Désolée du petit retard, mon cher betalecteur n'était pas disponible hier. ^^'
Bonne lecture et merci à tout ceux qui me laissent des commentaires.
Les suppositions du Junker faisaient sens. Mais pour les vérifier, il fallait qu'ils se déplacent jusque là bas. Elle tâta prudemment sa blessure. Elle ne savait pas pendant combien de temps elle avait dormi, mais Jamieson avait bien fait son travail, car ça ne saignait presque plus. Si elle trouvait quelque chose pour maintenir le bout de tissu sur la plaie, elle pourrait se déplacer.
Elle en fit part au Junker qui la poussa gentiment de la main, lui faisant subitement réaliser qu'elle était toujours perchée sur ses genoux. Elle s'enleva aussi vite que possible sans lâcher son épaule, puis tâcha de suivre ses mouvements alors qu'il s'agitait.
« Ça ira ? » demanda-t-il en lui tendant quelque chose.
Elle tâtonna. Sa ceinture.
« C'est parfait ! »
L'homme n'était pas bien large et elle parvenait à peine à fermer la ceinture au dernier cran au point le plus étroit de sa taille, mais ça ferait l'affaire. Restait un problème. Il fallait aussi quelque chose pour maintenir la compresse de Jamieson. Elle réfléchit, puis se mit à tâtonner partout jusqu'à remettre la main sur le petit étui floqué, dont elle arracha la chaîne sans pitié avant de bricoler une sorte de sangle pour vaguement maintenir en place la chemise sur l'épaule du Junker. Ça tiendrait s'il ne bougeait pas trop.
« C'est quoi ? » demanda-t-il après avoir gémi au contact du métal froid.
« La chaîne de ma pochette. »
« Tu l'as cassée pour moi ? » demanda-t-il, visiblement surpris.
« Elle était déjà irrécupérable, Jamieson. »
« Ah.»
Son ton était un peu déçu et elle sentit une vrille de culpabilité la titiller. Elle n'avait pas à avoir pitié de cet abruti. C'était de sa faute s'ils étaient là... Enfin, pas vraiment... mais tout de même. Elle n'avait pas à avoir pitié de lui !
« Bon... je vais voir si je trouve un passage. » marmonna-t-elle, l'enjambant précautionneusement.
Il se mit à rire.
« Quoi ? » grommela-t-elle.
« Voir... Tu peux pas voir... on est dans le noir... Hé hé... »
« Crétin ! »
« Oï, c'est moi ! »
« La ferme ! »
« D'accord, princesse, tout ce que tu veux. »
« Grmph... »
Tâtonnant prudemment pour ne pas s'ouvrir la main sur un éclat de verre ou un autre débris tranchant, elle fit le tour de leur maigre espace. Rien qui lui permette de passer plus que le bras. Elle revint s'asseoir à côté du Junker.
« T'as rien trouvé, hein ? » demanda-t-il piteux.
Elle acquiesça en grognant. Sa blessure avait recommencé à suinter. Ils allaient mourir dans ce trou.
L'homme se mit à marmonner à côté d'elle, comme souvent quand il réfléchissait.
Finalement, il se tut avec un petit cri euphorique.
« Faut chercher du vent ! »
« Hein ? »
« Y a peut-être pas de trou directement assez grand pour qu'on passe, mais on sait que le coffre se trouve quelque part derrière nous, alors si on suit le vent, on devrait trouver des espaces pour se faufiler. »
Ce n'était pas stupide. Elle se releva et, léchant son doigt couvert de saleté, se mit à chercher un courant d'air, aussi petit fut-il. Là, quelque chose.
« Jamieson ! »
« Tu en as trouvé un ? »
Elle retendit son doigt. Oui, pas de doute. C'était faible mais bien réel.
« Oui ! »
Une main lui serra chaleureusement la jambe avant de se retirer précipitamment, comme de crainte d'un coup de pied.
« Jamieson, reculez, je vais essayer de faire bouger des débris. »
Elle l'entendit ramper un peu plus loin et une fois certaine qu'elle ne risquait plus de lui lâcher un parpaing sur la tête, elle se mit à chercher des débris branlants. Un bout de poutre, quelque chose qui avait dû être la porte, ou un lambris peut-être, puis du béton. Par deux fois, elle manqua de se faire ensevelir sous un éboulis, mais lentement, sûrement, elle progressait, Jamieson suivant à trois mètres de distance, déplaçant de son mieux les décombres avec sa seule main valide.
Lorsque dans un courant d'air glacial, une lueur clignotante l'éblouit après tant de temps dans le noir, elle faillit en pleurer de joie.
Devant elle, un néon pendant à son câble et l'éclat métallique de dizaines de petites portes blindées. Ils avaient réussi à atteindre la salle des coffres.
