Bonjour,

Bonne année à tout le monde. Je vous souhaite plein de bonheur, de réussite, la santé et la réalisation de vos rêves pour vous et tous vos proches.

Nous sommes jeudi et voici un nouveau chapitre. On en apprend enfin plus sur Dean.
Merci de me lire et de m'écrire et encore une fois tous mes voeux de bonheur !

Bonne lecture

Sydney8201

Musique du chapitre :

In my place de Coldplay

Chapitre 11 : Un début d'explication

« Ce qu'il y a de terrible quand on cherche la vérité, c'est qu'on la trouve »

Rémy De Gourmont

Quand Castiel ouvrit les yeux, il eut besoin de quelques minutes pour se souvenir de l'endroit où il se trouvait. Il cligna plusieurs fois des paupières et regarda attentivement autour de lui. Une chambre d'hôtel. Les rideaux étaient tirés de sorte à ce que le soleil – qui semblait déjà haut dans le ciel – ne filtre pas à travers les fenêtres. Les murs étaient couverts d'une tapisserie à motif fleural. Le sol était couvert d'une vieille moquette marron. Castiel se redressa doucement, son esprit faisant enfin le point. Saint Louis. Dean. Il avait parcouru les quatre heures de route qui le séparaient du jeune homme hier soir après qu'il l'ait appelé à l'aide. Il l'avait soigné et recousu. Ils avaient échangé … Castiel se passa une main sur le visage. Il était seul à présent dans la chambre. Il jeta un coup d'oeil à l'endroit où Dean avait dormi. Les couvertures étaient tirés et l'oreille portait clairement les marques du crâne de son ex compagnon. Mais le jeune homme n'était pas là. Castiel sentit son cœur s'accélérer. Il lui avait promis de lui expliquer ce qui lui était arrivé dès leur réveil. De toute évidence, il lui avait menti. Et il avait pris la fuite. Castiel chercha son téléphone avant de réaliser qu'il l'avait laissé dans la voiture. Avec la majorité de ses affaires. Quel idiot il avait été de croire que Dean resterait. Il aurait du se douter que le jeune homme saisirait la moindre occasion pour prendre la fuite. Il avait probablement attendu que Castiel se soit enfin endormi pour ramasser ses affaires et quitter la ville.

Ca n'aurait pas du être une surprise. Encore moins une déception. Castiel savait que ce qu'ils avaient fait la veille n'avait aucune valeur. Ils n'étaient pas un couple et de toute évidence, pas même des amis. Il aurait du se méfier et exiger des explications immédiates. Il avait manqué le coche. Bien sûr, cela lui enlevait une belle épine du pied. Car maintenant que Dean était parti, il n'avait pas à se poser la question de savoir s'il était prudent pour lui de rester. Mais il était tout de même déçu. Blessé même. Et il s'en voulait d'avoir été aussi naÏf.

Castiel soupira longuement avant de se lever du lit. Il traversa la chambre pour pénétrer dans la salle de bains. Il se déshabilla rapidement, toujours furieux avant d'entrer dans la baignoire et d'enclencher l'eau du pommeau de douche. Il se lava rapidement, ressassant sans cesse les évènements de la veille. Il n'aurait jamais du se laisser aller de la sorte. Il se sentait utilisé et honteux. Il aurait du arrêter Dean avant que les choses ne dégénèrent. Mais il avait été trop faible. Et son attirance était connue du jeune homme. Il en avait profité pour obtenir ce qu'il voulait. Castiel était un idiot.

Quand il sortit de la baignoire, l'air froid de la salle de bains le fit frissonner. Il s'essuya aussitôt et remit ses vêtements de la veille. Il jeta ensuite un coup d'oeil à son reflet dans le miroir. Il se reconnaissait à peine.

Le soleil avait apporté de la couleur à sa peau d'ordinaire trop blanche. Il avait des cernes sous les yeux et les joues creusées par la fatigue. Il avait l'air plus vieux que son âge. Il ne ressemblait plus au jeune homme qui avait quitté ses parents quelques semaines plus tôt. Il devait son état à Dean et il était furieux contre lui. Au moins autant qu'il l'était contre lui même. Il soupira longuement puis utilisa ce que le motel mettait à leur disposition pour se raser et pour se brosser les dents.

Une fois terminé, il retourna dans la chambre pour nettoyer tout ce qu'il avait laissé trainer sur le sol hier soir. Il mit les serviettes tâchées de sang à tremper dans le lavabo puis jeta les compresses usagées dans la poubelle. Il utilisa ensuite la bouilloire pour se faire un rapide café. Il le but assis au bout du lit, ses yeux fixant sans le voir le mur devant lui. Il revivait à nouveau les évènements de la veille, du coup de fil de Dean au moment où ils s'étaient endormis côte à côte. Castiel avait été terrifié quand il avait compris que le jeune homme était blessé. Il avait eu peur de le perdre. Et son soulagement en réalisant qu'il n'était pas en danger de mort avait été immense. Il avait pris le temps de soigner ses blessures et de prendre soin de lui. Il l'avait fait sans aucune arrière pensée et uniquement parce que le jeune homme comptait pour lui. Ce n'était pas réciproque bien sûr.

