J'entre dans la Grande Salle au bras de Peter Fitzgerald, comme prévu. Le bal de Noël, c'est le seul moment où l'on peut se détendre entre le premier semestre et le second, alors tout le monde est super excité. Alice m'a gardé une place à côté d'elle. Je m'y précipite. Elle est venue avec Frank, elle. Ils vont tellement bien ensemble tous les deux, je crois que je les envie un peu. Ils peuvent vivre leur histoire comme ils l'entendent.
J'ai un pincement au cœur. Mes yeux cherchent Potter à la table des professeur. Il ne me regarde pas. Il discute avec le professeur Johnson. Ça m'exaspère. Je ne m'attarde pas. Je ne veux pas risquer de me faire griller par qui que ce soit. Je lisse les plis de ma robe rose pâle pour me donner une contenance, et je discute un peu avec Peter. Quand Frank nous ramène à boire, il nous prévient que les Serpentards ont vidé plusieurs bouteilles de whisky-pur-feu dans la fontaine de jus de citrouille. Tant mieux, c'est exactement ce qu'il me faut. J'avale d'une traite le contenu de mon gobelet qui me brûle la gorge. La sensation de chaleur que me procure la boisson me prend au corps, et j'ai l'impression d'être un peu plus à l'aise qu'avant. Mes trois camarades me dévisagent avec des yeux ronds.
« Oh remettez-vous ! On ne va pas faire comme si nous n'en avions jamais bu ! Je leur lance en souriant.
_ Nous n'en avons jamais bu ! Me réplique Frank en regardant Alice.
_ Parle pour toi !
_ Lily, tais toi ! Me supplie Alice qui rougit.
_ C'est bon, c'était l'année dernière, il y a prescription ! Alice était complètement bourrée, Frank ! C'était trop drôle.
_ Tu n'étais pas mal non plus, madame la préfète soit disant parfaite ! Me rétorque t-elle.
_ Je sais, je sais. Ce n'est pas ma plus grand fierté...
_ Mais où aviez-vous réussi à vous en procurer ? Nous demande Peter.
_ Deux jeunes filles à Pré-Au-Lard peuvent tout obtenir, mon cher, je lui réponds en lui tapotant l'épaule. »
Ce contact physique me paraît simple. Et il me rappelle instantanément que cette simplicité n'est pas envisageable avec n'importe qui. Du moins pas avec celui que je veux. Je risque un nouveau coup d'œil vers la table des professeurs. Il discute toujours avec Johnson. Il rigole avec Johnson. Elle est belle avec ses longs cheveux bruns torsadés et sa peau mate. En plus, elle ne doit pas être beaucoup plus vieille que lui. Les pulsations de mon cœur se font irrégulières. Je baisse le regard. J'ai l'impression à ce moment précis que je ne suis plus rien.
« Tu lui as reparlé depuis ? Me demande Alice dont la voix est à demie couverte par la musique. »
Elle a remarqué que je le regardais. Il faut que je fasse plus attention. Tant que ce n'est qu'Alice, ça va, je sais qu'elle garde tout pour elle.
« Oui, je lui avoue.
_ Et ?... Elle m'encourage.
_ Il m'a dit qu'il ressentait la même chose que moi.
_ Putain Lily ! J'en étais sûre ! Elle s'exclame en applaudissant rapidement.
_ Mais... Il ne veut pas que nous soyons ensemble tant que nous sommes dans cette situation. Il ne veut pas avoir l'air de me forcer la main.
_ Quel con ! Tu lui as dit que tu étais majeure ? Que tu pouvais prendre tes décisions toute seule ?
_ Oui, mais il ne veut pas le savoir. D'un côté je le comprends. D'un autre... C'est horrible de se croiser constamment et de ne pas pouvoir se dire ce que nous aurions envie de nous dire ou faire ce que nous aurions envie de faire.
_ Merlin ! Il est trop honnête ! Et quand tu arrives à le voir seul à seul ?
_ Je peux parler avec lui mais c'est tout. Il ne m'autorise rien d'autre.
_ Vous n'avez pas...
_ Dans mes rêves, Alice, je la coupe en soupirant.
_ Eh ben ça ! Il te prend vraiment en considération, on dirait. Peut-être un peu trop d'ailleurs.
