Chapitre 11 : Le Jardin de Dumbledore

La tempête avait diminué et une légère bruine tombait à sa place quand le train entra dans la gare de Pré-Au-Lard. Il faisait néanmoins toujours un temps à se geler les os et une rafale de vent fit claquer les robes d'Harry au moment où il descendit sur le quai. Alors qu'il tirait sa cape de voyage plus proche de lui, Harry entendit Hagrid appeler les premières années comme à son habitude et il fit une grimace de compassion. Il ne leur enviait pas la traversée du lac ce soir-là.

La sécurité était tout aussi serrée qu'à Londres et entre le climat lamentable et les sentinelles à l'air lugubre, Harry ne perdit pas de temps pour monter dans une calèche avec Ron, Hermione et Ginny. Malgré les Aurors et le temps désagréable, cependant, Harry sentit son moral remonter en flèche en apercevant les lumières du château de Poudlard. Il ressentit une certaine mélancolie en sachant que ce serait la dernière fois qu'il parcourait ce chemin, mais elle fut vite oubliée lorsque la calèche s'arrêta devant le château dont les grandes portes se tenaient grandes ouvertes, crachant de la lumière sur les escaliers et invitant les élèves à entrer. L'estomac d'Harry grogna, anticipant le festin de bienvenue et il sourit de pure joie en descendant de la calèche. Son sourire disparut quand il vit Rogue.

Le Maître des Potions se trouvait en haut des escaliers avec les bras croisés et Harry nota que les élèves passaient très loin de lui. Ce n'était pas étonnant. Il avait l'air prêt à enlever vingt points à la première personne qui oserait le regarder. Mais à ce moment, Rogue le repéra et lorsque leurs regards se croisèrent, Harry sut avec certitude qu'il était la véritable cible de sa colère.

— Je vous vois à l'intérieur, dit Harry à ses amis et il se fraya un chemin jusqu'à l'endroit où Rogue se trouvait.

— Venez avec moi, dit Rogue d'un ton neutre, dépourvu d'émotion.

Il se retourna et Harry le suivit en silence jusqu'au hall d'entrée, jusqu'aux cachots et ils entrèrent dans le bureau de Rogue.

— Fermez la porte, dit Rogue du même ton contrôlé tandis qu'il s'asseyait derrière son bureau.

Harry obéit puis attendit, combattant son envie de frémir pendant que Rogue l'observait en silence. Il y avait un silence de mort ici dans les cachots. Il avait beau tendre l'oreille autant qu'il le voulait, Harry ne percevait rien indiquant la présence des centaines d'élèves et du personnel réunis dans la Grande Salle juste au-dessus d'eux. Lui et Rogue auraient très bien pu être les deux seules personnes en vie dans le château.

— On aurait pu espérer, dit enfin Rogue d'une voix traînante, qu'en tant qu'élève de dix-sept ans venant tout juste de devenir un adulte dans notre monde, vous auriez enfin réussi à acquérir un minimum de self-control à présent. Hélas, ce n'est clairement pas le cas.

— Professeur, Malfoy – commença Harry.

— Je me fiche de ce que Malfoy a dit ou fait, Potter. Vous savez que vous ne devez pas le laisser vous provoquer. Je vous l'ai répété un nombre incalculable de fois, mais puisque vous pensez pouvoir ignorer mes conseils, peut-être que cinquante points en moins pour Gryffondor vous persuadera du contraire.

— Cinquante points ! Harry regarda Rogue, furieux. Ce n'était qu'une bagarre stupide ! On a fait pire. Si les Aurors ne s'en étaient pas mêlés –

— Mais ils s'en sont mêlés. C'est tout le problème. Vous n'avez pas le luxe de vous permettre des bagarres stupides particulièrement avec le Département de la Sécurité Publique qui vous épie partout. Je sais qu'on vous a prévenu à leur sujet, mais peut-être que ces avertissements étaient trop subtiles pour vous, alors permettez-moi de clarifier les choses. Dorénavant, vous ne poserez même pas ne serait-ce qu'un orteil au-delà de la limite. Vous avez eu la chance que cette altercation dans le train n'ait été en apparence rien de plus qu'une dispute d'adolescents, mais tout conflit dans lequel vous vous engagez a le potentiel de prendre une ampleur démesurée. Soyez impliqué dans une seule débâcle publique supplémentaire et il y a de grandes chances pour que les officiels du DSP se montrent à votre porte pour vous emmener en « garde à vue protégée » et même Dumbledore ne pourra rien y faire. Est-ce suffisamment clair pour vous ?

