Cette fois, c'est Dean qui fait un petit pas en avant, et un grand pas vers Castiel.

Merci pour toutes vos reviews, en espérant que ça vous plaira

Bisous

.

Les deux premiers jours, Dean n'a pas vraiment conscience du temps qui passe. Il somnole beaucoup, reste allongé, pour récupérer un peu. Il refuse obstinément d'adresser la parole à Castiel, de parler de lui, et élude toutes les questions que lui pose Charlie. Celle-ci s'évertue à essayer de percer la carapace, sans vraiment y parvenir. Dean dit que ça va, qu'il n'est pas en manque, que ça va.

Le troisième jour, il casse tout dans la salle de bains, parce que depuis quelques heures, il a de violentes hallucinations. Il voit son père. Il le voit si clairement qu'il en pleure. Il entend le bruit des gifles, des coups de ceinture. Les insultes, et les pleurs de Sammy.

Le docteur Richmond referme la porte de la salle de bains derrière lui. Il entre en premier, parce qu'il est censé gérer l'agressivité, mais Dean se retourne contre lui, parce que c'est le visage de John Winchester qu'il voit à la place de celui du médecin. Il lui donne un coup de poing, avant de reculer, par peur des représailles. Il regarde sa main, puis il dit à son père qu'il est désolé, qu'il ne voulait pas. Il le supplie de ne pas le frapper. Il se recroqueville sur lui-même, dans un coin de la pièce. Le docteur Richmond s'approche, et le bruit de ses pas fait frissonner Dean. Dean, qui a de nouveau douze ans.

"Dean, je ne vais pas te faire de mal."

Mais Dean ne le croit pas. Il sait que son père dit ça à chaque fois qu'il se cache. Il dit qu'il est désolé, qu'il ne recommencera plus, jusqu'à ce que Dean se montre. Richmond se baisse pour être à sa hauteur. "Je veux juste t'aider, d'accord?"

Ce que Dean répond glace le sang du médecin. "Ne bouge pas, Dean, parce que sinon, je te promets que je vais faire la même chose à ton frère. Tais-toi, ne crie pas, et peut-être même que toi aussi, tu vas aimer ça."

Il éclate en sanglots, et prend sa tête entre ses mains.

.

Castiel hausse un sourcil à l'attention de Charlie quand celle-ci se plante devant lui, dans le couloir. "Charlie?" demande-t-il.

"Dean a-"

"Dean ne veut pas me voir," en la coupant, un peu amer. "Il dit tous les jours qu'il veut que je reste loin de lui, et c'est ce que je fais."

"Je sais que c'est très difficile pour toi aussi, mais-"

"Ce n'est pas seulement difficile, Charlie," en secouant la tête.

"S'il te plaît," répond Charlie. "Il a des hallucinations, et le docteur Richmond n'arrive pas à l'approcher, mais peut-être que Dean va te reconnaître. S'il te plaît, Castiel. Il n'est pas question de ce que Dean veut, ou de ce qu'il croit vouloir, mais de ce dont il a besoin, et c'est toi."

"Pourquoi-" avant de comprendre brutalement. "Est-ce qu'il voit son père?"

Charlie hoche la tête, même si elle ne comprend pas l'entièreté de ce que ça implique, et Castiel la contourne, d'un pas rapide.

.

Richmond perd pied quelques secondes, incapable de détourner les yeux, même si ce qu'il voit le démolit. Il prend une inspiration, reste immobile, mais Dean sursaute, recule encore plus contre le mur, puis relève les yeux quand la porte se rouvre. "Cas?" souffle-t-il alors que l'infirmier fait quelques pas dans sa direction.

"C'est moi, Dean."

Richmond s'écarte, et Dean se lève, difficilement, en s'appuyant contre le mur. Il s'approche de Castiel, le regarde avec une intensité presque douloureuse à soutenir. "Je ne-" en fronçant les sourcils, parce qu'il n'arrive pas à faire la différence entre ce qu'il voit, et ce qu'il pense voir. "Je ne sais pas."