_ Je ne te le fais pas dire. Je lui ai pourtant fait un rentre-dedans terrible il y a trois jours. Il aurait pu sauter sur l'occasion. C'était facile. Il ne l'a pas fait.
_ Ne le lâche pas Lily. J'ai vraiment la sensation que c'est un type bien.
_ Si quelqu'un pouvait juste foutre Johnson hors compétition, ce serait parfait...
_ Johnson ? Il s'en fout totalement. S'il voulait vraiment se la taper, il l'aurait fait dès le début de l'année. »
J'ai envie de croire Alice, mais en même temps, qui me dit qu'il n'y a pas déjà eu quelque chose entre eux ? Personne. Je ne sais pas grand chose sur sa vie. Il faudra que je lui pose plus de questions sur lui la prochaine fois. Peter nous coupe dans notre conversation pour que je vienne danser avec lui. Je glisse ma main dans la sienne de façon totalement anodine, et je le laisse me guider. Mon regard croise celui de Severus sur la piste. Il est venu avec une sixième année de Serpentard dont je ne me rappelle plus le nom. Il a l'air triste. Il est toujours obsédé par moi, je crois, et ça me touche. Je m'efforce de ne pas y faire attention. Je me concentre à nouveau sur Peter et sa main dans mon dos. Le truc agréable, c'est qu'il n'attend rien de moi ce soir. Je le sais. Il m'a proposé de venir « en amis » et c'est seulement pour cette raison que j'ai accepté. Je ferme les yeux un instant, et j'imagine que je suis dans les bras de Potter, et pas dans ceux de Fitzgerald. Un frisson me parcoure des pieds à l'échine, et l'idée saugrenue de faire de lui un substitut surgit dans mon esprit comme un coup de tonnerre.
Je la garde dans un coin de ma tête alors qu'il me reconduit vers la table où la plupart des Gryffondors sont attroupés. Je me sers un autre verre de jus de citrouille au whisky-pur-feu bien que le mélange ne soit pas particulièrement heureux, et je le porte à mes lèvres en m'étonnant que McGonagall ne se soit toujours aperçu de rien. Les quelques Serpentards déjà saouls comme des piliers de bar auraient dû attirer son attention sur l'objet du délit. D'autant que Dumbledore a lui aussi l'air d'en avoir un sacré coup dans le nez. Enfin, Merlin sait ce que les profs ont dans leurs coupes. Il faudra que je demande à Potter. Tiens, Potter. J'ai arrêté d'y penser pendant approximativement cinq minutes. C'est assez dingue. Mon regard le retrouve, toujours avec Johnson. Je me sers un nouveau verre. Je crois que j'essaie de noyer mon cerveau pour qu'il arrête de carburer.
Je me rassois un peu avec Peter pour discuter. Alice et Frank nous rejoignent quelques minutes plus tard. Plus le temps passe et plus je me sens détendue, le whisky-pur-feu aidant très certainement, je m'en ressers un énième verre. J'ai envie de rire pour tout et rien alors que cette chaleur familière empli à nouveau ma gorge. Puis, d'un coup, mon gobelet quitte mes mains. Je fixe pendant quelques secondes l'espace entre mes doigts sans comprendre, et quand je me décide à lever les yeux, je trouve ceux de Potter. Il se tient juste devant moi, mon jus de citrouille amélioré entre les mains. Le regard surpris d'Alice jongle entre nous deux alors que Peter et Frank sont trop occupés à parler de Quidditch pour accorder de l'attention à notre professeur de Défense contre les forces du mal.
« Dehors, m'ordonne Potter sur un ton autoritaire.
_ Je m'amuse. Laissez-moi m'amuser.
_ Evans, dehors, tout de suite, répète t-il en ignorant ma remarque.
_ Vous ne pouvez pas me toucher, je peux rester ici. Je fanfaronne autour de lui en attrapant un nouveau gobelet.
_Je peux utiliser ma baguette. Ne me forcez pas à vous foutre la honte de votre vie Evans. »
Merde alors. Je le dévisage méchamment en essayant de deviner s'il bluffe ou pas. Mon instinct me dit qu'il est capable de tout, alors j'abdique et je le suis hors de la Grande Salle en faisant signe à Alice d'occuper Peter. Une fois la porte refermée derrière nous, il porte le gobelet à sa bouche, exactement là où j'avais mis la mienne, pour venir à bout de ce liquide qui me rend un peu trop guillerette, un peu trop tout, et il le jette dans la poubelle à quelques mètres.