— Oui, Monsieur, dit Harry d'une voix affligée.

Rogue se leva de sa chaise.

— Venez dans ce cas. Je préférerais ne pas manquer le dîner à cause de vous.

Harry n'avait lui non plus aucune envie de rater le dîner et il était juste derrière Rogue quand celui-ci arriva à la porte. La main de Rogue était sur la poignée, mais il hésita et se retourna vers Harry.

— Pourquoi avez-vous défendu Drago ?

Harry haussa les épaules.

— Je ne sais pas. Je ne faisais juste pas confiance à ces Aurors.

La bouche de Rogue se courba en une amorce de sourire.

— Je crois que c'est la première chose intelligente que je vous entends dire, Potter. Tout espoir n'est peut-être pas perdu.

Les sarcasmes de Rogue étaient bien présents mais ils n'avaient pas leur piquant habituel et Harry était sûr d'avoir vu une trace authentique d'approbation sur son visage. Puis Rogue passa la porte et Harry se dépêcha de le suivre.


Harry put entendre la voix de Dumbledore lorsque lui et Rogue émergèrent des cachots. La cérémonie de Répartition était apparemment terminée, mais il semblait que le dîner n'avait pas encore débuté. Rogue se dirigea vers l'entrée des professeurs alors qu'Harry entra par la double porte de la Grande Salle. Il arriva juste à temps pour entendre Dumbledore avertir les premières années que la mort les attendait s'ils s'aventuraient dans la Forêt Interdite. Repérant quelques-uns des nouveaux venus, Harry se demanda s'il avait eu l'air aussi ébahi durant sa première soirée à Poudlard.

Un mouvement à un bout de la table des Professeurs attira l'attention d'Harry. Rogue s'était silencieusement glissé dans la salle et il se tenait dans l'ombre, attendant de toute évidence que Dumbledore ait fini ses remarques avant de prendre place. Harry se rendit compte qu'il devrait probablement faire pareil, il attendit donc patiemment, saisissant cette opportunité pour parcourir la pièce des yeux. Il vit immédiatement Malfoy assis avec sa bande au bout de la table des Serpentards et Harry remarqua avec satisfaction que ses lèvres avaient l'air enflées à l'endroit où il l'avait frappé.

Ensuite, Harry observa la table des Professeurs et remarqua une femme qu'il n'avait jamais vue avant qui devait être la nouvelle Professeur de Défense Contre les Forces du Mal. C'était une jolie femme, semblant avoir la quarantaine. Elle avait de longs cheveux noirs lâchement noués derrière sa nuque et elle portait des robes noires. Elle n'avait rien de particulier et n'était pas du tout tape à l'œil. Pourtant, elle avait un certain air détendu et confiant qui donnait l'impression de quelqu'un d'habitué à inspirer le respect.

La salle se mit à applaudir poliment tandis que Dumbledore concluait son discours et Harry réalisa que c'était sa chance d'aller prendre sa place. Il se hâta d'aller à la table de Gryffondor et s'assit à côté de Ginny. Lorsque les applaudissements s'évanouirent, Dumbledore reprit la parole.

— Maintenant, je voudrais vous présenter notre nouveau Professeur de Défense Contre les Forces du Mal, le Professeur Katrina Knight. Nous avons énormément de chance d'avoir le Professeur Knight avec nous. Elle prend une année sabbatique du service des Aurors pour être ici à Poudlard et nous faire profiter à tous de ses considérables connaissances pratiques.

Dumbledore se retourna pour sourire au Professeur Knight qui lui rendit son sourire chaleureusement, ses yeux bleus pétillant d'intelligence et de bonne humeur. Une Auror ! Harry n'aurait pas pu espérer mieux et il se joignit avec enthousiasme aux applaudissements.

Malgré la méfiance qu'il avait ressentie pour les Aurors dans le train et ses inquiétudes au sujet du DSP, Harry pensait toujours que les hommes et les femmes se battant en première ligne contre Voldemort devaient être des gens décents et honnêtes, engagés à faire régner la justice et Knight avait l'air très bien. En plus, Harry était déterminé à devenir un Auror lui-même, et il ne pouvait pas penser à un meilleur départ pour le devenir que d'en avoir un pour professeur.

Dumbledore prononça enfin les mots :

— Que le festin commence !

Des plats de nourriture apparurent et la salle se fit plus calme alors que tout le monde portait son attention au festin.