Il aurait probablement du être content de savoir Dean parti. C'était une bonne chose pour lui. Il était persuadé que l'homme qui avait attaqué le jeune homme la veille ne l'avait pas fait par hasard. Cela cachait inévitablement autre chose. Il avait un rapport avec le passé de Dean. Il l'avait visé lui et personne d'autre. Il aurait pu le tuer. C'était même sans nul doute son intention première. Dean lui avait échappé. Castiel ne voulait pas être mêlé à toutes ces histoires. Il n'était pas du genre à être excité par le danger. Pas plus qu'il n'aimait l'idée que son ex compagnon ait eu besoin de souffrir pour jouïr la veille. Il y avait quelque chose de malsain dans la façon qu'il avait de se comporter sexuellement parlant. Quelque chose qui aurait du lui faire prendre la fuite. Mais il était resté. Et il avait pris du plaisir. Il ne savait pas s'il pourrait un jour se le pardonner.
Castiel soupira longuement puis vida sa tasse de café d'une traite. Il grimaça en l'avalant et se leva pour reposer la tasse à côté de la bouilloire. Il récupéra ensuite ses clefs de voiture sur la table de nuit et son kit de premier secours. Il se dirigeait vers la porte de la chambre quand elle s'ouvrit brutalement le faisant sursauter. Dean se tenait devant lui, deux tasses de café dans les mains et un sac sous le bras. Il était là comme si de rien n'était et Castiel sentit la colère l'envahir.

- Espèce d'enfoiré ! S'écria t-il.

Il avait cru le jeune homme loin de la ville. De toute évidence, il s'était trompé. Mais Castiel se sentait trahi et humilié. Il était furieux et il avait besoin de relâcher un peu de pression. Peu importait que sa colère soit justifiée ou non.

- Espèce d'enfoiré … j'ai cru que tu … j'ai cru que tu étais parti, jeta t-il ensuite.

Dean fronça les sourcils, visiblement surpris par sa soudaine agressivité. Castiel détourna aussitôt les yeux.

- Tu préfèrerais que ce soit le cas ? Demanda le jeune homme d'une voix faible.

Castiel s'était posé la question dès qu'il avait vu que Dean n'était pas là. Mais il n'avait pas de réponse à apporter à son compagnon. Il pensait effectivement qu'il serait plus prudent pour lui de s'éloigner du jeune homme. De mettre un maximum de distance entre eux et de ne plus jamais avoir aucun contact avec lui. C'était la chose raisonnable à faire. Mais ce n'était pas ce dont il avait envie. Son cœur lui criait qu'il devait rester. Qu'il devait aider. Parce qu'il avait des sentiments pour Dean. Des sentiments auxquels il préférait ne pas penser. Il était totalement perdu. Et entendre la question dans la bouche du jeune homme rendait son conflit plus flagrant encore.

- Quoi ? C'est … c'est une question idiote ! Répliqua t-il finalement.

Il jeta un nouveau coup d'oeil à Dean. Il n'avait pas bougé d'un centimètre et il continuait de fixer Castiel avait curiosité.

- C'est une question simple … est ce que tu préfèrerais que je sois parti sans te prévenir ? Que je sois loin de toi ? Etais tu soulagé en me pensant parti ce matin ?

Castiel devait répondre. Il savait qu'il ne pouvait pas ignorer la question éternellement. Mais il n'avait aucune idée de ce qu'il devait dire. Il ferma les yeux une seconde, fit le vide dans son esprit et choisit de laisser parler son cœur. Car en définitive, c'était lui qui criait le plus fort.

- Non, asséna t-il.

Il prit une grande inspiration avant de rouvrir les yeux pour regarder Dean.

- Non, répéta t-il avec certitude.

Il lut aussitôt du soulagement sur le visage de son compagnon et son cœur s'emballa. Il était dangereux d'espérer. Dangereux d'interpréter ce que les yeux de Dean trahissait de ses émotions. Car Castiel savait qu'il finirait par être déçu.

- Alors pourquoi est-ce que tu es aussi énervé ? Demanda le jeune homme après de longues secondes du silence.

Castiel haussa les épaules en repensant à la panique et la déception qu'il avait ressenti en pensant que Dean avait fui avant son réveil. Il poussa un long soupire.

- J'étais inquiet pour toi … inquiet parce que tu es blessé et que je ne savais pas où tu étais parti. J'ai cru que tu avais pris la fuite et c'était … j'étais terrifié, avoua t-il.

Dean fit alors un pas dans sa direction. Castiel ne recula pas et garda ses yeux rivés sur le jeune homme.

- Je suis désolé Cas. J'aurais du te laisser un mot mais je ne pensais pas que tu serais réveillé quand je reviendrais et … tu avais l'air tellement épuisé hier. Mes affaires sont encore là alors … je n'ai pas imaginé que tu puisses penser que j'étais parti.

Castiel détourna les yeux et regarda autour de lui. Il aperçut alors le sac de Dean à côté de la commode. Il était ouvert et ses vêtements avaient été posé dessus. Il ne l'avait pas vu jusque là. Il avait été tellement persuadé que Dean était parti qu'il n'avait même pas pris la peine de fouiller la chambre. Il était idiot. Et à présent, il se sentait coupable d'avoit tirer des conclusions hâtives.

- Je ne l'avais pas vu … je suis désolé Dean. Je n'aurais pas du … je crois que c'est le stress et ça n'excuse pas mon attitude mais …

- Eh Cas, laisse tomber. Je ne t'en veux pas.

