Le grand mensonge

Auteur : Hisope Gulber

Disclaimer : le monde d'Harry Potter appartient à J. K. Rowling

italique : rêve.


Chapitre 11

31 octobre 1993, Grande Salle de Poudlard

Le pays était recouvert de nuages gris d'où tombaient incessamment de petites gouttes d'eau. La tête posée sur les genoux de son parrain, Harry regardait du coin de l'œil son frère et ses deux amis qui essayaient de discuter calmement pour ne pas réveiller Remus. Harry était très heureux que son oncle préféré puisse occuper le poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal cette année, mais il aurait préféré que cela se fasse dans des conditions plus joyeuses.

Le regard d'Harry se porta une nouvelle fois sur les gros titres du journal qui gisait abandonné sur la banquette lui faisant face : « Evasion spectaculaire : Peter Pettigrow profite de la révision décennale des protections magiques pour s'échapper d'Azkaban ! »

La disparition de celui qui avait vendu les Potter à Voldemort avait été annoncée début août, plongeant la famille dans la panique. Dumbledore avait envoyé Lily, James et Hadrien dans l'une de leurs résidences à l'étranger tandis que Remus avait été chargé de veiller sur Harry jusqu'à la fin des vacances.

Harry calla à nouveau sa tête sur les genoux de son parrain. Il n'arrivait pas à s'endormir, si seulement il ne faisait pas si froid…

Les murmures paniqués des trois gryffondors sortirent Harry de sa léthargie. Le train était arrêté, plus aucune lumière n'éclairait le compartiment, les vitres étaient couvertes de givre.

Quelque chose n'allait pas.

Un mouvement sur la gauche attira l'attention d'Harry.

Une forme sombre se tenait dans le couloir, devant leur compartiment. La porte coulissa lentement, laissant apparaître une longue main squelettique puis une forme plus ou moins humaine recouverte d'étoffes noires virevoltantes.

La chose sembla observer chacun des occupants du compartiment avant de s'approcher d'Harry qui se sentait de plus en plus mal.

Un froid et une tristesse intenses l'envahirent ; puis des images, des sensations et des bruits longtemps oubliés remontèrent à la surface de son esprit…

Une explosion …

Une porte qui s'ouvre lentement …

Un regard rouge …

Un jet vert qui arrive droit sur lui …

Harry se réveilla en sursaut, le souffle saccadé. Il avait encore rêvé du trajet catastrophique du Poudlard Express et de sa première rencontre avec un Détraqueur. Le ministère avait insisté pour que des gardiens d'Azkaban soient postés à proximité du château pour protéger les élèves de la menace que présentait Pettigrew et Dumbledore n'avait rien pu faire pour l'en empêcher.

Harry regarda les dessins flous des constellations sur le plafond de la Grande Salle.

La journée avait pourtant bien commencé. Comme tous ses camarades de troisième année, Harry avait été très enthousiasme à l'idée de découvrir Pré au Lard. Ne croyant pas à la présence de Peter à Poudlard, le directeur avait donné à Hadrien et Harry l'autorisation de se rendre au village avec leurs amis. Harry avait passé une très bonne journée en compagnie de Neville, Justin et des autres poufsouffles de troisième année.

Harry avait été ébloui par la diversité des confiseries de Honeydukes. Alors que les autres garçons visitaient Zonko, magasin de farces et attrapes, Harry avait suivit Susan et Hannah au Gaichiffon où il avait passé un excellent moment entouré d'étoffes et de modèles en tous genres. Puis le petit groupe avait rejoint leurs camarades aux Trois Balais pour goûter à la bière au beurre dont les jumeaux Weasley leur avaient venté les mérites.

Les élèves venaient à peine de rentrer à Poudlard lorsque la voix du directeur raisonna dans tous les recoins de l'école, ordonnant à tous les écoliers de se réunir dans la Grande Salle.

Harry apprit rapidement que quelqu'un - comprenez par là Peter Pettigrew - avait essayé de pénétrer dans la tour de Gryffondor. N'ayant pas le bon mot de passe, l'intrus avait tenté de forcer l'entrée en menaçant la Grosse Dame avec un couteau. Ne parvenant pas à ses fins, l'individu avait alors perdu tout sang froid et avait éventré de tableau avant de disparaître aussi discrètement qu'il était venu. Heureusement, la Grosse Dame avait réussi à sortir de son cadre et n'avait pas été touchée par l'attaque.

Harry soupira et jeta un coup d'œil en direction d'Ernie et Wayne qui semblaient dormir profondément à ses côtés. Il se décida enfin à fermer les yeux, attendant un sommeil qui tardait à revenir.

Harry entendit la porte de la grande Salle grincer légèrement, puis de légers bruits de pas.

« Monsieur le directeur », commença doucement une voix qu'Harry reconnu comme étant celle du professeur Snape, « l'école a été fouillée de fond en comble. Pettigrew est introuvable. Il semblerait qu'il ait quitté l'établissement.»