— Elle a l'air plutôt douée, dit Ron, faisant un signe de la tête en direction de la table des Professeurs pendant qu'il chargeait son assiette de nourriture.

— Elle devrait, dit Neville hochant la tête avec insistance. C'est juste l'une des meilleures Aurors du coin.

— Tu la connais ? demanda Dean.

— Ma grand-mère la connaît, expliqua Neville. Elle et son mari se sont battus aux côtés de mes parents durant la première guerre contre Vous-Savez-Qui.

— Qu'est-il arrivé à son mari ? demanda Lavande.

Neville baissa les yeux sur son assiette et fronça les sourcils.

— Il a été pris dans une embuscade juste avant la fin de la guerre.

— Ce n'est pas étonnant que Dumbledore l'ait engagée alors, dit Dean. Elle semble avoir beaucoup d'expérience.

— Mais si c'est vrai pourquoi est-ce qu'elle est là ? demanda Hermione. Je ne dis pas que ce n'est pas bien d'avoir un professeur compétent, mais ce n'est pas comme si on avait trop d'Aurors. J'aurais pensé que la guerre passait d'abord.

— Son frère était un Auror également, dit Neville. Il a été tué par des Mangemorts il y a quelques mois.

Tout le monde inspira sèchement.

— C'est horrible ! s'exclama Lavande.

Neville hocha la tête avec sérieux.

— J'ai entendu ma grand-mère en parler l'autre jour. C'était la seule famille qu'elle avait, elle l'aimait beaucoup. Sa mort a vraiment été un coup dur pour elle et le Ministère a pensé qu'elle ferait mieux de prendre un congé. Elle n'était pas d'accord, mais le Ministère a insisté, donc Dumbledore lui a offert la position de Professeur de Défense.

Harry regarda à nouveau la table, ressentant une grande compassion pour cette femme. Il ne savait que trop bien ce que c'était de perdre ceux que l'on aime pour Voldemort et il pouvait très bien comprendre que Katrina Knight n'ait pas voulu quitter le service des Aurors. Il ne l'aurait pas voulu non plus.

— Le Ministère n'est qu'une bande d'idiots s'ils pensent que la forcer à prendre des congés va l'aider, dit Harry.

— Au moins elle a quelque chose d'utile à faire ici, dit Hermione.

Harry secoua la tête.

— Ce n'est pas pareil. Ce n'est pas comme pouvoir se battre.

— Tu sais tout la dessus pas vrai Harry ? dit Seamus.

Harry quitta la table des Professeurs des yeux et ressentit une crainte soudaine en découvrant tous ses camarades en train de le fixer.

— On a lu au sujet de Londres, souffla Seamus, baissant sa voix d'un ton conspirateur. Alors, que s'est-il passé ? Tu as vraiment tué ce Mangemort ?

— Oh, pour l'amour de Dieu ! cassa Ginny. Vous croyez vraiment qu'Harry veut parler de ça ?

— Bien sûr que non ! dit Ron vivement. Il faut qu'on parle de quelque chose de plus important.

— Qu'est-ce que tu considères comme plus important ? demanda Seamus.

— Le Quidditch, répondit Ron, comme si c'était évident. C'est notre dernière année et on veut partir au sommet, pas vrai ? Dans ce cas, il faut qu'on s'arrache. Tout d'abord, il nous faut un capitaine.

— Je vote pour Harry, dit Ginny immédiatement.

— J'appuie son vote, approuva Ron. Qu'est-ce que tu en dis mon pote ? Tu es prêt à mener notre équipe à une nouvelle Coupe de Quidditch ?

Harry regarda autour de lui. Tout le monde le dévisageait avec espoir à nouveau, mais cette fois il ne ressentait aucune appréhension. Il sourit.

— Ouais, je suis prêt.


Le ciel du lendemain matin était pâle et sans le moindre nuage. Harry avait dormi dans un lit familier, entouré de ses amis et il était impatient que les premiers cours commencent. Il se servit en pommes de terre tandis que Ron parcourait une liste froissée contenant les noms des joueurs potentiels pour l'équipe de Quidditch de Gryffondor qu'il avait apparemment complétée tout l'été.

— Avec le départ de Katie, il nous faut un nouveau poursuiveur. Qu'est-ce que tu penses, MacAfee ou Bonhomme ?

— Qui est plus rapide sur un balai ? demanda Harry.

—J'sais pas.

— Bonhomme, sans le moindre doute. McGonagall était venue derrière eux et lisait la liste de Ron par-dessus leurs épaules. Mais MacAfee est plus agressif. Ce sera peut-être plus utile que de la vitesse pure.

