Seize heure, le dimanche d'après la tempête. La tornade, même. Tout le monde avait été plus au moins balayé au passage, emotionnellement au moins. Physiquement, ils étaient deux à avoir morflé. Et ce n'était pas pour ce fichu pirate que je m'en faisais le plus, mais pour Erin. Elle prenait tout le monde sur ses frêles épaules, jouait avec le feu, sauvait la vie des plus malchanceux-toujours le même à attirer les emmerdes, et à qui elle avait succombé. Ce qui était une mauvaise idée, mais comment est-ce que je lui aurai fait passer le message ? Pas sur le fond, mais plutôt, sur la forme. Je la connaissais, elle était...Une soeur. Ma soeur, de coeur au moins, et cette histoire allait laisser en elle des traces indélébiles.

Alors, en quittant la maison en chef d'expédition, et en la laissant seule avec...Lui, j'étais tout sauf rassurée. Mais j'avais trop à penser de mon côté.

-Lana ?

Prendre une grande respiration. Ne pas être agressive par peur de ne pas savoir gérer le stress. Ne pas leur faire peur. Ne pas leur montrer que je n'avais aucune idée d'où pouvaient être tous les autres. Vite, faire le tri, alors que David m'appelait pour la deuxième fois.

-Lana ? Are you sure you're okay ?

-Yes. Yes, I'm fine.

Sourire de circonstances. De façade. Ne pas trahir la peur déraisonnée qui me prenait aux tripes en les voyant tous, persuadés que je pouvais leur être de plus de secours que je ne l'avais été hier. Il n'y avait pas un doute dans leurs yeux. Personne n'avait le moindre soupçon, personne ne se doutait une seule seconde que ce que je voulais faire, là, maintenant, c'était revenir en arrière et ne pas être responsable de leur futur, et surtout, encore moins de celui de la série.

Quand Erin avait pointé du doigt que la série ne reprendrait pas là où on l'attendait, et qu'une gigantesque inconnue s'était installée sur son futur, tout a pris une dimensions particulière à mes yeux. Une dimension différente.

Erin n'avait jamais été une grande adepte des fanbases en général. Elle en faisait partie, mais elle échangeait assez peu sur les forums, ou, sur, disons, tumblr ou twitter. Elle était dingue de la série, complètement amoureuse de chaque épisode, mais contrairement à moi, elle n'avait jamais eu de discussions plus ou moins houleuses avec d'autres fans. Elle n'avait pas trouvé non plus de gens avec qui elle pouvait spéculer sur l'avenir des personnages pendant des heures. Elle restait en retrait, simplement parce qu'elle revendiquait l'indépendance de son appréciation de chaque épisode. Ce que je faisais aussi, mais à sa place, j'aimais en débattre, quitte à tomber sur des gens incroyablement obtus...Ou simplement idiots, qui ne comprenaient pas grand chose mais persistaient à étaler leur opinion.

Ce qu'elle avait dit hier soir, j'en avais parfaitement conscience. Je savais la masse, les gens qui ne vivaient que pour ça, ou presque. Ceux qui pouvaient se passer et se repasser les épisodes en boucle et y trouver un havre de paix, une halte dans leur existence complètement barrée. J'avais des contacts réguliers avec dizaines d'entre eux.

Du moment où ils avaient tous fait irruption dans nos vies, à peine deux jours, c'était facile de prendre soin d'eux en tant qu'individus répondant à un groupe. La dimension de la série, en parallèle, était en suspend.

Mais savoir que de leur retour en un seul morceau, et bordel, on était passé à deux doigts-un crochet, plutôt-de la catastrophe dépendait en grande partie de moi, et que de ce fait, le nombre inconnu de saisons que la série allait compter dans le futur aussi...C'était beaucoup pour une seule personne. Alors, non, cet après midi, alors que j'avais laissé Erin se reposer avec Hook, je n'étais pas vraiment aussi forte que je l'étais hier en dirigeant mes troupes chez Carrefour.

Cela dit, tenir une poignée de personnages de série télé-bon, et puis pas les feux de l'amour, hein, de la série tordue et compliquée et pleine de rebondissements qui ne pourraient pas avoir lieu ici-dans un endroit aussi dépourvu de magie que...Carrefour, avait été une aventure que je n'étais pas prête d'oublier. Oh, et à titre informatif, faire ses courses avec un pirate est la meilleure façon de se faire repérer. Voler les pommes n'avaient été que le début de son attitude de délinquant des cités passé gothique, la partie émergée d'un très, très gros iceberg. J'étais plutôt contente de ne pas l'avoir dans les pattes, cet après midi, histoire d'être certaine de ne pas attirer de catastrophes. Parce que ce type, si on l'emmenait au zoo, serait capable de se retrouver dans l'enclos des Ours, d'y avoir importé un tigre, et d'avoir mis en rage l'enclos des pingouins. Il n'attire pas les situations tarabiscornues, ce sont elles qui sont attirées par lui.

Oh oui, il a trouvé la parade. Manquer d'y rester et charmer ma meilleure amie, pas franchement la championne des coups de chance non plus. Si ils ne faisaient pas exploser l'immeuble pendant notre absence, ce serait un miracle.

-Okay everyone, please listen to me.

Dix paires d'yeux vissées sur moi. Impressionnant.

-I only have three phones, so please, let's make three teams to cover as much of the forest as we can. I'm going to give you a phone per team, just to make sure we don't lose each other.

Spontanément, David, Snow et Graham se sont mis dérrière moi, alors que Belle, Rumple et Archie formaient un second groupe, et enfin, Leroy, Ruby, Granny et Tinker.

-That's settled. We're ten minutes away from the forest by walk, so if anyone feels low or tired, it's time to say it now before we're gone.

