Chap 11 : Folie à deux
Georgia suivit Mason Verger dans un état second, elle ne se rendait pas compte de l'endroit exact où elle se trouvait mais étant consciente d'une chose : la voix rassurante de Will n'était plus audible. Il se trouvait loin et elle était seule, car son ami ne semblait pas être là non plus. D'autres voix confuses se faisaient entendre autour d'elle, et les couloirs de l'hôpital psychiatrique ressemblaient tous à des tunnels sombres percés de trainées de lumière effrayantes. Le noir aurait pu l'inquiéter davantage, mais comme Will et comme beaucoup de patients, c'était plutôt la luminosité qui était une source d'angoisse. La lumière voulait dire quitter le lit, changer d'endroit. Pour beaucoup, la lumière ne leur rappelait pas le soleil mais les lampes des cabinets médicaux, d'un blanc aveuglant. Pour Georgia, la lumière était synonyme d'yeux de démons brillants posés sur elle.
Il lui sembla être poussée dans une cage et elle se demanda ce qui se passait lorsqu'elle sentit le sol s'élever durant de longues minutes, ne reconnaissant pas les parois d'un ascenseur autour d'elle. Elle se laissa guider docilement par Cordell, s'assit sans crainte sur une large chaise dont les accoudoirs possédaient des sangles et regarda curieusement autour d'elle pendant que l'infirmier lui liait les poignets et les chevilles. Le brouillard se dissipait un peu dans cet endroit, et le relief des choses lui apparut peu à peu.
Les visages lui apparaissaient nettement mais semblaient faux, comme des masques, et si elle en avait eu l'occasion elle aurait peut-être essayé de les arracher pour voir ce qui se trouvait réellement dessous. Elle n'était pas certaine qu'il y ait quelque chose sous celui de Cordell, mais sous celui de l'autre homme, certainement. Will réagissait à leur présence à tous les deux, mais bien plus fort à celle du blond aux yeux bleus. Allié ou démon, elle ne savait pas encore où il se situait.
« Salut ma jolie. Sais-tu qui je suis ? »
« Je ne sais pas. »
« Je suis Mason. Mason Verger. Un ami. »
« Tout le monde dit ça. »
L'homme rit, se tournant vers l'autre bien plus imposant.
« Elle est drôle, non ? Elle est putain de drôle. Je sens qu'on va bien s'amuser avec elle. J'adore les cinglés dans son genre. »
« Donc, vous aussi, vous pensez que je suis folle. »
« Non chérie, je blague. Je fais ça tout le temps, tu peux demander à Cordell. Pas vrai, Cordell ? »
« Vrai, patron. »
« Tu vois ? Si tu es sage, tu auras un chocolat avant de partir. »
« Je n'ai pas besoin de manger. Parce que... »
« Tu es morte, ah ! Oui. Je sais. Mais tu vois, je suis un médecin, mmh. Et mon boulot, c'est de vérifier ce genre d'affirmations. Un médecin ne soigne que les vivants, alors...si tu es morte, tu n'as pas vraiment besoin de me voir et je perds mon temps. Voyons voir...Comment pourrais-je vérifier ça. »
Il s'éloigna d'elle pour s'emparer d'une trousse remplie d'instruments chirurgicaux et opta pour un simple scalpel pour commencer. Il enfonça à peine la pointe au niveau de son bras, puis sur ses mains, et après que Cordell lui ait ôté ses chaussures, sur la plante de ses pieds, la faisant à peine saigner.
« Est-ce que tu sens quelque-chose, chérie ? »
« Non. »
« Oh intéressant. Tu vois ça, Cordell ? Elle est vraiment morte, cette petite. Pourtant Georgia, tu avais l'air bien vivante avec la langue fourrée dans la bouche de ce cher Will. »
« Et bien...je suis morte mais pas encore partie. Mon corps pourri mais il tient encore debout. Mon âme est prisonnière... »
« Et tu es entourée de démons, on connait la chanson. Est-ce que William t'apprécie beaucoup, Georgia ? »
« Je crois oui. Il est gentil avec moi. Et je peux lui faire confiance. »
« Oui...je crois que William en pince pour toi. Pince... »
Il fouilla dans sa trousse à nouveau, en sortant une pince épaisse qu'il regarda avec un sourire. Il s'apprêtait à expliquer à Georgia ce qu'il comptait en faire quand un cri se fit entendre.
