A l'intérieur, il faisait complètement noir et froid. Et cette fois, il n'y avait personne à part eux deux dans la maison, c'était macabre, elle entendait les planches craquer un peu partout dans la maison, et les vieilles canalisations qui grinçaient dans les murs, et puis, les éternels chuchotements du portrait de madame Black.
« Kreatur est ici ? Demanda Liliane alors que Lupin allumait la lumière dans le couloir et les escaliers. »
« Probablement, répondit-il, mais il ne dira rien. En plus, il doit croire que tu es une mangemort. Si tu veux être tranquille, joue le jeu. »
Enfin, ils arrivèrent dans la cuisine complètement abandonnée, et encore plus froide que le reste de la maison. Liliane grelota et frotta ses bras pour se réchauffer. Elle regardait un peu partout, peu rassurée.
« Personne ne saura que tu es ici, la maison est abandonnée depuis que Sirius est mort. »
« Je dois rester combien de temps ici ? S'enquit Liliane d'une toute petite voix. »
« Le temps qu'il faudra, répondit Lupin, et tu me feras le plaisir de ne pas partir vadrouiller dans l'Allée des Embrumes, ni même au Chemin de Traverse, c'est le plus sûr moyen pour que tu sois tuée. »
Liliane se laissa tomber sur une chaise et s'accouda sur la table de la cuisine.
« Mais j'ai en marre d'être enfermée, j'ai l'impression que vous me punissez ! »
« Je ne te punis pas, Liliane, je te protège. Tant que tu seras seule, tu n'iras nul part, quitte à ce que je verrouille tout. »
Liliane leva les yeux au ciel.
« C'est pas la peine, je peux faire exploser une porte si l'envie m'en prend. »
« Tu irais jusque là ? »
« Si je reste trop longtemps ici, oui ! J'en ai ras-le-bol de la prison ! »
« Prends sur toi, jeune fille, ce sera ton ascension vers la sagesse. »
Liliane eut un rire dépourvu de joie, mais n'ajouta rien. Lupin lui indiqua qu'il repasserait s'assurer que tout allait bien et qu'elle n'avait pas disparu, qu'il lui rapporterait des nouvelles de l'extérieur et que quand il serait certain que tout était à peu près sûr, il la laisserait sortir.
« Et vous m'emmènerez ou ? Dans une autre bicoque inquiétante et inhabitée ? »
Lupin commençait à s'impatienter : il n'avait entendu parler d'elle qu'en bien, mais certains avaient sûrement dû oublier à quel point elle pouvait être entêtée et un insolente.
« Attention, je vous entends, dit Liliane. »
« Ca suffit, s'impatienta Lupin, je repasserai d'ici demain soir, et si tu fais un seul geste de travers, je dirai que tu as peur du noir à tous tes amis. »
Le plus inquiétant dans tout ça, c'était que Liliane avait réellement peur du noir, d'autant plus depuis qu'elle était sortie d'Azkaban. Elle avait peur de voir un détraqueur surgir de derrière un meuble ou qu'un loup garou la fixe de ses yeux jaunes et féroce dans le coin d'une pièce. Et rester seule au Square Grimaud ne l'enchantait pas du tout. Les bras croisés sur sa poitrine comme une enfant gâtée qui n'avait pas eu le jouet qu'elle convoitait tant, Liliane salua Lupin avant qu'il la quitte et qu'elle se retrouve seule dans la grande maison de Sirius Black. Encore complètement seule, enfermée dans sa solitude, à attendre, à rester passive. Cela l'énervait d'autant plus qu'elle se sentait un peu manipulée comme un pantin, un coup par les Malfeoy, un coup par Lupin. Qui donc serait le prochain ?
Trop énervée, et un peu anxieuse pour rester en place, Liliane se leva et se débarrassa de sa cape, qu'elle lança négligemment sur la table. L'horloge indiquait quatre heures du matin, mais pourtant, elle était tout sauf fatiguée. Elle ne voulait de toute façon pas essayer de dormir, les quelques cauchemars qu'elle avait faits avant qu'elle revienne en Angleterre avaient été trop dérangeants, elle ne voulait pas en refaire. Elle croqua une barre de chocolat, puis se faisant, grimpa les escaliers. Elle se remémorait le Noël qu'elle avait passé ici, le seul Noël heureux de toute sa vie. Elle entra dans une pièce au hasard : c'était le petit salon tout poussiéreux dans lequel Fred lui avait offert son retourneur de temps. Rattrapée par sa tristesse, Liliane se coula dans un des vieux fauteuils recouvert d'un immonde tissu fleuri, puis resta assise ici à compter les secondes, essayant d'oublier qu'il n'y avait personne d'autre qu'elle dans la maison. Ensuite, elle se mit à fredonner une petite mélodie de sa composition, tout en se demandant si, même sans baguette, elle était capable de faire de la magie. C'était la première fois qu'elle se posait cette question, mais il était vrai que son don, même s'il était incontrôlable, devait pouvoir être un peu dompté si elle se concentrait suffisamment et qu'elle faisait attention. Elle savait qu'elle pouvait soulever les objets lorsqu'elle était en panique, peut-être le pouvait-elle en y pensant de toutes ses forces. Elle fixa un pot de fleur dans lequel des plantes séchées et rabougries tenaient encore miraculeusement debout, puis souhaita de toutes ses forces qu'il se soulève. Cela lui demanda beaucoup de temps, mais elle réussit finalement à le faire décoller, et à le poser sur une autre table, un peu plus loin. Elle eut un petit sourire satisfait. Au moins, elle avait trouvé une occupation : travailler sur son don.
