Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scène sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Bonnes vacances à tous ! (comment ça je commence par la fin ?). J'espère que vous allez bien 8'D Je vous poste enfin ce chapitre pour accompagner vos fêtes de fin d'année (même si niveau ambiance, y'a mieux), je rentre dans des révisions jusqu'à fin Janvier donc profitez en ~ Je rappelle aussi que laisser un petit commentaire fait toujours plaisir, d'autant plus que j'y répond tout le temps et je peux même éclairer vos lanternes sur des points que vous n'avez pas compris (sans spoiler, bien sûr).

Voilà, bonne lecture et reposez vous bien !

[ OST Sweet Pool - Fade ]


L'air était étrangement chaud. Difficile de respirer. Plus que chaud, il était surtout lourd, presque matériel.

Sa gorge semblait bloquée. Comme si quelque chose de la taille de sa trachée y avait élu domicile et ne voulait pas en sortir. Impossible d'avaler ou de régurgiter quoi que ce soit.

Son coeur battait lentement, témoignant malgré tout de la faible vie qui l'animait.

Faible... Oui en effet. Le moindre mouvement lui quémandait un effort colossal, au point que même bouger le petit doigt était impossible.

Alors il resta allongé, simplement, dans cet endroit qui ne ressemblait à rien de ce qu'il connaissait.

Chaud...

Il pouvait voir des vagues de rouge et de noir danser devant sa vision.

Qu'il tourne les yeux à gauche, à droite, en haut, en bas, c'était toujours la même chose qui revenait. Du rouge, des filaments de noir ou du noir, des filaments de rouge... il n'arrivait pas à déterminer ce qui prédominait.

Parfois ça bougeait. Tout seul. Lui donnant l'illusion d'une barrière vivante derrière laquelle se trouvait autre chose.

Mais non. Si par miracle il réussirait à tendre la main, il ne toucherait rien du doigt. Rien sinon du vide. Rien à part ces couleurs de l'enfer qui le rassuraient.

Son coeur continua de battre régulièrement.

Une partie de son corps était dans une douleur violente, mais il ne pouvait pas dire exactement où. Son esprit était totalement déconnecté. Il ne le ressentait que très vaguement ou alors...

Ou alors peut-être était-ce le corps de quelqu'un d'autre dont il ressentait la souffrance. Il ne savait pas. Ce n'est pas comme s'il pouvait vérifier.

Il ne pouvait pas bouger ce corps, quel qu'il soit, mais jusqu'alors, il n'avait pas vraiment de raison de paniquer.

Son coeur s'accéléra.

Quelque chose sortit alors du sol pour s'agglutiner sur lui. Une masse sombre, informe, qui tentait de tordre son physique pour créer des bras grossiers. Une espèce de pieuvre, ou d'araignée peut être.

Il y avait un son humide. Donnant l'impression qu'une éponge gorgée d'eau croupie venait de prendre vie. Il ne savait pas si cela venait de cette chose au-dessus de lui.

Il pouvait sentir la couleur rouge s'embraser. Un feu qui en avait la couleur, la chaleur, mais pas les flammes. Aucune nuance de jaune ou d'orange. Juste ce rouge trop carmin. Trop vif.

La température grimpa dans l'air, atteignant un celsius qui ne serait très certainement pas humainement supportable.

Il n'arrivait plus à respirer.

À travers sa suffocation, il pouvait entendre quelque chose s'ouvrir. Un son gluant. Peut-être la chose qui tentait de se briser elle-même.

Il ne savait pas ce qui arrivait sur lui, juste que c'était dangereux. Juste qu'il était menacé. Juste qu'il allait bientôt se perdre. Juste, qu'il allait bientôt disparaître...

Alors il essaya de s'échapper, cherchant au fond de lui les miettes d'énergie pour se débattre et fuir cet endroit qui aspirait sa vie.

Lorsqu'il bougea, la chose au-dessus de lui bloqua ses mains. Ce qui s'apparentait à des tentacules brûlants plaquèrent ses poignets et ses chevilles contre le sol. Brûlant...

C'était une terrible sensation.

Elle s'étalait clairement sur son ventre. La masse semblait avoir gagné une tonne en quelques secondes, écrasant son corps, les muscles, les os et les organes qu'il contenait.

Splash.

Un morceau de chair recouvert de sang apparut alors dans son champs de vision, grouillante entre la chose qui le bloquait et son corps.

Ses battements cognèrent dans sa poitrine.

C'était effrayant. Il voulait hurler. Appeler au secours. Au moins exprimer sa panique et son désir de s'enfuir pour donner le sentiment qu'il ne voulait pas de ça.

Mais rien ne vint. Son cri resta silencieusement vain. Il n'avait plus de corde vocale, plus de souffle depuis un moment. Pourtant, il ne mourrait pas...

La limace rouge ondula lentement, lentement jusqu'à son visage. Laissant une traînée de sang, elle fraya son chemin sur son cou, traçant la courbe de l'os, redessinant ses traits.

S'agitant désespérément pour la chasser, la masse au-dessus de lui s'alourdit encore au point qu'il eut l'impression d'être devenu une simple feuille de papier sous un rouleau compresseur.

