Bonjour à tous ! Me revoilà pour notre rendez-vous hebdomadaire (qui va bientôt se terminer j'ai le regret de vous l'annoncer...) Hé bien oui, la fin approche. Mais je ne vous abandonne pas pour autant, je suis en pleine rédaction de futures fics ! Votre retour de vacances s'est bien passé ?

Chansons du jour (bonjour) :
Already over/ Red
Breath/ Breaking Benjamin

Ririte : J'avoue, je ne cherche pas bien loin pour le caractère de Thorin ! Disons que je me suis dit que, pour être roi, il fallait avoir un minimum de sens de la conversation... Mais c'est vrai Bilbo pourrait être le plus bavard, je n'avais juste pas envie de lui donner ce rôle ! Bilbo non plus ne s'y attendait pas !
C'est normal que je te réponde ! Attends tu mérites une médaille tellement tu es une lectrice régulière et dévouée ! Merci à toi c'est toi qui es incroyable !
Bard te pardonne, promis !


Bonne lecture !


Chapitre 11

Bilbo croisa ses bras et s'appuya contre le dossier de sa chaise, mettant inconsciemment le plus de distance possible entre lui et Sauron. Il fronça ses sourcils, tentant de retrouver une expression la plus neutre possible.

- De mon futur ?

Il n'avait pas réellement envie de parler de futur avec Sauron. Il n'avait clairement pas envie de mettre au point des plans d'avenir avec cet homme. Disons que ce n'était pas ce qui l'attirait le plus.

Sauron eut un petit sourire en coin et il détailla l'espion pendant un certain moment. Qu'était-il en train de lire sur son visage ?

- Exactement. Plus précisément, de ton futur avec moi.

Là, la discussion avait pris une tournure carrément glauque. Bilbo allait se répéter mais il ne désirait absolument pas de planifier quoique ce soit qui ait un rapport de près ou de loin à un futur les liant tous les deux.

Avec Thorin, peut être. Mais avec Sauron hors de question. Et avec Smaug encore moins, bien évidemment. Bilbo ne préférait pas savoir ce que le second faisait à l'heure actuelle. Il devait probablement surveiller Bard... Bard ne devait pas être loin d'ailleurs, il y avait plusieurs bâtiments dans cette ancienne zone industrielle, il devait être gardé non loin, dans l'un d'entre eux.

Bilbo pinça ses lèvres, il aurait aimé voir son ami, histoire de s'assurer qu'il allait bien. C'était visiblement trop demandé.

L'espion se rappela ensuite qu'il était en plein dans un dialogue et qu'il était censé de ce fait répondre à Sauron. Comment ça il n'était pas forcément très motivé par cette idée ? Absolument pas voyons, vous vous trompez.

- Et quel genre de futur m'attend avec vous ?

Sauron eut l'air pensif et il prit le temps de réfléchir. Du moins, il feignit cet état de réflexion. Bilbo le soupçonna de connaître d'avance ses réponses mais de ne pas se presser afin de le faire languir davantage.

Sauron était comme Smaug, il calculait tout et prévoyait tous ses coups avant son adversaire. L'homme d'affaire devait se douter des questions que poserait inévitablement Bilbo une fois dans ce bureau.

- Tout dépend de toi.

D'une manière exagérément lente, il balaya l'air de sa main puis reprit tranquillement la parole :

- Il peut être brillant.

Il plongea à nouveau son regard dans celui de l'espion tandis qu'il énonçait la seconde possibilité :

- Ou catastrophique et relativement court.

Son air devint cruel, comme si l'idée lui était plaisante.

Bilbo eut un sourire crispé et faussement poli.

- Hé bien je vous en prie, faites moi vos propositions.

Sauron choisit cet instant là pour se lever, étant resté assis jusqu'ici. Ce n'était sûrement pas sans raison. Tous ses moindres faits et gestes étaient calculés. Il contourna tranquillement son bureau pour se placer aux côtés de Bilbo. Maintenant que l'espion était assis, Sauron paraissait plus grand, plus imposant et encore plus menaçant. Bilbo se crispa immédiatement et il dût se retenir de ne pas quitter également son siège afin de rétablir l'équilibre de taille et d'inverser le rapport de dominance. Il devait rester calme. Ce n'était vraiment pas le moment de se la jouer provocateur.

Sauron se glissa derrière l'espion et posa sans gène ses mains sur ses épaules. Bilbo se tendit davantage mais tenta de le dissimuler.

