« Trop mignon ! Avec un mannequin, on se fait une meilleure idée ! »
Sur le fond, RIko était d'accord avec leur tutrice mais sur la forme… c'était tout autre chose. Oui, Nagisa était très mignonne, très belle même et ressemblait fort à un mannequin mais lui faire essayer des tenues aussi moches était plus que dommage. La capitaine eut du mal à comprendre à quoi servaient les essayages avant que la femme lui explique qu'il s'agissait de ce que l'équipe porterait pour les sélections. Les deux adultes se disputèrent vaguement, l'entraîneur préférant une tenue plus simple mais aussi plus vieillotte selon sa collègue. Les deux adolescentes préférèrent les laisser se battre et fuir le plus rapidement possible.
« Je m'en fiche un peu, commença Nagisa, de la tenue… On pourrait garder la même.
Je trouve que c'est une bonne idée de changer. »
Nagisa et RIko marchaient jusqu'au gymnase, côte à côte et, encore une fois, main dans la main. C'était devenu, entre elles et lorsqu'il n'y avait personne autour, un geste normal, ancré dans leur relation sur laquelle elles n'avaient pas encore mis de mots.
« Vraiment ?
Ça apporte un vent de fraîcheur au lycée. Monsieur Tachibana est venu nous entraîner, Ayano a rejoint le club… On a même un manager ! On peut dire que Kitakomachi est différent, cette année. »
Ce que Riko n'osait pas dire, c'était qu'elle espérait aussi laver toute ressemblance avec le match entre Nagisa et Ayano et cela aussi devait passer par un changement de tenue afin d'aller vers l'avant sans être bloquée par cette défaite.
« Moi aussi, continua-t-elle, je vais tout donner pour qu'on aille aux nationaux. C'est notre dernière chance. Il faut se battre, hein Nagisa ?
Oui ! »
Nagisa était regonflée à bloc pour les sélections de cette année-là, bien loin de ce qu'il s'était passé l'année précédente et Riko décida qu'il fallait en profiter en profiter pour l'encourager et la pousser à se dépasser, en profiter pour qu'elle aussi arrive à aller aussi loin qu'elle l'avait toujours souhaité. Bien sûr, ce serait difficile. Seules les deux meilleures filles étaient prises pour aller plus loin et rien qu'avec Ayano et Nagisa dans les joueuses, ses chances étaient amoindries mais Riko avait envie d'y croire, encore, et de continuer à se battre, toujours.
« Allez, on s'accroche ! »
« Tu cours pas assez ! »
A première vue, on pouvait croire que tout était redevenu comme au début d'année, quand Nagisa Aragaki était une vraie diablesse, véritable tortionnaire du club de badminton de Kitakomachi, mais il n'en était rien. Pour une fois, ce n'était pas Riko qui devait entraîner Nagisa alors qu'elle était à bout de force, bien au contraire. La vice-capitaine avait demandé à être entraînée et ne fléchissait pas depuis elle avait la rage de vaincre et comptait faire tous les efforts du monde pour réussir. Gagner n'était pas qu'un rêve. Riko en était capable et elle était bien décidée à le prouver. Nagisa était sévère, bien sûr, mais elle savait aussi donner quelques compliments, souvent dérobés, toujours cachés pour ceux qui ne savaient pas lire entre les lignes.
« Tu aurais pu la contrer celle-là ! »
Encore une fois, RIko demanda à sa capitaine de continuer à envoyer le volant encore et encore elle ne voulait pas s'arrêter.
« Je t'entends pas.
Encore une ! »
La voix de Riko se répercuta avec force sur les murs du gymnase. Nagisa jouait avec elle, s'amusait à mettre en doute sa détermination, la poussait à la montrer toujours un peu plus et cela fonctionnait.
« J'entends toujours rien.
Encore une !
Plus fort !
ENCORE UNE ! »
Les deux adolescentes étaient presque connectées, se comprenaient parfaitement. C'était leur moment et elles semblaient être dans leur bulle, ensemble.
Dans les vestiaires, Nagisa distribua à toutes les filles une feuille des matchs à venir et chacune se mit à chercher son propre nom avec impatience.
« Je suis là ! C'est pas trop mal pour moi, s'écriait Yû, cette année ! »
Yû et Sora discutaient de leurs adversaires tandis que Riko regardait quels noms étaient inscrits à côté du sien, en silence, totalement défaite lorsqu'elle eut pris connaissance des futures personnes qu'elle aurait à affronter. Sora lui posa la question fatidique mais elle ne réussi même pas à répondre, s'en sentait totalement incapable.
« Tu commences contre Ishizawa de Zushi… »
Personne ne parla, pas même Nagisa.
« Elle est forte, demanda alors Elena, cette fille ? »
C'est seulement à cet instant que RIko réussit à sortir de sa torpeur pour répondre comme il le fallait sans toutefois oser regarder Nagisa.
« Elle était demi-finaliste, l'an dernier. En plus, on jouait ensemble au collège. »
Elena partit rapidement après lui avoir assuré qu'elle avait hâte de voir ce match et, tandis que Yû tentait de la rassurer en lui disant qu'elle était tout à fait capable de gagner, Ayano rentra dans la conversation.
« Riko, tu es arrivée jusqu'où, l'an dernier ?
J'ai perdu mon troisième match… »
Riko se sentait totalement honteuse de dire cela, surtout en se remémorant ce match et toutes les fautes qu'elle avait commises.
