Hullo .-.

Voici un chapitre de Sheol, comme vous pouvez le constater. Sinon, c'est les vacances, je vous kiffe toujours autant, merci Meri pour la correction, merci à vous tous parce que je vous aime, merci aux gens qui me lisent depuis des pays bizarres, et malheureusement j'ai pas d'inspi pour l'intro.

Culture time:

Dans certains camps, il y avait un bordel. Les femmes travaillant dedans étaient parfois volontaires (on leur promettait des vêtements civils, plus de nourriture et la libération après six mois) mais étaient souvent forcées d'y aller. Quand une femme était choisie pour travailler au bordel, elle se faisait souvent frapper par les autres. Même après la guerre, ces putes forcées n'ont reçu aucune considération et ont continué à être considérées comme des moins-que-riens. Les "clients" n'étaient ni des Juifs, ni des Russes, mais quelques privilégiés Aryens et des homosexuels pour tenter de les "soigner"


Le SS jappa son nom, alors que son Kommando partait vers la zone de travail. Ludwig se retourna, et ôta sa calotte, comme il était d'usage quand un SS aboyait à un rayé.

C'est toi le chef de Kommando à partir de maintenant, qu'il disait. T'as plutôt intérêt à faire du bon boulot, sinon on te pend.

- Ja.

Et puis, les mardis matins, t'iras faire le rapport hebdomadaire au Schutzhaftlagerführer, ajoutait il. Je t'y emmène tout de suite, il t'a demandé.

Ludwig hocha la tête, et quitta son Kommando, sur les talons du SS. Sur le chemin vers le Kommandantur, il croisa Feliks. Le Polonais était avec un Kommando, plein d'hommes remplis de dégoût, en route vers les latrines. Visiblement, aujourd'hui, on l'avait foutu au Scheißekommando. Il allait devoir trouver une solution, parce que c'était hors de question qu'il dorme avec eux ce soir s'il puait la merde.

Le SS le laissa dans le hall du Kommandantur. Ludwig attendit quelques minutes, planté en plein milieu, n'osant pas s'asseoir ou bouger. Une rayée, pas trop maigre, vint le chercher et l'amena dans le bureau du Schutzhaftlagerführer. Elle semblait gentille. Ludwig se demanda si elle connaissait Sion.

- C'est toi le Ludwig dont Sion parle ? demanda-t-elle.

Visiblement, elle la connaissait. Il lui répondit que oui.

- Elle est dans mon block, toujours avec mes nièces, et Louise et Silke, et Elizaveta. Elles sont toutes gentilles, et Sion nous a dit que tu pourrais nous aider. Alors sauve-les, s'il te plaît.

Et puis, elle le laissa devant la porte. Ludwig rentra.

Gilbert était occupé à faire tourner son stylo entre ses doigts. Il s'était encore amélioré depuis la dernière fois.

Ludwig se mis debout, devant lui, s'assurant d'avoir sa calotte bien enfoncée sur le crâne.

Gilbert le regarda, et lui fit un sourire creux, l'invitant à s'asseoir. Ludwig resta debout. Il n'aimait plus trop s'asseoir. Alors s'asseoir devant le bureau en bois massif et bien vernis du Schutzhaftlagerführer, dans un fauteuil rouge molletonné et avec des accoudoirs, très peu pour lui. Ca ne faisait pas vraiment partie de son monde.

- Merci d'avoir muté Feliciano.
- Tu ne m'avais pas vraiment laissé le choix. Les couvertures et ta promotion t'ont aussi plu ?
- C'était ton initiative, les couvertures ?
- Oui. Normalement, ils les mettent qu'en novembre, mais j'ai réussi à les convaincre d'en mettre tout de suite, dit fièrement Gilbert.
- Pourquoi tu m'as fait venir ?
- Tu vas toujours autant droit au but, hein ? Je voulais te voir, et voir si tu allais…
- Bien ? Non, pas vraiment, mais merci.

Ludwig soutint le regard de son cousin quelques secondes. Il fallait qu'il se le mette dans la poche, c'est vrai, et c'était mal partit comme ça. Mais il se voyait mal lui cirer les pompes.

- J'ai besoin de ton aide.
- Nous y voilà, fit Gilbert en roulant des yeux. Ca y est, t'as compris que j'ai le pouvoir de te faire sortir ?

Ludwig savait que Gilbert voulait qu'il réponde oui. Il le savait, parce qu'il était stressé. Son cousin continuait de jouer avec son stylo, cette fois en le tapotant légèrement contre le bureau, à intervalles réguliers. Il balançait légèrement son dos contre le dossier de son riche fauteuil, il évitait le contact visuel. Ludwig, au contraire, le recherchait. Il était encore debout. C'était lui qui dominait la scène.

- Il faudrait que tu mutes Elizaveta. 148420. Ou 240, je sais plus.

Gilbert haussa un sourcil, interrogatif. Il ne s'attendait pas à ça.

- Pourquoi ?
- Parce qu'elle travaille dehors.
- Toi aussi. Et quelques bon milliers de Juifs, aussi.
- Elle est enceinte.
- Comment ça, enceinte ? articula Gilbert, visiblement choqué.
- Enceinte. Mais Feliks nous avait dit qu'elle grossirait sûrement pas, parce qu'elle a pas de quoi grossir, et Feliks il s'y connaît quand même un peu, il était étudiant en médecine.
- Ludwig, tu sais ce qu'ils font aux bébés ?

