Relecture Brynamon.
Merci à Caro19, Supergirl971 et Veronicka pour leurs supers reviews.
Un chapitre mitigé.
Bonne lecture.
Chapitre 11 : Intérêts communs.
POV BELLA
Je n'avais pas si bien dormi depuis très longtemps. Il était seize heures quand je sortis de mon lit où je m'étais retrouvée sûrement emmenée là par Jake. Je fis un saut dans la salle de bain, mon visage était un peu terne, je passai de l'eau dessus. Je brossai mes cheveux, fit deux nattes fines parallèles que je rejoignis à l'arrière de mon crâne en une natte unique, rajoutai une pince. Ensuite, je partis à la recherche de Jake, il était dans le jardin, s'occupait de couper le bois. Je m'absorbai dans sa contemplation, admirative de sa dextérité, troublée par son corps en mouvement. Il était torse nu, sa peau brillait sous l'effort et ce malgré le temps frais quoique étonnamment ensoleillé. Il m'aperçut, se troubla aussi. Il posa sa hache et approcha lentement comme un félin, mes muscles internes tressautèrent d'un plaisir intempestif. J'avais hâte de le toucher, mes doigts en frémissaient d'avance. Il me fit face à une distance que je jugeai trop éloignée.
-Tu es déjà réveillée, constata-t-il avec douceur. Tu as bien dormi ?
Je fis oui de la tête, la gorge sèche. J'avais rêvé de lui…
-Je pensais que l'on aurait pu aller en ville, qu'en penses-tu ? Me proposa-t-il.
-Pourquoi ne resterions-nous pas ici ?
Il soupira.
-J'ai été privé de liberté trop longtemps, j'ai envie de prendre l'air.
Et d'éviter de rester seule avec moi…
-Je serai sage Jake.
Il esquissa un demi-sourire qui me retourna. Il avait compris l'allusion. Je réduisis notre séparation, ma main s'envola vers son visage dans un besoin irrépressible de souligner la perfection de ses traits. Il devint grave :
-Je n'en suis pas certain.
Il avait raison, j'en étais incapable. Je l'embrassais déjà, impatiente. C'était si merveilleux, je ne saisissais pourquoi il nous refusait ces instants de grâce. Il finit par y mettre fin, et s'éloigna sans un mot, se dirigeant vers la salle de bain. Je m'assis sur le rebord, mes jambes flottant librement, pour l'attendre. En faisant un tour d'horizon, je remarquai qu'il avait mis la main à la pâte, labourant, désherbant, ratiboisant la parcelle de terre de ma mère.
Une fois mon cœur et mon corps calmés, je pus réfléchir plus sereinement. Ma mère n'était pas encore rentrée, peut-être la joindrions-nous en ville ? De toute façon, j'avais besoin de faire quelques courses pour la maison, pour moi et pour Jacob. J'avais l'argent de James, de l'argent sale, acquis dans la souffrance, j'allais devoir m'en servir. Je n'avais de toute façon pas le choix, nous étions fauchés. A moins que je ne revende l'unique bijou que je possédais, un bracelet offert par mon père pour mes dix ans, juste avant que je ne parte avec ma mère.
Je devais penser à l'avenir, trouver un travail pour n'être une charge pour personne. Mais que pouvais-je faire ? En quoi étais-je suffisamment douée pour vendre mes qualités ?
-A quoi penses-tu Bella ?
Il s'assit à mes côtés, ravivant mon émoi. Il avait remis le maillot de Thad. Je devais lui trouver des habits neufs, des habits qu'il aimerait. Et pas des choses empruntées. Même s'il ne disait rien, ça devait le contrarier.
-Je dois trouver un travail.
Il fronça les sourcils.
-Pourquoi ?
-Et bien pour subvenir à nos besoins.
-C'est à moi de faire ça.
-Et pourquoi donc ?
-Parce que c'est comme ça.
-Non, m'opposai-je, rien n'est établi, pas pour moi en tout cas. Je suis assez grande pour m'occuper de moi-même. Tu n'as pas obligation de le faire tout comme personne ne m'interdira de prendre soin de toi si tel est mon souhait.
Il se renferma, fixant le sol. Il se montrait rigide, intransigeant sur certains points. Je n'aimais pas ça du tout. Surtout quand cela m'empêchait de lui rendre un peu de ce que je lui devais.
-Je te dois tellement, laisse-moi au moins m'alléger de ma dette.
