CHAPITRE 10

Trois jours s'étaient écoulés depuis la visite de Toru. Après ce qui s'était passé entre nous, je n'avais pas pu le laisser retourner chez lui alors c'était pourquoi il avait pris quelques affaires et qu'il était encore là, avec Tomo et moi. Nous n'avions pas reparlé de cette soirée où j'avais vraiment perdu le contrôle de moi-même. En vérité, j'attendais que lui vienne en discuter avec moi car je ne me sentais pas capable d'aborder ce sujet tout seul. Cependant, j'avais comme l'impression qu'il voulait que je fasse le premier pas. Dans un sens, ce qui était arrivé n'était que de ma faute – était-ce une faute ? Quoi que je me prenais parfois à songer qu'il aurait parfaitement pu me repousser s'il ne l'avait pas désiré lui aussi.

Toutefois, ce que je retenais dans toute cette histoire, c'était ce qui se passait avec Tomo. Peut-être me faisais-je des idées, mais je le trouvais différent. Il semblait plus enjoué, et je constatais surtout cela lorsqu'il jouait. Il gazouillait aussi davantage, même si nous ne le comprenions toujours pas. Des sourires s'étendaient sur son visage, ses yeux brillaient de bonne humeur et son appétit se révélait plus grand que d'habitude. C'était quelque chose qui me réchauffait le cœur, et, en ayant eu tout le loisir de réfléchir au cours de ces derniers jours, j'en étais arrivé à la conclusion qui lui fallait une autre personne pour s'occuper de lui. Une personne en qui j'aurais une entière confiance.

Toru et lui s'entendaient d'ailleurs de mieux en mieux. Le guitariste prenait du plaisir à m'aider, notamment pour jouer avec lui, pour lui donner à manger ou encore le coucher. J'appréciais tous les efforts qu'il faisait et toute la bonne humeur dont il faisait preuve. Grâce à lui, et à mon fils, j'avais étrangement l'impression que tout changerait en bien. En les voyant tous deux aussi forts, j'avais également envie de donner le meilleur de moi-même afin de me tirer de cette situation délicate. Déjà, j'avais pris la décision de raconter toute mon histoire à mon ami. Ce n'était pas simple pour moi, mais je ne pouvais vraiment plus porter ce fardeau seul. En revanche, j'ignorais encore quand est-ce que je le lui apprendrais…

Une fois sorti de la douche, j'enfilai mes vêtements et alors que je me passai un coup de brosse dans les cheveux, mon regard se perdit sur mon reflet. Inconsciemment, ma main se déposa sur le miroir. Mes joues étaient plus creusées que la dernière fois où je m'étais vraiment regardé, des cernes encadraient mes yeux sans éclat de telle sorte que l'on aurait dit que j'avais des coquards, et ma mine, en général, était aussi morne que le temps à l'extérieur. J'en fus si frappé de stupeur que j'en lâchai la brosse à cheveux que je tenais toujours dans mon autre main, me laissant également tomber sur les genoux. Ce n'était même pas étonnant que mes amis s'inquiètent pour moi au vu de mon apparence pitoyable… Comment avais-je pu me laisser aller autant ? Je n'arrivais plus à me reconnaître.

« Taka ? Tout va comme tu veux ? J'ai entendu du bruit. »

Faiblement, je tournai le visage vers la porte à l'entente de la voix de mon ami. Aucun son ne put sortir de ma gorge. J'étais comme paralysé.

« Taka ?

— Tout va bien, ne t'en fais pas. »

Le ton que j'avais employé était sec. J'espérais que mon ami ne s'inquiète pas davantage, et je fus soulagé d'entendre le bruit de ses pas s'en aller. Je ne pus m'empêcher de retenir un léger soupir de contentement. C'était peut-être idiot, mais j'en avais assez que tout le monde autour de moi se pose des questions sur mon état de santé, et sur mon état tout court. Ne pouvais-je donc rien cacher à personne ? Etais-je l'une de ces personnes à travers lesquelles il est si simple de lire, de deviner la souffrance ? Je n'en avais pourtant pas l'impression, bien que ce fût le cas.

