Auteurs : Brisby & Anya
Disclaimer : Malgré tout ce qu'ils ont pu vivre avec nous, ils refusent obstinément de nous appartenir, allez savoir pourquoi !
Base: Gundam Wing
Rating: Vous aimez les ptites tenues ? Les combats (un peu) sanglants ? Vous voulez savoir à quoi ressemble le 'commerce' de Réléna ? … C'est pour vous ! ;p
Genre : UA (monde plus ou moins médiéval), Angst, yaoï, aventure, vampires.
Couples : 3+4 et 4+3 pour le moment. Le 1+2 vient… Si vous lisez entre les lignes :p
Once upon a bloody time…
Chapitre 11: Un joyeux bordel
Duo ouvrit lentement les yeux.
Bon sang…
Il ne savait pas où il était, mais en tout cas, il faisait rudement sombre. Et pourtant… Pourtant… Il ne réussissait pas trop mal à discerner les choses autour de lui. Par exemple, cette espèce de grande colonne de pierre à moitié recouverte par du lierre à une trentaine de mètres de lui. Ou encore… Ce grand trou dans le plafond à dix mètres au-dessus de sa tête.
Marrant l'endroit… Une espèce de grosse ruine en pierre envahie par la végétation. Sûrement une ruine classe même, un petit château ou un truc comme ça, vu la façon dont la pierre était travaillée.
Ouais… Sympa l'endroit… Mais un peu flippant à visiter quand même. C'était typiquement le genre de squat qu'appréciaient les vam…
Oh la vache !!
Il arrivait même à voir la petite souris qui trottait à l'autre bout de la salle et…
Hein ?
Comment il avait fait pour la repérer d'aussi loin dans le noir… ?
De très légers bruits de pas résonnèrent. Duo sentit ses yeux se plisser. Il fit un bond d'environ six mètres, s'accrocha à une colonne de pierre avec une facilité déconcertante et se faufila entre les feuilles jusqu'à disparaître parmi elles.
Oula…
OULA … !
Il n'avait pas prévenu Quatre pour ses rêves bizarres.
Il n'avait pas prévenu Quatre et il se trouvait à nouveau pris dans un… Rêve… Ou un souvenir… Bref un truc de Quatre.
Bordel de…
Encore une nuit de foutue… Qu'est-ce qui se passait cette fois-ci ? Pour le moment, pas grand chose… Enfin, à part le fait qu'il se trouvait accroché à une colonne à plusieurs mètres du sol. Et… Et peut-être aussi à part le type qui venait d'entrer dans la pièce… salle… enfin le truc quoi…
Duo se courba un peu plus pour l'observer.
Alors… Le type avait la moitié de la tête recouverte par un espèce de casque, sûrement à vision nocturne. Enfin, ça vaudrait mieux pour lui parce qu'un détecteur de chaleur aurait été pour le moins inutile face à un vampire. Et en général un détecteur de mouvement aussi. Ils vous laissaient rarement le temps de voir qu'ils arrivaient.
Duo se sentit agacé en voyant le type avancer dans la salle précautionneusement. Agacé et… Un peu lassé aussi… Et peut-être légèrement inquiet… Oui mais alors très légèrement, hein.
Le type avançait toujours et il passa de l'autre côté de la colonne, disparaissant du champ de vision de Duo. Celui-ci déplaça doucement sa main, la détachant de la colonne de pierre où ses griffes s'étaient enfoncées. Il se mit à tourner lentement autour de la colonne pour ne jamais perdre l'individu des yeux. Et ce petit manège aurait pu durer encore longtemps si, ayant quasiment fait le tour complet de la colonne, il ne se serait pas retrouvé face à du lierre plus abondant. Les branches avaient poussées tellement serrées sur la pierre qu'il ne pouvait même plus la toucher pour s'y agripper. Duo sentit l'hésitation lui creuser petit à petit le ventre alors que l'homme disparaissait de son angle de vue. Il pouvait bien sûr rester planqué mais… Duo savait d'expérience que les vampires n'aimaient pas être pris au dépourvus. Pouvoir tout observer, toujours, leur donnait une grande satisfaction. Surtout que connaissant Quatre… Il préfèrerait mille fois prévenir que guérir. Ou plutôt prévenir un combat gagné d'avance que d'être obligé de tuer un humain.
Alors que l'homme avait complètement disparu de son champ de vision, Duo s'accrocha au lierre pour continuer à avancer autour de la colonne. Après tout, le lierre semblait épais, il pourrait donc sûrement supporter son poids. Un craquement sec et le bruit de feuilles qui s'arrachaient retentirent dans la pièce.
… Ou pas…
Duo se sentit chuter le long de la colonne en même temps que les branches de lierre arrachées. Il se retourna pour pouvoir atterrir à peu près sur ses pieds. La dalle de pierre s'enfonça légèrement sous son poids lorsqu'il la percuta. Il releva immédiatement la tête vers l'homme à quelques mètres de lui. Celui-ci semblait surpris et il venait à peine de brandir une arme. Duo sentit ses lèvres s'étirer en un sourire. Si le type en question était un bleu, il n'avait pas trop à s'inquiéter quant à comment tout cela allait se finir.
Le bruit d'une détonation suivit d'une seconde résonna longuement dans la salle. Duo fut inquiet pour le vampire pendant un court moment, même celui-ci semblait parfaitement serein. C'était sûr que faire un bond de plusieurs mètres pour aller s'accrocher à une autre colonne et regarder avec un petit sourire les deux balles s'enfoncer dans la dalle de pierre, ça rassurait.
Duo observa l'homme le braquer à nouveau mais il esquiva encore une fois les balles et se rapprocha de lui. Vite, très vite. Comme seuls les vampires en sont capables. L'homme ne sut absolument pas faire face à une telle rapidité et Duo le sentit paniquer tandis qu'il reculait du plus vite qu'il pouvait. Ouais, c'était définitif, ce mec était un bleu. Un vrai pro n'aurait jamais agi comme ça. C'est pourquoi Duo ne fut pas plus étonné que ça par la simplicité avec laquelle il le domina. Il avait même l'impression que parmi tous les sentiments qu'il ressentait… Il semblait bien y avoir un peu d'amusement.
Il frappa l'homme au visage et ce dernier perdit l'équilibre, se retrouvant dos contre le mur, face à lui. L'instant qui suivait, il était désarmé après s'être pris un violent coup de genou dans l'estomac, et la tête nue après qu'il lui ait pratiquement arraché le casque.
Waouh.
Quand Quatre ne voulait pas être dérangé, ça rigolait pas.
L'homme était crispé en deux et haletait, son visage tourné vers le sol. Duo se recula et ramassa l'arme et le casque… Il envoya balader le casque à l'autre bout de la salle et garda le flingue en main. C'est ce moment que choisit l'homme pour relever la tête.
Oula…
OULA… !
… Pour une première rencontre, y'avait mieux.
Duo s'était déjà demandé comment ils s'étaient rencontrés, eh bien il était… surpris. Il ne s'attendait pas au coup de foudre avec les pétales de roses qui flottaient dans l'air mais tout de même pas à ça !
Duo reconnu sans peine les yeux verts et cette espèce de longue mèche brune tombant sur le visage du chasseur de prime. Celui-là même qui l'avait si gentiment accueilli lors de leur première rencontre. Trowa lui, l'observait d'un air mauvais et Duo se sentit légèrement agacé. Quoi, il n'avait pas compris qu'il n'était pas de taille ?
Le brun se redressa en regardant son adversaire avec une lueur que Duo aurait qualifié de meurtrière dans le regard. Bon. Visiblement, Trowa n'avait pas apprécié qu'il l'ait eu aussi facilement. Duo sentit sa bouche s'étirer en un petit sourire, ses lèvres se retroussant sur ses crocs. Ca devait être la façon de Quatre de lui conseiller de déguerpir – après tout, il avait déjà eu à faire à des humains aussi déterminés à lui… pourrir la vie.
… Ok… D'accord il vivait les rêves de Quatre. Mais s'il se mettait carrément à penser ce que le blond ressentait, il allait vraiment avoir une conversation sérieuse avec lui… !
Ou consulter un de ces nouveaux médecins spécialistes dans le cerveau… « Bonjour, j'ai des visions de la vie d'un vampire – passionnante au demeurant - mais qui me privent aussi de sommeil. Vous avez un traitement contre ça ? »
Ah l'imagination. Merveilleux moyen d'oublier les situations inexorables dans lesquelles on s'est fourré… Malheureusement pour Duo, le combat n'était pas fini.
Après un instant de surprise, Trowa s'était jeté sur lui et tentait de lui mettre des coups. Vraisemblablement, il était surtout plus doué au tir qu'aux poings. Ou alors c'était lui qui était vraiment très fort.
… Duo opta pour la seconde option quand il repoussa le brun contre le mur sans plus d'efforts – le mur laissant tomber plusieurs morceaux de pierres sous le choc… Rien de bien anormal quoi…– et lui attrapa la gorge. Trowa se mit à blêmir du manque d'air, pourtant Duo n'avait pas l'impression de chercher à l'étrangler…C'était comme si Quatre ne mesurait pas sa force. Il plongea ses yeux dans ceux de son adversaire et le Duo sentit l'environnement tourner autour de lui.
C'était plutôt étrange. Lui n'en souffrait pas particulièrement mais en face, Trowa perdait pied. Ses yeux semblaient affolés et clignotaient, perdant peu à peu de leurs couleurs pour devenir plus gris. Ses paupières se refermaient parfois, lourdes…
Seconde information sur Quatre : il savait hypnotiser. Et plutôt bien quand il voyait la réaction du brun. OULA. Mais il foutait les jetons le Quatre de ce rêve !
Et alors que Duo s'y attendait le moins, il relâcha brusquement Trowa. Une douleur l'avait prise à l'estomac et il comprit qu'il avait reçu un coup de couteau dans l'estomac. Ses yeux dérivèrent sur son ventre ensanglanté. Ok. Trowa avait tout de même réussit à prouver qu'il n'était pas qu'un bleu : il n'avait pas qu'une arme sur lui.
En même temps, il avait eu beau se dégager de son emprise, il ne faisait pas le poids. Et d'après ce que comprenait Duo, Quatre le savait très bien. C'est d'ailleurs sûrement pour ça qu'il changea de tactique. Duo s'approcha à nouveau de Trowa mais beaucoup plus lentement qu'avant, faisait presque durer le suspense tandis qu'un sourire apparaissait sur ses lèvres.
Le brun plongea une main dans une de ses poches et en sortit alors une croix qu'il tendit vers le vampire. Duo se figea tandis qu'un sentiment bizarre le parcourait. C'était un peu comme si un bloc de glace tombait dans son estomac mais qu'en même temps son sang semblait s'être transformé en acide. Puis… Il eut l'impression d'attendre quelque chose qui ne venait pas. Il fixa la croix sans cligner des yeux et en gardant les dents bien serrées. Il finit par froncer un sourcil lentement. Il se sentit à moitié déçu, à moitié blasé. Il dévia lentement son regard vers Trowa qui reprenait doucement son souffle. Il tendit brusquement la main, attrapa la croix et la brisa, répandant des morceaux d'argent au sol. Trowa fit un pas en arrière en déglutissant difficilement et en tenant fermement son couteau. Le sourire fit à nouveau apparition sur ses lèvres du vampire et un rire retentit enfin. Un bon vieux rire guttural que Duo traduisait par le « à table » vampirique. Bon par contre, en se le décrivant comme ça, la scène perdait beaucoup de son côté impressionnant… Le rire de Quatre avait bien plus de classe et était autrement plus effrayant… Mais dans le principe, c'était aussi bête que ça. Il fallait impressionner Trowa pour qu'il lâche l'affaire et s'en aille.
Quatre avait beau être un vampire, il était avant tout humain dans ses sentiments. Duo ne savait pas quel autre membre de son espèce aurait laissé à une proie aussi facile et gênante l'opportunité de partir. Malheureusement pour lui, si Trowa n'était pas à l'aise, il avait son fichu courage d'homme d'action. Autrement dit, s'il n'en menait pas large, il n'avait pas pour autant l'intention de s'en aller la queue entre les jambes.
Duo sentit son sourcil gauche se hausser alors que son regard s'étrécissait. Ah… Bon… Alors apparemment, Quatre avait décidé de passer le stade deux dans la persuasion de fuite. Il ne lui laissa pas le temps de l'attaquer à nouveau qu'il s'était approché de lui et lui tordait le poignet pour lui faire lâcher prise. Trowa le regardait droit dans les yeux et semblait désemparé. Il finit par lâcher le couteau et Duo le bloqua à nouveau contre le mur. Il fit remonter le poignet à sa bouche et se mit à en lécher l'intérieur tout en ne quittant pas son adversaire du regard.
Trowa devint blanc et déglutit. Intérieurement, Duo avait envie de hurler de rire tant la situation pouvait prendre une autre signification. En même temps, il comprenait aussi très bien que Trowa devait penser qu'il allait se faire saigner sans avoir eu le temps de faire quoi que ce soit d'autre. Duo avait l'impression que Quatre ne s'amusait pas particulièrement de la situation mais qu'il continuait de jouer le jeu pour le décourager : il sourit d'un air sadique et découvrit encore plus ses canines.
En même temps, sentir cette peau si proche de lui, cet humain à sa merci… Duo comprit que le vampire faisait appel à tout son self-contrôle et sa morale pour ne pas le mordre purement et simplement. Il en crevait d'envie et Duo ne pouvait pas ignorer le sentiment qui rongeait le vampire. Finalement, il se recula lentement sans le quitter des yeux.
Duo sentit sa mâchoire se crisper.
S'il s'était laissé aller, il l'aurait mordu.
C'était la seule raison pour laquelle il l'avait lâché et choisit de changer de comportement.
Trowa de son côté semblait encore sous le choc.
- « Qu'est-ce que tu veux ? »
Le brun sursauta. Duo l'aurait aussi sûrement fait s'il en avait eu la possibilité. La voix de Quatre était affreusement rauque, et le ton glacé.
- « Je suis chasseur de prime.
- Ca ne répond pas à ma question.
- … Je recherche le vampire responsable de plusieurs meurtres dans la région. »
Le vampire soupira d'un air blasé.
- « Les êtres humains aussi tuent. Il n'y a pas que les vampires.
- Les blessures ont été laissées par des crocs. »
Duo tourna alors brutalement la tête vers l'entrée et se tendit. Il avait entendu un bruit. Ou du moins… Il lui avait semblé percevoir avec cette ouïe de dingue que possédait Quatre, de lointains bruits de pas. Enfin en tout cas, Trowa ne semblait avoir rien remarqué.
- « Tu es seul ou quelqu'un t'accompagne ? »
Duo observa du coin de l'œil le brun. Trowa ne répondit pas tout de suite, plus étonné qu'autre chose. Un autre homme entra alors, armé lui aussi. Heero.
Duo vit les yeux du chasseur de prime se poser sur son collègue, désarmé et dos au mur, puis sur lui qui tenait encore l'arme à feu. Cependant, il n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit lui non plus. Quelques minutes plus tard, il était inoffensif, sa croix brisée, et il était aussi surpris que son compagnon. Duo s'assit tranquillement en face d'eux et les observa un instant avant de soupirer un grand coup, plus par ennui qu'autre chose.
- « Je sais bien que les paroles d'un vampire ne vaudront rien à vos yeux, mais je ne suis pas responsables de ces meurtres.
- … En effet, tes paroles ne nous prouvent rien. »
Heero et sa manie de se foutre encore plus dans la merde.
