Chapitre 11 :

Précédemment :

« Il ne pouvait trouver un sens à ses mots, cependant ; c'était comme si ils lui tournaient dans la tête, sans s'arrêter à ses oreilles. Il était dans son placard, la porte solidement fermée, et c'était le seul endroit sûr qu'il connaissait. Noir et calme, sans tous ces cris, et personne ne pourrait plus jamais le voir et l'embêter. Même s'ils lui lançaient des sorts et le blessait, ou riait devant sa douleur et ses cris, il n'était pas vraiment là. Seulement son corps était là. Lui était caché loin, très loin. »

Après une heure ou deux, Severus se retrouva incapable de supporter le silence de ses quartiers, alors, pour rattraper le fait de ne pas avoir fait un rapport complet au directeur – il avait donné au directeur les détails les plus minimes la veille, lorsque le proviseur était passé voir comment allait Harry - il décida d'aller voir le vieil homme dans son bureau. Il murmura le mot de passe habituel aux gargouilles et fut autorisé à atteindre l'escalier en colimaçon qui le mena jusqu'au bureau. La porte s'ouvrit d'elle-même devant lui. Severus détesta cela, parce que cela lui donnait l'impression que le directeur savait toujours tout ce qui se passait dans l'école, y compris sur lui.

Il ferma précautionneusement la porte derrière lui et resta debout devant le bureau du directeur avec l'impression désagréable, mais habituelle, d'être comme un de ces misérables à qui il enseignait, ou essayait d'enseigner.

- Je suis venu vous faire un rapport complet, monsieur, dit-il.

Dumbledore hocha la tête, avec un sourire bienveillant qui se voulait rassurant.

- J'apprécie cela Severus. Mais cela peut attendre, si tu préfères.

- Non, je ne préfère pas et non, ça ne peut pas attendre. Le Seigneur des Ténèbres a partagé quelques-uns de ses plans avec moi, ou devrais-je dire avec nous, ses serviteurs.

- Était-ce avant ou après que tu sois reconnu comme espion ?

Les mots furent dits avec douceur, mais Severus les reçut comme un coup de couteau.

- Avant, admit-il dans un murmure. Je m'excuse pour avoir perdu mon statut dans ses rangs, monsieur le directeur. Mais le garçon était agité, et je trouvais que c'était un trop grand risque de le laisser là-bas. Sa vue…

- Je comprends parfaitement, coupa Albus. Je suis simplement désolé que nous n'ayons pas pu vous sortir de là avant.

Il s'arrêta et prit sa fameuse boîte de bonbons.

- Citron ? Non ? S'il-te-plaît assieds-toi au moins Severus. Poppy m'a dit que tu avais continué de rendre visite à Harry et que tu semblais très inquiet pour lui.

Avec moins d'aplomb qu'il ne l'aurait voulu, Severus prit une chaise, mais refusa la friandise. Les pensées qu'il voulait éviter inondaient son esprit.

- Inquiet ? Bien sûr que je suis inquiet ! Quiconque possédant une conscience le serait. Quiconque possédant une once d'humanité. S'il doit être le satané Élu qui devra nous débarrasser du Seigneur des Ténèbres, j'ai du mal à croire que la catatonie puisse nous aider.

- Langage, Severus.

Le maître des potions grogna mais inclina tout de même la tête.

- Mes excuses, directeur.

Albus soupira et caressa l'arrête de son nez avant de remonter ses lunettes. Puis il plaça ses mains jointes devant lui sur le bureau et regarda Severus au-dessus de ses carreaux en demi-lune.

- J'ai fait quelques arrangements pour le faire envoyer à Sainte-Mangouste, pour être soigné.

Severus se redressa précipitamment.

- Quoi ? Vous ne pouvez pas être sérieux ! La presse aura vent de tout ça avant même que vous n'ayez le temps de dire « le-garçon-qui-est-devenu-fou ». Et il ne sera pas protégé de Voldemort, je peux vous l'assurer.