L'homme d'affaire prit la parole avant que la situation ne devienne trop gênante, pas qu'il ne s'en soucie particulièrement.

- Je ne comprenais pas au début pourquoi Smaug s'intéressait tant à ton cas. Après tout, tu n'attires pas vraiment l'attention au premier abord, tu fais tout pour paraître banal et tu y arrives bien, je dois te l'avouer.

Bilbo préféra demeurer muet, fixant le mur droit devant lui pour fuir les pupilles sombres de Sauron qui le transperçaient sans considération.

L'homme ne se formalisa pas de ce silence et parla à nouveau, tapotant le dossier du siège avec ses doigts :

- Pour être honnête, j'ai même cru que mon fidèle bras droit se trompait pour la première fois de sa vie. J'aurais eu tort de l'inciter à cesser cette obsession.

Sauron laissa son regard dériver et il eut un léger sourire nostalgique à la mention de ce souvenir. Bilbo en eut donc la confirmation grâce à ce geste, le dirigeant de Mordor était complètement et totalement cinglé. Smaug l'était tout autant, l'expression « Qui se rassemble s'assemble » n'avait jamais été aussi vraie.

Sauron, qui ne se lassait toujours pas de parler sans avoir de réponse de son interlocuteur, continua son monologue.

- Et maintenant, ce que je ne comprends pas, c'est que personne d'autre n'ait repéré ton potentiel. C'est assez étonnant que Smaug ait été le seul à ne pas vouloir te laisser t'échapper dans la nature. Je suppose qu'ils regrettent tous maintenant.

L'homme marqua une pause et haussa ses épaules face à sa propre remarque. Il ne s'en préoccupait guère à vrai dire.

- Tu es quelqu'un de très intéressant mon cher Bilbo.

L'espion tiqua en entendant cette phrase et eut enfin une réaction notable. Il fronça ses sourcils. D'où venait cette envie de Sauron de le complimenter de la sorte ? À quoi jouait-il donc ? Et cette familiarité, qui avait forcément un but, pourquoi l'utiliser pour quelqu'un qui l'avait trompé et volé ?

Quel était ce plan étrange que Sauron mettait au point ? Bilbo était maintenant particulièrement confus.

- Qu'est ce que vous voulez de moi ? demanda-t-il alors

Sauron fit tourner le siège de l'espion afin qu'ils puissent être en face l'un de l'autre. Bilbo affronta avec courage le regard qui le jugeait.

L'homme d'affaire afficha une expression indescriptible mais peu rassurante et il expliqua enfin ce qu'il avait en tête depuis le début.

- Je te propose de m'allier à moi.

Honnêtement, Bilbo avait bien envisagé cette proposition mais il l'avait très vite écarté, pensant que Sauron le trouverait bien trop insignifiant. Et puis même, vu ce que l'espion lui avait fait, il était surprenant que le dirigeant veuille par la suite l'embaucher. Alors d'accord, on disait : « Restez proche de vos amis mais encore plus de vos ennemis » mais tout de même, cette décision avait le mérite d'être inattendue.

Les sourcils de Bilbo se froncèrent à vue d'oeil et Sauron d'éclairer un peu plus le fond de sa pensée :

- Comme je te l'ai dit, je reconnais un certain talent en toi. Tu as été assez intelligent pour nous berner et nous échapper. Pas longtemps, certes, mais tu n'avais aucune chance d'y arriver de toute façon. Dans mon entreprise, j'ai bien besoin d'homme comme toi, discret et d'une efficacité irréprochable.

Sauron eut un petit rictus narquois.

- Et puis, je suppose que maintenant tu connais encore mieux Mordor puisque tu l'as étudié plus en profondeur récemment. Tu dois être plus familier avec mon univers , je me trompe ? Te connaissant, tu as sûrement voulu tout décoder par toi-même.

Touché.

Bilbo pinça ses lèvres, n'aimant pas qu'on déduise aussi facilement le comportement qu'il avait effectivement adopté.

Sauron comprit qu'il avait vu juste et il eut de ce fait l'air particulièrement satisfait. Il parut alors encore plus énervant.

- Alors, tu t'en doutes, tu as encore beaucoup à apprendre et tu n'as pas eu toutes les informations sur Mordor. Mais ce n'est pas très grave, Smaug et moi-même te formeront et tes lacunes ne seront qu'un mauvais souvenir.

Ses lacunes ? Belle tournure de phrase à peine vexante. Vraiment, Sauron savait manier le pouvoir des mots.