— Et Taylor ? demanda Ginny. Il est rapide et assez sûr de lui sur un balai.

McGonagall pressa ses lèvres et réfléchit.

— Il est rapide et a un bon instinct, mais je ne sais pas comment il s'en sortirait en match. Il n'a pas beaucoup de concentration. Vous n'aurez qu'à faire passer des essais à tout le monde, Potter, et vous verrez.

— Excusez-moi, Professeur, interrompit Hermione avec une légère exaspération dans sa voix. Pourrions-nous avoir nos emplois du temps ?

— Oh oui, bien sûr. McGonagall leur distribua rapidement un emploi du temps chacun puis s'adressa à Harry. J'aimerais être aux essais, Potter. Samedi matin devrait être suffisamment tôt.

McGonagall continua le long de la table et Hermione prit la parole.

— On dirait que l'on va être les premiers à voir si le Professeur Knight tient sa réputation. On commence par Défense avec les Serpentards.

— Pourquoi faut-il toujours que l'on se retrouve coincés avec eux ? grogna Ron.

— Parce qu'on peut les battre même quand ils trichent, dit Harry.

Hermione commença à rassembler ses livres.

— On ferait mieux d'y aller si on veut avoir des bonnes places.

— Je n'ai pas fini de manger, protesta Ron.

— Tu aurais fini si tu n'avais pas passé la dernière demi-heure à parler de Quidditch. Dépêche-toi.

Ron engloutit sa nourriture le plus vite possible sans s'étouffer, puis lui, Harry et Hermione se levèrent pour aller en cours. Quand ils arrivèrent, la plupart des élèves étaient déjà là et ils furent tous les trois obligés de se mettre tout à l'avant de la classe. Malheureusement, en prenant leurs places, ils se trouvèrent en face de Malfoy et Harry se demanda si le Serpentard allait causer des problèmes. Malfoy, cependant, ne fit que leur lancer un regard renfrogné et se détourna.

Le Professeur Knight entra dans la salle, chargée d'une boîte qu'elle déposa sur le bureau face à la classe. Elle se tourna ensuite vers les élèves et commença sans préambule.

— Le Professeur Dumbledore m'a dit que vous avez reçu un enseignement excellent en matière de duels l'an dernier, je vais donc me concentrer à vous apprendre à vous défendre contre les formes les plus insidieuses des Forces du Mal.

Elle tapota la boîte et une demi-douzaine d'objets en sortirent et se disposèrent sur le bureau. Ils avaient l'air tout à fait ordinaires. Il y avait une montre de poche, un livre, une cravate, une plume, une barre de chocolat et une clé.

— Un de ces objets est ensorcelé. Qui peut me dire lequel ?

La salle de classe était muette, tout le monde fixant les objets sur le bureau comme s'ils s'attendaient à ce que celui qui était ensorcelé saute en avant et se trahisse. Harry les fixa également, mais ils avaient tous l'air parfaitement normaux. Rien n'indiquait que l'un d'entre eux était ensorcelé.

L'attention d'Harry fut soudainement distraite par une vibration venant de la poche arrière droite de son pantalon. Fronçant les sourcils, il mit sa main dans sa poche et sentit la pierre que Remus lui avait donnée pour son anniversaire et qu'il portait toujours sur lui. Elle était chaude et vibrait légèrement. Harry regarda à nouveau les objets et leva la main.

— Je pense que je sais comment trouver lequel est ensorcelé.

Knight le regarda et ses yeux se plissèrent d'un air calculateur.

— Potter, c'est ça ? Elle sourit légèrement et désigna le bureau de la main. Essayez dans ce cas.

Harry se leva et s'approcha du bureau, la pierre dans sa poche vibrant de plus en plus. Il s'arrêta, observa les objets, puis tendit la main vers la montre de poche.

— Attention ! Ne touchez rien, l'avertit Knight. Elle était debout à ses côtés et il lui lança un sourire sec.

— Faites-moi confiance, je n'en ai pas l'intention.

Il passa sa main au-dessus des objets, faisant des allers-retours, sentant les vibrations de la pierre fluctuer d'intensité. Puis il retira sa main.

— C'est la cravate.

— Correct, dit Knight, lui offrant un sourire penaud. Maintenant, pourquoi ne pas montrer à tout le monde ce que vous avez dans votre poche.

Harry sortit la pierre qui vibrait toujours et la donna à Knight qui la présenta à la classe.

