Pas de blabla de l'auteur pour ce chapitre, car je n'ai pas grand chose à dire. A part peut-être: profitez de la pause, parce qu'après ça va être le festival des feels.
Warnings : je vous laisse souffler pour cette fois
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Chapitre 11 - Le départ
Jusqu'à ce qu'il arrive chez lui, Sebastian considérait sa journée comme une bonne journée. Une mission menée prestement, une cible éliminée avec un minimum de dégâts collatéraux, et son travail terminé en avance. Et Jim ne travaillait pas et avait prévu de rester chez eux pour la journée, ce qui limitait grandement les risques qu'il avait de se faire tuer.
Il remarqua que quelque chose clochait en arrivant en bas de son immeuble. Un camion de déménagement était garé dans la rue, grand ouvert, un homme debout devant pour le surveiller. Sebastian supposa qu'un des voisins partait – ce qui était étrange, car les différents locataires de l'immeuble étaient généralement prévenus par avance des changements.
En montant l'escalier qui menait à son appartement, il dû se plaquer contre le mur pour laisser passer deux déménageurs qui transportaient une table basse… sa table basse ! Interloqué, le jeune homme les poursuivis vers le rez-de-chaussée en les hélant :
-Hey ! Qu'est-ce que vous fichez ? C'est ma table, ça !
L'un des deux hommes se retourna vers lui.
-On ne fait que déménager le mobilier, Monsieur, comme on nous l'a demandé. Vous n'avez qu'à en parler avec votre colocataire.
Qu'est-ce que Jim avait encore fichu ? Sa colère grandissante, Sebastian se retourna vers le palier, avant de grimper les marches quatre à quatre.
Lorsqu'il entra dans l'appartement, Jim était affalé sur le canapé, les jambes croisées, et fixait d'un regard vide la fenêtre du séjour. La télévision, la table basse et un tapis avaient déjà disparu.
Jim se tourna vers Sebastian en l'entendant rentrer.
-Qu'est-ce que ça signifie ? lança ce dernier en désignant d'un large mouvement de bras la pièce à moitié vide.
-Tu sais lire, non ? répondit son petit ami d'un ton ennuyé. C'est marqué sur le camion.
-Déménagement, oui, ça je l'avais compris ! Mais pourquoi ? Tu aurais pu m'en parler, peut-être ! Tu es au courant que c'est moi qui ai payé ce mobilier ?
Le petit irlandais soupira, puis se leva du canapé.
-Richard Brook part aux Etats-Unis quelques temps. Je n'ai pas besoin de cette couverture actuellement, et je ne vais pas rester dans ce trou à rat que tu appelles ta maison toute ma vie.
-Tu pars aux Etats-Unis ? s'étrangla Sebastian.
-Sebastian, je ne suis pas plus Richard Brook que tu n'es gardien de supermarché. Non, je retourne dans mon ancien appartement. Il n'y a pas assez de place pour deux ici.
Jim s'appuya contre le rebord de la fenêtre, tournant le dos à la rue.
Sebastian resta silencieux, tandis qu'il prenait conscience de la situation. Jim avait décidé de partir, et c'était d'ailleurs compréhensible – il aurait dû s'en douter depuis longtemps. Il avait eu tort de croire qu'il avait la moindre chance avec le criminel. Il n'avait dû qu'au hasard que Moriarty le choisisse comme compagnon pour son alter ego, il n'y avait aucune raison que le jeune homme le trouve assez digne d'intérêt pour demeurer à ses côtés.
Jim avait dû remarquer l'expression du sniper, car il lui lança d'un air soucieux :
-Ça va ?
-A ton avis ? grogna Sebastian en retour.
-J'aurais peut-être dû t'en parler avant, admit le petit brun après une hésitation. Je voulais te faire la surprise, j'avais pensé que ça te ferait plaisir.
-Me faire plaisir ? Tu paies ma tête ou quoi ? As-tu la moindre idée de ce que ça me fait, de te voir partir ?
Jim lui lança un regard intrigué, avant que son visage se décompose sous un air de fatigue extrême.
-Oh non. Tu n'as pas compris, hein ? Tu sais que tu es vraiment stupide, parfois ? Pourquoi j'embarque tes meubles, à ton avis ?
-Sûrement parce que tu…
Il s'interrompit et regarda Jim avec des yeux écarquillés.
-Oh. OH !
-Tu as sérieusement cru que je te quittais ? lui lança le petit brun avec un sourire.
-Ca me parait plus crédible que de m'inviter chez toi.
-Ca fait quasiment deux ans qu'on vit ensemble, Sebby. J'aurais du mal à me retrouver tout seul.