-Les choses ne fonctionnent pas ainsi, il n'y a pas de dette en amour.
Cela avait l'air si simple.
-Jacob…
-J'aimerais savoir une chose, me coupa-t-il.
-Oui ?
-Quand j'aurais retrouvé cette vermine et que je l'aurai exterminé définitivement…
Je me crispai.
-…est-ce que tu envisagerais de m'accorder ta main ?
Si je n'étais pas assise, je serai tombée par terre.
-Je…
Impossible de parlementer. J'étais en pleine confusion. Pourquoi ? Pourquoi faisait-il cela ?
-Ce n'est pas très romantique comme approche je le sais, et encore moins conventionnelle, je le concède. Quand ta mère rentrera, je lui…
-Tu ne feras rien du tout Jacob Black !
Il se raidit, fixant toujours le sol.
-Refuses-tu cette possibilité ?
-Je ne refuse rien, je veux avoir le choix et décider moi-même.
-Alors je t'écoute. Dis-moi où l'on va ?
-Nous allons où nous allons. Pourquoi ce besoin de rentrer dans des cases ?
-Je veux m'engager auprès de toi, m'assena-t-il avec ferveur. Je veux que tu comprennes que jamais il n'y aura personne d'autre que toi.
C'était si égoïstement bon à entendre. Cette fois, ce fut moi qui détournai le regard.
-Comment peux-tu en être si sûr ?
-Je l'ai su dès que je t'ai vue. M'imaginer vivre sans toi, c'est au-dessus de mes forces.
Je le comprenais très bien. Et cela me fit peur. Comment deux êtres pouvaient être si liés ?
-Je suis différent, je ne peux pas te forcer à ignorer mon autre nature. Peut-être que cela te freine ?
Il doutait encore, manquait de confiance. Cela me rendit triste d'en être la cause.
-Si tu ne veux pas t'engager Bella, je ne t'obligerai pas. En plus, je ne suis pas quelqu'un de facile à vivre, je le sais bien.
-Il n'y a personne de plus facile à vivre que toi, Jake, même quand tu es un loup.
-Je me sens un peu égoïste de t'imposer ce que je suis, sans compter mes prochaines phases.
-J'y survivrai, plaisantai-je car c'était le moindre de mes soucis.
Mais il resta reclus sur lui-même.
-Je sais que tu crains les loups.
-Tu dis des sottises.
-Rappelle-toi de Caleb.
-Il m'a fait du mal.
-Moi aussi j'ai failli…
-C'était bien différent.
-En quoi ?
-Parce que… c'était toi. Tu m'as arrachée de là-bas, lui, il m'y a ramenée sans l'once d'un remord. En plus, je l'ai vu tuer beaucoup de personne et surtout je l'ai vu tuer cette femme, la sœur de Seth.
-Seth avait une sœur ?
-Oui, James l'a obligée à combattre en dehors de la pleine lune face à Caleb. Je l'ai vu la broyer entre ses crocs.
Je me recroquevillai à ce souvenir. Fermai les yeux. Une main chaude me rassura.
-Caleb ne voulait pas mais James l'y a contraint et cette vision revient dans mes cauchemars.
-Quelle pourriture ! Se révolta Jake.
-Et pourtant Caleb continue à le défendre. Je ne comprends pas cette attitude.
Le silence s'installa, je profitai de sa main sur la mienne, la serrai.
-Je me demande où il est ?
-Qui ? Caleb ?
Je fis un bond intérieur, je n'y pensais plus ! Il était dans la nature ! Mon ventre se tordit, ravivant mes peurs profondes. Il lâcha ma main pour glisser son bras derrière moi, m'attirant contre lui.
-Je suis ridicule, pardonne-moi, m'excusai-je.
-Tu n'es pas ridicule. Je ferai en sorte que tes peurs soient derrière toi et que tu n'aies plus à regarder derrière ton dos.
-C'est impossible. Tu ne seras pas toujours là près de moi pour assurer ma sécurité.
-Essaie de m'en empêcher.
-Je ne veux pas de cette vie ni pour toi ni pour moi. Tu es libre, tu dois vivre et non guetter le moindre danger.
-Mon devoir…
-Ne parle pas de devoir !
Il resserra son étreinte.
-Qu'attends-tu de notre relation Bella ?
-Que nous soyons libres.
Il ne répondit pas.
-Tout à l'heure, en fait, je me demandais où était Seth.