« Vous en êtes sûr Severus ? »

« J'aimerais l'être, mais vous savez tout aussi bien que moi que si Pettigrew se cache sous sa forme d'animagus, il sera presque impossible de le retrouver. »

« Cela est malheureusement vrai » soupira le vieux sorcier. « Pettigrew a pour ainsi dire une liberté totale de mouvement dans le château. Il peut entrer et sortir à son gré. »

« J'avoue que l'audace dont a fait preuve Pettigrew lors de l'attaque d'aujourd'hui m'a fortement surpris. Ce rat n'a jamais été réputé pour son courage » se moqua Snape.

« Azkaban change les gens. Il semblerait que les années que monsieur Pettigrew y a passé aient encore accentué son … instabilité. Peter semble vouloir se venger de ceux qu'il considère responsables de la chute de son maître et de son emprisonnement. Il ne serait pas impossible qu'il décide également de s'en prendre à ceux qui furent un jour ses amis. Je vais prévenir les autres maraudeurs et essayer de relativiser les choses. »

« Si je puis me permettre Monsieur le Directeur, que comptez-vous faire pour la protection de l'école ? Nous ne pouvons nous consentir à laisser un malade mental s'en prendre aux élèves. »

« Severus, allez donc chercher le professeur McGonagal et rejoignez-moi dans mon bureau. Nous allons discuter de la possibilité de placer des barrières empêchant la transformation en animagus autour de Poudlard. Si un sorcier sous sa forme animale s'approche de l'établissement, il sera forcé de reprendre sa forme première. Ce sera toujours ça. »

« Très bien Monsieur le directeur. »

Alors que Dumbledore s'éloignait, Snape s'approcha d'Harry et s'accroupit près de lui.

« Je ne saurais trop vous conseiller de garder auprès de vous cet insupportable félin qui vous tient lieu d'animal de compagnie », murmura la professeur de potions en effleurant des doigts le front de Harry. « Un peu de prudence n'a jamais fait de mal à personne. »

Harry ne retrouva pas le sommeil ce soir-là.


6 novembre 1993, terrain de Quidditch

Harry se tenait dans les gradins de Poufsouffle entouré d'un Wayne et d'un Justin plus qu'enthousiastes. Le match d'aujourd'hui aurait à l'origine du confronter Gryffondor à Serpentard, mais les serpents avaient du céder leur place à cause de la blessure de leur attrapeur. Malfoy avait été effleuré par un hippogriffe durant le premier cours d'Hagrid deux mois auparavant et continuait de crier à la mort. Cela avait bien fait rire Harry qui avait surpris à plusieurs reprises Draco en train de se tordre de douleur devant une Pansy aux petits soins pour lui. Un clin d'œil du serpentard en direction d'Harry avait fini de sceller les doutes du poufsouffle. Malfoy était vraiment un sacré comédien. Comme tout serpentard qui se respecte, le capitaine de l'équipe de Quiddicht avait profité de l'état de son attrapeur pour permettre à ses joueurs de gagner du temps pour l'entraînement en repoussant les matchs.

Poufsouffle avait donc été désigné pour remplacer Serpentard. En bon camarade, Harry s'était déplacé pour encourager son équipe et son frère, qui jouait pour Gryffondor. Depuis deux heures déjà, Harry attendait la fin du match sous une pluie lourde et glacée que les divers sorts d'imperméabilité placés par le poufsouffle sur ses vêtements ne réussissaient pas à faire oublier. Harry pensa un instant à son parrain qui récupérait de la nuit de pleine lune de la veille dans un lit chaud à l'infirmerie. Toujours aussi dévoué à ses amis, Sirius avait décidé de tenir compagnie à Moony chaque mois dans la cabane hurlante. Harry savait combien la présence de Padfoot comptait pour son parrain.

Cédric Diggory venait enfin d'attraper le vif d'or quand des hurlements stridents se firent tout à coup entendre. Harry leva la tête pour découvrir avec horreur les formes sombres des détraqueurs s'approcher du stade.

Le sang d'Harry se glaça, plus aucun son ne parvenait à ses oreilles sinon les battements toujours plus lents de son cœur.

« Harry ! Hé Harry ! Ca va mon vieux, t'es tout blanc » remarqua Wayne.

« Bon sang », s'exclama Justin. « Il fait encore une réaction aux détraqueurs ! Il faut l'emmener loin d 'ici ! »

Les deux garçons poussèrent de leur mieux un Harry agonisant à travers la foule. Une fois sorti du stade, Wayne jeta un sort de lévitation et emmena Harry à l'infirmerie.

°

Après deux heures passées à l'infirmerie, madame Pomphrey avait finalement accepté de laisser sortir Harry.

« Omniculars » L'entrée de salle commune s'ouvrit, dévoilant à Harry une foule de poufsouffles agitée fêtant la victoire bien méritée de leur équipe. La migraine d'Harry sembla tout à coup redoubler d'intensité. Harry essaya de se faufiler discrètement entre ses camarades, en espérant pouvoir regagner son dortoir au plus vite.

