Chapitre XI – Alone at Night
Le portrait de la Grosse Dame coulissait pour la énième fois lorsque Ginny daigna finalement reprendre conscience de son environnement. Une masse rousse s'avança vers elle telle une tornade déchainée, l'obligeant à reprendre ses esprits. Ron, le visage lumineux, semblait s'être transformé en gyrophare ambulant. Il avait un sourire jusqu'aux oreilles et adoptait la même expression qu'il avait eu après avoir gagné son premier match. Forcément, le contexte était identique :
- On a gagné, Ginny ! Tu aurais du voir ça ! Où étais-tu passée ?
La jeune femme grimaça. Elle avait totalement oublié qu'une confrontation entre Gryffondor et Serdaigle devait avoir lieu en début d'après-midi. Voilà pourquoi la Salle était restée vide tout ce temps… Elle eut un petit sourire désolé.
- Ne m'en veux pas, j'étais… occupée. Slughorn m'a gardé plus longtemps et comme j'avais l'impression d'avoir totalement raté ma potion j'ai oublié de venir déjeuner, et… Je pensais y aller maintenant, justement.
Elle soupira intérieurement. Encore des mensonges. Par chance, ils n'entraient pas en contradiction avec son programme de l'après-midi. Elle avait encore une bonne heure avant son double cours de Sortilèges. Ron lui lança un regard déçu.
- C'est dommage. Tu aurais du me voir arrêter le Souafle ! Moi qui croyais avoir perdu la main depuis le temps… Tu devrais aussi t'y remettre, tu sais. Ça te permettrait de te changer les idées et tu es douée pour ça.
Ginny s'excusa, tout en évitant de relever sa remarque sur son poste de Poursuiveuse :
- La prochaine fois, je serai là, promis.
Il croisa ses bras sur son torse et bougonna, vexé :
- Tu as plutôt intérêt. Tu n'es jamais là quand ton frère brille de milles feux.
Ginny ricana :
- C'est toujours le cas en ce moment, crois-moi.
Ron sourit, plus détendu, avant de changer brusquement de sujet, comme il avait toujours l'habitude de le faire. Il demanda d'un ton embarrassé :
- Tu as vu Harry dernièrement ?
Elle hocha la tête, légèrement gênée.
- Non, je… On ne se parle plus très fréquemment. Je pensais qu'il reviendrait avec toi.
- Il est parti avant moi, je ne sais pas où il est allé.
- Oh…
Ginny fixa ses pieds. Si elle s'en voulait toujours pour la façon dont leur relation était partie en fumée, elle s'en voulait d'avantage de garder secret ce qu'il venait de se passer avec Tom. Elle était juste en face de son frère et, pourtant, elle était incapable de mentionner tout cela. Elle avait certes toujours agit ainsi, mais elle pensait avoir suffisamment évolué pour que ce ne soit plus le cas aujourd'hui. Elle s'était sans doute surestimée. Avec une once de regret, elle demanda à Ron :
- ça ne te dérange pas si je vais dans la Grande Salle ? Je meurs de faim.
- Tu veux que je t'accompagne ? Je recommence les cours à 15h.
Elle hocha la tête, reconnaissante.
- C'est gentil mais c'est inutile. Je dois me dépêcher, je vais profiter de mon heure de libre pour aller voir McGonagall.
Il la dévisagea, suspicieux.
- Tout va bien ?
- Oui, oui, ne t'en fais pas. C'est simplement pour lui demander quelque chose. Rien de grave.
Son frère ne lâcha pas prise :
- Si jamais quelque chose ne tourne pas rond, tu me le dirais, n'est-ce pas ?
A contre-coeur, elle le rassura :
- Oui, Ron, je te le dirais.
Vingt minutes plus tard, Ginny donna le mot de passe à la Gargouille qui gardait le bureau de la Directrice et monta les escaliers précipitamment. Elle eut à peine le temps de fermer son poing pour toquer à la porte que celle-ci s'ouvrit, laissant apparaître McGonagall. En apercevant Ginny, l'expression de son visage changea brusquement. Elle s'écarta pour la laisser passer et referma aussitôt la porte derrière elle pour ne pas laisser filtrer leur conversation. Avec une tension palpable, la Directrice alla prendre place en face de la jeune femme et l'incita à parler d'un simple coup d'œil. Ginny se mordit la lèvre tout en sortant un objet de sous son chemisier. Elle hésita un instant puis finit par le poser sur le bureau, sous l'œil inquisiteur du professeur. McGonagall arqua l'un de ses sourcils.