Duo se dit que cet idiot avait vraiment eu de la chance de tomber sur Quatre pour sa première confrontation avec un vampire… Ou pas.
Duo se remit à rire d'un air dédaigneux et commença à jouer avec l'arme à feu en la tripotant dans tous les sens sous les regards légèrement paniqués de ses ennemis.
- « Je vis ici parce que je suis tranquille et que je trouve de quoi me nourrir sans avoir besoin de m'attaquer à des humains.
- Conneries. »
Duo avait à présent la certitude que Heero était un abruti suicidaire.
- « Tu n'en sais rien. Mais si j'avais à parler de conneries, je parlerai plutôt des tiennes. Tu crois connaître les vampires alors que tu en traques un avec un équipement de minable ? »
Il croisa le regard de Trowa et ce dernier sembla gêné.
- « Vos armes blanches marchent sur des êtres humains. Pas sur des vampires. Leurs blessures ne provoquent que des gênes minimes… »
Duo se leva et fit quelques pas dans la pièce, effectivement nullement gêné par son entaille au ventre qui avait pourtant tâché de sang sa chemise. Il se pencha, et ramassa une douille d'argent qui gisait à terre. Un bruit de brûlure se fit entendre alors qu'il la faisait rouler entre ses doigts, puis il finit par la jeter.
- « Pour les flingues je ne dis pas. Vous êtes allés chez un bon fournisseur. L'argent est de très bonne qualité et elles ont été bénies avec grand soin. »
Il se releva un sourire aux lèvres. Duo avait l'impression de retirer une satisfaction et un certain plaisir de ce pouvoir sur eux.
- « Mais encore faudrait-il réussir à toucher le-dit vampire. »
Son sourire se fit un peu plus grand, ses lèvres remontant sur ses canines.
- « Par contre vos croix… »
Il perdit son sourire et frappa du pied un des morceaux d'argent.
- « Vous avez sérieusement merdé dans votre choix. Si vous décidez de chasser le vampire, la croix est un outil indispensable. Il ne suffit pas de croiser deux brindilles l'une sur l'autre pour immobiliser un vampire. Il vous faut soit du bois d'olivier, soit de l'argent, qui reste le meilleur. Mais surtout il faut que ce soit béni. »
Il donna un coup de pied dans les morceaux d'argent, les faisant voler vers eux.
- « Plus l'argent est pur et plus il a été béni avec soin, plus votre croix est efficace. Sinon c'est même pas la peine d'en prendre une. »
Il se rapprocha d'eux d'un air dépité.
- « Quant au reste… Même pas de pieu ni d'eau bénite… Mais vous étiez partis pour une pêche aux moules au départ où quoi ? »
Duo s'arrêta devant eux et vit Trowa baisser la tête pendant que Heero le fixait droit dans les yeux, semblant bouillir de l'intérieur.
- « Ensuite, pour votre histoire… Sachez qu'une trace de crocs peut être dû à une autre créature qu'à un vampire. »
Trowa leva un sourcil et lâcha spontanément :
- « Impossible. Toutes les victimes ont été mordues dans le cou et vidées de leur sang. Même celles qui sont plus amochées que les autres sont vides de sang. Ca ne peut être qu'un vampire! »
Quatre le fixa un petit moment et finit par lever la main pour faire jouer son pouce sur ses lèvres, l'air pensif.
- « Hm… Oui, évidemment… Enfin, ça ne veut pas dire grand chose quand même. Renseignez-vous au lieu de tirer des conclusions hâtives. Ca peut être un animal. Tous les vampires ne boivent pas du sang humain. »
Heero fit claquer sa langue contre son palais, agacé.
- « Comme toi, c'est ça ?
- Comme moi ou d'autres. On ne choisit pas forcément sa condition de vampire alors on peut au moins choisir de vivre cette contrainte autrement que ce que nous dicte notre nature de monstre.
- Votre instinct reprend forcément le dessus. »
Duo se sentit fortement agacé par la remarque si assurée du brun. En même temps… Si ça faisait plusieurs siècles que Quatre se battait contre sa condition de vampire, ça n'était pas si étonnant qu'il soit énervé face à un ton si catégorique.
- « Eh bien pour ma part je n'ai jamais bu une goutte de sang humain. Même si j'avoue que… »
Il fixa le brun d'un regard noir.
- « … Par moment j'ai de furieuses envies de laisser faire mes instincts… »
Heero sembla se sentir mal à l'aise et il remua en fuyant le regard du vampire.
- « Je ne peux pas vous prouver que mon discours est vrai et de toute manière je n'ai pas envie de me fatiguer à ça. Je me suis trop épuisé à faire ça pendant ma première centaine d'année ici, maintenant je n'en ai plus envie. De toute manière ça ne sert à rien, vous ne le croiriez pas. »
Duo se sentit pris d'une grande lassitude alors que son regard se perdait sur les grosses dalles de pierres. Combien de centaines d'années Quatre avait pu passer dans ce château en ruines ? Combien de chasseurs de prime avait-il pu combattre ? Pourquoi n'avait-il pas rêvé de ces années-là ? Pourquoi rêvait-il d'ailleurs ? Ne pouvait-on pas le laisser dormir ? Comment diantre torturerait-il Quatre à son réveil ?
- « Enfin, il y a tout de même quelque chose que je peux vous apprendre. »
Il déboutonna sa chemise et en écarta lentement les pans. Un peu de sang coulait toujours de sa blessure mais il semblait étrangement gluant. De plus, la pâleur morbide de la peau accentuait l'effet bizarre de la scène. Puis, des multitudes de gouttes de sang jusqu'aux quelques flaques, le liquide rougeâtre se mit à bouger lentement jusqu'à se rapprocher du blond.
Duo regarda du coin de l'œil les deux chasseurs de prime. Heero fixait d'un air anxieux le sang se déplacer, observant la marre qui se formait petit à petit. Trowa par contre ne regardait absolument pas le sang. Il avait le regard braqué sur Quatre et ne le lâchait pas des yeux. Il soutint un moment son regard avant de détourner les yeux. Duo aurait bien voulu sourire, parce que le sentiment qu'il ressentait en ce moment, c'était de l'incompréhension. Quatre n'avait pas compris pourquoi Trowa le fixait ainsi. Duo lui, l'avait compris.
Il avait souvent vu ce genre de regard. En général il l'avait vu chez des jeunes, qui voulaient tester une première fois avec un prostitué. Ou alors chez des hommes mariés qui trompaient leurs femmes pour la première fois. Ou bien chez des gens extrêmement timides. Ces regards qu'il voyait quand, à moitié nu, il prenait les devants face à ses clients.
C'était un regard curieux. Un regard étonné par quelque chose qui n'avait jamais été vu, qui n'avait jamais été observé de près. C'était un regard bluffé. Un regard resté accroché à un charisme, un regard admiratif devant une présence. Il y avait autant de fascination que d'inquiétude dans ce genre de regard.
Et c'était ce genre de regard qu'avait Trowa à ce moment.
Duo avait très envie de sourire.
D'un autre côté, il comprenait tout à fait sa réaction. De toute évidence, Quatre était le premier vampire que Trowa voyait de près et il était loin d'être miteux. En position de défense, Quatre avait masqué la moindre trace de faiblesse que son refus de boire entraînait. Il apparaissait majestueux, imposant et… Et Trowa avait quand même failli se faire étrangler par un type qui faisait une tête et demie de moins que lui. De quoi forcer le respect.
Oui décidément Duo avait très envie de rire. Mais les sentiments de Quatre le ramenèrent bien vite à l'ordre. Il sentit comme un espèce de lien. Comme si une partie de son corps se prolongeait. Au milieu de la flaque de sang, quelques bulles commençaient à remonter. Peu à peu, la surface ondula et un bec finit par en sortir, couvert d'un sang noir. Un bec énorme qui s'entrouvrait en croassant, laissant voir une rangée de dents acérées. Puis la partie gauche de la flaque se souleva dans les airs, s'étira longuement, finissant par avoir la forme d'une aile. Celle-ci battit plusieurs fois le sang se transformant petit à petit en de longues plumes noires. Une patte aux griffes aiguisées sortit alors de la flaque pour se poser sur le sol dans un grand bruit.
Duo observa Heero et Trowa sursauter au bruit alors qu'ils fixaient le phénomène, l'air tétanisé. La chimère finit par sortit entièrement et étira lentement ses ailes avant de les replier en un claquement. Toute de trace de sang au sol avait disparu. Elle tourna lentement son regard vers les deux chasseurs de prime, ses yeux à la pupille minuscule les fixant, et elle fit claquer son bec. Les deux hommes se levèrent brusquement et reculèrent peu à peu en direction de la sortie. La chimère émit un croassement sourd et gratta d'un air impatient le sol. Duo sentit un sourire fleurir sur le visage de Quatre.
- « Ma chimère m'obéit, aussi n'attaquera-t-elle jamais des humains sans une bonne raison de ma part. Cependant, si vous continuez à me provoquer… »
Il fit un geste de la main et la créature s'avança en direction de Heero et Trowa. C'était étrange le lien que ressentait Duo envers la chimère. C'était comme si elle était une partie de son corps, sans toutefois en être vraiment une non plus. Il se demanda rapidement si Quatre ressentait la même chose vis-à-vis de lui.
Les deux chasseurs de prime fixaient le monstre, essayant de contrôler leur panique. Heero finit par déglutir et tourna lentement le regard vers Quatre. Duo observa ce regard insoumis et rempli de défi. Oui, Heero avait beaucoup de courage et n'était pas du genre à s'enfuir la queue entre les jambes. Il était aussi très stupide. Et Duo n'avait pas besoin des sentiments de Quatre pour le comprendre à ce moment là.
Le vampire claqua des doigts et la chimère se précipita vers Heero. Elle accrocha une de ses pattes à sa jambe et la tira, le faisant tomber au sol. Puis elle plongea sur lui avec un cri de harpie. Heero essaya de la repousser et Trowa d'aller se précipiter avec son couteau sur elle, mais le bec du monstre resta docilement appuyé contre la joue du brun. Sa respiration erratique sifflait entre ses dents mais elle ne faisait plus aucun mouvement.
- « Allez, tirez-vous… »
La chimère fit un bond en arrière, relâchant le brun. Les deux hommes restèrent un moment sans bouger, tournant la tête vers le vampire. Duo leur jeta un regard désintéressé avant de se retourner et de s'éloigner. Il entendit quelques protestations mais le cri de la chimère coupa court aux discussions et des bruits de course se firent entendre.
Duo se sentit alors très fatigué. Il retira lentement sa chemise et… C'était quelque chose d'assez difficile à décrire mais… Il eut l'impression de… Souhaiter mettre une grande cape noire qui se trouvait à l'autre bout de la pièce et… La dite cape tomba sur ses épaules. Il entendit alors des battements d'ailes et observa d'un air calme la chimère se poser à côté de lui. Il regarda la bestiole se replier sur elle jusqu'à ne plus former qu'une boule de plume. Elle laissa échapper un grognement content et resta ainsi installée à côté de son maître.
Duo releva alors la tête pour voir, à une centaine de mètres de là, les deux chasseurs de prime passer enfin la porte de cette gigantesque salle. Heero la passa sans se retourner mais juste avant de disparaître, Duo croisa un regard vert qui se retourna furtivement vers lui.
Duo se demanda quelle vision avait bien pu avoir Trowa. Et quelle sensation pouvait bien procurer la vision de ce vampire si fort, enveloppé dans une longue cape noire, un monstre à ses pieds, qui disait ne pas boire de sang humain et qui laissait s'enfuir deux ennemis.
Ca devait être des débuts on ne peut plus perturbant comme chasseur de prime.
Puis brusquement, Duo ne voyait plus cette grosse porte en chêne derrière laquelle avait disparu Trowa mais… Une branche d'arbre.
Gneuh ?
C'était quoi ça ?
La chimère à ses côté disparu petit à petit, de même que le paysage autour de lui. La branche et l'arbre se faisaient de plus en plus clairs. D'ailleurs c'était bien simple, il n'était même plus habillé de la même façon. Il portait un pantalon noir, une chemise beige et était enveloppé dans un drap vert.
Okay… Bon, visiblement il avait fait une sorte de saut dans le temps… Il remarqua alors qu'il suivait du regard les deux chasseurs de prime...
Duo ne comprit pas. Quatre s'était décidé à les bouffer finalement ou quoi ?
Le vampire continuait de suivre les deux hommes, sa vision aussi nette qu'en plein jour. Trowa et Heero avançaient difficilement – le chemin était envahit par les ronces – et Duo se demanda comment ils faisaient pour faire aussi peu de bruit. Ils arrivèrent finalement dans d'autres ruines et avancèrent lentement, extrêmement concentrés sur le moindre bruit. Duo associa immédiatement l'endroit à une ancienne écurie qui se trouvait assez loin du château avant de maudire le blond. Non content de lui faire faire des rêves bizarres, il commençait également à lui envahir le cerveau avec ses pensées.
Quant aux deux autres… En fait, ces deux têtes de mules n'avaient visiblement pas lâchés l'affaire et espéraient toujours coincer le vampire. Un long hurlement brisa alors le silence de la forêt et les deux hommes se rapprochèrent instantanément, dos à dos, scrutant attentivement les alentours.
Duo entendit alors des pas approcher. Des pas lents, comme quelqu'un observant consciencieusement ses proies avant de les attaquer. Des pas qui n'appartenaient pas à un être humains. Les deux hommes ne semblaient rien remarquer, se contentant de rester attentif.
Alors d'un coup, une énorme créature surgit du sous bois et fonça sur les chasseurs de prime. Duo aurait été incapable de dire de quel genre d'animal il s'agissait. Ca mesurait bien deux mètres, c'était couvert de poils bruns drus, ça avait une longue queue comme celle d'un chien, une gueule immense emplie de dents acérées dont deux canines ressortant à la manière d'un vampire, et de minuscules yeux jaunes. Ca ne ressemblait pas à un chien, pas même à un loup, et pourtant, il y avait définitivement quelque chose de canin dans cette créature. Elle avançait sur ses quatre pattes et avait un long museau. Mais sa tête était plutôt petite, ratatinée presque, et ses longues oreilles se dressaient sur sa tête. Elle était terrifiante et avait en même temps quelque chose de ridicule, de presque pathétique tant son corps était l'inverse même de l'harmonie. On aurait dit qu'on avait greffé plusieurs traits de caractère sur un cobaye animal.
Elle se rua sur les deux hommes. Ils dégainèrent immédiatement et ne la ratèrent pas, les balles en argent s'enfonçant avec un bruit de brûlure dans les chairs du monstre. Mais la créature était si massive que cela la gêna à peine et qu'elle continua à attaquer, dominant sans conteste les deux humains. Heero lui lança quelques couteau, mais n'arrivait définitivement pas avoir le dessus. De même, Trowa avait beau tirer avec une excellente maîtrise, ce n'était qu'une question de temps. La vision de Duo changea alors : la scène du combat se rapprochait et il comprit que Quatre s'était avancé. Il redescendit au sol, à moins de cinq mètres de la zone de combat.
Le vampire s'élança brusquement vers la créature et la poussa contre un mur en ruines. Les pierres tombèrent sur le sol, laissant échapper une lourde poussière blanche et rendant la visibilité très mauvaise. Quatre ne sembla pas s'en soucier plus et s'approcha de Heero, complètement abasourdi par son intervention.
- « Donne moi un de tes couteaux.
