13. Enivrées de vin et de satin.
Dans les couloirs du Palais, Clarke imaginait l'allure que pouvait avoir cet hôtel 4 étoiles à sa grande époque. Elle imaginait les riches clients en combinaison de ski aller et venir, se réchauffer devant les cheminées, manger aux buffets, ou rire au comptoir des bars en bois d'acajou en buvant dans des coupes en cristal. Elle écoutait le Roi lui soumettre lentement ses hypothèses, mais elle découvrait surtout les décorations fort bien conservées, les moulures, les statues, les peintures et les tapisseries. Elle était émerveillée, elle semblait aux anges de découvrir une trace du passé intacte, et l'aperçut de l'Art Ancien qu'elle avait eu au Mont Weather avait un goût amer.
Lexa suivait quelques mètres plus loin, les torches éclairaient les œuvres comme des spots dans une galerie d'art, mais au contraire de Clarke qui les découvrait pour la première fois et les admirait Lexa avait des vertiges à leur vue. Elle avait soudain la vision trouble, ses jambes la supportaient à peine et elle sentait la tête lui tourner.
Elle baissa les yeux tout en ralentissant le pas, elle regardait le sol et sa vue devenait de plus en plus flou. Un peu de panique lui traversa l'esprit et l'échine. Puis elle vit ses propres pas se dessiner sur le sol, comme si elle continuait d'avancer dans la poussière, mais elle était figée sur place, incapable du moindre geste, du moindre mot, et pourtant la Reine Zionne et le Prince Hemlet continuaient de lui parler comme si de rien n'était. Elle leva le regard et elle se vit courir dans l'obscurité. C'était elle, enfant, habillé d'un manteau épais à capuchon en fourrure, de bottes fourrées en cuir, et coiffée d'une longue tresse qui volait dans les courants d'air du palais. Elle se voyait courir dans ce même couloir, il y a des années de ça.
Les voix de Clarke et du Roi avaient disparues, les voix et les visages de la Reine et de Hemlet disparaissaient doucement aussi. Le couloir éclairé s'assombrit de plus en plus, tous les bruits laissaient place au silence, le temps lui-même n'était plus régulier, ni les battements de son cœur. Elle se voyait courir encore et encore, et elle entendait ce rire. Ce rire singulier qu'elle n'a jamais vraiment pu oublier, le rire de Costia. Elle se voyait courir dans ce couloir sans cesse comme une pellicule jaunit bloquée dans la machine, comme un fantôme voulant échapper aux ténèbres, mais revenant inévitablement à son point de départ, comme l'écho d'un souvenir qui imprimait les lieux et qu'elle voyait et revoyait sans cesse sans pouvoir le contrôler.
Elle était bloquée dans les méandres de son passé qui la harcelait en boucle, qui lui rappelait à chaque pas qu'elle faisait, qu'elle était déjà passé par là. Il fallait lutter contre, il fallait se sortir de la torpeur, mais le rire de Costia, son petit rire juvénile de Princesse insolente et désobéissante, lancinait dans sa tête.
Elle se souvenait maintenant parfaitement de ce moment, où en pleine nuit, la Princesse avait fait entrer au Palais une fille de forgeron pour lui faire visiter son palais, ce grand hôtel où elle se sentait si seule. Ses frères Hamer et Hemlet venaient de naitre et elle préférait passer son temps dans la vallée et dans les galeries avec la bande de gamins des Hauts-Village, au grand malheur de son Roi de Père. Elle n'était pas sage la petite Costia, mais elle était différente, comme parfois déconnectée de monde qui l'entourait, comme parfois consciente de chose qui n'étaient pas là, elle était unique, elle était instruite et éclairée, elle était futée et généreuse, elle était aussi rebelle que majestueuse. Elle aurait fait une grande Reine.
Lexa comprit enfin que plus elle repensait à Costia plus son esprit lui jouerait ce genre de tour. Il ne fallait plus y penser, mais comment y parvenir quand l'on remet les pieds en ces lieux saints qu'elle a jadis foulé, quand on entre dans le Palais de son enfance, comment ne pas penser à elle quand la moindre brique du Palais lui rappelait son passé et quand ses parents, les Majestés Semos et Zione marchaient à ses côtés.
Et puis tout s'éclaira, le fond du couloir plongé dans le noir redevint clair. La silhouette de Costia, enfant, la dépassa en courant, elle rejoignait la jeune Lexa et lui tendait la main pour s'enfuir ensemble dans la lumière. Lexa restait toujours plantée là. La voix lointaine de Costia, sa voix d'adulte, résonnait du fond du couloir, elle l'appelait calmement, elle répétait son nom qui résonnait entre les murs, et sa voix se transforma lentement, sensiblement, elle devint plus réelle, plus palpable, plus forte, plus grave. La voix de Costia se transformait et à présent c'était la voix de Clarke qu'elle entendait à présent, elle secoua la tête et cligna des yeux.
Elle revint lentement à elle en comprenant que Costia, où qu'elle soit, serait en paix si elle-même cessait de se torturer avec ses souvenirs. Costia disparaissait dans la lumière éclatante qui se transformait en pénombre zébrée du reflet des torches, et c'est le visage de Clarke qui réapparaissait dans la faible lumière. Il était tant de laissé Costia au passé et de se tourner vers l'avenir.
