Felicity entra dans la maison et suivit Thea dans l'immense salon des Queen. Elle qui avait grandi dans une maison de quatre pièces à Las Vegas où il fallait bosser d'arrache-pied pour pouvoir remplir le frigo, elle avait du mal à se faire à l'opulence de cette maison. Le tapis persan à l'entrée avec son guéridon en bois massif en plein centre et les escaliers qui montaient de chaque côté de la porte pour emmener dans les étages lui donnaient déjà l'impression qu'elle entrait dans un château et qu'on allait lui demander d'ôter ses chaussures pour mettre à la place les pantoufles prévus pour les invités. Elle savait bien que ce n'était pas le cas mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'y penser à chaque fois qu'elle mettait les pieds ici.

Quand ils arrivèrent dans le salon, tout le monde était déjà là. Moïra Queen (ou Steele ? Ou Queen-Steele ?) et Walter Steele se levèrent du canapé en la voyant approcher. Ce dernier lui serra la main et lui demanda brièvement comment elle allait et Moïra lui donna une étreinte. C'était une habitude que la mère de Théa avait prise depuis qu'elle s'était rendu compte que Felicity aidait sa fille à rester dans le droit chemin bien que ce geste la surprenait toujours. Elle n'était pas habituée aux démonstrations d'affections. Même si elle s'était détendu avec Théa et Tommy, il était plus difficile pour elle de laisser d'autres personnes si proche d'elle physiquement.

Tommy se prélassait dans le canapé en cuir beige et n'avait décidément pas l'intention de se lever pour la saluer. Elle se baissa donc à son niveau pour l'embrasser sur la joue et en l'accusant d'être un gros fainéant au passage.

Elle vit du coin de l'œil Oliver se diriger vers le fond de la pièce et y rejoindre un homme en costume. Elle se souvenait vaguement de l'avoir aperçu à la fête de retour d'Oliver et se rappelait l'avoir identifié comme un garde du corps et ex-militaire. Ce qu'elle ne savait pas à l'époque, c'est qu'il était le garde du corps des Queen et cela pouvait lui mettre de gros bâtons dans les roues. De plus, maintenant qu'elle le voyait de plus près, elle avait le sentiment qu'elle connaissait ce visage mais n'arrivait pas à se remémorer où elle l'avait déjà vu. Elle se dit que la mémoire lui reviendrait peut-être avec le temps et ne s'y attarda pas plus longtemps.

Raïsa, leur gouvernante, les prévint que le dîner serait prêt dans vingt minutes. Walter proposa alors un apéritif à tout le monde en attendant de passer à table. Elle choisit évidemment un verre de vin rouge contrairement à Moïra qui opta pour du blanc. Thea choisit un Shirley Temple. Oliver, Tommy et Walter se servirent tous un whisky.

Quand ils se réinstallèrent à leur place, Thea commença une conversation légère sur QC, demandant comment les choses se déroulaient là-bas. Walter et Felicity participèrent évidemment plus que les autres. Moïra se joignit quelques fois à la conversation et la plupart du temps, c'était pour faire des éloges à Felicity. Ceux-ci ne manquèrent pas de la faire rougir à chaque fois. Tout le monde dans cette pièce savait qu'elle n'aimait pas être le centre de l'attention. Cependant, cela ne les empêchaient pas de souvent lui dire à quel point elle était appréciée et bienvenue dans cette famille.

Felicity se dit que s'ils savaient pourquoi elle était là, ils ne l'accueilleraient pas à bras ouverts comme maintenant. S'ils savaient que son travail était de trouver quel était le but du complot mené par Moïra Queen, elle ne doutait pas un instant qu'elle serait jetée hors de la maison. Peut-être que la matriarche ferait même appel une nouvelle fois à Deadshot...

Felicity fut sorti de ses pensées parce qu'elle sentit les poils de son cou se dresser, signe qu'elle était observée. Elle ne savait pas pourquoi mais elle sentait que c'était Oliver ou peut-être tout simplement qu'elle voulait que ce soit lui. S'il l'observait quand elle ne le regardait pas, cela signifiait peut-être qu'il était tout aussi attiré par elle qu'elle ne l'était par lui. Et même si c'était le cas, elle savait qu'elle ne pouvait rien y faire. Après tout, il faisait partie de la mission, il était même peut-être également impliqué. Elle ne savait pas si Moira avait parlé de ses projets à quelqu'un d'autre que les membres déjà identifiés. La seule chose qu'elle savait, c'est que Thea et Tommy n'étaient pas au courant. Elle n'avait pas de preuve mais son instinct ne se trompait jamais. Ces deux-là étaient les personnes les plus gentilles qu'elle ait eu l'occasion de rencontrer. Walter aussi était hors limite pour elle. En fait, de toute la famille, il ne restait qu'Oliver dont elle devait encore se méfier. Ils avaient peut-être étaient agréables les uns envers les autres mais elle sentait une aura étrange autour de cet homme.