« Oho...il se réveille. »
« Qui est ce il ? » demanda la jeune femme, ayant bien entendu le bruit.
« Un compagnon d'infortune, je dirais. Je reviens vers toi dans un instant, chérie. »
Mason se leva et se dirigea vers le fond de la pièce (qui était déjà assez large pour un cabinet d'auscultation) et alla chercher dans son bureau les clés qui ouvraient la porte située au fond à droite, bien plus grande. Il y avait également une porte située tout à gauche et qui donnait sur une salle d'opération. C'était, officiellement, la seule salle du genre dans cette partie du bâtiment, mais en réalité, la salle de droite en était une elle aussi. Il ouvrit la porte en grand et d'où elle se situait, Georgia pouvait parfaitement voir à l'intérieur. Il y avait une nouvelle porte au fond qui menait elle ne savait où et un homme était allongé sur un lit, relié à toutes sortes de tuyaux, mais ce n'était pas ce qui sautait le plus aux yeux chez lui. Non, ce qui surpris Georgia c'était que cet homme (démon?) n'avait plus de membres du côté droit, ils avaient été sectionnés et des bandages rougis entouraient ce qu'il en restait. Son bras intact était en bon état, mais sa jambe était ouverte, la chair écartée par elle ne savait quel dispositif en métal et l'os blanc bien visible. Il semblait souffrir de façon intense. Mason s'affaira autour de lui, lui injectant un produit qui diminua l'intensité de ses cris.
« Ah, docteur Gideon, vous me pardonnerez n'est-ce pas ? Je n'ai pas eu le temps de terminer la dissection de cette jambe. »
L'homme sanglé sur le lit chuchota quelque chose et Mason se pencha vers lui pour mieux entendre mais pas trop, restant à une distance soigneuse de ses dents.
« Quoi donc ? La douleur ? Ah, oui je sais...Je vous ai injecté juste de quoi la diminuer un peu, pour ne pas que votre cœur lâche. Le docteur Lecter est du genre plus soigneux que moi, mmh ? Il vous a amputé bien proprement, sans douleur. Il parait que ça rend la viande meilleure...Malheureusement pour vous, je ne compte pas cuisiner l'autre jambe. De toute façon, je suis occupé. J'ai une patiente, vous voyez ? Alors soyez bien silencieux, sinon je vous couperai la langue également. Cordeeeeell ? »
« Oui, patron ? »
« Donnez un chocolat au docteur Gideon. Avec des gants adéquats, il mord. »
Pendant que l'infirmier s'occupait du médecin, le chirurgien retourna auprès de Georgia. Il prit un siège pour être à son aise et retrouva la pince qu'il avait laissée toute proche, l'agitant sous le nez de la jeune femme qui le regardait avec un mélange de peur et de confusion.
« Connaissez-vous cet outil, ma chère ? »
« Non. Cet homme, est-il un démon ? Et vous ? »
« Oui, on peut dire que le docteur Gideon est une sorte de démon. Mais moi non, bien entendu. Je suis votre ami, avez-vous oublié ? »
« Prouvez-le. »
« Je connais votre ami. Celui qui vous croit. Celui qui peut sauver votre âme. C'est également mon ami alors vous voyez, vous êtes entre de bonnes mains. »
« Oui...Mais Will ne vous aime pas. »
« Ce sont des choses qui arrivent. Georgia, l'outil que je tiens s'appelle un davier. Il sert à arracher les dents. Et c'est ce que je vais faire, vous arracher une dent. C'est d'accord ? »
La jeune femme le regarda avec curiosité, pas vraiment consciente de ce qui était en train de se passer.
« Pourquoi ? »
« Parce que je dois vérifier où vous en êtes, à quel degré vous êtes encore vivante. Les morts, les vrais, ne ressentent pas la douleur. Je vous ai coupé un petit peu, tout à l'heure et vous n'avez rien senti, mmh ? »
« Rien du tout. Je suis presque partie, vraiment. »
« Bien. Alors ce sera pareil. »
Il sourit, mettant en place un dispositif qui l'empêcherait de refermer sa mâchoire. Il choisit une dent du fond, parmi les plus grandes et l'arracha d'un coup sec, notant une crispation chez sa victime mais pas de plainte ni de gémissement.
