16.
Aldéran se redressa en sursaut.
- C'était quoi cette horreur… ? hoqueta-t-il avant de réaliser qu'il se trouvait à l'Infirmerie de l'Arcadia et que Clio s'était levée pour s'approcher de son lit, ayant enfoncé au passage le bouton d'une télécommande.
- J'ignore de quoi tu parles, mais justement on aimerait savoir ce qui s'est passé ?
- La fausse femme de Maji avait planté en lui une graine qui a fini par phagocyter son cerveau…
Le jeune homme sursauta, toujours assis dans le lit alors que son père venait d'entrer dans la chambre en réponse à l'appel de la Jurassienne.
- Les bombes ! J'ai vu une explosion ! Comment… ?
- Toshiro avait dévié toute l'énergie de l'Arcadia sur les seules communications, Sylvarande a donné le même ordre à la centrale énergétique de sa conglomération et en surchargeant les systèmes ces ondes-là on empêché celles de la planète de perturber nos échanges, expliqua le pirate à la chevelure de neige. Sur les conseils de Toshiro, Clio et moi avons en réalité modifié la programmation de la bombe principale, lui faisant croire que ses sœurs étaient en panne et donc elle s'est désactivée.
- Mais j'ai vu, insista Aldéran. J'ai entendu… ? !
- Une grenade aveuglante de très forte puissance couplée à une autre assourdissante, destinées à tromper les sens de Maji qui ne pouvait qu'attendre non loin ! gronda le capitaine de l'Arcadia. Si tu as marché, c'est que cette parade mise en place dans l'urgence était un bon leurre !
- J'ai eu peur pour vous deux, et Sylvarande… soupira Aldéran.
- C'est nous surtout qui nous sommes inquiétés pour toi, avoua son père avec de fait toujours une inquiétude dans la voix qui avait rarement atteint un tel niveau ! On vous a retrouvés, Maji et toi, évanouis. Mais ni toi ni lui n'aviez la moindre blessure. Sylvarande a bien évidemment voulu que tu sois hébergé à la conglomération mais c'était hors de question pour moi. Ses sylvidres t'ont donc transporté ici… On avait hâte que tu te réveilles pour savoir ce qui s'était passé !
- Tu as dormi une semaine entière, glissa Clio. Ca nous a vraiment semblé très long !
Aldéran s'appuya aux oreillers placés dans son dos par son amie, fronça les sourcils.
- Où est Maji ? Comment va-t-il ? s'enquit-il.
- On ignorait… murmura Clio.
- Je ne pouvais que conclure qu'il t'avait pris en traître et neutralisé, coupa sèchement Albator. Je l'ai mis aux fers. Je ne pouvais prendre d'autres dispositions vu qu'il a rapidement recouvré ses sens, lui ! Et je n'ai pu aussi que constater qu'il continuait de délirer complètement en me servant une histoire de…
- Une histoire de cerveau végétalisé, d'une sylvidre métamorphosée en Zhan Tornadéo et du fait que j'aurais pu me ranimer alors qu'une saleté de branchage strangulateur était à un fil de m'achever en me brisant la nuque ?
- Oui, se troubla le pirate. C'est bien ce que Maji a dit… C'était vrai ? !
- Sûrement jusqu'au moindre détail, approuva Aldéran en bâillant sous la fatigue qui l'envahissait. Mes souvenirs à moi sont encore bien confus.
- Il a dit que tu étais entièrement devenu une créature de lumière et d'énergie ! aboya encore son père.
Clio posa une main apaisante sur le poignet de son ami de toujours et une autre sur l'épaule du jeune homme.
- Juste avant qu'on ne vous retrouve, toute la planète a paru vibrer, irradier de puissance – mais curieusement cette fois sans interférer avec les systèmes de Toshy ou de la conglomération – comme si elle se mobilisait toute entière… C'était pour toi, Aldéran, il n'y a désormais plus aucun doute à ce sujet ! Ce dégagement d'énergie a été bref, quelques secondes, et tellement phénoménal que les instruments de Toshy n'ont pu le mesurer !
- Aldie, qu'as-tu fait ? pria son père, véritablement paniqué à présent.
- Que je le veuille ou non, je suis aussi le protecteur des terres de la Magicienne Blanche. C'est un fardeau mais c'est aussi là que je dispose d'une aide effectivement incommensurable face à un adversaire qui me surpasse sur tous les plans ! Il semble, en effet, que j'aie atteint un nouveau niveau de pouvoir – comme dans un banal jeu vidéo – et le contrecoup m'a effectivement bien anéanti…
Une ombre passa dans les prunelles bleu marine du jeune homme.
- … Et il est possible qu'un jour cette surpuissance m'anéantisse, car je suis en partie humain, et donc pas programmé pour supporter cet héritage dont Saharya m'a chargé…
- Aldéran, je t'interdis d'avoir ce genre de propos ! intima Albator.
- J'ai vu ma propre projection astrale, il y a peu. Toi et moi savons ce que cela signifie ! Aussi, un jour, cela arrivera, c'est inévitable papa : ce qui me dope et me rend parfois tout-puissant finira par me détruire !
- Je le refuse, pas tant que je vivrai ! aboya encore son père. Tu as vu la projection de Skyrone, la tienne déjà une fois, la mienne - et nous sommes encore en vie !