Pas un mot. J'ai fait passer mon ancien téléphone réactivé pour l'occasion à Granny, et celui que j'avais emprunté à Erin, à Rumple.

-I've changed the set up, so if you press for a couple of seconds number one, you'll be reaching out to me. They're on full battery, so you should be fine for a couple of hours of search.

Assez justement, plus tôt dans l'après midi, alors que j'essayais de planifier un retour aux recherches qui soit sensé, Leroy nous a fait remarquer que si il ne nous avait pas trouvé, il aurait choisi de se réfugier dans la forêt, d'une façon ou d'une autre. Et il n'y avait que des bois ici et là, sinon une très grande forêt tout près de la maison. Il me semblait évident que notre dimanche serait passé à écumer la forêt, en espérant que la logique de Grumpy serait celle, au pire, de tous les autres nains, et au mieux, de tous ceux qui manquaient à l'appel. Le temps était dégagé, clair, et aucune averse n'était prévue via météo france. Si tout se passait bien, nous devrions réussir à retrouver une partie de ceux qui n'étaient pas encore là.

J'ai lancé l'expedition, en leur indiquant la longue route de terre battue que nous devions longer pour déboucher dans une des sorties de la forêt. La chance que nous avions, c'était qu'ici et là, il y avait soit des structures pour enfants, pour sportifs, ou des stelles réligieuses ou historiques. Si un groupe se perdait, nous pourrions rapidement savoir où ils étaient, et je connaissais une bonne partie de la zone comme ma poche, pour y avoir passé des jours et des nuits enfant, avec mon père herboriste et pharmacien.

Quand nous sommes arrivés à l'orée du bois, au moment de se séparer dans trois directions, je n'étais plus si sûre sur mon idée était si brillante. Mais cela ressemblait à un plan. Et comme Erin était en surchauffe après cette nuit, c'était surtout le seul plan.

J'ai laissé Charmant et Snow passer devant nous, et je suis restée en retrait avec Graham. Pendant vingt bonnes minutes, nous ne nous sommes pas adressés la parole, balayant chacun de notre côté l'espace près du chemin. Je ne me sentais pas au meilleur de ma forme, j'avais mal dormi, et j'avais terriblement chaud, mais je devais gérer.

Est-ce que j'en voulais à Erin ? Peut être un peu. Elle avait accompli un tour de force majeur la nuit dernière, mais j'aurai eu besoin d'elle avec moi. Je ne lui en voulais qu'un peu...Que très peu. J'avais tellement cru la perdre quand elle avait été attaquée, j'avais pris conscience de la force de notre amitié. Je ne voulais pas avancer dans la vie sans qu'elle soit dans les environs. Peut être que j'étais en fait soulagée de ne pas la savoir claudiquant avec peine dans les fourrés. J'étais trop fatiguée pour comprendre la moitié de ce qui se passait dans ma tête de linote.

-Lana ?

Il y avait dans la voix de Graham un accent que je n'avais remarqué que là, dernièrement. C'était agréable de l'entendre m'appeler.

-Yeah. What's up ?

-Oh, erm, nothing. I just wanted to...Know if you were okay, because you sure don't look like you are.

Oui, je m'étais rapprochée de lui. A ma grande surprise. Il avait dormi à côté de moi, dans mon lit, et nous avions parlé un peu, comme si je dormais avec un de mes amis gays. Je ne risquais rien. Et j'étais sûre qu'à ses deux mains, il serait moins entreprenant que ce qui n'en avait qu'une dans la chambre d'a côté...Je lui ai souri, aussi rassurante que je le pouvais.

-I'm okay, I swear.

-No.

C'était franc, cash, sans faire de ronds de jambe ou détourner la conversation. Sa franchise était bénéfique, pour tout dire.

-No, you're not.

Nous continuions à avancer dans la forêt, non loin des Charmant. Je m'efforçais de continuer à sourire, mais à côté de quelqu'un qui vous a percé à jour, c'est pour le moins compliqué.

-You're right. I'm not. Well, I have known better.

-Penny for your thoughts ?

Il souriait, essayant de me détendre, ou de m'aider. C'était adorable.

-I have left my best friend with a pirate, for a start ?

Il a penché la tête de côté, façon de dire "je ne serais pas rassuré non plus".

-You think she's in danger ?

-He's too weak to put her in...This kind of danger.

-That's exactly what I am afraid of, actually.

-She saved his life, in a pretty...Heroic way. It creates a bond between people. And theirs is already...Strong, to say the least.

-You reckon ?

-Yeah.

Je n'ai pas pu m'empêcher de me passer la main sur la bouche, un peu catastrophée, m'arrêtant pour reprendre mon souffle. Il a posé sa main sur mon épaule, rassurant.

-What are you afraid of ?

-Her body's already pretty damaged, I wish there was a way to avoid her heart from breaking, too...Again.

-Can I be honest with you ?

-Sure.

-I think she's ready to have it broken. And I'm...Really good with literal broken hearts.

Nous avons repris nos recherches, et je ne savais pas quoi lui dire. J'ai cherché longtemps.

-I'm sorry for what happened to you.

-You don't have to be.

-Graham...

Il a levé vers moi un regard de chien battu, presque plus proche du loup que de l'humain.

-I really am.

-What made you change your mind ?

Je me serais collée des baffes tellement j'avais l'air idiote. Ce ne l'a pas arrêté pour autant.

-I know you weren't exactly...My best support.

Tant pis, temps de jouer carte sur table.

-I don't know how you know that, but...No, I wasn't.

J'ai essayé de jauger ses réactions, mais rien ne transparaissait...De mauvais ou de bon.

-I could shake off that feeling that you'd been asking for Regina to enslave you the way she did. You were...A hunter, you could have fought. Escaped. Never bring back the heart to her. I don't know, just...You could have done something. Back then I thought that your...Punishment, ultimately, was pretty easy to foresee.