- De quoi s'agit-il ?
Ginny s'éclaircit la voix.
- Rien n'est sur, mais ce journal est censé être à l'origine de la connexion qui s'est établit entre moi et T… Vous-Savez-Qui.
La Directrice écarquilla ses yeux.
- Comment le savez-vous ? Vous êtes-vous souvenue de quelque chose ?
Ginny agita la tête de gauche à droite.
- Non, il me l'a dit.
Voyant que McGonagall attendait une explication plus détaillée, la sorcière inspira doucement avant de débuter son récit. Elle lui raconta alors les dernières 24 heures qui s'étaient écoulées. La Directrice perdit progressivement toute contenance. Le visage blême, elle souffla :
- Vous n'allez tout de même pas… Vous n'y pensez pas !
Ginny se sentit directement visée.
- De quoi est-ce que vous parlez ?
McGonagall s'était levée, le visage rouge comme jamais auparavant.
- Ce n'est pas parce qu'il vous libère de son emprise que vous pouvez lui faire confiance, nous sommes bien d'accord ? Je sais pertinemment que la moitié de son âme représente celle d'un adolescent, mais vous vous attaquez à plus fort que vous, Ginny. Je vous défends de le revoir sans m'alerter.
Ginny fronça ses sourcils et, sans même s'en rendre compte, argumenta :
- Je ne peux pas toujours vous tenir au courant, il ne me laisserait pas le temps. Et arrêtez tous de décider à ma place, j'en ai assez !
McGonagall se figea, bouche ouverte. Ginny se leva de son siège, le visage déformé par la douleur.
- Pourquoi est-ce que tout le monde s'entête à me dicter ma conduite ? Laissez-moi faire mes choix en paix, par Merlin ! Vous me rendez tous dingue ! Je n'aurais même pas du venir, je ne sais pas pourquoi je l'ai fait...
Sans pouvoir contrôler ses taux d'adrénaline qui montaient en flèche, Ginny reprit le journal de sa main droite, écarta son siège de son autre main et partit d'un pas précipité vers la sortie, ignorant les appels de la Directrice. Elle n'avait plus envie de réfléchir, elle se laissait simplement consumer par cette vague de fureur qu'elle avait retenu des mois durant et qui déferlait désormais en elle, s'emparant de son corps et de son âme. Privée de ses capacités de réflexion et guidée par une fureur croissante et dévastatrice, Ginny se dirigea tout droit vers la Salle Commune. Elle ne consulta pas sa montre. Peu lui importait le temps qu'il lui restait avant son prochain cours. Elle n'en avait également rien à faire si le corps enseignant tout entier la réprimanderait. Non. En cet instant, elle se réservait tout entière à une seule et unique tâche : atteindre la cheminée et jeter le journal dans les flammes. Si Tom disait vrai, leur connexion serait brisée une bonne fois pour toute. Soit. Voilà qui arrangerait bien des choses.
Le cœur battant la chamade, elle monta les escaliers en sautant des marches et arriva à bout de souffle devant le portrait de la Grosse Dame. Elle cria le mot de passe, les nerfs à vifs et franchit le portrait sans le remercier. Et dire qu'elle avait voulu demander conseil à la Directrice. Pourquoi s'embêter ? Au point où elle en était, autant prendre les choses en main. Ce serait plus rapide et moins contraignant pour les autres.
Elle bouscula une fille qui se dirigeait vers la sortie mais ne s'excusa pas, son attention toute entière dirigée vers les flammes montantes qui se trouvaient un peu plus loin. Elle s'avança tel un automate vers la cheminée, tenant le journal contre sa poitrine. Elle s'arrêta devant cette dernière et s'agenouilla sur le tapis. La gorge sèche, elle baissa ses yeux une dernière fois vers le petit carnet. Un pincement douloureux vint enserrer sa poitrine et, sans se laisser un moment pour réfléchir car cela lui couterait sans doute de changer d'avis, elle le lança dans le feu.
Elle attendit. Rien. Pas même une petite brise, ou une lueur quelconque. Aucune réaction magique qui aurait pu laisser croire que cela avait marché. Et pourtant, quelque chose était différent. Elle se sentait libérée d'un poids, plus légère. Son esprit était plus clair, elle avait moins de difficulté à rester focalisée. Sa vision était plus nette qu'auparavant et elle se sentait moins étourdie. En revanche, il lui apparaissait comme un vide. Elle savait qu'elle ne devait pas y prêter attention, que c'était une chance rare et qu'elle devait en profiter. C'était hors de question qu'elle y pense. Elle devait occuper son esprit, peu lui importait le moyen.
