CHAPITRE XI/

Ils étaient rentrés au château sans se dire un mot de plus mais la main dans la main puis s'étaient retirés chacun dans leur chambre. Gaëlle avait beaucoup de mal à réaliser ce qui s'était passé et lendemain, elle n'était pas loin de penser que tout n'avait été qu'un rêve.

Cependant, lorsque Camus lui saisit discrètement la main au détour d'un couloir en lui offrant le sourire le plus doux qui soit, elle comprit et des larmes de bonheur coulèrent sous son masque.

Elle aurait voulu passer la plus grande partie de son temps avec lui mais malheureusement, les fêtes du couronnement s'achevèrent le lendemain et il leur fallut rentrer au Sanctuaire où ils savaient parfaitement qu'ils ne pourraient plus se voir. Leur amour à peine éclot risquait fort de ne pas résister à une séparation aussi rapide. Du moins, c'est que la jeune fille pensait à propos de Camus. Elle ne pouvait pas envisager qu'il nourrisse envers elle un amour assez profond pour résister à leur retour au Sanctuaire et cette certitude la faisait cruellement souffrir. Elle ne se sentait plus capable d'assumer à nouveau sa vie de chevalière farouche et sans sentiments.

Ils devaient partir tôt le matin deux jours après la scène de la patinoire. A l'aube, ils profitèrent de leur dernière chance de se retrouver seuls et s'isolèrent dans le parc encore endormi. Gaëlle avait retiré son masque et faisait tout son possible pour cacher à Camus la tristesse qu'elle ressentait. Lui se montrait d'une tendresse que l'on n'aurait pas attendu de la part d'un chevalier des glaces. Il avait le bras passé autour de sa taille et il la serrait contre lui. Ils ne parlaient pas beaucoup car ce n'était pas dans la nature de Camus et Gaëlle était encore si désorientée qu'elle n'osait pas lui dire tous les mots que l'on dit d'ordinaire à l'homme qu'on aime. Le cœur serré, elle posa sa main sur celle de Camus et la serra très fort. Camus se pencha à son oreille :

- Vous me semblez si triste…murmura-t-il.

Car il continuait de la vouvoyer. La jeune fille trouvait que c'était là une marque de galanterie. Elle hocha la tête :

- Je le suis, avoua-t-elle timidement. Mais vous savez pourquoi…je crains que nous ne puissions plus nous voir après notre retour. Ce serait nous mettre en infraction vis-à-vis d'Athéna.

Elle ne voyait pas l'expression de Camus mais il la serra plus fort et embrassa doucement ses cheveux avant de dire :

- Je ne pourrais jamais vous oublier si c'est ce que vous craignez. J'ai dit que je vous aimais et je n'ai qu'une parole. Rien, pas même Athéna ne pourra changer cela.

Elle leva vers lui des yeux embués de larmes. Il lui sourit, un sourire serein et rassurant en prenant entre ses doigts une de ses mèches blondes :

- Ayez confiance. Je crois que rien n'est fini pour nous.

Il n'en fallait pas plus à la jeune amoureuse pour retrouver l'espoir. Elle sourit et embrassa légèrement les doigts qui jouaient avec ses cheveux :

- Je vous aime et n'aimerai jamais que vous.

Il se pencha et ils échangèrent leur dernier baiser avant le départ.

Gaëlle était de retour depuis une semaine au Sanctuaire et elle n'avait toujours pas revu Camus. Il lui manquait plus encore qu'elle ne l'aurait imaginé et elle ne pouvait s'empêcher de croire qu'il l'avait oubliée malgré sa promesse. Elle ne pouvait même pas se changer les idées dans une nouvelle mission ou une bataille car les temps étaient tranquilles. Donc, en plus de déprimer, elle s'ennuyait ferme.

Sa plus grande distraction était de raconter inlassablement à Sayuri ce qui s'était passé à Asgard. La jeune japonaise l'enviait et en même temps s'inquiétait pour l'avenir de son amie. Quand Gaëlle parlait de Camus, son visage s'animait d'un bonheur qui risquait bien de tourner au désespoir si Camus l'avait abandonnée. Sayuri ne pouvait s'empêcher d'en vouloir d'avance au chevalier. Les hommes ! Ils étaient tous les mêmes et Camus, en dépit de son air de prince charmant risquait fort de ne pas faire exception à la règle. Mais comment aurait-elle pu expliquer cela à une fille aussi amoureuse que son amie ? Alors Sayuri taisait sa pensée profonde et la soutenait comme elle pouvait.

