Pov omniscient
Salieri était vraiment épuisé, et Mozart n'était arrivé que deux jours plus tôt. L'Autrichien avait bien mit sa menace à exécution, ne lui laissant pas une heure entière de repos, à moins qu'il soit lui-même endormis. Comme c'était justement le cas, Salieri s'extirpa avec difficulté de ses bras, ayant bien besoin d'un verre d'absinthe. Son amant grogna de mécontentement, suscitant un sentiment d'amusement chez l'Italien, mais il ne se réveilla heureusement pas. Salieri savait qu'il devait se dépêcher. Son amant ne tarderait pas à se réveiller à cause de son absence. Ne prenant la peine que de prendre un bas, il se pressa en bas sans pour autant faire de bruit.
L'Italien parvint à se servir un verre d'alcool, savourant ce court et inespéré moment de calme. Il aimait Mozart plus que tout mais ce dernier était vraiment fatiguant à toujours sauter partout, aussi attendrissant soit-il. L'Italien avait beau aimer la compagnie de son aimé, il avait du mal à lâcher son habitude à s'isoler.
Le compositeur tant aimé de Joseph II porta avec délectation son verre à ses lèvres mais la porte de derrière s'ouvrit en grinçant faiblement, le faisant sursauter. Il se retourna vivement, prêt à mettre dehors l'intrus, mais reconnut avec soulagement Maria. Son amie d'enfance lui fit les gros yeux en le voyant dans cette tenue, choquée qu'il soit déjà passé à autre chose, et croisa les bras sous sa poitrine avec un air colérique.
_ J'espère que tu as une très bonne explication, le prévint-elle sévère.
Ils entendirent quelqu'un courir dans les escaliers, Mozart… Salieri adressa un regard triste à son verre plein, faisant son deuil du liquide qu'il était venu chercher. L'Autrichien n'était pas plus vêtu que son amant et ses cheveux partaient dans tous les sens, ce qui fit rire Maria.
_ Wolfgang !s'écria Maria heureuse. Je suis tellement contente de te voir !
L'Autrichien lui sauta dans les bras, lui aussi heureux de la voir. Salieri profita de cette diversion pour essayer de boire le liquide auquel il s'était habitué mais il n'eut même pas le temps d'en avaler une gorgée avant que Mozart se concentre à nouveau sur sa personne.
_ Tu m'as désobéit Antonio !le gronda-t-il.
Salieri abandonna l'idée de finir –ou plutôt de commencer- son verre et se retourna vers celui qui partageait sa vie.
_ Je ne voie pas de quoi tu parles, lui assura-t-il faussement choqué. J'ai respecté à la lettre tes exigences.
_ Tu es partis du lit avant même que je me réveille, donc tu étais sans moi, et je te retrouve avec quelqu'un d'autre ! Donc tu as violé toutes mes règles !
_ Maria vient tout juste d'arriver, et je n'étais pas bien loin, se défendit Salieri.
_ Je me moque de tes explications ! Tu es puni une semaine de plus !trancha Mozart autoritaire.
L'Autrichien n'était évidemment pas fâché contre son amant, mais leur situation actuelle lui plaisait énormément. La veille, il leur avait fallut la journée pour parvenir jusqu'à la chambre tant leurs étreintes étaient nombreuses, et il adorait avoir son compagnon entièrement à sa merci.
_ Bien, soupira Salieri vaincu. Et si tu nous disais plutôt ce qui t'amène Maria ?
Mozart récupéra ses valises et la conduisit vers un siège, la devinant lasse de son voyage. Malgré sa fatigue, la jeune femme affichait un sourire ravi, tellement heureuse de voir que les deux compositeurs avaient trouvé le bonheur dans les bras de l'autre.
_ Je suis partie dès que j'ai reçu ta lettre, expliqua-t-elle calmement. Je me doutais bien que tu ne me disais pas tout et que tu n'allais pas aussi bien que tu le prétendais, alors j'ai voulu venir te soutenir. Je ne m'imaginais pas une seule seconde interrompre votre voyage de noces.
_ Voyage de noces, répéta Mozart rêveur. Voilà un concept vraiment intéressant.