— Ceci est un Détecteur de Mauvais Sort ; également connu sous le nom de Meilleur Ami de l'Auror. Son seul but est de détecter des objets ensorcelés. Celle-ci vibre, ce qui est le genre plus commun, mais on peut également les enchanter pour qu'elles lancent des alarmes ou qu'elles clignotent rapidement quand un mauvais sort est détecté. C'est de loin le moyen le plus facile de repérer un objet ensorcelé et quiconque ayant une probabilité non nulle de croiser de tels objets devrait absolument investir dans ce genre de choses et s'assurer de la porter avec lui tout le temps.

Knight lança la pierre à Harry qui l'attrapa adroitement.

— Cinq points pour Gryffondor, Potter. Vous pouvez vous asseoir.

— Pour ceux qui n'ont pas de Détecteur de Mauvais Sort, il existe un sortilège qui révélera un objet ensorcelé. L'inconvénient évident à cela est que vous devez jeter le sort intentionnellement, ce qui veut dire que vous devez être conscient de votre environnement et être suffisamment sur vos gardes pour reconnaître un objet suspect quand vous en voyez un.

— L'incantation est Aperio. Faites la queue et lancez le sortilège chacun votre tour sur les objets qui sont là. L'objet ensorcelé brillera un moment quand le sort le frappera.

Les élèves firent la queue comme on leur avait demandé et quand la cloche sonna pour signaler la fin du cours, ils avaient tous eu suffisamment d'opportunités de s'entraîner à détecter un objet ensorcelé.

— Lisez le premier chapitre de votre livre sur les différents types de sorts que l'on peut placer sur un objet, annonça Knight alors que tout le monde rangeait ses affaires. Et Potter, il faut que je vous voie.

Harry leva les yeux, surpris, puis il haussa les épaules en direction de Ron et Hermione. Ils partirent avec le reste des élèves et quand la classe fut vide, Knight parla à nouveau.

— Peu de gens en dehors du service des Aurors ont un Détecteur de Mauvais Sort. Où l'avez-vous eu ?

— Un ami me l'a offert pour mon anniversaire. Je veux devenir un Auror et j'espère être accepté dans le programme d'entraînement dès que je sortirai de l'école.

Knight pressa ses lèvres et considéra Harry d'un air pensif.

— De ce que j'ai entendu vous seriez un bon Auror. On a besoin de personnes douées. Si vous êtes intéressé, je pourrais vous apprendre quelques techniques pour vous donner un peu d'avance sur l'entraînement.

— Vraiment ? dit Harry avec excitation. Ce serait génial !

Knight sourit.

— Venez à mon bureau Samedi après-midi et nous verrons ce que vous pouvez faire avec votre baguette.


— C'est génial, Harry, dit Ginny au déjeuner une fois qu'Harry eut fini de parler à ses amis de l'offre de Knight. Plus tu pourras en apprendre ici à Poudlard, mieux ce sera.

— Ouais, je ne serais pas surpris que Dumbledore ait eu cela à l'esprit quand il a engagé Knight, dit Ron.

— Je ne sais pas, dit Harry. Il n'aimait pas l'idée que Dumbledore choisisse un professeur de Défense juste pour qu'il puisse avoir des leçons privées.

— En fait, je ne serais pas surprise si Knight finissait par donner des leçons à tous ceux qui veulent appliquer pour le service des Aurors, dit Hermione. Il y a un grand manque d'Auror et on n'a pas trois ans pour en entraîner de nouveaux. Tout ce qui va dans le sens de permettre à de nouvelles personnes d'aller sur le terrain plus tôt paraît logique.

— Potter, dit McGonagall, s'approchant d'eux à grands pas. Le Directeur veut vous voir dans son bureau après vos cours cet après-midi.

— A quel sujet ? demanda Harry.

— Je n'en sais rien, dit McGonagall, tendant un morceau de parchemin plié à Harry. Elle lui lança un sourire et s'éloigna.

Harry ouvrit la note et la lut.

Harry,

Je te prie de bien vouloir te joindre à moi pour prendre le thé dans mon bureau cet après-midi. Nous avons beaucoup de choses à discuter.

Albus Dumbledore


Harry était irrémédiablement distrait en Herbologie. Il prêta peu d'attention aux avertissements du Professeur Chourave comme quoi cette année, ils étudieraient les plantes les plus exotiques – et dangereuses – connues des sorciers. Même lorsqu'elle présenta un juvénile de plant de bananes mangeur d'hommes qui essaya de mordre Seamus, Harry faillit ne pas le remarquer. Il n'avait jamais été si pressé de voir Dumbledore et il espérait que le Directeur était enfin prêt à discuter de stratégie pour battre Voldemort.