Bien qu'il ait été bloqué cinq ans sur une île, cet homme était revenu transformé. D'une part, sa musculature était bien plus développée qu'au moment de son départ sur ce bateau. Avait-il passé ses journées à faire des pompes dans la forêt ? Elle en doutait fortement...elle n'allait pas s'en plaindre pourtant parce qu'il était absolument un plaisir à regarder. D'autre part, bien qu'il arrivait à paraître léger et insouciant, elle voyait bien dans ses yeux les émotions qu'il essayait de cacher. La tristesse, la colère, l'angoisse parfois. Si elle ne savait pas reconnaître les signes, elle ne se serait pas douté qu'il souffrait de stress post-traumatique. Mais pour l'avoir vécu une fois elle-même, elle connaissait bien ce sentiment et elle n'était pas étonnée qu'il en souffre aujourd'hui. Tous ces signes lui faisaient quand même se demander comment une île soit disant déserte avait pu avoir ces effets sur lui. Un petit doute s'insinua alors en elle. Était-il vraiment tout seul là-bas ? Était-il vraiment resté sur cette île tout ce temps ? Elle savait alors que ces prochaines recherches porteraient la-dessus. Oliver Queen avait-il mentit sur son absence ?


John Diggle avait passé quelques années dans l'armée et il pouvait vous dire qu'il avait entendu toutes sortes de conneries sortir de la bouche des militaires présents avec lui. C'est pour cela qu'il était absolument certain qu'Oliver Queen était à lui seul une grosse connerie. En tout cas, le personnage de play-boy qu'il arborait en était une.

Oui, Oliver Queen n'était pas aussi peu profond que tout le monde voulait le croire. Depuis qu'il avait été assigné comme son garde du corps, il avait vu des fissures dans la façade d'Oliver. Pour la première fois au tribunal où il a été ressuscité et à nouveau dans le bureau de Walter Steele. Il était convaincu qu'il y avait tellement plus concernant cet homme que ce que tout le monde voyait.

John avait rencontré plusieurs personnes dans sa vie qui avaient montré les mêmes signes. Des Marines qui revenaient d'endroits dangereux un peu partout dans le monde et qui souffraient de stress post traumatique suite à toutes les horreurs qu'ils y avaient vécu. Alors il ressentait une étrange obligation d'essayer de guider son protégé sur la façon de rentrer chez lui et de se réadapter.

Bien qu'il soit déchiré entre sa sympathie pour cet homme et sa colère contre lui pour constamment essayer de le semer, il y avait quelque chose chez Oliver qui faisait que Diggle voulait l'aider.

Là où Diggle était vraiment étonné, c'était quand il voyait Oliver devenir extrêmement nerveux à chaque fois qu'une certaine Felicity Dhark était mentionné dans une conversation. Pas nerveux dans le sens " cette personne est une menace " mais plutôt dans le sens " oh mon dieu, j'ai tellement le béguin pour cette fille !". John avait vu toute une série d'émotions sur le visage d'Oliver et de ce qu'il avait pu en conclure, c'était qu'il était maintenant une personne renfermée sur lui-même, extrêmement méfiante envers quiconque était étranger à sa famille. Alors il était vraiment surpris quand il l'a vu courir pour ouvrir la porte à une fille avant même qu'elle n'annonce sa présence.

Il avait bien évidemment entendu parler de Felicity. Cette jeune femme avait sauvé Thea d'une agression à la sortie d'une boîte de nuit et depuis, cette dernière et Tommy l'avait adoptée. Il avait entendu Thea parler quelque fois à sa mère quand ils étaient dans le salon et qu'il attendait Oliver. La jeune fille n'arrêtait pas de louer sa sauveuse. Elle était très intelligente, travailleuse et connaissait le close combat comme personne. Il avait l'impression d'entendre la description d'une héroïne de film genre Lara Croft et pas celle d'une véritable personne.

Mais en fait, tout devint beaucoup plus clair pour lui quand il posa les yeux sur elle pour la première fois. Cette fille, il la connaissait. Il ne pourrait probablement jamais l'oublier, car elle avait sauvé sa vie et celle de sa future femme. Alors qu'elle ne fût pas sa surprise quand il la vit rentrer dans le salon du Manoir des Queen. Que pouvait-elle bien faire là ? De ce qu'il avait compris, elle travaillait dans le service informatique de Queen Consolidated.