"Prends ma main," dit Castiel. "Prends ma main, Dean."

Dean hésite, puis serre la main de Castiel, tendue vers lui.

"Tu vois," en lui adressant un sourire. "Je suis réel. C'est moi."

Brusquement, Dean referme le poing, ramène son bras contre lui, et se décale. Il jette des regards effrayés autour de lui, agrippant ses poignets trop fort, comme si la douleur pouvait le ramener à la réalité. Les larmes glissent sur ses joues, alors qu'il secoue frénétiquement la tête. Castiel essaie de se rapprocher. "Dean, je vais-"

"Non!" hurle-t-il. "Tu vas le laisser recommencer. Je sais qu'il va recommencer."

Il fixe le docteur Richmond en serrant les dents, fait deux pas vers lui, avant d'être arrêté par Castiel, qui referme ses bras sur lui pour le tirer en arrière et l'empêcher de frapper le médecin. Dean se débat tellement fort que Castiel recule, heurte le mur, et tombe avec lui, sans le lâcher. Il tient Dean, le torse collé à son dos. "Qu'est-ce qu'on fait?" demande-t-il en jetant un regard à Richmond, alors que chacun des mots qui sortent de sa bouche semble faire souffrir Dean un peu plus, comme si le son de sa voix déchirait ses tympans.

Richmond lui tend une seringue. Dean la voit, et s'agite davantage, griffe Castiel aussi fort qu'il le peut alors que celui-ci resserre sa prise, le cœur brisé d'écouter Dean lui hurler de le lâcher. Hurler que c'est trop dur, qu'il n'y arrive pas, et qu'il veut seulement qu'on le laisse mourir.

Castiel n'est pas sûr que Dean comprenne ce qu'il dit, mais il essaie quand même de le rassurer. "Ça va aller, Dean," avant de planter doucement l'aiguille dans le haut de son bras. "C'est juste un sédatif, pour t'aider un peu."

Les mouvements de Dean cessent rapidement. Il se détend contre Castiel, qui lui caresse les cheveux en espérant que de là où il est maintenant, Dean peut le sentir.

"Je ne-" commence le docteur Richmond, toujours debout, l'air désemparé.

"Quoi?" le coupe Castiel, légèrement acide. "Vous ne vous doutiez pas qu'il avait une bonne raison de ne pas vouloir qu'on le touche?"

Retenant tout ce qui lui brûle les lèvres, Castiel ne poursuit pas. Richmond ressort de la salle de bains, avec la tête de quelqu'un qui vient d'assister à quelque chose qu'il aurait voulu ne jamais voir.

.

Quand il se réveille, le soleil commence à se coucher. Dean est allongé dans son lit, mais il ne peut pas bouger. Ses bras sont retenus par les entraves, et il essaie de se dégager, sans y parvenir, parce que ses points de suture font mal. Il sursaute en prenant conscience de la présence de Charlie, dans le fauteuil à côté de lui. "Il ne faut pas me surprendre comme ça," grogne-t-il.

"Est-ce que tu me reconnais, Dean?" en se levant. "Tu peux me dire comment je m'appelle?"

"Charlie," répond Dean en fronçant les sourcils. "Je sais que j'ai pété un plomb, mais ça va, maintenant, alors si tu pouvais me détacher, j'apprécierais vraiment beaucoup."

Charlie hoche la tête. "On avait juste peur que tu veuilles te blesser."

"Et si j'avais rouvert mes poignets en essayant de me lever?"

"C'est mieux que de les rouvrir en arrachant tes points de suture avec les dents."

"Ça se défend, comme argument," admet-il alors que Charlie défait les entraves. "Où est Cas?" en se passant les mains sur le visage avant de s'asseoir dans son lit.

"Tu veux le voir?"

"Oui."

