Yosh =) Eh oui, ça faisait un moment que je n'avais pas posté (et surtout écrit) de première fois, mais c'est chose faite et j'en ai même deux en avance ! :D Merci à tous pour vos magnifiques reviews, j'espère vraiment que j'ai répondu à tout le monde mais Camhyoga vous le confirmera, j'ai une mémoire de poisson, même pour un Sagittaire... Sur ce, enjoy ! :)


Premier regret

4 – Servitude

Un dieu ne regrettait pas. Ses choix, ses envies, il les assumait. Sans penser aux conséquences, sans imaginer qu'elles pourraient l'atteindre. Et pourtant.

Comment cela avait-il vraiment commencé ? Sans doute par un sentiment, quelque chose d'ordinaire réservé aux humains, si faibles et émotifs. Cette passion qu'on appelle l'amour, source de discorde et de souffrances. Oui, Hadès était tombé amoureux et n'avait pas pensé à ce que cela pouvait engendrer. Il aimait Perséphone, il avait voulu Perséphone et avait obtenu Perséphone. Mais Perséphone ne voulait pas de ce qu'il pouvait lui offrir. Le temps passant, la Reine des Enfers avait petit à petit abandonné le royaume des morts, et ses visites n'étaient plus que des souvenirs.

Puis cela avait continué par un autre sentiment : la solitude. Hadès avait compris qu'un trait devait être tiré sur cet amour à sens unique et l'avait fait. Souverain impartial sur son domaine, il montrait rarement l'attention qu'il portait à ses Spectres, s'interdisant de se rapprocher d'eux. Un dieu, proche de simples mortels ! Certes, il y avait Athéna, mais elle était l'exception qui devait confirmer la règle. Alors le dieu des Enfers restait seul, apprivoisant l'aigreur qui menaçait de s'emparer de lui.

Quel avait été l'élément déclencheur de tout ceci ? Il n'aurait pas su le dire réellement, malgré toute sa connaissance. C'était sans doute à cause de ce garçon qui était mort. Si jeune, mais avec ce désir de mourir. Ce qui avait surpris Hadès, lorsque cette âme était arrivée aux Enfers, était l'abnégation dont cet enfant avait fait preuve. Il était mort non pas pour lui, mais pour son frère. Pour que son frère vive sans avoir à se soucier de lui. Par curiosité, Hadès avait pensé voir qui était l'aîné, si le sacrifice du garçon était légitime. Mais le temps pour les dieux n'a pas la même signification que pour les hommes, et ce fut quelques années plus tard seulement qu'Hadès, sous les traits d'Alone, partit à sa rencontre.

Il avait décidé de laisser ses pas le guider, au hasard des ruelles sombres du quartier mal famé où il avait repéré la trace du jeune homme. Les regards de convoitise qu'il faisait naître sur son passage ne l'intéressaient pas : Alone était une belle enveloppe charnelle, bien portante et agréable à tous niveaux, même si le gamin résistait toujours à son emprise complète sur son corps. Mais malgré cette dualité, Hadès était maître, bien que parfois dicté par les émotions toujours présentes de son hôte agaçant. C'est pourquoi, lorsque les cinq hommes lui barrèrent la route avec un rictus très peu avenant, il ne leur jeta qu'un regard ennuyé. Il allait s'en charger lui-même quand un cosmos brûlant apparut, les surprenant tous. Les voleurs parce qu'ils ne s'attendaient pas à ce que quelqu'un intervienne Hadès car il n'avait pas décelé cette force brute si puissante. En regardant le jeune homme mettre à terre les escrocs, il sonda son « sauveur providentiel ». Ce qu'il découvrit le bouleversa : amer, rempli de haine… Il avait perdu l'être qui lui était le plus cher. Comme lui. Il était seul, sans que personne ne le comprenne. Comme lui. Il avait trouvé le frère aîné du garçon suicidé… Et plus que tout, il avait trouvé son parfait reflet.

Lorsque le jeune homme se retourna, il s'immobilisa en dévisageant Alone, tremblant. D'émotion ou suite à son combat, Hadès n'aurait su le dire.

« Sui… ? souffla-t-il en tendant une main dans l'intension de l'effleurer, comme pour se persuader que celui qu'il avait en face de lui existait réellement.

-Je ne suis pas ton frère, répondit doucement Hadès. Mon nom est Alone. »

La main retomba lentement, avec dépit. Le dieu s'avança vers lui et releva le visage qui s'était baissé. Leurs prunelles se rencontrèrent pour ne plus se lâcher.

« Si je te demandais de me suivre, le ferais-tu ? demanda la divinité.

-Oui » répondit Kagaho sans hésiter en saisissant la main tendue d'Alone.

C'est ainsi qu'Hadès ramena aux Enfers cet Egyptien renfermé et agressif, qui n'acceptait de rendre de comptes qu'à lui. Le Bénou avait trouvé son porteur, Kagaho quelqu'un à protéger et Hadès un soutien. Le dieu se plaisait à penser que c'étaient les réminiscences d'Alone qui le poussaient à chercher une personne sur laquelle s'appuyer, mais était-ce vraiment le cas ? Ne l'avait-il pas désirée aussi, cette aide que pouvaient s'apporter deux âmes en peine ? Non, c'était impossible. Il n'y avait aucune raison pour qu'il soit aussi content de voir Kagaho le rejoindre le soir pour le regarder peindre. Car malgré ce que les Spectres pouvaient penser, jamais Hadès n'avait imaginé mettre l'Egyptien dans son lit, quand bien même il était désirable. Non, le Bénou était l'épaule sur laquelle il pouvait se reposer à loisir, à outrance même. Jamais Kagaho ne s'en plaignit, toujours silencieux et effacé dans un recoin pour laisser son seigneur s'occuper du Lost Canvas à sa guise. Entièrement à lui, sans concessions, sans se détourner une seule fois du but qu'il s'était fixé. Pour la première fois depuis longtemps, Hadès ne se sentait plus seul. Le reste importait peu.

Pourtant, ce n'était pas pour lui que Kagaho était venu et il le savait mieux que personne. Le regard triste de l'Egyptien le lui rappelait tous les jours. Et Hadès douta. Il n'avait pensé qu'à lui, et qu'en était-il du Bénou ? Rester aux Enfers ne faisait que maintenir le souvenir de Sui dans l'esprit du Spectre. S'il était resté un humain normal, les choses auraient-elles été différentes ? Est-ce que Kagaho aurait réussi à apprivoiser sa peine et sa colère, aurait-il pu tourner la page et aimer de nouveau ?

Alors oui, même si la présence de son oiseau solitaire lui apportait plus de réconfort que jamais, Hadès regrettait de l'avoir lié à lui irrémédiablement. Il espérait juste que quelqu'un ait la force de faire ce qu'il ne pouvait pas à offrir à l'Egyptien. Et qu'il arriverait vite, le jour où cette personne libèrerait Kagaho de ses entraves.