Clarke l'appelait depuis l'entrée de la salle de réception d'où émanait un vacarme infernal. Elle s'inquiétait de ne plus la voir avancer mais un simple sourire la rassura et elle retourna auprès du Roi. L'effervescence qui lui parvenait par-delà les murs était festif, un va et vient de serviteur et des voix haut perchées par-dessus les bruits de vaisselle et d'odeurs de grillades et de vin.
_ Tout va bien Commandant ? Demanda Hemlet visiblement inquiet du mutisme du Commandant.
_ Vous avez eu comme un moment d'absence. Enchaina la Reine Zionne.
_ Ça va, merci. Répondit faiblement Lexa. La fatigue, probablement.
La Reine n'eut pas l'air de la croire mais elle lui tendit le bras pour lui apporter son aide afin de rejoindre la salle de réception où un banquet se préparait à la hâte alors que le Roi et Clarke faisaient leur entrée.
Lexa se faisait rattraper par son mensonge, la fatigue et la faim s'abattait sur son corps. Le poids de l'angoisse qu'elle portait s'était envolé mais lui laissait un goût de légèreté bien trop brut pour être un soulagement, c'était plutôt comme une chute, comme un vide, comme un vertige inattendu, comme un poids qui n'était plus là mais qui lui laissait un espace immense dans son coeur à remplir. Elle avait tant de mal à y croire. Elle avait tant cru que la mort les attendait ici, elle avait joué de faibles cartes, sur un coup de chance, sur un coup de tête, et tous ses nerfs et ses sens ne se remettaient pas encore de la victoire.
Elle entra à son tour dans la grande salle. Elle repéra vite Clarke attablé à la droite du Roi, en pleine discussion, le Prince Satori suspendu à ses lèvres et au moindre de ses gestes. Les murs de la salle étaient recouverts de drapés de couleurs vives, d'énormes colonnes soutenaient l'armature des plafonds, des lustres géants ornés de mille chandelles éclairaient les tables installées en face de la tablée royales impeccablement dressées dans les cheminées, de grands feux crépitaient au fond de la salle, autour des poêles et des bûchers il y avait des cuisiniers qui s'afféraient, et des serviteurs qui s'empressaient d'apporter au Roi les premiers plats et des coupes de vin chaud.
Face à Clarke, sur les tables du devant, s'était attroupé la Cour du Roi, composé de son Général des Armées, Hock de son chef de sa Garde rapprochée, Nimen les Maitres à penser de la Cité les précepteurs des Princes, Kinaï, Sitka, Denahi et celui d'Agath, Dimitrion les notables et grands propriétaires des commerces du village, les cousins et cousines des Princes, les tantes et les oncles, et bien d'autres personnalités de la Cité. Le Palais, qui leur avait sembler si vide et sans émotion, était soudain plein d'entrain et de vie, des serviteurs apparaissaient les bras chargés et s'afféraient dans tous les sens. La Cour du Roi se passait le mot sur l'arrivée de la Légendaire Heda et sur son Ambassadeur Astronaute, et toute la salle grouillait de vie et de voix.
Lexa en était presque abasourdie, elle resta quelques secondes à regarder le tableau qui se dressait devant elle. Clarke au milieu de l'élite de la Cité de la Montagne du Nord. Jamais elle n'aurait pu imaginer tel dénouement. Le Roi était subjugué par Clarke. Il semblait avoir perdu un peu de sa faiblesse et de sa fatigue pour l'écouter et lui poser toutes les questions qui lui passaient par la tête, au cas où demain, elle dédaigne lui répondre. Il était tel un enfant devant un idole, comme la foule face à un héros. Il était plus vivant aujourd'hui qu'il ne l'avait plus jamais été depuis la mort de sa fille ainée, malgré le sourire et l'avenir prometteur de ses fils et de la petite Agath, il n'avait jamais vraiment retrouvé le gout de vivre depuis ce drame.
Pour le Commandant Lexa s'était plus qu'irréel, c'était un chamboulement universel. Le Roi, le Père de Costia attablé avec la fille du Ciel. Les voir ensemble ainsi, lui retournait le cœur.
Hemlet, s'installa à sa place. Hamer avait cédé la sienne à Clarke et Satori venait de se glisser sur ses genoux. Seule la Reine Zionne restait auprès de Lexa pendant que celle-ci prenait conscience de sa victoire. Elle voyait dans les yeux du Commandant toute l'émotion qui la traversait. Elle posa sa main dans son dos, très légérement, comme un plume qui la frôlerait, pour l'inciter à la suivre à la table royale.