Dissimulant un petit sourire, Charlie hoche la tête. "D'accord, alors je vais lui demander s'il peut passer, et-"

"Demande-lui s'il veut."

"Tu penses qu'il ne veut pas te voir?"

"Je pense qu'il a toutes les raisons de ne pas vouloir me voir."

"Est-ce que tu serais blessé s'il ne voulait pas te voir?" demande Charlie, la tête légèrement penchée.

Dean lève les yeux au ciel en poussant un soupir exaspéré. "Tu peux arrêter de me psychanalyser cinq minutes, et décrocher ton putain de téléphone pour demander à Castiel s'il veut bien venir?"

"Je vais décrocher mon putain de téléphone, ne t'inquiète pas."

"Merci beaucoup," d'une voix tout à coup plus douce.

"Tu vois, Dean," lui fait remarquer Charlie en tapant sur le clavier de son téléphone. "Les sautes d'humeur."

Elle sort de la chambre, sans attendre de réponse, le téléphone collé à l'oreille. Dean fronce les sourcils, mais ne relève pas. Il allume la télévision, puis se cale contre son oreiller, en remontant la couverture jusqu'au milieu de son ventre. Il tourne la tête quand, du coin de l'œil, il voit Castiel dans l'encadrement de la porte ouverte.

Ils se regardent un certain temps, et Castiel n'ose pas encore entrer, parce qu'il n'est pas sûr de pouvoir supporter d'être rejeté une nouvelle fois.

"Tu peux venir t'asseoir vers moi, Cas?" finit par demander Dean. "Si tu veux bien… me parler."

"Pourquoi est-ce que je ne voudrais pas te parler?" en s'approchant.

"Parce que je t'ai donné beaucoup de raisons de me détester," sans pouvoir regarder autre chose que le léger hématome encore sur sa mâchoire.

Castiel s'assoit sur le bord du lit. "Je ne te déteste pas, Dean."

"Je suis-" avant de s'interrompre, et de prendre une profonde inspiration pour calmer les battements de son cœur. "Je suis désolé. De t'avoir frappé, et aussi de t'avoir repoussé, et d'être si… incroyablement insupportable. Je suis désolé, Cas."

"Je peux te poser une question?"

"Mmh," hésite Dean. "Je sais déjà ce que tu vas demander, et je… Cas, tu as dit que tu m'aimais."

"J'ai dit que j'étais amoureux de toi," le corrige Castiel.

"Tu ne peux pas l'être," en secouant la tête. "Tu ne peux pas, parce que-"

"Dean, s'il te plaît. 'Je suis amoureux de toi', ça ne veut rien dire d'autre que ce que ce que ça veut dire, et je voulais juste que tu le saches. Tu comprends?"

Les mots roulent sur sa langue, et Dean se sent brûler, à l'intérieur. "Oui, mais-"

"Ça veut seulement dire que je suis amoureux de toi."

"D'accord," souffle Dean. "Mais tu peux arrêter de le dire, maintenant?"

"Oui, je peux arrêter de le dire," avec un petit sourire. "Je suis toujours la même personne pour toi, Dean. Je tiens à toi, et je fais attention à ce que tu ressens. Je ne suis pas en colère contre toi, c'est juste… je ne sais pas si tu imagines ce que moi, j'ai ressenti, quand j'avais les mains couvertes de ton sang."

Dean détourne un peu les yeux. "Tu veux me le dire?" demande-t-il, en serrant les poings pour interrompre le tremblement de ses mains.

"Tu sais, Dean, c'est très difficile de sauver quelqu'un qui pense qu'il ne veut pas être sauvé," répond Castiel, doucement, sans hausser le ton. "Et à ce moment-là, quand tu étais sur le sol de la salle de bains, tu m'as dit d'arrêter d'essayer de te sauver. Tu as dit que je perdais mon temps, et tu ne bougeais plus, tu étais… soulagé. Je l'ai entendu, dans ta voix. Je l'ai vu dans tes yeux. Tu étais soulagé parce que tu croyais que tu allais mourir, mais moi, ce que je croyais, c'est que c'était ma faute. Je veux dire… Dean, ça fait des semaines que je fais tout ce que je peux pour te garder en vie, pour t'aider, ne serait-ce qu'à au moins supporter. Mais je n'ai pas réussi. Je n'ai pas réussi."