Écartant les mains, Albus dit :

- Que veux-tu que je fasse Severus ? Sa famille s'est envolée. Il n'a plus de parrain non plus. Je ne peux pas l'envoyer chez les Weasley, pour les mêmes raisons de sécurité, et il ne peut simplement pas rester dans l'infirmerie tout le temps que durera sa convalescence.

Tout ceci était vrai. Il ne savait pas pourquoi il ressentait une telle indignation vis à vis du traitement accordé au garçon, mais il ne pouvait s'en empêcher.

- Il ne peut pas aller à Sainte Mangouste. Ils n'ont aucune idée de la façon de s'occuper de lui, de l'aider. Et qui le gardera là-bas, si nous sommes tous si occupés que l'a dit Minerva ?

Albus semblait peiné, mais peu enclin à changer d'avis.

- Severus…

- Je le prendrai, dit alors Severus.

Quoi ? Pensa-t-il. Pourtant, sa bouche continua de bouger.

- Il restera dans mes quartiers et je m'en occuperai jusqu'à ce qu'il redevienne lui-même.

Un fin soupçon de sourire se dessina sur le visage d'Albus, une ombre de sa gaieté habituelle.

- Si tu penses que cela pourrait marcher…

- C'est certainement la seule vraie chance qu'il ait, dit Severus.

Des heures plus tard, au côté du garçon, Severus réfléchissait de nouveau à la proposition qu'il avait faite, se demandant si c'était une bonne idée après tout. Le garçon était étendu et avait l'air plutôt calme. Il ne montrait aucune réaction, même lorsqu'on le touchait, alors ils durent le forcer à prendre ses potions. Pas plus qu'un tremblement, avait dit Poppy, depuis que Severus lui avait donné la potion pour ses yeux.

Pendant quelques minutes angoissantes, il s'inquiéta d'avoir malencontreusement empoisonné le garçon avec l'une de ses potions. Mais c'était le genre d'inquiétude totalement surréaliste. Il se repassa trois fois la potion dans sa tête, certain d'avoir fait tout ce qu'il fallait, avant de se décharger de la responsabilité du comportement inactif du garçon.

Sa proposition de prendre le garçon avec lui était en partie motivée par la culpabilité qu'il ressentait, le sentiment qu'il avait qu'il aurait dû faire plus - ou moins ! - pour empêcher ce qu'il lui était arrivé. Et il détestait la culpabilité, il la détestait par-dessus tout, à part peut-être Sirius Black, malgré ce qu'il avait dit au garçon durant leur emprisonnement. Il n'était pas le genre de personne à se flageller. S'il pouvait soulager ce sentiment en aidant le garçon, c'était toujours bon à prendre.

Avec un soupir, Severus se résigna de nouveau à la tâche et se leva.

Pompom se matérialisa près de lui.

- Je peux annuler mon voyage, dit-elle une nouvelle fois.

Severus secoua la tête et se pencha vers le lit avant de prendre le garçon dans ses bras. Il était extrêmement léger, comme s'il n'y avait rien à l'intérieur de lui. Il marcha d'un pas vif avec Potter contre lui.

- Non, tout se passera bien pour nous. Vous avez une famille à voir.

- Severus, es-tu sûr que ce soit une bonne idée ?

Elle avait l'air aussi inquiet pour lui que pour le garçon, et pendant un instant, cela désarma complètement le maître des potions.

- Non, admit-il. Mais il faudra bien.

Elle hocha la tête à contrecœur et il emmena dans ses quartiers cet enfant brisé qui représentait l'espoir du monde des sorciers.

Après avoir posé le garçon sur un lit qu'il avait préparé quelques heures auparavant, dans une chambre tout spécialement préparée pour lui, Severus se recula et regarda Potter… Harry. Il supposa que s'ils devaient passer tout leur temps ensemble, ils pouvaient se passer de toutes ces formalités. Il n'accepterait aucun manque de respect cela dit ! Ce gamin…

Severus ferma les yeux un instant et soupira. Il n'avait absolument aucune raison d'en vouloir au garçon. Surtout pas avec ce qui venait de lui arriver.