-Without any of my memories ?

-Well, Emma was bringing them back to you. There was just something so...Don't take it as an offense, okay ?

-I'll try.

-So vain, in the way you died. You had them, you were figuring out who you were before the curse, and there she was, destroying you when you were this close to the truth...I was terribly angry. Erin was devastated, for sure, but I was angry.

-At Regina ?

-At you !

-At me ?!

Le ton montait, attirant l'attention de David et de Snow.

-Well, yes. You were so close, so close to her vault, so close to your heart, so close to become a part of Emma's destiny.

-I did not knew it, back then. I had mere seconds to realise that Emma was...

L'expression dans ses yeux portait un tel desespoir...Il n'arrivait pas à continuer, et moi non plus. Nouveau grand silence, alors que je faisais signe aux Charmant que tout allait bien.

-What make you change your mind ?

-Finding you on my doormat was a start.

-No. I mean...What did I say or do to make you change your mind ?

-I don't know. I have put a lot of things in perspective over the past 48 hours. I just noticed that you were nothing more than a victim of Regina.

-To be honest, I don't understand how and why I'm here. And I try my damn best to figure it out, as if...Maybe I'm meant to do something, or maybe I am a key to fix all of this mess ?

-I don't know. I have no idea.

On ne pouvait pas vraiment faire plus franc. On a continué à marcher, alors que quelque chose me brûlait les lèvres.

-Can I ask you a question ?

Il a hoché la tête.

-Do you miss Emma ?

De toutes les questions, c'était celle que j'avais eu le plus de mal à poser. Pour beaucoup de raisons.

-I do. And even more now that I'm 99% sure I won't ever see her again, unless she finds a way to join us there, and even like that...

La tristesse dans sa voix était presque impossible à supporter. Il fixait un point à l'horizon, par dérrière les Charmant qui avaient problablement trouvé que cette mission de recherche ressemblait plus à une balade romantique, mais c'était la façon dont ils envisageaient les choses en général, et contrairement à ce que je pensais, ce n'était pas si difficile d'être dans l'entourage d'optimistes chevronnés. Au contraire.

-How was she when you called her ?

-Er...Happy, for sure. Surprised. It was good, talking to her, but...

J'ai préféré terminer sa phrase.

-But there's Hook.

-Yeaaah...There's Hook.

-Well, if it is of any comfort...She did not exactly made it easy for him. Not at all. And she's lost Neal in between...And now there's this weird thing between Erin and him, so, I'm not entirely sure that Emma's love life is easy to figure out.

-Neal ?

Imbécile que j'étais. Il avait vu en fast-forward les saisons de la série actuellement terminées, soit les trois premières, mais il n'avait probablement pas intégré la moitié des personnages qui étaient allés et venus depuis sa disparition. 59 épisodes. Une bagatelle.

-Henry's dad ?

-Oh. Oh, right.

-Gosh, this has to be the weirdest conversation ever...

-How so ?

-Well, you've been dead for two seasons and a half, for a start. I'm nothing more than a regular fan, and I'm talking with you while following Prince Charming and Snow White in the non-enchanted forest trying to see if we can find the dwarfs, Robin Hood and the Evil Queen, while my best friend is at home dealing with Captain Hook...

Au moins, ça nous avait fait rire.

-If I were to tell that to anyone who's not aware of this, I'd end up in an asylum...Or in the drunk tank of the local police station.

Ca aussi, ça nous faisait rire. Cela faisait du bien, de rire, dans ces circonstances. Complice, il a levé les yeux vers moi, et j'ai bien senti que ça...Me faisait quelque chose. J'étais bien avec lui, sans aucun sous-entendu. J'appréciais seulement sa compagnie, et ça me faisait revenir sur la façon dont je ne l'avais pas correctement estimé dans la première saison. Je trainais un genre de semi-culpabilité comme un boulet. Erin avait compris, et surtout, elle avait littéralement porté le deuil pendant longtemps, au point d'en être réfractaire aux autres personnages masculins arrivés depuis sa disparition. Ce que l'histoire ne dit pas, c'est qu'elle a été, pendant une grande partie de la seconde saison, complètement imperméable au personnage de Killian. Comme les gens changent...Six mois après, en décidant d'acheter une série collector d'affiches des garçons de la série, elle avait clairement jeté son dévolu sur Hook. Ce n'est que plus tard qu'elle a rajouté Graham dans l'entrée...Et je n'étais pas forcément ravie, quand elle l'a fait. Erin n'était pas la seule à avoir changé...

-And what about you, Lana ?

Hu ?

-I mean, you know eveything there's to know about us, but we know little about you.

-Maybe it's better this way ?

-Explain...

-I don't want to be of any complicated or important influence on any of...Them, not to alter their further destiny and fuck the TV show up in a pretty bad way.

-Wow. You really have this whole thing figured out...

-I have had time to give it a good thought. As of now, not altering the future of the show is one of my biggest concerns. As big as getting you all...Them all back to Storybrooke.

Un nouveau voile triste est passé dans ses yeux, comme à chaque fois que j'évoquais le retour des autres. J'oubliais que je parlais à quelqu'un dont le sort était scellé. Moi aussi, cela m'a rendue triste. Et admirative de son envie acharnée de sauver tous les personnages au prix de sa vie. Cela tenait du sacrifice pur.

-It's a little bit unsettling, this whole...Once Upon A Time thing.

A qui le disait-il...

-The title of the show is pure genius, though.

-Yes it is. Even if, most of us call it either Once or even OUAT.

-OUAT ?

Il était au bord du fou rire. Je pouvais le comprendre. Ce n'était pas vraiment l'acronyme le plus glamour du monde.