Lexa s'installa finalement près de Clarke, et les serviteurs leurs présenta un tas de délicieux mets, des viandes grillées, des purées en sauce, des légumes mijotés, des miches de pain chaud, des potages et un tas d'autres plats en croutes ou en sauce. Clarke trouva tout délicieux et se rempli le ventre tant qu'elle put, elle rechargeait les batteries, elle souriait jusqu'aux oreilles, elle parlait au Roi la bouche pleine et tout le monde l'écoutait avec la plus grande attention. Un serviteur se pencha vers elle, elle avança sa coupe de vin pour lui faciliter la tâche et il lui remplit. Ses yeux pétillaient de bonheur et de fatigue. Elle narrait son enfance dans l'espace devant un auditoire subjugué, elle comptait la beauté de la Terre vu d'en haut, l'immensité de l'horizon et ses millions d'étoiles, le froid métallique, le manque de pesanteur et la vie en colonie. Elle y mettait les formes et les détails, elle n'esquivait pas les rudes moments de tourments qu'avait vécu les habitants de l'Arche, l'angoisse de l'enfermement, ni les lois et les règlements qui géraient le fonctionnement de tout ceci pendant des années.
Hemlet était plus attentionné envers Lexa, à voix basse, ils commencèrent à parler d'Agath. Lexa s'inquiétait des répercussions de son arrivée avec la jeune Princesse. Hemlet la rassura.
_ Ma sœur sera consignée dans sa chambre pendant quelques jours mais elle trouvera encore le moyen de s'échapper ! Ce qui rend son précepteur et notre Père totalement fou !
Hamer et Satori écoutait Clarke parler de l'Arche et la nuit se passa comme cela, simple et conviviale autour d'un banquet, animé par les histoires fantastiques de la vie dans l'espace, animé par un sentiment de fête, et de réconciliation comme si leur arrivée avait réveillé la Cité, comme s'ils sortaient tous d'un long sommeil, comme s'ils décongelaient de la glace où ils étaient emprisonnés, comme s'ils revivaient et retrouvaient espoir après la chute de l'Arche de voir un Astronaute bien en vie leur conter ses exploits et sa vie.
Tout se déroulait à merveille quand un gardien fit irruption dans la grande salle du banquet en tirant derrière lui la jeune Princesse Agath, qui trainait des pieds et refusait d'avancer. Le gros des conversations et du chahut ambiant cessa pour laisser place à un silence glaçant tinté de quelques murmures et de bruits de verre qui cognent. Le Roi n'y preta pas attention, il s'endormait dans son large fauteuil, en hochant parfois la tête comme s'il écoutait encore les bavardages autour de lui et surtout la voix de Clarke.
La Reine, elle, semblait contenir sa colère pour ne pas interrompre ce joyeux diné. Elle lança un regard franc au garde quand il arriva à sa hauteur, puis un regard assassin vers sa fille, qui du haut de ses cinq ans, gardait tête et regard baissés.
_ Ma Reine, nous avons trouvé la Princesse hors de sa chambre. Il ne me semble pas qu'elle…
_ Merci Soldat. Où étais-tu mon enfant ?! Sais-tu l'heure qu'il est ?! Tu devrais dormir dans ta chambre depuis longtemps.
La jeune Agath garda la tête penchée et ne dit pas un mot.
_ Soldat ?
_ Nous l'avons trouvé…
Il n'osa pas finir, il lança un coup d'œil à Agath comme pour lui laisser une chance mais celle-ci refusait toujours de parler.
_ Eh bien Votre Majesté, nous l'avons trouvé au 3ème sous-sol, près de l'aile des cachots. Je crois qu'elle venait délivrer les prisonnières.
La Reine soupira longuement en levant les yeux au ciel. Clarke étouffa son étonnement en mettant les mains devant la bouche, elle était émue aux larmes par la tentative de sauvetage de la fillette, elle se sentait fautive et bouleversée, la fatigue et l'enthousiasme décuplait ses émotions et elle ne trouva rien à dire, si ce n'est qu'elle avait une envie soudaine de faire un câlin à la fillette. Ce qu'elle fit sans penser aux quelconques conséquences.
Lexa souriait discrètement, elle retrouvait la spontanéité de Clarke qui éclatait de nouveau et elle reconnaissait la témérité de Costia dans les actes d'Agath. Elle la retrouvait entièrement en elle, c'était troublant mais elle comprit que par elle, elle vivait de nouveau. Elle regarda Clarke se lever de table et courir prendre la petite Princesse tout habillé de noir dans ses bras. Elle la serra fort en lui répétant qu'il était inutile de désobéir et de prendre tant de risques. Elle lui démontra qu'il n'y avait plus rien à craindre, qu'un pacte allait être scellé et que rien ne pouvait leur arriver dans la Cité.
_ Oui mon enfant. Le Commandant Lexa et l'Ambassadeur des Astronautes sont libres.
_ J'aurais dû le savoir. Marmonna l'enfant.
_ Il est trop tard Agath. Tu étais puni, je crois et tu le seras doublement pour ce que tu viens de faire. Néanmoins tes intentions étaient louables… Va te coucher, immédiatement… demain, tu auras tout le temps de faire connaissance avec notre invité. Dit la Reine en souriant à Clarke.
_ Bien Mère. Répondit Agath, un peu déçu mais trop fatigué et trop en tort pour chercher à rétorquer quoique ce soit.
Son précepteur, Dimitrion, esquiva le regard royal et se leva difficilement de sa place pour la raccompagner à sa chambre. En s'éloignant, on l'entendait marmonner et sermonner alors qu'Agath avait du mal à mettre un pied devant l'autre. Arrivé aux pieds des escaliers qui trônaient au fond de la grande salle, il attrapa l'enfant et la porta dans ses bras, sa petite tête se posa sur son épaule et déjà ses yeux se fermaient.