«Douloureux ? »
Il entendit un « non » relativement reconnaissable, bien qu'elle ne pouvait articuler clairement vu la situation.
« Alors continuons. »
A la seconde dent, elle se contracta violemment, les yeux grands ouverts et une impression de surprise sur le visage. Il lui demanda à nouveau si c'était douloureux, et elle sembla avoir une sorte de combat intérieur avant d'émettre « non ». A la troisième dent elle trembla de tout son corps et les larmes coulèrent le long des joues. Il la fit cracher une partie du sang pour ne pas qu'elle ait des difficultés à respirer et lui reposa la question, souriant. Elle dit à nouveau « non », refusant d'admettre qu'elle souffrait parce que l'information dérangeait sa réalité personnelle, et elle était tellement perdue déjà qu'elle ne pouvait pas se le permettre. Elle ne pouvait pas tout remettre en question.
« Non hein ? Très bien. Dans ce cas, puisque ce n'est pas douloureux et qu'une fille morte n'a pas besoin de ses dents, je vais toutes les arracher. »
Elle se tendit sur le siège et tenta de refermer la bouche mais ça lui fut impossible et Mason lui arracha une quatrième dent. Il en avait pris une dans les quatre coins donc, ce qui serait moins inesthétique que s'il en avait pris quatre sur une même rangée, mais aussi et surtout parce que les racines étaient épaisses pour ces dents-là et que leur arrachage était plus difficile.
« Douloureux ? »
« Oui ! »
« Et bien voilà. Pas si difficile, mmh ? »
Il récupéra une larme pour son thé puis lui enleva l'appareil qui l'empêchait de fermer la bouche et la fit cracher le sang à nouveau. Il avait vérifié auparavant qu'il ne devait rien recoudre.
« Georgia...Georgia, Georgia. Sais-tu ce que ça signifie ? Ça veut dire que tu n'es pas tout à fait morte, chérie. Tu es...une semi-morte. Une morte en sursis, une morte qui marche. Dieu a horreur des zombies. Si tu tiens à ton âme, il existe juste une solution, et tu le sais. »
« Je...je ne comprends pas. »
« Je crois que si. Tu es une fille intelligente, mmh ? »
« Je pensais qu'il suffirait d'attendre. Que j'étais presque partie... »
« Oh non. C'est une malédiction...tu pourrais rester dans cet état, ni morte ni vivante une éternité. La seule personne qui peut y mettre un terme, c'est toi. Avec un peu d'aide de ma part si tu le souhaites. »
« Vous m'aiderez ? »
« Avec grand plaisir. Je suis de ton côté.»
« Vous m'avez fait mal... »
« Ah, ah, ah. Quel manque de reconnaissance. Je t'ai fait prendre conscience de la vérité. Il faut détruire ce corps maudit et le purifier. Mais pas tout de suite. Notre ami commun t'avait confié une mission avec le démon, et tu as réussi. Il en reste une à accomplir, avant le grand final. »
« Je vous écoute. »
Hannibal lui avait tout expliqué à propos de sa position d'ami particulier avec Georgia et lui avait suggéré un petit jeu des plus intéressants.
« Il reste un démon à éliminer. Abigail. »
« C'est mon amie... »
« Oh non Georgia, c'est tout sauf ton amie. Elle retournera Will contre toi, tu verras »
« Vous êtes sûr qu'elle est un démon ? Mon ami pourrait me le dire...»
« Je suis sûr. Notre ami n'aime pas être dérangé pour rien. Tu feras ce qu'il faut ? »
« Oui. »
« Bien. Finalement, on va peut-être éviter le chocolat pour toi. »
Il la garda en observation plusieurs heures (pendant lesquelles il resta dans la salle d'opération de droite, d'où s'élevèrent de nouveaux cris) ou plutôt l'oublia sur son siège, car il ne lui donna pas de glace et surveilla tout juste qu'elle ne saignait pas trop avant de la renvoyer en cellule une fois le soir venu. Elle était consciente mais toujours sous le choc, et Cordell dut la porter jusqu'à son lit où elle s'écroula, se recroquevillant dans un coin. Elle ne se rendit pas compte du retour de Will en cellule, ni des gestes d'Abigail pour indiquer son état. Par contre, elle reconnut parfaitement la voix de son ami. Elle aurait aimé lui poser des questions, mais il posa un doigt sur ses lèvres.