_ Ne lui donne pas de mauvaises idées, grogna Salieri. Il en a déjà suffisamment pour le moment.
Mozart lui fit un sourire innocent avant de l'embrasser avec passion, le titillant à dessein. Salieri posa ensuite une courte série de question pour s'enquérir du déroulement de son séjour et la laissa aller se reposer. A peine eut-elle disparut de son champ de vision, Salieri sentit des lèvres chaudes se poser au creux de son cou.
_ Wolfgang, pas maintenant, refusa l'Italien.
_ Si, maintenant !s'obstina l'Autrichien.
_ Maria vient de rentrer, elle aimerait certainement pouvoir se reposer.
_ Alors on va faire un tour.
_ Par ce froid ?grimaça Salieri.
_ Il fallait réfléchir avant de me quitter, le nargua Mozart en montant les escaliers.
Salieri soupira une nouvelle fois. Ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait pouvoir passer une après-midi calme à flâner dans les rues. Pas qu'il se plaigne du programme arrêté par son compagnon, mais il avait vraiment besoin de repos. Bien qu'exténué, Salieri se leva de son siège pour aller s'habiller, sachant que Mozart n'était pas réputé pour sa patience. Alors qu'il se changeait, son compagnon prépara un panier qu'il prit soin de lui cacher et se rinça l'œil en regardant celui qu'il aimait se dévêtir pour enfiler des vêtements propres et chauds.
Une fois prêt, Salieri rejoignit Mozart qui l'embrassa tendrement et lui prit la main pour le tirer dans les escaliers. L'Autrichien décida de se rendre dans une prairie qu'il aimait fréquenter lors de son bref passage dans la ville natale de son aimé, et ce dernier fut plus que surpris de reconnaître le lieu où il avait tant aimé se ressourcer lorsqu'il était enfant. Alors que l'Italien, toujours ébahi de revoir ce lieu, scrutait les alentours, son compagnon étendit la couverture qu'il avait pliée dans le panier. Il alla chercher son amant pour le faire revenir sur Terre et s'allongea en sa compagnie sur la couverture.
L'Italien s'étonna de voir son aimé se blottir contre lui et fermer les yeux, totalement calme, mais il ne s'en plaignit pas. A son tour, il se laissa aller au charme de la nature et aux bienfaits du soleil, en profitant pour se reposer un peu. Alors qu'il le pensait endormi, son amant lui embrassa le cou et le regarda avec tendresse.
_ Je suis désolé Antonio, s'excusa-t-il sincèrement repentant. Je sais bien que je te fatigue, je ne te laisse jamais le temps de récupérer, mais j'ai tellement besoin de toi dans ma vie. Tu m'as énormément manqué pendant la durée de temps durant laquelle nous avons été séparés.
_ Ce n'est pas à toi de t'excuser mon amour, le rassura l'Italien en lui caressant la joue avec amour. Je n'aurais pas dû partir sans te laisser une véritable chance de t'expliquer. La vérité c'est que j'avais trop peur de m'effondrer devant toi quand tu me dirais aimer Constance et vouloir fonder une famille avec elle. Je t'aime trop pour te faire du mal en étant égoïste, mais je sais que je n'aurais pas survécu bien longtemps à notre séparation.
_ J'ai eu tellement peur de te perdre, murmura Mozart les larmes aux yeux. Je n'y aurais pas survécu bien longtemps.
_ C'est finit maintenant tout ça. On ne se séparera plus dorénavant, lui promit son amant.
_ Je t'aime, mon Tonio.
_ Tout comme je t'aime, mon Wolfgang, répondit tendrement l'Italien.
Et ils scellèrent leur promesse d'une série de baisers amoureux avant de s'endormir étroitement enlacés.
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Salieri se réveilla presque en sursaut en sentant une pression presque uniforme se répartir sur l'ensemble de son corps. Ouvrant les yeux, il se détendit en réalisant qu'il ne s'agissait « que » de Mozart qui s'était allongé sur lui pour le serrer avec force dans ses bras, toujours endormi. Un sourire tendre s'afficha sur les lèvres du compositeur réputé pour sa froideur lorsqu'il admira la vision adorable de son amant assoupi tel un enfant. Toujours endormi, l'Autrichien se mit à soupirer de plaisir, enfouissant sa tête au creux du cou de celui qu'il aimait et s'agrippant encore plus à ses vêtements.