-Nous ne le saurons probablement jamais.
-J'espère qu'il a de la famille quelque part.
-Je l'espère pour lui. Il est jeune, il ne doit pas rester seul.
-Personne de devrait rester seul. Quand je vois ma mère, son abattement, j'ai peur de finir comme elle, abandonnée.
-Tu es là, elle n'est pas seule.
-Tu comprends bien ce que je veux dire.
Il exhala un long soupir.
-Ça veut dire que tu ne veux pas t'engager auprès de moi par peur que je ne t'abandonne ?
-Peut-être bien, la vie est cruelle.
-Je le sais, mais je te promets de ne jamais t'abandonner.
Il était si convaincu. Il avait une foi inébranlable en la vie.
-Je te demande de me laisser réfléchir à ta proposition.
Il se détendit, je perçus son sourire et je souris à mon tour. Le savoir heureux me rendait heureuse.
-Tu sais ce qui me fait peur par contre c'est que tu cours après James. Je ne veux pas que tu sois blessé ou…
Je n'arrivai pas à le dire.
-Nous pourrions rester ici, changeai-je de sujet. Construire un coin à nous. Et voir comment les choses évoluent.
J'avais envie de l'aimer, j'avais des prémices dans mon cœur qui ne demandait qu'à se développer mais j'avais peur de souffrir par la suite. Peut-être que cette peur diminuerait avec le temps.
-Je ferai ce que tu voudras.
Je voyais bien qu'il n'était pas satisfait de ce que je lui proposais.
-Tu sembles blasé ou plutôt résigné, je ne veux rien t'imposer.
-C'est juste que j'aurais aimé éliminer tout danger pour ensuite retourner auprès de ma famille.
J'avais déjà oublié. Je m'en voulus.
-Tu as raison au sujet de ta famille, il faut que tu retournes près d'eux pour les rassurer.
-Pas sans toi.
-Je ne me sens pas prête à les rencontrer. Ça me semble prématuré.
Il se renferma de plus belle. Il était têtu.
-Ne fais pas ça.
-Quoi donc ?
-Ne joue pas sur ma culpabilité.
-Je ne fais rien de tel, s'offusqua-t-il.
-Alors pourquoi je me sens si mal ?
-Je ne veux pas que tu te sentes mal, se désola-t-il.
Il était sincère, je ne pouvais le contester. Il m'enveloppa de son autre bras.
-Je préfèrerai me crever les deux yeux que de te blesser.
Voyant l'atmosphère tourner à la lourdeur, je lui notifiai mon accord pour aller en ville.
OoooO
Il avait relié la charrette de ma mère à mon cheval. Nous étions sur le chemin, assis l'un près de l'autre. Je tenais les rênes, la ville n'était pas trop loin. Il se perdit dans le paysage, soucieux. Je le laissai dans ses méditations, sachant très bien que j'étais la cause de ses tracas. Cela me rendait malade. Aux abords de la ville, je lui tendis les rênes, il refusa.
-Je ne veux pas t'incommoder, insistai-je.
-J'avais bien compris, je te remercie mais tu peux continuer.
J'appréciai ses efforts et sans doute appréciait-il les miens. Je fis une halte devant l'unique boutique vestimentaire. Je savais que je n'y trouverai rien d'éblouissant mais cela m'importait peu.
-Où vas-tu ? Me demanda-t-il, me voyant amorcer une descente.
-Acheter quelques habits.
-Avec l'argent de James ?
-Oui.
-Certainement pas.
Je me raidissais déjà, je comprenais mais je n'aimais pas le ton.
-Cet argent ne servira pas à te vêtir. Il faudra me passer sur le corps pour qu'une telle abomination arrive.
-Je suis prête à tenter ma chance.
Il se figea de stupeur. J'esquissai un sourire maladroit, rougissant légèrement, voyant où mon esprit m'avait mené. Il se détourna mais j'aperçus un sourire qu'il réfréna.
-Tu dois t'en débarrasser Bella.
Je soupirai.
-D'accord.
Je repris le chemin, traversant une partie de la ville. L'église apparut dans un tournant.
-Je reviens.
Il approuva. Dans la sainte bâtisse, je déposai les billets sur l'autel et prit une petite bouteille d'eau bénite à disposition que je glissai dans ma poche, ça pouvait servir.