Le Roi s'était endormi au milieu de l'agitation, il n'avait même pas conscience de la scène qui s'était jouée avec sa petite Princesse. La Reine ordonna à sa garde rapprochée de le conduire dans leur Suite Royale. Elle ordonna ensuite à deux serviteurs de faire préparer une grande chambre à l'étage, que l'on chauffe l'eau de la salle de bain, qu'on allume un feu dans la cheminé, et qu'on mette à leur disposition tout ce qui pouvait être nécessaire.
Quelques dessert et pâtisseries plus tard, Clarke ne pouvait réellement plus rien avaler, l'envie de dormir la rattrapait à chaque nouvelle gorgée de vin, les sourires en retour illuminaient ses yeux bleus d'étincelles et dans son rire résonnait la joie et la liberté. Lexa était muette, elle regardait Clarke sans plus vouloir cacher l'affection qu'elle lui portait, sans plus pouvoir le faire non plus, il lui était impossible de porter sur elle un regard impassible ou indifférent, il était maintenant impossible de mentir sur ses sentiments, elle était sa force et sa faiblesse dorénavant mais elle se promettait de ne plus jamais commettre les mêmes erreurs.
La Reine, avec toute sa délicatesse, mis fin aux festivités, en invitant ses sujets à se retirer s'ils le voulaient. Satori avait disparu, en réalité, il dormait dans un canapé près d'une cheminé derrière la table royale avec un chien loup domestiqué à ses pieds. Hamer et Hemlet souhaitèrent une bonne nuit au Commandant, puis à Clarke et récupérèrent leur petit frère lové dans le velours et la fourrure. La salle du banquet se vidait tout doucement pendant que les serviteurs débarrassaient et nettoyaient en toute discrétion.
La Reine invita Lexa et Clarke à les suivre par le grand escalier, puis le long d'une mezzanine avec une baies vitrée donnant sur les lumières de la ville, puis dans de larges couloirs aux couleurs plus chaudes, avec de larges tapis au sol où tous les cinq mètres se trouvait des portes en bois numéroté en couleur or. Des gardes et des serviteurs croisèrent leur chemin en s'inclinant avec respect, certains tenaient du linge proprement plié ou des jarres d'eau, d'autres ravivaient les torches qui éclairaient leur chemin.
Clarke tentait de les suivre et de marcher la tête haute sans trop sourire mais le vin, plus alcoolisé que fruité, l'empêchait de garder le cap. Elle se serait vraiment crue à cette époque fabuleuse d'égoïsme où l'on pouvait séjourner ici, elle s'y croyait, se rejouant des scènes du passé où elle serait cliente dans cet hôtel de luxe, où une hôtesse la conduirait à sa chambre après avoir diné au restaurant, elle se voyait dans une réalité parallèle entre le Moyen-âge et le Nouveau Millénaire. Elle se sentait témoin d'un monde qui n'existait plus mais qui n'avait pas totalement cessé d'être dans ces lieux où persistait la mémoire de l'Ancien Monde et elle s'en imprégnait comme jamais elle n'en avait eu l'occasion dans ce Nouveau Monde en ruine. Elle mit fin à son voyage intérieur, elle ravala son sourire quand la Reine stoppa sa marche devant une double porte au fond du couloir, qu'un serviteur planté là, ouvrit sur le champ.
Clarke pénétra dans ce coton douillé, qui semblait l'appeler et vouloir l'accueillir à bras ouvert, en laissant Lexa et la Reine sur le palier. Elle sentit la chaleur du feu dans l'immense cheminé à l'encadrement fait de larges poutres de bois sculptées où trônait des vases et des bibelots elle sentit la fraicheur des draps, et le parfum des bouquets de lys et de jasmin blancs posés sur une ravissante table basse au plateau de verre. Elle retira sa veste et ses chaussures et découvrit la douceur des moquettes au sol. Puis elle fut irrémédiablement attirée par des vapeurs et des parfums d'huile essentiels qui s'échappaient de sous une porte close, elle y pénétra sans plus faire attention à Lexa et la Reine en pleine conversation et elle disparut de leur champ de vision.
Lexa la vit s'éloigner du coin de l'œil pendant qu'elle s'évertuait à présenter ses hommages et remerciements sans bornes à la Reine. Sa voix fatiguée trahissait son émotion, ses mains tremblaient presque et quelques larmes tentaient de perler dans ses grands yeux verts.
_ Lexa mon enfant, j'ai toujours su que tu reviendrais. J'ai toujours su que ta destinée serait de nous rallier et de nous gouverner.
_ …si vous saviez ce qui m'en a couté d'être ce que je suis, d'être Heda et de devoir perdre les gens que j'aimais années après années, de devoir toujours penser au peuple avant de penser à soi…
_ Je … Je te demande pardon pour tout cela.
