Aujourd'hui, Elyn était partie tôt ce matin pour aller se promener dans Volterra avant que la grande procession ne commence à attirer beaucoup de personnes. Avant qu'elle ne quitte la demeure, je lui avais donné ma cape rouge, c'était celle de Didyme. Elyn m'avait regardé avec gratitude. Ses yeux pétillaient de gaité et de malice. Cela me rendait tellement heureux... Je lui mis la cape sur ses petites épaules. Et j'avais fait un pas en arrière pour la contempler... On aurait dit le petit chaperon rouge. Elle était si belle. Je n'avais pas pu résister à goûter une nouvelle fois à ses lèvres.

J'étais dans la salle d'audience. Assis autour d'une table avec mes frères. Nous étions en train de lire des ouvrages anciens. Ils dataient de la Renaissance. Pour ma part, je lisais des lais de Marie de France. Elle était l'une des premières poétesses à écrire en français. Elle appartenait à cette génération qui mettait en avant l'amour courtois. Ses poèmes étaient très émouvants. Très beau. C'est pour cela que j'aimais les relire. Aro était plongé dans un écrit de Rabelais. Et Caïus... Et bien... Caïus feuilletait les pages d'un livre sans pour autant prendre connaissance de ce qu'il y avait écrit à l'intérieur... Je soupirais.

Il ne s'intéressait à rien. A part pour rendre un jugement - le plus souvent une condamnation à mort - dans les pires souffrances - il était toujours accompagné par Jane, elle était folle de joie, rien que pour utiliser son pouvoir sur un hors-la-loi ou alors quand c'était l'heure du repas. Bien sûr le repas... Était très... Festif. Surtout dans ses appartements. Oui... Il ne prenait plus la peine de descendre avec nous. Il préférait manger en tête-à-tête avec ses victimes.

Je vis notre traqueur venir vers nous. Aro leva légèrement la tête. Sans pour autant détourner son regard du manuscrit mais il était attentif à ce que Démétri allait nous dire. Démétri nous prévient qu'elle s'était arrêtée dans une rue marchande. Petite et connu de tous, habitants comme touristes. Cependant à cette heure-ci, il ne devais pas avoir grand monde. Toutefois elle n'avait jamais été jusque là. Ou plutôt, elle ne s'était jamais arrêtée durant son trajet. C'était, certes, sur le chemin du parc mais jamais encore elle ne s'était arrêtée pour regarder les vitrines. J'interrogeais Aro du regard, lui qui gardait constamment son sourire bienveillant. Il devait savoir ce qu'Elyn faisait. Oui... Je me souviens...

"Je pense que cela lui ferait très plaisir, ma sublime Elyn."

Sur cette phrase, j'avais réagi contre mon frère. En lui grognant dessus. Je lui avais fait comprendre qu'il ne fallait pas qu'il utilise les adjectifs qu'il employait pour Jane ou pour Bella ou Alice... Elyn était à moi. Elle m'appartenait. Son cœur chantait pour moi. Son sang chantait pour moi. Elle était mia cantante!

Elyn devait se douter que c'était mon jour de fête... Préparait-elle quelque chose pour moi? Un cadeau? Je soupirais, à moitié amusé par ce que je pensais. Elyn était une femme extraordinaire. Malgré son handicap, elle réussissait à toujours aller de l'avant. Et surtout à me faire plaisir...

"_ Non mais je rêve! Il recommence à ronronner! S'énerva Caïus.

_ Allons, mon frère... Laisse-le tranquille, fit Aro, amusé."

J'avais hâte de la retrouver. J'avais envie de la prendre dans mes bras. De l'embrasser. De la soulever dans les airs... Lire ne m'intéressait plus. J'avais envie de la retrouver. Je reposais le livre sur la table. Je me levais d'un bond et me précipitais vers mes appartements. L'attendre m'était insupportable. J'entendis le doux rire cristallin de mon frère. Il savait ce que je voulais faire. Je pouvais facilement la retrouver grâce à son odeur. Je n'avais pas besoin de Démétri pour savoir où elle était. Je pris une cape rouge et la mis d'un geste ample et gracieux sur mes épaules. Je courais presque quand je passais dans la salle des trônes. Aro était amusé de me voir ainsi. Il se rapprocha de moi et m'enlaça brusquement. Il me serrait vraiment fort mais quelque chose dans ce geste était doux. Rassurant. Fraternel.

"_ Jamais je ne romprais ton bonheur avec Elyn, murmura-t-il, tendrement. Je la veux auprès de toi. Elle te complète. Et tu la complètes."

Je reculais un peu pour pouvoir le regarder. Ses yeux montrèrent qu'il était sincère dans ses paroles. Il avait abandonné son masque de dirigeant, de perfide manipulateur pour me le dire. Sa voix était sincère et non pas animée d'une arrière pensée. Non. Il m'avouait qu'il voulait mon bonheur avec Elyn. Mais j'aurais voulu que Caïus ait un peu plus de considération envers mon âme-sœur. Aro effleura le dos de ma main. Il y eu une ombre sur son visage.