Avec un certain manque de vigueur, elle se releva et s'essuya le front. La chaleur était étouffante et elle commençait subitement à se sentir légèrement nauséeuse. De toute évidence, la connexion était belle et bien rompue. Elle attendrait cependant quelques jours, afin d'en être sure. Si vraiment il ne se manifestait pas une seule fois, elle voulait bien lui accorder le bénéfice du doute.
Un haut-le-cœur la submergea soudainement et elle du se retenir au rebord de la cheminée. Une silhouette familière arriva à côté d'elle. A travers ses yeux plissés, elle distingua une coloration noire caractéristique. Elle souffla d'une petite voix :
- Harry ? Désolée… Je ne me sens pas très bien.
Le sorcier adopta un ton inquiet :
- Tu veux que je t'emmène à l'infirmerie ?
- Non, ça va. Je vais simplement aller m'asseoir…
Voulant joindre le geste à la parole, elle trébucha. Harry se précipita pour l'empêcher de tomber tête la première et la guida jusqu'à un petit fauteuil en cuir. Elle s'y laissa tomber lourdement et enfouit son visage entre ses mains. Elle entendit Harry s'asseoir sur l'accoudoir.
- Tu es sure que tu ne veux pas que j'appelle quelqu'un ? Ce n'est pas… lui, qui te fait ça, si ?
Si elle en avait été capable, elle aurait sans doute redressé sa tête. Elle pu simplement l'incliner légèrement dans sa direction. Horrifiée, elle demanda :
- Comment ? Comment tu es au courant ?
- Ron ne sait pas tenir sa langue, tu le sais bien.
Ginny se serait révoltée si elle ne s'en était pas déjà doutée. Inquiète, elle l'interrogea d'une toute petite voix :
- Qui d'autre ?
Harry se massa la nuque, mal à l'aise.
- Hermione. Mais c'est bien la seule, je te le jure.
- Je m'en doutais, au fond…
Elle sa massa les tempes en grimaçant. Harry l'attrapa par les épaules, sans doute par habitude.
- Alors ? C'est lui qui te fait du mal ?
Elle secoua sa tête, provoquant ainsi une douleur lancinante dans son crâne.
- Non, justement. Je viens de jeter dans le feu ce qu'il utilisait pour communiquer avec moi.
- Est-ce que ça marche vraiment ? Tu es sure qu'il ne t'a pas menti ?
Elle soupira, fébrile.
- Je ne sais pas, Harry. J'attends de voir… Mais je ne comprends pas pourquoi ça me fait me sentir aussi mal.
Ginny sentit la pression sur ses épaules s'effacer, changeant de localisation. Harry avait posé sa main contre son front. Derrière ses paupières closes, elle l'entendit murmurer.
- J'aurais voulu t'aider, Ginny. Je suis allé parler à McGonagall dès le début, et plusieurs fois, mais elle m'a demandé de me tenir à l'écart si je ne voulais pas que les choses empirent.
La sorcière approuva.
- Elle a raison. N'attire pas l'attention sur toi, il va te faire du mal.
Il haussa les épaules.
- Je suis déjà sur sa liste rouge. Je ne suis simplement pas sa priorité. Ce qui me tracasse, c'est la raison pour laquelle toi, tu l'es.
- J'ai moi-même du mal à comprendre.
Harry retira sa main pour aller attraper la sienne. Ginny rouvrit ses yeux, intriguée. Près d'elle, le sorcier s'agitait. Le visage coléreux, il gardait la tête baissée et enlaçait les doigts de la rouquine. Ginny aurait voulu se dégager mais le ton sec qu'il employa alors la prit de court :
- As-tu déjà considéré la possibilité qu'il cherche à t'avoir pour me nuire ? Qu'il cherche à se venger en attaquant celle qui compte le plus à mes yeux ?
La sorcière se figea. Non, elle n'y avait pas pensé.
- Je ne connais pas toute l'histoire, mais comme tout le monde, je sais qu'il est revenu. Ron m'a raconté ce que tu lui as expliqué, mais je ne sais pas pourquoi il s'en prend à toi. Mon hypothèse est plus que probable, en revanche. Et je ne peux pas l'accepter.