- Ca va pas ! »
Duo soupira intérieurement et l'instant d'après, Quatre l'avait tout simplement bloqué au sol pour lui arracher son arme de la main. Il se retourna d'un coup quand il entendit des coups de feu sur sa gauche. La créature avait jeté son dévolu sur Trowa qui essayait de s'en sortir tant bien que mal. Quatre observa froidement le chasseur de prime, semblant attendre quelque chose… Ce n'est que quand Trowa lâcha son arme à feu vide pour sortir son couteau, s'apprêtant à se battre à mains nues, que le vampire s'élança.
La créature se fit déchirer par le couteau que le vampire lui enfonça dans le ventre. Duo aurait voulu fermer les yeux pour ne pas voir tout ce sang couler tant c'était écœurant. A côté de lui, Trowa était tout blanc mais en même temps, Duo sembla voir un peu d'admiration dans ses yeux. Quatre tenait la créature par la gorge, semblant se moquer des longues griffes plantées dans son bras. Il s'éloigna alors de l'animal qui s'effondra au sol dans son propre sang, presque mort. Puis il laissa le sang coulant de son bras se rassembler peu à peu pour faire apparaître sa chimère. Elle ignora complètement les deux hommes et se jeta sur la créature agonisante pour l'achever. S'il avait pu, Duo en aurait presque eu la nausée.
Quatre leva les yeux sur Trowa, puis se retourna vers Heero. Il jeta son couteau plein de sang dans sa direction et dit :
- « Voila, on est quitte. Vous ramenez la bestiole et vous déguerpissez de mon territoire.
- Rien ne nous prouve que c'est elle qui a tué les victimes.
- Je peux vous assurer que c'est bien elle. Il n'y a pas d'autre vampire dans le coin à part moi et j'avais déjà senti à plusieurs reprises une créature errante fouinant dans le coin. En plus, ses canines devraient vous convaincre. Je suis sûr qu'elles correspondent aux morsures trouvées sur les morts. »
Il y eut un silence, puis Trowa se rapprocha lentement de Quatre.
- « Pourquoi vous nous avez aidés ?
- Parce que vous vous seriez fait tuer et que d'autres idiots dans votre genre seraient venus après vous. Je n'aurai jamais eu la paix. Maintenant vous pouvez partir avec votre gros lot et me laisser vivre tranquillement dans mon coin. C'est déjà assez pénible de devoir vivre ici alors déguerpissez ! »
Le ton du vampire était haineux, mais Duo sembla aussi y déceler une pointe de tristesse. C'était vrai qu'il devait avoir l'air pitoyable, avec ses vêtements sales, sa vie au milieu de ruines et des rongeurs pour toute nourriture.
- « Vous saviez que ce… truc bouffait des humains sur votre territoire et vous l'avez laissé faire ? »
Quatre eut un long rire rauque à la question de Heero. Il le regarda avec mépris et lâcha :
- « C'est moi qui ai envahi les terres de cette créature. Elle devait vivre ici depuis des années. C'est un chien de l'enfer. Une sorte de chimère qui dure et demande moins d'énergie mais qui est beaucoup plus faible. Il devait appartenir à un vampire, mais aucun de mes congénères ne vivant dans le coin, je suppose qu'il est mort il y a un moment. Quand je suis arrivé, elle est partie, paniquée. Après tout, il s'agit d'une sorte de gros chien, et ces animaux sont plutôt craintifs dans l'ensemble, surtout quand le nouveau venu est bien plus fort, ils sentent ce genre de choses. Elle se sera éloignée et se sera mise à attaquer des humains pour se nourrir, mais ça je ne l'ai su qu'hier, quand vous êtes venus me déranger. »
Il marqua une pause.
- « Peut-être que j'avais aussi envie de me 'racheter' vis-à-vis de la communauté humaine. Après tout, j'ai été humain aussi, il y longtemps… »
Trowa haussa un sourcil.
- « Vous racheter de quoi ? »
Duo se sentit sincèrement étonné par la question. C'était comme s'il n'y avait jamais réfléchi.
- « Je ne sais pas… »
Un sourire désabusé étira ses lèvres.
- « Je suppose qu'un vampire est forcément coupable… »
Il les fixa une dernière fois, et s'éloigna, s'enveloppant comme il pouvait dans son drap vert. Duo ne se sentait pas très bien. Il voyait de moins en moins net et avait de temps en temps des écrans noirs. La chimère de Quatre lui prenait trop de puissance, il ne fallait pas qu'il tarde à la faire disparaître. Duo se demanda depuis combien de temps Quatre n'avait pas bu de sang pour être dans un tel état. Sa chimère poussa alors un drôle de cri. Il stoppa net et se retourna.
La créature haletait au-dessus du chien en poussant des petits cris.
- « Merde… »
Duo sentit un sentiment inconfortable s'installer dans son ventre. Il plissa des yeux et la chimère commença à se désagréger, se retransformant en sang tout en poussant des petits cris. Ses yeux habituellement jaunes étaient d'un vert profond.
- « Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Heero s'était relevé et regardait le monstre convulser.
- « Contre-sort. »
Duo se retourna pour lui faire face, un sourire cynique aux lèvres.
- « Si tu veux devenir un vrai chasseur de vampire, apprend que les vampires, les vrais, sont de vrais sadiques et des mauvais perdants. S'ils doivent mourir, ils veulent te pourrir la vie au moins. Donc ils placent des contre-sorts qui te reviennent dessus quand ils meurent. Ce vampire-là apparemment était suffisamment maniaque pour en mettre un même sur son chien de l'enfer. »
Trowa s'approcha à son tour.
- « Ma chimère s'est pris le contre-sort et même si elle est plus forte que le chien, elle va quand même succomber au sort. Je la fais donc disparaître avant que ça n'arrive.
- Mais comment est-ce que… ?
- C'est de la magie. De la magie de vampire. »
Il fixa tour à tour les deux jeunes hommes.
- « Si vous voulez vraiment être chasseurs de vampires alors retenez ceci : faites très attention à leurs sorts. Parce que… »
Quatre ne put pas finir sa phrase. Duo sentit une douleur fulgurante à l'épaule tandis qu'un corps lourd et glacé tombait dans son dos. Sa vision se brouilla complètement tandis qu'il sentait son sang froid couler le long de son corps. La chimère poussa un dernier cri de harpie, ses yeux verts brillants, avant de se retransformer en sang.
Duo se sentait dégoûté. Et il le comprenait parfaitement. Quatre devait être vert de s'être fait avoir comme ça. Par sa chimère en plus. Et après avoir fait la morale aux deux autres. Il devait se demander s'il avait pris la grosse tête ou si ses réflexes baissaient.
Duo, lui, mettait plutôt ça sur le compte de sa faim et de sa faiblesse.
D'ailleurs de gros ronds noirs obstruaient peu à peu son champ de vision et ses jambes flageolaient, menaçant de le lâcher. Le sang continuait de couler depuis sa blessure à l'épaule. L'instant d'après, tout devint noir.
Quand les yeux se rouvrirent, Duo se trouvait dans un vieux van pourri qu'il connaissait bien, allongé sur une couchette. Trowa était assis à côté de lui et regardait d'un air absent une carte. Duo cligna des yeux et se redressa. Trowa leva les yeux sur lui.
- « Ca va mieux ?
- … Qu'est-ce que vous avez fait ? »
Le ton de Quatre était clairement menaçant mais le chasseur de prime semblait s'en moquer. Il se baissa, ramassa quelque chose dans un carton et lui lança l'objet.
Duo observa, plutôt surpris, la pochette de sang synthétique qui avait atterrit sur ses genoux. Il observa la poche avec un sentiment d'incompréhension, la gorge sèche.
- « Qu'est-ce que c'est ? »
Trowa fronça les sourcils.
- « Du sang synthétique. Tu ne connais pas ? »
Duo secoua la tête.
- « C'est un liquide fabriqué synthétiquement qui contient tout les éléments du sang, qui a le goût du sang, mais ça n'est pas du sang. »
Duo sentit Quatre de tomber des nues et haussa haut les sourcils.
- « Bois-en, ça te fera du bien. »
Les mains de Quatre se mirent à trembler et sa gorge devint encore plus sèche. Duo fronça les sourcils, n'ayant pas trop confiance.
- « Pourquoi ?
- Tu m'as sauvé la vie. Et aussi à mon collègue, même s'il ne veut pas l'admettre. Le moins qu'on puisse faire, c'est te rendre la pareille.
- … Et vous n'avez pas peur que je vous attaque ?
- Il y a longtemps que tu aurais pu le faire. »
Duo resta silencieux un instant, il regarda la pochette en hésitant puis il l'ouvrit et se mit à boire avidement le liquide rouge. Le chasseur de prime détourna brusquement les yeux et s'installa à la place du chauffeur, puis referma la porte derrière lui. Quatre bu tout le sang d'une traite, se moquant soudainement de l'endroit où il était et de sa situation. Il se sentait reprendre des forces et pour le moment, c'était tout ce qui lui importait.
A peine avait-il fini de boire que l'autre chasseur de prime entra. Il s'assit à côté de Quatre, son arme à la main, et le fixa d'un regard noir.
- « C'est pas parce que Trowa a insisté pour t'aider que je suis d'accord avec lui. »
Duo sentit les lèvres du vampire s'étirer en un grand sourire.
- « Oui, je vois ça. Mais tu sais, cette arme ne t'aidera vraiment pas à me tuer. Si tu veux abattre un vampire, apprends déjà à connaître ton ennemi. C'est-à-dire ses faiblesses et ses points forts. Si tu étais tombé sur quelqu'un d'autre que moi, tu serais mort. Pour d'abord descendre un vampire par balle il faut soit le surprendre, soit le bloquer, et ça c'est loin d'être facile. »
Heero avala sa salive d'un air exaspéré. Puis il plongea la main dans une de ses poches et en sortit une petite croix. Duo plissa les yeux, se reculant un peu alors que la sensation du bloc de glace dans son estomac et de l'acide dans ses veines revenant avec beaucoup plus de force que la dernière fois.
Le Japonais la laissa sortie un petit moment d'un air de défi avant de la ranger. Duo déglutit difficilement.
- « Je vois que tu as déjà pris mes conseils en considération en rachetant une nouvelle croix. Remarque, j'avoue volontiers que tu as assez de courage et de volonté pour faire ce boulot… Mais c'est pas tout, loin de là. Pour être honnête, je n'ai jamais vu des chasseurs de prime aussi nuls que vous. »
Heero se mordit la lèvre inférieure et lâcha :
- « Ce n'était pas notre boulot, à la base !! On ne connaît pas le milieu encore assez bien pour le moment, mais ce n'est qu'une question de temps ! Et…
- Du calme, Heero. Tu dois admettre qu'il a raison. »
Trowa venait de rentrer à nouveau et semblait gêné.
- « On a été complètement inconscient de se lancer comme ça dans un milieu qu'on connaît à peine et cet homme n'a pas tort. »
Duo sentit la poitrine de Quatre se gonfler d'un sentiment de bienveillance à l'égard de Trowa. Il avait dit un « homme ». Heero se son côté observa les deux autres d'un air agacé.
- « Je ne veux rien devoir à un vampire.
- T'en fais pas, tu m'as déjà rendu ce que je te devais, Heero. Et j'ai bien l'intention de retourner vivre là ou j'étais.
- Non. »
Quatre et Heero regardèrent Trowa, aussi abasourdis l'un que l'autre.
- « Pardon ?
- Je pense qu'il nous serait d'une grande aide si on veut réussir à gagner notre vie, Heero.
- Tu l'as rêvée, celle-là !
- On vous fournit de quoi vous nourrir une fois par jour pour le moment par précaution et vous nous aidez à connaître les vampires et tout ce qui va avec. »
La tension monta d'un cran dans le van. Heero assassinait son collègue du regard, alors que Trowa ne semblait pas vouloir démordre de son idée. Quant à Quatre… Duo sentait à quel point l'offre du chasseur de prime l'intéressait.
- « Votre collègue ne me fera jamais confiance.
- C'est une possibilité. Je ne vous fais pas non plus confiance pour le moment. Mais je ne pense pas que vous nous attaquerez, sans pouvoir vous l'expliquer. Vous êtes… différent des autres vampires.
- Avez-vous seulement rencontré d'autres vampires ? »
Duo aurait voulu pouvoir éclater de rire devant la mine embarrassée de Trowa. Pourtant, ce fut plutôt un sentiment chaleureux qui monta dans sa poitrine.
- « J'en ai déjà vu d'autres… Mais pas d'aussi près. »
Heero fulminait dans son coin, alors que Duo sentait quelque chose se créer dans cet endroit miteux. Quelque chose comme un lien, aussi fragile soit-il.
- « J'accepte alors.
- C'est HORS DE QUESTION. Tu m'entends, Trowa ?
- J'ai une condition, cependant. »
Trowa cligna des yeux alors que Heero bouillonnait sur place d'être ainsi ignoré.
- « Je veux pouvoir m'en aller quand je veux. Je veux que vous ne cherchiez pas à me suivre si c'est le cas. Je veux garder ma liberté entière. Et de toute manière, quand je vous aurait dit tout ce que je sais, je partirai. »
Le brun acquiesça et lui tendit sa main.
- « Je suis Trowa Barton, et lui c'est Heero Yuy. »
Duo serra la main du brun tandis que deux sourires entendus étiraient leurs lèvres.
- « NE ME PRESENTE PAS COMME SI J'ETAIS D'ACCORD ! »
Les deux autres l'ignorèrent tandis que le vampire répondait.
- « Je suis Quatre. Enchanté, Trowa… »
Duo ouvrit les yeux brutalement. Il était allongé dans son lit, baigné de sueur. Il s'extirpa avec difficulté des draps dans lesquels il s'était enroulé et tendit la main vers son réveil. Il était précisément dix heures cinquante-cinq. Cela faisait donc exactement trois heures et demie qu'il dormait. Conclusion logique : il allait tuer Quatre.
Wu Fei, installé dans la cuisine, prenait ce qu'on aurait pu appeler un petit-déjeuner si on était myope et sans papilles gustatives. Il avait été tiré de son sommeil par la faim. Il n'arrivait pas à croire que cette crevarde de gérante ait refusé de les nourrir quand ils étaient arrivés.
D'après elle, ce n'était pas encore l'heure du déjeuner… Mais vu sa mine soupçonneuse, elle voulait plutôt faire des économies sur les stocks de nourriture. Résultat, il était déjà réveillé et n'avait qu'une seule idée en tête : manger ! Après tout, ça faisait une dizaine de jours qu'il n'avait pas prit un repas convenable… Et apparemment ça continuait…
Le premier placard qu'il avait ouvert contenait un gros paquet de biscottes dites « allégées ». Donc, sans sel, sans sucre, sans goût. Dégoûté, il avait ouvert un autre placard et était tombé sur diverses boissons lyophilisées censées assurer une ligne parfaite. Au bord de l'écœurement, il avait ouvert un énième placard qui s'était avéré être remplis de conserves, intitulées « Prothéinus, pour un corps d'athlète. Prothéinus, pour les hommes qui savent s'entretenir ».
Wu Fei était complètement halluciné.
Ok il était dans une maison close. Ok ils devaient bien faire attention à leur corps. Mais enfin quand même.
C'est alors qu'il avait aperçu ce dernier placard, fermé par un cadenas. Ses yeux s'étaient éclairés et son cerveau s'était mis en route. Ce qu'on mettait sous clef avait forcément de la valeur. Alors peut-être que pour des raisons économiques établies par cette rapia de gérante, la vraie nourriture était gardée, et la fausse était pour les petites faims.
