Chapitre 11 Mort et Succession

Seule. Seule dans la Grande-Salle. Dieu, ça ne m'était jamais arrivé de ma vie. En même temps, je me suis réveillée à six heures qu'une fois : pour aller à la Coupe du Monde de Quidditch. Et je m'était rendormie pendant le match. Aujourd'hui c'est différent, je suis debout pour gagner ma croute.

Vous savez quoi, le vieux Dumbledore paye beaucoup mieux que Rosenberg. J'en arrive même à m'estimer « heureuse » d'avoir été virée.

Oh, quand je disais que j'étais seule, je mentais un peu... il y a les elfes. Une bonne dizaine qui se sont dispersés un peu partout pour nettoyer nos débordements d'hier soir. Bataille de bouffe à Gryffondor. J'étais sur les nerfs, mais sur les nerfs ! On ne joue pas avec la nourriture. Bien sûr les Maraudeurs, de sales bourgeois, n'en ont que faire et ont commencé à se jeter des boulettes de viande. Ensuite la guerre s'est généralisée et tout le gratin des Gryffondors -les plus riches- ont participé. Mary McDo et moi on était comme deux ronds de flanc. Elle non plus ne roule pas sur l'or.

J'avale ma bouchée de croissant et me siffle trois tasses d'expresso d'affilée. De quoi bien commencer la journée. Puis, l'horloge sonne les sept heures. Let's go girls.

-MAN ! I FEEL LIKE A WOMAN ! Je chante, des étoiles plein les yeux. Attends man, je vérifie quand même, sait-on jamais, je me reprends en portant la main à ma poitrine pour avoir confirmation de la chose.

Alors ? Info ou intox ?

-C'est bon Shania s'est pas gourée ! J'apprends à un elfe en me levant de table, toute contente d'être « a woman ».

Je m'étire comme un chat, puis me rends au bureau de Rusard.

-Ruru ? Puis-je entrer ?

Le pion m'ouvre brusquement la porte et me dit, énervé, qu'il va chercher son cahier de retenues qu'il a « oublié » dans la salle des trophées.

-En attendant, vous allez me nettoyer mon bureau, mes vitres et mon garde-manger. Vous nourrirez également mon chat, termine-t-il en se frottant les mains de satisfaction.

-Ce sera tout ? J'ironise, de mauvais poil.

-Oui, répond-il sèchement avant de partir de son pas claudiquant.

-Bah merci, je dis, plantée comme une conne devant sa porte.

J'entre sans plus de cérémonie et ouvre les volets. Je sers à Miss Teigne une bonne rasade d'hydromel, puis commence à nettoyer les vitres à coups de sortilèges en chantonnant le titre de Ryan Paris, Dolce vita. Puis, ayant oublié les paroles, j'improvise une ôde à Rusard.

-Il était un petit Rusard-euh il était un petit Rusard-euh qui n'avais ja-ja-jamais fait d'magie qui n'avait ja-ja-jamais fait d'magie ohéohé ! Ohé ohé mon Ruru ! Mon Ruru navigue sur les flots ! Il s'inscrivit à Vitmagic-euh il s'inscrivit à vitmagic-euh pour avoir l'air l'air l'air un peu moins con...

Ok ce n'est pas très recherché mais tellement vrai ! Pauvre homme. Un cracmol qui vit entouré d'apprentis sorciers. Que de frustrations dans son métier. Et il vit tout seul en ermite, il n'a pas de petite copine pour évacuer toute cette frustration. Oh, ce ne sont pas les prétendantes qui manquent... j'ai déjà vu Pince la bibliothécaire lui faire du gringue, mais je crains qu'il soit trop timide avec les femmes...

Malgré tout ça il n'a pas perdu espoir. En effet mardi dernier j'ai aperçu un fascicule Vitmagic sur son bureau.

-C''est bien vrai ? Rusard s'est inscrit à Vitmagic ? Pouffe une voix.

J'en lâche ma baguette magique en citronnier véritable, coeur de dragon, vingt-deux virgule cinq centimètre, souple comme un bâton de réglisse et excellente pour les sortilèges de floraison.

-Potter ! Oulala quelle surprise ! Mais que fais-tu ici ? Je lui demande en la ramassant.