_ Pourquoi feriez-vous ça ? Vous n'y êtes absolument pour rien. A la mort de Loïs c'était l'exile ou…
_ La mort. Ton père voulait ta mort et je… j'ai convaincu le Roi de t'épargner, de t'exiler. A l'époque j'ai vu la couleur de ton sang comme le moyen de te sauver la vie, du moins de la prolonger… je ne savais pas par quoi tu allais devoir en passer pour survivre, mais je savais une chose : si quelqu'un pouvait survivre au-delà de la Montagne, au-delà de notre Cité, c'était bien toi. Et je suis heureuse de te revoir aujourd'hui. Dit la Reine sur un ton maternel plus que solennel.
_ Votre Majesté, vous êtes … vous êtes une femme réellement exceptionnelle, j'aimerai avoir votre bonté et votre force, j'ai causé la mort de votre fill…
_ Au contraire de mon époux, je ne t'en ai jamais voulu pour cela, mais j'ai toujours vouer une haine terrible pour les hommes des Glaces et je peux te dire, solennellement ce soir, que le Roi engagera ses troupes dans ta guerre.
Lexa prit un moment pour se répéter les dernières paroles de la Reine. Elle semblait tomber de haut, elle rata un battement de cœur et cessa quelques secondes de respirer.
_ Que dites-vous, Votre Majesté ?
_ Le Roi est vieux et fatigué. Crois-tu que la Cité et ce Palais tiennent debout par sa seule volonté ?
_ Vous êtes de toute évidence derrière toutes les grandes décisions de ce royaume.
_ Il a bien fallu, pour survivre loin de tout.
Elle cessa de plaisanter et planta son regard magnétique dans celui de Lexa, qui se sentit toute petite, vulnérable et docile.
_ Tu sais Lexa, ma fille Costia, elle t'aimait, elle t'aimait depuis votre plus tendre enfance, et je le savais depuis toujours. Quand tu es parti pour le camp des NightBloods, j'ai pris conscience que c'était cruel mais c'était la seule façon pour que ma fille ne voit pas sa meilleure amie pendue au bout d'une corde sur la place principale de la vallée.
_ Revenir ici a été très pénible mais je vois mon passé différemment maintenant. Je crois être enfin en paix, véritablement en paix avec ses souvenirs et ses fantômes.
_ J'en suis heureuse, mon enfant, véritablement heureuse. Murmura la Reine, accompagné d'un sourire sincère.
_ Merci ma Reine.
_ Je connais la culpabilité qui te hante… j'ai permis à Costia de te suivre à Polis contre l'avis de son Père car elle savait, tout comme moi, que tu étais devenu l'espoir de tous les peuples que la Coalition et ton règne de Heda allaient marquer une page de l'Histoire de ce Nouveau Monde… Lexa, je sais que tu t'en sois voulu mais crois-moi, je partageais ta peine et je m'en voulais tout autant que toi.
_ Je n'en ai jamais douté, ma Reine. Affirma Lexa les yeux embués.
_ Mais tu la connaissais, peut-être même mieux que moi, je n'aurais jamais pu la retenir ici, ni toi à Polis. Elle tenait à cette alliance entre la Coalition et son Père plus que tout. Elle tenait à faire partie de ce monde que tu as rendu plus sûr, elle tenait à ce que tous les clans apportent leurs capacités et allient leurs forces pour former une véritable nation d'humain, un véritable espoir après le chaos gigantesque qui régnait sur Terre depuis des centaines d'années.
Lexa, figé par l'émotion, laissa une larme couler. Ses mots prononcés par La Reine, la Mère de son clan natal, résonnait comme une vague de soutien et de courage inconditionnel dont elle avait besoin, elle prenait conscience qu'au sein de la Cité, elle n'avait pas que des ennemis, bien au contraire, elle avait, depuis tout ce temps, des alliés, que seul le temps et les épreuves avaient pu rassembler.
_ Le mieux pour nous, toutes ces années, était de rester reclus dans notre Cité, et nous vivons bien mais, si l'Alliance a été refusé une fois, elle ne le sera pas une deuxième. Le temps de vaincre la Reine Nia est là et j'espérais ton retour pour cela. Nous avons un nouveau monde à bâtir, Lexa, sur les ruines d'un monde en pleurs mais nous avons la chance d'être toujours vivant… Mon époux est resté ancré dans la mélancolie d'un vieux souvenir, dans la nostalgie d'un monde oublié, mais mes enfants resteront tournés vers l'avenir… et je crois que la venue d'une Astronaute lui a enfin ouvert les yeux, je ne saurais comment te remercier pour cela.
_ C'est elle qu'il faut remercier pour cela. C'est elle Wanheda. Elle est tellement plus forte que moi. Elle est tombée des étoiles, elle a fait les pires sacrifices et les pires choses qu'on puisse faire pour survivre et sauver les siens. Elle est spéciale, elle est …
_ Tu l'aime n'est-ce pas ? Demanda La Reine sans détour.
Lexa regardait le sol et respira profondément. Elle leva les yeux et son visage était illuminé autant que fautif, elle ne pouvait plus mentir, tout son être respirait l'évidence.
_ Oui. Souffla-t-elle comme l'on avoue une conviction profonde longtemps retenue.
_ Alors ne tardes pas à lui dire… Dit la Reine en souriant doucement.