« Beau lancer ! Je le complimente en sautillant autour de lui comme une pom-pom girl.
_ Vous êtes dans un état pas possible Evans...
_ Vous pourriez en profiter Potter...
_ Vous aimeriez bien, il ajoute avec un sourire en coin.
_ Sans aucun doute.
_ Mais vous savez que je ne suis pas comme ça.
_ Et pourquoi ne pourriez-vous pas l'être juste ce soir ?
_ Je vous l'ai déjà expliqué. Et puis vous m'avez énervé. »
Je m'arrête de sautiller, et mes bras tombent le long de mon corps. Je l'ai énervé ? Qu'est-ce que j'ai fait ? C'est lui qui m'a énervé à parler avec cette foutue Johnson ! Qu'est-ce qu'il fichait avec elle toute la soirée ?! J'ai envie de pleurer rien qu'en y repensant. La voir rire avec lui. Le voir la gratifier d'un sourire. Je veux qu'il me réserve ses sourires. Je veux être la seule à le voir sourire. Quoi, je suis excessive ?
« Le sentiment est mutuel, vous savez. Vous aimez bien Johnson ? Est-ce que c'est votre solution de facilité ?
_ Vous ne savez pas de quoi vous parlez Evans, il me répond en fronçant les sourcils.
_ Ah bon ? Parce que je croyais vous avoir vu rire toute la soirée à ses conneries ! Bah oui ! Quelle conne je suis ! Quoi de plus naturel pour le brillant prof de Défense contre les forces du mal, grand joueur de Quidditch, et tombeur professionnel que de se taper la prof canon qui est visiblement très disponible, ouverte à toutes propositions, et qui passe son temps le cul assis sur un foutu balai ?! »
Je pète un câble. Je cris à voix basse pour être sûre que personne ne puisse nous entendre en jetant des coups d'oeil furtifs vers la porte au cas où elle s'ouvrirait d'un coup. Et merde. Voilà que je me laisse aller, voilà que mon hystérie prend le dessus. Comme si le fait que ma morale foute un peu plus le camp jour après jour ne suffisait pas !
« Putain mais quelle conne franchement. Vous ne voulez pas de moi parce que vous pouvez l'avoir elle. Elle est magnifique, elle aime les mêmes choses que vous, elle est parfaite.
_ C'est dingue comme vous pouvez être stupide quand vous avez bu.
_ Mais allez-y Potter, ne vous gênez pas pour me rabaisser encore ! Je sais que je ne suis pas assez bien pour vous. Je ne suis pas assez...
_ Mais merde Evans à la fin ! Vous allez finir par me forcer à dire quelque chose qui va vous faire tout drôle ! Il me coupe en m'engueulant.
_ Dîtes-le ! Je peux tout entendre ! Au point où nous en sommes de toutes façons... »
Il inspire profondément. Il y a des éclairs dans ses yeux. Il est plus en colère que je ne l'ai jamais vu. Il me fait signe de le suivre un peu plus loin, derrière une colonne, là où personne ne peut nous voir. Je m'y adosse en le toisant, et j'attends qu'il me porte le coup fatal. J'essaie de ne pas avoir l'air d'être impressionnable... Ou impressionnée... Je ne veux pas qu'il pense qu'il puisse avoir le dessus, même si je sais pertinemment qu'il l'a déjà. Son physique m'empêche de réfléchir convenablement. Mes neurones ne sont plus connectés. Il est foutrement sexy quand il s'énerve, quand il m'énerve.