Cela ne lui allait pas... La lumière lui convenait plus. Le sourire... La jovialité... Aro était comme un adolescent. S'émerveillant pour tout et pour rien. Même les choses les plus graves, les plus sérieuses étaient pour lui un moyen de s'extasier. Cela avait le don d'énerver Caïus. Mais pour moi, je l'appréciais ainsi. Je l'avais toujours connu de la sorte.

Aro me lança un regard qui se voulait rassurant. Il inclina un peu son visage. Il réfléchissait apparemment. Je posais ma main sur l'épaule de mon frère et lui fis une petite pression.

"_ Je te remercie. Pour tout."

Je lui souriais. Rassuré qu'il m'ait pardonné à cause de ce que je lui avais dit il y a quelques jours. Je me détournais de lui et commença à aller vers la porte à double battant. Si j'avais été humain, mon cœur aurait été si léger... Comme une plume.

"_ Fais attention à toi, Marcus. Je n'aimerais pas apprendre que tu as fait un écart..., fit Caïus.

_ Cela ne risque pas d'arriver! Répliquais-je, de mauvaise foi."

La porte se referma sur moi. Caïus et son insensibilité... Pff... Ne pouvait-il pas être heureux pour ce qu'il m'arrivait? Non. C'était bien trop compliqué pour lui. Après tout... Dans sa vie humaine, Caïus avait été un gamin pourri gâté. Elevé dans la luxure, il n'avait pas connu la peine de perdre un être cher. Etant fils de nobles citoyens de Rome, il avait eu tout ce qu'il voulait, tout ce qu'il souhaitait. Et rien qu'en plaquant des doigts, toutes les femmes s'agenouillaient devant lui. Il ne méritait pas que je pense à lui. Je quittais le couloir pour l'ascenseur. Puis je traversais d'autres couloirs pour arriver vers la porte qui donnait sur la place. J'ouvris la porte.

Le ciel était si bleu... Et il faisait si chaud... Mais ce n'était pas la même chaleur qu'avait Elyn... Je humais l'air, captant le parfum délicat de mon âme-sœur. Et avant de la suivre pour la retrouver, je mis mon capuchon. La place commençait à être remplie. Je devais me dépêcher pour ne pas interrompre la procession. Tout en marchant, je me mis à imaginer la tête qu'elle fera quand elle me verra. Je laissais paraitre un sourire, amusé, par cette pensée. J'avais hâte de me retrouver seul avec Elyn. Et puis... Pour la première fois, nous allons nous promener ensemble dans Volterra. Il fallait que j'en profite un peu...

Je m'arrêtais devant une librairie. Sentant qu'Elyn n'était pas sortie, je pénétrais dans le petit commerce. Je ravalais un ricanement. Elle avait cerné ma personnalité... Je la voyais en train d'errer dans les rayons... Elle ne savait pas lire. Et je sentais qu'elle angoissait. Elle voulait prendre un livre qui me correspondait. Mais peu importait... C'est l'intention qui comptait.

Elyn fut attirée par un autre rayon, plus ancien... Elle se dirigeait lentement. Elle leva les yeux sur une rangée d'ouvrages. Sa main essaya de prendre un des bouquins. J'allais l'aider lorsqu'un jeune homme au fumet médiocre se rapprocha d'elle pour saisir l'objet tant convoité de mon âme-sœur. Il était châtain clair, les yeux marron, un peu mate mais pas de charme particulier. Je grognais. Silencieusement. Je ne pouvais le détacher de mon regard. Un geste de déplacé et je me jetais dessus pour laver cet affront ignoble sur mon aimée... Il lui donnait le livre et se pencha un peu pour murmurer quelque chose à l'oreille d'Elyn. Je ne vis pas la réaction de ma compagne. Cependant, je sentis qu'elle s'était raidit. Etrangement. Elle dégageait une odeur d'incompréhension et de crainte. Cette peur, elle était réelle. Elle était plus que palpable dans l'air.

J'avais un mauvais pressentiment. Il avait une aura malveillante autour de lui. Je vis le lien qui les liait. Elyn ne le connaissait pas mais lui, oui. Je sifflais de rage... Si c'était un de ses ravisseurs...

Mes muscles se durcirent. Mes mains se refermèrent sur le tissu de ma toge. Je devais avoir un œil sur lui. Cet inconnu éclata de rire. Faussement je dois le dire. J'avais raison de me méfier de lui. Puis il repartit comme il est venu. J'attendis qu'il sortit de la librairie pour me rapprocher de mon aimée. Je perçus qu'Elyn n'était plus la même. Elle semblait plus... Stressé. Je devais la ramener au plus vite dans notre demeure.

Je me dirigeais vers elle et posais ma main sur son épaule. Elle sursauta. Son cœur s'emballa. J'ai cru qu'elle allait faire un arrêt cardiaque. Je fus, moi-même, pris de panique devant sa réaction. Elle virevolta brusquement mais lorsqu'elle me reconnut, elle se jeta sur moi, soulagé de me voir. Ses bras étaient entourés autour de mon torse. Je sentais qu'elle tremblait... Je la serrais contre moi. Je me devais de la réconforter. De veiller sur elle...

"_ Tout va bien, Elyn..., murmurais-je en lui déposant un baiser sur son front. Nous allons rentrer à la maison. Tu seras en sécurité."

C'était mon devoir!