-That's...

-I know, not the best idea we've had, but...On twitter, for instance, it's...

-Twitter ?

Oh come on. Don't you have internet in the afterlife ?

-Well, it's a microblogging site where people share whatever they want to say as long as it is under 140 letters.

Il s'est arrêté, complètement confus.

-140...Letters ? That's...Not much !

Pour lui montrer, j'ai sorti de ma poche mon téléphone et je me suis connectée sur mon application.

-See, to talk about the show, reducing it to four letters is clearly not so stupid.

Par dessus son bras qui tenait mon téléphone, j'ai fait une recherche par hashtag, lui montrant le nombre de tweets qui traitaient du sujet actuellement présents sur le réseau. Vu que l'annonce du report indéfini du début de la nouvelle saison était récent, le nombre de messages était impressionnant, et il y en avait cent de plus dès qu'on rafraichissait la page.

-That's crazy...

-We're used to it, but I suppose that for anyone who isn't aware of how things works now, it's scary.

-How much...Fans does the show have ?

-I don't know for sure, but millions is a safe bet. Worldwide.

Il a eu un petit sourire triste. Mon coeur s'est serré.

-Makes you regret having been killed so early by the Evil Queen, uh ?

-I'm sorry, Graham, I really am.

Devant nous, les Charmant s'étaient arrêtés, et dans la minute, nous étions arrivés à leur hauteur.

-What's wrong ?

David a pointé du doigt quelque chose dans la gigantesque clairière qu'on voyait se dessiner une centaine de mètres plus haut.

-There's something weird going on in there.

Pitié, par le truc qui avait attaqué Erin et Hook hier soir. J'avais eu ma dose de drame pour la semaine.

Snow a désigné la même zone que David.

-We've seen at least two people dissapearing when they reached that area...

Ah non. Aaaaaaah non. Pitié, ne venez pas nous compliquer encore ce sac de noeuds impossible.

Avantage d'être avec le sheriff : sa façon de procéder et de penser face à un nouvel élément était minutieuse et organisée.

-Anyone you know ?

Snow a haussé les sourcils.

-Hard to tell from this far.

Alors, forcément, on s'est approchés. La clairière était déserte, et David s'est avancé en premier, vers la zone où il suspectait que quelque chose soit en train de se passer. Pendant un moment, j'étais confrontée à la vision de Charmant qui tente d'attraper quelque chose qui n'existe pas, passant sa main dans le vide comme pour tirer un rideau. Et puis, après quelques minutes à ce train-là, il a fini par avancer dans une autre direction, et il a disparu entièrement. Ce qui a fait paniquer Snow assez rapidement. Et David est repassé de l'autre côté un instant plus tard. Un grand sourire sur le visage.

Et il y avait de quoi.

De l'autre côté de cette paroi façon Dome de Chester's Mills, il y avait une quantité impressionnante de personnages de Storybrooke. Tous les nains, Robin, Roland, et la plupart des personnages de Robin Des Bois-que je ne connaissais pas forcément plus que cela-et...Regina.

Sur le coup, il y a eu un mouvement de choc. Et puis des embrassades et des exclamations ravies.

Personnellement, j'étais restée en retrait avec Graham, et je devais avoir l'expression la plus idiote de toute ma vie, bouche bée, devisageant ce qu'il y avait sous la bulle.

C'était purement féerique. Un campement véritablement moderne, mais féérique. Il y avait des arbres qui n'avaient sûrement pas poussé historiquement a cet endroit, et en travers, un ruisseau qui lui non plus n'avait rien à faire là. C'est là que j'ai compris que Regina s'était avancée sur nous et avait sûrement compris bien avant nous qu'elle avait toujours accès à la magie, au moins partiellement. Il y avait des guirlandes de lumières de toutes les couleurs, des tentes qui n'avaient rien à voir avec les Quechua de chez Decathlon-plutôt des trucs sortis tout droit de chez Harry Potter et la coupe de feu-et au milieu, un grand feu de joie.

Regina et les Charmants étaient heureux de se retrouver, preuve que la hache de guerre était enterrée. Je sentais Graham inhabituellement nerveux, et pour cause : ce n'est pas tous les jours qu'on affronte son ex-amante et meurtrière. Regina et les Charmant se sont parlés, avant que Snow ne nous pointe du doigt avec un sourire maternel.

J'étais extrêmement impressionnée, mais ce n'était rien à côté de Graham, qui se tordait les mains et faisait craquer ses articulations. Regina avait une classe sidérante, et elle avait une expression de choc profond, mais aucune animosité-ce qui me rassurait, parce que manifestement, si elle voulait se débarasser d'un de nous, elle n'avait qu'à claquer des doigts. Elle a remis ses cheveux en place, lissé sa jupe grise du plat de la main, et avait une stabilité sidérante dans l'herbe malgré ses talons hauts-moi et mes vieilles converses, nous nous enfonçions péniblement dans la terre molle. Elle semblait calme mais a l'intérieur, ça bouillonnait. Graham avait les poings sur les hanches, prêt à la confrontation. Je n'ai pas pu m'empêcher de me sentir terriblement nerveuse, même si elle n'était plus le monstre des deux premières saisons. Elle avait quand même réduit en cendres le coeur de Graham par pure jalousie, sans réfléchir un seul instant aux conséquences de ses actes. Je ne savais vraiment, vraiment pas si j'étais en sécurité entre eux deux. Par acquis de conscience, j'ai essayé de reculer, mais il m'a rattrappée par la manche.

-Please, don't go.

Oooooooooooooooooooooookay, mais si Regina pète un plomb, tu te démerdes tout seul, chouchou.

