Chapitre 10

1945

Drago avait déniché un petit appartement au rez-de-chaussée dans Berlin. Avec une cave.

Il avait remis son uniforme militaire après sa permission et son salaire payait pour l'instant l'appartement. Hermione l'aidait depuis qu'elle avait été acceptée comme femme de chambre dans un petit hôtel.

Elle ne s'en sortait pas si mal dans ce nouveau pays.

Jusqu'à ce que Hermione penne conscience qu'elle n'allait pas pouvoir continuer ce travail plus longtemps.

On était en mars et elle était enceinte. Et à voir son ventre, depuis six mois environ.

Drago et elle rayonnaient en pensant à l'arrivé du futur bébé. Ce serait l'apothéose de leur bonheur conjugal.

Drago passait régulièrement prendre de leurs nouvelles. Il se penchait sur le ventre rond de sa femme et parlait longtemps allemand. Quand Drago n'était pas là, Hermione lui parlait, en français.

Elle lui disait qu'il ne serait s'en doute pas aimé par d'autres que ses parents, qu'il serait vu comme une honte, mais qu'il ne devait surtout pas y croire. Il était le fruit de la passion, la preuve d'un amour aux delà des frontières et des conflits et même si personne ne devait le voir ainsi, il ne fallait pas que lui oublie.

- D -

Avril. Les Alliés sont arrivés en Allemagne et ont bombardé Berlin.

Hermione s'était réveillée en sursaut la nuit en entendant l'aviation. Elle était descendue en chemise de nuit, le plus rapidement possible avec son ventre, sans bougie, se réfugier dans la cave. Elle s'était emmitouflée dans de grosse couverture et attendait patiemment que ça se passe. Elle en avait vécue plusieurs, elle savait comment ne plus paniquer dès que le sol tremblait, bien que la peur soit présente. Et aujourd'hui elle avait une préoccupation importante.

- Ça va aller, chuchota-elle en caressant doucement son ventre. Maman est là. Tout va bien. Papa est loin mais il a aussi une cave pour s'abriter. Il s'en sortira. Il s'en sortira…

En même temps qu'elle disait ça, elle adressait une prière à Dieu, dans l'espoir qu'il l'entende.

Elle finit par s'endormir beaucoup plus tard, bien que les bombardements se soient éloignés depuis un moment.

- D -

Elle était ressortit indemne sans savoir combien de temps elle avait dormi ni quelle heure il était.

Il faisait jour ça c'était une certitude.

Son appartement avait quelques fissures au plafond mais de dégâts matériels plus importants.

Elle sortit voir ses voisins.

Apparemment, tous n'avaient pas eu sa chance.

L'immeuble d'en face était un tas de grava. Les pompiers sortaient des corps sans vie des décombres. D'autres soignaient des plaies béantes. Hermione ne reconnaissait quasiment aucun d'eux tant le sang cachait leurs traits.

- Ist alles in Ordnung ? fit un pompier en se précipitant vers elle et en l'examinant de haut en bas.

Hermione porta la main à son ventre.

- Ya, danke.

Il repartit aussi vite qu'il était apparu pour aider ses collègues.

Hermione retourna chez elle, ne sachant pas quoi faire d'autre.

Drago n'avait pas donné de nouvelle. Elle commençait à s'inquiéter… En même temps ça allait être compliqué de traverser la ville avec cette atmosphère, se rassura-t-elle.

Plus tard elle était ressortit proposer à ses voisins de venir chez elle si ils voulaient un abri pour la nuit. Les visages lui étaient reconnaissant bien que les esprits n'aient pas le cœur à remercier chaleureusement.

Hermione prépara un café qu'elle éclaircit pour que tout le monde puisse en avoir. Elle en distribua à ceux qui en voulaient.

Les plus valides l'aidèrent à pousser les meubles contre les murs pour faire de la place au sol.

Une dizaines de personne trouva refuge sous son toit ce soir-là. Elle prépara une valise avec l'essentiel pour survivre qu'elle emporterait dans la cave en cas de besoin.

Et toute cette agitation lui avait fait oublier l'essentiel : Drago n'était pas venu.

Cette nuit-là, elle ne trouva pas le sommeil. Les bombardements avaient repris, elle avait fait déplacer tout le monde dans sa cave et elle était encore plus anxieuse.

- D -

Dans la nuit, les soviétiques avaient investis Berlin. Du moins, ce qu'il en restait.

