Disclaimer : aucun des personnages de Supernatural ne m'appartient…


Le soleil lui chauffait délicatement le visage. Il cligna des yeux en tournant la tête pour éviter la lumière trop vive juste avant qu'un baiser léger comme une plume l'immobilise. Il ne chercha pas à bouger, trop heureux de la pression de ces lèvres sur les siennes. Il enlaça celle qui le réveillait si tendrement, doucement, tel un rêve qui risquerait de s'échapper s'il se montrait trop pressant. Le besoin se fit plus impérieux. Urgent. Lorsque la chasseuse posa sa main sur son torse pour se redresser, il lui attrapa le poignet et la fit basculer sur le dos, avide de sa peau, de sa chaleur. Il avait besoin d'elle… Il l'embrassa fougueusement, repoussant le drap qu'elle avait pudiquement remonté sur sa poitrine pour la couvrir de baisers ardents. Il lui fallut plusieurs secondes pour entendre qu'elle lui demandait d'arrêter. Il releva la tête, surpris et inquiet, le corps encore engourdi de sommeil mais l'esprit tournant à plein régime. Le voyant réagir aussi vivement, elle lui demanda sérieusement, les yeux grands ouverts :
- Ca va ?
Il secoua la tête, un peu déstabilisé. Il ne savait pas vraiment ce qui lui avait pris de se jeter sur elle de cette façon, surtout dès le réveil. Comme s'il avait eu peur qu'elle ne s'évapore…
- Un mauvais rêve…
Elle lui caressa tendrement la joue, toujours immobilisée par le corps de l'homme penché au dessus d'elle, le regard soucieux. Sa main était si douce… Dans son angoisse, ça le rassurait un peu de savoir qu'elle se faisait du souci. Elle murmura, les yeux toujours plantés dans les siens :
- Tu sais quoi, on va aller courir, puis on se tapera un bon petit-déj' en rentrant. Ensuite, tu m'aideras à faire le jardin. Et j'ai des courses à faire en ville. Tu vas m'accompagner. J'ai une journée de dingue… Allez, debout !
Elle le poussa sur le dos et s'installa à califourchon sur lui, les bras croisés sur son torse. Il la contempla, surpris de se sentir mieux parce qu'elle l'incluait dans sa vie, parce qu'elle voulait partager plus que la chasse avec lui. Il l'enlaça, stupéfait de s'entendre lui dire :
- Je t'aime, bébé.
Le « Moi aussi, je t'aime » de sa compagne le fit sourire. La journée s'annonçait plutôt bonne, au final. Ils prirent un café ensemble, pendant que la jeune femme préparait le petit déjeuner, comme à son habitude, puis allèrent courir pendant une bonne heure avant de revenir se doucher et manger. Ils passèrent le reste de la matinée à s'occuper du jardin. Sam apprécia ce moment. C'était une vie tellement normale ! Ne manquait plus que le chien et la barrière blanche…

Dean traînait en peignoir sur la terrasse pour boire son café. Pour une fois, il avait décidé de s'accorder pleinement le temps d'oublier les soucis du quotidien. La chasse, les démons, les créatures pourraient bien attendre un peu, après tout. Il avait envie de vraiment profiter de ce moment d'évasion. Des vacances bien méritées. Il s'accouda à la rambarde et sirota sa boisson en respirant l'air vif de cette mi-juin. Déborah arriva sans bruit derrière lui. Ou du moins elle essaya. Parce que même sans en avoir l'air, lui aussi était toujours aux aguets. Sans se retourner, il lui dît en souriant :
- Inutile de jouer les ninjas, ma belle. Je sais que tu es derrière moi.
- Dommage, je voulais te dire un truc, mon chou…
- Oh ? Et quoi donc ?
- J'aime ton frère, il semblerait qu'il m'aime, et j'ai dans l'intention, pas de l'épouser et de lui faire des enfants, mais d'apprécier chaque putain de seconde que je vivrais avec lui. Alors faudra te faire une raison. Et si t'es pas content, l'ordinateur est à ta disposition pour les films que tu sais… A ce propos… pense à effacer ton historique, quand tu as fini…
Il était resté coi devant le ton de la jeune femme. Quel caractère ! Si une autre femme lui avait parlé comme ça, il l'aurait envoyé paître, mais là, quelque chose lui disait qu'il valait mieux s'abstenir de faire un quelconque commentaire. Pas suicidaire, non plus…

Un grand rai de lumière m'inonde le visage. Il est à peine 7 h et il fait déjà chaud. J'ai passé une partie de la nuit à réfléchir, après que Sam m'ait rejointe. J'ai pensé à Sam, à Dean, à ce que la vie me réserverait… et j'ai décidé de prendre les choses comme elles viennent. Et advienne que pourra. Si ça ne convient pas à Dean, qu'il aille au diable vauvert ! Ma décision est prise : Sam va faire partie de ma vie, si courte et si merdique soit elle. On a le droit à un peu de bonheur, non ? Alors pourquoi pas ensemble ? On a des centre d'intérêts en commun, on a le même boulot, bref, on est en phase. Je n'ai plus l'envie, ni surtout le courage, de me poser cent mille questions quant à mon avenir. Carpe diem, dit le proverbe. Pour une fois, je fais la militaire : bête et disciplinée.