Baissant les yeux vers ses poignets bandés, Dean se mord la lèvre pour ne pas pleurer. "Je suis… toujours en vie," finit-il par dire. "Cas, je suis toujours en vie, alors peut-être que-"

"Est-ce que tu veux être en vie, Dean?"

Celui-ci arrête de respirer, juste une seconde. Il relève enfin la tête, pour croiser le regard de Castiel. Et à l'intérieur, il n'y a pas de reproches, pas de colère. Il n'y a pas ce que Dean s'attend à trouver, parce que Castiel ne veut pas qu'il mente pour faire du bien. Castiel veut entendre la vérité.

"Cas… je suis-" avant de pousser un soupir, vibrant de douleur. "Non, je ne veux pas être en vie. Parce que les choses… tout ce qui m'a conduit ici, tout ce que j'ai fait, tout ce qu'on m'a fait, ça ne va pas changer. Rien ne peut effacer. Et Sam sera toujours mort, peu importe à quel point moi, je pourrais avoir envie de vivre."

"Tu pourrais, Dean. Tu pourrais avoir envie de vivre, et ça, je te promets que ça a de la valeur. Peut-être que tu-"

"Oui," fermant brièvement les yeux. "Je peux essayer."

"Tu peux essayer."

Dean hoche la tête, et il essaie, de toutes ses forces, d'être sincère, quand il sourit. C'est presque rien, mais Castiel pourrait le regarder pendant des heures, parce que c'est vraiment le plus beau sourire du monde. C'est ce qui fait battre leurs cœurs, maintenant.

Le docteur Singer donne deux coups contre la porte, toujours ouverte, puis entre. Il fait quelques pas à l'intérieur. "Excusez-moi de vous interrompre, mais je voudrais savoir comment ça va, Dean."

Celui-ci hausse les épaules, et laisse le médecin s'approcher du lit. "Tu te souviens de ce qu'il s'est passé, ce matin?"

"Des bribes," répond Dean en faisant un petit geste évasif de la main. "J'ai vu mon père, mais je suppose que ce n'était pas lui, alors peut-être que c'était juste mon cerveau complètement grillé."

"Au début, oui, si on peut parler de ton… cerveau complètement grillé, mais ensuite, le docteur Richmond est-"

"Oh, super," en marmonnant. "J'espère au moins que je l'ai frappé, cet abruti."

"Dean."

"J'essaie de voir le bon côté des choses, c'est tout. Alors? Est-ce que je l'ai frappé?"

"Oui," répond Castiel, à la place du médecin, cachant un peu le petit sourire sur ses lèvres. "Est-ce que tu te souviens de moi?"

Dean hoche la tête. "Je me souviens."

Singer adresse un regard à Castiel, avant de se concentrer sur Dean. "Les hallucinations sont provoquées par le sevrage," dit-il. "Tu ressens d'autres symptômes?"

"Mis à part le fait que je crève d'envie de boire un camion-citerne de whisky, et de prendre assez de… assez de n'importe quoi, en fait, pour oublier comment je m'appelle, je pense qu'on peut dire que ça va, pour l'instant."

"Et les tremblements?"

"Mes mains tremblaient déjà souvent," en haussant les épaules.

"Tu crois que tu peux manger quelque chose?"

"Je ne suis pas sûr, alors donnez-moi autre chose que de la tarte, parce que si j'ai envie de vomir, je ne pourrais plus jamais en manger. Je n'ai déjà pas beaucoup de raisons de vivre, et si je ne peux plus manger de tarte, je pense que je ne vais vraiment pas faire long-feu."

