brulant de fièvre.
« J'étais sure que vous pouviez le faire… », lui chuchota telle à l'oreille avant de déposer un rapide baiser sur sa joue.
Lorsqu'elle se redressa la reine vit le petit renfoncement naturel sous la montagne et aperçut avec soulagement qu'il y avait de quoi faire un feu et quelques couvertures.
« J'ai fait un lit pour papa ! », indiqua le petit garçon en s'élançant vers elle.
« C'est bien Rolland, merci ! », dit-elle en lui caressant la joue.
Dans un dernier effort la jeune femme réussit à trainer le voleur jusqu'à l'amas de couverture qu'avait préparé son fils. Une fois correctement allongé, elle lui fit retirer chaque couche de vêtement afin d'accéder à la blessure. Le tissu de sa cape était gorgé de sang.
« Rolland amènes moi ce qu'il y a dans la caisse là-bas s'il te plait, puis ensuite trouve un récipient, n'importe quoi pour me ramener de l'eau. », lui demanda t-elle avant de reporter son attention sur Robin.
Cette fois l'homme semblait avoir épuisé toutes ses forces. Les yeux clos, il respirait à peine. Des gouttes de sueurs perlaient sur son front et Regina remarqua qu'il tremblait légèrement. De la fièvre, signe d'infection. Lorsque Rolland poussa la caisse à côté d'elle, la reine s'empressa de l'ouvrir. Il y avait du linge, du fil et des aiguilles ainsi qu'une fiole remplie de liquide transparent.
Elle nettoya tant bien que mal la blessure et constata qu'elle ne saignait presque plus, aucun organe vital ne devait avoir été touché. Rapidement elle alluma un feu et fit bouillir l'eau que l'enfant venait de lui ramener. Une fois arrivée à ébullition, Regina fit tremper les morceaux de linge durant quelques minutes. L'inquiétude semblait la dévorer de l'intérieur et afin de ne pas sombrer elle s'obligeait à ne penser qu'à ce qu'elle était en train de faire. Elle attrapa la fiole et retira son bouchon pour sentir le liquide. De l'alcool. Au moins elle avait de quoi désinfecter la plaie même si cela allait être particulièrement douloureux.
« Tu vas tenir la main de ton papa et surtout tu ne regardes pas ce que je vais faire. », dit elle à Rolland qui ne la quittait pas des yeux.
Le petit acquiesça silencieusement et alla s'assoir aux côtés de son père. Regina serra les dents. Elle n'avait pas envie de le faire mais elle y était obligée. Elle inspira profondément puis versa l'alcool sur la blessure de Robin. Instantanément il se mit à crier. Le petit garçon lui commença à pleurer mais ne lui lâcha pas la main.
« Ca va aller, ça va aller… », répétait elle autant pour elle-même que pour ses deux autres compagnons.
Par le passé elle s'était habituée à la douleur des autres, elle s'en était même souvent délectée mais là, elle avait l'impression de souffrir autant que le voleur et cela lui retournait l'estomac.
Elle fit rougir le bout de l'aiguille dans le feu et plongea le fil dans le récipient d'eau bouillante. Une fois le matériel prêt elle leva les yeux vers le visage de Robin. Son rythme cardiaque était effréné. Elle hésita pendant de longues secondes puis commença à le recoudre sans aucun anesthésique. Lorsque l'aiguille transperça pour la première fois la peau elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Robin ne bougea pas mais elle pouvait entendre ses gémissements. Elle vérifia que l'enfant ne la regardait pas. Il fixait un point imaginaire en face de lui, de grosses larmes roulants le long de ses joues.
Après une dizaine de minute interminables, Regina termina enfin de le recoudre. L'aiguille tomba au sol, ses mains tremblaient comme jamais. Elle était complètement bouleversée par ce qu'elle venait de faire et sa gorge était complètement sèche. Elle recouvrit la blessure des linges qu'elle avait fait bouillir puis plaça plusieurs couvertures sur Robin. La reine lui caressa doucement le visage et passa un linge humide sur son front.
« Regina, j'ai peur… », hoqueta le petit garçon ses yeux toujours embués de larmes.
La jeune femme se leva et alla s'assoir juste à côté de lui.
« Viens… », souffla t'elle en lui tendant les bras.
Immédiatement il vint se blottir contre elle. La reine l'enveloppa de ses bras et commença à le bercer doucement. Elle aussi avait peur, elle aussi était terrifiée à l'idée que Robin ne s'en sorte pas. Elle sentait la haine s'insinuer de nouveau en elle, si elle avait pu elle aurait arraché le cœur de tous ces gardes et les aurait torturer jusqu'à ce qu'ils s'effondrent à ses pieds.