Certaines portions de la ville étaient nues et permettait de voir le ciel. Un ciel fumant et gris.

L'appartement d'Hermione était à ciel ouvert. Les meubles étaient irrécupérables.

Alors qu'elle semblait toucher le fond en cet instant, elle entendit son nom.

Elle se retourna.

Son cœur fit un bon monumental.

Et elle pleura.

Drago était vivant.

Elle courut se lover dans ses bras. Enfin, un seul. L'autre était dans une écharpe. Il serra les mâchoires quand elle le percuta, mais oublia vite la douleur.

- Tu es entière, j'y crois pas !

Il l'embrassa nombre de fois en posant sa main sur sa joue.

- J'y crois pas…répéta-il.

Il respira longuement dans ses cheveux.

- C'est bien toi. Tu es là. Je ne rêve pas.

- J'ai cru que je ne te reverrais pas ! fit Hermione en sanglotant. Où étais-tu passé ?!

- J'étais à l'hôpital. Une bombe a explosé dans le jardin alors que je courais pour descendre à la cave. J'ai été projeté contre un mur et je me suis évanoui. Ce sont les pompiers qui m'ont tiré des décombres. Ils m'ont gardé pour me soigner. Au final, j'ai le bras et trois côtes cassés, plusieurs cicatrices à cause des bris de verres des fenêtres.

Hermione l'inspecta de plus près.

Il avait quelques coupures sur son beau visage, sa lèvre inférieure coupée et un pansement à l'arcade.

- J'ai quelques bleus sur le corps aussi. Et une bosse à l'arrière du crâne, sourit-il.

Les jours suivant il resta avec elle et les autres qui avaient partagés sa cave.

- Astoria ne va pas s'inquiéter ?

- Elle est partie après les premiers bombardements, à la campagne, avec ses parents.

- Et les tiens ?

- Je m'en fiche. Je n'ai pas donné mon nom à l'hôpital pour pas qu'ils viennent me chercher là-bas.

- Donc on est vraiment seul cette fois ? se réjouit Hermione.

- Ya, mein Liebe.

Il l'embrassa passionnément.

- D -

L'Allemagne, depuis que Berlin eut capitulé le 30 avril à la mort du Führer Hitler, était occupée depuis par des puissances telles que l'Amérique et l'URSS. Drago et Hermione vivaient dans un climat politique tendu et en pleine effervescence. Quelques aides avaient été apportés à ceux qui en avaient le plus besoin. Mais le gouvernement provisoire avait un peu autre choses à faire.

L'Armistice officiel avait été signé le 8 mai.

Drago et Hermione tentaient de se reconstruire une vie. Enceinte, elle bénéficiait d'un logement provisoire. Un lit à l'hôpital dans une grande salle qui accueillait des centaines de blessés. Mais Drago était à ses côtés, alors elle ne s'en préoccupait pas.

Mais un matin, quatre représentants de l'ordre étaient arrivés à son chevet.

Qu'est-ce qu'ils lui voulaient ? Hermione sentit une boule d'angoisse se former dans son ventre.

- Madame Malefoy ? fit l'un des hommes en français.

Officiellement, elle ne portait pas le nom de Drago. Comment ceux-là savaient ?

- Oui ? répondit-elle, avec une petite voix.

A côté d'elle, Drago écoutait attentivement ce qui allait suivre, tout aussi inquiet. Elle sentait la pression de ses doigts qu'il exerçait sur sa main.

- Veillez prendre vos affaires. Je vais devoir vous demander de nous suivre.

- Que se passe-t-il ? fit Drago en se levant.

- Pas vous, fit le même homme. Elle seulement. Elle fait partie de la liste.

Hermione sentait que ça n'allait pas. Elle s'extirpa des draps comme elle put avec son ventre. Drago fit un geste pour l'aider. Un des hommes fit un geste vers lui mais finalement le laissa faire.

Lorsqu'elle fut sur ses pieds, l'homme qui avait parlé lui attrapa le bras. Il lui fit mal. Mais elle ne dit rien. Il l'emmena sans qu'elle n'ait pu dire au revoir à Drago. Elle se retourna, les larmes aux yeux, la gorge serrée. Quand le reverrait-elle ?

- Je te retrouverais ! lui cria son mari. Je t'aime ne l'oublie pas !

Les autres hommes en uniforme veillait qu'il ne la suive pas.

Elle aurait voulu plus que tout lui répondre quelque chose. Mais sa voix était éteinte par l'émotion.