Singer a un petit rire. "D'accord, Dean," répond-il. "On va te donner autre chose que de la tarte, et je voudrais aussi te remettre sous perfusion, parce que même si ça va à peu près pour l'instant, tu risques de te déshydrater très vite une fois que tu seras vraiment en état de manque."

"Oh, j'ai vraiment hâte de passer mon temps à vomir," ironise Dean.

"C'est passager."

"Peut-être, mais passager, ça peut durer longtemps, je vous signale, alors, je ne sais pas, peut-être qu'on pourrait s'arranger avec Charlie pour-"

"Non."

"Mais-"

"On ne te donnera pas plus de médicaments, Dean," tranche Singer. "Le principe du sevrage, c'est de diminuer, pas d'augmenter. Je sais que c'est difficile, mais il n'y a qu'une seule solution, et c'est celle-là, même si elle n'est pas agréable."

Dean grogne, mais finit par arrêter de protester. "Je vais être tellement insupportable que vous allez regretter de m'avoir sauvé la vie."

"Dean," souffle Castiel, exaspéré.

"Ça va, Cas, je plaisante un peu."

"Mmh," fait Singer. "Si tu as fini de dire n'importe quoi, je voudrais regarder l'état de tes points de suture, et refaire tes pansements."

"Je peux faire les pansements," dit Castiel, se redressant un peu. "Et aussi poser un cathéter pour la perfusion."

Singer jette un coup d'œil à Dean. "Ça te va?" demande-t-il, alors que Dean hoche la tête. "Très bien, dans ce cas, je vais juste examiner rapidement les points."

Castiel fait rouler la tablette pour la placer devant Dean, et celui-ci pose ses avant-bras dessus, sans vraiment regarder l'infirmier quand il défait les bandages. Singer se penche. "Est-ce que je peux toucher?"

"Je suppose, oui," répond Dean.

Le médecin passe doucement le bout de ses doigts sur la peau, près des points de suture, puis acquiesce. "Ça va mettre un peu de temps, parce que c'était très profond, mais ça cicatrise bien, pour l'instant. Est-ce que ça te fait mal?"

"Oui, un peu."

"Dis-le si ça devient trop douloureux, d'accord?"

"D'accord," répète Dean sans avoir l'air de réellement savoir ce qu'il dit, les yeux toujours ailleurs. "Cas, tu pourrais refaire les pansements, s'il te plaît?"

Castiel échange un regard avec Singer, mais ne relève pas le ton un peu trop pressant de Dean. "Laisse-moi juste le temps d'aller chercher ce dont j'ai besoin," en se levant, pour disparaître dans le couloir.

"Dean?" reprend doucement Singer, sans obtenir de réponse. "Tu n'arrives pas à les regarder?"

"Regarder quoi?"

"Tes poignets."

"J'ai assez de Charlie pour me poser ce genre de questions," réplique sèchement Dean. "Et de toute façon, qu'est-ce que ça peut faire, si je ne les regarde pas?"

"Je pense que-"

Dean se tourne brusquement vers lui. "Oh, mais rien à foutre."

"Très bien, Dean," en soupirant. "Je vais te laisser avec Castiel."

Celui-ci revient, les bras chargés de matériel médical, et Singer sort de la chambre. Dean reste immobile, assis sur son lit, les avant-bras toujours posés devant lui. Castiel pose des paquets de compresses, et de bandages en tout genre, juste à côté de lui. Puis, il enlève ses chaussures, pour grimper sur le lit, en tailleur, en face de Dean, qui hausse un sourcil intrigué, sans pour autant faire le moindre commentaire. Castiel place ses coudes sur la tablette, et observe Dean pendant quelques secondes. "Tu veux que je te donne mon avis, Dean?" finit-il par demander.

"Tu vas probablement me le donner de toute façon."