- Papa, je ne suis même pas capable de maîtriser ces pouvoirs en moi. Comment pourrais-tu donc m'en préserver ? Il y a des choses contre lesquelles et toi moi ne pouvons rien.
Clio s'assombrit.
- Si Aldie a raison, Albator, ce sera pour… après ta disparition. Mais je partage la certitude de ton fils. Sa surpuissance l'e submergerra. En revanche, d'ici là, on aura certainement trouvé un moyen de lui éviter ce sort funeste !
- Passionnant, mais je crains de croire à mes visions – même si par fois elles furent foireuses, soupira Aldéran avant de se rendormir.
- Oui, moi aussi, Aldie, murmura son père en lui caressant tendrement le front, une larme perlant au bord de ses cils.
17.
Sylvarande désigna un siège à son roux visiteur.
- Un autre jus de légume ? proposa-t-elle.
- Avec plaisir ! Je n'ai aucune idée de ce que sont les légumes que tu cultives ici, mais ils ont une saveur très poivrée et j'aime ça. Comment va la Colonie ?
- Nous poursuivons notre petite vie tranquille. La technologie de nos navettes de combat créées par la duplication de mon Docrass a servi – comme tu l'avais compris – à nous pourvoir en énergie, mais sans aucune intention dévastatrice, ni pour nous ni pour d'autres en-dehors de cette planète. Ca te rassure ?
- Je ne m'étais jamais défié. Mais, ça rassurera notre père… Il est un guerrier, il a combattu et défait une terrible Armada menaçant ce qui à l'époque lui était le plus cher. Ses souvenirs sont épouvantables et il ne s'en remettra jamais – et ce même s'il accepte que tu sois sa fille, que tes sylvidres soient amicales et que Ryhas Horand soit son allié contre des ennemis commun. Toi, Sylvarande, ça ira, mais il ne pourra jamais accepter ta Colonie… Et, a contrario aussi, il te protégera comme il l'a fait l'autre jour, prêt à tous les sacrifices ! Est-ce que tu lui pardonner cette faiblesse humaine ?
- Il est notre père. Je ne lui ai jamais voulu aucun mal, et cela n'arrivera jamais. Son sang est en moi, cela m'a déjà sauvé la vie. Toi et lui nous avez toutes sauvées ! Quelles sont vos intentions ?
- Et les tiennes ? rétorqua-t-il à brûle-pourpoint.
- Comment cela ?
Aldéran reposa le verre qu'il avait vidé d'un trait, s'étant en effet régalé.
- Tu es leur Reine, Sylvarande, mais cela ne t'oblige pas à t'enterrer ici ! Tu as d'autres sujettes, mon équipière Talvérya, et aussi des milliers d'autres Sylvidres dispersées tout partout… Mais, ne reste pas ici, la Colonie a trouvé son autonomie et n'a plus d'ennemi.
- Tu pensais que j'envisageais de…
- J'en étais certain ! Je suis ton petit frère mais aussi le protecteur des Sanctuaires de Saharya. Quand tu ne t'y opposes pas, je peux lire dans tes pensées.
- Quoi ? !
- C'est indépendant de ma volonté, s'excusa le jeune homme. En ta présence, ici sur un territoire consacré, je peux accéder à ton esprit, mais uniquement à la partie que tu n'occultes pas, ou que tu me refuses si tu préfères. Tu es aussi ma sœur et je ne peux qu'anticiper et comprendre tes sentiments ! Tu as protégé cette Colonie, d'autres de tes sœurs attendent que tu te penches sur leur sort, et ce même si rien ne les menace… Sois juste prête, si le pire arrivait, et ne l'attends pas ici où les communications sont au minimal à cause des ondes planétaires.
- Tu es dur, Aldie… Ces propos… Je n'ignorais de ce que tu viens de me dire, mais c'est difficile à entendre, mais moins venant de toi ! Tu as touché l'énergie divine de Saharya, tu en es imprégné et tu peux t'adresser à moi en parlant au nom de notre Grande Protectrice… Mais tu es aussi mon petit frère comme tu viens de le rappeler, et je m'inquiète pour toi, ce que tu as réalisé, tout récemment…
- Je n'en avais aucune conscience, sur le moment. J'ai découvert cette explosion de mon pouvoir, de mon contrôle, dans le feu de l'action… Cette surpuissance me fait peur, mortellement peur… Mais passons ! Tu reviens à Ragel, reprendre ton emploi, et moi je récupère la tête de mon Unité et de mon Bureau !
Il fronça les sourcils.
- Je voudrais vérifier un truc… L'appel de ton âme m'a fait venir, fais en sorte qu'il me renvoie !
- Pourquoi ?
- J'ai été arraché de mon poste, en fin d'action, il y a quinze jours de cela. Sylvarande, toi aussi tu as des pouvoirs, renvoie-moi juste chez moi
Sylvarande eut un soupir.
- Je ne sais pas… Mais je vais essayer, ajouta-t-elle, si c'est aussi mélo que tu l'avances !
Elle posa ses mains sur les épaules puis sur les tempes de son frère.
- Je souhaite, du plus profond de mon cœur, que nous retrouvions notre planète, notre vie et toi ta famille !
- Merci, Sylvarande.
D'interminables instants durant, Aldéran attendit la réponse aux prières de son aînée, puis il eut la soufflante sensation qu'on l'arrachait au lieu où il se trouvait pour le renvoyer, loin, très loin.