OoooO
J'étais en caisse, payant mes achats avec les quelques dollars récoltés chez le prêteur. J'avais pris deux robes, deux chemises et deux pantalons pour Jacob que j'avais choisis à vue de nez, quand je me figeai en fixant la porte d'entrée. Jacob était dehors face à face avec Seth ! Je pensai un instant avoir la berlue mais non. En sortant, je ne pouvais douter qu'il fut bien là quand il se tourna vers moi. Il était sous le choc. Je n'eus pas le temps de m'approcher, il était déjà ailleurs, il fit demi-tour et partit en courant, à une vitesse effarante. Personne n'y prêta attention cependant.
Jake était pâle.
-Que fait-il ici ? Que lui as-tu dit ?
-Il habite à Forks.
Le monde était vraiment petit.
-L'épicerie un peu plus loin lui appartient.
Je regardai dans la direction qu'il me montrait. C'était trop loin pour distinguer grand-chose.
-Je lui ai tout dit sauf que James était encore en vie.
-Tu as bien fait.
-Je ne suis pas sûr.
Je passai ma main le long de son bras pour l'apaiser.
-Si je t'assure.
La pénombre s'amorçait.
-On devrait rentrer, ma mère est peut-être à la maison.
Il acquiesça.
Sur le chemin j'avais de plus en plus d'appréhension. Un mauvais pressentiment que la présence bienfaitrice de Jacob à mes cotés avait camouflé jusqu'ici.
-Montre-moi ce que tu as acheté, me proposa-t-il.
Je savais bien ce qu'il tentait de faire. Je lui exposai mes acquisitions. Il rouspéta avec virulence voyant que je lui avais aussi pris des sous-vêtements. Il était si gêné, je n'aurais jamais cru cela possible. Cela me dérida un instant.
-Bella, entendis-je au loin.
Je sursautai, cherchant d'où provenait cette voix inconnue. Un homme avançait vers nous, Jacob était sur la défensive, je le retins réalisant à qui j'avais à faire :
-Je le connais, c'est le voisin de ma mère.
Je descendis pour le saluer, il me demanda si ma mère avait encore besoin de son cheval. Il en aurait besoin le lendemain. Mon estomac se tordit.
-Vous a-t-elle dit pourquoi elle avait besoin de votre cheval ?
-Elle devait se rendre assez loin pour régler une affaire urgente. Bella… ça va ma petite ?
Je devais faire peur à voir. Je me retournai vers Jacob. Il cachait mal son anxiété.
-Oui, ça va Monsieur Jones, merci. Je transmettrai le message à ma mère dès que je la verrai.
Il opina, peu convaincu et reprit son chemin en sens inverse.
-Je dois aller à Neilton, décrétai-je en montant dans la charrette.
Je devais aller vérifier au risque de me mettre en danger mais je devais trouver un moyen de l'empêcher d'y aller cette fois.
-Pas la peine de chercher à m'éloigner Bella, c'est peine perdue.
Je me crispai, angoissée à l'idée de l'exposer. Je ne voulais pas refaire les mêmes erreurs mais… c'était ma mère. Et si elle était allée le voir c'était par ma faute. S'il lui arrivait quoi que ce soit, je ne me le pardonnerai jamais.
-Elle n'est peut-être pas là-bas.
J'appréciai sa tentative pour me rassurer. Il m'entoura de ses bras, posant sa joue sur ma tête. Je voulais ne jamais sortir de ce cocon. Tout mon bien-être s'en était allé à cause de l'éventualité de ma mère en danger.
Nous prîmes la route.
Le bonheur aperçut s'effaçait déjà comme un lointain souvenir à mesure que l'on avançait. La peur refaisait surface comme une invitée dont on ne voulait pas.
POV SAM
Ce matin
La nuit avait été rude. Seth s'était révélé incontrôlable, impossible d'aller en quête d'aide extérieur. Nous étions revenus chez moi, au petit matin. Il s'était écroulé de fatigue, il était encore jeune, je ne pouvais lui en vouloir de mal gérer ses transformations surtout que j'étais responsable de ce qu'il vivait.
J'étais responsable de tout…
Je m'écroulai sur une chaise, écrasé par la violence de mes démons intérieurs. J'avais du mal à respirer, je ne voyais pas comment remonter…
Il se passa combien de temps avant que je me ré-ancre dans la réalité ? Une réalité tangible, à laquelle je m'accrochai désespérément. Je m'échappai de la maison, mes pas me guidèrent jusqu'à l'épicerie. Cela me ramena quelques semaines en arrière…
« J'étais face à l'épicerie avec Leah qui s'interrogeait sur la devanture qu'elle trouvait peu attractive. Elle me demanda mon avis.