Mais d'énormes blocs de béton et de métal bouchaient le gros de l'entrée et elle ne parvint qu'à dégager un espace tout juste suffisant pour passer, à un bon mètre du sol.
« Alors ? » demanda Jamieson avec espoir.
Elle s'essuya les yeux de la sueur poussiéreuse qui y coulait.
« Alors, va falloir que vous passiez en premier. Je vais vous aider. »
Elle l'aida à se relever, puis à se hisser par le trou, mais elle ne put rien faire quand, telle une nouille trop cuite, il dégoulina de l'autre côté. Elle suivit bientôt, guère plus élégante.
Vautré en croix sur le sol, le Junker riait, un sourire béat aux lèvres. Sa joie était contagieuse. Ils étaient en vie et tout irait bien à présent. Elle se mit aussi à rire.
Ils n'avaient plus qu'à sortir par la porte du coffre... porte fermée et parfaitement intacte. Son rire s'éteignit et elle secoua le Junker.
« Hahaha ! On est en vie ! Héhéhé... Quoi ? »
« La porte... » souffla-t-elle d'une voix blanche.
Le Junker se redressa sur un coude, fixant l'épais battant.
« Merde... »
Quelle idiote de l'avoir écouté ! Quelle idiote d'avoir cru les délires de son cerveau cramé par les radiations ! Yī zhǒng báichī ! Maintenant, au lieu d'être coincés dans un trou obscur, ils étaient coincés dans un coffre-fort défoncé. Fabuleuse amélioration !
Un coup sourd à la porte la fit sortir de ses ruminations avec un petit cri étranglé.
Elle jeta un regard éperdu au Junker qui n'en menait pas plus large, torse nu, couvert de sang et de poussière et les yeux tellement écarquillés qu'ils semblaient dévorer son visage.
« Y sont pas encore arrivés jusqu'au coffre ! » gémit-il, rampant jusqu'au mur pour s'en servir pour se redresser.
Elle le fixa, paniquée.
« On fait quoi ?! »
Il hocha la tête. Il n'en savait pas plus qu'elle. Alors il se mit à se frapper la tempe de la main, s'invectivant de trouver un plan. Autant essayer de faire pareil. Inspirer, expirer. Zen, Mei... Zen... Un autre coup la fit sursauter, faisant danser le néon au plafond.
Récapituler la situation.
Ils étaient coincés dans le coffre-fort, que des gens très mal intentionnés tentaient de fracturer pour prendre le truc qu'eux-mêmes étaient venus voler. La technologie ! Ils pouvaient encore la récupérer !
Elle fouilla frénétiquement la pièce du regard et, avisant une chaise en plastique à peine roussie par l'explosion, la ramassa et la donna au Junker qui s'en servit pour appuyer son moignon de jambe.
« Jamesion ! Il faut qu'on les ralentisse ! »
« Pourquoi ? Faut qu'on sauve notre peau ! »
« Non. Le truc qu'ils viennent chercher. Celui que vous deviez récupérer, il est toujours là ! Il faut qu'on le trouve avant eux.»
« Tu sais ce que c'est ? » demanda-t-il, jetant des regards paniqués à la petite pièce.
« Non, et vous ? » demanda-t-elle, s'affaissant un peu.
« L'Egyptienne a rien voulu me dire... mais ! Mais je sais dans quel coffre il se trouve ! » s'illumina-t-il.
« Comment ? Non, je veux pas savoir. C'est lequel ? »
« 412. »
Elle chercha le numéro et le trouva. Un petit coffre anonyme au milieu d'une cinquantaine d'autres sur le mur de droite.
« Vous en êtes sûr ? »
« Certain ! »
« Bon, c'est bien de savoir qu'il est là, mais comment on le sort de... ça ? » s'exclama-t-elle, frustrée.
Un nouveau coup à la porte plia un peu l'immense bloc d'acier. Ils échangèrent un regard terrifié.
« Aide-moi à m'approcher, princesse. Je vais t'ouvrir ce coffre ou je ne m'appelle plus Junkrat ! » siffla-t-il, se penchant pour ramasser un bout de béton accroché à une barre de métal tordue.
Elle s'empressa de venir se glisser sous son épaule et le conduisit vers le coffre avant d'aller chercher la chaise pour qu'il puisse se stabiliser.
Elle le regarda estimer la forme de sa masse improvisée avant de la frapper violemment au sol pour en corriger la forme. Comme en écho, un autre coup à la porte ébranla les lieux.
« Je fais quoi ? » demanda-t-elle, paniquée.
Le Junker fixa l'immense porte blindée de la salle.