Dès que le cours d'Herbologie fut terminé, Harry courut à la Tour de Gryffondor, déposa ses livres dans son dortoir et alla voir Dumbledore. La gargouille devant le bureau de Dumbledore semblait l'attendre. Elle s'écarta dès qu'elle le vit et Harry monta les marches de l'escalier en spirale. Il frappa brièvement à la porte à moitié ouverte.

— Entre Harry, dit Dumbledore, levant les yeux des délicats instruments qu'il était en train d'examiner sur son bureau. Il fit un léger réglage à son instrument, le regarda attentivement à nouveau, puis se leva et sourit chaleureusement. J'espère que ton premier jour à Poudlard s'est bien passé.

— Oui monsieur.

— Excellent. Viens t'asseoir.

Dumbledore mena Harry à deux fauteuils et une table basse préparée pour le thé à côté de la cheminée où une flamme vive brûlait. Le vieux sorcier s'assit sur une des chaises et Harry prit l'autre.

— Il est enfin temps, Harry, que nous discutions de Lord Voldemort, dit Dumbledore, offrant une tasse de thé à Harry puis se servant la sienne. Pour commencer, je voudrais d'abord que tu me dises en détail le plan dont tu as discuté avec le Professeur Rogue à la fin de l'année dernière.

— Ce n'est pas vraiment un plan, dit Harry hâtivement, se demandant comment il pouvait expliquer cette idée brute à Dumbledore. C'est plutôt une pensée. J'ai eu l'idée que je pourrais atteindre l'esprit de Voldemort et me battre contre lui une fois là. Je me suis juste dit que, puisque ça lui a causé autant de souffrance d'essayer de me posséder au Ministère, je pourrais peut-être lui imposer mes émotions et que ça fonctionnerait. Au moins je pense avoir une meilleure chance que si j'essayais de le battre en duel.

— C'est une idée assez inspirée Harry, et je pense que tu as raison. Je suis convaincu que la connexion unique que vous partagez le rendra vulnérable à tes attaques.

— Le problème est que je ne sais pas du tout par où commencer, admit Harry. Je ne sais pas comment s'engager dans une bataille d'esprit.

— C'est ce pour quoi tu es là. Bois ton thé Harry, avant qu'il ne soit froid.

Harry avala la moitié du contenu de sa tasse. Le thé avait un parfum inhabituel qu'il ne reconnaissait pas.

— Mais comment je pourrais maintenir la connexion entre nous ? Comment l'empêcher d'utiliser l'Occlumancie pour me bloquer ?

Dumbledore remplit la tasse d'Harry à nouveau.

— C'est ce sur quoi j'ai été occupé tout l'été. Il y a une technique. Elle est très vieille et sombre. Très peu de gens en ont déjà entendu parlé et à ce que je sais, il n'y a qu'une seule personne en vie capable de la pratiquer.

— Qui ?

— Moi. Bois ton thé, Harry.

Harry prit automatiquement une autre grosse gorgée de thé.

— Quelle genre de technique ? Combien de temps pensez-vous qu'il me faudra pour l'apprendre ?

— C'est une branche de la Legilimancie, et, surprenamment, ce n'est pas si difficile à apprendre que ce que tu pourrais imaginer. Je peux t'apprendre ce que tu dois savoir assez facilement.

— Vraiment ? dit Harry avec excitation. Il était ravi de pouvoir peut-être bientôt avoir la capacité de battre Voldemort une bonne fois pour toutes.

— Sans le moindre doute. Mais pour cela tu devras aller tout au fond de son esprit.

Harry fronça les sourcils.

— Profond à quel point ?

— Au-delà de toute pensée ou souvenir.

Harry fronça les sourcils encore plus. Une fois, il avait plongé profondément dans l'esprit de Rogue – et l'avait presque tué. L'expérience l'avait terrifié et il n'avait aucune envie de la reproduire.

— Tu devras atteindre le niveau le plus profond de l'esprit de Voldemort, expliqua Dumbledore. C'est ici, et ici seul que tu pourras le battre. Tu comprends ?

Harry hocha la tête solennellement. Il supposait que cela était logique que pour le battre, il aurait besoin d'atteindre la partie la plus profonde et la plus vulnérable de l'esprit de Voldemort.

— Bien. Maintenant je veux que tu ailles dans mon esprit aussi loin que possible.