-Je peux te la refaire quand tu le souhaites.
-Ce n'est pas ce que je t'ai demandé Sam !
-Que veux-tu alors ?
-Ton avis. Je pensais à quelque chose de plus claire, une nouvelle porte vitrée, quelques modifications sur les étalages… et je pensais aussi à changer le nom.
Surpris, je lui demandai pourquoi.
-« Clearwater et fils » ça m'agace.
-Ton père a travaillé avec son propre père et il envisageait sûrement d'y travailler avec Seth.
-Voilà tout le problème, je suis où dans tout ça ?
-Je ne pensais pas que cela te contrarierait autant.
-C'est juste que…
Elle se tut, gardant tout pour elle.
-Parles-en à Seth. Modifiez-le sans le dénaturer.
-Comment ça ?
-Et bien en gardant le nom, comme « Epicerie Clearwater ou Chez les Clearwater ou Clearwater and Co »
-Bonne idée.
-Tu es moqueuse.
-Non, s'indigna-t-elle tout sourire.
Sa main glissa dans la mienne.
-Tu as tout compris, je te remercie pour ces brillantes idées.
-Tu continues à te moquer.
Elle se laissa aller à la gaité. Son rire m'enveloppa pendant des heures…»
Ils avaient finalement opté pour « Clearwater and Co » afin de nous inclure Emily et moi.
Je devais remettre en route ce qui avait fait la fierté de Leah. Je fus surpris de trouver l'épicerie ouverte. Je poussai la porte, Emily était là, rangeant le comptoir. Je commençais à bien la connaitre. Elle était tout le contraire de Leah : docile, réservée, prudente.
Elle leva les yeux vers moi, s'étonna de ma présence.
-Moi aussi je suis surpris de te trouver là Emily. Tu veux un coup de main ?
-Ce n'est pas de refus, il y a du travail.
Elle recommença à s'échiner.
-Je ne sais pas pourquoi Seth et Leah ne sont pas là. D'habitude quand ils partent quelques jours ils me préviennent mais c'est rarissime. Après une semaine sans nouvelles, je suis revenue. Je ne pouvais pas laisser leur affaire fermée, les habitants comptent sur nous. Ce ne fut pas facile surtout que je n'ai pas été livrée, Leah a dû oublier de passer commande avant de partir, mais bon je …
Elle me détailla avec attention, cessant son activité. Entendre le prénom de Leah me compressait le cœur. J'avais juste envie de m'allonger pour ne jamais me relever. Son visage s'affaissa soudainement, elle se détourna.
-Que s'est-il passé ?
Elle ne connaissait pas leur nature, comment lui expliquer ?
-Ils ont été enlevés.
-Enlevés mais par qui ?
-Je ne sais pas.
-Mais…comment tu le sais, tu étais avec eux ? Et tu n'as rien fait pour empêcher ça! Cria-t-elle.
-Non, je n'étais pas là ! Si j'avais été là, jamais…
Il y eut une fêlure. Je raffermis ma voix.
-…jamais cela ne serait arrivé. Je le sais parce que Seth a réussi à s'échapper et il m'a tout raconté.
-Il est là ? Il va bien ?
-Non. Il ne va pas bien. Leah n'est pas revenue.
Tandis que je voyais un voile humide s'installer sur ses yeux, je cherchai à endiguer mes propres larmes. Je la vis s'effondrer. Je n'étais pas très doué avec les émotions des gens mais la voir ainsi me rappela Seth. Je l'emmenai s'asseoir.
-Seth, où est-il ?
-Chez moi.
-Je veux le voir.
-D'accord mais pas tout de suite, il dort, il a passé beaucoup de nuits blanches.
-Je n'arrive pas à y croire. Leah…
Je ne les savais pas si liées.
-Nous n'étions pas très proches c'est vrai, continua-t-elle, à croire qu'elle avait entendu mon scepticisme. Mais à la mort de son père, j'ai tenté de me rapprocher d'elle, je savais ce que cela faisait d'être sans parents. Elle a accepté mon aide pour l'épicerie, elle m'a même confié qu'elle se sentait un peu dépassée mais jamais elle n'a baissé les bras. Jamais. J'aurais aimé avoir un dixième de sa force. J'enviais sa liberté, sa façon de vivre.