« Je n'en ai rien à faire de Johnson, Evans. C'est vous que je veux. J'ai des sentiments pour vous, pour vos grands yeux verts qui veulent me fusiller sur place à ce moment précis, et pour votre fâcheuse tendance à vous foutre en colère pour rien. C'est le fait de vous voir avec Fitzgerald ce soir qui m'a énervé. Pourtant je sais qu'il serait préférable pour vous de le fréquenter, mais rien que le fait d'imaginer que vous puissiez le vouloir me met dans une colère noire. »
La vache. Je ne m'attendais pas à ça. Ça dépasse toutes mes espérances. Enfin ! Enfin il me laisse entrevoir quelque chose ! Enfin il me montre que je ne suis pas rien ! J'ai envie de me jeter sur lui. Je me retiens. Mon regard accroche le sien. Je me rapproche de lui à toute allure mais je m'arrête quand je sens que nos corps sont à deux doigts de rentrer en contact parce qu'il me fait confiance et que je lui ai donné ma parole, parce que ce douloureux accord se rappelle à mon esprit.
Je n'ai jamais été si près de lui, je crois. Sauf la fois où j'ai dégringolé les escaliers pour finir par me rattraper sur lui juste avant ma rupture avec Severus. Malheureusement, à ce moment là, je n'avais encore aucune idée de la chance que j'avais de pouvoir le toucher. J'ai envie de me frapper la tête contre un mur quand j'y repense. J'aurais dû en profiter. Je réalise là, à quelques centimètres de sa bouche, que moi aussi je n'ai d'yeux que pour lui. Moi aussi j'ai des sentiments, des sentiments inconsommables et pas consommés, et ça me fait mal à en crever. Frustration. Il avait raison, les limites entre l'attirance et les sentiments sont bien trop étroites.
« J'ai envie de vous à un point que vous ne pouvez même pas imaginer, je déclare d'une voix franche. »
Bah merde alors. C'est moi qui ait dit ça ? Mon audace me surprend autant que lui. Ses yeux s'ouvrent en grand, et puis il sourit, amusé de me voir aussi décontenancée que lui par ma propre révélation. Je lève ma main vers lui pour le toucher, et puis je me ravise. Cette barrière invisible qu'il a mis entre nous me déchire le cœur. Je suis en lambeaux.
« Je crois que je peux imaginer, il me répond en donnant un coup de pied dans un minuscule caillou.
_ Non. Sinon vous ne me feriez pas subir ça.
_ Je vous en prie, essayez juste de comprendre, essayez juste d'imaginer à quoi ressemblerait notre relation si je vous laissais faire.
_ Elle serait belle, je réplique en m'efforçant de ne pas penser à ma conscience qui me martèle la tête d'injures en tout genre.
_ Non. Les rumeurs circulent vite ici et si quelqu'un venait à le découvrir vous seriez traînée dans la boue par les trois quarts de vos camarades qui vous diraient que vous devez plus vos notes à notre relation qu'à vos aptitudes, reprend-il en me regardant gravement.
_ Ce qui serait totalement faux puisque vous ne m'avez mis qu'un Acceptable au dernier devoir... Je comptais d'ailleurs vous parler à ce propos, je lui réponds contrariée.
_ Je suis heureux que vous vous soyez rendu compte que je ne vous accordais pas de traitement de faveur, mais nous en parlerons un autre jour si vous le voulez bien. »
Je soupire bruyamment et je baisse les yeux. Il a entièrement raison. Sur toute la ligne. Le pire là dedans, c'est qu'il n'a évoqué que ce qu'il pourrait m'arriver, mais je prends aussi conscience qu'il pourrait se faire renvoyer. Le fait que je sois majeure rend notre relation légale, mais le trouble que cela provoquerait à Poudlard si nous étions découvert risquerait de ne pas pencher en notre faveur. C'est une chose de foutre ma morale de côté tout en fermant les yeux sur mon manque de discernement face à la situation, et c'en est une autre de le laisser courir le risque de perdre son travail.
« C'est vraiment, vraiment très difficile pour moi... Je lui avoue.
_ Je sais. Ça l'est pour moi aussi.
_ Je voudrais tellement vous toucher... Vous sentir contre moi... Tellement que ça me brûle à l'intérieur.
_ Evans... Il soupire et détourne les yeux.
_ Vous savez, je suis un peu bourrée, et je crois que mon moi bourré aimerait savoir ce que vous souhaiteriez faire de lui dans un contexte un peu plus intime, je lui dit avec un regard lourd de sous entendu. »
Encore une fois, mon aplomb me stupéfie. Je crois que si je me souviens de ce que j'ai dit demain, je risque de ne plus vouloir sortir de mon dortoir. Un sourire se dessine à nouveau sur son visage. Mon comportement, que je dois en partie à ce jus de citrouille bidouillé, le fait rire autant qu'il le déroute.