"Tu ne veux pas regarder ces points de suture parce que tu as rompu ta promesse," en penchant la tête, alors que Dean détourne une nouvelle fois les yeux. "Tu as fait ce que Sam t'avait fait promettre de ne pas faire, et tu t'en veux pour ça."

Dean hausse les épaules, même s'il est sûr que Castiel peut voir sur son visage que ça compte. Parce que Castiel voit tout, Castiel comprend tout, et Castiel est toujours si doux.

"Les promesses faites à un mort, qu'est-ce que ça veut dire?" répond Dean.

"Mmh," fait Castiel, en ouvrant un paquet de compresses. "Dans ce cas, tu peux les regarder. Regarde tes poignets, Dean, si tu penses vraiment que ça ne veut rien dire. Ou regarde-les simplement parce que si tu ne le fais pas, si tu n'arrives pas à accepter ce que tu as fait, ça ne guérira jamais."

Il se heurte à un mur de silence. Il se heurte à Dean, en fait, qui ne fait que fuir, nier. Mentir.

Castiel fixe la ligne de sa mâchoire, alors que Dean s'obstine à faire comme s'il n'était pas vraiment là. Comme si les mots n'avaient pas d'importance. Castiel soulève le bouchon d'un flacon de désinfectant, pour en verser un peu dans un récipient en plastique stérilisé, avant de plier une compresse en quatre à l'aide de deux pinces, également en plastique. "C'est peut-être froid," dit-il avant de poser la compresse sur la peau de Dean, qui tressaille, mais ne bouge pas. "Je te fais mal?"

"Ça va," murmure Dean du bout des lèvres, alors que Castiel passe doucement sur tous les points, et c'est presque comme une caresse.

"Est-ce que tu aimes bien Charlie?" reprend Castiel, après un instant.

Dean a un petit rire. "Elle me pose des questions."

"C'est son travail, de poser des questions," en changeant de compresse. "Mais ce n'est pas ce que je te demande."

"Bon," répond Dean avant de finalement tourner la tête vers lui. "Peut-être que je l'aime bien, parce qu'elle ne me regarde pas comme si j'étais un sujet d'étude, ou… une bombe à retardement. Mais elle m'agace, avec ses questions. Et puis, je vois très bien qu'elle pose plusieurs fois la même, mais différemment, jusqu'à ce que je réponde. C'est un peu de la manipulation."

"De la psychologie, Dean," avant d'appliquer un pansement sur le poignet droit. "Pas de la manipulation."

"C'est pareil," rétorque Dean.

Castiel lève les yeux au ciel, puis commence à désinfecter le poignet gauche. "Moi aussi, tu me trouvais agaçant," fait-il remarquer, lui jetant un bref regard, pour voir que celui de Dean est braqué sur lui. "Tu as dit que tu avais mal à la tête parce que je parlais trop."

"Tu te souviens de ça?" l'air étonné.

"Évidemment."

Dean a un petit sourire, en regardant l'expression concentrée sur son visage quand il applique un deuxième pansement. Et Dean ne peut pas s'empêcher de sentir son cœur fondre dans sa poitrine. "Tu ne m'agaces plus, tu sais," dit-il. "Sauf par moment, quand tu m'aides un peu trop, mais tu sais, Cas…"

"Oui?" sans relever la tête.

"Charlie n'est pas toi," souffle Dean. "Elle n'est pas toi."

"Est-ce que-" relevant la tête, se raclant la gorge. "Est-ce que tu lui as dit tout ce que tu m'as dit?"

"Non."

"Tu as l'intention de le faire?"

Castiel ne le quitte pas des yeux, tout en ouvrant l'emballage d'une bande en tissu. Dean hausse les épaules. "Je ne sais pas," répond-il. "Pour l'instant, je n'ai pas envie."

"D'accord," avant de dérouler un peu la bande. "Tu peux surélever ton bras, s'il te plaît?"