Elle parlait déjà d'elle au passé, comme un fait établi. Alors que moi, je n'arrivais même pas à penser à l'éventualité d'un avenir dans lequel elle ne serait pas. Un monde sans elle, sans son sourire, sans ses répliques incisives, sans la douceur de sa main, la profondeur de son regard. Un regard passionné qu'elle aimait diriger vers moi.
Sa cousine continuait de déverser un flot de paroles, des choses insignifiantes sur sa vie monotone cassée uniquement par son travail ici. N'avait-elle pas des enfants à s'occuper ?
-Mes fils grandissent, passent déjà du temps avec leur père.
Il y avait si peu de passion dans ce qu'elle disait.
-Quel âge ont tes fils ?
-Huit et neuf ans.
Mais quel âge avait-elle ?
-J'ai l'impression d'avoir cinquante ans alors que je n'en ai que vingt-six.
J'examinai pour la première fois (et réellement) son visage, essayant de trouver un quelconque lien avec Leah. Rien, il n'y avait rien qu'un visage sans saveur et une propension à se lamenter. Je me redressai, lassé.
-Je vais t'aider, passer les commandes et effectuer les livraisons. Ensuite ce soir, je t'emmènerai voir Seth.
Sauf que ce fut Seth qui vint à nous vers quatre heures. Il ne décrocha pas un mot même quand Emily lui tomba dans les bras, éplorée. Cela me crispa et je n'étais pas le seul. Il la repoussa avec tact et chercha de quoi s'occuper. Des clients entrèrent, il en profita. Il y eut certains instants où je retrouvai le garçon qu'il était, du moins en partie. Et puis alors qu'il balayait avant que l'on ne ferme, il se figea fixant un point à l'horizon.
-Seth ?
Il était déjà dehors. Je le suivis des yeux, anxieux. Il s'approcha d'un homme qui descendit de sa charrette à son approche. Ils étaient étonnés de se voir. A sa manière de se mouvoir, je sus immédiatement qu'il était comme nous. Je restai sur mes gardes. Ils partagèrent une courte conversation puis il revint vers l'épicerie à toute vitesse, sans se soucier des regards. Heureusement, le centre était presque vide. Il poussa la porte qui fit sonner la cloche et me tira le bras, m'emmenant à l'extérieur.
-Il est mort.
-Qui ça ?
-La sangsue, le meurtrier de Leah.
Je n'assimilais pas très bien ses paroles.
-Jacob était là-bas avec moi, il s'est enfui en même temps que moi sauf qu'ils l'ont choppé de nouveau. Et puis, il y a eu l'arrivée d'un autre loup, un loup blanc. Il l'a aidé…
-Un loup blanc, le coupai-je, le ventre dans les talons. C'est impossible.
-Ce n'est pas ce qu'il dit. Ils ont décimé tous les vampires sur le domaine.
-Cela reste à voir.
-Nous pouvons aller vérifier cela ne coûte rien.
Seth se tourna vers la porte, contrarié, je fis volte-face, Emily était sortie. Mon cœur eut un loupé, qu'avait-elle entendu ?
-Tu nous espionnes ? S'agaça Seth.
-Si ce loup blanc existe, l'ignora-t-elle, confirmant par la-même nos craintes, il faut le trouver et il faut le tuer. Sinon il prendra possession et anéantira tous les loups qu'il croisera, vous y compris.
POV ROSALIE
Le lendemain matin.
Je m'étais endormie dans les bras d'Emmett. Sa présence me sécurisait, me redonnait de l'espoir. Mon esprit avait lâché prise au fur et à mesure de ses pas assurés qui me balançaient telle une berceuse. J'avais gardé les yeux rivés sur son visage impassible tandis qu'il gardait son attention sur l'horizon. Je m'étais endormie avec cette vision douce.
Et je me réveillai, car ma blessure me lancinait. Il faisait jour, il avait le même air, ne paraissait nullement fatigué. Je n'eus pas le courage de voir où nous étions, je pressai doucement mon ventre.
-Tu as mal ma chérie ?
Cela empirait.
-Un peu.
Il s'assit sur l'herbe du champ que nous traversions pour tirer sur ma couverture, je frissonnai, il faisait froid. Son front se plissa, je cherchai d'où provenait sa contrariété et aperçut du sang qui traversait ma robe de nuit.
-Je n'aurais pas dû te déplacer, se flagella-t-il.