Agrippant le rebord du lavabo de mes deux mains, je parvins à me remettre sur mes jambes. Je ramassai ensuite la brosse pour terminer de me coiffer, puis je la rangeai. Après un dernier coup d'oeil dans le miroir, je déverrouillai la porte de la salle de bain et me rendis dans la cuisine, où Tomo était en train de finir son petit-déjeuner. De son côté, Toru semblait préoccupé par un sachet de thé qu'il lisait en même temps qu'il était en train d'en faire cuire. Je ne fis aucune remarque, et m'assis sagement à table devant mon bol.

« Tomoya et Ryota doivent sûrement déjà être arrivés, déclara mon ami blond une fois qu'il eut versé du thé dans mon bol. Nous ne devrions pas tarder, pour ne pas trop les faire attendre.

— Oui. » répondis-je simplement, l'air vaguement ailleurs.

Je me levai pour déposer le biberon vide de mon fils dans l'évier, mais, en me retournant, je fus surpris de tomber nez-à-nez avec Toru. Il me regardait de haut, si bien que j'avais l'impression d'être encore plus petit que je ne le suis. D'un regard interrogateur, je lui demandai ce qui se passait. En guise de réponse, il me coinça entre le plan de travail et lui, m'attirant dans ses bras pour me serrer contre lui. Moi, je demeurai là, les bras ballants. Son odeur s'imprégnait dans mon odorat et sans doute fut-ce ce déclic qui me fit l'enlacer à mon tour. Je fermai les yeux. Je savourais juste cet instant réconfortant.

« Je ne supporte plus de te voir aussi mal chaque jour. J'ai besoin de savoir, de connaître la raison de tout ça. Je ne te comprends pas, mais j'aimerais t'aider. C'est idiot, n'est-ce pas ? rit-il nerveusement. Nous sommes amis, à ce que je sache, non ? Parle-moi, Taka. »

Je déglutis. C'est sans doute le bon moment. Ce moment que j'attends depuis trop longtemps, n'est-ce pas ? J'ai envie de lui dire. Il faut que je parle à quelqu'un de tout ça. Je ne tiendrais pas plus de quelques mois à ce rythme-là... Et j'étais optimiste, en disant « quelques mois ». En vérité, je ne pensais pas pouvoir tenir plus de quelques semaines. Ce secret était trop lourd à porter.

Tout doucement alors, je rabattis mes mains sur le torse de mon ami, le repoussant un peu afin que je me décolle de son étreinte si chaleureuse. Bien sûr que nous étions amis, mais en fait, et je l'avais finalement compris, j'avais honte de qui j'étais, de ce que j'avais fait, ou plutôt, pas fait.

« Toru... murmurai-je. Ce n'est pas simple, et je veux que tu me promettes de n'en parler à personne. »

Il me prit par les épaules et me fit asseoir. Je compris dans son regard qu'il acceptait ma contrainte. Je soupirai, jetai un coup oeil en direction de Tomo, puis pris ce dernier sur moi.

« Je vous ai menti. Depuis le début, lâchai-je avec tant d'assurance que je me surpris moi-même, depuis que Tomo est entré dans notre vie... En vérité, il n'est pas le fils de mon cousin germain, ou de qui sais-je d'autre. Je ne sais pas pourquoi je ne l'ai pas dit directement... Je crois, avec du recul, que j'ai été effrayé par tout ça. J'ai eu peur... »

Ma faiblesse n'était pas une nouvelle pour le guitariste. Il la connaissait, en était parfaitement conscient maintenant que nous nous côtoyons depuis de longues années. Je m'étais noyé dans mes mensonges qui s'étaient entassés les uns sur les autres. Quelle était la vérité, parmi tout ça ? Moi-même j'avais du mal à la restituer, à remettre la situation dans l'état où elle était lorsqu'elle me fut présentée.

« J'ai peur, Toru. J'ai affreusement peur chaque jour qui passe... »

Je me stoppai encore une fois, glissant ma main sur les cheveux de Tomo pour les lui caresser avec tendresse. A force, cela ne se verrait-il pas qu'il était mon fils ? Ses traits, bien qu'il soit encore jeune, commençaient à se dessiner, et sa chevelure châtain foncée, en bataille sur sa tête, ne pouvait définitivement tromper personne. Doucement, j'embrassai sa joue avant de relever le visage vers mon ami, qui nous regardait un imperceptible sourire au coin des lèvres.