Oui mais lui il avait une grosse faim.
Oui mais le cadenas était très gros et très solide.
Il s'était battu pendant plusieurs minutes. De longues minutes, très éprouvantes. Il apercevait parfois le placard s'ouvrir mais celui-ci se refermait toujours. Il avait essayé de crocheter le cadenas mais apparemment la serrure était très complexe. Il avait même cherché à prendre une hache ou à démonter le placard. Mais rien n'y faisait.
Et maintenant, Wu Fei était totalement dépité. Il avait finit par craquer, la faim pouvait faire de gros dégâts sur l'obstination. Ventre affamé n'avait pas d'oreille ? Ouais… Et ventre vraiment affamé n'avait pas non plus de papilles gustatives. Wu Fei s'était rabattu sur les placards ouverts. La nourriture en poudre ne l'inspirant vraiment pas, il avait choisi les biscottes. Il en mâchouilla une sans grand enthousiasme… Cette nourriture était vraiment… Insipide…
Il était alors tombé sur un pot qui traînait sur le plan de travail. Il avait longuement hésité mais… De toute manière, son petit-déjeuner ne pouvait pas être plus fade alors…
Il se retrouva donc assis à la table de la cuisine à mastiquer lentement des biscottes ignobles enduites d'une couche de margarine. Essayer de se convaincre que si ça n'était pas spécialement bon, ça n'était pas non plus si mauvais que ça, lui prenait beaucoup d'énergie. Et il était actuellement persuadé que personne ne pouvait faire un réveil pire que lui. Enfin… Il en était persuadé jusqu'à ce que Duo n'entre dans la cuisine.
Entrer était un bien grand mot. Il avait quasiment fracassé la porte contre le mur et balayé la pièce d'un regard noir avant de fixer Wu Fei, l'air mauvais. Il portait un pantalon noir en coton, serré à la taille par un cordon. Son torse nu portait encore quelques marques des draps. La tresse qui était censée retenir ses cheveux ne ressemblait plus à grand chose. De longues mèches s'en échappaient sur la longueur et au niveau du crâne, ses cheveux étaient ébouriffés, presque dressés sur sa tête. Dire que ses yeux étaient explosés était un euphémisme. Ils étaient encore gonflés par le sommeil et brillants. Ses longues cernes noires faisaient encore plus ressortir les vaisseaux éclatés sur le blanc de son œil. Il fit claquer sa langue contre son palais comme pour ré-humidifier sa bouche après ses quelques heures de sommeil.
- « Où est Quatre ? »
La voix était sourde et autoritaire. L'idée de lui poser la moindre question, de lui mentir ou de ne pas lui répondre n'effleura même pas les pensées de Wu Fei.
- « Deuxième chambre à gauche à côté de la buanderie, au rez-de-chaussée. »
Le châtain le fixa un moment. Wu Fei se demanda s'il était totalement décalqué ou s'il doutait de ce qu'il lui avait dit.
- « …Merci… »
Duo se retourna, sortit de la cuisine et se dirigea d'un pas lourd vers la chambre du blond, laissant Wu Fei à sa mastication des biscottes. Lorsqu'il fut arrivé à destination, il ouvrit la porte avec autant de douceur que celle de la cuisine. Quatre sursauta violemment et planqua quelque chose sous sa couverture. Duo un peu surpris fronça les sourcils.
- « Ah… Duo… Uh… Je peux t'aider ?
- Qu'est-ce que tu fais ? »
Le blond sembla se crisper.
- « Moi ? Rien… »
Le châtain pinça les lèvres, s'approcha d'un pas vif et tira la couverture. Un couinement se fit entendre et un gros rat gris tomba au sol. Il gigota un moment puis se mit à courir dans la pièce. Quatre essaya de le rattraper mais l'animal se cacha sous un meuble et il ne réussit qu'à se cogner la tête. Il se redressa et jeta à Duo un regard contrit.
- « Tu fais chier… J'ai passé plus de deux heures à le faire sortir de son trou et à l'attraper. »
Duo, bien que toujours un peu décalqué, le regardait avec de grands yeux.
- « Mais tu voulais en faire quoi ? »
Quatre pâlit brusquement. Il se leva et alla se rasseoir sur le matelas qui gisait à même le sol sans dire un mot. Duo haussa un sourcil.
- « Tu voulais le bouffer ?
- Hein ? Mais non ! Je… »
Le regard de Duo se durcit. Le vampire se mit à bafouiller.
- « Enfin, c'était pas… Ce à quoi je pensais dès le début…
- Ecoute Quatre, il n'y a pas de problème. Si tu en as envie, mange-le. Mais évite juste de mettre du sang par terre sinon tu vas te faire allumer par Réléna. »
Le blond passa la main dans ses cheveux.
- « Non je… Je crois pas que je vais le manger…
- Pourquoi ? Tu n'as pas bu de sang depuis un bon bout de temps si j'ai tout compris. T'as plutôt intérêt à en boire si tu veux pouvoir tenir debout, le boulot est pas de tout repos. »
Quatre s'adossa au mur et se laissa glisser jusqu'à être affalé. Le prostitué s'approcha et s'assit à côté de lui.
- « C'est quoi qui te dérange ?
- Ben… »
Il leva les yeux au plafond.
- « J'aime pas ça…
- C'est pas une question d'aimer ou pas, c'est une question de survie.
- Non, Duo… J'aime pas avoir à boire le sang de quelque chose de vivant… J'aime pas ôter la vie directement
- Oh… »
Le châtain resta un moment silencieux, ne sachant pas très bien quoi ajouter d'autre.
- « Oui mais Quatre… Quand tu étais humain, tu mangeais bien de la viande…
- C'est pas la même chose… Franchement, la viande qui arrive dans ton assiette, en général il faut fait preuve d'imagination pour te visualiser où elle se trouvait sur l'animal. Là je peux pas échapper à cette image. Je saigne l'animal directement, je suis vraiment le bourreau et… »
Il soupira et ramena un genou contre son torse pour y appuyer sa tête.
- « Et ça me plait pas… »
Le prostitué ne répondit pas. Les sourcils froncés, il resta pensif un long moment. Un couinement résonna alors dans la pièce. Le regard de Duo se leva vers le rat qui avançait timidement sur le parquet. Ses yeux se plissèrent. La seconde d'après, un coussin s'était abattu sur l'animal. Il se leva rapidement et plongea sur le coussin dont il ressortit le rat en le tirant par la queue. La petite créature se débattait en vain.
- « Duo mais qu'est-ce que tu… »
Le châtain fit un mouvement brusque du poignet et le rat qui remuait toujours heurta violemment le mur. Il ne bougea plus après cela. Duo le jeta à Quatre qui fronçait les sourcils. Le prostitué retourna s'asseoir à côté de lui.
- « Quand j'étais à peine ado, l'orphelinat dans lequel j'ai grandi a brûlé. Je me suis retrouvé à la rue et j'ai vécu comme je le pouvais. Les saisons de grandes dèches, on attrapait des rats pour se nourrir. On les assommait, comme je l'ai fait, et puis on les faisait cuire. »
Il regardait d'un air blasé le vampire mais ses yeux étaient un peu plus noirs que d'habitude.
- « Quand on avait trop faim il arrivait qu'on prenne pas le temps de les faire cuire. »
Il s'allongea sur le matelas en soupirant. Quatre le fixait toujours, les yeux grands ouverts.
- « T'es pas un monstre Quatre… Mais il y a certaines fois où on n'a pas le choix.
- Je sais… Passé un temps je ne connaissais pas l'existence du sang synthétique et je me nourrissait comme ça. Mais je n'aime pas ça…
- De toute manière, il ne ressortira pas vivant de cette maison. Réléna met de la mort-aux-rats partout.
- Hm… »
Duo se tut pendant que le vampire fixait avec incertitude l'animal entre ses mains. Il fixa le plafond et se força à ne pas crisper la mâchoire quand il entendit le bruit sourd des canines qui pénétraient la chair. Il ne se sentait pas vraiment désolé pour le rat. D'abord, son sort était pratiquement déjà fixé, et ensuite, il en avait déjà mangé lui aussi, et enfin Quatre avait vraiment besoin de sang.
Une poignée de secondes plus tard, le blond se pencha et posa doucement le corps du rat au sol. Il était un peu pâle mais en général déjà un peu moins fatigué. Il y eut un long blanc puis Quatre se tourna vers lui en souriant.
- « Et au fait Duo, pourquoi es-tu venu ici ? »
Le visage du châtain se décomposa. Il grogna, enfouit son visage dans les draps et donna un coup de pied dans les épaules du vampire.
- « Laisse-moi dormir, Quatre… »
Les yeux du blond s'arrondirent alors qu'il le fixait.
- « De quoi ?
- J'en ai marre que tes souvenirs hantent mes rêves… Je veux mon doux sommeil réparateur…
- De quoi tu parles, Duo? »
Le prostitué sortit la tête des draps, son regard noir et son air décalqué retrouvé.
- « Je te parle des tes souvenirs qui ont élus domicile dans mon cerveau.
- Hein ?
- Ton passé dans ma caboche, sweetie. J'en ai ma claque de rêver de tes souvenirs chaque soir, surtout que c'est absolument pas réparateur comme sommeil. »
Quatre haussa lentement un sourcil et le dévisagea longuement.
- « Tu délires Duo…
- Je préfèrerai, ouais…
- Mais tu ne peux tout simplement pas rêver de mon passé. Il n'y a aucune raison pour cela, le lien qui nous unit ne peut transmettre ce genre de chose. »
Duo se redressa sur le matelas.
- « Ah ouais ? Ben t'aurais intérêt à lui faire comprendre, à ton lien. Parce que pendant ce temps, ton calice adoré il s'explose la santé à visionner des scènes de ton passé à travers toi en plus.
- C'est complètement illogique Duo. Je ne vois pas pourquoi…
- Tu ne vois pas pourquoi je rêve de ta rencontre avec Heero et Trowa quand ils commençaient tout juste leur carrière de chasseurs de prime ? Tu ne vois pas pourquoi je rêve du jour où toi et cette tarée mais diantrement sexy de Noin avez cessé d'être maître et disciple? Tu ne vois pas pourquoi j'ai visionné ton passage d'humain à vampire et pourquoi je me suis retrouvé à appeler Iria une fille que je n'avais jamais vu de ma vie ? Et ben ça tombe très bien Quatre, parce que moi non plus. »
Au fur et à mesure que le châtain avait débité ces mots, les lèvres du vampire s'étaient peu à peu pincées, devenant de plus en plus blanches. Sa pupille s'était aussi rétractée et il ne cessait de fixer Duo presque sans ciller. Celui-ci soupira et passa la main dans ses cheveux.
- « Excuse-moi… J'aurais pas dû dire ça… Te rappeler ces choses comme ça…
- C'est pas normal, Duo…
- Peut-être… En attendant, je tiendrais pas longtemps à ce rythme là Quatre. »
Réléna ouvrit la porte du débarras et entra dans la pièce étroite. Elle alluma la lumière et se mit à chercher l'échelle pour pouvoir accéder aux étagères supérieures… Oui parce que la maison n'était pas vraiment large mais plutôt construite en hauteur. Cette pièce ressemblait donc plus à un placard à balais… tout en hauteur. Et donc des piles d'affaires plus ou moins utiles montaient jusqu'au plafond. La gérante finit par mettre la main sur l'échelle et monta en relevant les bords de sa robe de chambre.
Bon… Ce n'était pas dans ce carton… Ni dans la corbeille d'à côté…
- « Rélénaaaaa… ! »
La jeune femme sursauta et s'accrocha aux bords de l'étagère.
- « Dorothy, je t'en prie… Me fait pas une peur pareille quand je suis sur une échelle !
- Oui, oui. A part ça, tu sais où se trouvent mes escarpins rouges en vernis ?
- Mais comment est-ce que je pourrais savoir ça moi ? Je porte pas tes fringues !
- Tu devrais, comme ça tu verrais ce que c'est d'avoir un vrai sex-appeal… »
Réléna se retourna pour regarder la grande blonde en tenue plus que légère – comme toujours - et ne se retint pas pour la dévisager avec ironie. Puis elle secoua la tête en soupirant.
- « En parlant de ça, évite de faire peur à mes nouveaux employés…
- Comment ça ? Justement avec moi ils seront tout de suite dans le bain !
- … Justement. Si tu veux mon avis, celui avec son air coincé et le beau gosse aux yeux bleus, plus tu les provoques, plus ils se braquent. Ce sont des chasseurs de prime avant tout et je ne veux pas plus de bordel dans ma maison parce que mes propres employés ne savent pas se tenir !
- Si on peut même plus s'amuser un peu… »
Réléna roula des yeux et continua à farfouiller dans les cartons.
- « Mais tu cherches quoi là depuis cinq minutes ?
- L'année dernière j'y avais rangé mes bigoudis et j'arrive plus à les retrouver.
- Mais ces bigoudis sont beaucoup trop vieux ! »
Réléna n'écoutait pas vraiment ce que lui disait Dorothy et marmonna :
- « Dès que j'ai un moment, je fais ranger ce fichu placard… »
Puis elle poussa un peu trop le carton dans lequel elle fouillait et un autre tomba mollement sur le sol. La gérante se retourna pour voir ce qu'elle avait laissé chuter et son regard s'arrêta sur un tas de vêtements de toutes sortes étalés au sol.
Elle croisa le regard de Dorothy et descendit précipitamment de son échelle.
- « Ne me dis pas que…
- Si. »
Les deux femmes se regardèrent avec un énorme sourire.
Wu Fei regardait avec suspicion à travers la fenêtre de la cuisine. Il n'y avait vraiment mais vraiment personne dans le coin ou tout le monde fuyait cette maison ? … Le policier sembla se rappeler d'un coup où il se trouvait. Une maison close.
Le brun pâlit en se demandant ce qu'il avait fait pour se retrouver dans ce bourbier. Après une longue minute passée à marmonner dans son coin, il finit par se dire que ça pouvait être pire – la cage chez ces tarés de vampires par exemple.
- « Hey, Réléna t'as oublié le collier de perle ! »
Wu Fei tourna la tête vers l'entrée de la cuisine et vit Dorothy passer à toute allure avec un air euphorique sur le visage. L'homme cligna des yeux. Il avait rêvé ou… Il avait vu cette folle des tenues transparentes et autres fringues provocatrices courir en… tenue d'écolière !
Il marcha jusqu'à la porte et regarda le couloir. Vide.
Bon. Il avait dû mal voir…
Un peu plus tard, Trowa vint le rejoindre pour manger quelque chose – il finit par se raviser en voyant le menu - et il se mirent à discuter tranquillement en évitant d'évoquer le sujet principal, à savoir : ils n'allaient plus pouvoir exercer leur métier mais servir des prostitués et leurs clients pour une période indéterminée… Les deux hommes trouvaient leur position actuelle assez difficile pour ressentir le besoin d'en parler. Bref, tout allait plus ou moins bien dans le meilleur des mondes quand la responsable de leur nouvel emploi entra dans la pièce.
Wu Fei avala son bout de pain de travers et Trowa ressentit le besoin urgent d'éclater de rire.