-Je n'aurais pas pu rester là-bas. C'est mon choix. Tu ne dois pas te sentir fautif.
Il se releva avec précaution.
-Trouvons de braves gens pour nous aider, proposai-je.
Il scruta l'horizon.
-Je vois une habitation.
Je scrutai à mon tour, ne vis rien d'autre que du bois à foison. Je ne dis rien cependant. Il avait une vue perçante.
-Allons-y dans ce cas.
Il avait raison, il y avait bien une habitation, camouflée en plein cœur des bois dans un renfoncement habitable. A la vue du puits, ma bouche sèche me réclama une ration d'eau. Une jeune femme brune, vêtue simplement, dont les cheveux étaient en partie cachés sous un fichu, sortit au même moment, se dirigeant droit dessus et s'immobilisa à notre vue.
-Aidez-nous.
La voix d'Emmett laissa percer son immense inquiétude. Elle le toisa un instant, terriblement méfiante puis me fixa à mon tour.
-Elle est blessée, l'éclaira-t-il. S'il vous plait.
Elle avança avec plus de détermination, plongea son regard dans le mien. J'eus du mal à soutenir ce regard si ouvert, si sincère. Elle me sourit avec une dérangeante douceur. Etait-elle crédule, naïve de faire confiance si rapidement ou tout simplement était-elle clairvoyante ?
-Venez, dit-elle simplement.
OoooO
J'étais dans un lit, un lit confortable malgré la sobriété des lieux. C'était clair, chaleureux, les murs respiraient la joie de vivre dans cette maison. Emmett était assis non loin, serein. Alice, l'hôtesse de maison, m'avait soignée. Elle avait un attirail important de remèdes. Quand je la questionnai à ce sujet, elle m'expliqua que son mari se blessait souvent. Il était au travail, il ne rentrerait que ce soir. Je fis la connaissance de sa petite Lucy, qui s'était réveillée un peu après notre arrivée. Une fillette de cinq ans d'une adorable beauté. Elle était le portrait de sa mère. Elle s'interrogeait sur nous, n'osant nous questionner directement. J'avais écouté son babillage, fascinée.
Si je n'avais pas croisé le chemin de James, mon fils ou ma fille aurait eu six mois.
Me voyant mélancolique, Alice avait demandé à sa fille de nous laisser tranquille. La porte refermée, j'avais plongé dans une torpeur bénéfique, entourée par la sérénité de mon mari. Je ne voulais plus penser à ce que j'avais perdu, à ce que je n'aurais jamais.
Des voix me tirèrent de cette torpeur. Alice m'avait déposé un plateau, elle voulait que je mange un peu de soupe. Il y avait aussi du pain chaud dont l'odeur termina de me réveiller. Elle lui ramena aussi un plateau. Emmett dont le ventre grogna, fit un effort surhumain pour ne pas tout dévorer d'un seul coup.
-Comment faites-vous pour le nourrir ? Rit Alice.
-Ce n'est pas facile, avouai-je, retrouvant un peu de joie à son contact.
Elle était si étonnamment enjouée. C'était agréable. Une fois rassasiés, Emmett lui ramena les plateaux. Je l'entendis lui demander un peu d'intimité pour qu'elle puisse m'aider à faire une toilette. Il sortit de la maison prendre l'air. Alice vint m'aider à me lever.
-Où est Lucy ?
-Elle joue dehors.
Il y eut des cris, elle se précipita vers la fenêtre, cligna des yeux, visiblement ébahie. Il y avait maintenant des rires. Je me forçai à me lever, pour la rejoindre. Chaque pas me coutait mais je voulais voir ce qui suscitait son étonnement. Emmett courait, la petite Lucy sur ses épaules, faisant mine de tomber à chaque foulée. Elle riait aux éclats avant de crier de peur puis de rire de nouveau aux éclats.
-Lucy ne fait confiance à personne, son père l'a habituée ainsi.
Dans sa voix perçait du reproche.
-Pourquoi ?
-Je ne peux pas en parler.
Elle continuait de les observer, soucieuse puis me conduit à la salle de bain.
-Vous ne craignez pas de laisser Emmett seul avec elle ?
Nous étions des inconnus.
-Non, il ne lui fera pas de mal, je le sais.
Son assurance me cloua.
-Pourquoi vivez-vous si loin de tout ?
-Jasper préfère.
-Et vous ?
-Je fais ce qui est le mieux. Je n'irai pas contre sa volonté.