Son coeur s'emballait

Du sang sorti alors du "dos" de cette forme et le morceau de chair parsemé de vaisseaux sanguins trembla. Elle était en train de muter.

Bloqué face à cette immonde créature. Bloqué sous cette masse encombrante. Bloqué dans ce monde brûlant.

À l'agonie. Enfermé. Inhumain.

Son coeur ne voulait plus s'arrêter.

La limace de chair, installée sur sa joue, sembla alors coller chaque parcelle de son organisme contre lui, comme si elle voulait lui donner un baiser.

Non. Ne t'approche pas.

Ne me touche pas.

Non!

Non!

NON!

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Fin d'après-midi, tout le monde quittait cette journée que personne n'avait vue passer.

Depuis la veille, Kise n'avait pas vraiment évolué dans ses réflexions. Il n'était pas motivé à aller voir Aomine ou Midorima pour en découdre, se sentant beaucoup trop faible pour le moment. En outre, il n'en avait pas vraiment eu l'occasion étant donné qu'ils semblaient s'être mis d'accord pour ne pas le croiser. Ou alors c'était lui qui devenait parano, allez savoir. Il faut dire que son état physique ne lui laissait pas beaucoup de répit: il se remettait très lentement des blessures qui lui avaient été infligées et avait encore du mal à simuler un bon état de santé alors que certains gestes le faisaient encore souffrir le martyr. Encore une chance que son agresseur n'ai pas frappé directement son visage, sinon il aurait été bien plus dur de dissimuler tout cela...

Afin de tenter de sauver le peu de face qui lui restait, Ryouta avait donc opté pour accepter de déjeuner en compagnie de quelques camarades et bien sûr, des filles. Ce fut long, ennuyeux et épuisant, à feindre des sourires et faire semblant de s'intéresser à une conversation sans doute aussi superficielle que ses accompagnateurs. Le seul point positif qui en ressortait, c'est qu'il n'eut pas besoin de sortir le moindre sou de sa poche, car tout lui fut généreusement offert comme remerciement de sa compagnie. Le blondinet se demandait parfois s'il ne gagnerait pas à se lancer dans le monde des célébrités histoire de gagner un peu d'argent sans difficulté. Peut-être en tant que chanteur, ou mannequin...

Mais il revisita bien vite sa pensée en imaginant que même dans la mode, la quantité d'effort à fournir devait être aussi conséquente, et sa santé ne lui permettrait pas d'accumuler un travail en plus de ses études. Déjà qu'il peinait à suivre le rythme scolaire.

Et le voilà à passer tout son après-midi de manière nonchalante sans aucune intention envers ce que disait le professeur. Passant le fait que ça ne l'intéressait pas, son esprit était occupé bien ailleurs que sur des formules de mathématique. Mais cette fois, cela n'avait rien à voir avec les deux adolescents qui lui pourrissaient la vie depuis quelques temps. Non, à ce moment précis, toute sa rancoeur, toute sa détermination furent mis de côté pour se concentrer sur quelque chose d'autre. Cela faisait un temps déjà qu'il l'observait distraitement, qu'il assistait en passif et lointain spectateur aux petits signes qu'il envoyait sans pour autant oser les interpréter. Leur dernière interaction semblait lui remonter à loin, et sans doute ce silence aurait continué s'il n'avait pas utilisé ce qui lui restait de lien envers le monde extérieur avec lui.

Kuroko avait disparu hier après midi, et il fut le seul -avec Kagami- à le remarquer, mais surtout, il lui avait semblé toute la journée que son ami était dans un état assez mauvais.

La première chose qui l'avait frappé fut son teint cadavérique qui n'était même plus blanc, mais gris à ce niveau-là, creusé au point de se demander s'il n'avait pas été enfermé dans une cave durant tout ce temps. S'il avait eu l'humour et la culture associée, Ryouta aurait sans doute dit en rigolant que Tetsuya s'apprêtait à participer à une Zombie Walk, mais le contexte ne s'y prêtait pas. En outre, plus que son aspect physique qui choquait moins Kise étant donné qu'il s'était déjà vu ainsi dans ses meilleurs jours, c'était surtout le fait qu'il avait failli à plusieurs reprises tomber dans les pommes. Et si jamais il faisait un malaise, il était fort à parier que ce ne serait pas une simple petite crise d'hypoglycémie mais quelque chose de bien plus méchant.

Tout cela fit que Kise avait gardé un oeil sur son ami tout le long de l'après-midi, prêt à intervenir si jamais il manifestait le moindre souci. Mais rien ne se passa et tout le monde put partir sans avoir vu leur confortable quotidien troublé par la manifestation d'un autre phénomène étrange. Car oui, Kuroko était transparent, mais avec une telle mine, personne n'avait pu passer à côté, mais tous préféraient se mettre des oeillères en espérant qu'il ne montre aucun autre signe qui les obligerait à faire face à leur responsabilité. Quant à Kagami, même si son inquiétude se lisait, il ne semblait pas décidé à vouloir manifester sa compassion et partit immédiatement après le retentissement de la cloche.