« Vos charmantes petites oreilles n'y survivraient pas, il me murmure.
_ Vous avez sans doute raison. Il est possible que mon visage passe par toutes les teintes de l'arc-en-ciel, mais j'ai besoin de vous entendre dire que vous me désirez et par dessus tout j'ai besoin de le ressentir. »
Mais ta gueule Lily ! Bordel mais qu'est ce qui me prend ? Comment je peux sortir des énormités pareilles ? Et ses yeux qui ne clignent pas, qui sont plantés dans les miens qui les provoquent sans que je ne leur en ai donné l'autorisation. Je crois que mon subconscient est obsédé par les limites de Potter au point d'avoir pour seule ambition de les faire sauter ce soir même.
« Ici ? Maintenant ? Vous êtes sûre ? Parce que vous pourriez ne pas vous en remettre... Il me titille.
_ Ne vous sur-estimez pas trop, ce ne sont que des mots, je lui réplique en souriant.
_ Oh vous croyez que je me sur-estime ? Evans... Regardez moi. »
Le ton de sa voix est autoritaire et doux à la fois. Je tressaille. Déjà ! Ça commence bien... Je lui obéis sans penser ne serait-ce qu'une seconde que je pourrais ne pas le faire. Il me contourne doucement en prenant soin de ne pas me toucher. J'ai l'impression d'être sa proie. Je me sens prise au piège, mais je crois que c'est d'avantage par le squelette de ma conscience que par sa présence, bien que les deux soient liées d'une certaine façon. Je ne pensais pas qu'il rentrerait dans mon jeu. J'imagine que les limites sont essentiellement physiques pour lui.
« Vous voulez savoir ce que je veux Evans ? Je veux vous enlever cette robe depuis que je vous ai vu dedans. Je veux ma main droite dans vos cheveux, et ma main gauche dans votre nuque. Je veux respirer le même air que vous juste l'espace d'un instant, parce qu'après je veux votre langue dans ma bouche. Je veux mes doigts sur votre peau et vos doigts sur la mienne. Je veux vous toucher comme personne ne l'a jamais fait. »
Merde. Non, non, non. Pourquoi je l'ai laissé me dire ça ? Merlin. La vache. Je ne sais plus où me mettre. J'avale ma salive avec difficulté. Ma respiration s'accélère. Il passe derrière moi et je sens son souffle chaud rebondir contre mon cou. Mes yeux se ferment. Je crois que mon visage vient de s'embraser. Ohlala. Je n'aurais pas dû le lancer là dessus. Qu'est-ce qui m'a pris ? Je ne vais pas tenir la distance. Je ne suis pas comme lui.
« Ouvrez les yeux Evans. »
Je m'exécute. Il réapparaît devant moi. Il sourit. Il se délecte de ce qu'il voit naître en moi, le con. Bah oui, moi, je suis faible contrairement à lui. Pas capable de retenir les réactions de mon corps face à des mots. Des mots. Ce sont juste des mots. J'ai pourtant le pressentiment que ma morale, elle, a pris un sacré coup dans la gueule. Il ouvre la bouche. Parce qu'en plus, il n'a pas terminé ?!
« Je veux vous embrasser dans le cou... Partout. Je veux que vous ressentiez ce que vous n'avez jamais ressenti. Je veux vous faire l'amour de façon à ce que vous ne m'oubliez jamais. Je veux que vous vous rappeliez pour toujours de mes doigts sur votre nuque, dans vos cheveux. Je veux que vous les sentiez glisser le long de vos épaules, le long de vos bras, le long de vos hanches, le long de vos cuisses, à l'intérieur de vous jusqu'à ce que vous agonisiez de plaisir contre moi, jusqu'à ce que vous me suppliez de me donner entièrement. »
Mes yeux s'ouvrent grands devant les siens. Je tremble sans pouvoir me retenir, sans savoir si ce sont ses mots ou son regard flamboyant qui me font cet effet. Merde, merde Lily ! Reprends-toi bon sang ! Je suis déroutée par les sensations qu'il provoque en moi sans même me toucher. Je ne sais plus si j'ai chaud ou si j'ai froid. Je me sens conne. Tout mon corps est contracté. Mes cuisses se resserrent l'une contre l'autre instinctivement et mes genoux faiblissent. Non, non, non. Je ne veux pas. Je ne veux pas entendre quoi que ce soit de plus. Ce n'est pas correct, ce n'est pas convenable, ce n'est pas bien du tout.