L'amour qu'elle portait à sa défunte fille se transportait sur cette enfant des Hauts-Villages, né ici dans la Montagne et parti conquérir le Monde, comme si c'était sa propre enfant. Elle ne lui en voulait pas de retrouver le sourire et l'amour, elle en était même heureuse, la vie devait continuer et l'espoir ne naissait que quand les gens commençaient à s'accepter et à s'aimer. Elle voyait l'union du Commandant des Natifs et de l'Ambassadeur du Peuple du Ciel comme l'assurance d'un avenir meilleur, ensemble, elles avaient une chance de sauver ce qu'il restait de l'Humanité, là où sa fille héritière avait échoué. Elle se jura de tout mettre en œuvre pour les y aider, en souvenir des désirs de sa fille ainée.
Elle la salua respectueusement, elle lui souhaita un bon repos et la Reine pris congé et rebroussa chemin le long du couloir avant de disparaitre dans l'encadrement d'un escalier sombre.
Lexa resta un instant sur le palier, le regard dans le vide puis s'aperçut de la présence du serviteur, agrippé à la poignée de la porte depuis tout ce temps, et de son regard planté sur elle. Elle entra enfin dans la suite, il lui fit faire le tour des deux chambres conjointes, il raviva le feu et lui montra le placard en trompe l'œil où se trouvait la réserve de buches, il la salua et prit vite congé en refermant soigneusement les portes derrière lui.
Lexa n'avait pas écouté un traite mot de ce que le serviteur avait dit, si ce n'est que son esprit retenu où était la réserve de bûche. Elle était figée devant la grande baie vitrée circulaire, donnant sur une terrasse avec vue sur toute la vallée et le versant opposé. Dans la nuit, la vallée s'éclairait de mille et une petites flammes, chacune reflétant la chaleur d'un foyer niché sur la roche, plus loin elle reconnaissait les néons des cultures sous serres et des verrières géantes abritant les champs, des cultures de fleurs et de légumes et les étables de bétail ; près de la cascade, elle reconnaissait les lumières des moulins qui clignotaient dans le noir, sur les pics rocheux, elle distinguait les lumières des éoliennes perchées au plus haut et plus elle levait les yeux, plus le ciel s'embellissait d'étoiles.
La vallée comme le reflet du ciel, noir parsemé d'étoiles et de lumières, laissait Lexa songeuse. Seules les lumières éteintes de l'observatoire sur le flanc à l'extrême Sud, au plus haut du massif qui les entourait, lui laissait un goût amer. Depuis la chute de l'Arche, plus personne ne devait monter là-haut, elle comprit combien l'espoir avait déserté la Cité et combien la venue de Clarke Griffin, l'Astronaute, était telle la venue d'un messie venant rétablir l'ordre des choses et réanimer la flamme dans les cœurs glacés.
Elle finit par se retourner et examina la chambre avec un peu plus d'attention, des chandelles et des bougies un peu partout – ce qui n'était pas pour lui déplaire - une large cheminé au socle de pierre, encadrement en bois et grilles de fer forgé devant les flammes qui réchauffait l'atmosphère un lit immense à baldaquin, draps de satin et voilage fins une table basse décorée de vases et de fleurs par dizaine une console avec panière de biscuit au miel et carafes d'eau et de vin et une banquette en tissu imprimé de motifs floraux avec leur sacs et besaces posés dessus. Elle se précipita vers eux, tout y était, enfin le peu de chose qu'elles avaient gardé auprès d'elles pendant ce long voyage, mais leurs armes, bien évidemment, n'étaient pas là, elle se savait en sécurité, mais son poignard lui manquait.
Elle passa la porte de la deuxième chambre attenante à la principale et découvrit un petit cocon de tendresse, un petit lit recouvert de nombreux coussins, une large fenêtre avec de lourds rideaux beige un large fauteuil en tissu de velours posé devant une élégante console avec miroir encadré de dorures effritées par le temps, et une commode en bois avec un plateau de marbre où trônait d'autres bougies. Les chambres étaient empreintes de charme et de chaleur. Lexa soupira, comme si tout cela était encore trop beau et trop parfait pour être vrai mais un large sourire illuminait son visage fatigué.
Elle avait fait le tour des chambres et maintenant plus rien ne la retenait de découvrir ce qui se cachait derrière cette autre porte d'où un trait de lumière et des vapeurs d'eau parfumées s'échappaient. Elle se prit les pieds dans les chaussures et la veste de Clarke posés au sol, elle les déposa près de la banquette avec leurs affaires et fit de même. Elle ôta manteau, épaulière, cape et bottes. Elle desserra les liens et les ceinturons de son armure et souffla pour de bon.
Elle pénétra ensuite dans la salle d'eau aux murs totalement recouverts de miroirs et de carrelages embués. Elle suivit le bruit de l'eau qui coulait et l'odeur des parfums enivrants. Sur des étagères étaient posés des bougies de toutes tailles, des cônes de cire dont les mèches enflammées éclairaient des bols de sels de bains de toutes les couleurs, des coupelles des perles de gelée de savon, des coupes de pétales de fleurs et des récipients de crème et d'huile d'où émanaient d'agréables senteurs.
Les vapeurs d'eau chaudes épaisses s'envolaient avec volupté sur son passage. Elle croisa sur son chemin les vêtements de Clarke, posés les uns après les autres sur le sol de carrelage blanc.