Castiel hocha la tête avant de reporter son attention sur son compagnon. Il tenait toujours les gobelets de café dans ses mains et semblait un peu perdu. Castiel fronça les sourcils. Non, il n'avait pas l'air perdu. Il était angoissé. Et cela ne pouvait signifier qu'une seule chose. Il allait enfin aborder le sujet qu'ils avaient évité la veille.

- De toute façon, on a des choses plus importantes dont on doit discuter il me semble.

Castiel ne pouvait pas nier qu'il était sincèrement surpris que le jeune homme ne cherche pas à fuir la conversation. Il n'avait jamais accepté de se confier. Les rares informations qu'il avait laissé filtrer lui avaient été arrachées par Castiel quand il avait bu. C'était une grande première. Et la preuve que Dean lui faisait un minimum confiance.

- Ca ne te dérange pas qu'on s'installe avant. Ca risque d'être long et j'ai besoin d'un bon café avant de dire quoi que ce soit.

Castiel acquiesça aussitôt et s'assit à l'une des trois chaises qui étaient installées autour de la petite table dans un coin de la chambre. Il regarda Dean poser les deux gobelets de café dessus avant d'ouvrir le sac qu'il tenait sous son bras et d'en sortir plusieurs muffins. Castiel attendit qu'il soit assis en face de lui pour en prendre un. Il le fit tourner quelques minutes dans ses mains sans rien dire. Il n'avait aucune idée de la manière dont il devait aborder les sujets qu'il voulait aborder. Il préférait que son compagnon prenne la parole en premier avant de l'interroger. Il se mordilla la lèvre inférieure une seconde alors que Dean buvait plusieurs gorgées de son café. Il sortit ensuite son paquet de cigarettes, en mit une entre ses lèvres et l'alluma d'une main tremblante. Castiel n'évoqua pas le fait qu'ils se trouvaient dans une chambre non fumeur et se contenta d'ignorer la fumée qui voletait en direction de son visage et dont l'odeur agressait ses narines.

- En premier lieu, j'aimerais revenir sur ce qu'on a fait hier soir, commença finalement Dean d'une voix calme.

Castiel hocha une nouvelle fois la tête mais ne dit rien. Il savait qu'ils avaient commis une erreur en cédant à leurs pulsions. Mais il ne pouvait pas nier qu'il avait pris du plaisir avec le jeune homme. Et qu'il était prêt à recommencer si toutefois l'occasion se présentait.

- Cas … c'était bien … c'était mieux que bien et franchement, c'était exactement ce dont j'avais besoin hier mais … tu dois avoir conscience que cela ne signifie rien de plus. On ne formera jamais un couple. Je te l'ai dit dès le début. Je ne veux pas m'attacher. Je ne veux pas d'une relation sérieuse. Je sais que tu es attiré par moi mais … il ne se passera jamais rien de plus entre nous. Je préfère que tu le saches.

Castiel n'avait aucun espoir de ce côté là mais cela restait difficile à entendre. Il baissa les yeux sur son muffin avant d'en arracher un morceau et de le coller dans sa bouche pour éviter de dire quoi que ce soit de gênant. Quelque chose du genre « je t'aime comme un fou, s'il te plait, laisse moi une chance de te rendre heureux ». Il doutait que Dean avait envie d'entendre ça. Il n'était même pas sûr que cela soit vrai. Il avait de l'attirance et des sentiments pour son compagnon. Mais il ne pensait pas être amoureux de lui.

- Je le sais, assura t-il finalement quand il eut avalé ce qu'il avait dans la bouche.

Il ne releva pas la tête, préférant éviter de regarder Dean dans les yeux.

- Parfait … maintenant … je veux bien répondre aux questions que tu pourrais avoir mais tu dois savoir que ce que tu vas entendre risque fort de te déplaire. Mon histoire n'est pas … elle est sombre et triste et … quand j'aurais fini de parler, il faudra que tu prennes une décision. Que tu choisisses ou non de continuer ta route avec moi.

- Tu me laisseras prendre la décision moi même, n'est ce pas ? Tu ne me forceras pas ? Tu ne décideras pas pour moi ?

Castiel jeta un coup d'oeil à Dean au moment où le jeune homme hochait la tête à son tour. C'était un début.

- Bien sûr que je te laisserais la prendre … tu es adulte et … j'aime l'idée qu'on puisse continuer ensemble pendant un moment encore … mais ce sera à toi de décider.

Dean semblait sincère et Castiel choisit alors de se lancer. Il avait des dizaines de questions à poser. Il y avait tellement de choses qu'il ignorait encore sur son compagnon qu'il ne savait pas par où commencer. Il opta finalement pour ce qu'il y avait de plus simple. Il se racla la gorge en reposant son muffin sur la table pour attraper son gobelet de café.

- Est-ce que tu connaissais l'homme qui t'a attaqué hier ?

Dean soupira longuement en observant le bout incandescant de sa cigarette.

- Je le connaissais oui.

- Il a un rapport avec … avec ton passé ?

- Il en fait parti.