Sauron semblait persuadé d'obtenir gain de cause, comme si Bilbo allait être enchanté par la proposition et allait accepter directement sans se poser de questions. Sauf, qu'en réalité, ce n'était clairement pas le cas.

Bilbo voulait voir à quel point Sauron avait tout planifié alors il feignit d'être intéressé et il se redressa un peu.

- Quel serait le poste qui me serait attribué ?

L'homme d'affaire eut l'air ravi, comme s'il attendait depuis le début cette fameuse question.

- Tu aurais plusieurs fonctions bien évidemment, j'aime les employés sachant se diversifier. Mais je crois que le rôle d'espion te correspond très bien.

Que c'était surprenant.

Bilbo fit mine de ne bien saisir l'importance de cette fonction et il continua de poser des questions, tentant d'assembler toutes les pièces du puzzle dans son esprit. Il gagnait du temps aussi, il retardait l'échéance pour ne pas à avoir à donner sa réponse.

- Espionner qui ? Vous possédez l'entreprise la plus puissante et la plus influente de tout le pays. Qui craignez vous ?

Sauron fixa Bilbo avec un regard attendri, l'air de se dire « Pauvre petit, tu es tellement inconscient de la vraie vie ». Ce n'était pas réellement exact d'ailleurs. Certes, l'espion devait à peine se figurer à quel point le chiffre d'affaire de Mordor était gonflé illégalement mais il ne vivait pas non plus dans le monde des bisounours... Il en avait vu et vécu des choses peu agréables.

Sauron critiquait peut être le côté idéaliste et juste de Bilbo. Vu comme l'homme d'affaire utilisait des méthodes plus ou moins fourbes pour arriver à ses fins, cela ne serait pas si étonnant en fin de compte.

Ce dernier reprit la parole, faisant quelques pas autour de l'espion, ne le quittant pas des yeux .

- Tu apprendras qu'être le plus puissant est une chose mais le demeurer en est une autre. Il est en effet plus difficile de rester en tête que de démarrer la course. L'endurance est la clé du succès.

Sauron aussi était un adapte des métaphores imagées pour illustrer ses propos ? Il devrait bien s'entendre avec Gandalf... Quoique. Non en fait puisque Gandalf avait embauché Bilbo pour contrer Sauron justement. Cette similitude dans leurs manières de s'exprimer était assez amusante, même si Bilbo n'avait pas du tout le moral à rire.

- Tout comme la ruse d'ailleurs. Il faut savoir repérer ses ennemis potentiels et les éliminer bien avant qu'ils ne vous fassent de l'ombre.

Aucun doute n'était possible, Sauron était un connaisseur en la matière. Combien de petites entreprises avaient fait faillite par sa faute ? Il faudrait probablement une éternité pour les nommer toutes.

Bilbo, toujours assis sur son siège, fronça ses sourcils.

- Les éliminer ou faire en sorte qu'ils soient à votre écoute afin de se servir sans vergogne de leurs ressources ?

Il avait bien vu comment agissait la plupart des partenaires de Mordor. Ils n'agissaient pas par plaisir, ils tentaient plus de satisfaire Sauron afin que rien de négatif ne leur tombe sur la tête et ruine leur réputation.

Sauron ne releva pas le côté sarcastique dans le ton du plus jeune. Au contraire, il eut l'air impressionné et il hocha la tête.

- C'est exactement ça, tu vois, tu apprends vite.

C'était comme s'il était fier de l'espion et de ses déductions. Comme s'il savait d'avance que Bilbo serait un excellent allié.

Inutile de dire que cela fit un peu peur au concerné. Il avait l'impression de ne plus pouvoir décider de lui-même, de ne plus contrôler son destin. L'assurance de Sauron était très déconcertante.

Bilbo finit par se lever et se retrouva donc à la même hauteur que son interlocuteur. Enfin, il était toujours un peu plus petit mais il avait moins la sensation de se dévisser la tête pour pouvoir regarder Sauron.

- Et si je refuse ?

L'homme d'affaire se mit directement à rire, surprenant l'espion qui ne s'attendait pas à une telle réaction. Qu'est ce qui était si drôle ? Il n'avait pourtant pas tenté de faire de l'humour en posant cette question.

- Refuser ? répéta l'homme d'affaire

Cela semblait être la chose la plus stupide au monde.

Il calma son fou rire et secoua sa tête.

- J'aurais du y penser... Tu as toujours des idées surprenantes mon cher.

Bilbo serra ses poings pour retenir une remarque cinglante derrière ses lèvres qui faisaient barrière. Sauron se moquait ouvertement de lui, le prenant totalement de haut. C'était clairement une situation assez insupportable.