_ Antonio, geignit le prodige dans son sommeil.
L'Italien avait le cœur qui battait la chamade en sachant qu'il était le seul à occuper les rêves de celui qu'il aimait plus que tout. Soudain, il sentit une pression plus forte s'appliquer contre le haut de sa cuisse et comprit immédiatement le sujet des songes de son amant. D'humeur espiègle, il laissa sa main se glisser entre les jambes de son compagnon et caressa lentement la partie sensible de l'Autrichien.
_ Oh ! Mon Tonio !gémit Mozart dans la seconde.
Le manège perdura ainsi pendant longtemps, Mozart se tortillant et gémissant à tout bout de champ, jusqu'à ce qu'il parvienne à sa libération et qu'il se réveille quelques secondes plus tard. L'Italien fit comme de rien n'était, amusé par ce qui venait de se passer et intéressé par la réaction de son amant.
_ Mon Tonio !s'écria Mozart surexcité. J'ai fais un rêve magnifique !
_ Oh vraiment ?s'étonna faussement Salieri.
Mozart s'arrêta dans son élan, dévisageant son amant avec suspicion. Il le connaissait assez maintenant pour savoir déceler quand il avait quelque chose à cacher, et c'était justement le cas. Mozart se releva à peine, juste assez pour constater que son pantalon n'était pas fermé puisque Salieri n'avait pas eu le temps de le faire dans sa précipitation. Un sourire coquin étira ses lèvres avant qu'elles rejoignent celles de son amant pour un baiser passionné.
_ Ce n'était peut-être pas juste un rêve finalement, rectifia l'Autrichien après avoir achevé le baiser. Et je ne compte pas garder cette dette auprès de toi…
_ C'est inutile, tenta de le convaincre Salieri.
Mais son amant n'écouta rien, déterminé à rendre le plaisir qui lui avait été donné. Mozart n'avait jamais été avare dans ce domaine –et Salieri lui rendait bien-, mais il voulait plus que jamais faire plaisir à celui qui l'aimait jour après jour. A la différence de l'Italien, Mozart choisit de caresser la zone si sensible de son aimé par ses lèvres et sa langue, se faisant un devoir de le faire gémir un maximum son nom. Lorsque l'Autrichien eut offert l'extase à son compagnon, ce dernier l'attrapa par les cheveux pour le tirer à lui et lui imposer un baiser d'une passion dévorante auquel Mozart se fit un plaisir de répondre.
Lorsqu'ils se séparèrent ce ne fut que parce qu'ils manquaient d'air. Mozart arborait un sourire béat, tellement heureux de vivre une relation si épanouie avec la personne à qui il vouait sa vie. La température chuta brusquement donc Salieri décida qu'il était temps de rentrer avant que son compagnon ne prenne froid. L'Italien se rhabilla correctement, malgré les tentatives de son amant à le convaincre d'aller plus loin, et entraina son exubérant collègue à travers les rues de la ville où il avait grandit.
Ce fut sans surprise que Salieri pénétra dans la cuisine pour découvrir que la table était déjà dressé pour trois personnes. Maria étant de nouveau avec eux, elle les couvait de ses douces attentions. L'odeur était si alléchante que l'Autrichien en oublia ses projets concupiscents pour s'installer rapidement à table. Entre deux bouchées, Mozart combla le silence à parler musique et projets sous le regard amusé de Maria. Au dessert, le compagnon de l'Italien se rappela enfin que Maria revenait de voyage et lui demanda des précisions supplémentaires.
Après le copieux repas qu'ils peinèrent tous à finir, les trois amis se retrouvèrent près du piano où les deux amants s'installèrent pour jouer une mélodie sur laquelle Maria pouvait chanter. Ils plaisantèrent un bon moment ensemble et, fatigués par leur journée –et par la toute petite bataille de coussins qu'ils avaient fait dans le salon, vraiment petite…-, ils décidèrent tous d'aller se coucher. Pour une fois, Mozart s'endormit sans plus chercher à corrompre son amant, juste paisiblement installé dans ses bras.