C'est d'ailleurs ce qu'elle fit les quelques jours qui suivirent : elle s'amusait à balader des petits objets un peu partout dans la maison, faisant une fois tomber par mégarde une chaussure sur la tête de Kreatur, qui astiquait l'argenterie dans le vestibule. Une autre fois encore, elle avait envoyé une fourchette se planter dans le tableau de madame Black, qui avait passé tout le reste de la journée à hurler au scandale. Lupin était repassé, et lui avait rapporté la Gazette du Sorcier et de la nourriture un peu plus variée que des barres chocolatées et des biscuits secs. Il n'était pas encore allé rejoindre les autres membres de l'Ordre, si bien que personne n'était encore au courant de l'arrivée de Liliane. Elle l'avait remercié pour son aide et sa discrétion, même si elle lui en voulait encore un peu de l'avoir obligée à rester enfermée dans cette horrible maison. Pour la peine, elle avait encore eu le droit à un hurlement de madame Black. Durant l'une de ces horribles soirées passées cloîtrée dans le petit salon à faire abstraction des bruits suspects dans la maison, Liliane avait découvert qu'en plus de faire bouger les objets par la pensée, elle pouvait utiliser les flammes des bougies et les faire venir se nicher au creux de ses mains. Elle se demandait si, étant énervée ou à court de potion, elle serait capable de créer des explosions ou même de mettre le feu. Elle préférait cependant ne rien tester : même si elle détestait cette maison, elle ne voulait pas la réduire en cendre. Elle gardait ça pour Greyback.
Une semaine après son arrivée, Liliane se trainait dans la maison froide et mal éclairée, passant de la cuisine au salon, allant de temps en temps jouer sur le vieux piano mal accordé. Elle faisait aussi exprès d'aller faire beaucoup de bruit devant le portrait hurlant et lui faire comprendre qu'elle n'était plus toute seule dans cette satanée maison. Kreatur se montrait particulièrement désagréable, même s'il avait un profond respect pour celle qu'il croyait être un mangemort. Liliane jouait d'ailleurs avec ça pour qu'il lui fiche la paix. Elle s'ennuyait profondément, elle se sentait devenir complètement molle. Mais l'avantage, c'était qu'elle avait repris du poids et de couleur, et que ses forces étaient revenues. Ce qui lui manquait, c'était un peu plus d'interaction, autre qu'avec un vieil elfe de maison et une peinture hurlante. Le jour d'avant, elle avait retrouvé, au pied du canapé sur lequel elle dormait, sa valise qu'elle avait laissée à Poudlard avec tous ses vêtements, produits de beauté et tout l'attirail préféré d'une jeune fille. En revanche, il n'y avait aucune trace de baguette magique, et cela la frustrait un peu. Pourtant, pour l'instant, elle n'en avait absolument pas besoin, même si ça l'aurait bien aidé pour faire sa vaisselle. Sous ses vêtements, Liliane avait retrouvé le walkman que sa mère lui avait offert lorsqu'elle avait treize ans, avec, à l'intérieur, un CD de Michael Jackson qu'elle écoutait toujours en boucle lorsqu'elle était plus jeune. Trop heureuse de se retrouver avec de la technologie moldue entre les mains, Liliane s'était allongée dans le canapé, et avait sans arrêt repassé les mêmes morceaux, se laissant entrainer par le rythme décapant des chansons.
L'après-midi touchait à sa fin, et dehors, il faisait un temps magnifique. Depuis la fenêtre, elle voyait que les quelques passants avaient l'air d'avoir profondément chaud. Et elle était coincée dans cette maison crasseuse, à broyer du noir et à attendre elle ne savait quel miracle. Elle n'avait d'ailleurs fait aucun effort pour s'habiller : elle avait enfilé un léger pull en coton un peu trop long et un short en jean tellement petit que le pull le cachait entièrement. Ses longues boucles auburn, qui lui arrivaient maintenant jusqu'au bas du dos, n'en faisaient qu'à leur tête ce jour-là ; mais elle s'en fichait, personne ne la voyait de toute manière. Ainsi allongée, les yeux clos, elle essayait de faire le vide dans son esprit et de ne pas recommencer à s'énerver contre cette incapacité qu'elle avait à agir. Elle écoutait la musique, tout simplement, le casque vissé sur les oreilles. Elle retombait dans son adolescence à Beauxbâtons, et elle repensait avec nostalgie aux après-midi ensoleillées passées dans le grand parc du château en compagnie de toutes ses amies et de Fleur. Elle repensait aussi à sa mère, et aux quelques moments de bonheurs qu'elles avaient eus toutes les deux, comme la fois où Liliane lui avait fait une démonstration de vol acrobatique et qu'elle avait fini dans le massif de roses parce qu'elle avait perdu le contrôle de son balai.
Au bout d'un moment, Liliane se leva, le walkman dans la main, et descendit de sa démarche souple jusqu'au rez-de-chaussée pour se servir un verre d'eau. Arrivée en bas, elle marchait au rythme de la musique et se sentait presque l'âme d'une star tandis qu'elle ouvrait le robinet de l'évier et chantait à tue-tête le refrain de « Beat it ». Mais elle se retrouva soudainement plongée dans le noir. Elle se figea, laissant l'eau couler et son verre en suspend entre elle et l'évier. Elle sentit son casque glisser, mais elle avait été trop surprise pour commencer à se débattre. Elle retenait son souffle, comme si derrière elle se tenait un tueur assoiffé de sang. C'est sur cette dernière pensée que Liliane entendit murmurer :
« Bonjour … »