La crampe qui lui déchira le ventre l'obligea à se plier en deux.

L'homme qui l'escortait accosta une infirmière et lui parla en français. Elle ne sembla comprendre qu'en voyant Hermione. Elle courut chercher un lit et d'autres infirmières.

On emmena Hermione dans une autre pièce à l'écart. On dû la porter pour l'allonger.

Et elle accoucha là, après plus d'une demi-journée de la douleur et de larmes versées. Et ce n'était même pas l'homme qu'elle aimait qui coupa le cordon. Mais une infirmière qu'elle ne connaissait même pas.

Elle avait refusé de lâcher son bébé, tout ce qui lui restait à présent. Elle refusait qu'on lui prenne ça aussi. Même si l'infirmière lui avait assuré qu'elle n'irait que le laver, elle avait été obligée d'apporter la bassine à côté du lit d'Hermione et de le laver là.

Celle-ci était épuisée. On la laissa se reposer. Des hommes étaient postés devant sa porte. Personne n'entrait. Sauf ces hommes.

Celui qui parlait, s'invita à son chevet alors qu'elle nourrissait son bébé.

- Madame. Excusez-moi de vous interrompre dans un tel moment. Avec tout ce que vous avez vécu.

Le ton de l'homme était plus solennel plus que bienveillant comme il voulait le laisser croire.

- Je dois vous informer que l'Etat français a ordonné votre retour sur son territoire.

- Pour quels motifs ? Ma vie est ici.

L'homme toussa.

- Vous êtes accusée de collaboration sentimentale. Entre autre. Vous serrez jugée à votre retour en France, avec d'autres.

Hermione se figea, incapable de répondre quoique ce soit.

Jugée ? Comme une criminelle ?! Mais elle n'était pas une criminelle ! Elle n'avait pas collaboré ! Hermione et Drago n'avaient pas le temps de parler de ça quand ils se retrouvaient !

Se retrouvaient…

- Un train part ce soir. Nous vous escorterons.

L'homme quitta les lieux laissant Hermione, dévastée par la nouvelle.

Elle n'avait même pas de quoi pleurer encore. Alors elle resta là, à fixer son enfant.

Il dormait à poings fermés.

- D -

Effectivement, il n'avait pas mentit. Des hommes en uniformes vinrent la chercher le soir même, et l'emmenèrent à la gare la plus proche.

Elle tenait son enfant serré contre elle, enveloppé dans un drap. On lui avait donné quelques vêtements pour lui. Elle, n'avait que ses vieux vêtements sur ses épaules.

Elle prit le train de nuit avec d'autres femmes dans son cas, sauf qu'elles avaient le bambin en moins. Aucune ne parlait. Une pleurait à chaude larmes alors qu'une autre la réconfortait.

Elles firent la route de nuit, avec les hommes en uniforme.

Hermione ne dormit pas de la nuit.

Le voyage lui parut interminable. Et lorsqu'elle arriva en gare, elle n'avait aucune idée du jour, ni de l'heure qu'il était. Elle ne savait pas quand était né son fils. On ne lui avait pas dit. Elle situait sa naissance vers le 15 mai. Mais sans aucune certitude.

Sur le quai de la gare, il y avait du monde. Tous semblaient attendre ce train. Sans pour autant avoir des valises avec eux.

Les hommes demandèrent à se qu'elles les suivent et ils les escortèrent à quai.

A peine eût elle mit un pied dehors qu'on criait des insultes les plus horribles à son égard et à celui des autres jeunes femmes.

- Salope !

- Poules à Boches !

Et d'autres pires encore.

On lui lança aussi des légumes et des fruits mâchés à la figure. Des pierres aussi. Elle encaissa sans rien dire protégeant son fils du mieux qu'elle pouvait.

Pourquoi tant de haine ? Elle n'avait rien fait de mal !

On la regardait comme si elle avait commis le pire vice au monde. Elle baissa les yeux.

On la fit asseoir sur une chaise.

Un des hommes en uniforme, celui posté près d'elle, se pencha.

- Baisse la tête et dit rien. Dit rien. Ce sera vite fini.

Elle gardait bien fort son bébé serré contre elle, alors que les ciseaux passaient sur son crâne.

Elle voyait les grosses mèches de cheveux tomber à ses pieds sur le quai de la gare.

Elle ne disait rien, comme on lui avait dit, alors que les gens attroupés semblaient se réjouir sans mesure de son malheur.

