Le premier jet de ce chapitre sur ordinateur m'a énormément déplu. Je pense que c'est la première fois qu'en me relisant pour effectuer les premières corrections d'un écrit, je me suis dit : "Je n'aime pas du tout, mais je ne sais pas pourquoi.". C'est très paradoxal, parce que généralement, quand j'écris du "point de vue" de Seto, tout me vient assez naturellement. Bref, j'ai corrigé tant bien que mal ce chapitre et j'en suis maintenant plus ou moins satisfaite. Je ne pensais pas qu'un chapitre aussi court pouvait me donner autant de fil à retordre x)

Bonne lecture !


Dimanche I

Le dimanche était le seul jour de la semaine où la probabilité de trouver un Seto oisif excédait zéro pourcent. Prouvant ce fait, le PDG était présentement assis dans l'un des confortables divans de son salon. Sans ordinateur. Sans portable. Sans rien.

Il avait effectué tout le travail à sa disposition ainsi qu'au-delà et Mokuba n'était pas au manoir. Dépourvu de passions, hormis les Duels de monstres, le brun ne savait que faire de sa journée – ce jeu ne pouvant malheureusement être joué seul, ou monnayant une de ces idiotes intelligences artificielles dont il s'était lassé –. C'est pourquoi il restait là, immobile, à lorgner la table basse lui faisant face.

Les dimanches passés avec le cadet étaient à présent loin derrière lui. Car, pour il ne savait quelle raison, celui-ci s'était distancié de lui. Seto avait premièrement mis cela sur le compte d'une quelconque crise d'adolescence prématurée. Mais il avait fini par abandonner cette hypothèse, ou tout du moins, à moitié.

Le réel commencement de tout cela se situait au jour où Mokuba avait demandé à aller chez un « ami ». Une fois. Deux fois. Trois fois. Bien trop souvent au goût du PDG. Ce dernier avait cependant cédé à ses demandes tout en le mettant en garde, se persuadant que ces étranges envies disparaitraient avec le temps. Jusqu'à ce que Mokuba revienne au manoir bien après la fin des cours du collège. Et cela, sans l'avoir prévenu. Depuis, le brun avait sévèrement réglementé les allées et venues de l'adolescent. Il envoyait systématiquement Isono le chercher à la sortie du bâtiment scolaire et le chargeait de sa surveillance jusqu'à ce qu'il rentre de la KaibaCorp. Pas question que son petit frère traîne dans les rues en compagnie de personnes indignes de confiance. Mokuba avait des capacités. Certes moins importantes les siennes, mais de grandes capacités tout de même. Ce serait un pur gâchis de ne pas s'en servir. Pire, de les gaspiller au profit de ses « amis ». L'avenir s'offrait à lui. Il allait hériter de la KaibaCorp, la plus influente société de jeux du Japon. Et lui, voulait traîner avec des imbéciles ?

« Une vraie perte de temps, oui. » râla Seto en croisant les jambes.

Les amis étaient inutiles. Ils ne t'aidaient pas dans ton ascension sociale. Ils ne garantissaient pas ton avenir. Parfois, te plantaient un virulent couteau dans le dos. Ou pire, t'empêchaient de réaliser tes ambitions. Et il ne parlait pas encore des grossières raisons engendrant les amitiés. Certains t'approchaient car tu possédais de l'argent. D'autres parce que tu étais célèbre. Et une autre catégorie encore, car ils se sentaient seuls. Cependant, le plus néfaste ne résidait pas en ces piètres motifs. Non, cela devait être le fait qu'en t'abordant, ils ne pensaient qu'à leurs propres bénéfices, et pas aux tiens.

Mokuba était probablement encore trop jeune pour comprendre cela. Lui-même ne pensait pas encore de cette façon lorsqu'il fréquentait l'orphelinat. Une mauvaise expérience et c'en serait fini de cette manie de vouloir « aller chez des amis ». Lui, ne pouvait que faire son possible afin de le préserver un maximum.

En plus de le ramener le plus rapidement possible au manoir, Seto avait pris d'autres mesures. Son petit frère ne pouvait se rendre chez ses « amis » qu'une fois par mois. Bien que le PDG estimât en son for intérieur qu'il s'agît d'une fois de trop, Isono l'avait insidieusement quelque peu forcé à accepter cette condition.

Seto noua encore un peu plus ses deux jambes alors qu'il soupirait bruyamment. Lui, ne laissait pas sa vie être polluée par ce genre de personnes et s'en portait très bien. Alors pourquoi cela dérangeait-il Mokuba ? Ils étaient du même sang. Ils avaient traversé les mêmes épreuves, peut-être pas de la même manière, mais les mêmes épreuves tout de même. Et pourtant…

Quels avantages le cadet pouvait-il bien trouver dans ces amitiés ? Le brun avait beau se creuser la tête, il ne trouvait pas de réponse à cette question. Si au moins, son petit frère pensait à se servir d'eux pour assouvir ses désirs, mais non, il semblait sincère ! Aussi sincère que Yugi et sa bande lorsqu'ils déblatéraient leurs insupportables discours sur le pouvoir de l'amitié ! Peut-être devrait-il poser la question à Jonouchi lorsqu'ils se retrouveraient au café de la dernière fois ? Quoi que, s'il devait à nouveau entendre les mêmes balivernes qu'autrefois, il s'en passerait volontiers.

Repensant à sa précédente entrevue avec le blond, Seto se laissa aller dans le divan et planta son regard dans le plafond blanc neige. Revoir le jeune homme avait ravivé les sentiments ayant temporairement séjourné dans son cœur au lycée. Il avait pensé s'en être définitivement débarrassé après la fin de ses études, mais de toute évidence, cela n'était pas le cas. Le temps consacré au développement de la KaibaCorp ainsi qu'au bien être de son petit frère n'avait pas suffi à les effacer. Seulement à totalement les camoufler. A moins qu'ils aient véritablement disparu, et que leur simple interaction de mercredi dernier ait suffi à leur renaissance.

Après avoir annoncé à Jonouchi où il se trouverait une semaine plus tard, Seto s'était demandé s'il n'avait pas commis une erreur. Il avait l'habitude de se rendre dans ce café quelque peu miteux chaque troisième jour de la semaine, à seize heures et demie précises, et d'y commander le même cappuccino. Il ne s'était pas rendu disponible pour Jonouchi, il l'avait simplement informé d'une partie de son emploi du temps. Mais cela lui serait-il bénéfique ? Probablement pas. Dans ce cas, cela lui porterait-il préjudice ? L'amour était connu pour amener son lot de problèmes. Et Dieu savait à quel point il avait besoin de problèmes en supplément de ceux concernant son frère ainsi que son entreprise.

Mais après mûre réflexion, le PDG avait jugé qu'à défaut de ne lui apporter aucun avantage, cette rencontre ne dérangerait pas le cours de sa vie. Au temps du lycée, il avait fréquenté bon nombre de fois le toit en compagnie de Jonouchi, sans que cela ne perturbe son existence. S'il avait eu besoin de travailler, il y avait travaillé. S'il avait eu besoin de se reposer, il s'y était reposé. Et s'il avait eu envie de parler, il y avait parlé.

Peut-être que restaurer ces agréables moments constituait en une idée approximativement passable en fin de compte. Car il en était certain, Jonouchi répondrait à sa demande masquée et se rendrait au café au jour et à l'heure voulue.