Assis en rang d'oignon devant le bureau du concierge, les Maraudeurs au grand complet sont explosés de rire.

-Vous pissez pas dessus, je leur aboie.

-Qu'est-ce que tu fous avec ce fichu sur la tête ? Demande Sirius.

-Je décrasse la vitre, ça se voit pas ?

-Mais pourquoi ?

-Parce que j'ai besoin de fric, je lâche du bout des lèvres.

-L'argent ne fait pas le bonheur, dit James, philosophique.

Je crisse des dents. Sale bourge !

-Il fait la trahison, réplique Sirius.

Je baisse les yeux. La colère s'en va aussi sec, laissant place à la honte.

-Qu'est-ce que vous foutez là, au fait ?

-On a un rendez-vous avec Rusard, m'apprend Panpan.

-Un rancard ? Le fourbe ne m'avait pas prévenue. En tout cas il est sorti récupérer son carnet de colles.

James et Sirius éclatent de rire.

-C'est vous qui avez fait le coup ! Je les accuse.

-MIAOU ! Sort Miss Teigne.

-Qu'est-ce t'as, l'ivrogne ? Je lui jette méchament.

La pauvre semble suffoquer. Elle respire bruyamment.

-Qu'est-ce qui lui prend ? Demande Remus.

-Elle a trop bu, sans doute.

Soudain, elle est prise de spasmes et se met à vomir ses tripes. Puis, elle tombe raide morte.

-Heing ? Dit Pettigrow, sans comprendre.

-Putain elle a claqué, je m'étonne en ouvrant de grands yeux.

-Si elle boit comme un trou tous les jours, il n'y a rien d'étonnant à cela, nous documente Panpan d'un air docte, en reniflant la gamelle d'hydromel.

A présent je comprends son odorat hyper-développé... hihi. Et lui ne sait pas que je sais !

-C'était la goutte de trop, commente Sirius.

-On fait quoi maintenant ? Demande James, embêté.

-Beh je sais pas, je lui réponds avec franchise. Prends-lui son poul pour être sûr.

Il s'exécute et le verdict est clair : Miss Teigne a rejoint les cieux. Fous de joie, on entame un requiem plein d'entrain, quand la porte s'ouvre avec fracas sur Rusard. Il tient serré contre lui son carnet recouvert de fientes de hibou.

-Il l'a déjà retrouvé ? S'étonne Sirius. Moi qui pensais passer l'heure pénard dans mon coin.

-Tient tient... Potter, Black, Lupin et Pettigrow... ça pour une surprise, grince Rusard.

-C'est vous qui nous avez invités, lui rappelle obligemment James.

-C'est vrai... Vous allez me cirer les bottes, puis vous irez nettoyer les armures...

-Hé ! J'ai déjà savonné vos godillots hier ! Je proteste.

Les Maraudeurs me jettent un regard reconnaissant.

-Je les ai re-salis, lâche Rusard une lueur de cruauté dans les yeux.

Quel bon-à-rien celui-là alors ! Son regard tombe sur la gamelle de feu Miss Teigne encore entre les mains de Rémus.

-Vous pillez le déjeuner de ma chatte, Lupin ?

-Du tout. Je l'oscultais, répond-il.

Rusard ne pipe mot. Il a le regard rivé sur Miss Teigne. Il semble en état de choc.

-M.. Miss Teigne ? Chuchote-t-il en la prenant délicatement dans ses bras.

-C'est ça elle va te répondre, je ricane, profitant de son désarroi.

-Vous l'avez assassinée ! Bandits ! Sacripans ! Pendards ! Nous insulte Rusard, les larmes aux yeux.

-Elle a fait une overdose, je lui réponds en soufflant sur mes ongles.

-AU MEURTRE ! ON A TUE MA CHATTE ! Hurle Rusard dont les les paroles prêtent à confusion, ses yeux roulants dans leurs orbites.

Il est comme un fou. Il court en cercle dans son bureau, vociférant, hurlant, postillonnant. On le suit du regard comme un match de ping pong et Sirius nous sert même un verre d'hydromel. Enfin, Ruru s'agenouille à côté de la dépouille de Miss Teigne et fond en larmes.

-Ma chatte, mon espoir, ma vie, pleurniche-t-il.

Il s'évanouit.