Sûrement quelque chose d'horrible.

- Non, pas vraiment.
- Moi non plus, répondit Gilbert. Mais je n'ai pas envie de savoir. N'empêche que je risque de bientôt être mis au courant, je sais qu'une des putes du bordel est enceinte.

Changement de sujet. Il allait continuer sur sa lancée. Gilbert aimait dominer la conversation, et surtout ne parler que des choses dont il voulait parler.

- Tiens, en parlant du bordel, tu veux des bons ?

Pas vraiment. En fait, il était plus en manque de clopes que de baise. Mais Gilbert lui fourra entre les mains une dizaine de bons roses sans lui demander son avis. Ludwig les rangea dans son paquet de cigarettes vide il pourrait toujours les échanger contre du tabac.

- Je te prendrais des clopes pour la semaine prochaine, dit Gilbert en voyant le paquet vide.
- Et de la viande ? Un morceau de savon ? Des chaussettes ?

L'albinos fronça les sourcils. Il ne s'attendait pas vraiment à ce que son cousin lui demande des choses aussi communes.

- Vous n'en avez pas ?
- On n'est pas à l'hôtel, ironisa Ludwig. Et si tu pouvais m'en donner assez pour que j'en distribue aux autres, ne serait-ce qu'à Sion pour les filles, ça serait bien.
- Je verrais ce que je peux faire. Mais c'est pas en pensant aux autres que tu t'en sortiras, Ludwig.
- On sait. C'est ce qu'on fait, on ne pense qu'à Nous, pas aux autres.

Gilbert ne chercha pas à relever plus. Il croisa ses doigts sous son nez et regarda Ludwig. Enfin, le ventre de Ludwig. Il allait aborder les sujets qui fâchent.

- Ludwig… Il faut que tu me laisses te sortir de là.
- D'accord. Mais on est une vingtaine, dans notre loge. Ca va être dur de tous nous faire sortir, tu sais
- Ludwig. Je ne pense pas aux autres, là, je pense à toi.
- Tu pourrais au moins penser à Silke et Louise. Louise c'est ta sœur, ta vraie, et Silke c'est tout comme.

L'albinos se mordit les lèvres, hocha légèrement la tête, et plaqua le dos contre le dossier de son siège, sans bouger les yeux. Il allait avouer qu'il était impuissant.

- Je n'ai aucun moyen de les contacter. Je connais juste leurs numéros, mais elles ont changé de Kommando depuis leur arrivée. L'administration n'a pas suivit, je n'arrive pas à trouver où elles travaillent.
- Ta secrétaire est gentille.

Gilbert fronça les sourcils. Etonnement pur. Ludwig ne changeait jamais de sujet.

- Qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ?
- Si tu avais cherché à la connaître un peu, tu saurais qu'elle connaît Silke et Louise. Elle est dans leur block. Je ne l'ai vue que deux minutes ce matin, et je sais déjà ça.

Yeux écarquillés, respiration coupée. Deux secondes. Expiration, sourire frondeur, regard suffisant. Il allait changer de sujet, dire quelque chose de moqueur ou provoquant.

- Ludwig, depuis quand tu cherches à connaître les autres dis-moi ? Et ta timidité légendaire, hein ?

Montrer que le rat aboie encore plus fort que le loup.

- Je crois qu'elle a disparu. Ca doit être le fait de passer une soirée sur deux à poil à me faire enlever les puces et les tiques par mes voisins.

Son tic à l'œil, le sourire crispé. Il ne renchérirait pas, et il avait classifié ce sujet comme tabou. Il ne reprendrait pas la parole en premier.

- Si tu cherches les Kommandos de Silke et Louise, Sion m'a dit que Silke est à la mine et Louise à l'usine d'armement, mais je ne sais pas laquelle. Tu devrais mettre Silke au transport de nourriture avec Sion, comme ça à deux c'est plus facile de cacher de la bouffe. Si t'arrivais à virer le Français du terrassement, ça serait pas mal non plus, parce que si mon père n'a pas tenu le coup le Français va pas tarder. Je sais qu'il était cuisinier, le Français. Ca fait encore plus de bouffe volée.
- C'est quoi, le numéro de ton Français ? Je peux rien faire sans
- Je sais pas.
- Démerde-toi pour récupérer les numéros de tout ton… groupuscule, là, soupira l'albinos en mettant la main à son front, dans une pose qu'il voulait désinvolte. Dans deux jours, je te convoquerais à nouveau. Je verrais ce que je peux faire, mais n'espère pas trop. Si je bouge trop de choses d'un coup, on se doutera de quelque chose.

C'était pas beaucoup, et Gilbert semblait faire ça à contrecœur, et Ludwig savait que ce n'était sûrement que pour satisfaire son égo ou arrêter de se sentir coupable, mais c'était déjà plus que ce qu'ils auraient pu espérer.

- On est le 3 octobre… dit lentement Gilbert, en regardant au loin.
- Et ?
- Rien, répondit l'albinos, d'une voix sombre.