Je savais que je devais continuer, qu'à ce stade, je ne lui avais guère appris grand-chose, mais cette boule dans ma gorge et dans mon ventre semblait se resserrer. Elle m'étouffait. Je déglutis avec difficulté et laissai à nouveau mes yeux s'abaisser. J'avais commencé, il fallait que je poursuive ; j'en étais incapable.

« Taka... ? »

Instinctivement, je redressai la tête. Je ne me sentais pas mal au point de pleurer, malheureusement, j'imaginais que mes iris étaient brillants, car j'entendis le guitariste en face de moi soupirer. Il avait compris tout seul que je ne lui dirai rien de plus pour ce jour-là. Pourtant, l'envie ne m'en manquait pas. Toru, ne peux-tu pas lire en moi ? Lui qui savait apparemment si bien me deviner, lui qui paraissait mieux que moi répondre à mes envies et désirs, pourquoi ne pouvait-il pas lire en moi ? Cela aurait été tellement plus simple...

Tomo se mit alors à gigoter dans mes bras, souhaitant descendre. Je quittai donc la cuisine pour aller le déposer délicatement sur son tapis de jeux. Je n'étais pas à l'aise, sentant le regard de mon ami dans mon dos. A force, ne finirait-il pas par se lasser de tout ça ? Bien sûr, il était là pour moi, mais si mes efforts ne se voyaient pas, resterait-il toujours auprès de moi ? Je n'avais pas la possibilité de répondre à cette question, et cela m'effrayait. Au final, qu'avais-je à faire ? J'étais ridicule, n'est-ce pas ? Incapable de me sortir moi-même de cette situation, et comme je ne souhaitais pas gêner qui que ce soit avec mes ennuis...

« Je pense qu'il est temps d'y aller. Ryota et Tomoya nous attendent. »

Le ton qu'il avait employé était sec, mais je le comprenais parfaitement. Je ne répondis donc pas et me contentai d'agir. J'enfilai une veste chaude, puis vêtis également Tomo. En moins de dix minutes, nous nous retrouvions à l'extérieur. Nous marchâmes en silence jusqu'à la crèche où je déposai mon fils, puis nous empruntâmes les transports en commun afin de nous rendre au studio. Dans le bus, je fus tout de même surpris du geste du blond : il prit ma main dans la sienne durant tout le trajet. Moi, la tête enfoncée dans mon écharpe, je ne disais rien.

Arrivés depuis plus d'une heure au studio, le bassiste et le batteur s'étaient déjà attelés à la répétition. Il était dans les projets du groupe de faire une tournée internationale, alors il fallait être prêt. La nouvelle n'avait pas encore été communiquée à leurs fans, car il restait pas mal de choses à accorder, comme les salles de représentations à confirmer par exemple, et ils souhaitaient annoncer cela une fois que leur prochain album sortirait. Ce dernier arriverait dans le courant du mois de Mars.

Cela faisait plusieurs jours que les quatre garçons ne s'étaient pas réunis ensemble. Malgré ça, Ryota et Tomoya étaient au courant de la cohabitation entre Toru et Taka. Les détails leur manquaient, car le guitariste ne s'était pas aventuré là-dedans, mais les suppositions qu'ils possédaient n'étaient pas fausses. Ils avaient plus ou moins deviné ce qui était arrivé, et ils espéraient que leur petit chanteur allait mieux, ou tout du moins, irait mieux dans les jours à venir.

Tandis qu'ils grattaient leurs instruments respectifs, la porte du studio s'ouvrit sur les deux musiciens qui manquaient à l'appel. Ils se saluèrent chaleureusement, échangèrent quelques paroles concernant l'album et la tournée, puis tous se mirent au travail rapidement. Evidemment, le fait que Toru et Taka arrive main dans la main n'avait pas échappé à Ryota et Tomoya qui s'étaient empressés d'échanger un regard rempli de complicité. L'un comme l'autre comptait bien demander des informations sur toute l'histoire au guitariste ! Cependant, ils n'en firent rien avant la pause qu'ils s'accordèrent dans le milieu de l'après-midi.

Ryota accepta d'accompagner Taka jusqu'à la supérette de l'autre côté de la rue pour acheter de quoi grignoter. Quant à Tomoya, il resta dans la pièce avec Toru. Ce dernier se doutait de l'interrogatoire qu'il allait devoir passer alors il ne fut nullement surpris de la configuration de l'affaire. Appuyé contre la fenêtre, une cigarette en main, le batteur ne tarda pas à venir le trouver.