Quoi ?

— Comment proposes-tu d'apprendre sinon ?

— Je – Je ne sais pas. Mais je…

Les yeux de Dumbledore brillèrent d'amusement.

— Je pense pouvoir me vanter de connaître une chose ou deux en matière d'Occlumancie que le Professeur Rogue ne connaît pas. Je te promets que tu ne me feras pas de mal, Harry. Tu dois apprendre et la seule manière de le faire est par l'expérience. Finis ton thé et on commence.

Harry soupira. L'assurance de Dumbledore ne fit pas grand-chose pour calmer ses inquiétudes et il était agacé par son obsession avec sa consommation de thé. Dumbledore, lui-même, avait à peine touché sa propre tasse. Mais Harry vida la sienne tout de même et la mit de côté.

— Ce thé original vient d'Inde, d'ailleurs, dit Dumbledore. Je le trouve très relaxant et il est particulièrement utile pour la tâche qui nous attend.

— Comment cela ?

— Cela rend l'esprit plus flexible, plus facile à manipuler.

— Mais je croyais que c'était moi qui devais utiliser la Legilimancie contre vous.

— C'est vrai. Cependant, puisque tu n'as aucune expérience de cette technique particulière, je te guiderai. Dumbledore sourit d'un air réconfortant devant le regard sceptique d'Harry. Fais-moi confiance Harry. Détends-toi et viens dans mon esprit. N'hésite pas. Je t'assure que c'est entièrement sûr.

Harry croisa les yeux de Dumbledore, inspira profondément et atteignit son esprit. L'esprit de Dumbledore l'attendait, ouvert et invitant. Harry sentait la présence d'émotions et sentiments mais résista à la tentation de traîner à la surface. Il alla plus profondément et ne rencontra aucune résistance. En fait, l'esprit de Dumbledore semblait l'attirer à l'intérieur. Harry sentit une pointe d'appréhension devant cette perte de contrôle mais le sentiment fut mis sous silence et s'évanouit immédiatement.

Harry se détendit complètement et se laissa tomber parmi les souvenirs et fragments de pensée. Un instant plus tard, ils commencèrent à se faire plus rares, à s'amincir jusqu'à ce qu'il ne reste que quelques souvenirs et émotions dispersés passant près de lui. Puis, même ceux-ci disparurent tout comme l'impression de chute et dans un calme inattendu, un grand labyrinthe se forma devant lui, se créant du néant.

A sa grande surprise, Harry se retrouva soudainement au cœur d'un magnifique jardin anglais comme il n'en avait jamais vu avant. C'était très similaire à une Pensine. Harry savait qu'il était toujours dans l'esprit de Dumbledore et que rien autour de lui ne pouvait être réel, et pourtant son environnement paraissant complètement authentique. Il pouvait sentir le parfum des lilas et du jasmin, sentir la brise et la chaleur du soleil sur son visage et entendre le bourdonnement des abeilles parmi les fleurs.

Harry se retourna lentement pour absorber la scène se jouant devant ses yeux. Le jardin était immense : il s'étendait dans toutes les directions aussi loin qu'Harry pouvait voir et il était rempli d'une époustouflante diversité de plantes, toutes soigneusement présentées. Il y avait un sentier principal sur lequel Harry se trouvait qui semblait mener plus ou moins tout droit au milieu du jardin, plus d'innombrables sentiers secondaires et Harry se mit en marche immédiatement, se sentant obligé d'en explorer davantage.

La plupart des sentiers étaient larges et invitants, menant aux lieux les plus charmants du jardin, mais d'autres étaient dissimulés par une végétation dense et étaient si étroits qu'Harry pouvait à peine les emprunter. Certains chemins n'étaient longs que d'une dizaine de pas, d'autres s'étendaient à ce qui semblait être un kilomètre ou plus. Certains tournaient si subitement qu'il ne pouvait les voir que sur quelques mètres. D'autres encore avaient des vignes qui leur poussaient dessus, obstruaient le passage et les plongeaient dans l'obscurité.

Harry ne saurait dire combien de temps il avait passé à se promener dans ces sentiers. Le temps ne semblait pas s'écouler ici. Mais il découvrit que chaque chemin – même le plus ardu – finissait par le reconduire au chemin principal et c'est celui-là qu'Harry – ayant fait sa part de méandres – finit par choisir de suivre jusqu'à ce que, assez soudainement, le sentier et le jardin se terminent au bord d'une falaise.