Nous y étions. Ils étaient a cinq bons mètres d'écart, à se regarder en chien de faïence, alors que j'étais à peine en retrait par rapport à Graham. Si elle s'énervait, je pourrais peut être m'en servir comme de bouclier humain...Pour nous faire frire tous les deux. Super. Belle perspective d'avenir.

-Hi, Lana.

Ooooooh là. D'où elle connaissait mon prénom ? Ma surprise a du se lire sur mon visage, parce qu'elle a eu un sourire relativement rassurant.

-David told me how great of a help you've been with them. Thank you.

J'ai prononcé un "you're welcome" a peine audible tellement j'avais peur. Merde, même revenue dans un semblant de droit chemin, c'était Regina, fille de cinglée, soeur de cinglée, et avec un sérieux penchant pour la psychopathie, le meurtre de masse, les sorts vraiment tordus et les pétages de plomb en tous genres. Alors, mieux valait prevenir que guérir. Elle a continué de sourire, et a regardé Graham avait un regard chargé de regrets.

-Graham, I...Am sorry.

-That you killed me ? Oh, please, Regina, we both know you aren't.

Il riait. D'un rire désabusé, vide, froid, flippant. En même temps, il n'allait pas lui sauter dans les bras et se faire une virée dans un bar en souvenir du bon temps. Regina était visiblement destabilisée, et ce n'était pas plus rassurant à voir.

-I've changed. I really am trying hard not to...

-Be a complete murderous bitch ?

Ouch. Il avait atteint sa cible en pleine tête, et les yeux de Regina brillaient inhabituellement.

-I guess I deserve it.

-Sure as hell you do !

Le ton de Graham était, comment dire ? Un mélange de haine, de rage, de colère et de mépris. C'était lui qui me faisait peur, en fait.

-Graham, I know there is nothing I can say that...

-You killed me out of pure jealousy, Regina !

-I was another person back then.

Ma voix tremblait, mais je préférais éviter une confrontation sanglante.

-I caaaaaan vouch for that.

Elle a été surprise.

-How so ?

-Looooooong story.

Graham a eu l'air déçu que je prenne la défense de Regina.

-She is different, and you've seen most of it. She deserves a second chance.

-She killed me. I deserved a second chance too.

-Graham, I am...

-You could have chosen to free me ! You're a monster, and I don't believe in your redemption. You're showing a beautiful facade, but inside, you're still the Evil Queen and you'll never change.

Je voyais le visage de Regina passer d'une expression de pure peine à celle qui commençait à s'approcher de celle de la colère. Et la colère de Regina, ça pouvait vite partir en catastrophe. Graham avait les poings et la mâchoire serrée. Rha, Erin avait vu le bordel arriver, la maline. J'allais servir de dommage collateral à ces deux-là, ça me semblait évident.

D'où j'étais, derrière lui, je faisais des grands signes desespérés à David, ou Snow, ou Robin, ou un des nains, enfin, quelqu'un qui pouvait venir nous aider, parce que Graham allait décapiter Regina rien qu'avec ses yeux, et je ne voulais pas forcément récupérer les morceaux. Robin a compris que j'étais en situation de détresse, et est venu à notre rencontre, David sur ses pas.

Et je me suis rendue compte de la puissance de ma bêtise. Robin. L'autre grand amour de Regina. Face à Graham.

-Mais quelle conne...

Ils étaient tellement pris dans la violence de leurs emotions respectives que personne n'avait noté que j'avais changé de langue. Robin nous a rejoint. David s'est mis de mon côté-niveau bouclier humain, c'était autre chose que cette brindille de sheriff-et il m'a saisie par le bras pour me mettre à l'écart, le temps de les laisser régler leurs comptes.

-They freaked the fuck out of me !

Ca l'a fait rire.

-Wow, Lana. Watch out your language.

-Oh fuck.

Meeeeeerde.

-Sorry.

-For a non-native, you have quite an impressive sample of swear words.

-And you've never heard Erin's one. She's creative with hers.

En contournant un arbre, nous étions arrivés près du feu et du coeur du campement, et je ne pouvais m'empêcher de regarder de temps en temps par dérrière, histoire de voir si ils en étaient venus aux mains, ou non. Robin s'était mis entre eux, ce qui me confirmait que, non, tous les habitants n'étaient pas encore là, puisque sa femme manquait encore...Et le docteur Whale aussi, ce qui alimentait encore l'hypothèse de Emma et de Erin. David m'a présentée à ceux qui étaient là, que je ne reconnaissais pas, et ils ont entrepris de m'expliquer comment ils étaient arrivés là. En fait, dans un reflexe spontané d'anciens habitants de la forêt enchantée, ils avaient tous, spontanément, constatant que ce monde n'allait pas leur faire de cadeau, rejoint la seule forêt du coin. Avec Regina de leur coté, elle avait monté cette bulle relativement comfortable et avait protégé leur petit campement : seuls ceux qui croyaient à la magie pouvaient entrer. Idéal, et mâlin. Elle avait cependant noté que pour un résultat aussi négligeable, un effort collossal lui avait été demandé, ce qui prouvait bien ce qu'on avait découvert hier soir avec Gold. Je me suis cependant bien gardée de le lui dire, histoire d'éviter de lui faire savoir qu'elle avait une large tête d'avance sur Rumple. Sa dague étant restée à Storybrooke, il était simple d'imaginer pourquoi sa puissance, à lui, était moindre. Mais je ne comptais pas vraiment lancer un concours entre Regina et Rumpelstiltskin-ce qui reviendrait probablement à faire imploser ma ville, mon département, voir même ma région. Mauvaise idée.