Ginny resta silencieuse, confuse. Harry poursuivit d'une voix de plus en plus forte :
- J'ai essayé plusieurs fois de sortir du château. Je ne pouvais pas le laisser s'en tirer ainsi ! Je voulais le retrouver, l'étrangler de mes mains…
Elle se crispa.
- …Mais les professeurs m'ont surveillé. Ils ne voulaient pas me laisser me mettre en danger. Surtout McGonagall. J'ai l'impression qu'elle est toujours au même endroit que moi. La chance m'a abandonné, cette année.
Perturbée, Ginny ne pu empêcher ses yeux de s'embuer. Elle tenta une maigre résistance :
- Mais la partie que tu as connu et qui a tenté de te tuer… Elle ne représente presque rien comparé à celle de Tom Jedusor. Et lui ne cherchait qu'à recevoir des informations sur son futur, il n'avait pas l'intention de te tuer.
Harry nia :
- Il a tenté de me tuer, Ginny. Dans la Chambre, il a envoyé le Basilic après moi.
Ginny déglutit. Ça aussi, elle l'avait oublié.
- Toutes les parties de son âme tendent vers le même objectif. Et cette histoire de proportions, honnêtement, même si c'était vrai, ça ne change pas qui il est. J'ai d'ailleurs beaucoup de mal à y croire. Je suis sure que toutes les pièces ont une influence. Tu es en train de te faire berner par Voldemort, Ginny. Je ne peux plus rester sans rien faire. Il t'a suffisamment détruite. Je me fiche de McGonagall, je dois trouver quelque chose !
Sa main serrait désormais si fort celle de Ginny que cela en devenait presque désagréable. La sorcière commença à trembler :
- Tu te trompes peut-être. Ça n'a sans doute rien à voir avec toi, Harry…
Le concerné se rembrunit, ses yeux lançant des éclairs.
- Quoi, alors ? Tu vas me dire qu'il tient à toi ? Que tout ce qu'il te fait n'est que sa façon de psychopathe pour montrer son affection ?
Ginny sentit ses yeux lui piquer. Elle se défendit avec acharnement :
- Je n'ai pas dit ça ! Il n'a aucune affection pour moi, je le sais bien. Simplement, peut-être qu'il cherche à obtenir quelque chose que je suis la seule à pouvoir lui donner.
Harry se révolta, ignorant les regards tournés vers eux :
- Ne lui donne pas, dans ce cas ! Il ne le mérite pas.
- Je sais !
Ginny s'était relevée en chancelant, le visage blême.
- Je sais ça, Harry. Je sais qu'il n'a aucun droit de recevoir quoi que ce soit de ma part. Mais c'est un échange qu'il me promet… Pas un aller simple ! Et tu n'imagines pas comme c'est tentant. Tu n'imagines pas le nombre de fois où j'ai failli cesser toute résistance.
- Il te manipule !
- Je sais, mais…
Ginny s'interrompit, en larmes. Elle ne pouvait plus retenir cette douleur qui l'engloutissait, cette confusion qui la déstabilisait. Elle aurait voulu partir loin de tout ça, recommencer à zéro. Une vie où Tom Jedusor n'existait pas, et où elle n'était pas Ginevra Weasley.
Elle repoussa Harry d'un geste maladroit mais il ne la laissa pas s'éloigner. Il lui attrapa le bras avec une douceur qu'elle n'avait pourtant jamais remarquée. Elle posa sur lui un regard chamboulé.
- Ginny, tu as traversé beaucoup trop de choses toute seule. Tu dois me laisser t'aider.
- Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Que je te laisse risquer ta vie pour moi alors que tout ce que j'ai fait, c'est te laisser m'aimer sans rien te donner en retour ? Je t'ai fait suffisamment de mal !
Il hocha la tête, l'air parfaitement sérieux.
- Tu m'as donné ton affection. Ton amitié, même. Bien sur, je voudrais ne pas avoir à me contenter de ça…
La rouquine baissa ses yeux, embarrassée. Harry tapota du pied contre le sol dans un geste nerveux purement inconscient.
- …et ça restera ainsi pendant encore longtemps, car je tiens à toi malgré tout.
Ginny se sentit coupable.
- Je n'en vaux pas la peine, Harry. Tu trouverais bien mieux que moi.
- Je ne veux personne d'autre.