Dean semblait déterminé à n'apporter que des réponses courtes tout en omettant de donner les détails. Cela risquait de poser problème. Car Castiel voulait tout savoir. Il voulait comprendre ce que son compagnon avait traversé. Ce qui avait fait de lui l'homme qu'il était aujourd'hui. Il estimait en avoir le droit après les évènements de la veille. Il en avait besoin pour prendre sa décision.

- Est-ce que c'est lui qui t'a fait toutes ces cicatrices ? Demanda t-il alors.

Dean secoua aussitôt la tête.

- Non … il travaille pour lui … disons qu'il est son homme de mains.

Castiel se souvenait parfaitement de ce que le jeune homme lui avait dit le soir où il l'avait trouvé totalement ivre sur le sol de sa chambre. Il ne pourrait probablement jamais oublier ce qu'il avait entendu. Combien cet inconnu, ce monstre sans nom, avait aimé faire souffrir Dean. Combien il avait aimé le voir pleurer. Dean avait avoué lui appartenir. Et Castiel ne comprenait pas comment quelqu'un d'aussi indépendant que son compagnon pouvait l'avoir laissé faire. Mais il lui manquait sans nul doute trop de pièces du puzzle pour réellement comprendre ce qui était arrivé. Il avait besoin des détails.

- Dean, s'il te plait … je veux savoir, lâcha t-il finalement pour encourager le jeune homme à se livrer enfin.

Pendant de longues secondes, son compagnon ne dit rien, perdu dans la contemplation de sa cigarette qui s'était éteinte entre ses doigts. Castiel eut peur de l'avoir poussé trop loin, trop vite. Mais quand Dean releva la tête, il semblait sûr de lui et déterminé. Il prit une grande inspiration et se lança enfin.

- Il y a deux ans … un petit peu plus maintenant … j'ai rencontré un homme en prison.

Castiel sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale. Dean avait été en prison. Il avait commis un acte suffisamment grave pour qu'on l'enferme derrière des barreaux. Il s'était souvent demandé si son compagnon était quelqu'un de dangereux. Mais il avait fini par trouver l'idée stupide et par lui faire entièrement confiance de ce point de vue là. De toute évidence, il s'était trompé.

- Tu as été en prison ? Demanda t-il, la gorge nouée.

Dean haussa les épaules en jetant son mégot éteint sur la table.

- Pas longtemps … quatre mois en fait. Et pas pour quelque chose de grave, rassure toi. Je n'ai jamais fait de mal à quelqu'un … jamais. J'ai commis une erreur qui m'a coûté cher et crois moi, je la regrette encore aujourd'hui. Parce qu'une fois en prison, je suis devenu la proie de personnes bien plus dangereuses que moi. Cet homme, celui qui m'a fait ça … il m'a pris sous son aile dès mon arrivée. Il disait vouloir me protéger et il était … il était charismatique et puissant. Il disait être fasciné par moi … il me disait combien j'étais courageux et fort. Et rapidement, je suis devenu … je ne sais même pas vraiment comment définir ce que j'étais pour lui. Ce n'était pas sexuel. Il n'était pas non plus amoureux de moi. J'étais comme un trophée … il aimait l'idée de me posséder. Je l'ai laissé faire. Je vivais pour les rares fois où il se disait fier de moi. Et quand je suis sorti, j'ai été incapable de reprendre une vie normale. J'ai essayé mais … il avait fini par me faire croire que je lui appartenais réellement. Deux mois plus tard, il sortait à son tour de prison. Je l'ai rejoint.

Castiel avait envie de demander des précisions mais il savait qu'en interrompant le jeune homme maintenant, il risquait de perdre la chance d'entendre toute son histoire. Il se força donc à se taire et à écouter.

- Il dirigeait une sorte d'organisation.

- Un gang ?

Dean secoua la tête.

- Non, c'était plus que ça. C'était une sorte de mafia … mais sans le côté cool qu'on peut trouver dans Le Parrain. Il n'y avait aucun code d'honneur, aucune morale. Ses hommes lui obéissaient au doigt et à l'oeil parce qu'ils étaient terrifiés. Tout le monde avait peur de lui … moi le premier. Mais à ses côtés, j'avais la sensation d'avoir une utilité. Il avait fait de moi son disciple. Il répétait continuellement à quel point j'étais brillant et que j'étais son meilleur élève. Je voulais le croire. C'était la première fois que quelqu'un se disait fier de moi. Quand il a commencé à me frapper … j'ai pensé que je le méritais. Je n'ai pas cherché à fuir. Je pensais réellement lui appartenir. Il m'avait sauvé la vie en prison et avait donné un sens à ma vie. J'acceptais les punitions sans me débattre. Il aimait me voir souffrir. Il aimait me faire pleurer et crier. Parfois, quand il avait fini, il me prenait dans ses bras et me félicitait … c'était tout ce dont j'avais besoin. J'avais la sensation d'être important … de compter pour quelqu'un. J'étais jeune et stupide et je l'ai laissé continuer.

Dean s'interrompit une seconde pour boire une gorgée de café qu'il sembla avoir du mal à avaler. Castiel était choqué par ce qu'il entendait. Il pouvait comprendre que son compagnon n'ait pas cherché à s'enfuir. Il était jeune et il avait de toute évidence été manipulé. Cet homme savait exactement comment s'y prendre pour obtenir ce qu'il voulait de lui.