Le dirigeant de Mordor força ensuite son interlocuteur à se rassoir, gardant toujours son air moqueur.

- Tu peux refuser.

Il posa ses deux mains sur les épaules de Bilbo afin que celui-ci reste sagement à sa place et il sourit alors d'une manière absolument pas rassurante. Il prit la parole avant que l'espion ne puisse le faire.

- Mais je ne crois pas t'avoir laissé le choix à vrai dire.

Bilbo ne fut pas vraiment surpris. Après tout ce qu'il avait fait, Sauron n'allait clairement pas le relâcher et laisser vagabonder dans la nature juste parce qu'il avait refusé gentiment sa proposition. C'était prévisible.

L'espion repensa au début de la discussion, quand l'homme d'affaire avait évoqué son futur. Futur qui pouvait être brillant ou très court. Brillant donc s'il ralliait Mordor ou, court s'il rejetait l'offre.

Sauron s'attendait sûrement à ce que Bilbo se sente, au moins, menacé. Cette phrase n'eut pas vraiment cet effet en réalité. Bilbo avait déjà imaginé sa mort prochaine et il avait fait la paix avec cette idée.

Pour ceux qu'il laissait derrière lui, c'était particulièrement égoïste comme décision. D'un autre côté, il avait déjà fait tout ce qu'il pouvait.

Il croyait alors naïvement que, s'il n'était plus, plus personne n'aurait de problème puisqu'il en était la cause principale.

Sauf que Sauron n'avait pas prévu les choses de cette façon pour lui.

- Si tu persistes à vouloir refuser, je crains que ton cher ami Bard risque de payer au prix fort cet affront.

Évidemment. Quand on avait un point de pression, ce serait bête de ne pas l'utiliser plusieurs fois. Quand cesserait donc ce chantage odieux ? Après Smaug, c'était Sauron qui utilisait cette méthode odieuse.

Toute la détermination de Bilbo s'envola aussi vite et ses épaules s'affaissèrent, signe de son abandon.

Sauron retrouva son sourire cruel.

- Brave petit.


L'endroit était glauque.

Ce fut la première pensée de Thorin quand il arriva devant la fameuse zone industrielle dans laquelle Bilbo se trouvait. Enfin, il était censé se trouver à l'intérieur puisque le téléphone de Thorin était là-bas. Et vu que Bilbo avait emporté le portable du garde du corps, ce serait assez logique que cela corresponde.

Thorin observa le lieu, l'ambiance particulière s'y dégageant ne l'inspirant pas vraiment à entrer. Ce n'était pas pour rien que c'était désaffecté. Smaug choisissait de drôles d'endroits lorsqu'il cherchait une cachette.

L'avantage c'est qu'il ne pouvait pas être dérangé, l'endroit n'inspirait tellement pas confiance, personne ne serait assez fou pour s'y risquer. Sauf Thorin, bien évidemment. Mais il avait une raison d'y aller.

Il se demanda s'il devait mettre au point un plan d'attaque. Il n'avait en fait aucune idée de ce qui pouvait l'attendre là-bas et il n'avait aucun moyen de le savoir. Avec un peu de chance, Smaug serait seul mais il pouvait tout aussi bien avoir prévu le coup et s'être entouré de quelques uns de ses hommes. Inutile de préciser quelle situation arrangerait le plus le garde du corps.

Mais ce serait un peu un miracle inespéré. Ce serait impensable que le bras droit de Sauron soit totalement seul et sans moyen de protection.

Smaug était fou mais pas inconscient non plus.

Thorin se fit presque la réflexion qu'il devrait mieux attendre avant de s'engager aveuglément dans ce qui était sûrement un piège. Presque. Parce qu'il se rappela ensuite qu'il n'avait pas le loisir de prendre son temps.

Il envoya malgré tout ses coordonnées à Gandalf, porté par un élan de lucidité qui le rendit raisonnable. Enfin raisonnable... Tout comme on pouvait l'être quand on s'apprêtait à entrer en zone ennemie sans avoir fait un seul repérage.

D'un geste habile, il chargea le révolver et le garda dans sa main droite, prêt à s'en servir au moindre soucis.

Thorin regarda une dernière fois l'application, repérant l'endroit où Bilbo avait été, à priori, emmené. Il y avait plusieurs bâtiments, il semblait être dans celui situé le plus à gauche de la zone.