Nous le portons à l'infirmerie, James et Sirius tiennent les bras, Pettigrow et Rémus les pieds, et moi la tête. Berk. Merci du cadeau. Je tire sur ses cheveux, hors de question de toucher autre chose.

-Ciel ! Qu'est-il arrivé ? Nous interroge Pomfresh en nous débarrassant du corps.

-Sa chatte est décédée et il en a fait un malaise, lui explique succintement Rémus.

-On peut partir ? Demande James, visiblement pressé.

-Vous tiendrez le coup ? Demande Pomfresh.

-Ca je l'ignore ma petite dame, il y a eu un mort tout de même, ricane Sirius.

-J'en suis toute retournée, je renchéris.

On éclate d'un rire gras. Pomfresh ne comprends pas et nous tend un paquet de kleenex.

OoOoOoOoOoO

Le père Dumby m'a donné mon après-midi. Je dois m'ôter ces horribles images de mon esprit m'a-t-il recommander. Je l'ai remercié et je suis partie déjeuner. Du coup je vais pouvoir me rendre à Pré-au-lard avec les autres. Que je suis heureuse ! J'ai tant d'argent à dépenser.

-En route ! S'exclame James alors que la calèche part.

-En avant la cavalerie ! Je hurle, m'attirant des regards de travers.

-Tu te donnes en spectacle, observe Sirius.

-J'aurais bien pris une calèche particulière, mais on m'a contrainte à prendre celle-ci, je rétorque avec un regard appuyé pour Lily.

-Ce fut un plaisir, se contente-t-elle de me répondre.

Arrivés à Pré-au-Lard, je compte le contenu de ma maigre bourse. Trois noises. Je vais aller loin avec ça.

-On va d'abord chez Honeydukes, nous intime Lily en sortant un parapluie après s'être aperçue qu'il neigeait encore légèrement.

-Où tu vas j'irai, roucoule James.

Lily lui colle un petit bisou sur la joue, telle une gamine de maternelle.

-Moi je vous rejoins à votre sortie, je vais voir un pote en attendant, je dis en voyant Diego sur le trottoir d'en face.

-Fais, fais, m'encourage Sirius avec un geste pour me chasser.

Je rejoins Diego, bravant ainsi, avec courage, la pataugeoire qu'est la petite route pavée. La neige, piétinée par des semelles à la propreté douteuse, est devenue grise de saleté. De vieilles maisons défraîchies, au crépis vert sombre ou noirâtre, enjolivent ce décor digne des contes des Mille et une nuits de leur extrème laideur. Je suis encore tombée du mauvais côté de la ruelle. Honeydukes c'est le rêve, comparé à ça.

Diego est accompagné de Servilus, Rosier, Mulciber et quelques autres. Heureusement, Rosenberg n'est pas là.

-Coucou Diego ! Je le salue en l'atteignant enfin.

-Wendy, qu'est-ce que tu fiches ici ? Me demande-t-il d'une voix froide, ses cheveux noirs rehaussés de quelques flocons.

-Du lèche-vitrine, je lui réponds en perdant mon sourire.

Il me prend le bras et m'entraine un peu plus loin. Le regard un peu décongelé, il me dit ces paroles :

-Je suis désolé mais je ne pouvais décemment te claquer les bises devant eux.

-A j'ai eu peur, j'ai cru que je dérangeais, j'ironise.

-C'est le cas. C'est une sortie réservée aux serpentards mâles.

-Et bien ! C'est très select... je grince, sarcastique.

-Je suis désolé. On se fera bientôt une sortie tous les deux ! Bon, je vais les rejoindre... passe un bon après-midi !

-C'est ça. Va rejoindre tes fanatiques sectaires et allume un cierge pour moi, je réplique sèchement en pointant ses amis d'un index à la main recouverte de mitaines noires.

Il me jette un regard peiné et va rejoindre le groupe. Serpentard jusqu'au bout des ongles celui-là. Heureusement que sans sa bande il est sympa. Sinon je n'aurais aucun ami.

Je retourne sur le trottoir d'en face et attend Lily devant la porte de Honeydukes. Je sens d'ici les effluves des friandises. Si j'entre, je suis perdue. Mes trois pièces seront dépensées en un rien de temps. Alors je reste dehors en me gelant les orteils. Par miracle, ma baguette est avec moi et je me lance un sortilège de réchauffement qui me fait sentir nettement mieux.