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Maria n'était pas restée longtemps, juste 2 petits jours avant de repartir en Autriche. La maison était à nouveau occupée uniquement par les deux amants, et sans l'avouer à voix haute, ils devaient bien reconnaitre qu'il leur manquait quelque chose. Cependant, Mozart n'osait pas demander à son compagnon de rentrer à Vienne, ne sachant pas comment ce dernier recevrait sa question.
L'après-midi était tout juste entamée et Salieri ne comptait plus depuis longtemps ses soupirs. Il n'avait envie de rien, les bras de son compagnon lui suffisaient, mais il s'ennuyait. Même s'il s'était fixé deux semaines de repos au minimum mais il savait qu'il ne tiendrait pas la moitié de cette durée. Il voulait retrouver son chez lui, cette maison dans laquelle il avait tant de souvenirs heureux concernant sa relation avec celui qui partageait sa vie. Cette habitation n'avait pas grande signification pour lui.
En ce moment, il était installé sur le fauteuil du salon, son aimé assis sur ses genoux, l'enlaçant tendrement. Le silence se faisait lourd, Salieri voulait le briser mais comme il n'était pas toujours habile avec les mots il pesa la moindre des paroles qu'il comptait prononcer. Pour obtenir l'attention de son amant plongé dans ses pensées, l'Italien passa sa main dans sa crinière désordonnée. Le geste eut l'effet escompté : Mozart releva la tête pour le regarder, lui adressa un sourire doux et l'embrassa avec une tendresse infinie. Une fois le baiser finit, Salieri se lança avec hésitation.
_ Ecoute Wolfgang, je sais qu'on avait prévu de se prendre des vacances pour pouvoir se ressourcer hors de la cour, mais…
_ Mais ?l'incita anxieusement Mozart en le voyant en plein incertitude.
_ Je veux rentrer à Vienne, lui annonça Salieri d'un bloc.
Mozart le regarda quelques secondes sans comprendre et bondit sur ses pieds. Salieri prit peur en pensant l'avoir mit en colère, mais tout le contraire se produisit puisque son compagnon lui sauta dans les bras, surexcité.
_ Oh mon Tonio ! Si tu savais depuis combien de temps j'attends que tu me le proposes ! Allons vite faire nos paquetages !
Sans laisser le temps à son amant de réagir, l'Autrichien couru dans leur chambre, jetant leurs affaires dans des valises pour pouvoir partir au plus vite. Salieri monta à son tour à l'étage, l'observant faire avec amusement. Il finit par descendre pour récupérer leurs partitions sur le piano et fit le tour du logement qu'ils quitteraient bientôt afin de rassembler les feuilles sur lesquelles courraient les notes et qui étaient éparpillées un peu partout.
_ Wolfgang ?l'appela-t-il une fois sa tâche achevée. Je vais en ville pour nous trouver une berline, je ne serais pas long.
_ Je t'attends ici mon amour, lui répondit Mozart en s'accoudant à la rambarde de l'étage. Je t'aime.
_ Je t'aime aussi, sourit Salieri avant de s'en aller.
Salieri ne s'attarda pas en ville, partageant l'enthousiasme de son amant à l'idée de quitter l'Italie. Avec sa notoriété, l'Italien n'eu aucun mal à trouver quelqu'un qui accepterait de les conduire à Vienne. Satisfait, il donna les indications pour qu'il l'attende devant la demeure qui lui avait été prêtée et s'en alla rejoindre celui qu'il aimait.
Mozart de son côté s'affairait à la finition des bagages. Il essayait avec difficultés de descendre les valises pesantes lorsque Salieri entra, le rattrapant de justesse lorsqu'il manqua une marche. Les bagages dévalèrent les escaliers mais Mozart s'en moquait éperdument. Il était dans les bras de son amant, parfaitement à son aise dans cette étreinte tendre. Leurs lèvres se rejoignirent naturellement dans un baiser plein d'amour puis ils durent se séparer puisque leur transport était à leur porte.
Salieri aida son compagnon à harnacher leurs valises à la berline qu'ils allaient utiliser, donnant une fois de plus l'occasion à l'Autrichien d'admirer de façon presque indécente la vue de dos de son amant. Ils montèrent enfin en voiture et soupirèrent de soulagement en observant la ville s'éloigner peu à peu. Mozart soupira d'aise et se lova dans les bras de celui qu'il aimait.