Finalement, seul le blondinet osa assumer l'état de son ami jusqu'au bout, et c'est avec une grande appréhension qu'il s'approcha de ce dernier.

"Kurokocchi... tu m'as l'air terriblement mal. Tu es sûr que ça va?"

Le concerné, affalé sur son bureau sans trouver le courage de ranger ses affaires, mis quelque temps avant de se rendre compte qu'on lui parlait, mais aussi de la personne qui lui parlait. Cela ne faisait pas si longtemps que ça qu'il n'avait pas vraiment commencé de conversation avec lui, mais pour le coup, il aurait aimé qu'il choisisse un autre moment, et surtout un autre sujet.

"Oui... je me sens juste un peu... malade."

Il hésita sur ce dernier mot. C'était assez étrange de voir comment en l'espace de quelques jours, ils se sont tous les deux retrouvé dans une situation totalement inversée à ce qu'elle était à la base.

"Je vois... dans ce cas, tu devrais rentrer chez toi le plus vite possible." Répondit le blondinet d'un ton prévenant.

La tête baissée, il semblait avoir envie d'ajouter quelque chose. Il avait peur de la réaction de son homologue mais en même temps, après l'avoir observé pendant tout ce temps et trouvant enfin le courage et la volonté de lui parler, il ne pouvait pas ne pas saisir cette occasion pour aborder ce sujet qui lui brûlait la langue.

"Dis... Il s'est passé quelque chose avec Kagamicchi?"

"Rien de particulier."

Bien qu'il ait répondu ceci d'une voix totalement neutre, son visage s'était crispé en l'espace de quelques secondes, creusant d'autant plus les cernes sous ses yeux vides de vie. Il reprit cependant vite contenance pour ne pas éveiller de soupçon. C'était un mensonge évidemment, mais il ne savait pas si Kise allait l'avaler. Son ami avait beau prendre des airs d'imbécile heureux, Kuroko savait qu'il était en réalité beaucoup plus attentif et perspicace qu'il ne le laissait croire. De plus, Kise aussi avait une certaine expérience dans la maladie, il était donc beaucoup plus sensible que les autres à ses symptômes... bien qu'ici, il ne s'agissait pas vraiment d'une maladie à proprement parler.

"Tu sais, la dernière fois, quand tu l'as raccompagné à l'infirmerie, il ne t'en aurait pas parlé?"

"Non."

Ce moment... Bien qu'il ne s'était passé que la semaine dernière, il était arrivé tellement de choses que le garçon pâle avait du mal à s'en souvenir. Un instant volé pendant lequel Kagami-kun avait accepté son toucher, même s'il fut très court. Repenser à cela comprima son coeur, lui faisant remonter toutes les horreurs auxquelles il du faire face entre temps. Pourquoi fallait-il que son camarade fasse ressurgir cela maintenant, même involontairement? Il continua cependant son mensonge, faisant hausser des épaules le blondinet qui énuméra la nonchalance exacerbée de l'adolescent aux cheveux rouges. Le voyant ainsi, la douleur s'accentua. Laisse-moi tranquille. Ne te soucis pas de moi. Ne me regarde pas.

Au moment où ces mots atteignirent son esprit, il regarda ailleurs.

"Et... à propos d'Aominecchi?"

"Désolé, je rentre!" Coupa sèchement Kuroko en s'empoignant de son sac.

La manière brusque dont il se leva sans daigner adresser un regard à son ami signifiait clairement qu'il n'avait pas entendu sa dernière question, ou qu'il ne voulait pas y répondre. Kise n'osa cependant pas insister, ne sachant même pas pour quelle raison il avait amené le lycéen basané sur le tapis. Ce n'est pas comme s'il avait une quelconque relation avec Kuroko... Enfin, le blondinet les avait déjà vu ensemble de temps à autre, surtout à l'extérieur de l'école lorsqu'il passait par hasard devant un terrain de basket, mais il n'avait jamais pris la peine d'approfondir le sujet. Il s'était peut-être imaginé que le jeune homme aux yeux azur pourrait éclairer sa lanterne mais... Non, il avait dû se tromper. Il n'y avait aucun moyen pour que deux types aussi différents entretiennent une quelconque relation en dehors de leurs parties de basket.

Il lui adressa un petit sourire compatissant.

"D'accord, à demain."

Kuroko acquiesça et s'en alla de la salle de classe en espérant ne croiser personne d'autre qui pourrait le mettre mal à l'aise. Heureusement, il put changer ses chaussures et ses affaires dans son casier sans soucis et prit la direction de la sortie du bâtiment. Il laissa un temps à ses yeux pour s'habituer à la lumière aveuglante du crépuscule. Ses pupilles claires étaient très sensibles, accentué par son état de fatigue qui lui fit opter pour aller prendre le tramway à la place. Le jeune homme pâle n'avait pas envie de marcher aujourd'hui, et voulait plutôt réfléchir. Il avait un peu du mal à comprendre son comportement, mais il avait ressenti très clairement un besoin de quitter la conversation avant qu'elle ne dégénère.