La joyeuse bande composée des Maraudeurs, du couple Fralice et de Lily sort enfin de la boutique, des sachets plein les mains. Je regarde tristement les miennes, vides. La pensée que ma famille a récupéré mon salaire me remonte le moral. Nous faisons encore quelques boutiques, telles que Zonko, Derviche et Bang et Scribenpen, et je résiste à toute tentation.

-Une bièraubeurre je vous prie, je passe commande à Madame Rosmerta, une jeune femme très jolie aux courbes généreuses qui attirent le regard du client.

C'est pas pour rien que son bar à elle est plein à craquer, alors que celui d'Abelforth le vieux croûlant abrite trois mangemorts et une colonie de termites.

-Vous faites quoi pendant les vacances de noël ? demande Lily en enlevant sa cape.

-On va chez James, disent les Maraudeurs tous en coeur.

-Que voilà de divers programmes, j'ironise en me calant sur la banquette. Et toi Frank tu fais quoi ? Me dit pas que tu vas aussi chez Potter ?

-Non j'invite John Durcell, répond-il alors que Rosmerta revient avec un plateau chargé de bièraubeurres et d'une assiette de cookies.

-C'est une manie d'inviter les gens à Noël ? Je râle avant de prendre une gorgée de bière chaude.

Le liquide coule paresseusement le long de mon oesophage. Immédiatement, je me sens réchauffée de l'intérieur.

-Moi je vais fêter Noël en famille en France, frime Alice.

-Quand on a les moyens...

-T'as bientôt fini de râler ? S'énerve-t-elle.

-C'est vrai ça, tu nous emmerdes, la soutient Sirius en coisant mon regard, me faisant rougir.

-Black ! S'offusque Lily.

Celui-ci hausse négligemment les épaules et prend une bouchée de cookie.

-Et toi Lily, tu ne nous as pas dit où tu passais les vacances ? La cuisine James.

-Dans la belle-famille de ma soeur, les Dursley, lâche-t-elle d'un ton morne.

-Pas cool, je commente. Ces moldus sont d'une sympathie.

Je ne les connais pas personnellement mais Lily m'a raconté plein de choses compromettantes à leur sujet et il y avait quatre baleinaux au sourire hypocrite sur la photo qu'elle m'a montré. J'en ai conclus ceci : moche, bête, riche et méchant, multiplié par quatre. Le tableau idyllique de la petite famille de rêve.

-Ma petite Lily, tu peux aussi venir à la maison si tu le souhaites, lui propose James, les yeux luisants d'espoir.

-C'est gentil mais non merci James, passer les vacances entre quatre murs avec une bande de garçons pleins d'hormones... très peu pour moi.

-C'est toujours mieux que les baleinaux.

-Merci de me soutenir Wendy. Et toi, tu fêtes où ? Me questionne James en prenant un cookie dans l'assiette.

-Tiens, ça finit par intéresser quelqu'un. Je commençais à songer sérieusement à mon suicide.

-Et bien continue à y songer car ça n'en intéresse qu'un seul, m'affirme Sirius, dédaigneux.

-Et bien permets-moi de répondre à sa curiosité : je fête chez moi avec ma famille.

-Et tu habites où ?

-Château Les Bruyères, Chemin de Traverse, Londres, je réponds avec orgueil.

-Ta famille compte des baleinaux ?

-Non plutôt des fils de fer. Pourquoi cet inquisitoire ?

-Parce que je crois que ton château est parfait pour accueillir Lily ces vacances ! S'exclame James, fier comme un pou de son idée.

Je m'étouffe et un jet de bièreaubeurre est projeté sur Lupin en face de moi. Il prend un coin de la nappe et se tamponne le visage avec.

-Mauvaise idée James, Balzary n'accueillera jamais ses « amis » dans sa très modeste demeure, se mêle Sirius de mes affaires, alors que je tousse à m'en arracher les poumons.

-Alors Wendy, tu en dis quoi ? Demande James en ignorant son meilleur ami.

-J'en dis que c'est une idée stupide.

-Ah, voilà ! S'écrie Sirius, victorieux, en tapant sur la table.

-Pauvre idiot, je t'ai dit ce matin même qu'on avait pas de fric ! Tu veux que je la nourrisse de sauterelles et de racines ?