_ Je suis tellement heureux, confessa-t-il à son amant avec un sourire béat.
L'Italien caressa une nouvelle fois ses cheveux en bataille, lui aussi comblé par leur situation. Bien sûr, le chemin serait long –surtout qu'il ne s'agissait plus d'une chevauchée et que la vitesse était donc altérée-, mais il n'avait pas peur de s'ennuyer avec Mozart auprès de lui.
Les trois premiers jours passèrent assez vite, Mozart dormant toute la journée pour réserver toute son énergie à son amant dans l'intimité de l'auberge dans laquelle ils s'arrêtaient pour la nuit, mais Salieri avait envie de changer ce jour-là. La nuit avait été courte, mais il se sentait d'humeur à la prolonger. Mozart lut dans son regard tout ce qu'il attendait pour ouvrir la danse, ravi de voir que son amant perdait un peu de sa pudeur.
Un sourire espiègle étirant ses lèvres, Mozart s'approcha de son amant avec une démarche féline. Ses lèvres trouvèrent leur place au creux du cou de Salieri après qu'il ait défait le col qui l'empêchait de l'atteindre.
_ Humm, Antonio, respira Mozart dans la nuque son aimé. Il y a tant de choses que je n'ai pas pu te faire hier…
_ Ah non, pas aujourd'hui, refusa Salieri avec amusement. La journée tu es tout à moi, la nuit on inverse.
_ Ce n'est pas prévu ainsi. Tu es toujours puni, tu as encore un peu plus d'une semaine de punition.
_ Nous sommes en vacances mon amour ! Les punitions n'existent pas en vacances…
Mozart prit une moue exprimant sa profonde réflexion pendant que Salieri se divertissait de le voir faire. Décidant de pousser la situation à son avantage, il revêtit son masque ennuyé.
_ Mais bon, si tu préfères attendre ce soir je comprends. Je te pensais plus… aventureux, joua l'Italien.
_ Non, non, non !s'écria Mozart affolé. Tu as parfaitement raison, nous sommes encore en vacances après tout !
Un sourire victorieux illumina les lèvres du compositeur préféré de Joseph II. Il connaissait Mozart sur le bout des doigts. Ce dernier vint justement s'assoir sur les genoux de son amant, lui déposant de doux baisers dans le cou en espérant le convaincre de revenir sur sa décision puisqu'il n'avait toujours pas comprit le manège de son compagnon. Salieri délaissa ses pensées triomphantes pour combler son désir et celui de son amant.
Il commença par défaire lentement les boutons de sa chemise, déposant ses lèvres sur la peau qu'il laissait découverte et laissant derrière lui de jolies traces rouges. Mozart se retenait de gémir, se mordant avec force sa lèvre inférieure. L'Italien poursuivit sa descente interminable et ancrant son regard à celui de son compagnon, décuplant ainsi l'intensité de ses actes. Le chemin étant mauvais, la berline fut secouée l'espace d'un instant, rapprochant les corps des deux compositeurs. Cette fois-ci Mozart ne parvint pas à retenir son gémissement en rencontrant l'excitation de son aimé. Salieri devint plus empressé, se débarrassant rapidement des vêtements qui l'empêchaient de ne faire qu'un avec celui qu'il aimait. Lorsque leurs deux corps s'accordèrent en une parfaite harmonie, les deux talentueux musiciens étouffèrent un cri par un baiser brûlant.
Une nouvelle secousse les envoya tous deux sur le parquet de la berline, mais ils s'en moquait bien. A eux deux, ils composèrent une mélodie douce rythmée de hoquets de plaisirs et de gémissements étouffés. Salieri et Mozart augmentèrent progressivement leur vitesse, toujours parfaitement synchronisés et attinrent ensemble l'extase, toujours enlacés et maintenant couverts de sueur. L'Italien reposa son oreille sur la poitrine de son compagnon, là où battait si fort son cœur. Mozart choisit quant à lui de laisser ses doigts se mêler à ses cheveux d'ébènes, encore tout remué par leur étreinte.