S'il avait parlé plus longtemps avec Kise, quelque chose aurait été brisé.

Le blondinet s'inquiétait pour lui, il lui en était reconnaissant mais pour une raison qui lui échappait, le bleuté avait un étrange sentiment. Pourquoi était-il toujours inquiet pour lui, alors que l'adolescent aux yeux miel avait déjà ses propres soucis? Pourquoi prenait-il tant soin de lui? Pourquoi? Peut-être parce que nous sommes amis, répondit une voix à l'intérieur de lui. Amis... Rentrer ensemble, s'amuser ensemble, avoir des passions similaires, sortir, parler de tout et de rien, parfois des filles. C'est ce que font les amis, mais ce n'est pas toujours ça. Ryouta était quelqu'un d'énergique, gentil, serviable et très beau, toujours entouré d'amis justement. Le genre de personne que n'importe qui aimerait, fille ou garçon.

Tetsuya devait admettre que lui-même se sentait bien avec lui. Son camarade était la seule personne avec laquelle il avait l'impression d'être quelqu'un de normal, comme tout le monde, et pas simplement parce que Kise venait lui parler par simple envie de se donner bonne conscience. Non, il sentait bien qu'il avait une sorte d'affection pour lui. Depuis le début de cette année scolaire, inlassablement, il revenait le voir, lui parler, lui proposer de passer du temps ensemble, délaissant parfois leurs camarades pour ce moment exclusif. Quelque part, Kuroko avait même l'impression d'être même plus spécial qu'un simple ami pour Kise. Il n'y avait pourtant rien de plus objectivement entre eux qu'entre les autres. C'était un lien très étrange.

Ce sentiment de se comprendre et d'être pareil...

Mais qu'en était-il de lui? Kuroko ne pouvait le décrire très clairement. Si Kise le considérait comme son ami, voire plus, lui-même ne savait pas si c'était réciproque. Il appréciait le blondinet, mais de là à dire qu'il était son ami... Quand bien même ce terme fut utilisé plusieurs fois, le dire concrètement le faisait se sentir mal à l'aise sans qu'il ne sache pourquoi. Il ne pouvait pas regarder objectivement les relations qui le liaient aux autres parce que depuis son enfance, elles ont toujours été étranges. En fait, pour peu qu'il s'en souvienne, il n'a jamais eu un seul ami jusqu'à la fin du collège. Ensuite... ensuite il y avait eu ces choses et paradoxalement, c'est à partir de là qu'il créa des liens. Ambigus. Indéfinissables. Mais qui restaient des personnes avec qui il eut et a encore des interactions.

Pourtant, aucun n'était venu de lui, parce qu'il ne recherchait pas instinctivement le contact avec les autres.

La raison pour laquelle Kise s'inquiétait pour lui, il ne la connaissait pas. Les personnes autour de Kise devaient sûrement aussi se demander pourquoi il était aussi préoccupé pour Kuroko alors qu'il devait s'occuper de son propre état de santé. Il ne le savait pas. Il ne savait pas si c'était parce que c'était de l'amitié ou autre chose, parce que blondinet n'était pas le seul à se soucier de son état de santé. Et cela ne rassurait pas l'adolescent invisible qui aurait largement préféré qu'ils fassent plutôt comme ses parents et ne rien voir de sa dégénérescence physique. Mais il savait que le jeune homme aux yeux ambre n'était pas opportuniste. Loin de là. Il était juste... juste inquiet.

Kuroko se sentit pas bien. Sa respiration commença à s'emballer et son corps à transpirer. Il n'arrivait pas à se calmer. Plus il y pensait, plus il suffoquait. Il savait qu'il devait arrêter de se faire du mal comme ça pour quelque chose d'aussi futile mais... mais au fond de lui, il savait que ce n'était pas futile. Il voulait vraiment donner une réponse à Kise pour qu'il cesse de s'en faire, mais tout le lui interdisait. Il hésita à en parler avec Aomine... mais décida de s'abstenir. Sans compter le fait qu'il l'ait envoyé sur les roses hier lorsqu'il lui avait proposé son aide, son camarade de basket-ball lui interdirait violemment de parler de quoi que ce soit. Surtout si ça concernait Kise. Et il savait que le côté protecteur et dominant de l'adolescent au teint mate pouvait être très fort lorsqu'il s'y mettait.

Laissant s'échappe un lourd soupir; comme il n'avait pas eu grand espoir dans cette idée, il n'était pas trop déçu.

Il entra enfin dans le train qui allait le mener chez lui, s'appuyant contre la porte et regardant par la fenêtre les couleurs vives du ciel qui dépérissaient au fur et à mesure que le temps passait

Oui, le temps qui passait était la seule chose qui lui assurait d'être dans la réalité.

OoOoOoOoOoOoOoOoO

"Hey, c'est Midorima Shintaro. Tu l'as suivi? Sérieux? Et tu n'as pas eut peur?"

"Il était bruyant pendant un moment, comme toujours il disait des choses sur des esprits maudits et puis soudain, il était silencieux."

"Quand je me suis retourné, il avait disparu."