Poppy avait fait du bon travail, réalisa-t-il, en soignant le corps du garçon… Du moins pour ce qu'il pouvait en voir sous son pyjama bleu. De fines cicatrices rosées barraient son bras, mais elles avaient l'air de pouvoir s'effacer avec le temps. Mais préférant s'en assurer, il souleva le tee-shirt du garçon et vérifia son ventre. Il fut satisfait de voir que, là aussi, les cicatrices devraient s'effacer. Certaines semblaient cependant bien plus profondes que d'autres, probablement le travail de Bella. Il devrait trouver une potion pour celles-là.

Tout comme pour le mental du garçon.

Chaque chose en son temps. De la nourriture, de l'eau, du sommeil. En plus des vêtements, d'un refuge, d'un endroit sûr. Le reste viendrait en temps voulu.

Sans y penser, il remit correctement le pyjama du garçon, puis chassa de son front une mèche de cheveux noirs. Ses doigts tracèrent alors sa cicatrice en forme d'éclair, et il secoua la tête. Tellement de douleur.

Faisait-il ce qu'il fallait ? Il n'avait vraiment aucune idée de ce qu'il lui faudrait faire pour que le garçon aille mieux, ou même s'il le pourrait.

- Reviens-nous mon garçon, murmura-t-il en caressant son front. Je sais que tu ne veux pas, mais nous avons besoin de toi ici.

Il n'eut aucune réponse, il ne s'attendait pas à en avoir une, vraiment. Mais cela aurait été une très belle surprise.

Dans le noir de son placard, Harry flottait délicieusement, silencieux. Il était seul ici, exactement comme il l'aimait. Rien ni personne ne pouvait le toucher. Même quand il sentait des chatouillis sur son corps, il savait que ce n'était que des araignées, pas l'autre. Des araignées travaillant sur leur toile, s'occupant seulement de ce qu'elles avaient à faire, et n'ayant pas l'intention de lui faire savoir qu'elles étaient là. Il n'avait aucun problème avec les araignées.

Il n'y avait pas de douleur ici, et ce sentiment était le bienvenu. Pendant des années, jour après jour, la douleur avait fait partie de son corps, de sa vie. Ici, il était confortable et réconforté. Après un long moment de sommeil, il commença même à entendre la voix de quelqu'un, douce et agréablement sifflante, lui murmurer que tout allait bien, qu'il allait bien, et que personne ne le blesserait à nouveau. Il voulait tellement croire cette voix quand elle lui disait qu'elle prendrait soin de lui, s'il le voulait bien. Et il ne parvenait pas à trouver de raisons de refuser.

- Laisse-moi entrer, murmurait la voix.

Et elle promettait de la sécurité, de la chaleur et de l'attention, tout ce qu'il n'avait jamais connu.

- Pas de douleur… Murmura Harry en réponse.

- Pas de douleur, assura la voix. En sécurité mon chéri, mon doux garçon. Et avec de l'amour.

Il ne méritait pas d'amour, n'en avait jamais mérité. Aussi loin qu'il se souvienne, l'époque où le placard et les ténèbres avaient commencé, personne ne lui avait jamais dit ces trois petits mots avant, ces trois petits mots qu'il mourrait d'envie d'entendreJe t'aime. Et il savait qu'il n'était rien, qu'il ne valait rien, qu'il n'était qu'un misérable monstre, mais quand même… Il aurait tellement voulu être aimé.

Un long moment passa, combien de temps exactement, il n'aurait su le dire et il s'en fichait, vraiment. Mais finalement, il s'abandonna à la douce voix, abandonna ses dernières barrières et autorisa la présence à l'intérieur.

Et pendant un instant, il fut en paix.