_ Je ne sais vraiment pas ce que je ferais sans toi, Antonio chéri, avoua Mozart.
_ Moi je sais très bien que je serais au fond du gouffre sans toi, lui répondit son aimé.
Ils s'embrassèrent tendrement, leurs cœurs commençant à ralentir leur course effrénée.
_ Mieux vaut se rhabiller, réfléchit Salieri au bout d'un moment. Je ne veux pas avoir à donner des explications si on nous voit ainsi.
_ Je savais que ton sens de l'aventure avait des limites !rit Mozart hilare.
Salieri lui vola un baiser pour le faire taire et remit ses vêtements en place. Mozart l'imita peu après, pouffant toujours légèrement, et vint s'assoir sur les genoux de son aimé déjà installé sur la banquette. Moins d'une minute passa avant que la berline ralentisse avant de s'immobiliser. L'homme que Salieri payait pour les conduire à Vienne ouvrit la porte. L'Italien regardant son amant, une lueur triomphante brillant dans ses yeux alors que son compagnon faisait la moue.
_ Nous allons être obligés de nous arrêter ici aujourd'hui, annonça l'homme. Les chevaux sont fatigués, je vais voir si je ne peux pas les échanger contre d'autres.
_ Bien, nous allons descendre dans ce cas, trancha Salieri.
Mozart se leva pour sortir de la berline, suivit par son compagnon. Une fois dehors, ils s'aperçurent qu'ils étaient au beau milieu de nulle part, les chevaux trop fatigués pour poursuivre avec l'attelage lourd qu'ils tiraient.
_ Il doit forcément y avoir une auberge non loin, commenta leur cocher.
_ Nous prendrons le minimum pour voyager et nous vous attendrons à l'auberge, l'informa l'Italien.
_ On va devoir marcher ?s'attrista Mozart avec une moue enfantine.
_ Un peu d'exercice ne te tuera pas, se moqua son compagnon.
Mozart fit mine de bouder et récupéra la valise dans laquelle ses compositions en collaboration avec Salieri s'accumulaient. L'Italien prit celle renfermant quelques vêtements et ils se mirent en route. Les premières minutes furent paisibles, silencieuses, et Salieri put apprécier la beauté de la nature et les bruits de la vie qui fourmillait dans les bras, puis Mozart se mit à canter à tue-tête. Parfois Salieri se demandait s'il ne faisait pas exprès pour l'embêter.
Avec la chance qu'ils avaient, ils ne passèrent pas inaperçu… Les performances vocales de l'exubérant Mozart intriguèrent des voyous de grands chemins tapis non loin. Ils leurs tendirent une embuscade, faisant faire un bond à Mozart lorsqu'ils se mirent en travers de leur route. L'Italien soupira de lassitude. Il savait qu'il devait faire vite avant que son compagnon ne fasse un faux pas. Calmement, il retira sa veste, la posa sur sa valise, défit son col et remonta ses manches. Mozart s'accrochant de toutes ses forces à son sac contenant le fruit de son travail avec celui qu'il aimait, les petits truands se concentrèrent sur lui.
Salieri les laissa s'approcher, n'étant nullement effrayé par la situation. Cette offensive ridicule lui laissait le temps d'étudier la situation sous tous les angles. Il n'y avait que 4 bandits, faiblement armés de surcroit. Mozart se précipita vers son compagnon, essayant de protéger ses partitions. Les attaquants le suivant, Salieri afficha un sourire carnassier et attrapa le premier venu pour le pousser sur celui à côté, les faisant tomber tous deux, puis il para de justesse l'attaque au couteau d'un troisième. Le tenant avec force le poignet, il serra tout en tournant, ce qui l'obligea à mettre un genou à terre, hoquetant de douleur. Récupérant le couteau de son agresseur, il le présenta à son cou, le forçant à coopérer. L'Italien fixa le dernier truand avec une lueur de provocation dansant dans ses yeux. Les trois hommes battirent en retraite alors que le dernier était toujours à sa merci. Se concentrant à nouveau sur lui, il lui balança son genou dans le visage pour le mettre K.O.
Mozart avait la bouche grande ouverte devant ce qui venait de se passer. Salieri était son héros, plus que jamais. Il lui sauta dans les bras pour l'embrasser passionnément.