"Eh bien, peu de personnes restent aussi tard dans ce lycée, donc ça se remarque pas. Mais lui, on le remarque justement quand il est là."

"Il est d'une discrétion légendaire..."

"J'ai entendu dire que quelqu'un l'avait vu se rouler par terre, à l'agonie."

"Non! Pourquoi j'aurais appellée l'infirmière pour un taré comme lui?"

"Et puis ya le petit brun qui est toujours avec lui qui est venue le chercher."

"Il faudrait peut-être que les profs fassent quelque chose, genre le virer, ce serait pas mal."

"Il le ramène toujours en vélo."

"C'est cette horloge qui sonne à 6 heures en chantant une berceuse?"

"Ouai, mais l'histoire, c'est qu'il n'est jamais là quand elle sonne."

"Personne ne peut rien faire contre Midorima, il fait partie d'une famille riche et influente."

"C'est vraiment glauque."

"Contente-toi de passer ton chemin et faire comme s'il n'existait pas si tu ne veux pas d'ennuis."

"Il a l'air d'un fantôme... mais il est vivant!"

"Franchement, il me fout les boules ce type."

"Il est vraiment effrayant! Vraiment!"

...

Son corps entier tremblait. Pris de violents spasmes, Midorima tenta tant bien que mal de rester debout alors que ses jambes ne demandaient qu'à céder sous son poids. Endurant la migraine, il progressa lentement dans le couloir en prenant appuie sur le mur pour ne pas tomber. Son autre main serrait son ventre à travers la veste noire de son uniforme scolaire, froissant, déchirant presque le tissu comme s'il voulait arracher la peau à travers le vêtement et sortir ce qu'elle contenait. Il avait l'impression qu'on venait de lui poignarder l'estomac. N'importe quoi pour que cela s'arrête. Le son de l'horloge répandait sa malédiction dans ses oreilles, passant aisément ses mains. Pour preuve, il se retrouvait dans cet état actuellement même en ayant tenté de se protéger.

Une goutte de sueur se forma de sa tempe à travers ses cheveux verts pour couler le long de son menton, retraçant ses traits déformés par la douleur. Il entendait d'ici les rumeurs à son sujet qui prendraient à nouveau de l'amplitude après cette journée. Si seulement celle-là avait pu être le fruit de son invention. Rien ne lui paraissait pire en ce moment que ce qu'il ressentait, et pourtant, le superstitieux en avait mijoté des histoires d'horreurs, que ce soit sur lui-même ou sur le lycée. Et même si certaine se doutaient que quelques-unes soient trop grosses pour être vraies, personne ne pouvait distinguer le vrai du faux. Quoi de mieux qu'une forêt pour cacher un arbre. La rumeur de l'horloge n'était qu'un bruit de couloir parmi tant d'autres qu'il eut semés et pourtant...

Et pourtant il aimerait bien qu'un jour, il ne devienne qu'une simple rumeur en effet. Mais ça n'allait clairement pas commencer maintenant.

"J'ai foiré..."

D'habitude, il s'assurait d'être parti du lycée avant six heures de l'après-midi. C'était presque comme une limite de temps, un chronomètre qu'il devait impérativement respecter, au point de mettre une alarme sur son téléphone portable pour se le rappeler. Cependant, depuis quelques jours, il perdait notion du temps, et avait même des absences. Il lui arrivait souvent d'être assis, posé à une table, regarder à l'extérieur et se laisser plonger dans ses pensées jusqu'à ce que tout ce qui l'entourait n'existe plus. Des heures et des heures à réfléchir, chercher des moyens, des solutions et avant qu'il ne s'en rende compte, la classe était déjà terminée, il n'avait rien écouté. Aujourd'hui, cela était allé jusqu'à ce qu'à tard dans l'après-midi et lorsqu'il s'en aperçut, il était déjà trop tard et la cloche était déjà prête.

Tout cela, c'était à cause de Kise et Aomine.

Depuis ce qui s'était passé chez lui, dans ce débarras, il ne cessait d'y réfléchir sans se soucier de l'heure, ni de l'endroit au point de ne plus arriver à en dormir la nuit. Comment pouvait-il trouver le sommeil tranquillement en sachant la catastrophe qui leur pendait au nez? N'importe qui à sa place serait depuis longtemps passé sous antidépresseur et somnifère, mais Midorima voulait garder l'esprit clair et lucide. Oublier, ignorer, faire l'autruche et trouver un bonheur aussi artificiel qu'éphémère; c'était exactement ce que voulait cet homme. La boîte de tranquillisant qu'il reçut comme petit cadeau le lendemain de son kidnapping était un message explicite: que ce soit par la manière douce ou par la manière forte, l'adolescent à lunettes avait intérêt à garder son rôle de spectateur passif dans cette histoire.