« Alors... ? » lui sourit-il.

Un petit rire.

« On a parlé, Taka et moi, répondit-il. Il ne s'est pas complètement livré, mais il a avoué que Tomo n'était pas l'enfant de l'un des membres de sa famille.

— Comment ça ? A qui est-il, dans ce cas ?

— Comment veux-tu que je le sache, moi ? Il n'a pas eu la force de continuer. »

Il tira une bouffée sur sa cigarette.

« C'est tout de même étrange cette histoire... Tu penses que cet enfant... pourrait être le sien ? »

Le guitariste fit volte-face vers le batteur. Ses yeux étaient grands écartés.

« Après tout, il lui ressemble, tu ne trouves pas ?

— ... Il a peut-être ses yeux, ou ses cheveux. Mais c'est normal, s'ils font partie de la même famille. »

Et si c'était Tomoya, qu'avait raison ?... Non, tout cela paraissait absurde. Quelle jeune femme serait alors la mère de cet enfant ? Taka n'avait pas eu énormément de petites amies, et la dernière relation qu'il avait eu n'avait pas duré plus de quelques mois. Cela semblait improbable. Et pourtant.

Le batteur haussa les épaules, partit fouiller dans son sac pour boire, puis il se laissa tomber sur une chaise. Un sourire vint se peindre sur ses lèvres tandis que son regard se déposait une fois encore sur son ami. Celui-ci soupira en jetant le cadavre de sa cigarette par-dessus la fenêtre, referma cette dernière et s'assit en face de Tomoya, sa guitare sur les jambes. Il en grattouillait les cordes quand cette question lui fut posée :

« Toi et Taka... Ca se passe comment ? »

Il cessa tout accord pour relever la tête.

« Vous aviez l'air plutôt proches quand vous êtes arrivés tout à l'heure, ajouta le brun.

— C'est compliqué.

— Ah ?

— Oui.

— Fais un effort, raconte-moi ! rit le jeune homme.

— Il n'y a rien à raconter. Il a besoin de quelqu'un sur qui compter, et j'ai décidé d'être cette personne.

— C'est une belle preuve d'amitié. »

Il acquiesça d'un hochement du visage.

« Tu crois qu'il finira par se livrer ?

— Tu le connais, il est le plus têtu d'entre nous... Il préfèrera mourir à petit feu dans son coin plutôt que de nous déranger.

— Je ne veux pas que ça arrive.

— Aucun de nous ne le veut, Toru. »

Les deux garçons échangèrent un regard, puis Tomoya se releva et vint déposer sa main sur l'épaule du blond, en signe d'encouragement. Il ignorait dans quelle situation son ami venait de s'embarquer, mais il serait toujours là pour l'aider si jamais il le voulait. Tout cela devait s'arranger le plus vite possible, car ils savaient tous que Taka ne tiendrait plus longtemps à ce rythme-là. Et si Taka ne tenait plus, c'était le groupe tout entier qui s'effondrerait. Comment faire face à cela ? Ni le guitariste, ni le batteur, ni même le bassiste, ne souhaitait y songer.

« Tu n'as pas froid ?

— Non... Pourquoi ?

— Tu trembles.

— Je n'ai pas froid. »

Il soupira, puis retira son manteau pour le déposer sur mes épaules. Nous marchions dans une rue fréquentée, où de nombreuses boutiques se trouvaient de part et d'autre de notre chemin. A la suite des répétitions, nous étions retournés chercher Tomo à la crèche, et nos deux amis, Ryota et Tomoya, avaient gentiment proposé de le garder pendant que nous allions nous promener. J'avais parlé d'un achat dont j'avais besoin au bassiste, dans l'après-midi, et l'information était très rapidement remontée.

Il reprit ma main dans la sienne et nous reprîmes notre route. Plusieurs fois, nous fûmes regardés, des personnes se retournèrent sur nous. C'était parce que nous nous tenions la main ? Cela ne me dérangeait pas, moi. Au contraire. J'appréciais réellement Toru, et cette proximité entre nous me rassurait plus que je ne m'en rendais compte.

« Elle se trouve où exactement la boutique dans laquelle tu veux aller ?