« Alors ça risque d'être rude… »
Sans que cela ne lui paraisse anormal, Ayano sortit également du vestiaire sans rien rajouter de plus. Riko savait qu'elle avait raison et que ce serait compliqué pour elle de gagner mais elle n'avait surtout pas besoin qu'on le lui dise de cette manière, surtout venant d'une telle personne ! Tout bas, Riko murmura en pensant que personne ne l'entendrait :
« J'ai pas eu de pot au dernier tournoi… »
Pourtant, sur la route du retour, Nagisa avait lâché la main de Riko pour lui demander des comptes car elle, contrairement aux autres, avait entendu.
« Ça voulait dire quoi, ça ?
Quoi donc ? »
Honnêtement, Riko pensait que personne ne l'avait entendue et ne faisait pas juste semblant de ne pas comprendre : elle ne comprenait vraiment pas de quoi Nagisa lui parlait.
« « Pas de pot au dernier tournoi » ?
Oh, je plaisantais. »
La vice-capitaine avait répondu un peu vite et sans vraiment réfléchir, un peu choquée que Nagisa fasse autant attention à elle. C'était quelque chose dont elle n'avait pas l'habitude.
« Si tu pars perdante…
Je sais. Mais je vais jouer contre Nozomi. »
Riko s'était attendue à ce que, fidèle à elle-même, Nagisa explose à l'entente de ce nom et qu'une dispute éclate mais il n'en fut rien. Elle s'améliorait, changeait et c'était pour le mieux car, au lieu de s'énerver, elle ne fit que donner des conseils.
« Tu sais, elle manque d'endurance et fait souvent des fautes en seconde période. Si tu fais durer les échanges…
Toi, tu le pourrais peut-être. On est pas pareilles ! »
Les deux adolescentes eurent du mal à croire que c'était bien Riko qui avait crié, que c'était elle qui avait élevé la voix, elle qui était d'ordinaire si calme et qui ne sortait jamais de ses gongs. Pour une fois, les rôles étaient inversés et, même si Nagisa ne savait pas réellement comment se comporter, n'étant pas habituée à être de ce côté-ci de la barrière, elle fit de son mieux.
« Je n'ai jamais dit ça. »
Le sang-froid et la douceur dont Nagisa faisait preuve étaient totalement inimaginables, incongrus.
« Tu crois sincèrement que je pourrai vaincre Nozomi ? »
La capitaine comprit tout de suite qu'il ne fallait pas simplement la rassurer et lui dire qu'elle ne pouvait que gagner, surtout que Nozomi était tout de même forte il fallait aller à contresens.
« Tu as dit que tu donnerais tout cette année… C'était un mensonge ?
Ne dis pas ça ! »
Riko ne parla pas plus, obligeant son interlocutrice à continuer.
« Pourquoi est-ce que tu t'es tant entraînée, alors ? Tu veux perdre, c'est ça ? »
Encore une fois, Riko ne répondit pas, totalement incapable de dire quoi ce soit et ce fût la fois de trop. Nagisa s'énerva et, après lui avoir crié dessus de faire comme elle voulait, partit sans elle. Pour une fois, elle avait au moins essayé d'être là, un peu, mais il fallait croire qu'elle n'était pas capable de plus, peut-être pas encore…
Le soir, arrivée chez elle, Riko n'avait le cœur à rien, même pas à s'occuper de ses petits frères et sœurs qui s'inquiétaient pourtant pour elle : elle déprimait. Elle avait peur du match contre Nozomi pour tellement de raisons différentes que cela la bouffait presque totalement de l'intérieur. Leur passé commun était bien trop grand pour qu'elle puisse l'affronter comme on affronte une inconnue et Nagisa ne serait jamais capable de le comprendre, tout comme elle était incapable d'être là pour sa vice-capitaine. Cette dernière revivait aussi l'altercation d'un peu plus tôt. Nagisa était partie sans se retourner, sans même un sourire ni rien pour l'encourager. Elle avait essayé et baissé les bras presqu'instantanément… Pourquoi n'était-elle pas restée plus longtemps ? Pourquoi était-elle aussi incapable de comprendre que Riko avait besoin d'elle ?
Pourtant, Riko devait se reprendre et elle se força tout de même à aller faire à manger pour sa fratrie sans toutefois préparer une assiette pour elle-même. Elle n'avait pas du tout faim et préférait ne pas faire semblant si c'était pour jeter de la nourriture ensuite : ils ne pouvaient pas vraiment se le permettre.
Elle ne se doutait pas qu'à quelques kilomètres de là, dans sa chambre, Nagisa regardait son portable, tapait un message pour l'effacer puis pour recommencer encore et encore. Elle ne savait pas quoi écrire. Depuis combien de temps était-elle sur son écran à se creuser la tête ? Bien trop longtemps. Elle en avait marre. Marre de ne pas savoir quoi dire alors que Riko avait toujours les bons mots au bon moment. Finalement, Nagisa s'endormit sur son téléphone sans avoir réussi à envoyer quelque chose de potable.
Lorsque l'équipe arriva au lieu des sélections, quelques jours plus tard, toutes virent des personnes qu'elles connaissaient déjà, qu'il s'agisse d'anciennes amies ou encore de Kaoruko ou même Nozomi et Riko croisa directement cette dernière lorsqu'elle se rendit aux toilettes pour s'arroser un peu le visage. Nozomi lui adressa directement la parole.
« On s'affronte dès le premier match…
Oui. Donnons-nous à fond ! »
Leur discussion avait été courte puisque Nozomi partit directement après mais cela n'avait rien d'étonnant : les deux filles avaient toujours été incapables de se parler normalement et autrement que par volants interposés. Encore une fois, elles ne pourraient tout régler que sur le terrain.