Bien sûr... Il avait vu de ses propres yeux que Kise, un spécimen de son genre comme il n'en existait que rarement, était totalement compatible avec Aomine, du genre opposé et celui qui à ce jour était le plus robuste de leur espèce. Ils allaient indéniablement être choisis pour ce rituel et... Et le pire restait à venir. Les deux adolescents s'attiraient l'un l'autre, ça crevait les yeux. La seule chose qui les retenait encore de passer à l'acte était leur sens de la raison. Daiki ne voulait pas brusquer les choses, Ryouta se persuadait que ce qui lui arrivait n'était pas normal - et il avait raison-. Quelque part, Shintarô avait de la chance que le blondinet n'ai pas été mis dans les conditions dès le début, car il opposait des résistances.

Mais il n'était pas dupe; ces résistances ne faisaient que lui faire gagner du temps, dans le meilleurs des cas. Car face à ces monstres, ils ne faisaient clairement pas le poid et ces resistances étaient aussi vaines qu'une piqûre de moustique,

"Gnnh.. aie..."

Aucune ombre n'était peinte par la vive lumière orangée dans son horizon, et son gémissement de douleur ne reçut qu'un écho solitaire à travers les corridors. Avec peine, il réussit à se frayer un chemin jusqu'à son but, certain désormais d'être seul dans le coin, et donc que personne ne le surprendrait si ça s'empirait. En effet que les toilettes des garçons du deuxième étage dans lesquelles Midorima était sûr de ne voir passer personne. Peu de personnes connaissaient leur existence du fait qu'elles soient placées dans un endroit très isolé, et elles étaient en plus situées au détour d'un couloir peu emprunté dans lequel le superstitieux pouvait passer sans qu'on puisse le voir et sortir d'un autre côté de l'école, lui permettant d'éviter les guetteurs trop curieux.

Les jours où il restait jusqu'à six heures, il les utilisait comme cachette secrète.

Pris d'une violente pulsion, il se tordit alors en deux. Son corps craqua. Ses muscles et l'intérieur de ses organes se contracta, comme s'ils voulaient exploser. Le crépuscule s'éteignait lentement, laissant place à une douce nuit; une période de transition où le surnaturel se manifestait brièvement sous des couleurs irréalistes. Une période pendant laquelle sa chair se réveillait. Et elle criait. Elle criait pour la libération. Elle criait pour sortir. Elle criait, de toute son âme. Sans répit. Sans temps mort. Des pleurs naquirent à l'intérieur de Midorima. Les larmes voulaient couler, mais il les retenait. Il les retenait toujours. Jamais il ne cèderait. Jamais il ne les laisserait partir, pas pour tout l'or du monde.

Ses lèvres lui fitrent goûter le fer du sang lorsqu'il toussa. Incapable de mettre la main devant sa bouche pour vérifier, il le fit tourner à l'intérieur de ses joues, ne sachant pas s'il devait le recracher ou le garder. Incertain de la nature du liquide, il préféra le ravaler avec une grimace de dégoût. Il n'était pas le premier à faire ça, mais en imaginant la vraie nature du sang, si on lui avait donné le choix, il aurait préféré boire son propre vomi à la place. Le coeur sur les lèvres, l'adolescent vert rentra enfin dans les w.-c pour hommes, vides comme il s'y attendait. Dans une petite cabine, il ferma et verrouilla la porte par principe et par peur qu'on puisse tout de même le voir dans cet état. Il suffisait qu'un idiot ait décidé de passer par là, même si les chances étaient faibles.

Une fois isolé, il se laissa glisser contre le mur, son dos frottant l'ivoire sombre de la pièce jusqu'à se retrouver assis par terre, en piteux état.

Pantelant de douleur, Midorima eut de la peine à sortir son téléphone portable de la poche de son pantalon. Cela ne lui mit pas longtemps pour retrouver dans son répertoire le contact qu'il cherchait et il pressa d'un doigt tremblant le seul numéro qu'il savait appeler dans cette situation. Au diable son orgueil, dans ces moments-là, il voulait juste qu'on vienne le sauver. Qu'on le sorte d'ici. L'appareil électronique lui renvoya dans un premier temps un silence auquel il resta pendu, imaginant déjà la personne ayant rejeté l'appel ou coupé son téléphone. Mais la tonalité signifiant que la connexion était en train de s'établir resonna enfin dans ses oreilles en rythme, chantant en canon avec le requiem qui ne voulait cesser.

'Dépêche-toi. Dépêche-toi! Dépêche-toi de répondre!'

Priant aussi fort qu'il put, Shintarô sentit le temps passer comme un flot incontrôlablement lent. Paradoxalement, son pouls n'avait jamais été aussi rapide. C'était une torture pour son corps et pour son esprit. Figé, il voulait que quelque chose se passe. N'importe quoi, mais que quelque chose arrive. Mais la tonalité continuait sa mélodie insupportable, le laissant suspendu au cruel espoir que quelqu'un finirait par décrocher. Il resserra sa prise sur le téléphone, faisant d'autant plus trembler sa main qui fit cogner l'appareil contre son oreille. On pourrait penser qu'il était sur le point de broyer l'objet électrique mais c'était tout le contraire. Un son sourd s'entendit alors par terre. Il venait de lâcher sa prise sous le coup des tremblements. Elle continuait sa chanson.

"J'ai mal... si mal..."