Oh bordel Lily arrête de faire ta mijaurée ! Il n'a même pas posé un seul doigt sur toi ! On s'en fout de la conscience, on s'en fout de l'éthique, elles n'ont pas leur mot à dire là, quand tu ne fais qu'écouter un discours. Un discours sacrément tendancieux. Un discours de débauché. Le discours indécent d'un homme paradoxalement très décent. Un discours que tu te repasseras en boucle toute la nuit, que tu le veuilles ou non, en serrant ton oreiller contre toi comme une jeune femme chaste qui n'aurait jamais vraiment connu le vertige, les plaisirs de l'amour charnel.
« Je veux vous montrer de quoi nous sommes capables tous les deux Evans. Contre cette colonne, sur mon bureau, dans mon lit, dans votre dortoir, dans la salle de bain des préfets, dans les vestiaires de quidditch, dans le parc, dans la tour d'astronomie, dans les cachots, sur le pont, dans la bibliothèque... Où vous voudrez Evans. Je veux vous aimer comme vous le méritez. Je veux me perdre à l'intérieur de vous jusqu'à ce que nous ne formions plus qu'une seule et même personne, et par dessus tout, je veux que vous soyez à moi. »
Il me glisse ces derniers mots à l'oreille et je me mords la main pour empêcher qui que ce soit de m'entendre pousser un profond soupir alors que des tas d'images se forment dans mon esprit. Je ne tiens plus. Mon ventre est noué comme il ne l'a jamais été, ma respiration est irrégulière et les pulsations de mon cœur me font presque mal. Mes jambes ne sont plus que deux tiges de roseau, prêtes à se coucher au moindre coup de vent. Ma conscience me hurle dessus.
Il s'appuie à la colonne, et il est juste devant moi, prêt à me retenir si je me laissais partir. Peut-être que je devrais. Peut-être qu'il me toucherait. Il me sourit, et son regard est doux et compréhensif. Il glisse comme du satin sur mon visage à présent livide. Je suis malade de ne pas pouvoir vivre ce qu'il m'a décrit, mon cerveau est malade d'avoir aimé ce nouveau genre d'intermède inconvenant.
« Vous voyez Evans, vos oreilles ne supportent pas tout ça, il me dit.
_ Vous êtes un foutu professionnel ! Je réplique en essayant de reprendre mon souffle.
_ Je vous avais prévenu, il poursuit, amusé par ma remarque.
_ Vous auriez dû me prévenir d'avantage.
_ Vous m'avez demandé de vous faire ressentir les choses... J'ai pourtant été soft... »
Soft ?! Mes jambes en tremblent encore. Je m'assois puis je les étends devant moi, et j'essaie doucement de réguler ma respiration. Je n'aurais jamais pensé qu'il irait jusque là. Je croyais qu'il n'oserait pas. A tort. C'est un mec, je ne sais pas ce que j'imaginais, il n'a pas de pudeur, il est libéré bien que physiquement ligoté par son éthique qui a vraisemblablement été autant mise à mal que ma morale. Je parviens au bout de quelques minutes à reprendre mon souffle et je me relève en m'appuyant à la colonne. Nous nous retrouvons encore une fois debout l'un face à l'autre. La vérité me frappe de plein fouet à ce moment là. Je ne tiendrai pas. Je ne tiendrai jamais jusqu'à la fin de l'année scolaire sans le toucher.
« Je ne sais pas si j'y arriverai... Je lui dis.
_ A quoi ?
_ A... »
La porte de la grande salle s'ouvre et me coupe dans mon élan. Potter et moi nous écartons hâtivement l'un de l'autre et je me faufile discrètement d'un côté de la colonne pour éviter cette conversation et pour regagner la grande salle pendant qu'il reste caché. Comme notre relation. Trop compliquée, trop difficile, trop intense. Je ne suis pas bâtie pour résister à quelque chose qui n'a même pas commencé et qui est déjà aussi fort.