- Parmi ses employés, il y avait Benny. Il était différent des autres. Joyeux, plein d'optimisme et terriblement drôle. Quand j'étais seul … ou quand j'étais trop faible pour sortir de la maison, il venait me voir. Je pense qu'on l'avait chargé de veiller sur moi. Tout le monde savait à qui j'appartenais et personne ne s'inquiétait de me laisser seul avec un autre. Parce qu'aucun des membres de l'organisation n'aurait osé me toucher. Benny … Benny était gentil avec moi. Il a soigné certaines de mes blessures. M'a laissé pleurer pendant des heures sans me juger et … je suis tombé amoureux de lui. Il m'a alors raconté comment il avait rencontré une femme à l'extérieur de l'organisation … une femme qu'il avait aimé de tout son cœur … et comment elle avait été assassiné par ceux pour qui il travaillait. Elle était considérée comme une distraction … comme une menace. Benny avait alors pris la décision de se venger. Il avait un plan mais … le jour où je lui ai révélé mes sentiments … il m'a avoué être tombé amoureux de moi à son tour. Il m'a alors promis qu'on s'enfuierait ensemble. Il voulait trouver un endroit quelque part où on pourrait être heureux ensemble. Il avait été élevé en Lousiane et il voulait retourner y vivre. Il voulait m'emmener avec lui. Il y avait beaucoup de détails à régler et de mesures à prendre … mais on profitait de chaque instant ensemble pour vivre notre histoire à fond. Je me suis surpris à espérer avec lui. Quand j'étais dans ses bras, je pensais réellement qu'on aurait une chance d'être heureux un jour, loin de tout ça … loin de lui.

Castiel ne pouvait s'empêcher d'envier Benny. Il pouvait entendre dans la voix de Dean l'affection et l'amour qu'il avait toujours pour lui. Il était évident que personne ne pourrait jamais prendre sa place dans le cœur du jeune homme.

- Mais notre chance a tourné. Je ne sais pas comment notre relation a été découverte. Tout ce que je sais, c'est qu'ils ont assassiné Benny sous mes yeux. Je l'ai regardé agoniser durant de longues minutes sans pouvoir l'aider. J'ai pleuré, supplié … juré que je ne partirais pas mais c'était trop tard pour lui. Ma punition … ma punition a été de le voir mourir. Quand j'ai demandé à ce qu'on me tue à mon tour, Al … il s'est contenté de me brûler le torse avec un tison qu'il avait fait chauffé au préalable. Il disait vouloir me marquer. Pour que tout le monde se souvienne de la personne à qui j'appartenais. J'ai pris la fuite le soir même. J'ai courru aussi loin que possible et sans me retourner. Je suis allé en Lousiane et j'y suis resté quelques semaines. Je me sentais proche de Benny là bas … mais ils étaient sur mes traces et j'ai du fuir à nouveau. Cela fait maintenant un an que je fuis Cas … un an que je regarde constamment par dessus mon épaule en espérant qu'ils ne seront pas là à me suivre … un an que je sais qu'ils finiront par me retrouver.

Castiel avait imaginé le pire concernant le passé de son compagnon mais il n'avait jamais imaginé qu'il aurait pu vivre de telles horreurs. C'était pire que toutes les idées qui lui avaient traversé l'esprit. Dean avait vécu l'enfer durant un an. Il avait perdu l'homme qu'il aimait. Il avait été battu et torturé. Et il était en fuite depuis.

- Quand ils me retrouveront … et je sais qu'ils me retrouveront un jour ou l'autre … je ne sais pas ce qu'ils feront de moi. Je doute qu'ils me tuent … il me rammèneront probablement auprès de lui. Il m'enfermera à nouveau et il reprendra mon « entraînement » … mais si je suis avec quelqu'un … si je suis accompagné … ils n'hésiteront pas à te tuer Castiel. Tu n'es pas en sécurité avec moi.

Castiel hocha la tête en fermant les yeux. Il y avait de l'inquiétude dans la voix du jeune homme. Il semblait réellement se soucier des risques qu'il ferait courir à Castiel si toutefois ils continuaient de voyager ensemble. Et il allait devoir sérieusement réfléchir à tout cela. Mais pour le moment, il avait encore quelques questions à poser à son compagnon.

- Est-ce que c'est lui qui t'a … est ce que c'est lui qui t'a initié à … à tout ça ? Demanda t-il.

Il n'était pas sûr que sa question était suffisamment claire. Il avait du mal à mettre des mots sur ce que Dean aimait faire. Mais il voulait comprendre comment un jeune homme pouvait en arriver à avoir besoin de souffrir pour prendre du plaisir. Il voulait savoir si l'homme qui lui avait fait tant de mal avait également abusé de lui sexuellement.

- Je te l'ai dit Cas … ce n'était pas … sexuel entre nous. C'était le pouvoir qu'il avait sur moi qui l'éclatait. Je n'ai jamais aimé ce qu'il me faisait. Je n'ai jamais aimé souffrir sous ses coups. Mais j'aimais l'idée de lui appartenir … avant de rencontrer Benny … avant de tomber amoureux, je crois que j'aimais l'idée qu'il avait le pouvoir de faire ce qu'il voulait de moi. Alors oui … peut être que c'est ce qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui … ou peut être que j'étais déjà comme ça sans réellement m'en rendre compte. Mais … c'est qui je suis aujourd'hui et ça ne changera pas.