— Là-bas, fis-je en tendant mon bras devant nous. Il faut tourner à droite après le passage clouté, et on y sera.

— C'est pour Tomo ?

— Oui. Je sais que Noël vient de passer, mais il a fait beaucoup d'efforts ces derniers jours pour se relever, et j'ai envie de le récompenser en lui achetant un jouet sur lequel il pourra s'appuyer tout en le poussant. »

Je me tus immédiatement après. Cela faisait longtemps que je n'avais pas débité autant de mots les uns à la suite des autres. Parler de mon fils en toute liberté, ou presque, me faisait énormément de bien. Alors, c'était donc ça qu'il me fallait ?...

Toru m'adressa un léger sourire tandis que nous traversions. Quelques minutes plus tard, nous ne tardâmes pas à pénétrer dans l'établissement spécialisé dans la puériculture. Je me fis conseiller par l'une des vendeuses et le passage à la caisse ne fut pas bien long. Satisfait de ce que j'avais pris, nous ressortîmes les bras chargés d'un carton plutôt volumineux. Mon ami me fit échapper un rire en ironisant sur le fait que j'aurais dû choisir encore plus gros.

Nous finîmes tout de même par rentrer chez moi et je fus réellement surpris de voir mes trois amis aussi affairés au montage du jouet pour Tomo tandis que je changeai la couche de ce dernier. Je n'étais pas duppe, je comprenais le message qu'ils me faisaient passer. A mon tour, je devrais leur rendre ce qu'ils me donnaient tous. Je vous promets que je serai à la hauteur. Je ne peux pas davantage vous décevoir.

« Voilà qui est fait ! » déclara Ryota.

Tomoya appuya sur un bouton de couleur et celui-ci se mit à briller tout en laissant une petite mélodie se faire entendre. J'esquissai un sourire puis m'assis face au jouet, Tomo entre mes jambes. D'abord, il n'osa pas s'approcher et demeura collé contre moi, mais, petit à petit que je lui montrai les différentes choses qu'il pouvait faire avec ce jeu, il s'y intéressa et tendit ses mains pour que je lui approche. Il m'adressa un regard, gazouilla des sons que je ne compris pas, puis il se détacha de moi et plongea à la découverte du nouvel arrivant.

« Tu souris. »

Je relevai la tête.

« Tu souris, répéta Tomoya.

— Mmmh... »

Je passai une main dans mes cheveux, les repoussant de devant mes yeux et je ne sus pourquoi, je partis dans un rire communicatif. Bientôt, les rires des trois musiciens se joignirent au mien, encadrés par les petits cris de joie de mon fils. Ce fut un moment durant lequel je ne songeais à rien d'autre sinon au bonheur qui émanait de cet instant. Je ne me sentais pas ridicule, je n'étais pas un poids pour mes amis ; j'avais l'impression d'être fort. J'ignorais encore si cette force n'était que dans mon esprit ou si elle existait bel et bien, mais une chose était cependant sûre et certaine : pour revivre de telles situations, je donnerai le meilleur de moi-même. Les personnes en qui je portais le plus d'affection et d'intérêt étaient réunies ici, que pouvais-je réclamer de plus ?

A la suite de notre fou rire, je conviai Tomoya et Ryota à rester manger avec Toru, Tomo et moi. Bien sûr, ils acceptèrent, et ce fut Ryota qui se proposa pour préparer le dîner. Nous en fûmes surpris, mais heureux et ce qu'il nous fit fut tout simplement un délice ! Simple, mais efficace, comme on dit. Tomo, quant à lui, eut du mal à se détacher de son jeu pour prendre son repas et son biberon. Il finit tout de même par venir manger, car je lui avais promis qu'il jouerait à nouveau après, quelques instants, avant de partir au lit.

« ... Toru ?

— Mmmh... ?

— Tu dors ?

— Pas encore. »

Je fixai le plafond légèrement éclairé par la lumière de la lune. Je n'aimais pas dormir dans le noir, alors je ne fermai jamais entièrement le volet.

« Merci. »

Je n'obtins pas de réponse verbale. Le guitariste se tourna vers moi puis glissa sa main sur mon ventre, m'attirant contre lui. Je souris et, en rougissant, je me permis de me serrer contre son torse. Avec une tendresse que je lui découvrais, il embrassa mon front en me souhaitant une bonne nuit.