N'ayant pas la force de regarder où son téléphone était tombé pour le ramasser, Midorima se recroquevilla sur lui-même en attendant que ça passe. Les genoux contre le torse, la tête baissée, les dents serrées et les bras entourant ses jambes comme une ceinture protectrice, il resta ainsi, endurant la douleur. Il pouvait entre les vagues remuer à l'intérieur de son corps. Un ouragan de désespoir qui malmenait ses organes internes. Le pleur de la chaire voulait s'échapper de son corps. Mal. Tellement mal. Ça agonisait. Et ça hurlait pour s'évader. Elle voulait le briser. Le briser et sortir. Si ça avait été possible, ça lui aurait sûrement fait recracher tout ce qu'il y avait en lui pour bénéficier de cet espace.

Des gouttes humides sortirent alors de ses yeux verts pour couler le long de sa joue et venir se mélanger à la sueur. Une douleur qu'il goûtait tous les jours, à des fréquences plus ou moins fortes, et pourtant à laquelle il ne sera jamais habitué. Comme si l'intérieur de son corps se décomposait et se recomposer sans cesse... Non, comme s'il se faisait dévorer et se régénérait ensuite. Cette sensation d'être à la fois vide et plein. Plein de sang. Plein de chaire. Un surplus qui, à ce moment de la journée, ne demandait qu'à être évacué. Mais cette horloge... Cette horloge les réveillait pour accroître ce phénomène. Il n'en pouvait plus. Il fallait que ça cesse. il fallait qu'il parte. Il fallait qu'on l'emmène. Vite!

"Dépêche-toi de venir. Dépêche, dépêche, dépêche, dépêche, dépêche, dépêche, dépêche, dépêche, dépêche, dépêche, dépêche, dépêche!"

Midorima répéta inlassablement cette invocation, comme une prière. Au fond, c'en était une. Il souhaitait quelque chose et l'exprimait dans un vide qui ne répondrait peut-être jamais à sa demande, mais crédulement, il continuait de croire que quelqu'un l'entendrait et accorderait sa miséricorde. Ce n'était pourtant pas un die qu'il invoquait, mais un simple humain. Quelqu'un de plus faible, plus idiot et plus petit que lui. Mais quelqu'un de fiable. Chaque fois qu'il restait dans ce bâtiment maudit jusqu'à six heures, il l'appelait car il savait qu'il viendrait, sans faute. C'est pourquoi l'adolescent vert rongeait son frein comme il pouvait en attendant. Et espérer du plus profond de son coeur qu'il n'avait pas été abandonné.

La mélodie de son téléphone s'arrêta enfin de resonner, signifiant que la connexion s'était coupée d'elle-même.

Après un temps que personne ne saurait décrire, Shintarô entendit enfin l'écho lointain d'un bruit de course venant du hall. Il mit du temps avant de s'en rendre compte, ses sens amoindris par la douleur et sa conscience à moitié enfermée dans ce monde cauchemardesque, mais c'était bien lui. Personne d'autre à cette heure de la journée ne viendrait par ici, et certainement pas aussi pressé. Le soulagement se mêla à son angoisse de ne pas réussir rester conscient jusqu'à ce qu'il arrive. S'il s'évanouissait ici, ça allait être beaucoup plus compliqué de le faire sortir et surtout... surtout il ne voulait pas se retrouver en face d'eux. Il fallait juste qu'il tienne le coup le temps qu'il retrouve son chemin pour venir à lui.

Finalement, on ouvrit en grand la porte des toilettes dans un bruit assourdissant.

"Shin-Chan!"

Une voix familière appela ce nom que personne d'autre au monde n'utilisait. Il ne lui en fallut pas plus pour savoir que son calvaire allait bientôt prendre fin. Midorima essaya de répondre mais sa voix mourut avec l'atmosphère gorgée d'hormone. Ses lèvres sèches n'arrivant plus à bouger et sa gorge nouée empêchait tout son de sortir. Après avoir mis toute son énergie dans ses appels, il fallait que sa voix lui fasse défaut maintenant! Il renifla de rage envers lui-même et frappa violemment contre la porte de la cabine de W. -C dans laquelle il était enfermé pour signaler sa position. Ce n'était pas discret, mais au moins, le superstitieux était sûr qu'il le retrouverait tout de suite sans avoir besoin de fouiller les cabines une à une.

"J'arrive!"

La porte s'ouvrit juste après qu'il l'ait débloquée et comme prévu, Takao était juste derrière, paniqué et essoufflé. Une expression qui lui allait à ravir selon Midorima. Il n'eut malheureusement pas le loisir d'en profiter plus longtemps.

"Gnnmhh...!" Il gémit de douleur, incapable de rester plus longtemps comme cela.

"Shin-Chan..."