« Ouvrez la bouche mais ne parlez pas. »
Il sembla inspecter ce qu'avais fait Mason et elle le laissa faire. Il alla lui chercher de la glace enveloppée dans un linge et elle l'appliqua sur ses joues, toujours dans un état second. Quand il lui ordonna de dormir un peu plus tard, elle se rendit compte qu'elle était épuisée et sombra dans le sommeil presque immédiatement.
Will observait tous les gestes d'Hannibal et trouva qu'il se montrait très doux avec la jeune femme, mais la douceur était souvent factice avec lui et il se souvenait bien qu'il l'avait déclarée déjà perdue. Il vérifiait son état parce que c'était ce qu'un médecin normal aurait fait, rien de plus.
« Pourquoi est-ce que Mason lui a arraché des dents ? C'est affreux... »
Abigail semblait secouée et Will la prit dans ses bras pendant que le psychiatre répondait qu'il n'en savait rien, que c'était probablement juste pour s'amuser. La jeune fille lui attrapa le bras à travers les barreaux quand il passa à sa portée, le regardant dans les yeux et le suppliant pour qu'il les protège du chirurgien, elle et Will.
« Avant certains actes chirurgicaux l'avis du psychiatre est souvent demandé. Je ne donnerai pas mon autorisation pour quoi que ce soit qui vous ferait du tort, évidemment. »
« Il ne demandera pas la permission pour nous faire quelque chose ! »
« Je lui parlerai. Il ne t'arrivera rien de mal, Abigail. »
Elle hocha la tête mais se détourna de lui, se blottissant contre le large torse de Will qui passa sa main dans ses cheveux.
« Merci pour Georgia et bonne nuit, docteur Lecter. »
« Bonne nuit Will. Abigail. »
Lorsque le psychiatre fut parti depuis un temps suffisamment long, Will entraina Abigail au lit, rabattit la couverture sur eux et passa une main réconfortante dans son dos. Il hésitait à lui parler car s'il la confrontait à la réalité, il risquait de la perdre comme allié et amie si elle prenait le parti de Lecter, et il risquait de la mettre en danger si elle prenait le sien. Mais s'il ne lui disait absolument rien, elle tomberait peu à peu sous l'emprise du psychiatre et elle ne se rendrait plus compte du danger qu'il représentait.
« Abigail...tu as confiance en moi ? »
Elle releva les yeux vers lui, caressant sa joue.
« Bien sûr, oui. »
« Et tu as confiance en le docteur Lecter ? »
« Mmh mmh. Il nous aidera. »
« Je ne le pense pas. Abigail...je sais qui est l'Empaleur. Et je sais qui a tué ton amie, Marissa. Il s'agit de la même personne. La même...personne...qui a prévenu ton père que quelqu'un allait venir pour l'arrêter. »
« Non, il n'est pas... »
« Comme ça ? Je sais que tu l'aimes beaucoup et je peux le comprendre. Il te fait penser à ton père, n'est-ce pas ? Pourquoi, à ton avis ? »
« Parce qu'il veut me protéger. »
« Parce qu'il te dit qu'il te protègera. Parce que c'est un tueur, comme ton père. Qui oserait s'en prendre à lui ? Et même si quelqu'un osait, quelle chance aurait cette personne face à lui ? Aucune. Hannibal...est infiniment pire que ton père. Les victimes de l'Empaleur et Marissa ne sont pas ses seules victimes. Il fait ça depuis bien plus longtemps... »
« Non, ça n'a aucun sens. S'il avait tué Marissa, pourquoi est-ce qu'il aurait tout fait pour me faire transférer ici ? Pourquoi il n'a pas laissé la justice se charger de moi ? J'aurais sûrement été condamnée... »
« Parce que cette option n'était pas divertissante pour lui. Il préfère te savoir ici. Ici, il peut jouer avec toi comme il le fait avec moi. Abigail, ton père aimait ses victimes...Il les tuait rapidement et les honorait. Il ressentait une forme de culpabilité. Hannibal ne ressent rien, ses victimes sont comme des animaux pour lui. Et...il les mange, lui aussi. »
Il lui sembla qu'elle allait pleurer mais elle battit juste rapidement des cils et murmura presque sa question.