« Hé Potter, tu te sens bien ? Tu es tout pâle. »

Harry se retourna vers son interlocuteur. Cédric Diggory. Harry n'était vraiment pas en état de parler à quiconque. Il ferma les yeux et se retourna en direction des escaliers.

« Et bien, je suis désolé. Si j'avais su que tu prendrais la chose aussi mal, j'aurais attendu un peu plus longtemps encore pour laisser à ton frère une chance d'attraper le vif » s'excusa Cédric.

« Non, Diggory ce n'est pas ça. Je ne me sens pas très bien, c'est tout » dit faiblement Harry qui commençait à tituber.

« Ou lala, doucement Potter. C'est encore les détraqueurs n'est-ce pas ? Tu as été à l'infirmerie ? » Hochement de tête de Harry. « Bon, maintenant je t'emmène dans mon dortoir, j'ai une réserve de chocolat très intéressante tu vas voir. »

« Non … pas la peine … »

« Je ne te laisse pas le choix » répondit Cédric en attrapant la taille d'Harry.


18 décembre 1993, Pré au Lard

Après avoir supplié Madame Chourave et le directeur pendant des semaines, Harry avait obtenu gain de cause et son interdiction de sortie avait été levée. Après tout, il n'était pas le Survivant alors pourquoi l'empêcher d'aller à Pré au Lard ? Harry avait insisté sur la présence dissuasive d'Iona à ses côtés et le vieux sorcier avait fini par abdiquer.

Harry était donc en train de faire ses achats de Noël suivi de son fidèle félin. Il avait déjà trouvé des cadeaux pour son frère, son père et Sirius à Zonko et avait opté pour une toute nouvelle collection de livres sur l'arithmancie pour sa mère. Harry adorait ce sujet, qui était l'une des trois options qu'il avait choisies cette année. Habituellement, les élèves de troisième année devaient choisir deux nouvelles matières, mais en raison de son enthousiasme et ses excellents résultats lors des précédentes années de sa scolarité, Harry avait reçu une autorisation spéciale. Harry suivait donc les cours d'Arithmancie, Etudes des Runes et Soins aux Créatures Magiques. Comme Harry avait une facilité impressionnante pour emmagasiner des informations, la quantité de travail supplémentaire n'empiétait pratiquement pas sur son temps libre, ce qui était loin d'être le cas d'Hermione. La gryffondor avait sélectionné au moins cinq options dont certaines se chevauchaient. Harry se doutait qu'un objet magique devait être à l'œuvre derrière tout cela, mais jusqu'à présent, Hermione n'avait jamais daigné répondre à ses questions, son silence en lui-même ne faisait que confirmer les soupçons d'Harry.

Harry entra dans Schribenpenne, Magasin de plumes où il retrouva Neville. L'espérance de vie des plumes du gryffondor n'excédait en effet que rarement les dix jours. Harry avait remarqué que les plumes de son parrain n'étaient plus en très grande forme. Le poufsouffle arrêta finalement son choix sur un lot de plumes de faisan colorées, se rappelant que Remus aimait la pointe et l'épaisseur de celles-ci.

Harry et Neville sortirent du magasin et errèrent dans les rues avant de rencontrer Ernie et Hannah. Le petit groupe continua à marcher en discutant, jusqu'à ce qu'Iona parte en courant en direction d'une ruelle transversale. Harry pâlit.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda Neville qui s'était rendu compte du malaise soudain de son ami.

« Je crois que- »

Tout à coup, un rat déboula devant eux et s'arrêta juste en face d'Harry. La bête semblait grossir à vue d'œil.

Comprenant ce qui ce passait, Harry sortit sa baguette pour lancer un sort à l'animal quand Iona se jeta sur le rongeur avec des feulements à glacer le sang. Les deux animaux roulèrent sur le sol, mais le rat réussi à sortir des griffes du félin et s'enfuit en boitant, suivi de près par Iona.

« Qu'est-ce c'était cette chose ! » demanda après quelques instants d'incrédulité une Hannah hystérique.

« Nous ne devrions pas rester ici » répondit Harry. « Allons trouver un professeur, venez. »

Harry entraîna précipitamment ses amis dans la rue principale en direction des Trois Balais, où il était sûr de trouver un adulte.

Alors que le groupe atteignait presque son but, une exclamation funeste retentit derrière eux.

« Des détraqueurs ! » s'époumona une sorcière qui sortait tout juste du bureau de poste. Aussitôt la tranquillité caractéristique de Pré au Lard s'effrit, laissant place à la panique. Les passants courraient dans tous les sens, ne sachant où aller.

« Vite ! » s'écria Hannah en s'apercevant qu'Harry était sur le point de perdre connaissance. « Réfugions-nous dans le bar ! »

Alors que ses amis le tiraient vers les Trois Balais, Harry se perdait une fois de plus dans un regard rouge et une lumière verte.


A suivre ...