Sebastian sourit. Il le savait, c'était la manière qu'avait Jim de dire « je t'aime ». Le criminel avait du mal à exprimer ses sentiments – sans doute les séquelles des années passées à porter ces masques, d'après le sniper. Mais ces sentiments existaient bel et bien, Sebastian le savait.
-Je devrais probablement emballer mes affaires, alors, annonça-il en se dirigeant vers sa chambre.
-Déjà fait, lança Jim depuis le salon. Tout ce qui t'appartient se trouve dans le camion. Le reste du mobilier appartient à la logeuse, on va devoir le laisser là.
Il jeta un coup d'œil à sa montre.
-Notre voiture devrait être là. Tu viens ?
Sebastian s'approcha de son petit ami, et ce dernier se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser.
-Je ne vais pas te lâcher de sitôt, Tiger, murmura-t-il tandis qu'ils sortaient de l'appartement.
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Il leur fallut près d'une demi-heure de route dans Londres pour rejoindre un grand immeuble moderne dans Conduit Street, Mayfair. Le camion de déménagement était déjà garé dans la rue. Les deux hommes sortirent de la voiture et Jim congédia le taxi, qui disparut au bout de la rue. Le jeune homme s'approcha des hautes portes en bois du bâtiment et tapa un code assez long sur le boitier. Un déclic retentit, et il ouvrit la porte, laissant passer le sniper qui portait leurs sacs à tous les deux.
L'intérieur était assez luxueux tout en restant discret. Le hall ressemblait au lobby d'un hôtel, avec des canapés, un tapis rouge et un guichet derrière lequel un homme était assis. Jim lui adressa un simple signe de la tête, et l'homme ne questionna pas la présence de Sebastian – soit Jim avait déjà prévenu le concierge de l'arrivée d'un nouvel occupant, soit les habitants du lieu ne posaient simplement pas de questions.
-Tu vis dans un palace… lâcha Sebastian, admiratif, les yeux levés vers le haut plafond d'où pendaient des luminaires.
-Je ne vis pas dans le hall, Dieu merci, répondit Jim avec son sarcasme habituel.
Le sniper se dirigea vers l'escalier au fond du hall, mais son petit ami l'attrapa par la manche pour le tirer vers l'ascenseur.
-C'est au dernier étage, ne te fatigue pas inutilement.
-Tu as juste peur que j'arrive avant toi, répliqua le blond avec malice. Jim lui répondit par une moue exaspérée.
Ils sortirent finalement de l'ascenseur pour arriver devant une large baie vitrée donnant sur les toits de la ville. Quelques autres buildings s'élevaient dans le voisinage, et le London Eye leur faisait face, au loin. Le tout, éclairé par la lumière irisée du soleil couchant diffusé à travers le smog londonien, donnait une vision de roi du monde.
Sebastian s'arrêta, bouche bée.
-On voit tout Londres d'ici !
-Content que tu apprécies, répondit Jim avec un sourire. Mais ce n'est qu'une partie de Londres. On voit réellement toute la ville depuis l'appartement.
Le blond se retourna vers Jim, qui lui tenait ouverte la porte d'entrée.
-Bienvenu chez toi, Tiger.
Le sniper s'arrêta pour embrasser le criminel, avant de passer la porte.
L'appartement était un duplex. Le premier étage était occupé par une grande pièce à vivre à la décoration moderne mais chaleureuse. La cuisine, digne d'un restaurant, était séparée par un comptoir en bois du salon-salle à manger, dans laquelle trônait une large table en bois poli. Un canapé et plusieurs fauteuils étaient disposés en carré autour d'une table basse en verre que les déménageurs étaient encore en train d'installer, devant une télévision à écran géant. Des enceintes trônaient autour, à côté d'une imposante collection de CDs – que Sebastian devinait être majoritairement du disco. Un piano faisait face à l'un des murs, et une nouvelle baie vitrée, donnant sur un balcon, éclairait la pièce. La décoration était sobre mais reflétait assez bien les goûts excentriques de Jim, avec des tableaux et des affiches accrochés aux murs (Sebastian reconnu avec amusement un poster de RuPaul's Drag Race), des bibelots et gadgets disposés sur quelques étagères, et plusieurs plantes vertes. Quelques hommes s'affairaient pour installer les pièces de mobilier provenant de leur ancien appartement, mais l'ensemble était déjà aménagé et ne semblait pas avoir besoin de nouvelles additions.
-Ça fait combien de temps que tu ne vis plus ici ? interrogea Sebastian.
-Deux ans maintenant. Mais j'y reviens régulièrement pour travailler, et j'ai quelqu'un qui s'assure que ça ne se transforme pas en hôtel pour les araignées. Suis-moi, je vais te faire visiter.