Rapidement, j'ai passé un coup de fil aux deux autres équipes, qui étaient bredouille, bien sûr, mais qui nous on rejoint dans la demi-heure, et, alors que Graham et Regina avaient fait une trève-quoique Graham continuait de la regarder avec une expression qui aurait pu la foudroyer dans la seconde si il avait eu des armes à feu à la place des yeux-je m'éclipsais pour aller prendre des nouvelles de Erin. Tout le monde était ravi de retrouver tout le monde, ça bavassait dans tous les sens, c'était super, mais moi, je me sentais franchement exclue. L'appel à Erin était un semi pretexte pour ne pas me prendre leur belle union et leur belle amitié de plein fouet dans les dents.

Et bien sûr, Erin ne pouvait pas répondre, j'avais embarqué et prêté son téléphone.

-Eeeeeh merde, merde de merde de merde de merdeeeee, quelle conne...

J'ai recommencé, en appelant la maison, cette fois. J'étais a peu près sûre que Hook ne savait pas comment répondre à notre téléphone, donc j'étais tranqui...

-How can something so little make that much noise ?

Raté. Ne pas se fier à la relative inexpérience du pirate avec les technologies modernes.

-It's a phone, genius. If it does not ring then it's pretty much useless. Can I talk to Erin ?

-Lanaaaaaaa ! Wow, you definetely does not sound like a woman in this thing.

-And you either sound really really drunk or really really stupid. Since I'm pretty sure Erin is going to kill you herself if you drink, I'll go with stupid.

-You're mean.

-Yes I am. So, Erin, please ?

-I...Don't know where she is, actually.

-What ?! Are you sure you're not...Hallucinating or something ?

Grand silence à l'autre bout du fil.

-She's not here.

-She must be on the roof...

-What would she be doing on the roof ?

Ah. Oui. Il n'avait pas encore pris connaissance de notre petit espace de tranquilité. Sans m'enerver-c'était plus fort que moi, il était agaçant même a moitié mort-j'ai essayé de lui expliquer comment aller sur le toit, et d'un coup, ce qui me semblait être d'une simplicité effarante-sortie, couloir, à gauche toute, escalier jusqu'en haut-est devenu une sorte de galère sans nom, comme si j'expliquais cela à un gosse de six ans complètement abruti. A sa décharge, vu l'accident de la veille, il devait avoir un mal de tête de tous les diables. Mais cinq minutes à prendre la mienne, de tête, pour lui indiquer comment accéder au toit m'avait rendue folle. Et j'avais du lui sortir un vaste échantillon de synonymes d"'idiot"-et lui, un panel encore plus impressionnant de synonymes de "méchante". Dans un language nettement, nettement plus fleuri.

-You know what, I almost wish Erin did not tried her absolute best to save you.

Temptation forte de rajouter "moron". Retenue. Et silence de l'autre côté.

-Oh come on, I was joking !

Temptation forte de rajouter "moron", deux, le retour. A la troisième, je cède.

-What happened last night...In details ?

Sérieusement ? Je voulais simplement parler à Erin et je partais pour philosopher avec le pirate ? Cette blague. Je préférais m'assoir sur un vieux tronc desseché, parce que quelque chose me disait que cette conversation allait durer un moment. Génial.

-Let me guess...She was super evasive on the subject, right ?

-Aye.

Et c'était à moi de venir lui donner toute la propension de la nuit passée. Naturellement.

-She gave up med school a while ago, and pretty much went to extra mile-or in that case, an extra ten miles if not more-not to give up on you when...

Pourquoi est-ce que c'était toujours à moi de jouer les méchantes, hu ?

-Everyone thought you were pretty much a lost case already. There. That's as far as I'm going to tell you because you need to have this conversation with her, not me. We did nothing, she did everything, and you were so fucking close of not making it at all...You're a damn miracle, and without her, you'd be gone.

Curieusement, je pouvais mesurer de là la gueule de l'onde de choc. Erin n'avait pas du être très loquace sur le sujet, et je venais de la mettre dans un merdier fou, mais elle ne pouvait pas renier le mérite qu'elle avait là dessous. De notre côté, alors qu'elle ne lâchait rien, qu'elle continuait d'y aller comme une acharnée, pratiquement tout le monde attendait une mauvaise nouvelle. Elle ne s'est même pas rendue compte qu'elle n'avait quasiment fonctionné qu'à l'adrenaline et qu'elle était absolument sidérante. Même ses blessures à elle, pourtant handicapantes, ne comptaient plus.

-I did not realised...

-I bet you didn't.

-That explains the bloody headache.

-Yep.

Je venais de découvrir le sens profond de "awkward silence", et on était en plein dedans. Et je n'avais pas la nuit.

-So, roof, anyone ?

Pas de réponse, mais un sembant de conversation en fond sonore, et, enfin, Erin.

-Ah putain, il était temps !

-Lana...Ca va ?

Une fatigue infinie se sentait dans sa voix. Peut être plus qu'une simple fatigue...Difficile à dire.

-Oui, ça va. Toi...Euh, autant te prévenir de suite, j'ai accidentellement révélé à mon précédent interlocuteur ce que tu avais fait de ta nuit.

-Ca explique sa tête de merlan frit...

-Pour un pirate, c'est drôle, ça. Il avait l'air un peu choqué, donc, bon, amuse-toi. Doit pas s'faire sauver par des nanas tous les jours...

Silence.

-A l'exception d'Emma.

Pas envie d'aller plus loin dans le sujet. Il allait falloir qu'on en parle, mais pas maintenant. Mais elle me semblait éteinte, ou sinon, franchement ailleurs. J'ai préféré ne pas, finalement, m'éterniser, mais il fallait que je rentre, et vite.

Plus soucieuse que jamais-quelque chose m'échappait sacrément avec Erin, et je n'avais pas l'impression que ce serait positif-j'ai vite compris qu'ils allaient vouloir rester tous ensembles, dans leur espèce d'île au trésor, et je prévoyais de les rejoindre le lendemain matin. Clairement, notre aide fonctionnelle n'était plus désirée.