J'embrasse l'homme qui partage mon lit. Il passe ses bras si puissants autour de moi avec une délicatesse qui m'émerveille encore. Il est chaud, solide sous ma main… Je prends appui sur lui pour me redresser et il me saute littéralement dessus. Il prend mon corps d'assaut sans se soucier de ce que je lui dis. L'espace d'un instant, il me fait presque peur. Mais il ouvre des yeux hantés. Il a la trouille. De quoi ? Bonne question. Mais c'est clairement de la peur, presque de la panique, que je décèle dans son regard gris-vert. « Un mauvais rêve »… Je soupire, mais je me contente de cette réponse. Il a l'air bouleversé, ça me perturbe de le voir dans cet état. Alors j'essaie de le rassurer.

On fait ce qu'on a à faire dans la matinée, et j'emmerde Dean qui nous regarde de travers. D'ailleurs, dès que j'ai l'occasion de me trouver en tête à tête avec lui, je lui expose la situation en précisant bien que si ça ne lui convient pas, il est libre de foutre le camp pour aller mater ses films pornos.

A treize heure, elle prépara un repas que les quatre occupants de la maison prirent ensemble, rapidement. Sam et Déborah laissèrent à Dean et Bobby le soin de débarrasser la table et de s'occuper de la vaisselle. Les deux jeunes gens prirent le custom de la jeune femme pour se rendre à Cleveland. Elle argua que la routière serait plus confortable pour les « grandes cannes » de Sam, qui n'aurait pas pu les caler sur les repose-pieds de la Kawasaki, qui était de toute façon en panne. La surprise du cadet des Winchester fut grande quand elle se gara devant l'université de la ville, mais il fut encore plus étonné de voir une jeune femme brune se jeter dans ses bras en poussant une exclamation de joie, manquant la faire tomber tant elle se précipita. Les deux femmes s'embrassèrent joyeusement, se prirent par les mains et reculèrent pour se regarder l'une l'autre. Le jeune homme attendit patiemment que leur embrassade prenne fin pour demander à sa compagne de lui présenter la jeune fille qui l'avait si chaudement accueillie. Cette dernière saisît la main de la chasseuse et se présenta :
- Jenny, une âme égarée sauvée par Dèb… Si, si ! Sans toi, je n'en serai pas là. Quand tu auras le temps, passe me voir, on ira boire un café ensemble… Faut que je file, j'ai cours…
Jenny se tourna brusquement et déposa un baiser fugitif sur la joue de sa bienfaitrice avant de partir en courant, un large sourire sur le visage. Le chasseur dévisagea sa partenaire, les yeux ronds et déclara :
- Hé ben… Toutes les « âmes égarées » que tu sauves te remercient comme ça ?
- Heu… C'est-à-dire que… Jenny, c'est particulier. Elle te l'expliquera elle-même…
- C'est si grave que ça ?
- Si tu veux tout savoir, quand j'ai connu Jenny, elle se prostituait. Enfin, elle était prostituée. Je l'ai rencontrée à l'hôpital, moi, j'y étais franchement par hasard, juste parce que j'avais vu un vieux monsieur faire un malaise dans la rue et que je l'avais accompagné avec les secours. Le pauvre papi ne voulait plus me lâcher… Bref, Jenny avait été tabassée par son mac et elle était aux urgences. Lui s'est pointé et a voulu la récupérer manu militari, alors que le médecin ne voulait pas la laisser sortir. La pauvre fille avait l'air terrorisée. Et tu me connais assez, maintenant… J'ai pas laissé passer. Je me suis interposée et je lui ai bien expliqué que si je le recroisais, je lui ferais la peau. Idem si j'apprenais, de quelque façon que ce soit, qu'il avait touché une autre fille. Je lui ai envoyé quelques connaissances quand il m'a menacée… et à l'heure qu'il est, il doit encore se planquer dans les égouts en priant pour que je ne le retrouve pas. J'ai proposé à Jenny de venir un peu à la maison, le temps de se remettre. Puis, je lui ai fourni un appart, de quoi payer ses études, et voilà toute l'histoire.
Elle laissa quelques secondes et ajouta :
- Chapitre clos...
Sam leva les mains en signe de capitulation. Ça lui ressemblait bien de vouloir aider les autres comme ça, quitte à se mettre en danger… S'il en avait eu l'occasion, il aurait fait la même chose, dans le fond… Mais elle avait quand même un putain de caractère !