Elle se crispa. Elle n'avait pu s'empêcher de faire de parallèle entre lui et Tom. Elle chassa cette idée perturbante.
- Tu ne sais pas ce que tu dis. Je ne suis pas la bonne personne pour toi. J'ai toujours été attirée par des choses qui ne devraient pas m'intéresser, notamment parce que c'est mal et… je sais de quel côté tu es, Harry. Tout comme je fais mon possible pour rester du mien.
Il lui attrapa à nouveau la main.
- Rien que le fait de l'admettre aujourd'hui prouve que tu vaux plus que tu ne le crois.
- Je mens tout le temps.
- Tu ne m'as pas menti à moi. Pas aujourd'hui.
Elle eut un sourire attristé.
- C'était une unique fois dans toute une décennie.
- Ça ne change pas le fait que tu n'es pas fondamentalement mauvaise. Il te laisse simplement le croire.
Elle avoua avec amertume :
- Tu ne me connais pas, Harry. Personne ne me connaît réellement.
Il adopta un sourire doucereux :
- Au moins tu oses l'affirmer. C'est déjà bien.
Elle renifla et essuya ses joues du plat de sa main.
- Tu te contentes vraiment de peu.
- Que veux-tu ? Je suis un Saint.
Un petit rire échappa à Ginny et le regard du sorcier s'illumina. Il l'invita à se rassoir. Elle s'exécuta sans broncher, ressentant à nouveau une extrême fatigue qu'elle avait temporairement mise de côté. Elle se massa la nuque, courbaturée. Harry la fixait sans ciller.
- Je ne veux pas devenir envahissant, mais tu es certaine que tu ne veux pas aller voir Pomfresh ?
Elle acquiesça, sure d'elle.
- Certaine. Je me sens déjà mieux.
Harry, en revanche, était plus que soupçonneux.
- ça me paraît étrange, tout de même. Tu détruis ce qui lui servait d'intermédiaire et tu te sens mal ? Tu es bien sure qu'il ne l'a pas fait exprès ?
Ginny pinça ses lèvres en une moue tendue.
- Je ne pourrais pas l'affirmer, mais j'ai vraiment eu l'impression d'avoir été libérée de quelque chose.
Harry s'enfonça dans le canapé qui se trouvait juste à côté et soupira.
- J'espère que tu as raison.
Son corps était parcourut de spasmes répétitifs et il avait perdu le compte du nombre de fois où il avait failli perdre connaissance. Cette horrible sensation lui donnait l'impression que la journée s'éternisait et il n'avait plus qu'une envie : tuer ce satané Barjow qui avait eu l'audace d'omettre de mentionner l'effet secondaire qui accompagnait la destruction du journal. Forcément, l'objet provenait d'une boutique spécialisée dans la magie noire. N'avoir que les avantages sans aucun inconvénient aurait été bien trop beau pour être vrai.
Il s'approchait en titubant de la boutique, sa main tenant sa baguette bien cachée sous sa robe noire. Il s'avançait avec lenteur mais détermination, bien décidé à se venger. Il gagna finalement l'entrée du magasin, verrouillée, qu'il força sans encombre. La boutique était fermée et Mr Barjow en profitait pour nettoyer le sol et les surfaces salies durant la journée. Lorsque la petite clochette retentit pour signaler l'arrivée d'un visiteur, le propriétaire releva la tête. Les sourcils froncés, il se redressa.
- Monsieur, je suis navré, mais nous sommes fermés.
- Je ne suis pas là pour un quelconque achat, Barjow. Je suis là pour vous faire payer deux choses : votre piètre talent de vendeur et votre attitude exécrable envers moi pendant que je travaillais pour vous.
Le concerné pencha sa tête, une lueur d'incompréhension dans le regard.
- Je ne vous suis pas, monsieur.
- Laissez-moi vous expliquer…
D'un geste vif, il retira son capuchon et dévoila son visage au propriétaire. Ce dernier le fixa quelques secondes, puis son visage devint blême. Finalement, son menton commença à trembler et il recula d'un pas, les bras levés.
- T-Tom Jedusor ! Je veux dire… Mon Seigneur… Je… Je vous croyais…
Il termina sa phrase d'une voix si faible que seul un couinement fut audible :
- …mort.
Le mage éclata de rire.
- Vous me sous-estimez, je suis vexé.
Barjow pâlit d'avantage.
- N-Non ! Je pensais… je ne voulais pas dire ça ! Pardonnez-moi !