Le garde du corps verrouilla finalement la voiture, laissant le téléphone à l'intérieur, n'en n'ayant pas besoin. Il cacha ensuite les clefs dans les jantes du pneu arrière gauche. Il n'avait au final qu'une seule chose avec lui, l'arme à feu. C'était clairement le seul objet qui pouvait lui être utile à l'heure actuelle.

Il se dirigea donc vers le bâtiment qu'il avait repéré au préalable, tenant fermement l'arme dans la main.

Il était sur ses gardes, ce qui était totalement légitime au vu de la situation et il écoutait donc les sons environnants. C'était assez silencieux, même un peu trop pour que cela ne paraisse pas étrange.

Thorin plissa ses yeux et ouvrit la première porte qui n'était pas fermée. Vu que l'endroit était censé être abandonné, cela n'était pas surprenant en soit mais l'ambiance était définitivement tendue.

Il traversa un long couloir tout aussi vide et silencieux et il longea les murs, s'attendant à faire de mauvaises rencontres à n'importe quel moment.

Il passa une autre porte qui donna sur un autre couloir. Sérieusement ? Il n'était pas venu pour se perdre dans un labyrinthe d'allées et de portes. Le bâtiment était plutôt grand, espérons qu'il soit constitué de quelques véritables pièces sinon les nerfs, déjà maltraités du garde du corps, allaient très rapidement lâcher.

Thorin se retint de soupirer d'agacement, comme si ce simple geste risquait de briser le silence s'étant installé et, par la même occasion, de révéler sa présence. Non mais on n'est jamais trop prudent...

Il traversa le couloir avec appréhension et se retrouva devant un grand hall parfaitement vide mais qui faisait l'intersection entre plusieurs autres allées. Charmant. Comment savoir dans laquelle s'engager ?

Thorin analysa les choix s'offrant à lui et plissa ses yeux, ayant l'impression de voir de la lumière émanant du couloir juste en face de lui. Le chemin à prendre paraissait d'un coup plus évident.

Thorin s'avança et se dirigeant vers la porte fermant cette fameuse pièce éclairée. Une fois devant il se questionna, comment allait-il faire si la porte était verrouillée ? Devait-il griller sa couverture et la défoncer ? Un coup de feu sur la serrure et il rentrerait sans soucis. C'était le seul endroit allumé, ça ne pouvait être anodin. C'était même très probablement fait exprès.

À la grande surprise du garde du corps, il n'eut pas besoin de faire quoique ce soit, la porte s'ouvrit dès qu'il abaissa la poignée.

Tout ceci était définitivement louche. On aurait voulu l'attirer à l'intérieur, on ne s'y serait pas pris autrement.

Thorin jeta un regard derrière lui, personne. Il n'y avait pas non plus de caméra placées judicieusement susceptibles de l'avoir repéré. Le silence demeurait toujours le roi, comme si l'homme était le seul à s'aventurer dans ces couloirs.

« Quand faut y aller faut y aller. »

Au point où il en était, ce serait idiot de reculer maintenant. Il raffermit sa prise sur son arme à feu et entra dans la pièce.

Aucune trace de Bilbo, ce qui contrariait beaucoup Thorin qui s'était pourtant engagé dans le bâtiment afin de le retrouver. Par contre, il y avait quelqu'un qu'il connaissait et qui était tout bonnement attaché sur une chaise placée au centre de la pièce. Celui ayant manigancé tout cela avait un sens de la mise en scène.

Bard ne pouvait pas parler, ayant un bandeau contre sa bouche, mais par contre il fixait Thorin et son regard était bien plus expressif. Il ne paraissait pas du tout ravi de recevoir de l'aide. En fait, c'était même le contraire, il semblait assez énervé.

Cela agaça le garde du corps, il repartait chercher Bilbo si l'autre n'était pas content de le voir !

Il croisa ensuite son regard et réalisa que, peut être, Bard n'était pas en colère par sa faute. L'homme avait l'air de vouloir lui envoyer un message. Un message du style « Fais attention à toi, nom de dieu ».

Ne faisant pas l'erreur de déposer son arme, Thorin s'approcha et commença à détacher Bard, en commençant par lui retirer son bandeau. Dès qu'il fut libre de parler, Bard prit directement la parole :

- Dis moi que Bilbo n'est pas venu et que Smaug voulait juste me faire peur...
- À ton avis je suis ici pour quoi ? répondit Thorin les dents serrées

Il passa derrière Bard pour lui détacher les poignets, se battant contre le double nœud beaucoup trop serré.