Une nouvelle fois, Castiel sentait que Dean cherchait à lui passer un message. Le jeune homme voulait lui faire comprendre qu'ils étaient différents l'un de l'autre. Qu'il n'y avait aucun espoir. Castiel était agacé qu'il ressente le besoin de le dire encore et encore. Il l'avait compris la première fois qu'ils en avaient parlé. Il n'était pas idiot.

- Et avec Benny ? Est-ce que tu … tu faisais pareil avec lui ?

Dean hocha la tête avant de passer une main sur son visage.

- Plus ou moins oui … ça ne lui plaisait pas plus que ça mais il savait que j'en avais besoin. La première fois qu'on a fait l'amour, il a refusé de me faire du mal … mais … il a rapidement compris que je ne pourrais jamais m'en passer. Il a fini par accepter. Il passait de longs moment ensuite à s'excuser ou à me demander si j'allais bien. C'était parfait.

Castiel se demanda s'il serait un jour capable de céder ainsi aux demandes d'un homme avec qui il sortirait. Il se considérait comme ouvert d'esprit et extrêmement tolérant. Mais il ne savait pas s'il aurait pu accepter de faire du mal à Dean s'il avait été à la place de Benny. Il se souvint alors de ce qu'il avait fait la veille juste avant que le jeune homme jouisse et il baissa les yeux. Bien sûr qu'il aurait cédé. Par amour, on était capable de tout. Il sentit ses joues rougir et fut soulagé comme Dean reprit la parole.

- Cas … l'année que j'ai passé là bas … l'année que j'ai passé auprès de lui … elle m'a changé radicalement. Avant d'attérir en prison, j'étais un garçon comme tous les autres. J'aimais sortir et faire la fête. J'avais des amis et une idée de ce que je voulais faire de ma vie. J'étais plein d'espoir et insouciant. Mais ses quatres mois m'ont appris beaucoup de choses sur moi. J'ai compris que je n'étais pas intouchable ou invincible. J'ai compris que j'étais insignifiant pour des hommes aussi puissants que ceux qui étaient en prison avec moi. Il a utilisé ma faiblesse pour me briser. Il m'a fait croire que je ne valais rien. Que je n'étais rien. Puis quand j'ai perdu tout espoir de m'en sortir, il a commencé à me reconstruire, pièces par pièces. Il a fait en sorte que j'ai besoin de lui pour avancer. Il m'a donné ce dont j'avais tant besoin à ce moment là … de la reconnaissance … de l'affection et de la tendresse parfois. J'ai passé un an à vouloir le satisfaire sans jamais réussir. Je suis allé volontairement vers lui. J'ai choisi d'aller le retrouver.

- Parce qu'il a t'a manipulé Dean. Pas parce que tu le voulais vraiment.

Dean ne semblait pas convaincu. Castiel se demanda alors si son compagnon n'avait pas encore la sensation d'appartenir à cet homme malgré l'année qui s'était écoulé et la distance entre eux. Il avait déjà entendu parler de personnes qui développaient de l'amour ou de l'affection pour leurs bourreaux. C'était ce qu'on appelait le « syndrôme de Stockholm ».

- Il m'est arrivé de lui demander de me punir … il avait réussi à me faire croire que je le méritais. Et avant de rencontrer Benny, j'étais fier de lui appartenir. Fier qu'il me considère comme sa chose. Car j'étais important à ses yeux. Quand je suis sorti de prison, je n'avais plus goût à rien. J'avais la sensation d'être entièrement vide … je ne pouvais pas parler de ce que j'avais vécu et … je pensais que personne ne pouvait me comprendre. Personne sauf lui. C'est Benny qui m'a prouvé le contraire. C'est lui qui m'a montré que je pouvais être aimé. Il m'a redonné le goût de vivre. Il m'a donné envie d'exister pour moi et pas uniquement pour servir celui que j'avais fini par considérer comme mon maître.

De toute évidence, Benny avait sauvé la vie du jeune homme à plus d'un titre. Et sa mort lui avait donné le courage de fuir une bonne fois pour toute. Castiel était admiratif de cet homme qu'il ne connaissait pas. Admiratif du courage dont il avait fait preuve.

- Tu l'aimes toujours n'est ce pas ? Demanda Castiel après quelques secondes.

Dean baissa les yeux sur ses mains et finit par hocher lentement la tête.

- Je crois que je l'aimerais toujours … ce tour des Etats Unis … ce voyage, c'est aussi pour lui que je le fais. Il m'avait parlé de son désir de voir le Grand Canyon … de voir San Francisco. J'aurais voulu le faire à ses côtés mais … quand je me rends dans ces endroits dont il m'a si souvent parlé, c'est comme s'il était toujours là avec moi.

Castiel pouvait comprendre son désir de rester proche de l'homme qu'il aimait toujours. Il trouvait cela romantique et poétique. Mais c'était également un bagage qui handicapait le jeune homme. Qui l'empêchait d'avancer. Benny lui rappelerait éternellement l'enfer qu'il avait vécu. Il ne devait pas l'oublier. Mais il ne devait pas non plus construire toute sa vie autour de son souvenir. Ce n'était pas sain.