« Comment peux-tu être sûr de ça ? »
Il inspira profondément puis avoua.
« Parce qu'il les partage parfois avec moi. Et je les accepte parce que ça lui plaît. Ca me rend proche de lui, et plus je suis proche de lui, moins je suis en danger. Et il en est de même pour toi. »
« Alors...on rentre dans son jeu ? Et après ? »
« On prie pour que ça ne se retourne pas contre nous. »
« Je ne crois plus en Dieu depuis un moment. »
« Je pense que je n'y ai jamais vraiment cru. C'était façon de parler. Mais quoi qu'il arrive, on veille l'un sur l'autre. » Il ajouta, un ton plus bas : « Et autant que possible sur Randall et Peter. »
Elle hocha la tête et l'embrassa sur sa joue à présent toute lisse.
« Qu'est-ce qu'il attend de moi au juste ? »
« L'acceptation ? Il sait déjà que tu as perçu sa nature, et que tu fais comme si tu ne savais rien parce que c'est...plus facile comme ça. Peut-être qu'il te confrontera plus directement à ce qu'il est. Réagis normalement s'il le fait. Je veux dire...reste sincère. Si tu es horrifiée, ne le dissimule pas. Simplement, ne le rejette pas. Montre lui toujours la même...affection. »
Elle acquiesça à nouveau, songeant que ce ne serait pas tellement difficile parce que l'affection était déjà présente et ce, même s'il avait tué son amie. La mort de Marissa l'avait atteinte, mais pas en profondeur. Elle était habituée à perdre des amies (ou des filles qui auraient pu être ses amies) à cause de son père, et la situation était assez semblable. Elle ne lui en voulait que pour l'avoir conduite ici. C'était de la trahison pure et simple, et elle ne savait vraiment pas si elle lui rendrait la pareille si l'occasion se présentait.
« Will...pourquoi est-ce qu'il veut ça ? Mon acceptation. Ma...loyauté.»
« Parce qu'il sait que je tiens à toi. Je pense qu'il pourrait essayer de se servir de toi contre moi pour me punir si jamais je faisais quelque chose qu'il considèrerait comme déplaisant. Mais il n'y a pas que ça...Je pense qu'il a une vraie affection pour toi. »
« Pourquoi ? »
« Je ne sais pas. »
« Mmh. Est-ce que tu penses que... »
Elle lui caressa doucement le bras tout en réfléchissant à la formulation de sa question.
«Qu'il fait tout le temps semblant de ressentir quelque chose ? Je pense qu'il est sincère par moments...»
« Je pense qu'il fonctionne différemment avec les personnes qu'il apprécie. Avec nous. Quand il se montre plus...doux, il est vraiment sincère. Mais les gestes affectueux n'ont pas la même intensité et parfois pas le même sens pour lui que pour quelqu'un de...normal, même si je n'aime pas beaucoup ce mot. Les sentiments qu'il éprouve ne sont pas assez importants pour lui, ou pas assez profonds pour qu'ils l'empêchent de faire ce qu'il trouve juste, de circonstance ou ce dont il a envie. »
« Je comprends. C'était la même chose pour mon père...Il m'aimait sincèrement, mais ça ne l'a pas empêché de m'égorger. »
« C'est ça. Tant que tu n'oublieras pas ça au contact d'Hannibal, ça ira. »
« Je ne risque pas d'oublier ce genre de choses. Will ? »
« Mmh ? »
« Je t'aime vraiment beaucoup. Et c'est sincère. »
Il sourit et l'embrassa sur le sommet de la tête, la serrant contre lui ensuite.