- Il t'a dit quelque chose ?
- Il a apporté quelque chose tout à l'heure. Un téléphone. Il semblait ravi.

Thorin releva sa tête et vit, en effet, son propre portable posé sur une petite table au fond de la pièce. Tout avait été donc calculé pour qu'il rentre dans ce bâtiment précisément. Mais pourquoi le faire retrouver Bard ?

Il n'eut pas le temps de trouver une réponse à cette question.

Azog fit une entrée fracassante dans la pièce.


Bilbo n'osait plus prendre la parole. En fait, il ne sentait même plus capable de faire n'importe quel geste.

Il avait perdu le combat, il était obligé de faire tout ce Sauron désirait au risque que son ami en paie les frais.

Il détestait cette situation.

En plus, Sauron tournait autour de lui lentement, tel un vautour, s'amusant de sa position de force.

Jusqu'à quand ce chantage injuste allait durer ? Bard allait-il être relâché un jour au moins ? Heureusement, ses enfants n'étaient pas dans l'histoire... Enfin pour l'instant.

- Hé bien, finit par dire le dirigeant de Mordor, Je te propose que nous mettions au point ton contrat dès à présent.

Bilbo leva ses yeux vers lui, l'idée paraissant totalement le révulser.

Smaug choisit ce moment pour se montrer et l'espion eut en face de lui deux êtres totalement terrifiants qui jouaient clairement dans le camp adversaire. L'atmosphère de la pièce s'était donc alourdie et l'espion ne pût s'empêcher de ressentir une certaine tension. Qu'allait-il encore arriver ?

Il remarqua ensuite que Smaug tenait quelque chose dans ses mains. Une arme plus particulièrement. Un révolver qui parut familier aux yeux de Bilbo, et à raison. Il l'avait eu en sa possession durant de nombreux mois.

Bilbo se figea. Il allait laissé l'arme dans l'appartement, si Smaug l'avait en sa possession, cela ne voulait malheureusement signifier qu'une seule et unique chose. Thorin était ici mais il était en mauvaise posture.

Clairement, la situation ne pouvait pas être pire. Bilbo aurait presque pu en pleurer de désespoir. Déjà Bard s'était fait kidnappé et maintenant c'était Thorin qui était entre les griffes des deux hommes dirigeant Mordor ? Tout prenait maintenant une tournure horriblement dramatique.

Smaug capta la panique de l'espion et il esquissa un sourire carnassier, particulièrement très heureux de produire un tel effet.

- C'est très sympathique de ta part de m'avoir fait livré mon arme pour me la rendre. Tu n'avais pas à t'embêter autant voyons.

Bilbo se força à inspirer profondément, calmant les battements de son cœur qui avaient pris un rythme effréné. Il devait se contrôler.

Sauron échangea un regard satisfait avec son bras droit.

- J'allais parler des termes du contrat, mais je crois que le lieu n'est pas forcément adapté... Qu'est ce que tu en penses ?
- Je suis tout à fait d'accord.

Bilbo sentit qu'il allait encore moins aimer la suite des événements.


Thorin fulminait de rage. Il avait pourtant réussi à maîtriser Azog, sans trop de galère qui plus est. Sauf que non. Rien ne pouvait se passer convenablement aujourd'hui. Tout finissait par foirer à un moment ou un autre. Il avait fallu qu'un second homme de main entre dans la pièce et prête main forte à Azog. C'était d'ailleurs le fils de ce dernier mais ça, Thorin l'ignorait.

Il se retrouvait comme un idiot attaché lui aussi sur une chaise, installé juste à côté de Bard qui semblait être désespéré au plus haut point. Tu parles d'une sauvetage... C'était juste une action suicidaire qui n'avait jamais eu la moindre chance de réussite. Avant, il n'y avait que Bard qui était retenu, maintenant ils étaient trois.

Bien joué. Franchement ça avait été particulièrement intelligent. Donnons à l'ennemi l'avantage alors que le jeu était déjà en sa faveur.

Bard était d'autant plus désespéré parce qu'il avait su que ceci allait se finir de la sorte. Il connaissait Bilbo (et Smaug aussi visiblement), c'était évident qu'il allait venir. Que Thorin le suive était tout aussi logique.

Son seul espoir reposait maintenant entre les mains de Gandalf. Espérons qu'il soit d'une efficacité irréprochable et arrive juste à temps.

Smaug choisit ce moment pour se montrer et il toisa les deux hommes ligotés avant de se tourner vers Azog qui attendait des directives. Le bras droit de Sauron le congédia, jugeant qu'il n'avait plus besoin de ses services.