- Je suis complice de tellement de choses Cas … et je suis fatigué … parfois, je suis fatigué de vivre. Mais je sais que Benny n'aurait pas voulu me voir baisser les bras. Alors je me bats … je me bats principalement pour lui. J'ai vu des choses que je ne pourrais jamais oublier. J'ai subi des choses qui m'ont marqué à vie. Et tu dois le comprendre. Tu dois le prendre en considération. Je ne suis pas quelqu'un de méchant ou de foncièrement mauvais. Je n'ai jamais commis aucun crime. Mais je suis dangereux … parce que je serais éternellement en cavale. Et si tu décides de me suivre … si tu décides de fermer les yeux sur tout ça, tu seras en danger toi aussi.

Castiel savait déjà tout ça. Il l'avait même sans doute compris bien avant que Dean ne mette des mots sur les tortures qu'il avait endurées. Quand il avait commencé à imaginer son voyage autour des Etats Unis, il n'avait jamais envisagé prendre des risques inconsidérés. Il avait pensé se cultiver en visitant certains endroits, rencontrer des gens pour partager ses expériences et vivre au jour le jour sans se soucier du lendemain. Il n'avait jamais pensé qu'il pourrait croiser la route d'un homme fascinant, drôle et déroutant qui le mettrait en danger simplement en restant à ses côtés. Il n'aimait pas l'idée de prendre des risques. Il n'était pas aventureux. Mais il détestait plus encore la perspective d'abandonner Dean à son sort et de lui tourner le dos au moment où il avait le plus besoin de lui. Il avait conscience qu'il ne s'agissait pas d'un film et que la fin ne serait pas forcément heureuse pour eux. Mais il avait envie d'essayer. Il avait envie de croire que sa présence était bénéfique pour le jeune homme. Il voulait rester.

- J'ai compris Dean mais je ne compte pas partir sans toi … pas maintenant que je sais. Si les choses empirent ou si elles deviennent vraiment dangereuses, je reconsidèrerais sans doute ma décision. Mais pour le moment, je veux rester. Je veux rester avec toi.

Il vit Dean sourire largement et il sentit aussitôt son cœur s'emballer. Toutefois, il y avait encore un point qu'il souhaitait éclaircir avec le jeune homme. Il avait besoin de poser une dernière question avant de mettre un terme définitif à leur discussion et tenter de reprendre leur route le plus normalement possible.

- Mais avant qu'on fasse quoi que ce soit, j'ai une dernière question à te poser, déclara t-il en attrapant sa tasse de café et en la faisant tourner dans ses mains.

Dean lui fit signe de se lancer d'un geste de la tête. Castiel prit une grande inspiration.

- Pourquoi … pourquoi ne pas avoir prévenu la police ? Pourquoi ne pas le faire maintenant ? On pourrait se rendre au commissariat et tout leur expliquer. Je suis sûr qu'ils feraient en sorte de te protéger de ces gens. Je suis persuadé que tu pourrais leur être utile … leur donner des noms … des adresses. De quoi les occuper. Peut être pourraient ils même te placer dans leur programme de protection des témoins ?

Castiel n'avait pas une grande expérience dans ce domaine. Ses seules références provenaient des films que Gabriel l'avait forcé à regarder ou de toutes les séries policières qu'il aimait tant. New York Police Judiciaire. Les Experts. Il était incollable sur le sujet. Même si ses parents lui avaient souvent répété que tout ce qu'il voyait à l'écran n'avait rien de comparable avec la vraie vie. Il n'était pas idiot. Il savait que la réalité était souvent moins agréable que la fiction. Il savait que les témoins ne s'en sortaient pas toujours avec une belle maison dans une ville reculée. Il n'échappaient pas aux méchants avec l'aide d'un policier qui finissait par tomber amoureux d'eux. Mais il devait tout de même exister des lois pour protéger les gens comme Dean. Il leva les yeux vers le jeune homme et vit ses yeux s'assombrir et son visage se tendre. De toute évidence, la question le mettait mal à l'aise.

- Cas … il y a quelque chose que tu dois savoir, commença le jeune homme en fronçant les sourcils.

Castiel regrettait à présent d'avoir posé la question. Car il redoutait grandement ce que son compagnon allait lui dire. Peut être avait il participé aux activités criminelles de l'organisation dont il avait été prisonnier. Peut être était il lui aussi recherché pour ces crimes. Cela expliquerait probablement sa volonté farouche de se cacher, l'arme qu'il avait sur lui et sa peur évidente de la police. Castiel refusait de croire que Dean était un criminel au même titre que le monstre qui lui avait fait tant de mal. Il ne savait pas comment il réagirait si c'était ce que le jeune homme s'apprêtait à lui dire.

- Si je vais voir la police, il y a de fortes chances qu'ils me retrouvent. Je sais que c'est un risque et je suis prêt à le prendre si toutefois cela peut les conduire en prison pour ce qu'ils m'ont fait … ce qu'ils ont fait à Benny et des centaines d'autres innocents. Je sais que je suis en sursis et je n'ai pas peur de mourir. Mais je ne suis pas seul dans cette histoire. Et si je témoigne contre eux, je sais qu'ils ne s'en prendront pas à moi directement … pas tant que je serais sous la protection de la police.

- Tu veux dire qu'ils s'en prendraient à quelqu'un qui t'est proche ?