Il se souvenait comme si c'était hier de cette mission qui avait failli lui coûter la vie. A l'époque, il était en poste à Kandahar en Afghanistan. Il avait rencontré Lyla Michaels quelques mois plus tôt et ils avaient commencé une relation moins platonique après quelques semaines. Il appellerait ça l'amour au premier regard, même si son mariage n'avait pas survécu à leur retour à la vie civile.

-Flashback-

La mission consistait à récupérer des informations sur des terroristes présumés. L'État-Major des Armées leur avait indiqué qu'ils avaient intercepté des conversations entre des groupes armés rebelles et celles-ci avaient révélées qu'un attentat très violent était en préparation sur le sol américain.

On les avait prévenus que quelques agents de la NSA arrivaient tout droit des États-Unis et seraient intégrés à l'équipe afin de gérer l'aspect technique de l'opération. Lui et quelques autres hommes étaient chargés d'aller les accueillir afin de leur montrer leurs quartiers, et il se souvenait très bien de sa surprise lorsqu'il avait vu une petite femme blonde qui ne devait pas peser plus de cinquante kilos débarquer d'un hélicoptère Apache.

Il savait que Lyla ne devait pas être vu pour ce qu'elle paraissait car elle pouvait botter le cul de plusieurs hommes très expérimentés ici. Alors il savait qu'il ne devait pas juger cette fille par son apparence mais elle paraissait tellement fragile qu'il avait presque envie de l'attraper et de la remettre dans l'hélico en lui disant de rentrer tout de suite à la maison où elle serait en sécurité.

Si lui s'était contenu, d'autres collègues ne l'avaient malheureusement pas fait. A peine s'était-elle approchée que certains des hommes lui lançaient déjà des remarques sexistes et condescendantes. Elle passa devant eux en les ignorant, peut-être habituée à recevoir de telles insultes dans leur milieu. Mais il remarqua que les quatre hommes avec lesquels elle avait débarqué se mirent tout de suite dans une position défensive envers elle. Elle leva la main vers eux, un geste silencieux pour leur dire de rester calme et d'ignorer la situation. De toute évidence, elle avait une certaine autorité sur ces hommes.

Il fut vite sortit de ces pensées lorsqu'un des soldats qui l'avait accompagné se permit un geste qu'il ne pensait plus voir à cette époque. Mais la main n'eut même pas le temps de claquer sur les fesses de la jolie blonde que le soldat se retrouva face contre terre. La rapidité de la manœuvre était déconcertante. Alors qu'elle était de dos, elle attrapa le poignet de l'homme avant que celui-ci ne la touche et utilisa l'élan qu'il avait pour le faire tomber à terre en moins de temps qu'il n'en aurait fallu à Diggle pour faire de même avec un homme de ce calibre.

L'humiliation ne se termina pas là puisqu'elle s'agenouilla à côté de lui et lui dit quelque chose tellement doucement que son attaquant fut le seul à l'entendre. John ne put que voir le signe de tête de l'homme à terre et l'agent lui colla une claque assez forte derrière la tête avant de se lever et de se diriger vers lui.

- " Bonjour ! " S'exclama-t-elle d'une voix chantante qui l'étonna. Elle venait de coller une raclée à un militaire expérimenté et la situation n'avait pas l'air de l'énerver plus que ça.

- " Bonjour, je suis John Diggle ! Impressionnant mouvement ! " John la félicita.

- " Merci, ce n'est pas la première ni la dernière fois que cela arrive donc autant remettre les choses à sa place le plus vite possible. Je suis l'agent Dhark et je suis là pour l'opération Condor. Mon équipe et moi superviseront l'aspect technique pendant notre présence. "

- " Parfait, suivez-moi, je vais vous montrer vos quartiers. "

Après leur installation, il leur fallut quelques jours de préparation et ils sortirent tous dans la vallée de la Kapisa, non loin de Kaboul. Ils étaient extrêmement prudents car plusieurs soldats avaient trouvés la mort dans ces lieux et tous les renseignements indiquaient que les terroristes se cachaient ici.

Les véhicules avançaient lentement afin que la tête du convoi ait le temps de repérer d'éventuelles mines sur leur chemin. Le problème c'était qu'il était des fois trop tard et qu'au moment de la détection d'une mine, elle explosait déjà. C'est exactement ce qu'il se passa dans leur cas. Les soldats en tête n'eurent pas le temps de leur ordonner de s'arrêter que leur véhicule fut complètement soufflé par une explosion. Celui-ci s'éleva à quelques mètres de terre avant de retomber sur le flanc droit.