- Vous pouvez disposer, j'ai à parler à ces messieurs.

Azog hocha sa tête et quitta la pièce, emmenant avec lui son fils qui avait l'air assez content d'être libéré de ses occupations.

Smaug sourit et vint récupérer le téléphone de Thorin, secouant ensuite sa tête comme si quelque chose l'amusait mais qu'il ne voulait pas rire pour rester respectueux. Tout le monde savait pourtant qu'il ne respectait ni Thorin ni Bard... À vrai dire, Smaug ne respectait pas grand monde. Il estimait juste Sauron, cela expliquait pourquoi il restait à ses côtés et travaillait avec lui. Pour obtenir les faveurs de cet homme à l'esprit si aiguisé, il valait donc mieux avoir une certaine motivation et correspondre à toute une liste de critères assez précis. Il y avait peu de personnes rentrant dans cette liste. Smaug n'était pas l'homme le plus sociable au monde, on ne pouvait pas vraiment dire qu'il avait des amis. Il avait des proies, des jouets, des pantins mais pas des proches. Il établissait avec ses contemporains des relations de force basées sur la manipulation et l'influence. Certaines personnes réveillaient un intérêt chez lui mais pas un sentiment d'amitié. Bilbo rentrait dans cette catégorie d'ailleurs. Le jeune espion avait quelque chose d'intriguant, cette expérience qu'il avait, malgré son jeune âge, était surprenante. Il serait sans aucun doute un atout indéniable pour Mordor. Et si Bilbo acceptait la coopération, peut être arriverait-il à recevoir le statut non pas d'ami mais d'allié. C'était une chose d'avoir réussi à retrouver cet espion, le convaincre de rester auprès d'eux et de leur jurer une fidélité éternelle ainsi qu'un dévouement sans faille en était une autre. Mais Smaug ne s'inquiétait pas à ce sujet, il n'y existait rien qu'il ne sache pas obtenir.

Bilbo serait récitent dans un premier temps, c'était évident. Il finirait pourtant par changer d'avis. Il apprécierait même le travail qu'il effectuerait au nom de Mordor, Smaug en était persuadé. Ce jeune homme cachait au fond de lui une certaine violence qui ne demandait qu'à être nourrie. Il suffisait juste de réveiller ce potentiel et Bilbo deviendrait alors leur meilleure recrue. Smaug avait le don de repérer les futurs talents pour son équipe. Il ne s'était jusque là jamais trompé, Azog n'était pas de leur côté pour rien. C'était pour cela que Smaug n'arrivait pas à laisser Bilbo lui échapper, ce n'était pas qu'une question d'égo, ce n'était juste pas cet instinct de chasseur qui le poussait à le suivre. Non, c'était purement et simplement cet intérêt inhabituel que Smaug ressentait pour ce singulier garçon. Le bras droit de Sauron l'avait su dès le début, Bilbo avait un potentiel qu'il fallait exploiter. L'homme d'affaire était particulièrement bon aux jeu de cartes, il gardait toujours un as caché dans sa manche qu'il ressortait judicieusement pour récolter la victoire. Bilbo pouvait être cet sorte de joker pouvant renverser la partie en sa faveur. À condition de l'avoir bien éduqué auparavant bien évidemment.

Smaug sourit, appréciant d'avance tout ce qu'il pouvait faire pour retourner l'esprit de cette jeune personne et de le rendre absolument docile et serviable. Le plus amusant n'était pas encore arrivé, il ne faisait qu'en savourer l'avant-goût. Tout se passait comme il en avait décidé , malgré les petites contrariétés ayant presque modifié son jeu, et les pions qu'il avait placé sur l'échiquier adoptaient une position lui convenant totalement. Encore quelques mouvements et la partie serait terminée, remportée avec brio. Le résultat allait être plus que satisfaisant.

Sauron devait être dans le même état jubilatoire, Smaug en était persuadé. Il ne pouvait que le comprendre. Quoi de mieux que de dominer ses adversaires et de se savoir imbattable ? Quelle sensation pouvait bien être plus grisante que celle ci ? Voir ses ennemis lutter jusqu'à la fin, leur laisser un mince espoir... Puis les écraser sans plus de considération une fois qu'ils ont rampé jusqu'à votre trône, du haut duquel vous les observez, méprisant.

Un jeu. Tout ceci était un jeu. Un jeu morbide mais un jeu malgré tout. Smaug adorait ça.