Réléna qui, malgré tout ce qu'on pouvait penser du personnage, leur avait paru à tous la plus normalement habillée de tous ou du moins celle qui avait le plus classe, portait à présent une affreuse robe de soirée en satin. La robe bleu nuit s'ouvrait sur un décolleté assez lâche et était serrée à la taille par un ruban de la même couleur. La robe se finissait par des plis parfaits qui donnaient à sa silhouette de femme des airs de petite fille bien élevée. Autour de son cou, un collier de perles. Ses cheveux étaient lâchés et parfaitement coiffés, deux petites nattes partant de ses tempes étaient ramenées vers l'arrière de son crâne où elles se rejoignaient.
La gérante ressemblait à une petite fille coincée habillée dans une robe de soirée qui ne lui allait pas et qui en plus lui donnait un air vraiment, mais alors vraiment nunuche.
Elle se tourna vers les deux hommes et battit des cils.
- « M'accorderiez-vous cette danse ? »
Wu Fei se mit à rire frénétiquement et Trowa sentit sa bouche s'étirer de plus en plus. Réléna prit un air pincé puis mit ses mains sur ses hanches et leva un sourcil à la façon de Dorothy :
- « Ca me va si mal que ça ?
- Ne me dis pas que tu comptes faire ton travail dans cette tenue…
- Ca pourrait être marrant ! »
Le policier se demanda d'un coup ce qui avait pu lui faire croire un instant que cette femme était plus normale que les autres. Elle était pire. Il se mit à soupirer un grand coup. A côté de lui, Trowa semblait se remettre lentement de ses émotions.
- « Bon, puisque vous le prenez comme ça, y'a pas de raison pour que je sois la seule. Venez voir ce que les autres ont mis. »
Le chasseur de prime comprit alors ce qui se passait :
- « Attends, vous… vous déguisez ?
- Exactement! Avec Dorothy on a retrouvé le carton aux « fringues abandonnées », on en profite ! Eh oh, il faut bien se détendre de temps en temps. »
Les deux hommes ne comprenant décidément rien à rien, elle leur expliqua de quoi il s'agissait : Ses subordonnés et divers clients partaient parfois en oubliant certains de leurs vêtements et beaucoup ne revenaient pas ou ne les réclamaient plus par la suite. Ils entassaient tout dans un carton et ça faisait un moment qu'ils ne l'avaient pas ressortis… Comme il était plus que rempli, l'envie leur était venue de faire honneur à ces habits oubliés : autrement dit, les porter.
Les deux hommes furent tirés hors de la cuisine et menés sans plus de façon dans le salon où ils retrouvèrent… Duo, habillé en prêtre. Enfin… On va dire avec un col blanc et une chemise noire de prêtre et un… espèce pantalon bouffant au niveau des hanches et serrés aux chevilles dans d'affreuses bottes montantes noires. A côté de lui, Dorothy gloussait. Et Wu Fei vit avec horreur qu'il ne s'était pas trompé : elle portait bel et bien ce qui ressemblait beaucoup à un uniforme d'écolière. Une veste bordeaux et une jupe blanche aux plis parfaits descendants jusqu'aux mollets. Des petits mocassins bien sages aux pieds. Et pour finir un serre-tête noir qui retenait sévèrement ses longs cheveux blonds en arrière.
- « Duo… Même toi… »
Wu Fei devait avouer qu'il était choqué. Beaucoup plus que des les voir dans une tenue provocatrice. Ca ne collait pas avec l'image qu'il avait vue des deux prostitués ! Encore moins leurs caractères ! Et puis, et puis… C'était tellement ridicule, voila tout !
D'ailleurs, les trois amis riaient eux-mêmes de leurs déguisements. Wu Fei n'arrivait pas à croire que Réléna soit capable de faire tourner ce commerce – maison close ou pas, ça restait une sorte de commerce tout de même. Encore moins que ce Duo ridicule soit celui qui leur ait sauvé la peau et quant à la blonde… Ah non, il ne pourrait jamais se faire à cette allumeuse dans une tenue d'écolière ! Il n'allait plus pouvoir regarder des élèves normalement !
Duo le coupa dans ses pensées :
- « Tu sais Wu Fei j'ai pas vraiment eu le choix : je me suis fait attraper et…
- … Tu te laisses faire par deux femmes ? »
Les deux femmes en questions se tournèrent, menaçantes, vers le châtain. Réléna le toisa :
- « Je rêve ou il nous fait passer pour des manipulatrices ?
- Des manipulatrices qui font ce qu'elles veulent d'un homme sans volonté, oui ! »
Duo leva les yeux au ciel :
- « Tu sais, si j'avais résisté je me serais fait attraper de toute façon – même si ça veut dire dans deux jours - et puis… franchement c'est tordant, non ?
- C'est humiliant. »
Wu Feu croisa les bras et les regarda avec un brin de supériorité.
- « Tu peux parler. Ce matin tu sentais le fauve à trois kilomètres et tes fringues, en plus d'empester une odeur que je ne saurais qualifier, étaient sales et déchirés. »
Le policier explosa :
- « Comme si j'avais eu le choix ! Il est bien connu que les vampires choient leurs prisonniers et leur offrent des bains à l'eau de rose ainsi qu'un repas gargantuesque ! »
Dorothy soupira bruyamment et lui tourna le dos. Trowa et Duo reculèrent : replis stratégique. Après tout, quand Wu Fei se mettait en colère mieux valait le laisser s'énerver seul. Réléna s'approcha du policier et se lança alors dans la joute verbale :
- « Justement ! Tu devrais être heureux que je vous recueille tous, que je vous offre un toit, de quoi vous habiller et manger !
- Parce qu'on devrait te remercier la bouche en cœur ? En plus votre générosité n'est pas gratuite, madame la gérante. »
Aie. Le « madame » semblait rappeler à leur gérante ses vingt-cinq ans passés. Elle répondit avec verve et Wu Fei ne se gêna pas pour lui rendre la pareille.
Quatre choisit cet instant pour entrer dans le salon. Il eut un temps d'arrêt devant les déguisements puis jeta un coup d'œil à Trowa qui haussa les épaules. Bon, visiblement y'avait rien à y faire. Ou ça les amusait de voir leurs aînés se disputer. Le vampire nota dans un coin de sa tête qu'avec son titre qu'on pourrait qualifier de « doyen », il aurait pu mettre sa « sagesse » et sa « patience » au service des oreilles de tous. Mais vu que personne n'intervenait et semblait s'en amuser, il ne voyait aucune raison se devoir faire un effort. Il était vraiment fatigué et avait déjà eu droit à une conversation avec Duo alors hein... Le dit Duo l'aperçut justement.
- « Ah, Quatre, super ! Viens donc voir. »
Le vampire s'approcha sans trop comprendre. Le châtain tendit tout naturellement les mains et commença à déboutonner la chemise du blond. Celui-ci fit un pas en arrière.
- « Tu fais quoi là ?
- … Essaye de deviner. Je te donne un indice : le fait que j'essaye d'enlever ta chemise n'est pas exclu.
- Mais… ! »
Le prostitué passa brusquement la main entre les pans de la chemise et celle-ci s'ouvrit complètement sans qu'aucun bouton ne soit arraché. Quatre fut un moment saisi par ce détail.
- « Tu as le coup de main… »
Un sourire cynique étira les lèvres de Duo.
- « Des années d'expérience, très cher. Allez enfile ça.
- Qu'est-ce que… »
Il se retrouva avec une chemise rose saumon sur le dos et n'eut pas le temps de réagir que Duo était déjà passé devant et commençait à la boutonner.
- « Duo c'est quoi cette chemise ?
- C'est une vieille chemise qui traînait dans le carton.
- Et pourquoi je la porte ?
- Parce que tu vas te déguiser avec nous. »
Il repassa derrière lui et lui enfila un petit gilet vert sans manche. Quatre observa l'ensemble avec un mélange de dégoût et d'horreur. Duo éclata de rire.
- « Duo, c'est vraiment horrible ce que tu m'as mis sur le dos… En plus ça ne va même pas ensemble…
- Je sais… Il fallait pas être bien pour porter ces deux trucs ensembles… Remarque, il fallait aussi pas être très bien pour porter ce pseudo-habit de prêtre. »
Le vampire secoua la tête en souriant. Il déboutonna rapidement la chemise et l'enleva.
- « Quitte à me déguiser, donne-moi au moins quelque chose de mettable.
- Oh, t'as pas vu comment on est déguisé nous ? Tu penses sérieusement qu'il y a quelque chose de mettable dans ces malles ? »
Quatre fit une petite moue, plia la chemise, le gilet et les reposa à côté d'une malle tandis qu'il la fouillait. Duo jeta un petit coup d'œil aux deux chasseurs de primes atterrés et il s'approcha du blond avec un petit sourire.
- « T'as intérêt à te rhabiller vite, Quat'. Parce que si tu restes un peu plus longtemps torse-nu, j'ai bien peur Trowa ne se dessèche complètement.
- Qu'il se dessèche ?
- Le pauvre… Si tu voyais comment il bave… »
Le vampire fronça les sourcils et jeta furtivement un regard derrière lui. Trowa fixait le parquet d'un air désintéressé. Il jeta un regard noir à Duo.
- « Il ne bave pas, Duo.
- Genre tu te laisses abuser par ses airs de « nan, nan je regarde absolument pas ». C'est toi le vampire. C'est toi qui es censé être doté d'empathie. Ne fais pas celui qui a rien remarqué, Tro il a changé d'attitude à la seconde où je t'ai enlevé ta chemise. »
Quatre ne répondit pas et continua de fouiller dans la malle.
- « Oh mais c'est votre jeu préféré, le déni ?
- Je suis pas dans le déni Duo.
- Vraiment ? »
Le vampire soupira et se tourna vers le châtain.
- « Je sais pertinemment qu'une des premières choses que l'on remarque chez Trowa c'est que je ne lui suis pas indifférent. C'est pas comme s'il était doué pour le cacher.
- Contrairement à toi ?
- J'ai pas dis ça. On n'a pas besoin de m'observer longtemps pour comprendre que j'ai des sentiments pour lui. »
Duo s'assit sur une malle.
- « Pourquoi vous vous bougez pas alors ?
- C'est compliqué, Duo.
- Je vois vraiment pas en quoi.
- Je suis mort, ça ne te paraît suffisant comme première complication ? »
Le châtain soupira.
- « C'est un détail.
- Qui a son importance.
- Attends, la première fois qu'il t'a vu, il a été complètement bluffé par ton charisme. Il en avait rien à faire que tu sois un vampire ou pas.
- J'étais le premier vampire qu'il voyait de près. Tu sais très bien que les pouvoirs et la présence des vampires augmentent avec leur âge. Et je ne suis pas spécialement jeune. »
Duo fit un geste de la main.
- « Mais tu crois qu'il y a pas réfléchi au fait que t'étais un vampire ? Attends, ça fait longtemps que vous êtes ensemble maintenant. Je pense qu'il a eu le temps de le digérer. Et si ça le gênait vraiment, il aurait laissé tomber l'affaire.
- Ah ouais ? C'est dingue, t'as l'air d'avoir réponse à tout hein ? Alors vas-y, dis-moi pourquoi si ça le gêne pas que je sois un vampire, il ne supporte pas de me voir boire du sang? Pourquoi il t'a fait une telle scène quand il m'a vu en boire quand on voyageait dans le van? »
Le prostitué resta silencieux un moment.
- « Tu nous as entendu cette nuit-là ?
- Duo… Tu as vu mon passé à travers mes yeux. Tu devrais savoir comment je peux entendre, non ? »
Il déglutit difficilement.
- « Mais…
- Ecoute… Oui, il y a un truc entre moi et Trowa. Mais souviens-toi ce que tu te prenais dans la gueule quand tu essayais de me proposer ton sang. Ne va pas me dire qu'il a digéré le fait que je sois un vampire alors que tu sais qu'il essaye désespérément de zapper les aspects qui ne lui plaisent pas dans ma condition. Tout le monde n'est pas comme toi avec les vampires et tu le sais. Tu vas me dire que c'est par hasard que seules Réléna et Dorothy soient au courant ici ? »
Duo ne répondit pas tout de suite.
- « Ca finira par lui passer. Ca c'est déjà amélioré depuis que je suis là.
- Même, Duo… C'est pas le seul problème… »
Le blond recommença à fouiller dans la malle.
- « Regarde-le. Tu crois vraiment qu'en me couvant des yeux comme ça, c'est une histoire de deux jours qu'il veut ? Comment est-ce que tu crois qu'une relation avec un vampire peut être quelque chose de durable ?
- Ouais mais…
- Je suis un mort-vivant, Duo. Il n'y a que deux solutions pour moi, soit je meurs définitivement, soit je continue de vivre pendant quelques siècles mais lui ne vivra pas aussi longtemps. Et même si on le faisait, tu crois que ça te ferais quoi de vieillir quand la personne que tu aimes ne change pas d'un cheveu ? »
Le prostitué roula des yeux et posa son menton dans sa main.
- « Et ben vampirise-le alors, ça réglera pas mal de problème…
- Eh mais bien sûr ! Pourquoi j'y ai pas pensé avant ? Je refuse de boire la moindre goutte de sang humain et je hais plus que tout les vampires et surtout celle qui m'a transformée, mais pourquoi pas vampiriser l'homme que j'aime ?
- Oh vous me saoulez avec vos histoires à la Dallas. Vous allez bientôt découvrir que vous êtes frères…
- C'est quoi Dallas ?
- Un bouquin en une centaine de tomes que dévorent Réléna et Dorothy… »
Quatre secoua la tête en souriant.
- « Tu croyais quoi, Duo ? Qu'on t'avait juste attendu pour se mettre ensemble ? Si c'était simple, on n'en serait pas là… »
Il se redressa, quelques vêtements à la main.
- « Allez, laisse tomber Duo. En plus ils vont commencer à se demander de quoi on parle.
- Tu t'es dégotté quoi ? »
Le blond lui montra un pantalon blanc, un petit gilet sans manche rouge et un petit chapeau rouge. Duo haussa un sourcil.
- « T'es sûr que ça va pas être plus ridicule avec ça qu'avec ce que je t'avais mis sur le dos ? »
Quatre se contenta de lui sourire avant de passer les vêtements. Le gilet rouge lui arrivait à mis-dos et couvrait simplement sa poitrine. Il serra le pantalon aux chevilles et à la taille alors que celui-ci tombait de façon lâche entre ses jambes. Il finit par placer le petit chapeau rouge à pompon noir sur sa tête et regarda Duo avec un grand sourire. Il leva lentement les mains devant son visage et les fit onduler lentement en les faisant passer devant ses yeux.
- « … Comment… ? Comment tu fais pour avoir la classe avec ce costume ridicule ?
- Tu vas me vexer, Duo. Ca ne se voit peut-être pas, mais ma famille était issue d'un autre continent.
- Tu déconnes ? T'es quand même pas originaire du continent du sud ?
- Eh si… »
Un grand sourire victorieux étirait les lèvres du blond tandis qu'il continuait à danser. Duo s'approcha de lui en souriant et commença à onduler au même rythme.
- « Loin de moi l'idée de vouloir remettre ça sur le tapis, mais c'est pas en dansant comme ça que tu vas décider Tro à ne pas bouger. »
Le vampire roula des yeux mais ne répondit pas. Il joignit les mains devant sa poitrine et commença à ne remuer que les hanches. Un sifflement retentit à l'autre bout de la pièce tandis qu'on tapait dans ses mains.
- « Waouh ! T'as des dons cachés, mister chauve-souris ! »
Réléna et Dorothy s'approchèrent d'eux. La première avait levé les mains à côté de sa tête et marquait le tempo alors que la deuxième faisait quelques mouvements simples de danse.
- « Wouhou !
- Allez !