Regardant son camarade recroquevillé sur lui-même, l'adolescent brun laissa échapper ce surnom dans un soupir mélangeant inquiétude et désespoir. Il n'arrivait pas à comprendre comment le superstitieux, après avoir pourtant vécu cette scène tellement de fois, pouvait encore oublier de rester au lycée en sachant ce qui l'attendait. Il savait bien que Shintarô ne le faisait pas exprès - oui, il aimait lui donner des corvées pour avoir la simple satisfaction de le traiter comme un esclave, mais il n'irait pas jusqu'à se rendre malade juste pour ça - mais parfois, cela dépassait l'entendement. Bien sûr, il était toujours là s'il y avait besoin et son instinct infaillible associé à sa vue lui disait tout de suite lorsque quelque chose n'allait pas à la sortie des cours et qu'il ne voyait pas la grande silhouette avec ses lunettes.

Mais viendra fatalement un jour où il n'arrivera pas à temps, voire pas du tout, et que Midorima soit livré à son sort.

"Tu vas bien? Tu peux te lever?"

Comme pour répondre à cette question, le jeune homme essaya de se soutenir à la cuvette pour se redresser, se sentant un peu mieux maintenant qu'il voyait quelqu'un d'humain en face de lui. On aurait dit que quelqu'un lui avait enlevé tous les os de la jambe et si par miracle il réussissait à se mettre debout, le moindre pas lui donnait l'impression que le sol était en éponge. Shintarô ne pouvait toujours pas sortir un seul mot, ce que comprit vite Kazunari. Il lui laissa le temps de retrouver ses forces, de la même manière qu'un nouveau-né tentait de marcher. Pendant les quelques instants appuyés contre le mur, à se regarder l'un l'autre en attendant que les choses aillent mieux, Midorima pouvait sentir que les yeux bleu-gris de son homologue étaient trop insistants.

Gentiment, Takao posa sa main sur la joue du souffrant pour la caresser et essuyer ce qu'il avait pensé être des larmes.

"Tu saignes..."

Bien sûr. Il avait dû pleurer du sang. Comme toujours. Le superstitieux l'oubliait souvent, mais quand il était dans cet état, ce n'était pas rare que ses yeux deviennent le reflet de ces monstres. Dans ses mauvais jours, ils devenaient rouges et la seule chose qui pouvait alors le sauver était ses lunettes. Quelque part, il avait de la chance d'avoir développé sa myopie, là où d'autres évacuaient d'une autre manière... Cependant, ce geste, bien que compatissant, réveilla son orgueil et il repoussa violemment le pouce inquiet qui voulut le nettoyer un peu. Il n'avait pas besoin de ce genre d'affection, surtout pas maintenant. Ce dernier élan lui permit de retrouver sa voix, qu'il ne se gêna pas pour utiliser.

"Tu es en retard... tu es en retard, bon sang, abruti!" Reprocha-t-il avec le peu de force qui lui restait. "Mais qu'est-ce que tu fabriquais? Tu es vraiment inutile! Idiot! Bon à rien!"

"Désolé..." Répondit Takao, penaud et blessé. "Je te ramène chez toi."

"Oui, et vite!"

Une fois qu'il eut ramassé le téléphone de Midorima pour le remettre dans sa poche, Takao l'aida comme il put malgré son faible gabarit à marcher jusqu'à la sortie. Ce fut lent et fastidieux, beaucoup plus que la dernière fois où son camarade avait simplement été un peu secoué. Ici, Midorima luttait clairement pour ne pas se laisser tomber par terre. En outre, son corps lui faisait mal à chaque fois qu'on le touchait, cette excursion fait donc une véritable torture puisqu'il devait s'appuyer contre son porteur et ce dernier le serrait fortement pour le tenir. Mais il l'endura en serrant les dents, comme il le faisait à chaque fois que cela se passait. Fort heureusement, ils ne croisèrent personne à cette heure avancée, et n'eurent donc pas à supporter les regards douteux et murmures derrière leur dos.

Ils sortirent par-derrière, le plus court chemin pour atteindre le parking à vélos.

"Tiens bon encore un peu, on y est presque."

Midorima ne répondit pas, trop exténué et médusé. Il pouvait admirer les dernières couleurs orangées du ciel qui prenait très clairement le chemin de la nuit. Il détestait ce moment de la journée. Il faisait tout ce qu'il pouvait pour passer ce temps chez lui, combien même il haïssait aussi le foyer familial. La haine de ses parents n'était rien comparé à ce qu'il venait de vivre. Il avait très clairement fait une erreur aujourd'hui, une erreur qui aurait pu lui coûter cher si jamais cet homme avait été dans le coin. Non... ne pas penser à lui. Tout ça, c'était à cause d'eux. Ces deux... Il n'arrivait même pas à les nommer tellement il était furieux contre eux. Ils n'avaient même pas encore commencé qu'ils arrivaient quand même déjà à lui pourrir la vie.

Mais ils allaient voir. Il n'allait pas les laisser faire et s'il devait couper le mal à la racine, alors il le ferait sans hésiter.

Supportant la douleur interminable, Midorima eut un léger sourire.

Takao le ramena chez lui comme promis et l'aida jusqu'au palier de sa porte, après quoi son camarade décréta qu'il pouvait se débrouiller seul et le renvoya comme un mal propre.

Juste avant que la porte ne se referme, il put voir l'ombre des parents de Midorima derrière ce dernier, le toisant d'un air méprisant.