-Mais vous aimeriez vous rapprocher de la ville, constatai-je.
-J'aimerais être moins isolée c'est certain, laissa-t-elle échapper.
Elle changea de sujet, m'aida à me dévêtir.
-Vous avez une belle peau et de magnifiques cheveux, me complimenta-t-elle. Et vos ongles sont impeccables.
Je ne répondis pas.
-Vous êtes de la haute société, constata-t-elle.
-Non.
-Vous l'étiez alors.
Elle me fit m'asseoir sur un petit tabouret et entama un doux lavage avec son linge humide qu'elle plongeait régulièrement dans son seau. Je jetai un œil envieux sur le bac en bois poli et vernis dans lequel j'aurais aimé prendre un bain.
-Je vous remercie de vous occuper de nous ainsi. Vous n'étiez pas obligée.
-C'est vrai mais il faut aider son prochain. Dieu me le rendra. Je suis contente que mes remèdes fassent effet.
-C'est le cas, je souffre beaucoup moins.
-Alors pour me remercier, j'aimerais que vous me racontiez ce qui s'est passé. Pourquoi êtes-vous blessée ?
Entre ses quatre murs, je me sentis en confiance.
-Cela s'est produit quand mon mari m'a tirée des griffes de mon ravisseur.
Elle attendit la suite.
-J'ai été enlevée il y a un an, par un… homme ignoble. Emmett était au travail, quand il est rentré, il a trouvé notre maison en cendre, mon père à l'intérieur.
-Il a assassiné votre père !
-Il a assassiné tant de monde. Mon père n'était rien de plus pour lui qu'une entrave à ce qu'il désirait : moi. Je n'ai jamais compris pourquoi il avait jeté son dévolu sur moi. En le faisant, il a signé ma vie du sceau de l'enfer.
Elle attendait encore, je n'arrivais pas à m'empêcher de lui parler. Elle était réellement touchée par mon sort d'une manière nullement malsaine.
-J'étais enceinte, lui confiai-je avec douleur. J'attendais notre première enfant quand c'est arrivé.
Elle cessa de me laver et m'entoura d'une serviette d'une blancheur immaculée.
-Il a abusé de moi dès le premier soir et le lendemain, il s'est rendu compte de mon état et il a tué mon enfant. Je me rappelle encore de mes cris, de mes suppliques alors qu'il me forçait à m'allonger, m'attachant jusqu'au sang.
Je frottai mes poignées machinalement.
-Je me rappelle de mes hurlements quand il est revenu avec une aiguille à laine et de la douleur intolérable quand il l'a introduite dans mon intimité. Je me rappelle du déchirement de mon être et du sang qui se faufilait entre mes cuisses.
Je me rappelais surtout de mon désespoir pendant des jours durant. Je pleurais dans les bras d'Alice qui pleurait elle-même. Et tout le poids accumulé ces derniers mois s'allégea un peu.
Un bruit sourd me tira de mes lamentations. Alice s'élança vers la porte qu'elle ouvrit à la volée. Emmett était là, tout pâle, autant que je pouvais l'être en cet instant fatidique où l'on sait que l'on perd le contrôle des évènements. Il ne me voyait plus, ses yeux se coloraient de rouge, faisant reculer Alice.
-Où est Lucy ? Lui demanda-t-elle.
Il reculait à son tour, cherchant la sortie. Il ouvrit la fenêtre et sauta hors de la maison sans se retourner malgré mes appels. Alice courut en criant le nom de sa fille qui arriva, inquiète.
-Qu'y-a-t-il maman ?
Elle l'étreignit, dardant sur moi des yeux effarés.
-C'est le mal, dit-elle dans un murmure. Comment ai-je pu ne rien voir ? Comment ai-je pu le laisser entrer dans ma maison et le laisser seul avec ma fille ? Et vous… vous le saviez… comment avez-vous pu laisser entrer le mal chez moi ?
-Maman, tu me fais peur, geignit son enfant.
Je me ratatinai sous la détresse de sa fille, sous les accusations d'Alice. La main sur le cœur, dévastée par ma négligence. Je n'avais pas vu Emmett ainsi depuis sa première transformation. Il ne devait pas rester seul, je voulus me lever, mais j'en étais incapable, accablée.
-Emmett, pardonne-moi.
J'attends votre avis.
La suite de BN et le chasseur est dispo comme d'hab pour ceux qui suivent.