Au rez-de-chaussée se trouvait une large salle de travail avec une bibliothèque, un garde-manger dont la porte donnait sur la cuisine, et une petite salle de bain. L'étage était composé du bureau de Jim, avec un large ordinateur à double écran, et d'une immense chambre avec dressing et salle de bain.
-Il n'y en a qu'une, souligna Jim, debout à la porte tandis que Sebastian faisait l'état des lieux, les yeux exorbités. Je t'aurais bien demandé si ça ne te gênait pas, mais tu n'as pas vraiment voix au chapitre. Enfin, si ça ne te plait pas, il y a toujours le canapé.
-Je commence à avoir l'habitude que tu t'invites dans mon lit, maintenant c'est à mon tour de squatter, je suppose.
Jim ne répondit que par un petit rire étouffé, avant de ressortir de la chambre, Sebastian sur ses talons.
Il se planta au milieu du salon et se retourna vers Sebastian.
-Voilà. Installe-toi, fait comme chez toi… Enfin, sauf fumer. Interdiction de fumer ici.
Le sniper se rapprocha de lui, l'air soucieux.
-Ça va ?
Le petit irlandais fronça les sourcils.
-Moi ? Bien sûr.
-Tu as l'air nerveux.
-Absolument pas.
-Depuis le taxi, tu t'agites, tu passes ton temps à te lécher les lèvres, à jouer avec tes ongles… On ne me la fait pas, à moi.
Jim soupira. La facilité avec laquelle Sebastian arrivait à présent à lire à travers ses masques le surprenait. Il n'avait pas fallu longtemps au blond pour apprendre à déchiffrer l'énigme ambulante qui lui servait de colocataire. Jim l'avait sans le vouloir laissé outrepasser ses barrières, et s'approcher au plus près de ce qui faisait ses faiblesses. Mais d'un autre côté, peut-être que c'était pour le mieux. Il y avait du bon à avoir une personne qui le comprenne même quand il cherchait à cacher ses émotions.
-C'est moi qui devrait être nerveux, idiot, dit gentiment Sebastian en l'enlaçant. Le plus grand criminel d'Angleterre m'invite chez lui, me fait visiter et me dit de m'installer comme chez moi. Sans mentionner le fait que ledit criminel est aussi mon employeur et mon petit ami. J'en suis encore à me demander comment j'en suis arrivé là, et comment je fais pour trouver cette situation dans le manuel… et c'est toi qui est nerveux ?
Jim se renfrogna.
-Cesse de te moquer de moi. J'espère juste que ça te plaît, ajouta-t-il après un instant d'hésitation.
-C'est parfait. Et c'est d'autant plus parfait que je suis avec toi.
Jim releva les yeux vers lui, réprimant un grand sourire, et passa ses mains derrière la nuque du sniper pour l'attirer vers ses lèvres. Sebastian se laissa guider, répondant avec un frisson à chacune des sollicitations de son amant. Le jeune homme semblait avoir besoin d'être rassuré, et Sebastian ne pouvait que tenter de combler les doutes qui persistaient dans le cœur de Jim.
-Je t'aime, murmura le plus jeune dans un souffle à peine perceptible.
-J'avais remarqué.
Faussement énervé, Jim envoya un poing joueur dans le ventre du sniper.
-Au moins, continua ce dernier, je n'ai pas dû passer par un de ces tests dramatiques dont tu as le secret avant d'avoir cette promotion.
-Tu vois ça comme une autre promotion ?
Sebastian fit semblant de réfléchir.
-En fait, non. On est toujours colocataires, techniquement.
-Je possède cet endroit, moron !
-Rétrogradation, alors. Je suis passé du statut de locataire à celui de squatteur.
-Je te hais.
-Tu es une vraie girouette !
Jim cessa de répondre, conscient que Sebastian s'arrangerait toujours pour avoir le dernier mot. Il ne put pourtant retenir son sourire, alors qu'il s'éloignait des bras du sniper pour se redescendre vers les valises posées au milieu du salon.
-Cesse d'admirer la vue et rend-toi un peu utile, lança-t-il au blond. Ce n'est pas moi qui vais monter tout ce bazar à l'étage !
-Je suis ton garde du corps, pas ton sherpa, Jim, répliqua Sebastian en s'attelant néanmoins à la tâche.
-Tu voulais une promotion, la voilà. Et puis ce sont tes affaires, pas les miennes.
-Dit celui qui porte mes dog-tags et mes pulls quand je suis absent… Pas que ça me dérange, je trouve même ça plutôt mignon.
Jim resta obstinément tourné vers la fenêtre, évitant le regard de Sebastian. Il était hors de question que le sniper le voit rougir. Ce dernier, pas dupe, se contenta de sourire largement, avant de monter leurs valises. La cohabitation avec Moriarty s'annonçait plus mouvementée que celle avec Brook… et pour rien au monde il ne reviendrait en arrière.