Elle ne cessait de l'étonner et il n'était pas au bout de ses surprises. Elle l'entraîna dans les couloirs des bâtiments, s'arrêtant dans diverses salles pour remettre des piles de feuillets à des professeurs tout en discutant avec eux. Le jeune homme se revit, des années plus tôt, quand il avait commencé ses études à Stanford. A l'époque, tout lui semblait possible. Une femme, des enfants, un travail ordinaire. Une vie banale, en somme. Tout cela lui semblait remonter à des siècles. Pourtant, avec Déborah, il avait l'impression que, même si une vie banale n'était pas tout à fait envisageable, ça pourrait presque y ressembler, avec elle à ses côtés. Il pourrait peut-être reprendre et finir ses études de droit. Pris dans ses rêveries, il ne fit pas attention au temps qui passait. Ce ne fut que quand la jeune femme lui toucha le bras pour se signaler qu'il cligna des yeux comme s'il venait de se réveiller, et ils prirent le chemin du retour.

A leur arrivée, Dean leur expliqua que Bobby avait du rentrer à Sioux Falls. La jeune femme leur proposa de manger à l'extérieur, car elle n'avait pas envie de cuisiner. Sam et elle cédèrent à son aîné qui voulait à tout prix un cheeseburger et des frites. Ils dînèrent donc dans un fast-food de Cleveland que Déborah connaissait bien. Sam, dont la curiosité avait été piquée de voir la jeune femme aussi à l'aise dans les couloirs de la fac, lui en fit la remarque alors qu'ils patientaient dans la file en attendant de passer commande. Avec un sourire gêné, elle lui répondit qu'elle y allait régulièrement « pour affaires ». « Pour affaires », bien sûr… A peine à table, il insista un peu, avec l'aide de Dean à qui il lui expliqua ce qu'il avait vu, et la chasseuse finît par leur répondre qu'elle suivait « des cours ».
- Des cours de quoi ? demandèrent-ils en chœur.
- Plein de cours, en fait… Et comme je fais de généreuses donations, j'ai droit à un traitement de faveur. Alors j'en profite pour suivre des cours disparates et j'étudie à mon rythme.
- Mais encore, quelles matières ? la pressa l'aîné.
- Psycho, anthropologie, histoire. A côté de ça, j'ai des contacts avec plusieurs autres universités, pour d'autres matières… Genre langues étrangères et spécialisations dans certains domaines.
- Comme quoi ? interrogea Sam.
Elle sourît, piochant une frite qu'elle croqua du bout de dents avant de demander :
- C'est un interrogatoire ?
- Non, on est juste curieux.
- Droit, langues mortes et vivantes. Oui, je sais, ça fait beaucoup, mais comme j'ai pas mal de temps à moi… Je peux me permettre de faire ce que je veux de mon temps libre entre deux parties de chasse… Allez, mangez tant que c'est chaud !
- Tu suis quoi comme autres matières ? Dans quelles facs ? insista Dean.
- Tu me soûles, mon chou… Je suis en contact avec la fac de Détroit et celle de Pittsburgh. J'élargis mes champs de connaissances. Ça peut être utile, parfois… Mais ça, tu le saurais si ton cerveau du haut était suffisamment irrigué…

Sam eut un sourire en coin, ravi de la réplique. Bien répondu ! Dean se vexa momentanément, mais il oublia bien vite cette vacherie quand elle proposa une séance de cinéma, puis d'aller prendre un verre dans un bar où elle avait ses habitudes. Ils finirent la soirée autour d'un billard où Dean et Sam dépossédèrent un certain nombre de clients de coquettes sommes. Enfin, ils revinrent à Avon Lake. La chasseuse s'endormit dans la voiture, bercée par le bruit du moteur et la conduite de Dean à qui elle avait cédé le volant. Arrivés devant l'entrée de la maison, Sam ouvrit la portière arrière et glissa ses bras sous son corps pour la porter à l'intérieur. Elle se laissa faire, léthargique, profitant de la galanterie à laquelle elle n'était pas accoutumée et de la présence des deux hommes à ses côtés. Dean avait décidé de laisser les choses suivre leurs cours. Après tout, il serait toujours temps d'intervenir si ça allait trop loin. Dean Winchester, spécialiste du ramassage de frangin à la petite cuillère…