- Vas-y Quatre, montre-nous ce que t'as dans le ventre ! »
L'ambiance dans la pièce grimpait peu à peu et aurait pu continuer à monter si… Si… Si un chasseur de prime de s'en était pas mêlé.
La porte du salon s'ouvrit brutalement et Heero entra alors, blanc et visiblement de très, très, très mauvaise humeur. Il observa les quatre personnes responsables de ce remue-ménage et plus particulièrement son collègue. Il lâcha d'un ton glacial :
- « Je dors dans la pièce à côté et je suis crevé, alors... »
Réléna l'observait avec adoration et lui tenta de ne pas tenir compte de sa tenue.
- « Alors j'espère pouvoir me reposer un peu… Tu comprends ça, Quatre, n'est-ce pas ? »
Quatre se contenta d'un sourire crispé en toute réponse. Avec toute l'expérience qu'il avait des réveils difficiles du brun, la seule chose qui était à faire à l'instant présent était de laisser passer la tempête. Réléna s'approcha du brun et le prit par le bras, tout sourire.
- « Mais bien sûr, bien sûr… Mais puisque vous êtes réveillé, vous prendrez bien un petit-déjeuner, n'est-ce pas ? »
Heero pâlit encore plus et eut, l'espace d'un instant, l'air horrifié par la tenue de la jeune femme. Duo le regarda en souriant essayer désespérément de se dégager. Il jeta un coup d'œil dans une des malles qui était près de lui et son regard s'éclaira. Il en sortit un petit morceau de tissus noir aux reflets bleus brillants.
- « Dis-moi, Dorothy… Si j'ai bonne mémoire… Ce truc est bien la chose la plus moulante jamais inventée ? »
Elle se tourna vers lui, légèrement désintéressée mais son regard s'éclaira bien vite.
- « … C'est surtout un truc qui pourrait se révéler très intéressant pour une certaine gérante. »
Quatre les observa sans comprendre.
- « Qu'est-ce qu'il y a ?
- Oh c'est juste que…
- … Heero n'est pas assez de mauvaise humeur à notre goût… »
Le vampire regarda d'un air inquiet le grand sourire du châtain. Les deux prostitués s'approchèrent de leur gérante, passablement engluée au chasseur de prime.
- « Hey, Réléna ! »
Duo leva le morceau de tissu noir qu'il tenait.
- « C'est quoi ce truc, déjà ? »
La jeune femme parut contrariée d'être ainsi dérangée et lui lança un regard ennuyé.
- « C'est le… »
Ses yeux s'éclairèrent subitement. Elle lâcha immédiatement le bras du chasseur de prime qui en fut légèrement déstabilisé. Elle fixa Duo et Dorothy avec de grands yeux brillants, presque humides de larmes. Les deux autres se contentèrent de sourire un peu plus largement. Heero regarda cet échange les sourcils froncés, un frisson dans son dos présageant un danger.
La gérante reprit un visage calme, elle leva lentement la main droite et claqua des doigts, comme si elle attendait tout naturellement qu'on satisfasse une de ses requêtes. Duo et Dorothy s'approchèrent tranquillement du brun.
- « Désolé, Heero…
- Si on n'accède pas à sa demande elle sera impossible, tu comprends.
- Merci de te laisser faire pour notre bien.
- C'est à toute une communauté que tu rends service, c'est beau. »
Heero fit un pas en arrière mais les deux prostitués étaient déjà sur lui. Il n'eut pas vraiment le temps de comprendre ce qui se passait qu'ils l'avaient plaqué au sol et enlevaient sans le moindre mal son pantalon. Duo et Dorothy durent quand même se mettre à deux pour le maintenir quand il comprit ce qui se passait, tandis que Réléna lui passait le vêtement qu'ils avaient amené. Les autres occupants de la pièce regardaient ce qui se passait, trop horrifiés pour bouger.
Une poignée de secondes plus tard, les trois déguisés se relevèrent et Heero bondit pour s'éloigner. Il regarda ce qu'il portait, plus blanc que jamais.
Ca… Ca devait être une sorte de short… Mais alors… C'était le short le plus moulant qu'il n'avait jamais vu.
Dorothy mordit un de ses ongles, un grand sourire étirait sa bouche.
- « Yeah ! Le spandex est toujours aussi légendaire ! »
Duo passa un bout de langue sur ses lèvres avant de se les mordre.
- « Il ne laisse plus beaucoup de place à l'imagination… Et on le remercie pour ça… »
Réléna avait l'air d'être en transe complète. Elle observait Heero avec des étoiles dans les yeux.
- « Je devrais le faire bosser comme ça… »
Les deux autres se détachèrent immédiatement de leur contemplation.
- « Oh oui !
- Tu as eu beaucoup de bonnes idées, mais ça doit être une des meilleures ! »
Trop occupés à rêver, ils ne virent pas le chasseur de prime faire demi-tour en quatrième vitesse et courir vers sa chambre.
- « Non, Heero !
- Je sais bien que t'as l'impression d'être nu, mais c'est pas grave !
- Reviens, il faut que tu… »
Mais ils furent tous coupés dans leur poursuite par la vue arrière du spandex. Duo et Dorothy restaient scotchés d'un air absorbé tandis que Réléna, elle, arborait un air extatique. La porte de la chambre se referma, les sortant de leur transe. Les deux prostitués jurèrent, se maudissant de s'être fait avoir ainsi. Réléna, elle, s'approcha lentement de la porte. Elle posa les mains dessus et se laissa glisser contre le bois.
- « Oh Heero… Le spandex sera ton emblème à jamais… »
Le brun rouvrit immédiatement la porte, le regard plus noir que jamais. Mais face à la jeune femme, agenouillé devant lui, les mains jointes et les yeux mouillé, il sentit un long frisson lui parcourir le dos et il referma la porte aussi vite qu'il l'avait ouverte.
Dorothy et Duo s'éloignèrent, décidés finalement à ne retenir que le positif de cette affaire, à savoir : la vision que leur avait offert le spandex.
- « Bon… Il va falloir y aller mollo avec eux ce soir…
- Hm… Ca serait dommage de le voir s'enfuir si vite. Et puis je perdrais mon pari… »
Ils passèrent en souriant sous le regard terrifié des trois autres nouveaux serveurs.
- « Alors, Heero… Il faudrait que tu me montes… Une bouteille de vin dans la chambre de Violette… Deux flûtes de champagnes chez Tyfany… Une autre bouteille de vin mais là chez Ed, te trompe pas hein ils ont pas le même prix… Deux verres d'absinthe pour Dorothy… La bouteille de bourbon avec de la glace pour les faire on the rock chez Duo… Et puis… Mince, je vais pas arriver à caser autre chose sur ton plateau… Rah ils sont chiants à toujours commander à la même heure… »
Le brun regarda son plateau déjà bien remplit avec un brin d'appréhension. Il allait falloir qu'il traverse le salon bondé, qu'il monte l'escalier en colimaçon et qu'il traverse le couloir extérieur sans rien renverser ? Le barman le croyait-il doué d'un sens de l'équilibre surdéveloppé ou… ?
- « Bon ben dépêche-toi alors… J'aurais sûrement des choses à te refaire monter dès que tu seras descendu… »
Heero prit le plateau, serrant les dents, alors que les verres et les bouteilles tremblaient dangereusement.
- « Ca se passe bien sinon ton premier soir ? »
Occupé à trouver à peu près le centre de gravité du plateau, le tout nouveau serveur prit tout de même le temps de jeter un regard incrédule au barman avant de grommeler quelque chose qui se voulait plus ou moins affirmatif.
Si son premier soir se passait bien ?
Bien ?
Huh…
Comment pouvait se passer un premier soir en tant que serveur dans une maison close quand on avait été policier, puis chasseur de prime ? Etait-ce seulement censé bien se passer ?
Bon… S'il voulait être honnête avec lui-même, il devait avouer que ç'était moins pire que ce qu'il s'était imaginé.
Il avait juste dû se faire à cette foule de personnes en tenue aguicheuse ou au moins « intéressante pour le client » comme disait Réléna. Il avait juste dû se faire à tous ces hommes en costumes trois pièce qui reluquaient des pieds à la tête tous les prostitués qui passaient sous leur yeux. Il avait juste dû se faire à tous ces gens qui pelotaient ou se faisaient peloter un peu partout dans le salon. Enfin… Au moins Réléna tenait à ce que tout ce qui se passe ici soit à peu près soft. A l'étage, c'était une autre affaire…
Encore que… « S'y faire »… C'était un bien grand mot… Pour le moment, il essayait plus de fermer les yeux plutôt que de « se faire à l'idée que… ».
Bon… Il y avait quand même quelque chose sur lequel il ne réussissait pas à fermer les yeux. Il trouvait l'ambiance malsaine. Les sourires des prostitués en réponse aux regards inquisiteurs et aux mains baladeuses le mettaient mal à l'aise. Ces sourires ne faisaient pas faux ni crispés mais ils ne lui semblaient pas naturels dans une telle situation. Et puis il perdait un peu pied avec les prostitués. Dorothy par exemple. D'après les quelques moments où il avait été en contact avec elle, c'était une grande gueule avec un caractère de cochon. Le premier client avec lequel il l'avait vue l'avait regardé avec délice prendre des tons autoritaires et décider de tout, jusqu'à ce qu'ils allaient boire. Quand il l'avait recroisé quelques heures après, elle se trouvait docilement assise à côté d'un autre homme. Elle ne parlait que très peu et d'une voix basse, paraissant presque froide et distante mais il en semblait ravit. Et de la même façon, les autres prostitués semblaient changer du tout en tout entre deux clients. Au final, Heero ne savait absolument pas sur quel pied danser.
Enfin… Ce n'était pas très important, de toute façon. Tout en réfléchissant, il avait réussi à avancer dans la salle et il montait maintenant les escaliers. Bien… Le plus dur était à faire. Car si Réléna tenait à ce que tout ce qui se passaient en bas reste soft, il en était tout autre à l'étage. Car à l'étage…
- « Hmmmmm…
- Ahan… !
- Encore… »
A l'étage il y avait les chambres…
Heero regarda, les dents serrées, la rangée de porte qui se trouvait devant lui. La maison était construite comme un carré avec une cour intérieure. Du coup, les chambres à l'étage se trouvaient toutes sur une coursive extérieure qui donnait sur la cour. Si les prostitués utilisaient pendant la journée la multitude d'escaliers pour ne pas avoir à trop passer par ce couloir extérieur, le soir tous les clients utilisaient ce passage.
Heero prit une profonde inspiration avant de s'avancer. Il espérait juste que les prostitués chez qui il apportait des boissons n'étaient pas… En train de travailler…
- « Ah oui… !
- Ha… Ha…
- Hmm… Ahah ! »
Le brun passa dans le couloir en serrant les dents, allant porter les boissons aux prostitués qui, heureusement pour lui, ne travaillaient pas au moment où il frappa ou alors ne le laissèrent pas entrer. Son plateau se vidait peu à peu quand il arriva devant la porte de Dorothy. Il resta un moment devant, se demandant vaguement s'il allait la voir ouvrir en combinaison latex ou bustier à pointe. Venant de sa part, ce genre d'attirail ne l'étonnerait pas trop… Il toqua trois coups sur la porte en bois.
- « Entrez ! »
Il prit une profonde inspiration et appuya sur la poignée. Il fit un pas dans la pièce avant de s'arrêter. A quelques mètres de lui se trouvaient Dorothy et son client.
Lui était typé Espagnol, avec les cheveux bien noirs tirés en arrière, un bouc soigné et un air sévère sur le visage. En pantalon et chemise, il se trouvait derrière la blonde.
Elle était en corset et porte-jarretelles, appuyée contre un des piliers de son lit à baldaquin, quelques mèches de ses longs cheveux retombaient sur son visage, comme si elle avait eu la tête penchée en avant. Les cordons de son corset étaient entre les mains de son client.
- « … J'apporte votre commande.
- Merci Heero. Entre donc. Si tu veux juste attendre trente secondes… »
L'homme détacha alors son attention du serveur pour la reporter sur le corset. Quelques secondes après, le bruit des lacets qui sifflaient retentit alors que le corps de la prostituée se tendait.
- « Plus fort… »
Les lacets sifflèrent encore plus alors que la jeune femme appuyait la tête contre le pilier de bois de son lit, les yeux fermés.
- « Oui comme ça… »
Heero haussa lentement un sourcil alors que l'homme passait peu à peu les cordons dans la multitude d'œillère du corset, finissant de le lacer. Une fois que ce fut finit, la blonde se retourna et jeta un regard en dessous à son client.
- « Merci. »
Le brun sentit un frisson parcourir son dos. Ce n'était pas possible… Il avait rêvé ou… Cette femme qui se promenait en string en gueulant à tout va venait juste d'avoir un regard docile ?! Mais… ! Docile ne devait même pas faire partie de son vocabulaire !
Ce fut un Heero passablement sonné qui sortit de la chambre. Décidément, il allait avoir du mal à se faire à ce job. Il soupira et avança un peu plus sur la coursive. Bon alors… Il lui restait à passer chez Tyfany et chez… Il leva les yeux en apercevant quelqu'un appuyé à la rambarde. Il s'arrêta.
A quelques mètres de lui, Duo regardait d'un air absent la cour à l'étage en dessous. Le vent était froid mais ça n'avait pas l'air de le gêner. Pourtant, sa tenue se réduisait à un simple pantalon noir. Ses pieds étaient nus et il n'avait rien sur le dos. Et vu la façon dont il tombait sur ses hanches, on pouvait même se demander s'il portait quelque chose sous son pantalon.
Heero était toujours en train de l'observer quand une autre personne sortit de la chambre de Duo dont la porte était restée entrouverte. L'homme avait la peau très pâle, les cheveux très noirs et avait l'air très propre sur lui. Ses vêtements n'avaient pas un pli, sa cravate était impeccablement nouée et il était parfaitement bien rasé. Il s'approcha du châtain et, sous le regard exorbité de Heero, lui mit la main aux fesses, le pelotant sans complexe.
Le prostitué resta accoudé à la barrière sans aucune réaction. Puis l'homme lui murmura quelque chose à l'oreille tandis que ses mains remontaient vers son torse, et Duo se redressa, un doux sourire aux lèvres. Il appuya sa tête contre l'épaule du type, passant une de ses mains dans les cheveux noirs. Il aperçut alors Heero du coin de l'œil. Il lui fit un grand sourire tandis que son client essayait de toute évidence de traumatiser ses tétons. Le serveur haussa lentement un sourcil et Duo lui fit signe de s'approcher. Heero sembla hésiter, puis il s'approcha en soupirant.
- « Ah… Je crois que voici votre commande. »
Le client releva un instant la tête avant de baisser son regard vers le pantalon du prostitué où sa main venait de plonger.
- « Je te laisse t'en occuper.
- D'accord. »
Heero fixa un instant la main du brun qui avait disparu sous le pantalon et avait fait apparaître une fine ligne de poils châtains. Il releva rapidement la tête et tomba sur un regard violet braqué sur lui. Il fronça un sourcil tandis que le sourire du prostitué devenait de plus en plus en grand. Duo attrapa le verre, la glace et la bouteille de bourbon sur le plateau avec un sourire toujours plus grand. Son client retira brutalement sa main et se retourna.
- « Rentrons. Il fait froid ici. »
Il rentra dans la chambre sans un regard en arrière. Duo fixa pendant encore un petit moment Heero puis il lui fit un clin d'œil et se retourna. Le brun fronça les sourcils en regardant la porte se refermer.