« Donne-moi du temps. Ils vont défoncer cette porte avant que j'ouvre celle-ci. »
Elle opina. Du temps. Lui donner du temps, mais avec quoi ? Entasser des débris ? S'ils avaient de quoi défoncer une porte en acier d'un mètre d'épaisseur, ce ne seraient pas les dérisoires rochers qu'elle pourrait bouger qui les ralentiraient. Elle regarda autour d'elle, tâchant de deviner ce qui pourrait lui être utile dans la lumière dansante du néon. Le néon. Ils avaient du courant électrique. Elle pourrait peut-être électrifier la porte ? Non, ça ne marcherait pas et elle risquait surtout de les électrocuter eux.
Il n'y avait rien d'utile dans cette salle du coffre qui résonnait des coups rythmiques de Jamieson sur leur coffre et de ceux de leurs ennemis sur la porte principale. Elle se força à se concentrer. Ici, il n'y avait rien, mais peut-être que plus loin... Le courant d'air ! Elle avait senti de l'air anormalement froid juste avant d'entrer dans le coffre.
Elle grimpa à nouveau dans le trou, agitant maladroitement les jambes. Elle n'avait pas rêvé, la température chutait de bien dix degrés à cet endroit, et cette odeur... Du gaz de climatiseur. Quelque part, pas loin, il y avait un système de climatisation qui fuyait.
Elle se mit à fouiller à tâtons vers le haut, cherchant les zones froides. Là, de la glace ! Elle fit tomber une pluie de débris sur sa tête, manquant de s'assommer avec les plus gros morceaux, mais elle put enfin mettre la main sur le tube froid. Mais un simple tube ne suffirait pas. Il lui fallait le compresseur. Elle tendit l'oreille, tentant d'entendre quelque chose entre les coups, en vain. Alors elle tenta de sentir la vibration. Là, sur la gauche ! Se laissant tomber dans le tunnel, elle se mit à creuser frénétiquement. Une diode jaune. Elle avait trouvé le compresseur ! Elle s'écorcha les bras sur des éclats d'aluminium de ce qui devait avoir été une gaine d'aération, mais elle parvint à arracher la machine de son support. Le monstre pesait bien vingt kilos, mais elle n'avait pas mieux.
Elle récupéra aussi un bout de tuyau cassé, une poignée de câbles tordus, et un petit bout de métal qui pourrait lui servir de tournevis de secours, puis elle s'empressa de ramener son butin dans la salle du coffre, le posant sans ménagement sur la table qu'elle ramassa contre le mur opposé pour la remettre sur ses pieds.
Le Junker arrêta un instant de taper sur la petite porte, qui s'était presque autant enfoncée que la porte d'entrée de la salle.
« C'est quoi ce machin ? » demanda-t-il alors qu'elle défonçait la coque de métal à coups de parpaing pour atteindre les circuits.
« Un compresseur. » grogna-t-elle.
« Un compresseur ? »
« C'est avec un truc similaire que j'ai fabriqué mon pistolet endothermique, mais j'ai eu plusieurs jours pour le fabriquer, lui. »
« Ohhh... J'ai vu ce que tu as fait aux gardes à la base. Tu veux les congeler à mort ? »
« Non, Je vais juste congeler la porte... Je vous donne du temps, alors bossez ! »
Avec une parodie de salut militaire, il se remit au travail.
La coque arrachée, elle se mit à modifier les circuits, détruisant plusieurs puces destinées à contrôler la température, puis elle connecta de son mieux le bout de tuyau à l'embouchure du compresseur, et bidouilla de quoi le brancher aux câbles que le plafond avait vomi. Il fallait juste qu'ils soient toujours alimentés.
La partie la moins agréable venait maintenant. Il fallait de la matière à faire geler sur la porte. Quelque chose comme le fluide de refroidissement. Fluide de refroidissement à une température déjà négative de plusieurs degrés. Se hissant une fois encore à travers le trou dans le mur, elle plongea le bras dans le tuyau éventré, ignorant l'impression douloureuses d'avoir la chair arrachée des os. Elle ressentait le froid, mais il ne pouvait pas lui faire de mal. Elle avait entièrement congelé et était revenue à la vie. La cryostase avait placé son corps à des températures inférieures. Elle ne risquait rien. Elle était la princesse des glaces.
Serrant les dents, elle ramena autant de purée glaciale que possible, laissant la matière visqueuse dégouliner par le trou dans la salle du coffre. Elle la récupérerait après.
Une fois qu'elle eut raclé tout ce qu'elle pouvait, elle revint dans la salle, juste à temps pour découvrir que son bras avait une vilaine teinte bleuâtre et que la porte ne résisterait sans doute pas à un nouveau coup de butoir de - peu importe ce qui était en train de la défoncer. Sans hésiter, elle ramassa à pleines mains la pâte visqueuse et commença à l'appliquer sur le tour de la grande ouverture ronde alors que Jamieson redoublait d'effort sur le petit coffre-fort.