-Et moi je vis une idylle avec mon amoureux Rogue. T'as un château !

Je rougis de honte à la pensée dudit château qui a coûté une bouchée de pain à mon père pour des raisons que je tairai. Mais je croise le regard désespéré de Lily qui doit songer à ses vacances.

-Tu veux vraiment venir dans mon vieux château à moitié démoli ? Je lui demande peu convaincue, mais faisant renaître une lueur d'espoir dans ses yeux.

-Oh oui, peu importe la quantité de nourriture ! S'exclame-t-elle, enthousiaste.

Je m'empourpre d'avantage. S'il n'y avait que la nourriture ! Mais je n'ose avouer à toute la tablée que mon beau château de princesse est... enfin vous saurez en temps voulu. Voyez mon excellente gérence du suspense.

-Super, maintenant que tout le monde va passer de super vacances, on va peut-être songer à rentrer, nous coupe Frank en tapotant le cadran de sa montre en or.

James et moi concluons notre accord d'une poignée de main et Sirius me jette un regard suspicieux.

-Tu vas l'empoisonner ? Me glisse-t-il alors que les autres passent la porte de sortie.

-Enfin Sissi, tu crois vraiment que je vais t'avouer mes plans meurtriers ?

OoOoOoOoOoO

Trois semaines après la mort tragique de Miss Teigne, Rusard semble remit d'amplomb. Il lui aura fallut fallut de nombreux jours pour sortir de la dépression. En effet durant les trois semaines écoulées, le pion errait sans but dans les couloirs, les yeux rouges et le dos voûté comme s'il allait s'effondrer de chagrin. Evidemment Peeves et les élèves s'en s'ont donné à coeur joie profitant de sa faiblesse et sa vulnérabilité...

Mais aujourd'hui Argus Rusard semble renaître. Il a le teint plus rose et les yeux secs. Il s'égosille à nouveau sur les élèves, menace inutilement l'esprit frappeur... il a même dit bonjour à Mme Pince ce matin. Oui, il semble avoir chassé définitivement les fantômes du passé.

Car Argus n'est plus seul. A la main, il porte un couffin.

Il le berce doucement d'une main et de l'autre, il brandit un biberon. De lait cette fois. De temps en temps il relève la tête et fait des remarques cinglantes aux élèves qui passent, le visage menaçant et les yeux pleins de haine.

-Excusez-le, j'interviens alors auprès des pauvres élèves. Il couve son enfant.

Confirmant mes paroles, Rusard repose les yeux sur le petit couffin rose et ses traits s'adoucissent, sa bouche émettant même un semblant de sourire. Attendrie une énième fois par ce spectacle, je m'approche à pas feutrés et jette un coup d'oeil à l'habitant du couffin. Deux immenses yeux jaunes comme des loupiotes me fixent, puis clignent innocemment. Adorable.

-Miss Teigne II, lui murmure Rusard en lui caressant tendrement la joue.

La relève de Miss Teigne la terreur est assurée. Pauvres de mes enfants ! Leur mère n'aura même pas été capable de les débarrasser de la vermine. Je réprime un frisson et regarde ma montre. Cinq minutes que je devrais avoir quitté mon travail.

-Rusard, vous payez les heures sup' ?

Il se contente de grogner. Je lui rends aussitôt seau et éponge, le mettant dans l'embarras puisqu'il est accaparé par son couffin, puis monte quatre à quatre les escaliers menant à la tour des Gryffondors.

-J'emmène quoi ? Demande Lily face à son armoire. Vêtements moldus ou sorciers ?

-Les deux, je lui réponds. Mais pas de trucs trop chics si tu veux être appréciée.

-Ca marche. J'emmène aussi un ou deux livres pour la lecture du soir...

-Pas la peine on a une grande bibliothèque qui ne demandera qu'à t'accueillir... une fois que j'aurai éradiqué les rats et chauves souris.

Les yeux soudain pétillants, Lily jette les deux livres qu'elle avait dans les mains sur son lit et va dans la salle de bain remplir sa trousse de toilette. Quant à moi qui n'ai pas grand chose à emmener, je m'assois sur la valise d'Alice pour l'aider à la fermer.

Ma parole, elle emporte le dortoir avec elle.