_ Clarke ? Murmura Lexa.
_ Je suis là. Répondit Clarke, la voix couverte par le bruit d'une cascade incessante.
Lexa suivit sa voix et découvrit une baignoire immense, en réalité c'était un bassin profond débutant par quelques marches, rempli par deux cascades qui déversaient une eau chaude et pure, dont les vapeurs dansaient à la surface entre les pétales de fleurs et les amas de mousse onctueuse. Lexa se figea en posant le regard sur Clarke, sa silhouette ondulant sous une nappe de bulles de mousse, ses cheveux blonds mouillés flottant à la surface, des perles d'eau gouttant au bout de son nez mutin, les yeux clos et l'air totalement paisible.
Lexa avait le souffle court, les images de leur nuit dans la grotte aux bains à bulles et ce moment dans les cachots résonnaient en elle comme une chaleur diffuse qui s'emparait d'elle pour la consumer totalement. Elle ne pouvait plus mentir, tout son être ne pouvait résister après avoir gouter aux délices de son corps. Mais soudain, un éclair de panique l'emporta, elles avaient vécu une nuit passionnée en échappant au danger, et en courant tout droit vers un autre la mort les poursuivait à cet instant, alors elle doutait soudain de ce que pensait Clarke, elle doutait d'être à sa place, elle doutait des limites de l'intimité qu'elle pourrait à présent partager avec elle.
_ Ça fait un bien fou. Tu ne devrais pas rester planté là, Commandant. Affirma Clarke en la sortant de ses pensées troublantes.
Elle reprit conscience et trouva le regard de Clarke planté sur elle.
_ Comment vas ta blessure ?
_ Beaucoup mieux, Clarke, merci.
Clarke l'observait avec insistance. Un regard séducteur, franc et pétillants, son humeur semblait flamber comme les lueurs des chandelles. La blonde chercha son verre de vin à tâtons, posé sur un rebord avec des coupelles de savon et d'huile de bain, elle se redressa très légèrement pour boire une gorgée et la naissance de ses seins apparut à la surface. Lexa déglutit difficilement, elle étouffait avec ses vêtements sur le dos dans cette ambiance baignée de chaleur mais ne bougeait toujours pas.
Dans sa tête, les mots de la Reine résonnaient en boucle. « …ne tardes pas à lui dire… ». En elle, hurlait une voix qui criait « je t'aime », cette voix hurlait à la rendre folle, au point de ne plus être capable d'énoncer une autre pensée que celle-là, elle hurlait au point qu'il n'était plus possible de la garder sous silence.
Elle enleva sa ceinture dorsale, elle retira le reste de ses vêtements. Clarke esquissa un sourire et reposa sa nuque contre un petit cousin et referma les yeux pour se délecter des douceurs du vin et du bain parfumé. Elle n'ouvra pas les yeux en sentant les remous de l'eau, signe que Lexa la rejoignait enfin. Elle posa son verre et lui fit signe de s'approcher. Naturellement, Lexa se glissa entièrement dans l'eau chaude dont les vertus des huiles et des mousses l'enveloppaient comme un nuage. Elle s'allongea dans le bassin, Clarke la pris dans ses bras, Lexa se laissa séduire par tant de tendresse. Elle sentait le corps nu de Clarke dans son dos, elle sentait ses mains caresser ses bras pour remonter vers sa nuque. Elle sentit ses doigts faire pression sur les muscles et les vertèbres de son cou. Elle ressentait un bien-être incomparable, elle oublia les doutes, la guerre, Polis et la Cité. Elle se laissa bercer par les flots, les bulles de savon, les massages et les caresses.
Elle sentit les lèvres de Clarke se poser sur une épaule et elle sentit son cœur se gonfler. Elle eut l'impression que Clarke allait dire quelque chose mais elle resta muette. Elle lui tendit seulement son verre pour partager ce délicieux nectar en continuant de masser sa nuque. Lexa y plongea les lèvres et lui redonna le verre sans bouger de position, en restant bien blottie contre son corps dans ce coton d'eau parfumé. Le gout de l'alcool réveillait ses sens, la chaleur de l'eau apaisait son corps, la tendresse de Clarke apaisait son cœur et la douceur du moment était unique et parfaite. Elle prit ses mains dans les siennes et la serra dans ses bras.
_ Je t'aime. Murmura Lexa. Je t'aime comme jamais je n'aurais cru pouvoir aimer.
Elle sentit le cœur et la respiration de Clarke s'arrêter. Elle lui tournait le dos, elle pencha la tête mais n'osa pas aller au bout de son geste par peur de voir l'expression de son visage à cet aveu.
Clarke lui prit le menton et ensemble, elles glissèrent dans l'eau pour se faire face, causant de légères vaguelettes qui firent danser la mousse autour d'elles. Ses yeux bleus pétillaient de la même flamme que cette nuit dans la grotte, plus vivace encore, sans danger de mort planant au-dessus de sa tête, sans questions sans réponses, juste brillants, étincelants de bonheur, sincère et émus. Ses lèvres se retenaient de sourire mais en vain, et avant de l'embrasser tendrement, Lexa vit s'esquisser le plus large et le plus beau des sourires. Clarke déposa ses lèvres sur les siennes en lui murmurant qu'elle aussi l'aimait, de tout son cœur, et de toute son âme.