Tom ne cacha pas son mécontentement :
- J'éprouve un profond regret, Barjow, quand je vous vois ainsi devant moi, presque en train de me supplier à genoux, alors que durant mon séjour dans votre boutique, vous m'avez traité comme un moins que rien. Vous m'avez fait faire des heures supplémentaires, donné la moitié seulement du salaire qui m'était du, fait faire vos petites courses personnelles. Comprenez bien qu'aujourd'hui, je ne suis plus en mesure de tolérer cela.
Barjow tremblait désormais tant qu'il semblait en proie à une crise d'épilepsie. Il rampa jusqu'à lui et attrapa le bas de sa robe avec maladresse. Il tira dessus comme si sa vie en dépendait… ce qui était justement le cas.
- P-P-Pardonnez-moi, je vous en prie ! Je ferai ce que vous voudrez ! Je serai… Je serai votre esclave ! Mais ne me tuez pas… Pitié.
Le mage se dégagea vivement et baissa vers Barjow un regard emplit de dégout.
- Vous êtes pathétique, Barjow. Je ne serai satisfait que quand je vous aurai ôté la vie.
- N-Non !
Ignorant ses supplications, il brandit sa baguette et la pointa vers la tête du vendeur, qui prit subitement 10 années de plus.
- Je vous en prie… Demandez-moi n'importe quoi, je l'aurai pour vous.
Tom ricana.
- Vous ne pouvez me donner ce que je veux.
Barjow avait ses yeux si exorbités qu'ils semblaient lui sortir de la tête.
- Si ! Demandez… Demandez-moi ! Je ferai mon possible.
Le sorcier hésita. Une partie de lui brulait d'envie de voir le cadavre de Barjow baigner dans son sang, une autre lui criait de profiter de l'occasion. Pourtant, il lui était difficile de trancher. Par moment, la partie de lui qui était la plus destructrice et avide de malfaisance prenait le dessus. C'était plus fort que lui et c'était relativement déstabilisant, surtout lorsque cela avait un impact négatif sur ses objectifs.
Tom Jedusor avait beau être majoritaire, la taille ne se montrait pas toujours synonyme de puissance...
Ginny se retournait sans cesse dans son lit, incapable de fermer l'œil. Si elle était censée se sentir apaisée et plus à même de trouver le sommeil, les bras de Morphée n'étaient pas prêts de l'attraper. Elle jeta un coup d'œil à son réveil pour la dixième fois consécutive en l'espace de 5 minutes et ronchonna mentalement. Elle n'avait plus de nausées et se sentait enfin en forme, en revanche, impossible de s'endormir. Et cela n'avait strictement rien à avoir avec quelconque effet secondaire… Elle ne cessait de repenser à sa conversation avec Harry. Notamment certaines de ses paroles qu'elle avait beaucoup de mal à encaisser.
As-tu déjà considéré la possibilité qu'il cherche à t'avoir pour me nuire ? Qu'il cherche à se venger en attaquant celle qui compte le plus à mes yeux ?
Ginny s'était sentie terriblement blessée et, même si elle aurait préféré l'ignorer, elle n'avait pu se voiler la face. Elle avait toujours espéré, au fond, que Tom cherchait à l'emmener avec lui pour une raison qu'il ne voulait admettre. Elle s'en voulait d'être aussi rêveuse et de croire, même dans les pires situations, que quelque chose viendrait justifier toute cette douleur qui lui avait été infligée. Elle savait que c'était de la folie, mais elle avait tout de même gardé un infime espoir d'entendre Tom lui dire qu'il voulait qu'elle l'accompagne parce qu'il tenait à elle. Elle savait que c'était insensé, qu'il n'y avait aucune chance pour que cela arrive, mais elle s'était dit, qu'au moins, il la voulait pour elle, pas pour faire indirectement du mal à son ennemi.
Elle refoula avec peine les larmes rageuses qui menaçaient de s'écouler sur ses joues. Elle devait savoir. Elle ne pouvait pas continuer sans être sure. Car si Harry avait raison, si elle n'était qu'un pion dans un jeu destiné à faire tomber le Survivant, tout était différent. Si c'était le cas, elle n'avait plus aucune raison de dire non alors que son cœur criait oui. S'il s'avérait qu'elle n'était qu'un intermédiaire, tout serait plus simple; car alors, son cœur également clamerait haut et fort que non, elle ne voulait plus rien avoir à faire avec lui.