Il regarda une dernière fois le téléphone qu'il avait dans les mains puis le reposa à sa place initial avant de soupirer.

- Sérieusement, tu pensais pouvoir me surprendre ?

Il se tourna vers Thorin, lui faisant comprendre que c'était bien à lui qu'il s'adressait de façon si moqueuse. En réponse, le garde du corps le fusilla du regard, montrant ouvertement toute l'animosité qu'il ressentait à son égard. Il le détestait profondément et n'avait pas peur de le faire savoir. Ce serpent rassemblait tout ce qui crispait le garde du corps. Il n'allait donc pas se forcer à être agréable, hors de question !

Voyant qu'il avait affaire à un interlocuteur particulièrement récitent à la conversation, Smaug reprit la parole, se rapprochant par la même occasion.

- C'était intelligent, le coup du traceur. Dommage que je m'en sois douté.

L'homme aurait alors pu se contenter d'ordonner à Bilbo de se débarrasser du téléphone, Thorin n'aurait pas imaginé avoir une longueur d'avance. Mais constater que le garde du corps était prêt à remuer ciel et terre pour retrouver Bilbo avait énormément amusé Smaug. Il n'avait donc rien dit et avait laissé Thorin venir jusqu'à lui. C'était si drôle de jouer avec les espoirs des gens.

Bard ne savait pas réellement ce qu'il s'était passé depuis qu'il avait été capturé, n'ayant pas vraiment de contact avec le monde extérieur mais en écoutant cette conversation, il pensait avoir compris quelques morceaux de l'histoire. Il en était maintenant plus que persuadé : la fourberie du bras droit de Sauron n'avait définitivement aucune limite et c'était particulièrement visible à l'heure actuelle. Il valait mieux stopper cet homme avant que sa folie ne dégénère et n'enflamme tout sur son passage par la même occasion. Sauf que, vu l'état actuel des choses, Bard ne pouvait malheureusement par faire grand chose. Et c'était terriblement frustrant. Il avait l'impression de voir la fin du monde se dérouler sous ses yeux, de savoir qu'il pouvait arrêter la destruction mais de ne pouvoir bouger. Ce sentiment d'inutilité totale était purement atroce.

Thorin jetait toujours des éclairs à Smaug via ses yeux devenus perçants. Il ne se démontait pas malgré la situation qui ne le mettait clairement pas sous son meilleur jour. Il semblait prêt à arracher ses liens tellement ses poings étaient serrés. Il n'y avait évidemment aucun moyen qu'il n'y parvienne mais la détermination présente dans son regard pouvait convaincre n'importe qui que, si, il en était capable.

Smaug finit par sourire une fois qu'il fut planté devant ses deux prisonniers, ravi d'avoir trouvé les deux faiblesses de ce jeune espion qui allait lui appartenir. Bard et Thorin n'auraient pas d'autre utilité dans son plan génialissime. Malheureusement pour eux. Mais ils ne le savaient pas encore. C'était d'ailleurs probablement pour cela que Smaug trouvait la situation d'autant plus amusante.

- Enfin... J'ai malgré tout une bonne nouvelle pour toi !

L'enthousiasme soudain de l'homme ne rassura pas vraiment Thorin. En fait il commença même à s'inquiéter.

Smaug lui fit signe de ne pas bouger, comme si l'autre pouvait faire quoique ce soit... C'était vraiment ridicule. Il sortit de la pièce.

Bard et Thorin profitèrent de ce moment de répit pour s'échanger un regard. Celui de Thorin dériva ensuite vers le sol et Bard fronça ses sourcils, l'imitant. C'était comme une indication muette que lui donnait le garde du corps.

Thorin bougea son pied gauche, laissant à découvert une partie de sa cheville. Bard ne comprit pas de suite puis il remarqua la présence d'une lame. Il releva ensuite ses yeux vers Thorin et hocha sa tête. Il avait compris le message. Finalement cette technique pouvait se révéler utile. Heureusement que Thorin était un plus grand fan de film d'action que Bard. Bard ne critiquerait plus jamais les protagonistes ou la logique scénaristique de ces genres de film. Promis.

- Regarde qui je te ramène ! J'espère que tu es heureux, annonça Smaug en revenant, accompagné cette fois.

Sauron se tenait un peu en retrait mais Thorin le remarqua à peine, simplement parce que Smaug avait fait entré Bilbo, le tenant par l'épaule.

À nouveau, ce fut comme si le temps se figeait.


J'espère que cela vous a plu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! À bientôt pour un prochain chapitre !