Dean obtempère, puis fronce les sourcils quand une idée lui traverse furtivement l'esprit. "Je ne me souviens plus vraiment de ce que j'ai dit ce matin, mais est-ce que le docteur Richmond… Est-ce qu'il a compris?"

"Il a compris pour ton père," confirme Castiel avec une légère grimace, en déroulant la première bande autour du poignet de Dean.

"Toi non plus, tu ne l'aimes pas beaucoup," devine celui-ci.

"Je n'ai pas vraiment le droit de donner mon avis là-dessus, Dean."

"Oh, ça va, Cas, c'est moi. Tu peux me le dire."

Castiel a un petit rire, et enroule une autre bande sur le deuxième poignet. Quand il a terminé, il prend une inspiration, puis hoche la tête. "C'est vrai, je ne l'aime pas," admet-il. "Parce qu'il est le genre de médecin que je déteste. Il est froid, trop indifférent à ce que peuvent ressentir les patients qu'il a en face de lui, et vraiment si… professionnel. Il ne cherche pas à savoir le pourquoi du comment, et-"

"Tu peux aussi dire que c'est un connard."

"Je peux aussi dire que c'est un connard," acquiesce Castiel, en retenant un sourire. "Est-ce que ça va, maintenant que j'ai fait les pansements?"

"Oui."

Castiel repousse la tablette, puis remue un peu pour être plus à l'aise. Il est toujours en tailleur face à Dean, qui, lui, se braque un peu maintenant qu'il n'y a plus rien pour les séparer. "Qu'est-ce que tu fais?" demande-t-il alors que Castiel attrape très délicatement ses mains, pour les poser sur ses genoux, paumes ouvertes vers le plafond. "Cas, pourquoi tu-"

"Je vais te toucher un peu."

"Pourquoi?" sans pour autant tenter de se dégager.

"Tu me fais confiance?"

"Oui," réplique Dean sans réfléchir. "Mais-"

Il s'interrompt, et prend conscience de ce qu'il vient de dire. Pourtant, il ne revient pas en arrière. "Oui, je te fais confiance," répète-t-il, écoutant le son de sa propre voix, de ses propres mots. De ses propres mots qui sonnent si beaux quand il est sincère.

"Alors tu sais que je ne vais pas te toucher pour te frapper, ou te forcer à faire ce que tu ne veux pas faire."

"Mais-"

"Il faut que tu comprennes que ça peut être agréable, Dean," reprend Castiel, alors que son cœur bat si vite. Si vite, parce que Dean lui fait confiance. "Tu peux aimer ça, parce que ça peut être différent, si tu acceptes que les gens puissent avoir de bonnes intentions envers toi quand ils te touchent."

"Ça ne voudra pas dire que-"

"Ça ne voudra rien dire, Dean. C'est entre toi et moi."

Dean respire un peu, toujours immobile, les mains sur les genoux de Castiel, quand celui-ci fait glisser ses doigts contre la peau douce de l'intérieur de ses coudes. Dean est secoué par un frisson, qui remonte jusqu'à ses épaules, tandis que Castiel étudie attentivement les émotions qui passent sur son visage. Il caresse ses avant-bras, appuie un peu plus avec ses pouces, et Dean le regarde dans les yeux. "J'aime bien," finit-il par dire, un peu surpris par ses sentiments. "C'est vrai que ce n'est pas… Tu sais."

"Douloureux?"

"Mmh," fait Dean, alors que Castiel le relâche, pour prendre seulement une de ses mains, qu'il serre un peu plus fort. Dean le laisse faire, même si une partie de lui a envie de fuir. "Cas, s'il te plaît… S'il te plaît, Cas, j'ai-"

"Dean," la voix douce, vibrante de toute la tendresse qu'il ressent.

"Je ne suis pas prêt pour… toi, Cas. Pas comme ça."

"Je sais."

Castiel lui sourit doucement. "Je sais, Dean," répète-t-il.