A ce que je croyais. A peine partie, Charmant, Snow, Belle et Rumple, et Graham ont finalement décidé qu'ils préféraient rester avec nous. Ca allait rendre les choses beaucoup plus simple, et je savais que les autres avaient soit la forêt pour refuge, ou alors, pour la plus sophistiquée de l'histoire, un goût certain pour les gens qui vivaient dans les bois. Je n'ai pas fait de ronds de jambes, plus vite je rentrerai, mieux ce serait. J'ai quand même pris des nouvelles de Graham, encore salement secoué de son entrevue avec Regina, et qui, surtout, ne se voyait pas passer une nuit ici. Je savais que malgré tout, l'arrivée de Regina allait compliquer les choses, d'une façon ou d'une autre.

Je leur ai laissé un de nos téléphones, en leur faisait bien remarquer qu'il n'y avait du réseau qu'au bord de leur bulle protective. Si le moindre problème arrivait, où qu'ils avaient besoin de quelque chose, qu'ils s'en servent, et nous serions là sous dix minutes. Regina m'a remerciée, les autres m'ont saluée comme, au mieux, une collègue, une copine.

Non, ce n'était pas forcément simple à gérer, d'être une pièce rajoutée à un groupe déjà existant, avec ses propres mouvances, ses antagonismes, ses histoires internes, mais il fallait bien avouer que de toutes façons, je passais, finalement, plus de temps avec certains qu'avec d'autres-et ne parlons pas d'Erin. Et plus cela allait aller, plus le groupe allait se renforcer, plus nous allions trouver d'autres habitants de Storybrooke, pire ça allait être. Alors bon. Je ne resterai pas pour toujours dans toutes leurs mémoires, et cela m'allait. Pourvu qu'on réussisse à les renvoyer chez eux, pourvu que tout rentre dans l'ordre, pourvu que personne ne se fasse attaquer, et les moutons seraient bien gardés.

Ma fatigue commençait à sérieusement entame ma bonne humeur. Voir même mon humeur tout court. J'avais besoin de dormir, mais surtout, de savoir ce qui se passait avec Erin. Pour que seulement au téléphone je réalise que quelque chose allait de travers...C'est qu'il y avait au moins une putain de comète qui venait de se crasher sur le toit.

Minimum.

Sur le chemin retour, Graham s'est calqué sur mes pas, soucieux.

-There's something wrong, I can tell it.

-Wow. I look that concerned ?

-You do. You're biting your upper lip, and you do that weird thing with your fingers. As usual.

-Usual ?

Sourire gêné.

-Well, every time something goes wrong, you do the same thing.

Euh...Hein ?

-Okay, sounds creepier than I thought.

-No, no, that's...Right, actually. That's exactly what I do, and yes, I'm a little worried.

-Erin ?

-Right pick. Yes. And I don't know why, I just feel something odd.

-I'm sure it's nothing.

De nouveau, son sourire, et de nouveau, une expression vraiment chaleureuse. Pour un mec qui venait de se prendre la tronche avec la gonzesse qui l'avait assassinée un brin sauvagement, il allait plutôt pas mal.

Dans notre chance, la route retour s'est faite plus vite que l'aller. Nous étions moins, la nuit tombait, et un ciel d'orage se dessinait à l'horizon. Je participais d'un air distrait aux conversations, mais j'avais hâte de rentrer. Dans l'ascenseur, je visais mes pieds, pour éviter de trahir mon angoisse. Je n'ai pas pris le temps de rentrer dans l'appartement, je suis montée directement sur le toit, avalant les marches quatre à quatre.

Quand je suis arrivée, à mon grand soulagement, Erin était seule. Ma grande crainte, c'était de me retrouver avec...Oui, bon, loupé, il était dans un coin, et je venais en fait d'interrompre une conversation plutôt houleuse. Magnifique. Cette journée était parfaite.

-Can I talk to Erin ?

J'aurais du essayer un ton un rien différent, parce que c'était une nouvelle fois sorti de ma bouche comme une presque insulte.

-Alone ?

Pas mieux. Ajouter un "please" aurait été du meilleur effet, mais il fallait croire que j'étais pré-destinée à être agressive envers lui. Tragique.

-Why do you hate me ?

AAaaaaaah non. Alors là, sûrement pas.

-Can we have this conversation later ?

Ce con avait récupéré son crochet, ce qui n'allait pas du tout dans mon sens.

-No. We're having it now.

-Oh, for fuck's sake, I don't hate you, stop being so...

-So ?

Erin était devant son ordinateur, écran levé, en veille, et semblait parfaitement boulversée.

-I don't hate you !

-You act a lot like you do, love.

-Okay. I don't hate you. At best, you annoy me.

Il a essayé de prendre Erin à temoin, mais elle n'a rien dit.

-And that's the way things are. And you won't change it. Certainly not when I come back home to Erin looking like she's been through a fucking storm. So if you want a list of reasons why you annoy me, you're going to have to fucking wait.

J'ai pointé mon doigt vers la porte menant vers les escaliers, ne lui laissant guère le temps de dire quoi que ce soit.

-Out. Now.

Regard meurtrier, mais il n'a pas moufté. Je me suis assise en face d'elle, et maintenant que je pouvais apprécier son expression, je voyais bien que quelque chose d'important n'allait pas.

-Tu me fais flipper...

Elle n'a même pas essayé de le cacher. J'ai tendu ma main pour toucher la sienne.

-Qu'est-ce qui se passe ?

-J'ai fait quelque chose que je n'aurais pas du faire...

Elle a retiré son PC de veille, et l'a retourné vers moi. Sur son écran, la pause de la toute fin du dernier épisode de la saison trois. Emma et...