Une fois qu'elle eut tout appliqué, elle se recula.
« Vous avez bientôt fini ? » demanda-t-elle sans obtenir de réponse.
Elle recula et, les dents serrées, brancha sa machine improvisée. Pendant une seconde, il ne se passa rien, puis le compresseur se mit en marche, crachant un vent plus que glacial en direction de la porte, faisait immédiatement chuter la température de la pièce en dessous du zéro et commençant à figer le liquide de refroidissement. Liquide conçu pour ne pas geler.
« Jamieson ! »
Le Junker, claquant des dents et l'air complètement paniqué, abattait sans relâche son bout de parpaing sur la porte à présent complètement tordue.
Un coup de butoir plus puissant que les autres acheva d'arracher des gonds la porte d'entrée, mais celle-ci resta suspendue, prise dans sa gangue de glace.
Elle leur avait donné un coup de répit.
« Jamieson ! »
Lâchant sa masse, l'homme se mit à tirer frénétiquement sur le bout de métal tordu qui avait été une porte. Elle se précipita pour l'aider, et sous leurs efforts conjugués, elle céda enfin, les faisant tous les deux tomber à la renverse.
Au même moment, dans un bruit d'enfer, l'immense cercle de métal de la porte principale s'abattit au sol, alors que le couloir derrière et la demi-douzaine de silhouettes qui s'y trouvaient disparaissaient dans un nuage de glace pulvérisée au moment où la température dudit corridor perdait plusieurs dizaines de degrés en quelques secondes.
L'instinct de survie qui lui avait déjà fait traverser l'Antarctique avec seulement une luge, un peu de matériel et Snowball la fit se relever d'un bond, saisissant sans réfléchir le petit écrin noir posé dans le tiroir recouvert de velours rouge du mini-coffre défoncé puis, dans le même mouvement, relever le Junker qui tremblait, à moitié nu dans un climat arctique.
Si elle voulait avoir une chance de les sortir tous les deux là, il allait lui falloir ses deux mains. Après une seconde d'hésitation, elle fourra l'écrin dans la poche de pantalon du costard ruiné de l'Australien, puis le jeta à moitié vers l'ouverture menant à leur tunnel.
A peine eut-il passé qu'elle se précipita à sa suite, lui atterrissant à moitié dessus, seulement pour le relever en vitesse et le pousser vers le fond. Le passage était trop étroit pour qu'elle puisse l'aider à avancer, mais il n'avait qu'à se servir des parois pour se tenir, parce qu'elle avait encore une chose à faire. A tâtons, elle chercha cet endroit précis où un immense bloc de béton avait failli lui tomber dessus, et dès qu'elle fut certaine que le Junker était aussi loin de possible, elle poussa de toutes ses forces un des débris maintenant le tout en place avant de battre en retraite en courant, se cognant et s'éraflant sur les parois irrégulières du tunnel alors que celui-ci s'effondrait derrière elle. Finalement, elle trébucha sur le Junker qui était tombé devant elle, et un nuage de poussière les recouvrit, alors qu'ils se retrouvaient à leur point de départ.
« Héhéhé... Merde... On est encore en vie ! Bravo princesse... Par contre... tu peux t'enlever ? T'es lourde.» ricana-t-il sous elle.
Elle ne s'offusqua pas et se dépêcha de s'écarter aussi délicatement que possible.
Jamieson s'assit en geignant.
« Brrrr, fait froid ! »
Logique, elle venait de congeler une pièce.
« ...et ça saigne à nouveau.» gémit-il.
Avec l'adrénaline, elle avait complètement oublié sa propre blessure, qui pissait à nouveau le sang, bien évidemment. Et merde !
« C'est pas une bonne nouvelle quand on a froid, non ? » demanda le Junker avec un petit rire.
Non, ce n'était pas une bonne nouvelle d'avoir froid quand on était blessé, et ce n'était pas une bonne nouvelle de se refroidir quand le corps luttait déjà contre une perte de sang trop importante.
Même elle, pourtant habituée aux climats polaires, commençait à trembler. Elle n'osait pas imaginer comment l'Australien, recuit au soleil de l'Outback et sans un kilo de graisse pour le protéger, devait se sentir. Elle n'hésita pas bien longtemps. Le froid ne pouvait pas la tuer, contrairement à Jamieson, mais la perte de sang pouvait les tuer tous les deux. Elle le fit se rasseoir dans le coin le moins froid de leur étroit refuge et revint s'appuyer contre lui, se collant à lui tant pour maintenir le bout de tissu crasseux sur sa blessure que pour limiter la déperdition de chaleur. Après une hésitation, il repassa sa main dans son dos, tenant sa compresse sur sa plaie, alors qu'il grelottait et frissonnait contre elle, lui soufflant dans le cou.