…
Mais comment ce type pouvait-il rester si calme quand on le tripotait comme ça ?
Comment pouvait-il prétendre aimer son métier ?
Heero secoua la tête et fit demi-tour, finissant d'apporter les boissons qu'il lui restait avant de redescendre. A peine fut-il dans le salon que le barman remplit à nouveau son plateau. Il croisa un Wu Fei passablement crispé qui venait de servir Réléna, en grande discussion avec son client. Le brun observa un moment la jeune femme en longue robe noire vaporeuse à motif de papillons. D'après ce qu'il avait compris, Réléna n'était pas à proprement parler une prostituée. Ce qu'elle faisait s'approchait plus du métier des courtisanes. La majeure partie de ses clients était des gens haut placés et d'après ce que lui avait dit Duo, elle se contentait de discuter avec eux, parfois elle les massait ou leur jouait de la musique. Parfois, quand les clients étaient de vieilles connaissances, elle proposait aussi des bains mais ne s'y baignait jamais, ou alors toute habillée.
Il était vrai qu'il se dégageait d'elle un certain raffinement. Heero pouvait comprendre qu'on puisse se sentir apaisé quand elle agissait comme ça.
La jeune femme tourna alors la tête et tomba sur son regard. Ses yeux se plissèrent tandis que ses pupilles s'enflammaient, un grand sourire étira ses lèvres.
Ok… ! Elle pouvait être raffinée, mais avec lui elle avait apparemment décidé de se montrer flippante et centrée sur… Le sud de ses reins…
Heero s'éloigna, essayant de lui tourner le dos le moins possible, et se rapprocha du bar. Il y posa les verres sales qu'il avait ramassés, restant un moment à les contempler. Une porte derrière le bar s'ouvrit alors et Hilde apparut, essoufflée. Elle était habillée d'un pantalon noir et d'une chemise blanche, qui étaient tous les deux passablement mouillés. Il avait été décidé que pour son premier soir, la brunette ferait la plonge et vu le nombre de verre qu'il emportait à chaque fois, elle ne devait pas chômer. Elle lui fit un petit sourire quand elle vint prendre la pile de verres sales.
- « Ca va ? »
Elle poussa un profond soupir.
- « Ouais. »
Elle secoua la tête comme pour essayer de se reprendre en main.
- « Et toi ?
- …
- Ok. Trowa et Quatre te cherchaient. »
Il haussa un sourcil.
- « Pour ?
- Ils voulaient prendre leur pause je crois. »
Il hocha la tête et souhaita bon courage à la brunette avant de s'éloigner. Il finit par apercevoir les deux ex-chasseurs de prime à l'autre bout du bar, en grande discussion près d'une porte battante. Il s'approcha d'eux alors que le blond relevait la tête.
- « Hey, Heero… On a voulu te chercher quand on a pris notre pause mais tu avais disparu.
- J'étais à l'étage.
- …Oh… »
Le brun soupira.
- « Et sinon, ça se passe comment de votre côté ? »
Les deux serveurs le fixèrent un moment en silence avant de répondre.
- « Heum… J'ai dû ajuster mes sens de vampires pour pas… Trop être perturbé par… Enfin les… La…
- La multitude de monde qui baise à l'étage ?
- … Oui c'est ça… Merci Heero… »
Le blond toussota.
- « Et puis… C'est très spécial comme milieu quand même donc… On va sûrement mettre un petit peu de temps à s'y faire.
- Parce que tu as l'intention de t'y faire ?! »
Wu Fei venait de poser son plateau chargé de verres et jetait un regard noir au vampire.
- « Ben… Il faut au moins reconnaître qu'on est caché ici. On est en sécurité.
- En sécurité… ? Tu te sens en sécurité toi ?
- Et bien je trouve que… »
Un claquement résonna alors, coupant la parole au blond. Une main venait de se poser sur ses fesses et n'avait pas l'air pressée d'en repartir. Quatre serra les dents, sentant son sang se geler. Il se tourna lentement vers le client qui continuait de siroter son alcool.
- « Monsieur… Je regrette mais je ne suis pas un prostitué… »
L'homme haussa un sourcil, un sourire aux lèvres.
- « Et ça pose un problème ? »
Quatre lui sourit en réponse, à la différence près que son sourire était un peu plus dangereux et avec des canines un peu plus longues. Mais dans la pénombre, l'homme sembla ne pas le remarquer.
- « Et bien…
- Hey ! Bonsoir monsieur Hernst ! Ca faisait longtemps que je ne vous avais pas vu !
- Tiens Duo… Je ne savais pas que tu étais revenu… »
Le prostitué avait surgit de nulle part, posant ses mains sur les épaules du client.
- « He oui, je suis revenu. Et pour autant que je sache, les règles de la maison n'ont pas changé pendant mon absence. On ne touche toujours pas aux serveurs. On regarde mais on ne touche pas. »
Il attrapa la main de l'homme.
- « Oh ce n'était rien de méchant… Je l'ai à peine caressé…
- Et oui mais la maîtresse de maison est toujours aussi exigeante sur ces choses là. Alors soyez raisonnable, suivez les règles.
- Bon, bon… Ca va, ça va… »
L'homme fit mine de bouder et recommença à siroter son verre. Duo lui fit un grand sourire, passa le bras autour des épaules de Quatre et l'éloigna un peu du type.
- « Oh la vache, Quatre… Ca serait mal vu de tuer un client dès le premier soir tu sais. Que ce soit toi ou Trowa qui se charge du sale boulot…
- Je vais quand même pas me faire peloter sans rien dire ! »
Trowa le regarda d'un œil noir.
- « Vrai, Duo. On n'est pas là pour se faire toucher ni pour se faire reluquer. Il me semble que tu avais oublié de nous préciser cet aspect là de notre job quand tu nous as embauché.
- Je ne t'embauche pas Tro, je te débauche. »
Le brun roula des yeux devant le grand sourire du châtain.
- « Bon plus sérieusement, les mecs… J'imagine que ça doit vous faire bizarre. Mais ici on est dans un bordel, faut pas se leurrer non plus, c'est pas un salon de thé pour grand-mère. Ici tous les corps doivent être attirants pour donner envie au client, les serveurs n'échappent pas à la règle. Par contre vous pouvez refuser qu'on vous touche, ça Réléna est formelle là-dessus. Mais n'oubliez pas que le client est roi. Vous refusez, vous expliquez bien que ce n'est pas dans les règles de la maison mais vous restez courtois. Parce que si vous cassez le bras à un type qui a eu la main baladeuse, moi je ne pourrais pas empêcher Réléna de vous casser le vôtre avant de vous mettre à la porte. Croyez-moi, vous ne l'avez jamais vu en colère et vous ne voulez pas la voir ainsi. »
Aucun des quatre serveurs ne répondit. Duo les observa tour à tour.
- « Bon… Et sinon, il se passe bien, votre premier soir ? »
Quatre regards désabusés fixèrent Duo.
- « Bien ? Bon sang Maxwell je devrais tenir une check-list des parties de mon corps qui n'ont pas été « malencontreusement effleurées » !
- T'abuses Duo ! Tu aurais pu nous briefer un peu plus quand même ! Tu nous as balancé ici sans rien nous expliquer !
- Cette gérante est complètement folle ! Je ne compte plus les trucs de dingues qu'elle m'a demandé depuis le début de la soirée !
- … »
Duo sourit.
- « Bon alors… Trowa, si tu commences à établir une check-list, t'es pas au bout de tes peines. Quatre, de toute manière c'est sur le tas qu'on apprend le mieux. Wu Fei, si tu te rends compte uniquement maintenant que Réléna est folle, tu es moins rapide que je ne pensais, même si tu ne l'as pas encore vu au meilleur de sa forme. Et Heero… T'as pas répondu toi…
- Je pensais que mon silence était suffisamment équivoque.
- Ben non. Ca peut vouloir dire que tu vas te pendre ou alors que tu as découvert une passion secrète à observer les gens se faire peloter. »
Le sourcil gauche du brun se haussa très haut.
- « … Pardon ?
- Oh Heero, je savais que sous tes airs froids tu étais un véritable pervers !
- Duo… »
Le prostitué sursauta et se retourna immédiatement, se retrouvant nez à nez avec le client qui était dans sa chambre auparavant.
- « Je crois que je ne vais pas prendre de verre finalement.
- Ah… Votre verre… Euh… Oui, bien sûr… Excusez-moi pour l'attente… Hum… Vous êtes sûr ?
- Oui. Il se fait tard je vais rentrer.
- Très bien. Je vous raccompagne alors. »
Les quatre serveurs les regardèrent s'éloigner.
Il avait oublié qu'il venait chercher un verre ?
- « Et ça vient nous faire la morale… »
C'est assez amusant au final de voir Duo essayer de se rattraper.
…
Heero les suivit des yeux jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent devant la porte. L'homme avait revêtu un pardessus beige aussi impeccable que tout ce qu'il portait. Il se pencha vers Duo et l'embrassa. Le brun trouvait qu'il y avait quelque chose de malsain dans cette scène. Peut-être que ça venait de ce type aux aspect si irréprochables qui passait sans aucun ménagement les mains sous la chemise du prostitué pour le peloter une dernière fois. Ou peut-être que ça venait du sourire calme que lui renvoyait le prostitué.
Heero finit par détourner les yeux.
Comment ce type pouvait-il rester si calme ? Comment pouvait-il sourire ? Comment pouvait-il prétendre aimer son métier quand on le traitait comme un vulgaire bout de viande ?
Il secoua la tête.
- « Je pense que je vais prendre ma pause.
- Ah… Ok Heero, je préviendrai les barmen. »
Le brun remercia Quatre et disparu d'un air pensif derrière la porte battante. Il marcha le long du couloir jusqu'à arriver dans le salon des prostitués. Il fit un pas à l'intérieur quand un grand rire retentit. Il se demanda si finalement il n'aurait pas mieux fait d'aller ailleurs.
- « Et puis… Ah ? Oh c'est toi Heero…
- Moi aussi je suis content de te voir, Dorothy… »
La blonde était installée dans un des fauteuils, son porte-cigarette à la main. A côté d'elle se trouvait une petite rousse assez menue mais avec une poitrine généreuse et une crinière gigantesque et crêpée. Sur le canapé de l'autre côté se trouvait un type aux cheveux noirs et à la peau bronzée. Kitry et Esteban, si Heero se souvenait bien…
- « T'aurais pas vu Duo ? »
Le brun s'installa dans un fauteuil un peu à l'écart.
- « Il raccompagnait son client il y a trente secondes.
- Il devrait bientôt arriver alors. Ca doit bien faire dix minutes que je lui ai dit qu'on l'attendait.
- Je sais pas. Ils n'avaient pas l'air pressé de se quitter. »
Un grand sourire étira les lèvres de la blonde.
- « Ah, Heero… Ca fait du bien de voir autant de naïveté dans ce bas monde… Ca se voit que tu n'as jamais connu de prostitué. »
Le brun haussa un sourcil. Kitry éclata de rire.
- « Sérieux, Heero. T'as vu le client de Duo, non ? Même sans connaître le métier, t'en dirais quoi de ce type ?
- … Je sais pas. Je l'ai pas vraiment observé.
- Roh, allez.
- … Il fait propre sur lui.
- Mais ? »
Le brun fronça un sourcil.
- « Mais quoi ?
- « Mais » bordel ! « Mais » ! »
Esteban se tourna vers lui.
- « Même sans être du milieu… Franchement ce type il avait l'air louche.
- Il puait l'embrouille à des kilomètres ! Je l'ai flairé direct !
- Trop propre sur lui justement. »
Le serveur haussa les épaules.
- « Duo n'avait pas l'air spécialement affecté quand il le pelotait en tout cas. »
Dorothy amena son porte-cigarette à ses lèvres.
Elle tira une bouffée.
- « Alors ça Heero, je demande à voir. Ouvre grands tes yeux et tes oreilles, tu vas en apprendre un petit peu plus sur les prostitués ce soir. »
Le brun fronça les sourcils et soutint le regard cynique de la jeune femme. Les deux autres prostitués choisirent le silence. Pendant quelques minutes, aucun mot ne fut prononcé, puis brutalement, la porte fut ouverte et alla s'écraser contre le mur.
- « Putaindebordeldemerde ! Chier ! Pourquoi toujours moi ?! »
Duo referma violemment la porte et entra dans la pièce en déboutonnant sa chemise.
- « Je veux une douche à l'eau de javel ! »
Dorothy éclata de rire.
- « Tant que ça ?
- Putain Dot', si ce type repasse un jour, dis-lui que je suis mort et enterré.
- Mort de quoi ?
- D'une maladie longue et douloureuse suite à son passage traumatisant. »
Kitry s'agita sur son siège.
- « Il a fait quoi ?
- J'étais dans un état complètement halluciné mais je crois bien qu'il a violé mes tétons. »
Un grand sourire étira les lèvres de la jeune femme.
- « Spèce de sadique, arrête de sourire comme ça ou je te recommande à lui. »
Le châtain ôta complètement sa chemise et la regarda d'un air désolé.
- « Ma pauvre chemise… Je t'aimais tellement… Dire que je vais être obligé de te brûler… »
Esteban approcha son fauteuil.
- « Allez Duo, raconte. C'est pas drôle de tout garder pour toi. Il t'a fait quoi ?
- Oh il m'a rien fait faire de louche… Mais… Je sais pas si on venait de lui faire une greffe des mains et qu'ils voulait les tester mais en tout cas il avait envie de palper. »
Heero se leva discrètement et alla se servir un verre d'eau.
Alors… Duo n'avait pas aimé passer du temps avec ce type ? Pourtant de l'extérieur…
- « Ah non… C'est les pires, ceux-là…
- Ou alors je sais pas… Il a été boulanger dans une autre vie et il m'a pris pour sa pâte à pain… »
Dorothy avait sûrement raison. Il était trop naïf… Après tout, c'était vrai qu'il ne connaissait rien au métier des prostitués. Peut-être que c'était pour ça qu'il n'arrivait pas à se faire à cette ambiance... Qu'il l'a trouvait si malsaine…
- « Mon dernier était comme ça aussi. En plus il me voulait docile et soumise. Une horreur. Il a serré mon corset à fond ce malade, je me suis demandée si j'allais pas tomber dans les pommes avant qu'il parte.
- Il t'a fait des trucs aux pieds ? Quand t'as des maniaques des pieds, c'est horrible…
- Aux pieds non. Par contre il est resté scotché sur mes fesses. Au bout de quarante minutes, ça a fini par être lassant quoi. Argh… Je me sens sale, tiens… »
Pourtant… Il avait vraiment cru aux sourires de Duo. Ils lui semblaient vraiment réels.
- « Oh Heero, purifie-moi… »
Le brun se figea. Il y avait un corps derrière lui. Un corps qu'il n'avait pas entendu arriver. Un corps pressé contre lui. Plus deux bras qui passaient sur son torse.
- « C'est ça Heero, et astique-le comme il faut hein ! »
Les trois éclats de rire qui résonnèrent contribuèrent à crisper encore plus la mâchoire du brun. Il attrapa un des bras qui étaient autour de son torse et se retourna en le pliant dans le dos du châtain. Il le poussa contre une armoire, augmentant sa pression sur son bras. Duo fit une petite grimace avant de fixer le serveur d'un air boudeur.
- « Pas la peine de le prendre comme ça.
- Tu arrêtes tout de suite. »
Duo fronça un sourcil et la pression sur son bras augmenta légèrement.