A côté d'elle, une jeune femme tondue, un peu plus âgée qu'elle, apostrophait vulgairement la foule.

Quelqu'un ramassa les cheveux d'Hermione sur le sol et les lui balança à la figure.

Sans était trop pour elle. Elle les attrapa et les relança avec rage :

- Gardez-les ! aboya-t-elle.

Puis les policiers les escortèrent jusqu'à un poste où on les enferma toutes ensemble.

Hermione ne sait pas combien de temps elle resta là. Elle n'avait quasiment pas à manger. Son bébé hurlait qu'il avait faim, lui aussi. Elle avait de plus en plus de mal à la calmer.

Enfin, après plusieurs semaines lui sembla-t-elle, on l'amena dans un bureau, elle et une autre jeune femme, une prostituée arrivée un peu après elle qui, elle avait encore ses cheveux.

Elle essaya de se persuader qu'être au côté d'une femme de petite vertu n'abaissait pas son statut social mais c'était de toute façon trop tard. Et c'était idiot de juger quelqu'un par sa profession, où ses actes. Elle s'en voulu d'agir comme on agissait avec elle, cette femme, et toutes les autres.

Un policier les attendait.

Il les invita froidement à s'asseoir. Elles s'exécutèrent.

- Toi là ! fit-il en désignant Hermione. T'as pas honte ?! Collaborer avec l'ennemi ! L'envahisseur ! Et ce monstre que tu tiens là, c'est de lui ?! Hein, salope !

Hermione eut un pincement violent au cœur. Elle allait répliquer plus qu'énervée par ce qu'on lui reprochait mais la jeune femme à côté d'elle prit les devant :

- Pauv' con ! T'vois pas que tu nous emmerde, là ! Hein ?! Pauv' connard !

Elle continua ainsi, prenant sa défense, alors qu'elle ne la connaissait même pas. Hermione lui en était très reconnaissante.

- Et qu'est-ce qu'il avait ce Boche ?! fit il en se tournant vers Hermione.

Elle ne dit rien, la jeune femme à côté d'elle s'en chargeait.

- Et toi ?! T'as vu ta gueule ?! T'es bien trop moche ! Pas étonnant qu'elle a préféré un Boche ! Espèce de con ! Et moi, mon cul il en a vu de Boches ! Et il serait p't-êt' américain auj'hui si j'étais pas LA, ou italien, qu'j'en sais ! 'vec vos conneries v'faites perdre du pognon ! …Vous me reprochez quoi ? C'est mon métier !

Le policier en avait eu marre et l'avait envoyé dans le bureau d'un supérieur.

Hermione l'avait entendu crier tout autant, là-bas.

Et finalement, le colonel était venu voir Hermione.

- Bon, on va vous renvoyer chez vous. Vous n'êtes pas fiché à la Gestapo, et à la Kommandantur on vous connait pas.

Hermione et la prostituée avait finalement été relâchées en même temps. Cette fille avait été tondue juste avant. Elle l'avait chaudement remercié et en avait même pleuré. La femme l'avait prise dans ses bras comme une mère consolait un enfant.

Hermione sanglotait :

- Merci mais c'est à cause de moi que tu as perdu tes cheveux !

- Mais j' t'en veux pas, va ! Pleure pas pour ça ! J'en ai rien à fout' ! M'achèterai une perruque ! T'inquiète don' pas ! Ça m'empêchera pas de travailler !

Hermione ne la revit jamais, mais elle la remerciait encore.

On la déposa chez elle. Elle s'était couvert la tête avec ce qu'elle avait pu. Mais le temps qu'elle traverse, elle avait senti les regards des passants la pénétrer de toute part. C'était horrible ce jugement qu'ils portaient sur elle sans même la connaitre.

Elle monta et s'enferma chez elle. Elle retrouva de vielles affaires à elle et des conserves. Elle s'en prépara une du mieux qu'elle put.

Son fils s'agita sur son lit. Elle revint vers lui et se pencha sur son petit corps.

Il ouvrit les yeux. Elle se rendit compte qu'elle les voyait vraiment pour la première fois. Ils étaient les mêmes que son père.

- Junior…chuchota elle en déposant un baiser sur son front. Il faut que tu saches qu'il y a trois choses qu'on ne contrôle pas dans la vie : naitre, mourir…et tomber amoureux.

Un sincère merci à Mandeline (Madeleine) et à Là-Bas si j'y suis avec l'émission à la Mémoire des Tondues du mercredi 3 décembre 2003.