Severus était hors de lui. Plus d'une semaine s'était déroulée sans aucun changement chez le jeune Griffondor. Severus l'avait nourri, lui avait donné des potions et du thé à boire, il s'assurait que le garçon était bien installé durant la nuit, et pendant la matinée, quand Severus était en train de préparer des potions pour Harry et pour l'infirmerie de l'école, il amenait le garçon avec lui et l'allongeait sur le canapé près du feu.

Parce que Harry ne réagissait pas, Severus ne pouvait même pas être sûr que la potion pour ses yeux ait fonctionné. Bien qu'il ait donné au garçon plusieurs doses de la potion qu'il avait faite, il n'avait aucune idée de ses effets. Harry regardait le feu dans la cheminée tous les après-midi, presque sans ciller de l'œil, comme s'il était hypnotisé par les flammes. Malgré cela, il avait toujours de grands espoirs.

La bouche de Harry remuait parfois, mais aucun mot n'en sortait. Sauf une fois, et Severus grimaçait toujours en y repensant. Quelques jours plus tôt, tandis que le garçon était assis devant le feu, Severus lisait le journal à haute voix, espérant qu'au moins le son de sa voix apporte une réaction, quand il avait clairement entendu un sifflement. Plus que quoi ce soit d'autre, cela lui rappelait le fourchelangue, qui avait attiré au garçon beaucoup de problème durant sa deuxième année. Mais cela n'avait duré qu'une seconde, et après cela, quand il s'était levé et avancé vers le garçon, il n'avait rencontré que des yeux vides et alors, il n'était plus sûr d'avoir bien entendu.

S'il avait vraiment fait un quelconque bruit, c'était bien terminé désormais.

Ce pourquoi il fut totalement estomaqué quand, par un autre après-midi, alors qu'ils se trouvaient chacun à leur place habituelle, Harry sur le canapé et Rogue sur un fauteuil en train de lire son journal, une petite voix dit :

- S'il-vous-plaît, de l'eau…

Severus en lâcha presque son journal. Il se leva rapidement et se précipita près du garçon.

- Harry ? Demanda-t-il les yeux fixés sur lui.

Des yeux verts le fixèrent en retour, des yeux fatigués dont l'étincelle à l'intérieur était plus affaiblie que jamais – à part peut-être cette nuit où Diggory était mort – mais elle était là !

- Peux-tu me voir ?

Harry cligna de ses yeux lourds, puis hocha la tête.

- Flou.

- Tes lunettes !

Severus regarda autour de lui et trouva la fameuse paire sur la table basse près de lui.

- Voilà, attends, dit-il en voyant le garçon s'extirper de sa confortable couverture.

Il lui posa les lunettes sur le nez.

- C'est mieux ?

- Oui, monsieur.

Son ton était hésitant, et plus bas qu'un murmure. Si les cachots n'avaient pas été naturellement calmes, Severus ne l'aurait probablement pas entendu.

En un clin d'œil, il apporta un verre d'eau et attendit que Harry se sente libre de le prendre. Les mains du garçon tremblaient quand il s'exécuta, mais pas autant que dans l'infirmerie, il paraissait simplement secoué d'un léger frisson. La nouvelle potion post-Doloris semblait porter ses fruits. Il devrait en envoyer un échantillon à Sainte-Mangouste.

Harry sirota l'eau, la première chose qu'il faisait seul depuis de longs jours, et Severus l'observa avec un étrange sentiment de satisfaction.

Quand le garçon eut bu presque tout le verre, il s'arrêta et ferma de nouveau les yeux.

Severus lui prit le verre des mains et l'envoya d'un coup de baguette à la cuisine.

- Harry ? Demanda-t-il. Y a-t-il autre chose que je puisse faire pour toi ?

- 'suis fatigué, monsieur, dit le garçon sans rouvrir les yeux en rapprochant la couverture avant de s'enfouir plus profondément en dessous d'elle. Juste fatigué.

Eh bien.

C'était un début.