Ils n'eurent pas le temps de sortir des véhicules qu'ils entendirent tous les premiers coups de feu tirés dans leur direction. Ils étaient tombés dans une embuscade et il était maintenant temps pour John de faire appel à son sang-froid afin de faire sortir le plus de monde possible d'ici y compris sa petite amie dont il était complètement amoureux.

Le problème est qu'ils étaient complètement à découvert et ne connaissaient pas la position des ennemis. L'agent Dhark qui s'était accroupi pour se protéger était relativement calme comparé aux soldats des autres véhicules qui sortaient pour riposter. Diggle et Lyla sortirent tous deux du véhicule et se mirent en position de tir là où ils pourraient rester protégés. Quand il jeta un œil à l'intérieur de la voiture, il fut consterné quand il vit la blonde sortir une petite tablette sur laquelle apparaissait ce qui semblait être des images satellites. Il voulait lui dire de se bouger les fesses pour aider mais en moins de temps qu'il ne le crut possible, elle détaillait à tout le monde les emplacements des terroristes et une stratégie de réponse à travers la radio de leur véhicule.

Quand Diggle regarda les autres véhicules du convoi, il constata que ses collègues écoutaient les ordres de l'agent Dhark et qu'ils étaient en train de se réorganiser et de se mettre progressivement dans une position où ils étaient tous à l'abri mais avaient également des fenêtres de tir.

Quand tous furent positionnés, il leva les yeux au son qui venait d'au-dessus de leur tête et vit un missile sol-sol foncé droit sur leurs attaquants. L'explosion fut énorme et avait certainement tué tous les terroristes. S'il devait calculer, tout cela devait avoir duré au maximum quinze minutes, mais en si peu de temps, l'agent Dhark, avec un sang-froid incroyable les avait tous sortis d'une situation qui aurait pu tourner au drame.

-Fin de flashback-

Quand Diggle fut sorti de sa mémoire, il constata que tout le monde s'était installé à table pour le dîner. En tant que garde du corps d'Oliver, il savait qu'il devait se préoccuper de la présence d'un agent ou ancien agent de la NSA chez lui. Il savait qu'il devait confronter cette femme. Alors il attendit patiemment devant les portes du salon en espérant qu'elle sorte à un moment donné.

Lorsqu'il la vit se lever et sortir, il la suivit des yeux pendant quelques instants afin de savoir où est ce qu'elle se dirigeait. En la voyant monter les escaliers, il pensa immédiatement qu'elle se dirigeait aux toilettes situées juste à droite du palier. Il jeta un œil aux personnes assises dans le salon et à part Oliver qui regardait également son béguin s'éloigner, tout le monde avait son regard porté ailleurs. Il attendit qu'Oliver se rende compte de son regard, l'informant ainsi qu'il avait surpris son intérêt. Comme il le pensait, quand ce dernier se sentit gêné d'avoir été pris en flagrant délit, il tourna vivement la tête pour regarder son assiette.

C'était le moment qu'il attendait pour se faufiler à l'étage afin d'attendre Felicity derrière la porte de la salle de bain. Quand celle-ci sortit, il l'attrapa par le bras et l'emmena dans une des chambres inoccupées de l'étage.

- " Hey, vous me faites mal ! Lâchez-moi " Protesta-t-elle.

- " Je suis sûre que vous pourriez vous sortir de ma prise...agent Dhark ! "Lui lança-t-il sournoisement.

A ces mots, il la sentit se tendre instantanément.

- " Agent ? Vous devez me confondre avec quelqu'un d'autre Monsieur Diggle. " Nia-t-elle.

- " J'oublie difficilement un visage et encore moins le visage d'une personne qui m'a sauvé la vie. Alors Mademoiselle Dhark, pouvez-vous me dire ce qu'un agent de la NSA fait comme technicienne informatique à Queen Consolidated ? Meilleure question, qu'est-ce qu'un agent de la NSA fait autour des Queen ? "

Quand il la lâcha, elle se tourna vers lui et il vit de la démission dans son regard. Il savait qu'elle allait parler.

- "Monsieur Diggle, je ne laisserai personne compromettre ma mission et il n'est pas possible de discuter ici. Vous êtes un ancien militaire, vous pouvez comprendre l'importance de ne pas dévoiler la couverture de quelqu'un ? "

- " Bien sûr ! "

- " Alors rencontrez moi à mon appartement demain à 19h et on en reparlera, je vous enverrai mon adresse. " Et sans un autre mot, elle se dirigea vers la porte.

- " Hey, attendez, je dois vous donner mon numéro ! "

Felicity se retourna et avec un sourire suffisant lui répondit :

- "Je n'en ai pas besoin... "