Dix jours plus tard, en fin de journée, elle trouva Gaëlle en train d'observer l'escalier des douze maisons et plus exactement, celle du Verseau dont on voyait le toit par-dessus un contrefort rocheux. Elle s'approcha et s'assit près d'elle :

- Gaëlle, arrête un peu de penser à lui.

- Je me sens tellement stupide à agir comme ça, soupira la jeune fille. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser à lui. C'est plus fort que moi Sayuri-chan, je meurs d'envie de le voir.

- Mais tu ne peux pas ! Tu ne vas pas te mettre en tête de traverser les maisons jusqu'à lui non ?

- Je ne suis pas idiote ! s'emporta Gaëlle. Mais… si seulement il y avait un autre moyen de monter là-haut.

En entendant cela, Sayuri se mordit les lèvres. Pendant l'absence de Gaëlle, elle avait découvert quelque chose de très utile. Mais elle n'avait pas voulu la lui montrer, pensant qu'il valait mieux pour elle d'essayer d'oublier Camus. Mais si cela continuait ainsi, elle allait déprimer pour de bon.

- Bon Gaëlle, j'ai quelque chose à te dire. Il y a un moyen de rejoindre chaque maison du zodiaque sans passer par les escaliers.

La jeune fille tourna vivement la tête vers elle :

- Quoi ! Comment as-tu fait ? Où peut-on passer ?

Sayuri finit par raconter avec l'impression désagréable de faire une énorme bêtise.

- C'est grâce à Aiolia. Je l'ai surpris en train de sortir d'une sorte de passage secret. Il m'a fait promettre de ne rien dire puis il m'a révélé qu'il existe un passage souterrain dont les différents paliers permettent d'accéder à chacune des maisons. Il est très ancien et servait autrefois à la circulation des serviteurs des chevaliers lorsqu'ils en avaient encore. C'était pratique en cas d'attaque aussi. Aiolia m'a dit qu'il s'en servait pour rendre visite à son frère et il continue même aujourd'hui à aller se recueillir dans la maison du Sagittaire.

Galle resta un moment abasourdie puis elle se leva brusquement :

- Pourquoi ne m'a-tu pas raconté ça tout de suite ? s'énerva-t-elle.

- Parce que je m'inquiète pour toi ! répliqua Sayuri. Je crois que cette histoire avec Camus ne t'apportera que des problèmes alors j'espérais que tu l'oublierais à force de ne plus le voir !

- Je l'aime Sayuri ! Tu comprends ça ? Je ne peux pas l'oublier, il faut à tout prix que je le vois pour savoir si ça vaut encore le coup que je me fasse des illusions. Montre-moi ce passage !

- Tu vas aller le voir ? demanda Sayuri avec une pointe d'inquiétude.

- Sur-le-champ ! Et même si tu refuses de m'aider, je trouverai ce chemin même si je dois y passer la nuit !

Sayuri contempla un long moment le visage déterminé de son amie. Si elle ne l'aidait pas, elle risquait de la perdre et si elle l'aidait à rejoindre Camus…Qui aurait pu savoir ce qui en résulterait ? Son cœur lui faisait mal mais il fallut se décider :

- Ok…Suis-moi, je vais te montrer comment le rejoindre.

Gaëlle parut se détendre. Sayuri se leva et, sans mot dire, la conduisit dans les ruines d'une ancienne arène non loin de la maison du Bélier. Elle prit la précaution de bien vérifier qu'il n'y avait personne aux alentours puis elle se dirigea vers un trou tout juste assez large pour elles qui était caché par une touffe de bruyère. Coincées dans le mince interstice entre les deux parois, elles avancèrent en crabe jusqu'à ce que l'espace s'élargisse un peu et que Gaelle aperçoive l'entrée d'un tunnel creusé dans la roche qui s'ouvrait sur sa droite.

- C'est là ? demanda-t-elle.

- Oui. Il fait totalement noir là-dedans alors fais attention et guide-toi avec son septième sens. D'après Aiolia, le tunnel monte sans arrêt et chaque seuil est facile à repérer.

Déjà Gaëlle s'avançait dans le tunnel mais soudain, elle se tourna vers son amie et lui sourit :

- Merci Sayuri et ne t'inquiète pas pour moi.

La japonaise fit mine de cacher son inquiétude :

- Ouais…Reviens vite surtout.

Gaëlle hocha la tête avant de s'élancer dans le tunnel. Elle disparut rapidement dans l'obscurité.