« Moi aussi. J'ai souvent été très seul...Je...ne suis pas doué pour exprimer ce genre de choses mais hum...Même si les circonstances sont vraiment moches, et que j'aurais préféré que tu ne te retrouves pas ici...Je suis heureux d'avoir une petite sœur. »
Elle lui déposa un gros baiser sur la joue et passa ses doigts dans ses cheveux raccourcis, désordonnant un peu ses ondulations. Ils dormirent l'un contre l'autre, enlacés.
La journée qui suivit fut très calme en matinée, et Will constata avec soulagement que Randall était toujours aussi amical avec lui et également avec Abigail. Il était étonnamment doux avec elle et tous les trois, ils discutèrent longuement de littérature. Will avait vécu coupé de la société pendant de longues années et il ressentait cruellement son manque de culture générale à propos de certaines choses (en particulier avec Hannibal qui semblait être une référence dans tous les domaines possibles et imaginables), mais il avait de bonnes références niveau lecture grâce à sa grand-mère qui avait une bibliothèque fournie. Il avait gardé tous ses livres à sa mort, et avait occupé de longues heures de solitude le nez fourré dans un bouquin.
Ils n'avaient pas droit aux livres dans les cellules (ni dans la salle commune d'ailleurs), mais les histoires qu'ils avaient lues étaient toujours présentes dans leurs esprits. Ils discutèrent longuement des livres qu'ils avaient lu tous les quatre (car Peter s'était joint timidement à la conversation), puis racontèrent aux autres les histoires qu'ils ne connaissaient pas pour passer le temps. Will avait tenté d'inclure Georgia dans leur petit groupe à plusieurs reprises, mais elle avait décliné, l'air absente. Il avait aussi remarqué qu'elle regardait beaucoup Abigail et n'aimait pas beaucoup ça. Il supposait qu'elle était peut-être un peu jalouse qu'ils aient dormi ensemble et espérait que ça lui passerait, ou tout simplement qu'elle était encore sous le choc du traitement de Mason et qu'elle désirait juste être tranquille.
En-dehors de Georgia, il trouvait leur petit groupe uni et plaisant à regarder. Abigail était comme une sœur et Peter était quelqu'un de vraiment gentil et agréable à vivre, et Randall...Randall était fascinant. Will avait du mal à ne pas le regarder fixement alors qu'il se montrait courtois, aimable et plein d'esprit et si parfaitement normal avec Abigail qu'un observateur extérieur se serait demandé ce qu'un jeune homme comme lui faisait dans une telle institution. Avant de voir ses dents, bien sûr. Au début de la conversation, Will s'était senti tendu et nerveux de voir son visage aussi proche de celui d'Abigail, mais il s'était relâché par la suite. Randall avait une façon particulière de regarder les personnes dont il avait envie de mettre les tripes à l'air, et il ne regardait jamais la jeune fille de cette façon-là. Si Randall ne lui avait pas souri de la même exacte façon qu'à lui, il se serait même demandé s'il n'avait pas une attirance pour elle, mais il se faisait sûrement des idées.
L'après-midi fut nettement moins calme, car des ouvriers transportèrent du matériel et commencèrent des travaux juste devant leurs cellules. Les grandes fenêtres furent supprimées à l'exception de quelques-unes situées plus loin dans le couloir, ils ne recevaient donc plus que de la lumière diffuse, lui et les autres. La lumière l'empêchait souvent de dormir et il n'en fut pas mécontent, surtout que les fenêtres ne donnaient que sur une cour sans intérêt. Son cœur se serra quand, une fois les fenêtres enlevées, l'air frais de l'extérieur entra dans le couloir. Il faisait bon et la petite brise était agréable, mais ça lui donnait l'envie d'aller se promener dehors. Si Mason Verger le lui avait proposé, il aurait peut-être sacrifié un de ses doigts pour pouvoir s'allonger dans l'herbe.
La présence des ouvriers ne le gênait pas et il essaya de leur parler, mais ils avaient reçu l'ordre de ne pas adresser un mot aux détenus par sécurité. Il les regarda donc aller et venir, écoutant leurs conversations comme les autres car il n'avait rien de mieux à faire. Ils refermèrent le mur très rapidement car ils étaient nombreux, plus que sur un chantier classique, car il n'était pas question de laisser un mur ouvert dans ce genre d'établissement. Et Chilton les payait assez cher.