- « Tch ! »
Il serra les dents pour retenir son cri de douleur et fixa Heero d'un regard noir. Puis peu à peu, se traits se détendirent tandis qu'un sourire étirait ses lèvres. Le brun haussa un sourcil et appuya encore un petit peu sur le bras. Le prostitué prit un air extatique.
- « Oh oui Heero, fais-moi mal… »
Le remède fut radical. Le brun lâcha immédiatement le bras de Duo qui le fixa avec un petit air victorieux. Ils auraient pu rester longtemps à se fixer si, après quelques minutes, la porte du salon ne s'était pas ouverte.
- « Excusez-moi messieurs dames, je cherche Duo et on m'a dit que… Ah !
- Treize ? »
Le brun se précipita vers Duo et lui prit la main.
- « Ah Duo, je commençais à désespérer. Ca doit bien faire dix minutes que je te cherche.
- Mais qu'est-ce que tu fais là ? C'est pas ton jour et puis tu n'as pas le droit d'être dans la partie réservée au personnel.
- Comme je suis un vieux client, mademoiselle la gérante m'a donné son laisser-passer. »
Duo lui fit un grand sourire et passa ses bras autours de son cou.
- « Et bien… Tu remontes considérablement le niveau de ma soirée… »
Il posa ses lèvres sur celles du brun avant de s'écarter de lui pour aller reprendre sa chemise.
- « Allez viens. Même si Réléna t'a donné son feux vert, faut pas que tu restes ici. C'est la partie des prostitués ça pas des clients. J'aime pas quand on mélange. »
Il se rhabilla rapidement et s'apprêtait à ouvrir la porte quand Dorothy tira une bouffée de sa cigarette.
- « Et bien… Tu me fais des infidélités en ce moment, Treize… »
Le politicien, qui semblait tout juste prendre conscience de sa présence, s'approcha alors d'elle, lui prit la main et déposa un baiser dessus.
- « Excuse-moi Dorothy. Je viendrais te voir un soir, je te le promets.
- C'est ça ouais, le soir où je serais malade par exemple. Et encore… »
La blonde leva son majeur à l'intention de Duo qui la regardait avec un grand sourire. Treize se contenta d'embrasser une fois la paume de sa main et une fois le creux de son poignet avant de se redresser. Il sortit de la pièce, une main sur les épaules de Duo. Une fois que la porte se fut refermée, Dorothy poussa un long soupir.
- « Aaah… Il fait chier Duo à piquer tout le temps les meilleurs clients… Bon allez… Il faut que j'aille bosser moi aussi. Tu viens Kitry ?
- Yep !
- Esteban ?
- Je vais rester encore un peu.
- C'est toi qui vois. »
Elle se releva, secoua sa longue chevelure blonde et se dirigea vers la porte. Avant de sortir, elle jeta un regard à Heero.
- « Alors ? Tu penses toujours que Duo n'était pas pressé de quitter son client ? »
Le brun ne lui répondit pas et elle sortit de la pièce un sourire aux lèvres.
- « Allez, t'en fais pas… Tout le monde se trompe au début. Moi j'étais pareil quand je suis arrivée dans une maison close la première fois. »
Heero haussa un sourcil en regardant le type siroter son café.
- « Je ne m'en fais pas.
- Ouais… N'empêche que t'as quand même été bluffé par Duo. »
Esteban le regarda avec un grand sourire. Le serveur plissa les yeux avant de hausser les épaules.
- « Honnêtement, je peux pas te blâmer. Parmi tous les prostitué, t'es tombé sur le pire question bluff. »
Il se réinstalla dans son fauteuil.
- « Va pas croire que Dorothy avait grillé Duo. Nan… Le seul truc qu'elle a pu remarquer, c'était que le type avait franchement l'air louche. Rien de plus. »
Il reposa sa tasse vide sur une petite table à côté de lui.
- « C'est pas un hasard si Duo n'a jamais eu de problème de clientèle. Il est doué. »
Heero ne put se retenir de rouler des yeux. Le prostitué s'en aperçut, fronça les sourcils et se leva pour s'approcher de lui.
- « Attends, faut pas être de mauvaise foi non plus. Duo a un physique sympa qui lui sert bien, mais il a pas que ça. Il est pas le fantasme du gay ou du bi de base. Il a ce qu'il faut là où il faut mais comme ça, c'est pas une bombe. Bon il sait s'arranger, et une fois habillé il a un sacré sex-appeal. Mais sinon physiquement, son seul point fort c'est… »
Il resta la main en l'air, attendant que le brun finisse sa phrase. Celui-ci le dévisagea longuement.
- « C'est … »
Heero haussa un sourcil.
- « Rah mais bordel il a des cheveux sublimes, des yeux magnifiques mais son premier point fort c'est …
- … »
Le prostitué posa la main sur ses hanches, l'air atterré.
- « Son cul, bon sang ! »
Le sourcil gauche du brun se haussa très haut.
- « Si Duo a un atout majeur dans son physique c'est bien ses fesses ! Et il l'a bien compris, il les met toujours en valeur ! Rappelle-toi comment il était habillé tout à l'heure. Tu le visualises ?
- … Non, non ça ira…
- Mais on ne voit que ça ! Et il a raison de les mettre en évidence ! »
Il commença à faire des gestes avec ses mains.
- « Il a la fesse haute, ronde et ferme. Il n'a rien à envier à celles de Dorothy. Je suis même sûr qu'elle est jalouse de ses fesses. Elles sont…
- Ca ira, niveau description. »
Esteban eut un moment d'arrêt après avoir été coupé en pleine lancée. Il observa un moment le brun avant de rouler des yeux.
- « Bref… Duo a un physique impec, mais s'il n'avait que ça, il pourrait pas rivaliser avec Dorothy. Elle, c'est une vraie bombe. D'ailleurs ils le savent, ils se battent jamais sur le plan physique uniquement, ils savent qu'il n'y aurait aucun intérêt de ce genre de pari. Tout comme Dorothy ne va jamais jouer sur le terrain de Duo. »
Le prostitué s'adossa au mur, prenant soudainement un air sérieux.
- « Que ce soit dans la rue ou dans une maison close, un prostitué ne peut pas compter uniquement sur son physique, ce serait une situation trop instable. On a besoin de fidéliser la clientèle, n'importe qui dans le métier te le dira. Et pour cela il faut être bon en… Relations humaines je dirais.
- Relations humaines ?
- Ouais… Il faut appréhender les gens. Que tu puisses savoir rapidement si ton client va te préférer soumis ou dominateur. S'il va falloir que tu fasses la conversations ou pas. S'il va aimer que tu fasses ton délicat ou que tu y ailles franchement. Et tout et n'importe quoi d'autre. »
Il inspira profondément avant de soupirer.
- « Duo est très bon à ça. Il arrive à détecter très rapidement la façon dont son client le voudrait. Et il se trompe rarement. En plus quand on grandit dans la rue, on est habitué à bluffer. Et les clients n'y voient que du feu. Ils pensent avoir trouvé la perle rare et ils reviennent le voir. C'est comme ça que Duo réussit toujours à se monter une clientèle d'enfer. »
Un sourire étira ses lèvres.
- « Ce serait un roi au poker. Je suis sûr que même Réléna et Dorothy, qui le connaissent pourtant depuis un bail, ne peuvent pas toujours discerner s'il bluffe ou pas. Des fois il te suffit de le regarder au bon moment, mais s'il a décidé de rien montrer, t'arriveras pas à savoir s'il est naturel avec son client ou pas. »
Le serveur resta silencieux.
- « Je te l'avais dis, c'est le pire question bluff. »
Esteban se recula de quelques pas, ne quittant pas le brun des yeux.
- « Ca veut pas dire qu'il bluffe aussi avec nous. Mais en tout cas, il en aurait les capacités. »
Il appuya sur la poignée de la porte.
- « Flippant quelque part, non ? »
Il fit un dernier sourire à Heero avant de sortir. Celui-ci fixa la porte fermée pendant un long moment.
Duo ? Flippant ?
…
Non, il n'avait décidément jamais pensé au châtain en ces thermes.
Il trouvait Duo chiant, buté, toujours à gueuler ou à se plaindre, il était un boulet, grande gueule aussi, qui aimait lui chercher des noises et qui s'énervait vite.
… Mais flippant ça non, il n'avait jamais pensé ça de lui.
D'ailleurs il avait du mal à se faire à cette image.
Il secoua la tête et sortit de la pièce.
D'ailleurs pour être flippant… Il faudrait qu'il soit calculateur. Or ce type qui se mettait à beugler dès que quelque chose ne lui convenait pas ne lui paraissait pas du tout calculateur.
Pouvait-on être un bluffeur calculateur tout en étant entier et assez naïf dans certains domaines ?
Ca lui paraissait un peu contradictoire.
Quatre aussi bluffait et calculait. Mais Quatre, lui au moins, il était sûr qu'il était honnête avec eux.
D'un autre côté… On pouvait considérer que, en gueulant dès que quelque chose lui déplaisait, Duo faisait preuve d'une certaine honnêteté.
Non, définitivement non. Il ne trouvait pas Duo spécialement flippant.
Ca lui avait tout de même fait bizarre d'en apprendre autant. Il n'avait pas imaginé qu'il y avait une telle réflexion quand un prostitué se trouvait avec un client. Il comprenait mieux maintenant pourquoi il avait vu Dorothy et les autres prostitués changer de caractère du tout au tout.
Quelque part il se sentait légèrement vexé… Mince il était chasseur de prime et ancien policier ! Les coups de bluff ça le connaissait ! Il était même champion dans les interrogatoires ! Il discernait la moindre attitude inhabituelle ou la plus petite faille dans un jeu d'acteur. Mais là, rien…
Peut-être était-ce l'ambiance qui ne l'avait pas amené à se questionner ou peut-être qu'il n'avait pas bien regardé.
Oui ça devait être ça. S'il regardait avec suffisamment de minutie, il devrait être capable de voir quelque chose. Une faute de fatigue ou n'importe quoi d'autre…
Hm…
Il fallait aussi qu'il se calme un peu… Ici il n'était ni chasseur de prime, ni policier et ça ne faisait pas partie de son boulot de détecter quand les prostitués jouaient un jeu ou pas.
Il se demandait quand même ce à quoi Duo avait bien pu penser quand il l'avait vu se faire peloter par son client quelques temps auparavant.
Il avait agi comme d'habitude mais finalement… Heero doutait que son client l'ait bien pris s'il s'était montré gêné par la situation.
Il poussa la porte battante et se retrouva à nouveau dans le salon des clients. Un faible brouhaha remplissait toujours la pièce, parfois surmonté par la voix des serveurs venant prendre une commande. Il y avait toujours un ou deux prostitués qui montaient à l'étage avec leurs clients, ou bien qui en descendaient. Il aperçut de loin Dorothy en train de discuter avec un homme d'une quarantaine d'années, exhibant fièrement ses longues jambes. Il finit aussi par apercevoir Duo, qui se trouvait à l'autre bout du bar. Il se trouvait encore avec le type qui était venu le chercher jusque dans la partie du personnel… Tr… Trent… Trey… Trev… Il ne se souvenait plus bien… En tout cas, même s'il gardait obstinément une main sur la hanche du prostitué, il semblait surtout en grande discussion avec Réléna. Duo les regardait parler avec un grand sourire, couvant l'homme du regard. Un des barmen finit par poser un verre sur le comptoir et le châtain se retourna et porta le verre à sa bouche. Il l'avait à peine fait que son expression changea soudainement. Ses sourcils se froncèrent très légèrement et l'espace d'une seconde ses lèvres furent légèrement retroussées. Puis son visage redevint parfaitement lisse.
Heero haussa un sourcil et se demanda un moment s'il avait rêvé quand il aperçut que la main du type avait lâché la hanche pour descendre sur les fesses du prostitué.
… Oh… S'il ne s'était pas trompé… Ce qu'il avait vu sur le visage du prostitué et même si ça avait rapidement effacé, c'était de la contrariété.
En même temps… S'il se souvenait bien… Duo ne s'était-il pas plaint que son précédent client soit resté scotché sur ses fesses un long moment ? On pouvait comprendre que ça l'agaçait de les voir si vite redevenir un centre d'intérêt.
Réléna et l'homme éclatèrent alors de rire et il passa ses bras autour du torse du châtain, le collant à lui. Duo les regarda avec un grand sourire, finit son verre et le reposa sur le comptoir.
…
Duo était fatigué.
En tout cas c'était ce qu'il avait semblé à Heero. Il s'était pourtant très bien débrouillé pour le masquer mais… Il semblait avoir haussé les sourcils un peu trop haut quand il avait bu son verre et avoir gardé un peu trop longtemps les paupières mi-closes. Et puis cette petite inspiration qu'il avait prise avant de se retourner pour faire un sourire radieux à son client…
S'il ne se trompait pas, Duo n'avait pas fait une seule vraie pause depuis le début de la soirée. Il avait dû s'enchaîner tous ses clients en non-stop… Alors forcément…
Le prostitué qui se trouvait dans les bras de Treize releva légèrement la tête en souriant et il croisa le regard bleu posé sur lui. Au début, son sourire s'agrandit un peu plus mais il se figea devant la méticulosité avec laquelle Heero le fixait. Il plissa légèrement les yeux, semblant réfléchir à toute vitesse, mais Treize se pencha sur lui et le coupa dans ses interrogations. Il se bouina un peu plus contre son client et adressa un grand sourire, légèrement railleur à Heero, lui faisant un petit signe de la main.
- « Mais comment fait ce type pour enchaîner ses clients si vite ? C'est déjà le quatrième… Je vais finir par croire qu'il est vraiment nympho… »
Heero observa d'un air neutre la petite brunette qui s'était rapprochée de lui et qui observait Duo flirter avec Treize d'un air incrédule. Il finit par secouer la tête et prit un plateau sur la pile au bout du bar.
- « Je ne pense pas qu'il le soit Hilde… Vraiment pas… »
Tsukusu…
Note des auteurs : Alors… En effet ça fait plus de neuf mois qu'on n'a rien mis en ligne, et on s'excuse vraiment de vous faire patienter aussi longtemps… :/ Mais voila, il se trouve que même si on se voit bien plus souvent qu'avant et qu'on avait commencé à taper ce chapitre en juin dernier, ça a traîné. Pourquoi ça ? Parce qu'on est avant tout des amies et pas juste deux ficeuses qui se retrouvent pour taper un chapitre. Donc on a envie de faire plein d'autres choses quand on se voit, et pas simplement s'enfermer quelque part pour taper.
Cependant pas d'inquiétude à avoir, on est toujours aussi accros à cette histoire, on suit toujours notre plan (d'ailleurs on a dépassé la moitié), et en plus on a un nouveau projet après celui-ci, donc notre binôme a encore tout un avenir devant lui, hé hé XD Et puis y'en a toujours une pour booster l'autre Il est certain par contre qu'on mettra bien plus de temps qu'avant pour taper, le temps où on avait tapé pas loin de cinq chapitres en une semaine est loin et une telle occasion ne se représentera pas de sitôt... On a aussi une vie à côté avec des études qui nous prennent le gros du temps et bien sûr nos fics respectives qu'on essaie d'écrire du mieux qu'on peut. Donc on espère que vous suivrez toujours la suite de cette histoire tordue, et un énorme merci pour vos encouragements !
On espère que vous avez apprécié ce nouveau chapitre, on essayera de se mettre au prochain dès qu'on pourra !!
A&B, ficeuses sadiques avant tout ;p