-Je tente de me persuader que...Je peux, j'ai le droit, mais c'est un mensonge odieux. Odieux, et égoïste. Je crois en eux, et je m'en voudrais toute ma vie d'avoir été une forme d'obstacle, quelque chose qui aurait pu les séparer. Regarde comme ça a du sens, comme quelque chose de logique explose quand tu les regardes.

-Vous étiez en train de parler de ça quand je vous ai interrompus ?

-Entre autres.

-Et ?

-J'ai décidé de prendre mes distances, il n'a pas l'air d'accord. Ma décision est prise, je ne reviendrais pas dessus.

J'ai serré sa main, prête à me lever pour aller lui faire un câlin. Ses larmes sont tombées sur ses joues, sur la table, sur le plaid dont elle s'était entourée, et elle n'a même pas pris le temps de les sécher.

-Je me déteste d'avoir essayé, je me déteste d'y avoir cru, et je crois que je me déteste encore plus d'être...Ce genre de personne. Je n'ai aucun droit, et pourtant...

Sa voix s'est brisée, mon coeur avec, si quelqu'un ne méritait pas cela, c'était bien elle. Je ne savais pas quoi lui dire. Je lui ai proposé d'aller lui chercher un verre d'eau, et puis, d'essayer de tirer au clair tout cela.

Je ne voulais pas la laisser seule, alors, j'ai dévalé les trente marches sans réfléchir...Tombant pratiquement sur Graham, littéralement.

-I was looking for you.

-I was talking with...

Et sans que je ne me rendes compte de quoi que ce soit, que je l'ai même vu arriver, ni anticipé, ni même que je ne soupconne un début de courant entre lui et moi, il m'a plaquée contre le mur, avec puissance mais sans violence, calant sa main entre ma tête et le crépit, et il m'a embrassée.

Si j'avais eu à mettre les deux doigts dans la prise, ça n'aurait pas déclenché plus d'électricité. Dans ma nuque, alors qu'il me privait de mon oxygène de la façon la plus jubilatrice du monde, un frisson sidérant était en train de monter, et cela ne tenait pas de l'ordre du délice, mais de quelque chose de mieux. bien malgré moi, je laissais glisser un gémissement de contentement pur, très, très heureuse du manque complet de voisins sur le palier d'en face.

Quand il s'est détaché de moi, j'avais malgré moi posé mes mains sur son torse, et je ne comptais pas les retirer. Je réalisais à peine ce qui venait de se passer, passant ma main sur mes lèvres, songeant que je devais retrouver Erin, mais, alors qu'il cherchait peut être une réaction de ma part-autre que la surprise-je me décidais à lui rendre la pareille, l'attrappant par le col, me perchant sur la pointe de mes pieds pour atteindre la bonne hauteur. Et j'ai fait durer le jeu. Et j'ai déballé l'attirail complet de mes connaissances en matière de baisers passionnés. Et je me suis bien, bien assurée que le mien durait un rien plus que le sien.

-Okay, you wait here. I'm not done, but Erin really, really needs me.

L'aller-retour du couloir à la cuisine était surréaliste. Je ne réalisais rien de ce qui venait de se passer, mais j'étais sur une autre planète. Je ne voyais pas les autres, je n'entendais pas les autres, et je remontais presque méchaniquement jusqu'au toit, mon verre d'eau dans une main, l'autre vissée sur mes lèvres encore humides.

J'ai posé le verre devant Erin.

Ce que je n'ai pas vu arriver, c'était la fumée bleu ciel qui sortait de ses doigts, et venait transformer le contenu du verre en autre chose que de l'eau.

-Euh...Erin...

J'ai tiré le verre vers moi et j'ai trempé mon doigt dedans, et goûté le contenu. Du vin.

-Tu viens de transformer de l'eau en vin...Et en plutôt bon vin, en plus.

Derrière ses larmes, elle avait l'air aussi au courant que moi de ce qui se passait.

-Réessaie avec autre chose...

Elle a essayé de faire voler le petit bloc-notes et le stylo qu'elle avait ramené avec elle-probablement pour prendre des notes sur la série, pas sur son coeur qui était en train de voler en éclats-et d'un geste, s'est rendue compte qu'elle pouvait guider les deux objets du bout des doigts.

-You know it will come at a price, dearie.

Sans qu'on ne le voit arriver, Gold était monté et s'était avancé vers nous, finalement plus Rumple que Gold. Il était relativement calme, quoiqu'impressionné. Erin était au bord de la panique.

-What is happening to me ?

-You have magic, dearie.

C'en était trop pour Erin, qui a perdu connaissance, et a évité une chute de très près. Gold et moi avons essayé de la faire revenir à elle, ce qui a pris un moment infiniment long, et terrifiant. Quand elle a ouvert les yeux, à bout de souffle, Gold avait le visage fermé, et l'air sombre.

-I'm afraid that the price is going to be the most expensive yet.

Je me suis enervée-a vrai dire, j'étais complètement dépassée par la...Par les questions.

-What is it, Gold ?

Il a posé sa main sur son poignet, prenant son pouls, et puis lui a demandé de réessayer de faire voler le stylo, seul. Elle l'a fait dans l'instant, mais son teint s'est clarifié, sa respiration s'est faite difficile, et Gold essayait en vain d'avoir l'air rassurant. Dérrière nous, je voyais les autres arriver, alertés par un je-ne-sais quoi. Hook s'est carrément précipité sur nous, visiblement mort d'inquiétude. Ca m'a touchée, pour le coup, mais je devais savoir ce que Gold ne disait pas. Même si j'avais cru comprendre, il fallait qu'il le dise.

-Say it. Say it now.

Il avait l'air vraiment, vraiment boulversé.

-It's killing her.

(to be continued)