Le soir venu, il n'y avait donc plus le moindre courant d'air mais les travaux n'étaient pas terminés. Une partie du matériel trop lourd pour être emporté resta sur place, et le lendemain, le lundi, les travaux reprirent. Un infirmier antipathique du nom de Richard vint chercher tout le petit groupe pour la douche, mais Will protesta en lui rappelant qu'il avait eu droit à un bain chez le docteur Lecter et qu'Abigail avait le même privilège. L'imbécile ne voulut rien entendre, et si Will n'était pas ravi il relativisa parce qu'il savait que Randall, Georgia et Peter se sentiraient mieux s'il était avec eux. Mais il était terriblement mécontent à propos d'Abigail parce que les douches étaient un endroit vraiment traumatisant pour elle. Il négocia avec l'infirmière qui accompagnait Richard de la laisser en cellule, et celle-ci finit par faire changer d'avis son collègue. Il lui fit un sourire étincelant qui la fit rougir et la remercia en utilisant son prénom (Charlotte) qu'il connaissait parce que c'était une amie d'Alana.
Abigail resta donc seule et Will évita autant que possible de regarder Georgia lorsqu'elle se dénuda non loin de lui dans les vestiaires. Il y avait un côté prévu pour les hommes et un pour les femmes, mais les détenus se promenaient à leur guise à cause du manque de personnel (comme dans la grande salle) et les aides-soignants avaient depuis longtemps renoncé à leur faire suivre les règles. Ils s'agglutinèrent dans un coin comme la fois précédente, et Will s'isola avec son petit groupe, du moins autant que possible. Il haussa les sourcils quand Georgia lui demanda de venir avec lui (elle articulait encore avec difficulté), seul, se demandant ce qu'elle voulait mais il accepta et demanda à Randall de veiller sur Peter qui n'aimait pas les endroits plein de monde.
Will eut du mal à trouver un coin tranquille mais le recoin d'une douche au carrelage ébréché finit par lui convenir. Georgia le regarda longuement de ses jolis yeux marrons puis elle les baissa, bien plus bas que ce qu'il aurait lui-même osé vis-à-vis d'elle.
« Hem... »
Elle sourit malgré la douleur qu'elle devait épprouver au niveau de ses dents absentes, l'air absolument pas repentante de son coup d'œil indiscret puis elle avança jusqu'à ce qu'il ait le dos plaqué contre le fond de la douche et l'embrassa sur les lèvres. Il n'essaya pas de la repousser cette fois lorsqu'elle remonta sa main entre ses cuisses jusqu'à son sexe. Il en fit de même pour elle, un peu maladroitement, à la fois excité et stressé par la situation parce que n'importe qui pouvait les voir. Un autre couple à la recherche d'un coin d'intimité leur jeta un coup d'oeil furtif d'ailleurs, avant de chercher un endroit isolé un peu plus loin. Il ouvrit la bouche pour essayer de la dissuader mais elle l'embrassa une seconde fois(juste sur les lèvres à nouveau, un vrai baiser n'étant pas possible) et après quelques préliminaires rapides elle guida son sexe en elle. Il n'avait jamais été excité aussi rapidement, mais ça faisait des années qu'il n'avait plus partagé ce genre de moment intime avec quelqu'un et il lui semblait que toutes ses terminaisons nerveuses vibraient de plaisir à la moindre caresse. Il essaya autant que possible de rester silencieux tout en allant et venant rapidement en elle, mais il ne put retenir un long gémissement quand il sentit son sexe humide se contracter fortement autour du sien. Il la sentit se raidir entre ses bras alors qu'il atteignait également l'orgasme, ne pensant pas à se retirer pour tenter d'éviter une grossesse indésirable. L'idée ne lui vint même pas à l'esprit et d'ailleurs, pendant quelques minutes, une brume rouge envahit celui-ci en écartant toutes ses pensées. Il redescendit sur terre quand elle lui demanda, l'air extrêmement vulnérable.
« Est-ce que j'ai l'air un peu plus en vie ? »
Il se retira en douceur et l'amena sous la pomme de douche la plus proche où ils se lavèrent, la sueur et le sperme disparaissant dans l'évacuation de douche la plus proche.