La falaise surplombait un océan, une quantité éblouissante d'eau ralliant l'horizon. Une légère brise ébouriffa les cheveux d'Harry alors qu'il absorbait à pleins poumons l'air au léger goût salé. C'était une sensation exaltante, promettant une aventure sans frontière.

— Qu'est-ce que tu en penses ?

Harry pivota pour trouver Dumbledore qui lui souriait.

— C'est incroyable, dit Harry. Où sommes-nous ? Je n'ai jamais entendu parler d'un endroit pareil.

— Et tu n'en entendras jamais parlé, répondit Dumbledore. Cet endroit n'existe pas et n'a jamais existé. Ce n'est pas un souvenir. Ce que tu vois autour de toi est la manifestation de mon esprit à son niveau le plus intime, au-delà de tout souvenir ou pensée consciente. C'est la représentation physique de ma personnalité et de mes expériences : une métaphore de mon âme, si tu veux.

Harry regarda le jardin à nouveau, il observa les plants arrangés de manière intrigante, se mélangeant tous ensemble pour former une tapisserie subtile et complexe, il observa les indénombrables sentiers qui passaient entre eux. C'était un portrait parfait de Dumbledore. Il regarda l'océan derrière lui.

— Qu'est-ce que c'est alors ?

Dumbledore sourit avec sagesse.

— Je pense, Harry, que je te laisserai réfléchir à cette question par toi-même. Viens.

Dumbledore guida Harry vers le sentier à nouveau, puis au cœur du jardin, parlant rapidement alors qu'ils marchaient.

— Tu dois comprendre Harry, que seuls nos esprits parcourent ce sentier. Physiquement nous sommes toujours dans mon bureau, dans une transe profonde. Tu dois comprendre que chaque esprit est différent. Ce que tu vois là est unique, lié à moi. Les représentations d'autres esprits seront très différentes, celle de l'esprit de Voldemort le sera grandement. Mais c'est dans le paysage de son esprit que tu devras t'imposer, ses dangers et obstacles que tu devras surmonter, si tu veux te battre contre lui et gagner.

— Comment je fais ça ?

— En apprenant à naviguer dans le paysage de mon esprit et en surmontant ses dangers et obstacles.

Harry regarda autour de lui, dubitatif.

— Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de dangers ici, Professeur.

— Les apparences peuvent être trompeuses.

Alors même que Dumbledore parlait, Harry entendit un grognement bruyant et se tourna dans sa direction. Se tenant à cinq mètres de lui dans un des sentiers étroits et fixant Harry d'un regard prédateur, se trouvait un lion. Harry haleta. C'était tellement incongru de le voir se tenir au milieu des fleurs de souci qu'il eut du mal à ne pas croire qu'il était dû à son imagination. Jusqu'à ce qu'il charge.

Harry n'eut pas le temps de saisir sa baguette ni même de crier avant de se trouver sur le dos avec un lion de trois cents kilos sur la poitrine, le plaquant contre le sol. Instinctivement, il jeta ses bras en avant et ferma les yeux, mais il savait très bien que cette maigre défense n'empêcherait pas l'animal de lui déchirer la gorge. Il pouvait sentir la masse écrasante du lion et son souffle chaud sur son visage. Puis, en un instant, il disparut.

Harry ouvrit les yeux. Il était allongé sur le sol du bureau de Dumbledore, où le feu craquait toujours dans la cheminée. Dumbledore était assis dans son fauteuil, observant Harry avec calme, un léger sourire jouant sur ses lèvres.

— Tu vois Harry, tu ne dois jamais sous-estimer ton adversaire.

Il se versa du thé et le sirota pendant qu'Harry se remettait sur ses pieds.

— Que faisait un lion dans ce jardin ?

— Ce n'était pas un vrai lion dans un vrai jardin. Ce ne sont que des symboles – des représentations de l'énergie de l'esprit. Dans l'esprit, tu peux rencontrer n'importe quoi et tu dois être prêt. Dis-moi, Harry, as-tu déjà lu Alice au Pays des Merveilles ?

Harry secoua la tête.

— Dans ce cas ce sont les devoirs que je te donne pour la prochaine fois.

Dumbledore se leva, sortit un exemplaire abîmé du livre de sa poche et le tendit à Harry.

— A partir de maintenant, je t'attends ici chaque Lundi soir juste après le dîner. Finis le livre avant la semaine prochaine.

Harry regarda le livre d'un air dubitatif et Dumbledore lui sourit.

— Fais-moi confiance. Cela devrait t'aider.