_ Tu m'as caché des choses !le taquina Mozart. Tu ne m'avais jamais dit que tu savais te battre !
_ Tu ne passes pas la moitié de ta vie à voyager sans apprendre deux, trois choses là-dessus, minimisa Salieri.
_ C'est pour ça que le père de Maria lui a offert un garde du corps quand vos routes se sont séparées, comprit Mozart. Et c'est aussi de là que vient cette cicatrice sur ta mâchoire ?
Salieri était choqué, n'imaginant même pas que son compagnon ait pu remarquer ce détail insignifiant. Mozart lui sourit. Il avait fait en sorte de mémoriser le moindre détail de sa personne dès leur première nuit d'amour. La cicatrice en question était fine et bien dissimulée, la barbe et la localisation aidant à la faire oublier.
_ Oui, c'était la première fois que nous sommes partis en voyage tous les deux, se rappela Salieri. Nous ferions mieux de partir avant qu'il reprenne conscience.
Les deux compositeurs récupérèrent leurs valises, sans pour autant que Salieri remette sa veste. Mozart l'embrassa et le prit par la main.
_ Racontes-moi comment c'est arrivé, lui demanda avec tendresse.
_ Je ne m'en souviens plus dans les moindres détails, souffla Salieri. C'était notre premier voyage, on n'y connaissait encore rien. La nuit était tombée et on était encore dehors. Comme aujourd'hui, un petit groupe de truands s'est montré et je n'ai pas eu le réflexe alors j'ai été plaqué contre un mur, un poignard sous la gorge. La lame a légèrement entaillé la peau, la cicatrice est restée.
Mozart avait arrêté de respirer, tellement prit dans son récit, et Salieri s'empressa de le rassurer par un sourire. Si ça avait mal finit, il ne serait pas avec lui en ce moment.
_ Le reste c'est passé naturellement, reprit Salieri. J'ai acquis les premiers réflexes de défense et Maria m'a donné un coup de main pour le reste.
_ Maria ?répéta Mozart ahuri.
_ Son père ne le sait pas mais Maria a un goût bien trop prononcé pour la bagarre, sourit l'Italien amusé. Elle demande souvent à son garde du corps de l'entrainer. Je me demande si elle a encore besoin de ses services.
Mozart rit avec lui et l'embrassa chastement. Ils continuèrent leur chemin ainsi. Mozart ne pouvait pas raconter des anecdotes semblables puisqu'il était non-violent, mais il était très friand de celles de son compagnon. Geignard quand il avait appris qu'il devrait marcher, l'Autrichien ne vit même pas le temps passer et fut très étonné de voir la façade de l'auberge se dresser devant eux.
_ Déjà ?s'étonna Mozart.
Salieri rit doucement et ouvrit la porte pour aller demander une chambre. La personne à l'accueil fut très aimable, lorgnant avec insistance l'Italien. Mozart sentit la moutarde lui monter au nez devant cette scène.
_ Il est avec moi, précisa-t-il acerbe.
La jeune femme fut assez surprise, ne sachant comment comprendre cette déclaration, alors Mozart empoigna son amant par sa chemise et l'embrassa langoureusement devant les yeux ébahis de la femme tenant l'auberge. Une fois à court d'air, ils se séparèrent et Mozart adressa un sourire provocateur à la jeune femme, la narguant parce qu'il possédait ce qu'elle désirait. Pour bien marquer son territoire, Mozart posa sa main sur les fesses de celui qu'il aimait, ce dernier se mettant à rire de l'attitude possessive de son compagnon.
_ Tu es tellement jaloux mon Wolfgang, rit-il.
_ Et toi tu es trop beau pour ton propre bien, marmonna Mozart. Bon, et cette chambre ?
_ Tenez la clef, souffla la jeune femme choquée. C'est la première chambre à droite, à l'étage.
_ Nous ne resterons qu'une nuit, précisa poliment Salieri alors que Mozart arrachait la clef des mains de la gérante.
Il n'eut pas le temps d'en dire plus, Mozart le tirait déjà à l'étage, prêt à lui prouver une nouvelle fois qu'il était le seul à pouvoir le combler dans l'intimité de leur chambre.