« Pas juste un peu. Regarde-moi... »
Il prit son visage en coupe et la regardant intensément dans les yeux. A ce moment, il la trouva extrêmement jolie malgré ses joues gonflées et bleuies.
« Je te regarde. Et je te reconnais. Tu es vraiment très beau, Will Graham. »
Il rit, la serrant contre lui.
« Toi aussi, tu es belle. Et en vie. Parfaitement en vie. »
« Pas totalement. »
« Je peux entendre les battements de ton cœur. »
« Peut-être... »
« Je te le jure. Tu vas vivre. Et il n'y aura plus de démons. »
« J'espère. »
Il n'était pas naïf, il savait que ce n'était pas un instant qui allait faire disparaitre la maladie mentale de Georgia, mais il avait l'espoir qu'elle pourrait s'atténuer ou se stabiliser s'il continuait à se montrer affectueux avec elle. Avec beaucoup de patience et du temps, il pourrait peut-être la sauver, peu importe ce qu'en disait Lecter. Ils rejoignirent Randall et Peter, et si le moustachu ne sembla pas remarquer quoi que ce soit, Will vit au sourire de Randall qu'il savait exactement ce que lui et Georgia étaient allé faire. Il demanda à son tour d'être seul un instant avec lui et Will abandonna Georgia à contrecœur même si cette dernière ne semblait pas avoir peur.
Lui et Randall allèrent juste assez loin pour que la blonde ne puisse pas les entendre, ce qui avec le bruit des douches et des autres détenus n'était pas compliqué.
« Je suis content pour toi, Will, mais reste sur tes gardes. Elle est influençable. Son comportement peut changer sur peu de temps, et elle ne sait pas toujours qui elle a en face d'elle. Elle te voit tous les jours et je pense qu'elle peut reconnaitre ta voix, donc je pense que tu es celui qui risque le moins en étant proche d'elle mais...Elle regardait Abigail trop fixement. Comme une cible. »
« Je sais, j'ai remarqué. Je serai prudent. Merci du conseil, Randall. »
Il leva la main et lui caressa la joue, ravi quand il ferma les yeux et tourna son visage de façon à mieux apprécier le contact. Il avait l'impression d'être privilégié, comme un homme ayant l'occasion de caresser un loup ou un grand fauve et commençait à éprouver une vraie affection pour le tueur même s'il gardait à l'esprit le sort funeste de ses victimes. Seulement, et c'était humain, les victimes étaient loin et Randall était proche.
Blabla :
Je suis à la moitié du bouquin Dragon Rouge, c'est génial comme le contenu est bien utilisé dans la série (même si ça aurait pu être plus long sur l'enfance de Dolarhyde), il y a des dialogues qui sont réutilisés par d'autres personnages mais ça garde tout son sens, bref, c'est bien cool.
J'ai hésité pour le titre du chapitre mais Folie à deux résume bien ce qui vient de se passer entre Will et Georgia. J'avoue que les scènes de sexe hétéro c'est pas forcément ma tasse de thé et ce couple n'est pas mon favori non plus, mais bon, ça sert l'histoire. J'espère que ça passe x). N'ayez pas peur, ce sera bien du Hannigram même si ça prend son temps.
Réponses aux reviews :
Vianaha : Alors pour le miroir je n'y avais pas pensé/j'avais pas prévu ça mais c'est tellement logique que je vais l'inclure je pense, merci ! C'est sûr que jouer avec Hannibal, c'est comme jouer avec le feu...Mais bon, il n'a pas tellement d'options pour le moment. Et oui, la pauv'Georgia...
Artemis : Bon, ba finalement je lis Dragon Rouge avant de le voir. Mais ton avis-pas-objectif me donne envie x). Ehé, on peut dire qu'il y a de la tension entre eux oui, et c'est pas fini...
Désolé pour Mason, je ne l'aime pas non plus mais j'en ai encore besoin. C'est pire que la glue sur le dos de Freddy Lounds/Chilton ce type, impossible de s'en défaire XD.
Vevarda : Merci beaucoup, comme promis, voilà le chapitre (oui bon, 23h30 ce n'est pas tellement la soirée mais hum) ! J'essaie de tenir le rythme !
