CHAPITRE XV

Bureaux du F.B.I.

- Je ne sais pas Amita. Vous croyez vraiment que…

Larry laissa soudain sa phrase en suspens et la jeune femme vit ses yeux s'écarquiller tandis que sa bouche restait ouverte. Elle suivit la direction de son regard et sursauta à son tour avant de se précipiter.

- Charlie ! Oh Charlie !

Elle se jeta au cou du mathématicien et l'embrassa, les larmes aux yeux. Il était là ! Il était enfin sorti de son marasme inquiétant ! Charlie ne lui rendit pas son baiser. Il la serra cependant gentiment contre lui en demandant :

- Alors, vous en êtes où ?

Ses compagnons furent impressionnés par la sécheresse de son ton, la lueur dure qui brillait dans ses prunelles. Visiblement, après le temps du chagrin était venu le temps de la colère. A ce moment-là, David fit irruption dans le bureau. Lui aussi fut abasourdi de trouver Charlie dans les lieux.

- Charlie ? Est-ce que tout va bien ?

A peine eut-il prononcé cette phrase qu'il se mordit les lèvres. Il se serait envoyé des claques ! Est-ce que c'était le genre de question à poser à un garçon qui venait de perdre son frère dans des circonstances atroces ? Mais Charlie ne sembla pas relever l'incongruité de la demande. Sans y répondre, il interrogea à nouveau :

- Vous en êtes où ? Vous avez une piste ?

- Charlie, tu es sûr d'être capable de nous aider sur ce coup là ? Ce n'est pas…

- Je sais ! coupa le mathématicien. Mais oui, je me sens tout à fait capable de vous aider. De quoi aurai-je l'air si je ne vous aidais pas, justement sur ce dossier ? Comment est-ce que je pourrais me supporter si je ne participais pas à cette enquête ?

- D'accord Charlie, si tu es sûr, concéda l'agent.

- Je n'ai jamais été aussi sûr David, jamais !

Celui-ci fit alors venir le reste de l'équipe qui se montra à la fois heureuse et inquiète de trouver Charlie là. On lui fit un topo sur l'affaire. Il en connaissait déjà évidemment les grandes lignes puisqu'il avait travaillé dessus, conduisant les agents à l'entrepôt. Seul le dernier chapitre écrit lui était étranger : les recherches engagées depuis l'incendie. Les agents lui apprirent avoir plusieurs pistes, d'après ses propres déductions antérieures, bien sûr, mais aussi d'après les intuitions de Don qui lui soufflaient de fouiller du côté de l'université.

- C'est par là qu'on va chercher d'abord.

Larry et Amita le regardèrent, bouche bée : cela allait totalement à l'encontre de leur dernière conversation. Il s'était alors violemment emporté contre ce qu'il appelait l'idée fixe de Don de trouver un coupable dans leurs murs. Mais depuis, tant de choses avaient changé, et pour le pire !

Il voulait offrir sa revanche à son frère, et cette revanche, elle devait d'abord passer par la vérification de son hypothèse. Pourtant, il savait que, si celle-ci se révélait être la bonne, la culpabilité qui le crucifiait en serait encore renforcée. Mais il ne reculerait pas : fidélité, bravoure, intégrité. Il serait fidèle au serment de Don.

Ses compagnons obtempérèrent à ses suggestions. Outre qu'ils pensaient que ce n'était pas du temps perdu, ils étaient conscients que Charlie n'était pas dans son état normal, et qui aurait pu le lui reprocher ? Il y avait en lui ils ne savaient quoi d'alarmant, cette impression diffuse qu'ils étaient en présence de quelqu'un prêt à exploser à la moindre occasion. Et c'était bien ce qu'était Charlie en ce moment précis : une bombe à retardement dont la minuterie s'était déclenchée au moment même où son frère perdait la vie.

(à suivre)