Castiel déglutit avec peine alors que Dean hochait la tête. Il pouvait comprendre la volonté de son compagnon de protéger les gens qu'ils connaissaient. Même s'il n'en parlait jamais. Il regarda le jeune homme se lever de la table en emportant avec lui son gobelet de café. Il se dirigea vers ses affaires et les enfouit dans son sac avant de le fermer et de le mettre sur son épaule.

- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Castiel, surpris par son attitude.

Dean se dirigea vers la porte de la chambre et lui jeta un coup d'oeil par dessus son épaule.

- Je t'emmène quelque part, déclara t-il d'une voix calme. Prends tes affaires.

Castiel ne protesta pas malgré la boule qui s'était formée dans son estomac. Il rassembla ses affaires à son tour, vérifia qu'il n'avait rien oublié puis emporta son sac à l'extérieur. Il resta silencieux jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à sa voiture. Quand Dean lui prit les clefs pour s'installer côté conducteur, il l'attrapa par le bras pour l'immobiliser.

- Où est-ce que tu m'emmènes ?

Dean le regarda une seconde avant de détourner les yeux. Il semblait réellement triste pour la première fois depuis le début de leur conversation. Plus triste encore que lorsqu'il avait parlé de Benny. Castiel relâcha alors son bras et contourna le véhicule pour prendre place côté passager. Dean alluma le contact et sortit du parking sans répondre. Ce ne fut que lorsqu'ils eurent rejoint le route qui sortait de la ville qu'il reprit la parole.

- Tu veux savoir pourquoi je n'ai pas prévenu la police ?

Castiel hocha la tête.

- Je vais te montrer, expliqua Dean d'une voix faible.

Il accéléra sensiblement et bientôt, ils furent sortis de la ville. Castiel observa le paysage défiler sous ses yeux d'un œil curieux. Ils ne prenaient pas la route pour La Nouvelle Orléans. Ils retournaient sur leurs pas. Ils prenaient la direction du Dakota du Sud.

- Où est-ce qu'on va ? Demanda alors Castiel.

Dean s'engagea sur l'autoroute et ralentit sensiblement. C'était une grande première pour eux. Jamais avant le jeune homme n'avait accepté de prendre une route aussi fréquentée.

- Sioux Falls, Dakota du Sud.

Castiel se souvenait d'avoir vu le nom de la ville indiqué sur des panneaux quand ils avaient quitté Rapid City. Dean n'avait pas semblé particulièrement intéressé à l'idée de s'y rendre. Ils n'en avaient pas parlé. De toute évidence, il n'y avait rien de très intéressant là bas. Du moins, c'était ce que Castiel avait pensé quand ils avaient quitté le Dakota du Sud. A présent qu'ils reprenaient cette direction, il réalisait toutes les choses que son compagnon ne lui avait pas dites.

- Qu'est-ce qu'il y a là bas ? Demanda Castiel qui commençait à être agacé par le silence de Dean.

Il avait accepté de continuer le voyage avec le jeune homme. Il avait choisi d'ignorer les dangers et les risques qu'il encourrait. Mais il estimait avoir le droit d'être mis au courant de ce qui allait se passer. Il n'aimait pas que Dean l'emmène quelque part sans lui dire pourquoi. Il voulait savoir. Il avait besoin de savoir.

- La raison pour laquelle je n'ai pas prévenu la police, répondit le jeune homme en doublant un camion qui semblait décidé à rouler trop lentement.

Castiel serra les poings sur ses cuisses, fatigué par le petit jeu que jouait Dean. Il tourna le visage vers lui et le dévisagea une seconde. Il pouvait lire son angoisse dans ses yeux et dans la façon qu'il avait de mordiller frénétiquement sa lèvre inférieure. De toute évidence, ce qui se trouvait à Sioux Falls avait une grande importance pour lui. Castiel sentit sa colère diminuer sensiblement.

- Qu'est ce qu'on va trouver à Sioux Falls ? Jeta t-il pour encourager le jeune homme à se confier.

Dean serrait le volant si fort que les jointures de ses doigts étaient toutes blanches. Il avait les yeux rivés sur la route déserte devant eux. Il semblait concentré sur ce qu'il faisait mais Castiel pouvait deviner que son esprit était ailleurs. Quelque part au Dakota du Sud. Dans une ville dont il n'avait même jamais prononcé le nom jusque là. Une ville qui se trouvait à presque mille kilomètres d'eux. Ils avaient une dizaine d'heures de route à faire et Castiel ne pourrait pas supporter de les faire sans savoir exactement à quoi s'attendre. Il pouvait accepter beaucoup de choses de Dean – en avait déjà accepté un grand nombre – mais cette fois, c'était impossible. Il ouvrit la bouche pour répéter une nouvelle fois la question quand le jeune homme se décida enfin à répondre.

- Les deux personnes que j'aime le plus au monde et pour lesquelles je serais prêt à donner ma vie. C'est à Sioux Falls que mon oncle Bobby vit … et c'est là bas que se trouve Sam.

Castiel fronça les sourcils en entendant ce nom que Dean n'avait jamais prononcé avant. Il s'apprêtait à demander qui était Sam quand son compagnon lui coupa une nouvelle fois l'herbe sous le pied.

- Sam est la raison pour laquelle je ne préviendrais jamais la police. Je refuse de le mettre en danger … Sam est tout pour moi. C'est mon petit frère.