_ Lexa, tu en doutais encore ? Interrompit Clarke maladroitement.
_ Je… je ne sais pas… je …
_ Ne doute jamais de cela, Lexa. Mon amour pour toi est la seule chose qui valent le coup d'être encore en vie et de se battre.
_ Et ton peuple ? Demanda Lexa avec une pointe de méfiance.
Clarke esquissa un léger sourire, un peu à la manière qu'avait avant le Commandant de lui sourire discrètement. Elle ne répondit pas tout de suite, elle respira lentement mais dans ses yeux Lexa pouvait lire qu'elle n'hésitait pas, que le choix était déjà fait, ce moment de silence n'était pas un moment de doute et elle retenait son sourire naissant.
_ Mon peuple fait partie de ta Coalition maintenant. Tant qu'ils comprendront que c'est la seule voie louable qu'il faille suivre, tout ira bien.
_ Et si certains décide de tourner le dos à l'Alliance, si certains ont peur de la guerre qui approche, que feras-tu ? Tu retourneras à Arkadia avec les tiens ?
_ Je suis l'Ambassadeur de mon clan. Je suis Wanheda, Commandant de la Mort. Je suis censé faire quoi ?
_ Ce que tu as toujours à fait. Te battre pour qu'ils survivent.
_ Je t'ai juré fidélité Lexa. Je veux la même chose que toi, que toutes ces guerres de clans cessent, au plus vite. Je me battrais à tes côtés, peu importe ce qu'ils en pensent et si certains veulent fuir ou estiment que ce n'est pas leur guerre et bien qu'ils repartent.
_ Tu ne prendras plus part pour eux ?
_ Je prendrais part en mon âme et conscience, pour le bien du plus grand nombre, qu'il soit Skykru, Trikru, peu importe, nous sommes tous humains.
_ J'ai longtemps rêvé d'abolir les clans et de former une même et unique nation, mais je n'y crois plus…
_ Pourtant tu te bats toujours et tu y es presque, Lexa.
_ Je ne sais pas, je crois que je me battais par habitude… du moins… avant de te rencontrer…
_ J'y crois aussi, Lexa. Et nous y arriverons… regarde tu as bien réussi à nous mener en vie dans ces montagnes au bout du monde.
_ Je ne sais pas… Je suis… hm trop de choses se sont passé ce soir, j'ai encore du mal à y croire…
_ Alors là moi non plus ! mais nous ne serons pas pendus à l'aube… ou bien si c'est le cas, c'est le jeu le plus malsain auquel j'aurais jamais participé.
_ Non, rassure-toi. Nous vivrons… et mieux encore, nous marcherons vers Polis avec une armée derrière nous, une armée gigantesque, et nous gagnerons cette guerre par tous les moyens poss…
Clarke sourit légérement, ses yeux bleus lumineux, heureuse que l'Alliance soit bientôt signée et que le Peuple des Montagnes se soit engagé à apporter leur soutien indispensable à la chute de la Reine Nia. Mais ce regard conquérant changea de nuance, très légérement, Clarke ne voulait plus entendre parler de la guerre.
_ Lexa. Je ne veux pas penser à la guerre qui se prépare. Pas ce soir.
Elles plongèrent un peu plus dans la chaleur, se laissant caresser par l'eau, se blottissant l'une à l'autre, se reposant de tant d'efforts et d'émotions, se délectant de la douceur démesurée de ce bain bienfaiteur pour enfin comprendre, l'une et l'autre, qu'elles étaient enfin réunies. Pour le meilleur et pour le pire, elles étaient en vie pour le prochain chapitre de leur vie, elles étaient libres, libres et ensembles, loin de leurs peuples et de leurs obligations, loin de toute agitation. Elles souhaitaient oublier leurs responsabilités rien que pour cette nuit. Elles restèrent l'une contre l'autre, flottant dans ce bain comme elles flottaient parmi les étoiles sur le premier pic de la montagne. Le yeux clos, les corps enlacés, les cœurs apaisés et enfin leur amour se donnait le droit d'être paisible et simple.
Elles se couchèrent au beau milieu de la nuit dans des draps de satin, la peau aussi douce et délicate que de la soie, parfumée des savons et des huiles du bain, enivrées du vin et des flammes, enivrées de la douce joie de cette première victoire. Elles se laissèrent emporter par le doux plaisir d'être ensemble, puis par le sommeil, confortablement blottit l'une contre l'autre sur de gros coussins rembourrés, elles pouvaient enfin jouir d'un repos paisible, elles pouvaient enfin calmer leurs corps et leurs esprits.
A l'abri dans un présent éphémère presque parfait, oubliant le prochain danger sur leur chemin, oubliant la guerre qui se préparait, elles étaient simplement heureuses d'avoir survécu et d'avoir un nouvel allié, heureuses d'être ensemble, soulagées d'être arrivée au bout du Monde, loin de tout et d'y avoir trouvé ce qu'elles cherchaient et même bien plus que prévu. Elles s'étaient trouvées elles deux.
